‹ L'art de vérifier les dates (volume 2)Chapitre 3 sur 299 · DES BARONS ET DUCS DE IMOÎN'TMOREWCÎ · texte numérisé non relu

DES BARONS ET DUCS DE IMOÎN'TMOREWCÎ

point fait jusqu'à présent l'attention qu'il mérite, que dès le milieu du dixième siècle, et même auparavant, la maison de Montmorenci jouissait d'une illustration qui l'élcvait au-dessus de presque toutes les plus nobles du royaume. Faut-il donc s'étonner du titre héréditaire de premier baron de France ( c'està-dire de l'Ile de France) que l'antiqiîité a décerné à l'aine de cette maison ? Nous ne célébrerons point , avec des modernes , les vertus politiques et guerrières de Bouchard !'=■ , parce qu'il n'est fait mention ni des unes ni des autres dans les anciens monuments. Nous voyons , au contraire , qu'un brigand , nommé Boson , lui ayant enlevé par surprise le château de Brai , il n'eut pas la force de le recouvrer , et que ce fut Renaud , comte de 6cns, qui délogea Boson de ce poste , d'où il faisait le ravage dans tout le pays , et l'emmena prisonnier après avoir livré la place aux flammes, qui se communiquèrent à l'église, et la n • duisirent en cendres. (Clarius, Chron. Senon. ad an. ^5^.)

Bouchard , outre la baronnie de Montmorenci , possédait , suivant du Chesne, les terres de Marli, d'Ecoi,icn , de Feuillarde , près de Melun, et de Brai-sur-Seine. L'année de sa mort est incertaine. Il vivait encore, si l'on en croit cet écrivain, lorsque l'empereur Otton 11 emporta d'assaut ou d'emblée le château de Montmorenci dans une irruption qu'il fit en France, l'an 97^, pour se venger de l'invasion subite que le roi Lothaire avait

Tigora corroborareinus quxcnmque einc:m loco largiebatur de bonis suis sine advocaiione. Cnjus petiiioni annucndo , prafauim monasîeriiim in posicrnra, s la bile fore siainimus (îrniando qusciniqne coticessinins , idipsum postulante Domino Hildemanno Senonenii atchiepiscopo nt locns ipse deinccps soliUus sit et quietus. Quaeciiniquc vero a pr^fato Burcbardo eidein loco donata snnt , viilani vidclicet Brajacus, et duos iiioienj'iiios apud villam qiiae dicitur Monsniorencin's, et serves cl ancillas, et cetera omnia , Monachi quietc possideant sine advocatione. ( Mabillon, yicla SS. Ben. sœc. V, p. I2i5, ex autograpko ; et Bouquet, T. IX, p. G-i-y.,) Si l'on nous demande quel c'iait ce duc Albéric, voici ce que nous avons pu découvrir. Dans une notice lire'e dii cartulairc de S. Aubin d'Anj;ers, et publiJe par du Chesne, narnii les preuves de l'Histoire de Montmorenci ( p. i?. ), ou voit un Albûric de Paris, parent de Geoffroi Griscgont^lle, comte d'Anjou, qui l'avait attiré auprès de lui. Foulques, fils de Geoffroi , donna h cet Albéric la terre de Champignc, entre Li M.iycniic et la Sarte. Cette terre avait été cédée en éc'ianj»c à Geotfroi, par un autre Albéric d'Orléans , qui l'avait long-tetns possédée , et à qui on donna en contr'échange une terre , qui n'est point dénommée , en France , in Frnncia. Il se peut que l'un des deux Albéric ait été ie père de B»ucbarcî et ait été duc. Il n'y a pas trop d'apparence que ce soit Albéric de Paris , parce qu'on voit a-peu-près ce que devinrent ses biens, qui ne pas-èrcnt pas à Boucîiard; mais ce peut cire Albéric d'Orléins . qui probablement eut le titre de duc. Quelques liisioriens , en eif'ec, font mention d'un duc d'Orlc'ans , qui vivait peu de tems après la mort de Robert le Fo/'t. Ke serait-ce pas YAlbeiicus Aurelianensis de la charte ?

faite , l'année jyécédeute, dans la liante Lorraine. D'Hildegarde, sa ffinme, morte avant lui, suivant le uiêine historien, il laissa Uouchard , qui suit ; Thibaut, seigneur de Brai el de Monlltiéri j et Aîhe'ric , seic;neur de Viher en Anjou. Cette terre lui fut donnée, avec d'antres domaines, par Geoffroi , comte d'Anjou, son parent , qui l'avait emmené avec lui dans un voyage qu'il lit à Paris. ( CarluL S. Albiui ytndegav.)

BOUCHARD ÎI, niT LE B\RBU.

BorrHAKP TT , fils aîné' de Bouchard I ■■ , et son successeur en

3a haii ijiiie de M'Mituiorenci , ne commence à paraîre dans

l'histf)ire (pi'aii commencemen: du ré!a;ne du roi Robert II avait

ah>i .s enousé la veuve de Hugues Basseth , dame d'une forteresse

noniiîie'e Cnâtean-Bnsset , sifuéedans une île de la Seine, près de

rab!>aye de Siiul-Deni-. doiU c\\>^ relevait. ( Du Chesne , Hist.

de Mjnlmorenci, p. 66. ) L'abbe' Vivien ayant somme' Bouchard

de lui rendre hommage de ce fief, non- seulement il refusa de

s'acqtiitîer de ce devoir, mais il s'appliqua à molester les autres

vassaux de l'abbaye. Il arriva de là que plusieurs de ceux-ci ,

pour se t.oustraire à ses vexations, abandonnèrent les terres de

Saint-Uenis et passèrent dans celle de Montmorcnci. Le roi

Robert, sur les plaintes que l'abbe' lui porta des proce'de's de

Bouchard, fit citer les parties à son conseil. Le jugement qu'il

y rendit, le 25 janvier 997 , dans une asscmble'c nombreuse àas

grands du palais (i), portait eu substance , suivant les grandes

chroniques de Saint-Denis , cjue icelny et ceux qui aprez luj-

seraient seigneurs de celle forteresse (de Château-Basset) fc'

voient hommage à V église du fief que il tenoit à cause de sa

femme en la devant-dite isle et au chastel de l'église et ez

autres lieux. Et avec ce fut ordené et adjouté , que tous les

fefs qui demouroient à Afonlrnorenci , se meslroieut en ostages

en la cour l'aùl/é deux fois en l'an , à Parques el à la fesle

S. Denys : ne en nulle manière ne requerroisut congié d'issir

hors de lenns jusques à tant qu'ils eussent respondu raison des

choses de V église qui auroient esté soustraites, ou ameniiisiàes,

ou pri uses par Douclnrd ou par ses hommes... Et quiconques

serait trouvé en me (J'ai et envers l'église , et il s^enfij oit aprez

pour garanlise à .Mnntmorenci , dedans les quarante jours que

Bouchard ou ceulx qui après luj seront , serait admonesté de

(1) La (liplôino ou ce jugcinenl cn <'iionr(' . porte en d.ile le vtti des ca- Ii-iidi;: (le fiViicr , indiclioti xi , la pii-iiicrc iinoi'e du icsjiio de lîoljert^ cojuincncee au i\ ociobrc 996» c'poijue de la mon de Iliijjut.- (iitptt.

DES BARONS ET DtCS DE MOINTMORENCI. 5

par Vahbê pour la justice de ce rneffaict , il amènera le malfaicteur pat devant l'abbé en sa cour , pour justicier parde\'ant luj-. Et si le malfaicieuy ne se veut oltroyer aux conditions nom» niées , Bouchard , ou ses successeurs , les boutera hors de toute sa seigneurie. Ceci serait le pre'cis exact du diplôme de Robert, si l'on n'y avait pas omis deux clioses que cot acte e'oonce formellement, 1° que le roi avait ordonne' la démolition du Château-Basseth , Nostro regali décréta eversnm. iri ipsarn

munitionem per fidèles nostros mandavimits ; oP que , pour dédommager Bouchard, ce monarque lui avait permis de construire une forteresse à IV^onlmorenci , Munitionem ei finnaii concedentes quàm Mommaurenciacum dicunt. (DuThesne, ibid., pr. , p. m.) On ne sait rien de plus sur la vie de Bouchard II, dont la mort est placée, parduChesne, vers l'an 1020. liC seul fils qu'on lui connaisse avec certitude, est Bouchard, qui suit. Du Chesne y en ajoute trois autres , savoir : Eudes , dont le nom se trouve place au bas d'une charle sans date de The'duin, vicomte de Moulent; Albëric , connelable de France sous le roi Henri I"' ; et Foucaud , qu'il qualifie chevalier j lequel a fondé la branche de Banlcrlu. Mais on n'a aucune preuve certaine de la descendance de ces trois derniei-s , quoique le sotitiment de du Chesne soit très-vraisemblable pour le second de ceux-ci.

BOUCIIAPiD III.

1020 ou environ. Bouchard III souscrivit, l'an 1025, avec la simple qualilë de fils de Bouchard de Montmorenci , la charle de Warin, e'vèfjnc de Beauvais , où il dit que le roi Robert ayant assemble' les grands du royaume à Compiègne, pour dc'- Jibërer sur l'invilalion que l'empereur Henri lî lui avait faite de se trouver, pour coiifërer ensemble, à Yvoi , lui prélat et Ledoin, abbc de Saint- Waast d'Arras, firent en cette rencontre une socie'te' de prières pour leurs e'glises respectives; ce qui fut ai)prouve' et souscrit par le roi Robert et tous les grands. (Du Chesne , ibid. , pp. 12 et 1/^ ; Bouquet , ï. X , p. 6og. ) La souscription de Bouchard de Montmorenci se rencontre aussi parmi celles qu'un grand nombre de prélats et de seigneurs apposèrent, l'an 1028, au diplôme que le même roi Robert fil expédier à Paris pour confirmer les donations qui avaient ële' faites à l'abbaye de Coulombs dans la !3cnucc. ( Du Chesne , iùid. , p. 14; Bouquet, T. X, p ()i8 ) Nous le retrouvons encore parmi cer.i qui souscrivirent, le 4 fe'vrier de l'an io5i,lc diplôme par lequel le même monarque autorisa la donation faite d'un a'ieu par le comte Manassès à l'ëglise de Chartres. (Du Chesne, ibid. , p. 16; Bouquet, ï. X , p. 626.) On doit sans doute être frappe' de voir

6 CHRONOLOGIE HrSTOlUQUE

]e sire de Montmorenci mêler son nom à ceux c!es grands vaseaux dans la signature des diplômes royaux, et penser qu'il ne lui eût pas e'te' permis de le iaire s^il n'eût pas ete l'e'gal de ceux auxquels il s'associa. La famille*'dans laquelle il prit alliance n'est point connue, dit du CiiesUe, non plus que le lems de sa mort. Les enfants qu'il eut de soh mariage , sont Thibaut , qui f-uit ; Hervé', qui viendra ensuite; et une tille, N.^ dame d'Aisanville, à qui Geoffroi , e'vèque de Paris, accorda la permission de faire bâtir un oratoire dans son cluiteau. La charte qu'il lui fit expédier à ce sujet contient l'e'loge de sa naissance et de sa piele' : ïnf^eiwa natalibus regni Francorum. ac probis moribus generosa. Klle y est dite sœur d'Hervé' , et fille comme lui de Bouchard de Montmorenci.

THIBAUT

Thibaut, fils aîné' de Bouchard HI et son successeur en la Laronnic de Montmorenci, jouit à la cour du roi Henri I^"^ de la même conside'ration que son père avait obtenue à celle du roi Piobert. il fut du nombre des princes laïques , laici principes , comme Henri lui-même les appelle , qui souscrivirent le diplôme que ce prince donna, l'an 1060, pour la fondation ou plutôt le rétablissement de l'abbaye, aujourd'hui prieure' , de Saint -Martin-des-Champs, près de Paris. (Du Chesne , ibid. , p. 20.) Le roi Philippe I-' se l'attacha plus étroitement en lui conférant ]a charge de conne'table. Des diplômes de ce prince , que Thibaut sousci'ivit avec celte qualité', le plus ancien qui soit venu jusqu'à nous est de l'an io85, et le plus récent de 1086. (Du Chesne, i(5>/rf. , pp. 26 et 27,)Il mourut, vers l'an logo, sans laisser de postérité.

Page 1