‹ L'art de vérifier les dates (volume 3)Chapitre 107 sur 111 · I-O •t:iiKO>OLOGIE UIST0RIQT7E · texte numérisé non relu

I-O •t:iiKO>OLOGIE UIST0RIQT7E

lions. A Jérusalem , les Juifs s'étaient élevés contre Sabirius , intendant d'Auguste , qui l'avait envoyé pour se saisir des trésors d'Herode.- Les soldats romains, après avoir mis le feu aux portiques du Temple, sur lesquels étaient montés les Juifs, et d'où ils les accablaient de pierres et de traits, entrèrent dans ce lieu saint et pillèrent le trésor sacré. Les Juifs , irrités de cette déprédation sacrilège , assiégèrent Sabinus dans le palais, et le pressèrent si vivement que, près de tomber entre leurs mains, il fut oblige d'appeler Yarus, gouverneur de Syrie, à son secours. Eu diveis lieux de la Judée , on vit des hommes audacieux aspirer à la royauté , et se faire décerner ce titre par un peuple qu'ils avaient abusé. On apprit à Rome CCS nouvelles; et presque en même tems, on y vit arriver une députation de la nation juive , qui demandait l'abolition de la dignité royale , et la réunion de la Judée au gouvernement de Syrie. Auguste , après avoir pesé tout mûrement, commença par détacher de la succession d'Herode les villes de Gaza, Gadara et Hippus, qu'il unit à la Syrie ; ensuite de quoi 11 adjugea la moitié de la Judée sous le titre d'Ethnarchle à Archélaiis ; l'autre moitié à Philippe et à son frère Antlpas ; et les villes de Jamnia , d'Azot et de Phazaëllde à Salomé. Dans la part d' Archélaiis étalent comprises l'Idumée et la Samarie ; dans celle d'Antipas, la Galilée et le pays de de-là le Jourdain ; et dans celle de Philippe , l'Auranite et la Trachonite. Tous ces princes ainsi partagés reprirent la route de la Palestine.

Ce fut vers ce tems que l'ange du Seigneur apparut à Joseph en Eg^'pte , et lui dit : Prenez l'enfant {Jésus) et sa mère^ et retournez-vous-en dans la terre d'Israël ; car ceux f/ui cherchaient à oter la vie à l'enfant ne sont plus. Joseph obéit ; mais sur la route, ayant appris qu'Archélaiis régnait en Judée , il appréhenda d'y aller. Un nouvel avertissement qu'il reçoit du ciel pendant le sommeil le tire d'embarras. Il passe en Galilée , qui était dans le lot d'Antipas , et va sV'tablir à Nazareth. Le Sauveur y demeura jusqu'au tems de sa prédication.

ÈRE VULGAIRE

Pendant les premières années d'Archélaus , la paix régna dans la Judée. Mais las de contraindre la fougue et là ilurelé de son caractère , il se relâcha insensiblement , et

DU NOUVEAU TESTAMENT. i-j i

Ire vulg.

Î>arvint , par des actes mvilliplicis d'injustice et de viocnce , à se faire délester de ses sujets. Excédés par ses mauvais traitements , les Juifs et les Samai-itains firent , chacun de leur côté, une députât ion à Rome pour exposer leurs griefs à TEmpereur. Archélaus était alors dans la dixième année de son règne. Auguste , sur les plaintes de ses accusateurs , le fait venir à Rome ; et après avoir ouï

6 ses défenses et les répliques de ses adversaires, il Tenvoie en exil à Vienne , dans les Gaules , où il mourut l'année suivante. Ses domaines et ses trésors furent appliqués au fisc. H avait répudié Mariamne, sa femme légitime, pour épouser Glaphyra, fille d Archélaus, roi de Cappadoce, et veuve d'Alexandre , son frère , dont elle avait eu des, enfants ; en quoi il pécha doublement contre la loi de Moïse.

Après l'exil d' Archélaus , la Judée est unie par Auguste au gouvernement de la Syrie.

7 Cyrenlus , ou Quirinius, gouverneur de Syrie, vient, en Palestine pour y faire le dénombrement de tous les Liens des particuliers, apparemment afin d'y établir la taille réelle. C'est ce dénombrement dont parle saint Luc (II. 2. ) , et qu'il dit avoir été fait après celui qu'yVugusle y avait ordonné l'année de la naissance de notre Sauveur,

Quirinius , après avoir achevé son opération , non sans de grandes oppositions de la part des Juifs , qu'il eut peine à réprimer par la force des armes , retourne en Syrie , laissant à Coponius le gouvernement de la Judée, et les, Juifs très-mécontents des nouvelles taxes qu'il leur avait imposées.

Judas le gaulonite et le pharisien Sadoc excitent les Juifs à refuser le tribut aux Romains. Ils se font un grand nombre de partisans qui , i-emplls de leur fanatisme , commettent les plus grands ravages, et poursuivent par le fer et le feu , sans distinction de juif ni de gentil, tous ceux qui ne prennent point de part à leur révolte. La guerre, tout à la fois étrangère et civile, amena bientôt la famine, qui fut suivie de la peste ; ensorte que tout semblait concourir à la destruction de celte nation également criminelle et malheureuse,

Jésus , ayant atteint sa douzième année , est amené par srsi)arents à Jérusalem pour la fête de Pâques. C'était l'âge auquel tous les enfantsmales devaientse rendre au Temple dans les trois principales fêtes. Jésus, s'éfant dérobé à ses iparcntSj reste dans le Temple après qu'ils sont partis, lis.

173 CDROKOLOGIE HISTORIQUE

lEie vulg.

font la première journée tranquillement sans lui , sMmaginant qu'il est clans la compagnie de leurs proches ou (le personnes de leur connaissance. Mais l'ayant cherché le soir inutilement parmi les autres pèlerins; ils reviennent à Jérusalem , et le troisième jour ils le trouvent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant, et leur proposant diverses questions. Sa mèie lui fait des plaintes de l'inquiétude qu'il leur a donnée. Pourquoi me clierchiezvous , lui répondit-il :' ne saviez. - vous pas que je dois travailler à l 'ouvrage de mon père ? Sa mère avec son mari le ramène, et il leur demeura soumis jusqu'au tems de sa inanifcstalion. Saint Marc ( TI , 3. ) nous apprend qu'il exerçait avec Joseph la profession d'artisan , Faber ^ et la tradition porte que c'était celle de charpentier.

50 Coponius, rappelé à Rome, est remplacé, dans le gouvernement de Judée, par M. Amhivius.

II Mort de Salomé , sœur d'Hcrode. Par son testament elle institua son héritière I.ivie , femme d'Auguste. Les villes dont l'Impératrice hérita d'elle , furent Jamnia , Phasaélide et Archélaïde , fameuse par ses palmiers , dont les fruits étaient excellents.

j3 Annius Rufus est nommé gouverneur de Judée, à la place d'Amljivius. Il était en exercice de cette chai'ge à la mort d'Auguste, arrivée l'an i4 de Jésus-Christ, ou de l'ère vulgaire.

J.a disgrâce d'Archélaus n'avait influé ni sur Hérode Antipas , ni sur Phlhppe , ses frères, ils gouvernèrent tran(|uillement leurs lélrarchies sous l'empire d'Auguste , et sous celui de libère , son successeur. Antipas , pour flatter l'impératrice Livie , donna le nom de Liviade à la ville de Betarainphta , qu'il fit embellir et fortifier. Il en bâtit une nouvelle sur les bords du lac de Genezareth , et la nomma Tihériade, en l'honneur de Tdoère , lorsque ce princ<? fut parvenu à l'Empirç. Le lac prit ensuite le nom de cette ville.

De son coté , Philippe augmenta Pancade, près des sources du Jourdain , et lui donna le nom ;!c résaiee. Il nomma aussi Jidiade , en l'honneur de Julie , fille d'Auguste , le bourg de ricllizaïdc, sur les bords delà mer de Genezareth, après y avoir fait des augmentations et des embellissemenl^ considérables,

i5 Yalerius Gratns est envoyé par Tibère pour gouverner la Judée à la place d'Annius Rufus,

i^ Les Juifs sont chassés de Rome par les intrigues de

DU >Ot'AE.\U TESTAME'NT. in'6

Ere vu!g

Séjan , qui craignait leur fitlélité, dans les complots qu'il formait contre l'Empereur ( Philon).

26 Ponce Pilate remplace Yalerius Gratus dans le gouvernement (le Judée. Philon et Josephe le représentent comme un homme domine par l'avarice, sacrifiant à ses intérêts les droits de la justice, inquiet, entreprenant, et dur jusqu'à la cruauté. Sa conduite ne démentit aucun de ces traits.

Ses prédécesseurs s'étaient ahstenus de faire paraître les enseignes romaines dans Jérusalem , pour ne pas choquer les Juifs, à qui elles étaient en abomination, à cause des figures d'hommes et d'animaux qu'elles représentaient. Pilate jugeant cette condescendance au-dessous de lui , les fait arborer un matin dans la ville sainte, après les y avoir fait entrer secrètement pendant la nuit , et se retire ensuite à Césarée. Les Juifs alarmés courent en cette ville , pour le conjurer de lever ce sujet de scandale. Il persiste durant six jours à le refuser, et ne se rend que lorsqu'il voit ces infortunés tendre le cou aux soldats qu'il avait fait venir pour les massacrer.

Son inquiétude et sa mauvaise volonté le portèrent bientôt après à une autre entreprise également affligeante pour les Juifs. Ayant consacré des boucliers à Tibère , il les fit suspendre dans le Palais-Royal, avec des inscriptions contraires à la loi de IMoïse. Les magistrats de la ville lui remontrèrent en vain le scandale cpi'excitait cette nouveauté parmi le peuple , et les suites fâcheuses qu'elle pourrait avoir. IN'étant point écoutés, ils envoyèrent à î\ome une lettre , également soumise et pressante : elle produisit son effet, L'Empereur blâma Pilate de son entreprise , et ordonna que les boucliers fussent retirés de Jérusalem et mis dans une autre ville. En vertu de cet ordre ils furent transportés et placés à Césarée.

Josephe et Philon rapportent un troisième attentat de Pilate, mais sans en fixer f époque, non plus que des deux précédents. Il savait cju'il y avait dans le Temple un trésor considérable. Dans le dessein de s'en emparer, il imagina de faire construire un aqueduc de deux cents stades ,de long, pour conduire l'eau à Jérusalem , et de proposer aux Juifs de prendre , dans ce trésor , les sommes nécessaires pour cette construction. Ayant as^mblé le peuple à ce sujet, sa proposition fut universellement rejetée, il s'y était attendu ; et des soldats, qui s'étaient mêlés par son ordr<î dans l'assemblée, tombèrent à coups de bâton, au

Sre vulg.

Îîremicr signal qu'il leur fit , sur la inullltudle dont ils jlessèrent un grand nombre. Les Juifs, en fuyant , l'accablent d injures , d'imprécations et de menaces. Pilate ne fut plus désormais que l'objet de l'aversion publique. C'était peut-être le seul point sur lequel fussent réunis les sentiments des Juifs. Divisés en sectes de Pharisiens , de Saducéens, d'Hérodiens, d'Esséniens; partagés entre de faux Messies , qui s'élevaient à la faveur de l'attente universelle, où l'on était de l'avènement prochain d'un libérateur; déchirés par des factions qui manquaient souvent d'objet ; telle était leur situation , lorsque Jésus-Christ quitta sa patrie , et sortit de l'obscurité de la maison paternelle pour se manifester aux hommes.

3o Jean, retiré dès son enfance dans le désert, prêchait alors la pénitence, et baptisait à Bethabara (et non à Béthanie , comme porte la Vulgate ) , sur les bords du Jourdain , aux environs de Jéricho. Il avait commencé l'exercice de son ministère la quinzième année du règne de Tibère, C'était parmi les Juifs celle d'un jubilé, dont l'ouverture se faisait le dixième du mois tliisri ^ par un grand jeûne , appelé le jeûne d'expiation. On croit que ce fut ce jour même qvie Jean choisit pour ouvrir sa mission , dont 1 objet était d'annoncer un jubilé d'une espèce nouvelle , figuré par les précédens , et qui devait être salutaire , non-seulement aux Juifs , mais à toutes les nations. Jean retraçait dans sa conduite la vie austère des anciens prophètes. Son vêtement était à-peu-près le même que celui d'Elie , un tissu de poils de chameau , avec une ceinture de cuir sur les reins. Il vivait de miel sauvage et de sauterelles , nourriture commune en divers endroits de l'Asie (i). Plusieurs le prenaient pour le Messie, dont l'at-

(i) « Les Européens , dit M. Niebuhr {Descr. de V Arabie, p. aSa) , » ne comprennent pas cemment les Arabes peuvent manger avec » plaisir des sauterelles; et les Arabes qui n'ont pas eu de commerce « avec les Chrétiens, ne veulent pas croire à leur tour, que ces der- M niers se font une délicatesse des huîtres, descrabe?, des chevrettes, des » écrevisses, etc. Cependant ces deux faits sont également certains. Dans v> toutes les villes d'Arabie , depuis Babelmandel jusqu'à Basra ,> on » enfile les sauterelles pour les porter au marché. Je vis un Arabe, sur -» le mont Suinara , qui en avait rempli un sac. On les accommode en » diverses façons.... Quand les Arabes en ont une grande quantité, ils » les grillent ou les font sécher dans un four, ou les bouillent et le.* » ijiangeut avec du sel... Les Arabes du rojaumc de Maroc, après les.

Ere *^ulg.

ào tente tenait en suspens toutes les nations orientales. Mais il déclarait qu'il n'était que son précurseur, avouant qu'il n'était pas i^igne de délier les cordons de sa charssarp. , et disant même qu'il ne méritait pas le nom de prophète. Je baptise^ ajoutait-il, dans l'eau; mais ce sera lui qui oous baptisera dans le saint Esprit et dans le feu. Tout le peuple de Judée accourant pour recevoir le baptême de Jean , Jésus vient se présenter aussi à lui pour être baptisé. Jean ne l'avait jamais vu. Mais l'ayant alors connu par une lumière surnaturelle , c'est à moi ^ lui dit-il , à rcceouir de vous le baptême. Jésus Insiste , et il obéit. Au sortir de l'eau , comme il faisait sa prière , le ^aint Esprit descendit sur lui en forme de colombe, et on entendit une voix du ciel qui disait : c'est ici mon fils bien-cdmé ^ en qui j'ai mis toute mon affection.

Jésus étant rempli du saint Esprit , revient des bords du Jourdain., et l'esprit le pousse aussitôt dans le désert. Il y passa, dans un jeune continuel, quarante jours et quarante nuits; au b^iit desquels, ayant faim, il souffrit que le diable le tentât en trois différentes manières, pour éprouver s'il était vraiment le fils de Dieu (i). Le tentateur s'é-

» avoir fait bouillir légèrement , les font sécher sur les toits de leurs » maisons. »

A l'égard du miel sauvage , il se recueille , suivant le même auteur , sur un arbre qui croît communément en Perse, et y devient fort grand.

(i) La première tentation fut de le défier , s'il était le fils de Dieu , de changer en pain, des pierres, pour soulager sa faim; la seconde, de le transporter dans la ville sainte , et de le placer sur le haut du temple ; puis de l'exhorter à se jeter en bas , en lui promettant , par les Termes de l'Ecrilure , que les anges le soutiendraient de leurs mains , de peur qu'il ne heurtât le pied contre quelque pierre ; la troisième, de le transporter encore sur une haute montagne , d'où il lui fit voir tous les royaumes du monde , et la gloire qui \e.s accompagne , en lui disant : Je vous donnerai toutes ces choses , si , en vous prosternant devant moi , vous m'adorez. Jésus repoussa ces trois tentations, et confondit le tentateur, par l'autorité des mêmes Ecritures qu'il lui avait citées. Mais on objecte, contre la seconde, que le toit du Temple, selon Josephc, étant hérissé de branches d'or si pointues que les oiseaux même ne pouvaient s'y reposer , il était impossible que Jésus pût s'y tenir. Nous convenons que tel était le toit du Temple proprement dit , ou de l'édifice composé du saint et du saint des saints. Mais à cet édifice, qui faisait le corps du Temple, étaient jointes des ailes, destinées pour le logement des prêtres , et pour serrer les provisions du Temple. C'est sur le haut de l'une de ces ailes que le diable plaça Jésus : et le texte original le dit lormellement ; t^ 'tmi<riii âvràv iv) 70 ■^rtfôyioy tov Uos» ; Ji{ staluif

176 CimONOLCClE HISTORIQUE

Eic vulg.

tant retiré confus , les anges s'approchent ilc Jésus , cf lui servent à manger. Jésus retourne sur les borùs du Jourdain , à l'endroit où Jean continuait de baptiser; et Jcau le voyant passer, lui rend un nouveau témoignage en

f»résence du peuple. Deux de ses disciples, ayant ouï qu'il 'appelait Vûgncau de Dieu ^ viennent trouver Jésus, et s'attachent a lui, André, l'un des deux, lui amène ensuite Simon , son frère puîné , dont Jésus change le nom en celui de Céphas , c'est-à-dire, Pierre, Ces deux frères étaient fds de Jonas, et pécheurs de leur profession. Le lendemain, Jésus allant en GaHlée , rencontre Philippe, natif de Bethsaïde, comme André et Pierre, et lui ordonne de le suivre. Philippe ayant trouvé Nathanael , l'engage à venir voir Jésus, l'assurant qu'il est le Messie. (On croit que Nalhanaé'l est le même que saint Barlhelenii ). Jésus, dès qu'il l'aperçoit, fait l'éloge de sa candeur. Nathanael, surpris, lui demande d'où il le connaît. Jésus lui rappelle une occasion, où il était caché sous un figuier. Assuré que nul homme n'avait pu le voir alors, jMai'lre, lui répondit-il, cous éîes le fils de Dieu; i^ous êtes le rui d 'Israël.

3i Trois jours après (i), Jésus est convié, avec sa mère et ses disciples, à des noces cpii se faisaient à Cana en Galilée. Le vin étant venu à manquer dans le cours du repas,

cum super alam icmpli . et w^xx^'ni.svper pinnacuhtm templi . romine traduit la Viilgale On objecte encore, contre la Iroislème tentation, que la terre étant ronde , il n'y a nulle montagne , si hante qu'on venille 'a supposer , d'où l'on puisse apercevoir tous les royaumes du monde. A cela , on re!pond que cette démonstration de tous les royaumes de l'univers, suivant les règles du langage , doit s'entendre de la manière dont elle est possible ; c'est - à - dire , que le démon fit voir à Jésus— Christ , tous ceux que l'oeil pouvait apercevoir de la montagne où il l'avait placé , et lui lit la peinture , ou la description des antres.

(i) Ce fut probablement dans rinlervalle de ces trois jours , que Jésus fit deux autres disciples , Jean , surnommé depuis l'Evanj^éli^e , et Jacques , son frère aîné, dit le ÎNlajeur , tous deux encore de Belh- .«;aïde, tous deux pêcheurs , fils de Zébédée et de Salonié, qui fut, dans la suite , l'une des saintes femmes qui avaient coulume de suivre \f. Sauveur et de le servir. Les deux frères étaient dans une barque, avec leur père , lorsque Jésus leur dit : lieriez à ma suite , et je vous ferai pécheurs d'hommes ; ce qu'ayant oui , ils (jui Itèrent aussitôt leurs filets et leur père , pour suivre le Sauveur. Jean fut son disciple bicn-aimé ; et c'est ainsi qu'il se qualifie lui-même , dans son évc.ngile.

J>V NOUVEAU TESTAME'NT. 177

È« vulg.

il change l'oau en vin à la demande de sa mère (i). C'est le pn'micr miracle qu'il fit pour manifester sa gloire, et se faire connaître à ses disciplt-s.

Jésus, de-là, passe à Capliarnaiim, ville de la tribu de ÏNepblali et la capitale de la i)ecapole , siiuée à l'endroit où le lac de Genésareth, dit aussi la mer de Tibériade , reçoit le JourJain. C'était la ville la plus marchande , la mieux située, et en même tems la plus déréglée, non-sevdement de la ûecapoîe, mais de toutes celles des tribus de Nephiali et de Zabulon. Après y avoir demeuré quelques jours, Jésus se rend à Jérusalem, aux approcbes de la fêle de Pàciues. Klant entré dans le Temple, il est saisi d'indignation à la vue du trafic qu'on y faisait de bœufs, de moulons, de colombes: il se met ea devoir île \engir la sainteté prophaiioe de la maison det son père^ et ayant' fait un fouet avec des cordes, il ea chasse les vendeurs avec leurs marcbandises , jette par terre l'argent des changeurs, et renverse bmrs bureaux- Tout ce commerce avaii pour prétexte le service du Temple, mais l'avarice en était le principe.

Hérode Antipas, devenu amoureux d'Hérodiade , sa belle- sœur et sa nièce, fjlie d'Aristobule et femme de ■3o Philippe, son frère consanguin, répudie sa femme légitime, fille d'Aiétas, roi d'Arabie, et ayant fait enlever Herodiade, il la prend pour son épouse, au grand scandale des gens de bi'-n. Jeau- iiapliste lui fait a ce sujet des remontrances qu'd mepîise. et qui mettent Hérodiade en lurfeur contre lui Les i^liarisiens , jaloux du créilit qu'it avait parmi le peuple , se concertent avec Hérodiade

Sour le perdre. Ils insinuent à llérode que la nouveauté e la doctrine de Jean peut cailser quelque révolution dans l'état. Il n'en fallut pas davantage à ce prince, disposé comme il était à l'égard du Prophète, pour le faire arrêter et l'envoyer prisonnier au château de xMacheron,

(i) Il est dit, suivant la version française , que Je'sus ordonna de porter cette eau tlianoee en vin au Maitre-d'IIolcl. E>t-ii croyab'e , dit-on» (lue les mares de Cana , qui sans doute eaieiit de paiivres gens, eussent un mai rf-d'hôîcl ? j\lais 1 iaiit s en prendre à ia disette de ii"tre langue, si le> traducteurs ont rendu par maître - d'hôlel , le mot laiin archilriclinas, qui si ;nirie proprement celui qui est c: argé deiecononne. de l'oide et de l'arranj^cnieiit d'un repas Da'^s les noce» orJiM.ùres d s .mciens , c'e'tait uu pareut de i'tpoux qui s'acquittait de cet emploi momentané'.

ïtc vulg.

son dessein était de le faire mourir ; mais il fut retenu par la crainte du peuple, qui regardait Jean comme un prophète. Il prit même pour lui , bientôt après , des sentiments d'estime et de vénération , jusqu'à déférer en plusieurs points à ses avis, persuadé, par ses entretiens et sa conduite , que c'était un homme juste et saint. Jésus ayant re(^u la nouvelle de Temprisonnement de Jean, quitte la Judée pour se mettre à couvert de la fureur d'ilérode , et retourne dans la partie de la Galilée, qui n'était point soumise à ce prince, c'est-à-dire la partie la plus maritime de ce pays, où étaient situés Betlisaïde et Capharnaum. .Sur sa route , en passant par la Samarie , il s'arrête près de la ville de Sichar ou Sichem, et s'assied, étant fatigué du voyage, sur le bord d'un puits, qui avait servi autrefois au patriarche Jacob , pour lui, sa famille et ses troupeaux. Tandis que ses disciples vont à la ville pour y acheter des vivres , une femme en arrivi*avec une cruche pour puiser de l'eau dans ce puits. Jésus lui demande à boire. Llle s'étonne qu'étant juif, il fasse pareille demande à une samaritaine , les deux nations n'avant aucun commerce ensemble. Jésus l'instruit , lui rappelle sa vie passée, et lui apprend qu'il est relui qui doit rétablir toutes choses. Elle laisse sa cruche, retourne à la ville , et engage les habitants à venir voir un homme qui lui a dit tout ce cpi'elle a fait , et qu'elle croit être le Messie (i).

(i) Dans l'entrelien que cette femme eut avec Jesus-Clirisl , elle hii proposa la question sur la(|uelle les Samaritains e'îaiL-nt en diilérenj avec les iuifs, touchant le lieu où il était permis de sacrifier; « (car » il est clair, dit iVl.. Nicole , que dans les pat oies par lesquelles celte » femme de Samarie exprime sa question, le mot d'adorer (-qu'elle î> emploie ) signifie sacrifier. » Nos pcrcs , dit-elle, on/ adoré sur celte montagne .et vous autres (Juifs) vous dites que c'est dans Jérusalem qu'est le lieu ou il fant adorer. « Je dis, poursuit cet auteur, qu'il est clair que » le mot tf</o/-<'/' s gniae ici sacrifier, puisque la prétention des Juifs » n'a jamais été . qu'il ne fui pas permis d'adorer Dieu en un autre lieu « qu'à Je'rusalem ; mais seulement , qu'il n'était pas permis de sacrifier » à Dieu hors de Jérualem. Jésus-Christ a donc pris aussi dans sa » répon>e ce terme dans le même sens; et c'est dans ce sens qu'il » déclare à cette femme, que le lems de la loi nouvelle était venu, » et que le propre dfi tcms de cette loi était , qu'on n'y serait plus » obligé de «'tf^/or^/-, c'est-à-dire de ne sacrifier qu'à Jériisalem , où » dans quelque autre lieu papliculier ; mais qu'il serait permis d'offrir » en tout lieu le sacrifice propre à la loi nouvelle: et par là, il fait voir »» aiaoifcslcmeut que la loi nouvelle aurait un sacrifice extérieur,

DU îsOUVEAU TESTAMENT. SJ^

Ere vu!g.

Ils viennent et emmènent Jésus dans leur ville. Il passe deux jours avec eux , et les laisse, en reprenant sa route, pleinement convaincus de la divinité de sa mission.

Les Galiléens, à Tanivée de Jésus dans leur pays, témoignent une grande joie de le voir, parce que la plupart avaient été témoins des merveilles qu'il avait opéréesle jour de la fête à Jérusalem Un jour de sabbat, étant entré dans la synagogue, il assiste à la lecture de Técrilure sainte, après quoi s étant levé il prend la parole, et remplit d'admiration toute l'assemblée, par la force de son discours et la sublimité de sa doctrine. Il setrouvait-là un homme possédé du démon. Tourmenté par la présence de Jésus, l'esprit impur s'écrie pour lui rendre témoign.Tge. Jésus lui impose silence , et lui ordonne de sortir de cet homme ; ce qui est exécuté sur le champ : nouveau sujet d'étonnement.

Etant sorti de la synagogue , il eritre dans la maison de Simon-Pierre, et y guérit la belle-mère de ce disciple,, qui avait une grande lièvre. Sur le soir on amène tous les malades de la ville à la porte de la maison où était Jésus; et il les guérit tous.

De Capharnaiim , où il établit comme le centre de sa mission, Jésus parcourt la Galilée, prêchant et faisant des miracles pour appuver son enseignement. Etant venu sur le rivage de la mer de Tlbériade , il s'embarque avec ses disciples , pour passer au pays des Gadaréniens ou Géraséniens. Dans le trajet, une furieuse tempête s'élève, landis qu'il dort tranquillement sur la poupe. Ses disciples près de périr, l'éveillent et le prient de les sauver. Il parle avec menaces aux vents et aux Ilots agités. Le. vent cesse aussitôt, et le calme succède à l'orage. Nous, remarquerons que c'est ici la seule fois , que l'Ecriture dise formellement que Jésus-Christ ait dormi. Elle l'insinue, à la vérité , dans un autre endroit. (Marc. I. .^5.) Mais elle nous apprend que le plus souvent il passait les nuits en prières.

Jésus étant descendu de la barque , deux possédés sortent des tombeaux qui leur servaient de retraite, et viennent se présenter à lui. C'était deux furieux qui

» pui.s(ju'il ne s'awll nullement ici des farrifires purement intérieurs , » aitcnrlu qu'il a toujours été permis tl'odrir tes sacrifices en toui l^;^. » endroits du monde. »

jSe CHRONOLOGIE HISTORIQUE

fi» vulg.

mettaient la désolntion dans le pays. Mais l'un cPeux, beaucoup plus violent que l'autre, était d'une force à rompre toules ses chaînes , ensorte que nul homme ne pouvait le dompter. Jésus les ddivra l'un et l'autre, suivant saint Mathieu , q(iol(|ue salut Lut ne parle que du second , par la raison , dit saint Augustin , que celui-ci était plus romarquahle et le plus connu dans le pays. Ce ïi'élail pas d'un seul démon qu'il étiiit possédé, mais d'une légion d'esprits impurs, comme leur chef le déclara, lorsque Jésus lui demanda son nom. Craignant cjue Jésus ïie les envovât dans l'alyùne, ils le prièrent de leur permettre d'entrer dans un troupeau de pourceaux qui pais-

^ saient dans le voisinage Jésus y consentit , et dès qu'Us

Î' furent entrés , les pourceaux allèrent se précipiter dans e lac , et s'y noyèrent.

Jésus étant revenu à Capharnaiim , un grand nombre de personnes s'assemblent dans la maison où il est , les uns pour entendre ses discours, les autres pour erre guéris de leurs maladies. On lui amène, entre autres, un paralytique ; mais la maison étant pleine . on imagine de découvrir le toit , et de descendre avec des copdrs le malade couché clans son lit , qui se trouve ainsi placé devant Jésus. Mon fils ^ lui dit Jésus, a\ez corifijitce; vos péchés vous sont lenns : paroles qui scandalisent les Pharisiens. Quel aatie que Dieu- diseut-ils, peut remettre les péchés':' Jésus , pour les confondre, ordonne au paralytique de se lever et d'emporter son lit ; ce qu'il fit au grand étonnement des assistants.

Vocation du publicain Levi . dit aussi Mathieu , fils d'Alphée. Jésus passant devant sou bnier.u o.i il était assis, lui commande de quitter sa profession el de le suivre: et sur le champ il est obéi. Sans préjudice de la eraee Intérieure , on peut dire que les miracles qu'avait déjà faits Jésus à Capharnaiim, l'avaient préparé à le reconnaître pour le Messie, et à s'attaclier à lui 3i Jaïre, chef d'une synagogue, vient trouver Jésus pour le prier de, venir sauver la vie à sa fille qui est près de mourir. Jésus se met en route pour y aller, suivi de ses disciples Une grande foule de peuple l'accompagne pour être témoin du miracle. Sur sa route, une femme affligée d'une perte de sang depuis douze ans, s'approche de lui par .dprr;''re et touciie le bord de sa rtiiie, dans la ferme confiance iae cela suffit pour la guérir. La source de son lual est tarie à l'instant, et elle sei;it dans son corjps l^i

DU NOUVEAU TESTAMETST. l8t'

preuve de sa parfaite guérlson. Jésus demande qui l'a touché, disant qu'une vertu est sortie de lui. La femme s'approche en tremblant , avoue humblement ce qu'elle a fait , et Jésus , après avoir loué sa foi , lui dit de s'en retourner en paix. Lorsqu'il parlait encore , on vient avertir Jaïro que sa fille est morte. Jésus continue sa route , arrive dans la maison , d'où il chasse les joueurs de flûte et tous les pleureurs à gage, ne gardant auprès de lui que trois de ses disciples , avec le père et la mère de la fille , la prend par la main , et la rend pleine de vie à ses parents.

Comme il sortait de ce lieu, deux aveugles le suivirent, en lui demandant à grands cris qu'il leur rendît la vue. Jésus la leur accorde , après quoi on lui présente un muet possédé du Démon , et il le guérit de même.

La fcte de Pâques approchait alors. Jésus s'étant rendu à Jérusalem pour la céltbrer , vint un jour de sabbat à la piscine des brebis, qu'on appelait en hébreu Bethsaïda , et en syriaque Belhzeda. Elle était voisine de la porte, qui est nommée du troupeau^ dans le deuxième livre d'Esdras, et était entourée d'une galerie à cinq portiques. Il s'y rendoit un grand nombre de malades, d'aveugles, de boiteux , et de ceux qui avaient les membres desséchés, lesquels attendaient tous que l'eau fut remuée pour y entrer. Car un ange du Seigneur descendait, en un certain tems, dans cette piscine dont il agitait l'eau ; et relui qui le premier y entrait, était guéri, quehpie maladie qu'il eût. Or, il y avait-là un paralytique malade depuis trente-huit ans, qui , faute d'avoir quelqu'un pour le descendre aus-i sitôt que l'eau était troublée, avait toujours le malheur d'être prévenu par (pielqu'aulre. Jésus l'apercevant, lui demande s'il voutélre guéri. Le malade lui expose Tinconvénient ou il se trouve. Leoeù-vous ^ lui dit Jésus, empor— tez-votre lit., et marchez. Il le fait, et les Juifs, au lieu de rendre gloire à Ditu de cette merveille, se scandalisent de ce que cet homme emporte son lit un jour de sabbat. La guérison que fait Jésus, quelque tems après, d'une main sèche, dans un pareil jour, met le comble à la fureur des Pharisiens, et les porteuse concerter avec les Ilérodicns( )

(i) « Ce fiui est marqué des Hérodiens clans l'Evangile, dit » M. Pi idéaux. {Jf/xt des Juifs , T. F , Lh\ XIII . 124, ci sint:) , V semlile assez niarqucr . que c'était une .Kectc parmi les Juifs, quî ^ Jilïûrait de> autres dgiiis quelques points de la loi et de 1^ religion. Il«i

l82 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Ere vulg.

pour le perdre. Jésus , connaissant leur dessein, se retire vers la mer avec ses disciples ; il n'y reste pas inconnu.

■» sont nommés avec, les Pharisiens, et distingués d'eux : de sorte que i> ce doit naturellement être une secte , aussi bien que l'autre. 11 est dit >> d'eux aussi , qu'ils avaient un levain particulier, de la manière que i> cela est dit des Pharisiens ; c'est-à-cllre quelques dogmes faux et » méchant-, qui gâtaient la pâte dans laquelle on les mettait; et Jésus- » Christ avertit ses disciples de se donner de garde du levain des uns » et des autres. Et puisrju'il l'appelle le levain d'Hc'rode , il faut j» qu Hérode soit l'auteur des dogmes dangereux qui disline;iiaient » cette secte de toutes les autres sectes des Juif? ; et cjue l'on appelât » Hérodiens ceux qui embrassaient ces dogmes, ses sectateurs élaiit , » pour la plupart , des gens de la cour, ceux qui avaient des charges » au paLiis , et leurs descendants : la version syriaque , par-tout où se » trouve le nom d'Iiérodlens, le rend par celui de domestiques d'Hc- » rodeA^eAKe version, ayant été laite de fort bonne heure, pour l'usage de « l'église d'Aiitioche , ceux qui y ont travaillé élaient fort proche du j) tems où cette secte avait pris naissance, et avaient parla l'avantage de 3» savoir mieux que personne ce que c'était. Voilà donc, ce me semble, 3) les Hérodiens bien prouvés une secte , et une secte venue d'Hérode Il le Grand.

» Mais quels dogmes avait cette secte? Le seul moyen de le dé— 5) couvrir cjui nous reste, est d'examiner en quoi son fondateur différait 3> du reste des Juifs : car, sans doute , ce sera là aussi la différence de J> ses sectateurs avec les autres Juifs. On trouvera, qu'il y a deux articles y> sur lesquels Hérode et les Juifs ne s'accordaient pas. Le premier > est, en ce qu 11 assujettit la nation à la domination des Romains; et 5) le second , en ce que , par complaisance pour ces mêmes Romains, ^ il suivait plusieurs des usages et des modes du Paganisme. Hérode » croyait l'un et l'autre permis, et suivait ces principes dans la pratique, » Ce sont là au si , selon moi , les opinions dans lesquelles consistait la » différence qui était entre ses sectateurs et les autres Juifs, et ce i> qui con-.tlluait la ^ecte qui, à cause de cela, porlait son nom. Du » commandement qui avait été donné au XV W du D.euîéronome , » V. i5. Tu cialiliras sur toi pour Roi un d'entre tes frères. Tu ne » pourras pas c'jlilir sur toi un étranger qui ne soit pas ton frère : on « avait conclu, et tous les Pharisiens étaient de cette opinion , qu'il » n'était pas permis de se soumetlre à l'empereur romain, ni de lui » payer tribut. Mais Hérode et ses sectateurs , entendant ce texte d'un >> choix volontaire, non pas d'une soumission (orrée ou nécessaire , » étaient d'une opinion contraire, et croyaient (ju'il était très permis, >' eu ce cas là, et de se soumettre à l'empereur romain, et de lui payer »» tribut. Les Pharisiens donc , et les Hérodiens ayant sur cet article » des sentiments si opposés, ceux qui tendaient des pièges à Jésus— >' Christ, et qui cherchaient à le perdre, détachèrent des disciples de » ces deux sectes opposées, pour lui faire proposer cette question cap— » lieuse conjointement: Math.XHI. itj. Est-il permis de payer le triltut

DU NOUVEAU TESTAMENT. l83

Eté vulg.

On'vient Je tous les endroits de la Judée , de la Galllpe et de ridumee, pour reuteiidre, et pour lui présenter des malades, et tous ceux qui ont le buidiour de le touc.lier sont guéris Etant ensuite monté sur une montagne voisin'*, il choisit parmi ses disciples douze apôtres, à la tète desquels il met Pierre, et leur fait un sermon qui renferme en précis toute la morale évangéli(pie.

Il descend , et une grande foule de peuple qui l'attendait se met à sa suite. S'en étant séparé , il rencontre près de Capliarnaiim un lépreux cju'il guérit on le touchant, mais il lui delend d'en parler, et lui ordonne d'aller se

» à César, ou non? persuailes que, de quelque manière qu'il y répondit,'

» il donnerait prise sui- lui. Car, s'il disait que non , les Herodiens le

w déiereraient d'abord comme un ennemi de César; et, s'il disait

» qu'oui , les Pharisiens ne manqueraient p.is de le rendre odieux au

» peuple , comme un ennemi de leurs droits et de leurs privilèges; car

» le peuple était déjà entêté de leur opinion , qu'il n'était pas permis

>» de payer le tribut. Mjis Jésus-Cbrist , qui savait leurs mauvaises

» intentions, confondit les uns et les autres par la réponse qu'il leur

» donna. Mais enfin, cette réponse étant une justification de la doc-

» trille des Herodiens sur cet ariicle , ce ne peut pas être là le levain

» d'Hérode , dont notre Sauveur disait à ses disciples de se donner de

» garde. Il faut donc que ce soit leur seconde opifiion; que quand une

» force majeure le commande et le vi'ut, il est permis de la suivre,

» et de lui obéir, et de faire des actes d'idolàlrie, ou de suivre d'autres

1) pratiques criminelles de religion. 11 c^l bien siJr qii'Ilérode suivait

» cette lâc he maxime; et il y a beaucoup d'apparence que , pour jus-

■» tifier sa conduite , il forma cette sec c. Josephe nous apprend que,

» pour faire sa cour à Auguste et aux grands de Rome, il avait fait

» bien des choses défendues parla loi t la religion des Juifs; qu'il

» avait bâti des templ; s ot élevé des sfatiirs pour un culte idolâtre ; et

>> s'était excusé aux Juifs . en leur représentant qu'il l'avait fait malgré

» lui; forcé par le commandement d'une puissance à laquelle la néces-

» site le contiaignaif d'obéir, et q'ie cela le disculpait entièrement ,

J) puisque ce n'était pas un acte volontaire De là vient qu'il est qucl-

» quefois traité de demi-j ;if Je crois donc que les Herodiens, ses

» sectateurs, et tient, des demi-juifs comme lui; des gens qui à la

» vérité (ai aient profession du Judaïs ne , mais qui pourtant, dans

» l'occasion . savaient s'accommoder à 1 idolâtrie païenne , et taire ce

» qu'elle demandait d'eux Les Sadur é mis , qui ne connaissaient point

» de vie après celle-ci . donnèrent presque tous dans l'Hérodian'isme ;

■» aussi les voit-on confondus , pour ainsi dire , avec eux ; car les

» mêmes personnes qui, dans tin évangile , sont appelées Herodiens ,

» dans un autre sont nommées Saducéens. Cette secte tomba, et

» s'évanouit. Après le tems de Notre-Scigneur, il n'en est plus parle

» du tout. ■».

à84 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

S.U vulg.

présenter au pi'être pour vérifier sa guérison et le rétabliï' dans Tordre de la société. Car les lépreux en étaient sétjuestrés , et l'entrée même des villes leur était interdite.

Jésus étant dans Capharnalim, un cenlenier lui député quelques juifs , pour le prier de venir au secours de son serviteur qui était paralytique. Il se met en route; mais lé centenier se jugeant indigne de le recevoir dans sa maison , lui fait dire par ses amis, qu'il ne mérite point cet honneur , et qu'une parole sortie de sa bouche suffit pour rendre la santé au malade. Jésus admirant sa foi lui accorde sa deiTiande, et le serviteur est aussitôt guéri.

Le jour suivant , Jésus allant à Naïm , ville de la tribu d'issacliar , près du torrent de <,ison, entre Nazareth et Aphec, rencontre à la porte de la ville le convoi d'un jeune homme, fds unique d'une veuve qui suivait le cercueil en pleurant. Touché de compassion , Jésus dit à ceux qui portaient le corps de s'arrêter, et commande au mort de se lever. Le jeune homme en même tems se lève, et commence à parler ; ce qui remplit les assistants de frayeur et d'admiration.

Toutes ces choses ayant été racontées à Jean-Baptiste^ dans sa prison, par ses disciples, il envoie deux d'entre eux à Jésus pour lui demander s'il est le Messie, ou s'il faut en attendre un autre. Jean n'avait aucun doute là-dessus; mais il voulait que ses disciples fussent instruits, par la bouche de Jésus même, de la divinité de sa personne et de sa mission. Jésus lait en leur présence divers miracles , et leur dit de rapporter à Jean ce qu'ils ont vu , ajoutant qu'heureux est celui qui ne prendra pas de lui un sujet de scandale et de chute. Jésus était encore à Naïm, lorsqu'il reçut cette députation.

Un pharisien de la même ville , nommé Simon , l'invite à dîner. Tandis qu'il est à table , une femme de mauvaise vie , différente de Marie-Madeleine , et de Marie, sœur de Lazare , comme le pensent les meilleurs critiques, survient avec un vase d'albâtre plein d'une huile odoriférante. Elle se place derrière lui , et après avoir arrosé «es pieds de ses larmes , les avoir essuyés avec ses cheveux et les avoir baisés , elle les embaume de son parfum. Ce spectacle attendrissant, loin de toucher le pharisien , né lui inspire que du mépris, et. pour la pénitente qu'il regarde comme indigne de pardon , et pour Jésus qui lui paraît n'être pas un vrai prophète , puisqu'il ne connaît pas, selon lui, la personne qui est à ses pieds, Jésus le

DU NOUVEAU TESTAME3ST. l85

Ere vulg-

convainc (.l'evreur par une parabole; après quoi il renvoie cette femuu! , en l'assurant que ses péchés lui sont remis.

Une autre, lois, Jésus, étant entré dans une maison (vraisemblablement à CapliarnaiJm ) pour y prendre son repas avec ses disciples, il s'y assembla une si grande foule de,

Î)euple, qu'à peine v ppnvait-oii respirer Ses proches 'ayant appris, vinrent pour se saisir de lui , disant qu'il avait perdu l'esprit , car ils ne croyaient pas en lui. Dans ce moment il guérit un possédé qui était aveugle et muet, miracle qui frappe le peuple d'admiration. Mais les Pharisiens ont la malice de l'attribu<n" à lîéelzebiith , pinnce des démons. Sur quoi Jésus leur prouve que, si le royaume de Satan est divisé contre lui-m 'me , il est impossible qu'il subsiste. Illeurfaii ensuite ce raisonni^ment: ùi je chasse les démons par Déelzebuth , par qui i'os enfants les chassent-ils ? Puis il ajoute, pour leur faire sentir l énormité de leur calomnie : Je i>oas le dis en l'mVc', -^iie luiis l'es blasphèmes que les hommes auront projéréi leur seront remis , à / 'exception du blasphème contre le Saint-Esprit.

Etant parti de là , il vient avec ses disciples à Nazareth, où il avait été élevé. Le jour Ju Sabbat, il entre? dans la synagogue , et y fait , sur un passag(> d'isaïe qui le concerne , un discours qui remplit d'etonnement ses auditeurs. « D'où lui vient cette sagesse, se demandent-ils ? j) n'est-ce pas là cet artisan dont nous connaissons le père, i) la mère, les frères et les sœurs ' cousins et cousines) , j> gens du commun , qui n'ont point de lumières au— i> dessus de leur état? » Ces considérations les arrêtent et les empêchent de croire à une doctrine qu'ils sont forcés néanmoins d'admirer. Jésus prend de-là occasion de leur dire et de jeur montrer, par des exemples, que jamais un prophète n'est bien re,^u dans son pays. Les reprochas d'incrédulité qu'il leur fait les irritent au point qu'ils veulent le précipiter du haut de la montagne, sur laquelle était ])âlie leur ville. Mais Jésus passe au milieu d'eux s^ns qu'ils lui fassent de mal.

Jean, dans sa prison, continuait de blâmer le maria^'e d'Mérode avec Hérodinde, et cette méchante feiam»" , die son côte , ne cessait de tendre des embûches au prophète pour le faire mourir. Enfin » le moment favoralne .1 son abominable dessein arriva. Ce fut le jour de la naissance d'Kérodc. Ce prince donnant, à celte occasion, un festin aux grands de sa cour, aux officiers de ses troupes et aux principaux de Galilée, Salomé , fdlc d'Ilérodiade, v lut H. :;4

I«n CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Ere vulg.

inlroduite , rt. ayant dansé devant le Roi, elle lui plut tollomeiit qu'il sYngagca p,ir stiment à lui donner tout ce cju't'lie demaiidnait , fut-ce même la moilië de son royaume. Salonié set.uit retirée, consulte sa mère, qui lui dit do demander la tète de Jean-Ba|)tisle. lierode , aussi fâché que surpris de celte demande, ne Tarcorde qu'à regret, ba conscience lui dictait un refus ; mais deux choses l'en delourr.èrent, la crainte de molester la jeune princesse, et la honte de se parjurer à la vue des convives. il envoie donc un garde pour décapiter le prophète dans sa piison. Sa lêîe est apportée dans un bassin à Salomé , qui la remet à sa mère.

Jésus , apprenant la mort de Jean , se retire de Galilée. Il y revient quelque lems après, et ne cesse de faire des miracles, qui répandent au loin sa réputation , et donnent lieu à divers discours. On en parle à la cour d'Hérode, et sur ce qu'il entend dire, il s'imagine que c'est Jean-Baptiste qui est ressuscité. On rapporte à Jésus ce qu'Hérode dit de lui. Il quitte le lieu où il est, s'embarque avec ses disciples sur la mer de Tibériade , et se retire dans le désert appelé de lielhsaïdo, non qu'il fut du même côté que cette ville , mais parce qu'il était visà-vis , n'y ayant que le lac entre deux. Le peuple, l'ayant vu partir, s'empresse de le suivre, et plusieurs firent une telle diligence qu ils arrivèrent avant lui. Jésus , touché de compassion pour cette multitude qu'il voyait abandonnée comme des brebis sans pasteur, leur dit beaucoup de choses pour leur instruction , et rend la santé à ceux <jui étaient malades. Le jour étant déjà fort avancé, ses disciples lui remontrent qu'il est lems de renvoyer ces ^ens , afin qu'ils aillent se procurer des vivres dans les lieux voisins , attendu qu'il n'y a pas dans cette solitude de quoi les nourrir. Jésus demande à ses disciples combien ils ont de pains, et ayant connu par leur réponse qu'ils n'en avaient que cinq , avec deux poissons , il leur ordonne de faire asseoir cette multitude sur l'herbe , par rangs de cent et de cinquante ; puis , ayant béni les pains * et les poissons, il les hiir donne pour les distribuer à ceux

qui étaient i^r.sis. La muiliplicalion de ces édiments fut telle , que cinq millchommes, sans compter les femmes et les enfaiis , qui composaient ce peuple , en furent rassasiés. Ce mirucie les ravit au point qu'ils pensent à enlever Jésus pour le faire roi. Mans connaissant leur dessein, il les congédie, et s'enfuit sur la inoulagnc pour prier.

Ere vulg.

Ses disciples cependant s'étaient embarf|ués pour aller vers Capbainaum. Comine ils ramaii-iit à force , le vent leur étant contraire, Jésus leurapjiaraît , vers la quatiième veille de la nuit, marcliant sur les eaux. Pierre lui demande la permission d'aller à lui ; il Tobtient, et saute de la barque pour le joindre. Mais un coup de vent l'ayant effrayé , il enfonce dans l'eau en implorant le secours de son maître. Jésus le retire par la main , et lui reproche son peu de foi.

Arrivé à Génésarelb , Jésus guérit les malades qu'on lui amène de toute la contrée. Il parcourt les siiles et bourgades, en s'avançant vers la Méditer, an?e , et faisant partout les mêmes miracles. Un • femme cananéenne étant venue le trouver sur les confins dcTyret de Sidon, se prosterne à ses pieds en lui demandant la gucrison de sa fille , qui était tourmentée du Démon. Jésus la refuse avec une dureté apparente. Elle insiste avec une foi si vive, que Jésus en est étonné lui-même , et ne peut s'empêcher de lui accorder sa demande.

Partout où Jésus se trouve , une grande foule de peuple l'environne. Elle le suit dans un lieu désert où il se retire avec ses disciples , et elle y passe trois jours sans manger , occupée à l'entendre et à contempler les merseilles qu'il opère. Jésus , ne voulant point renvoyer ces gens à jeun, ordonne à ses disciples de leur distribuer sept pams et quelques petits poissons , en quoi consistaient toutes leurs provisions. Ce peu d'aliments se m lUiplia tellement entre leurs mains, que quatre mille homai^s, sans compter les femmes et les enfants, en furent rassasiés, et laissèrent encore de quoi remplir sept corbeilles. 32 Jésus passe à Belbsaïde en Galilée , où il guérit un aveugle , et delà dans les environs de Cesaiée de Philippe (1). Etant proche de cette ville , ayant ses disciples

(i) Cette ville, située au pied du mont Liban , près des sources du Jourdain, avait plusieurs fois changé de nom. Elle s'appel 'it d'aboi-d Laïs, et appartenait aux Sidoniens, lorsque , sous le G;oiiveriieinent des Juges, six cents hommes de la tribu de Dan la prirent et la réduisirent en cendres : l'ayant ensuite rebà.'ie, ils lui donnèrent le nom de Dan.. Long-tems après elle prit celui de Panéas , du nom de !a montagne de Panée, qui en était proche Enfin , Philippe , l'un des fils d'Hérode le Grand , et te-darque d'Iturée , l'ay^'ut îiu^mcntée et embellie eu l'honneur de Tibère, et non pas de Calignla, conime le marque yu. moderne , l'appela Ccsarée de l'hilii'pe.

l^B CHRONOLOGIE HISTORIQUE

lÈie viiig.

avec lui, il leur fit en chemin celle question : Qixe disent les hommes du fils de V homme' Qui disent-ils que je suis ? Sur ce qu'ils répondirent que les uns le prenaient pour Jean-Kaplisle, 1rs autres pour Jercmie, ou pour quelqu'un des anciens prophètes, qui était ressuscité ; //2->75 t'o?/^ , reprit-il , qui dites-oous que je suis ? Pierre prenant la parole dit : Vous êtes le Christ^ le fils du Dieu m'unt. Jésus donne à celte réponse des éloges, et avertit en mêmelems Pierre qu'elle nelui a point été suggérée par la chair et le sang , mais par le Père céleste ; è quoi il ajoute : Et vioi^ je i^oiis dis que oous êtes Pierre^ et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise , et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle : ce qui démontre en même tems et la primauté de saint Pierre, et la perpétuité de l'Eglise. Environ huit jours après ceci , Jésus ayant pris avec lui Pierre, Jean et Jacques, les mène sur une haute montagne à l'écart pour prier. ( Cette montagne est , à ce qu'on croit, mais sans fondement , le Thabor. ) Tandis qu'il est en oraison , il change de figure. Son visage devient brillant comme le soleil ; ses vêtements paraissent tout éclatants de lumière, et d'une blancheur égale à celle de la neige. On voit en mêmc-tems deux hommes pleins de majesté et de gloire, qui s'entretiennent avec lui ; c'étaient Moïse et Elie , qui lui parlaient de la manière dont il devait terminer sa vie morlolle à Jérusalem. Les trois disciples que It^ sommeil accablait, éveillés au son de leurs voix , contemplent ce beau speclacle avec des transports d'admiration et de joie. Mais voyant la nuée envelopper les deux hommes au moment qu'ils se séparent de Jésus, ils en sont effrayés. Leur épouvante redouble en entendant une voix qui , du fond de la nuée , articule ces paroles ; C^est ici mon fils bien - aimé en quij 'ai mis toute mon affection ; éroutez- le. Alors ils tombent de peur, le visage contre lèvre. Jésus les relève, les rassure, et leur défend de parlera personne de ce qu'ils ont vu, jusqu'à ce qu'il soit ressuscité. Le lendemain, Jésus descendant dclamonlagne, trouve xine grande foule de peuple qui l'attendait. On lui présente un enfant lunatique et muet , que ses disciples avaient en vain entrepris de guérir. Après leur avoir reproché leur peu de foi , il commande à l'esprit impur de sortir du corps de cet enfant, et il est obéi, >,es disci[)les lui demandent pourquoi ils n\)nt pu opéwv celle gucrison. « Ces sortes de démons , leur ré— >^iond-il 5 ne peuvent ctre chassés par aucun autre moyerji

DU ^[OUVEAU TnSTAMETST. 189

Etevulg.

que par la prière et le jevnie. » Des lecteurs peu versés dans rhistoirc seront peut être surpris de voir, au tems du Messie, un si grand nombre de personnes tourmontées par les démons. « Mais, dit un habile homme, j> c'est gratuitement qu'on suppose qu'avant et après notre j) Sauveur, les démoniaques ont été inconnus dans le » monde. Des faits authentiques démontrent le contraire, 3> par rnnport aux tems postérieurs à la date de l'Evangile;^ j> Quand on u'aiwail aucun fait à alléguer en preuve, ceux » qui décrient le sens littéral des histoires des possédés >» que Jésus a guéris, ne pourraient tirer de cette disette » de faits aucune induction favorable à leur hypothèse. » Rien de plus sensé f[ue la conjecture du docteur Stebljing sur ce sujet. « Si jamais, dit-il, on ne parla tant de l'ob— ^) session des démons qu'on le fit pendant la vie de notre j> «Sauveur, c'est que jamais on ne vit se déployer avec )> tant d'éclat la puissance miraculeuse qui rendit la ma- 3> lice de ces esprits impiu's et si sensible et si publique. i> Les maladies dont les démons étaient les auteuis étaient » très-counues. Les symptômes en étaient frappants; mais i> ot^^ ignora la vraie cause jus(ju'à ce que le grand li- )> béNIeur des malades de cet ordre révéla le secret de j) leur triste état, peut-être que quelque jour cette même i> vertu divine éclatera de nouveau, et alors aussi , peut- 3> être le monde en admirera- t-il de nouveau de sem- )j blables effets. Notre raison et nos sens ne nous appreni> nent que très-peu de chose touchant l'existence et l'oj> péraiion des démons. Nous sommes incapables de dé- )> mêler sûrement dans quel cas on doit les regarder » comme des causes immédiates de certains effets qui » frappent nos yeux. Mais qui sait si, encore aujourd'hui , j) ces esprits impure ne contribuent en rien à plusieurs des i> fléaux qui disoleut le genre humain? » ( Stackhouse, Dissert. T. .H. p. it^4. )

La (été des Tabernacles étant proche , les parents de Jésus, qui, sans croire en lui, voulaient tirer parti de ses miracles , l'exhortent à s'y rendre pour se faire connaître au monde. 11 répond à ces aii bilieux que son tems n'est pas encore prêt, et les laisse partir. Mais, après leur départ, il se met en route lui-même pour aller à la fête. En traversant la Samarie, il rencontre dix lépreux , qui, l'ayant aperçu, se tiennent éloignés, et le conjurent à grands cris d'aAoir pitié d'eux. Jésus les renvoie aux prêtres , et élans le chemin il sont guéris. Mais un seul, et celui cî

jc)0 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Ere vulg^

était samaritain , retourne sur ses pas pour rendre grâces à l'auteur de sa guérison.

Les Juifs cherchent Jésus pendant la fcte , et tiennent divers discours à son sujet. Il paraît tout-à-coup dans le Temple au milieu de la solennité , et étonne le peuple par sa doctrine. Les Pharisiens et les princes des prêtres envoient des satellites pour le prendre. Mais ceux-ci , frappés comme les autres d'admiration , n'osent mettre la miain sur lui. Etant revenus vers ceux qui les avaient en- ■ voyés , sans l'amener, ils s'excusent en disant ; Jamais homme n 'a parlé comme celui-là.

Jésus, après la fête, monte snr la montagne des Oliviers, et le lendemain , dès la pointe du jour , il retourne au Temple, où tout le peuple s'amasse autour de lui pour l'entendre. Tandis qu'il est occupé à les instruire , les Scribes et les Pharisiens lui amènent une femme qu'ils ont surprise en adultère. La loi de Moïse condamnait ces sortes dé personnes à être lapidées. Us pressent Jésus de dire ce qu'il pense à ce sujet, et cela dans la vue d'avoir occasion de l'accuser ou de trop de sévérité, s'il condamnait cette femme au dernier supplice , ou de manque de respect pour la loi de Moïse , s'il s'avisait dH^^'absoudre. La réponse de Jésus les met tous en défaut. Que relui d'entre vous , leur dit-il , c/ui est sans péché lui jette la première pierre. Alors , s'étant retirés tous les uns après les autres , la femme reste seule avec Jésus, qui la renvoie en lui disant de ne plus pécher. Il continue ses instructions dans le Temple, et les Pharisiens étant revenus, entrent en dispute avec lui. Il leur prouve qu'il a reçu sa mission de Dieu, son père, qu'ils ne connaissent point; que c'est la haine de la vérité qui les porte à le vouloir faire mourir ; qu'ils ne sont point la vraie postérité d'Abraham , puisqu'ils n'ont point hérité de sa foi , mais les enfants du Diable, dont ils font les oeuvres, étant homicides et menteurs comme lui A ces reproches légitimes , ils opposent des injures non moins atroces qu'insensées, en appelant Jésus samaritain et démoniaque. La réponse pleine de modération et de force qu'il leur fait , ne sert qu'à mettre le comble à leur fureur. Ils prennent des pierres pour le la- 32 pider ; mais il leur échappe d'une manière miraculeuse , et se retire sur la montagne des Oliviers.

Ses disciples étant venus l'y trouver , il en choisit soixante-douze , qu'il envoie devant lui, Aç^vw à deux, dans toutes les villes et dans tous les lieux où il doit lui-mcrac

DU NOUVEAU TESTAMENT. ÏCft

aller. Etant revenus quelque tems après le joindre, ils lui annoncent avec des transports de joie que les démons même leur sont soumis. Jésus modère l'excès de leur contentement par des instructions sur l'usage qu'ils doivent faire des dons miraculeux dont il les a revêtus.

Cependant on approchait de la fête de la Dédicace du Temple, c'est-à-dire de la fête que l'on célébrait le zS de cas/eu , qui répond au mois de décembre , en mémoire de la purification du Temple fiite par Judas Machabée après la victoire qu'il remporta sur JNiicanor. Jésus retournant à Jérusalem pour cette solennité, rencontre un jour de scbbat, non loin de la ville, un homme qui était aveugle dès sa naissance; sur quoi ses disciples lui font cette question. Maître^ est-ce le pér/ié de cet homme , ou le péché de ceux qui l'ont mis au monde ^ qui est cause qu'il est né aveugle? On voit par-là qu'ils croyaient , comme la plupart des Juifs , la préexistence des âmes. .Jésiis répond que l'état de cet homme ne vient ni d'un péché qui lui soit particulier, ni de ceux de ses parents . mais que Dieu l'a permis pour manifester sa gloire. S'étant ensuite approché de l'aveugle, il lui frotte les yeux avec de la terre détrempée dans sa salive, après (|uoi il l'envoie à la fontaine de Siloé pour s'y la\«er. ( Celte fontaine était au pied des murs de Jérusalem , du côté de l'Orient.) Il y va , s'y lave , et revient voyant clair. Ce miracle fait grand bruit à Jérusalciî), et jette les Pharisiens dans un grand embarras. Ayant fait venir le miraculé dans leur assemblée, ils l'interrogent sur les circonstances de sa guérison. Il les raconte avec une simplicité admirable. Mais son récit ne les convainc point. Ils font venir son père et sa mère, qui, par timidité, se contentent de déclarer que leur fds est né aveugle, mais qu'ils ne savent pas comment il voit. Les Pharisiens alors veulent contraindre cet homme à regarder son bienfaiteur comme un impie , parce qu'il a viole, suivant eux, la sainteté du Sabbat, en le guérissant ce jour-là. Le miraculé le refuse, et ils le chassent de leur synagogue.

J ésus se promenant dans le Temple, pendant la fête, dans la galerie de Salomon, se trouve environné lout-à-coup d'un grand nombre de juifs, qui le somment de leur dire clairement s'il est le Christ II répond que ses œuvres déposent évidemment en sa aveur; que leur incrédulité vient de ce qu'ils ne sont pas du nombre de ses brebis; qu'il a Dieu pour père ; et qu'ils ne sont ensemble qu'une mène

•Hg^ CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Ere vulg.

chose. A ces dernières paroles , les Juifs prennent des pierres pour le lapide r comme un blaspliëmateur. Il veut les réprimer en justifiant ce qu'il vient de dire, et ne fait qu'augmenter leur fureur, lisse nuMtent en devoir de le saisir ; mais il se dérobe à leurs eiïorts , passe au-delà du . Jourdain , dans l'endroit où Jean l'avait autrefois baptisé,* et s'y arrête quelque tems. Dès qu'on sut qu'il y était , une grande foule de personnes vinrent l'y trouver, et il continua de les instruire. Ce lut là que Marthe et Marie lui envoyèrent du bourg de Béthanie, où elles demeuraient, près de Jérusalem, pour lui dire que Lazare, leur frère , qu'il aimait singulièrement, était flangeieusemeut malade. Au lieu (le s'y rendre sur-le-champ, comme elles le désiraient , il demeure encore deux jours au même lieu, après quoi il se remet en roule pour la Judée, et avertit clans le chemin ses disciples cjue j^azare est mort. Il arrive à Eéthanie quatre jours après que cet ami a été enseveli. S'élant fait conduire au sépulcre, qui était une caverne, il commande , en présence d'un grand nombre de personnes, d'ôter la pierre qui le couvrait: puis il appelle le mort à haute voix. Lazare sort et para?! debout, plein de vie. H le fait délier ( car il était entouré de bandelettes , suivant l'usage d'ensevelir les Hiorts chez les Juifs); et J-azare , dégagé de ses liens, retourne dans sa maison, «f Ce miracle, dit M. Nicole , fut acccmipagné de circons- ,3) tances qui accablent l'incrédulité des hommes, et qui » les réduiraient tous à embrasser la foi , si l'entêtement j) et la prévention étaient capables de se rendre à la raison. M C'est un mort que Jésus-Christ ressuscite , et un mort " de quatre jours ; un mort enseveli en présence de plu- » sieurs Juifs ; un mort qui répandait déjà l'infection » des corps morts, et qui était tout coiiompu. Jésus- >» Christ ne le ressuscite pas sans témoins, comme il i> avait ressuscité la fille du prince de la synagogue. j» Ce fut en présence de plusieurs Juifs venus de Jéru- » salem , témoins irréprochables de la corruption de i> ce corps mort et de la vérité de sa résurrectiol^ J^'his- }> toire même, qui en est rapportée dans l'Evangile, est j» décrite d'une manière inimitable à l'artifice , et péril suadc tellement l'esprit , qu'il ne saurait fonner le » moindre doute sur ce miracle. Et cependant il est tel, }> qu'étant supposé, on ne saurait avoir aucun doute rai- » sonnaille de la vérité de toute la religion chrétienne. » Frappés de son éyidence , plusieurs de ceux qui en furent

DU NOUVEAU TESTAMENT. igS

fei« Vulg.

témoins crurent en Jésus. Mais les chefs de la nation n'en devinrent que plus animés contre lui. Dans un conseil qu'ils tiennent à ce sujet, au nombre de soixante-douze personnes , ils délibèrent sur les moyens de l'arrêter et dé le faire mourir. Ce parti , selon eux , était indispensable pour empêcher que l'éclat de ses miracles ne portât le peuple à le reconnaître pour roi ; attentat , disaient-ils , que les Romains ne manquei'aient pas de punir parla ruine de la ville et du Temple, et la dispei^sion entière de la nation. Caïphe (i), grand-prêtre de cette année-là, les af-^ fermit dans ce dessein, en leur disant, par esprit de prophétie, qu'il est de leur intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple, afin que toute la nation ne périsse point. Ce langage émanait de deux principes. Caïphe parlait par son propre esprit, en conseillant aux Juifs de faire mourir Jésus-Christ ; il parlait par l'esprit de Dieu, en prédisant cette mort et les grands biens qui devaient en revenir au monde.

3o Jésus, sachant qu'ils cherchaient à le mettre à mort, se retire dans le désert d'Ephrem ou d'Ephraïm, petite ville à huit lieues de Jérusalem, du côté du Nord. Mais comme la Pâque était proche, et qu'il devait y consommer le grand objet de sa mission, il ne séjourna pas long-tems eii ce lieu (2). S'étant donc remis en route pour Jérusalem , il vint à Béthanie six jours avant cette solennité. Il y soupa chez Simon le lépreux ( Math. XXVI. 6.) , et Lazare qu'il avait ressuscité se trouvait au nombre des convives. Tandis que Marthe les servait à table , Marie , sa sœur , s'approche de Jésus, portant un vase d albâtre plein d'une livre d'huile de parfum de vrai nard d'épi (c'était le plus précieux), et le répand sur les pieds de Jésus, qu'ensuite elle essuya de ses cheveux. Judas Iscariote, l'un des douze apôtres , condamne hautement cette action comme une

(i) Caïphe élait grand-prêtre, alors, depuis sept ans, et il le lut encore l'espace de trois ans II parait qu'Anne, et Caïplie, son gendre , étaient tous deux grands prêtres ensemble, pour tout le tenis de leur vie ; mais qu'ils roulaient par anilée. Celui qui entrait dan* le Saint des Saints à la fête de l'Expiation, était le pontife de l'année courante ; en sorte qu'on les regardait comme deux pontifes alternatifs, non pour la dignité qu'ils ne perdaient pas , mais pour le ministère et pour les fonctions qn'ils exerçaient tour-à-tour. C'est une conjecture du P. Hardouin , que nous abandonnons au Lecteur.

(2) D. Calmet dit qu'il y resta, depuis le ^41^'^^^^^ jusqu'au 24 mar*. II. iiS

ÏC)4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Ere vulg.

profusion inutile. N ' aura! t-û pas mieux valu^ dit-il, donner aux pamnes le prix de ce parjum? Il parlait ainsi , dit l'Evang4p . parce qu'il portait la bourse; car, au fond, il se souciait peu des pauvres. Jésu.> prend la défense de Marie avec douceur , et impose silence à ceux qui la blâ-' maient.

Le lendemain, étant proche de la montagne des Oliviers, distante d'un mille de Jérusalem , il envoie deux de ses disciples à un bourg voisin , nommé Belhphagé , avec ordre de lui amener un ânon, qu'ils trouveront lié auprès de sa mère. Ils amènent l'un et l'autre ; et ayant fait asseoir leur maître sur l'ânon , dont la mèr? le suivait, tous les disciples l'accompagnent jusqu'à Jérusalem. Une grande quantité de peuple, qui était venu pour la fête, accourt au devant de lui , et grossit son cortège. I.es uns étendent leurs manteaux sur le chemin (i); les autres, le jonchent de branches d'arbres , et tous crient à l'envi : Hosa/iiia ( salut et gloire) , au fils de David ; héni soif relui

?'m vient au nom du Seigneur! I^orsqu'il fut près de la ville , a regardant, il pleura sur elle, en prédisant que, pour la punir de son incrédulité, il viendra un tems malheureux où ses ennemis l'environneront de tranchées, la serreront de toutes parts . la renverseront par terre , elle et ses eniants , renfermés dans ses murs, et ne laisseront pas pierre sur pierre. Nous verrons dans la suite raccomplissement de cette prédiction. Les acclamations, cependant, continuaient. Jésus entre , comme en triomphe, au milieu de ces marques d'allégresse, dans Jérusalem, qui est toute émue en le voyant. Etant monté au Temple , son zèle s'enflamme à la vue des profanations qui souillaient la maison de son père. Il en chasse, comme il avait déjà fait une autpefois , tous les marchands et les banquiers; fait ensuite sa prière, parle au peuple; redresse des boiteux, rend la vue à des aveugles qui se présentent à lui ; et sur le soir, il s'en retourne, avec ses douze apôtres, à Bcthanie, Après y avoir passé la nuit, il revient le lendemain à Jérusalem. Sur la route, pressé de li faim, il s'approche d'un figuier qu'il voit chargé de feuilles, y cherche du fruit, et

(i) Pliifarfjue, dansla Vie de Calcii d'Utiqiie, dit que ses soldats étendirent leurs Ji. bits sur les chemins où il devait passer. Athéne'e L. XII , c. q, raconte de même, qu'aux fêles où l'on portait en procession la Statue de Junon , le peuple jetait ses babits sur le pas^age de la déesse^.

DU NOUVEAU TESTAMENT. igS

It« vulg.

n'en trouve point ; car ce n'était pas le tems des figues, dit la Vulgate. L'ancienne version saxonne dit, au contraire, que c'était le tems des figues en ce canton-là , et le grec est susceptible de celte interprétation , qui nous paraît la meilleure. Jésus maudit le figuier; et l'arbre se sécha au grand étonnement de ses disciples , qui , repassant au même endroit le jour suivant, s'en aperçurent, et le firent remarquer à leur maître. Ce dernier jour était le mardi, que Jésus employa, comme il avait fait les deux précédents , à instruire le peuple dans le l'emple par diverses paraboles. Les chefs et les docteurs de la nation s'y reconnaissent aux traits dont il peint la raéchanceié de ses ennemis , sans être effrayés des châtiments dont il les menace. Ils cherchent à le surprendre dans ses paroles ; et d'abord se présentent les éinissaires les plus rusés diPs Pharisiens, concertés avec les Hérodiens, qui lui demandent , après un compliment insidieux, s'il est permis ou non de payer le tribut ou la capitalion à César. « Mon- » trez-moi , leur répondit Jésus , la pièce d'argent qu'on » paie pour le tribut ». Ceux - cl lui ayawl présenté un denier : «De qui est, leur dit-il, cette image et cette >» inscription .f* » De César, répondirent - ils. «cRendex » donc, repliqua-t-il , à César ce qui est à César, et à » Dieu ce qui est à Dieu. » Réponse admirable qui , en ménageant les intérêts de la vérité , ne heurtait ni la pensée des Hérodiens, qui prétendaient que le tribut était légitimement dû, ni le préjugé du peuple, qui le regardait comme une atteinte portée à sa qualité de peuple de Dieu.

Les Sadducéens essayèrent à leur tour d'embarrasser Jésus , en lui proposant une difficulté sur la résurrection des morts , qu'ils ne croyaient pas. « Une femme , lui j> dirent-ils , a consécutivement épousé (suivant la loi du » Lévirat), .sept frères, dont aucun n'a laissé de posté- » rite; à la résurrection des morts, de qui sera- 1 -elle » femme, puisqu'elle l'a été de tous les sept.?») Jésus leur montra, par sa réponse, (ju'ils étalent daus l'erreur, et ne comprenaient ni les écritures ni la puissance de Dieu. « Car, lorsque les morts, tlit-il, seront ressuscites, les » hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de » maris; mais ils seront comme les Anges sont dans les » deux. » Par -là, il confondait également les Sadducéens , qui niaient la résurrection , et les Pharisiens qui l'entendaient mal , se figurant qu'en l'autre vie on buvait , oa

196 CHRO>fOI,OGIE HISTORIQUE

Çre vulg.

mangeait, on se mariait, et qu''en un mot on y jouissait de tous les plaisirs des sens, de même qu'ici bas.

Comme il sortait du Temple, ses disciples voulurent lui en faire admirer la structure. Il leur prédit, que ce vaste et superbe édifice sera tellement détruit , qu'il n'y demeurera pas pierre sur pierre. S'étant retiré le soir avec eux sur la montagne des Oliviers , il répond à la question qu'ils lui firent , sur le tems de la ruine du Temple et de celle de Jérusalem , et sur les signes qui précéderont ce double événement. Il leur parle, dans le même discours, de la fin du monde, et de la destruction de l'univers entier, et donne les marques auxquelles on reconnaîtra les approches de cette épouvantable catastrophe.

T.e lendemain mercredi, Jésus revient au Temple de ▼ grand matin , et tout le peuple se rassemble autour de lui pour l'entendre. La jalousie des princes de l'ordre sacerdotal et des sénateurs, dont il démasquait l'hypocrisie, l'in-^ gratitude et la méchanceté, dans ses discours, ne peut plus y tenir. Ils s'assemblent chez le grand-prêtre Caïphe, pour délibprer sur les moyens de se saisir adroitement de Jésus, et de le faire mourir ; car ils n'osaient point mettre la main sur lui en public , et sur-tout un jour de fête , par la crainte du peuple qui admirait sa doctrine, et le regardait comme un pronhéle. Judas Iscariote , l'un des douze apôtres , survient dans le même tems, et les tire d'embarras , en s'offrant de leur livrer son maître moyennant la somme de trente deniers d'argent, ou trente sicles , (ju'ils promettent de lui donner. C'était le prix des esclaves. Si (juelqu'un de cette condition avait été tué par quelque accident, on s.itisfaisait le maître en lui donnant ces trente pièces d'argent.

On touchait cependant à la fête de Pâques (c'était la quatrième depuis le baptême de Jésus-Christ ) : elle tombait celte année le vendredi (3 avril, i5 de nisan). Or, les Juifs avaient introduit une coutume, que, quand la Pâque arrivait le jour qui précédait le Sabbat, ils la remettaient au Sabbat même , parce que ces deux jours consécutifs de fêtes, qui commençaient dès la veille, jours auxquels il ne leur était permis, ni d'enterrer leurs morts, ni de rien cuire pour le manger, leur étaient extrêmement à charge , et entraînaient de grands inconvénients. Jésus Christ toléra cette coutume; mais, comme elle n'imposait aucune nécessité, il voulut célébrer la Pâque le jour qui étai^ ordonné par la Loi. Le jeudi donc, vrai jour des

DU NOUVEAU TESTAME^'T. 197

Xrc vulg;

Azymes, il envoie deux de ses disciples à Jérusalem, pour lui préparer, à lui et à ses apôtres, le souper de l'agneau pascal (i). Pendant le repas , il leur annonce qu'un d'entre eux le trahit. Tous étant consternés de cette parole . Judas a l'effronterie de demander si c'est lui. Vous l'avez dit , lui répondit tout bas Jésus.

Après le souper , Jésus ayant quitté ses vêtements ,

Erend un linge dont il se ceint, verse de l'eau dans un assin, et lave les pieds de ses disciples, pour leur apprendre à se rendre mutuellement les services les plus humiliants. S'étant remis ensuite à table, il institue le '^acreïTient de l'Eucharistie ; après (juoi , il entame un discours admirable, pour consoler ses disciples sur sa mort prochaine; sort ensuite de la maison avec eux, et continue de les entretenir du même sujet, en retournant sur la montagne des Oliviers.

Il y avait là un enclos assez vaste , nommé le jardin de Gethsomani , que Jésus fréquentait souvent avec ses disciples. Y étant entré, il les fait asseoir, en leur recommandant la prière, afin d'éviter la tentation. Il s'avance plus loin avec trois d'entre eux , Pierre , Jacques et Jean , et s'en étant encore éloigné de la longueur d'un jet de pierre ou environ, il se prosterne le visage contre terre, pour demander à son père qu'il détourne de lui , s'il est possible le calice, c'est-à-dire le supplice qui lui est préparé. Il répète trois fois cette prière, qui n'était que le mouveïnent d'une volonté naturelle, pleinement soumise d'ailleurs à celle de son père; et il le fait avec une agitation si violente, qu'elle lui cause une sueur extraordinaire, ensorte qu'il sortait de son corps, dit l'Ejmngile, comme des goûtes de sang. Dans cette espèce d'agonie , un ange vient

f»our le soutenir et le fortifier. Judas cependant, il 'avait quitté après le souper pour aller consommer sa tra-

(i) « Les Juifs . dit l'abbe de Lon^uerue . n'ont jamais mangé >' l'agneau pascal qu'à Jérusalem , (pioi qu'en aient dit quelques M auteurs, qui ont fins la Pùqne coramérnorative pour la Pàque légale. « Ils pratiquent encore aujourd'hui cette P.àque coniinémoratlve. Eiic » consiste à manger rôti jusqu'au dessèchement un morceau de

V viande , mais qui n'est jamiiis agneau ni chevreau ; à le manger avec » des laitues et du pain azyme. Ils le dessèchent pour cire plus sûrs

V qu'il n'y reste point de sang. Par la même raison les Mahométans 51 ne mangent point de viande tue'e par les Chrétiens. » (^Lorigueruana^ p. 116).

Ere vnlg.

hison, s'avançait avec les satellites que les chefs du Sanliédrln lui avaient donnés pour le prendre. Jésus va trouver SCS disciples , que le sommeil accablait, et les avertit que son heure est arrivée. Au même moment arrive la cohorte. Judas l'ayant un peu devancée s'approche de Jésus, et lui pionne un baiser ; c'était le signal dont il était convenu avec ceux dont il était le guide , pour le reconnaître. Il retourne vers eux, et Jésus, s'étanl avancé à son tour, leur demande : Qui cherrhez-i>ous ? Jésus île Nazareth , répondirent-ils. C'est moi ^ dit Jésus; et, à ce mot, ils tombent tous à la renverse. S'étant relevés , ils se jettent sur lui , le saisissent, et l'amènent garotté, d'abord chez Anne, beaupère de Caïphe , qui était grand prêtre , comme on l'a déjà dit, cette année-là. Delà on le traîne chez Caïphe lui-même, où les principaux des Juifs s'assemblent pour le juger. Interrogé par le grand-prêtre sur sa doctrine, il répond, qu'il a parlé publiquement à tout le monde ; qu'il a toujours enseigné clans le Temple et la Synagogue; et qu'ainsi l'on n'a qu'à interroger ceux qui l'ont entendu. Sur cette réponse , comme si elle n'eût pas été assez respectueuse envers le grand-prêtre , un officier lui donne un soufflet.

Plusieurs faux témoins se présentent pour accuser Jésus ; mais leurs dépositions ne s'accordent point. Le grandprêtre le somme, au nom du Dieu vivant , de déclarer s'il est le Christ , fds de Dieu. Vous faoez dit ^ répond Jésus, je le suis. Le pontife alors, criant au blasphème , déchire ses habits, contre la défense de la Loi, qui lui interdisait celte marque de deuil, ainsi que toute autre; mais Dieu permit que Caïphe montrât par- là qu'il s'était dépouillé lui-même,*! que le sacerdoce d'Aaron était aboli dans sa personne. Tous les assistants applaudissent à son exclama- Vion, et jugent que Jésus est digne de mort. On l'abandonne aux valets qui, lui ayant bandé les yeux, le chargent d'opprobres , lui crachent au visage , lui donnent des soufflets et des coups de poing, en lui disant de deviner qui l'a frappé.

Pierre voulant voir la fin de cette tragédie , était cependantau milieu de la cour, où il se chauffait avec les ^ens du grand-prêtre. On le reconnaît pour un des disciples de Jésus. Il le nie jusqu'à trois fois avec serment , et vérifie ainsi la prédiction que son maître lui avait faite la veille lorsqu'il promettait de le suivre jusqu'à la mort. Mais Jésus ayant jeté sur lui un regard de pitié , le rappelle à lui-

DU NOUVEAU TESTAMEÎsT. l^^

tne Yulg.

même et lui inspire un vif regret de son crime. Il sort, ' et va pleurer dans la retraite. Le jour ne commençait encore qu'à paraître. Alors les princes des prêtres, c'est-à-dire, les cnefs de chaque classe sacerdotale, les sénateurs, et. tout le conseil des Juifs s'étant assemblés dans la salle du Temple , où se tenait le Sanhédrin ,y prononcent en forme une sentence de mort contre Jésus.

Judas apprenant la condamnation de son maître , commence à sentir toute Ihorrenr de sa trahison. Il en rap- J>orte le prix à cette assemblée, en avouant qu'il a livré e sang innocent. On ne lui répond que par une raillerie insultante. Il jette l'argent dans le Temple, et va se pendre de désespoir. S. Pierre atteste que, dans ce supplice, son ventre creva , et que ses entrailles se répandirent à terre.

Pour rendre exécutoire leur jugement, il restait aux Juifs à le faire confirmer par le gouverneur romain ; car depuis que leur pays était réduit en province romaine , ils n'avaient plus le droit de vie et de mort, et s'ils en ont usé quelquefois, c'est dans des occasions tumultueuses , où la fureur les emportait au-delà des bornes de leur pouvoir. Les Juifs emmènent donc Jésus au palais de Pilate, et l'accusent devant ce magistrat sur trois chefs, blasphème contre la Loi, sédition et affectation de la royauté. Pilatc, l'ayant interrogé en particulier, admire la sagesse de ses réponses. Il sort pour parler en sa faveur aux Juifs , qui se tenaient devant la porte pour ne pas se souiller en entrant dans la maison d'un idolâtre , et se rendre par- là incapables de manger l'agneau pascal (i). Les Juifs persistent à soutenir que cet homme est digne de mort. Pilate , effrayé de leurs cris, interroge de nouveau Jésus, qui ne répond pas. Ce silence l'étonné. Il retourne aux Juifs pour leur déclarer une deuxième fois, qu'il ne voit rien de criminel en cet homme. Mais 11 les trouve encore plus que la première fois acharnés à sa perte. Au milieu de leurs clameurs , il apprend que Jésus est de Galilée. Hérode. souverain de ce pays , était pour lors à Jérusalem. Pilate lui renvoie Jésus, tju'il désirait voir depuis long-tems, espérant qu'il ferait quelque miracle en sa présence. La

(i) Il n'était cependant érrit nulle part dans la loi de Moïse, qu'on se souillât pour être entré chez un païeu. Mais c'était une des tradition* t^ue les Pharisiens avaient accréditée*.

2Ô0 CHRONOLOGIE HiSTORIQUE

Ere vulg.

curiosité d'Hérode est trompée, Jésus n'oppose que le silence à ses questions. Ce Prince et toute sa cour, indignés de son peu de complaisance , le renvoient à Pilate , revêtu d'une robe blancfie, pour montrer le mépris qu'ils faisaient de sa royauté. Herode et le gouverneur , qui étalent ennemis, se réconcilièrent à cette occasion, Pilate voulant soustraire Jésus à la mort , et donner en même tems quelque satisfaction aux Juifs, le condamne à la peine du fouet. J>es soldats , après lui avoir fait subir ce châtiment dans la salle du prétoire, le revêtent d'un manteau d'écarlat^î , lui mettent une couronne d'épines sur la tête , et un roseau en forme de sceptre dans la main ; puis fléchissant un genou, le saluent roi des Juifs, dérision qu'ils accompagnent de soufflets et d'autres insultes les plus ignominieuses. Pilate le présente en cet état aux Juifs, pour émouvoir leur compassion; mais, loin de s'attendrir à ce spectacle, les princes des prêtres et leurs gens demandent , à cris redoublés , qu il soit mis en croix. Pilate insiste pour le renvoyer. Si vous le faites , lui crie-t-on , i^uUs vous déclarez ennemi de César , en relâchant un homme qui se dit Roi. Le gouverneur, terrassé par ces mots , ordonne que la demande des Juifs ait son effet , et leur livre Jésus pour être crucifié.

Les soldats s'étant de nouveau saisis du Sauveur, l'emmènent , chargé de sa croix , au lieu où l'on exécutait les criminels, nommé en hébreu Golgolha,et Calvaire en latin. C'était une éminence située à l'Occident et à peu de distance de Jérusalem. Jésus y étant arrivé , ses bourreaux le dépouillent de ses habits, l'attachent sur la croijt avec des clous aux pieds et aux mains, et , en cet état, l'élèvenl de terre entre deux voleurs crucifiés à ses côtés , l'un à droite et l'autre à gauche.

Loin de s'irriter contre ses persécuteurs , il demande à son père grâce pour eux , à cause de leur ignorance ; prière, selon saint Augustin, qui ne fut point ineffitrace , parce que, dans cette troupe forcenée, il en voyait <juelques-uns qui devaient croire en lui. Cependant les princes des prêtres et les scribes, de concert avec les soldats, l'accablaient de railleries et d'insultes. Un des voleurs crucifiés avec lui s'unit à eux, et lui dit en blasphémant : Si tu es le Christ, sauoe-toi toi-même, et nous a\>er toi. Mais son compagnon le reprend avec force , demande à Jésus qu'il se souvienne de lui, lorsqu'il aura • pris possession de son royaume , et reçoit de lui celte ré-

£re Vulg.

ponse : Je vous le dis en oén'lé^ vous serez aujourd'hui avec moi dans le paradis.

Dans l'excès de ses tourments. Jésus se plaint à son père, avec douceur, de ce qu'il la abandonné. Mais il n'aban— donne pas lui même les siens. Il voit au pied de sa croix sa mère et son disciple Jean. Fannie., dit il , à sa mère , voila votre fils ; et au disciple, voila \.otrc mère. Marie, depuis ce tems , demeura dans la maison de Jean.

Jésus, pour accomplir une dernière parole de l'Ecriture , témoigne qu'il a soif. Un soldat aussitôt lui présente à la bouche une éponge imbibée de vinaigre , au bout d'un bâton d'hyssope ( cette plante , de même que le sénevé , l'origan et la mauve, croissait en forme d arbre dans la Palestine. ) Ayant goûté du vinaigre , il dit : tout est acrom/ili; et remettant son ame entre les mains de soi! père avec un grand cri , il baisse la tête, il expire.

C'était alors la neuvième heure du jour, ou, selon nous, trois heures après midi. Dans ce moment, d'épaisses ténèbres qiii avaient commencé dès la sixième heure ( midi), et s'étaient accrues par degrés, couvrent la surface de la terre , (prodige d'autant plus surprenant que, la lune étant alors dans son plein, û ne pouvait y avoir d'éclipsé de soleil ), un grand tremblement de terre se fait sentir jusqu'à fendre les rochers (i). Tout cela jette

(i) S. Cyrille de Jérusalem, clans sa treizième Cathtchi'se , dit que îe Golj^otha , ou Calvaire, montrait encore cjue les pierres s' e'faient brisées à la mirt de Jésus-Chrisl. Cette preuve subsiste même de nos jours. « Un déiste, hom ne d'esprit el bon mathématicien , étant allé » sur le Calvaire, on lui montra, selon la coutume, les fentes c|U£ l'on >) voit dans îe rocher; et on assure cjuc , les ayant examinées, il c^piclut » cju' elles ne pouvaient s'y être faites f|Ue par mir:u'le ; ct/r, disait-il , » s/ c ^eùt e{e par un trcmùlement de terre ordinaire , le rocher se serait y> sépare selon ses t'eines et oie il était le plus faible ; ce t/ui est arrivé ■>, par-tout ailleurs ou j ai vu des rochers fendus ■ et qui ne peut pas même » être autrement. Ici , le rocher se voit fendu en zigzag, et à contre-sens » des veines, d'une manière tout-a-Jait étrange, et que pour moi je ne puis » croire que surnaturelle : bénissant Dieu du fond du cœur , qui m '<a » ouvert les yeux par ce monument de sa toute-puissance , tequel atteste 5) hautement la mission divine de Jésus— Christ. «. ( Millar , Hist. de la propagation du (Christianisme et ue la ruine du J'aganisme. )

j\I. ÎV];iuudrell , écrivain ahglais. comme le préi édent , reconnaît de même , (jne celle fente n'est point contrefaite par art ; « car les côtés,' » dil-il, en sont aussi égaux c^ue deux taillis ; el, outre cela , elle Va

Ere vul ji

une si grande consternation parmi les spectateurs, que plusieurs eu s'en retournant se frappent la poitrine, et confessent, que celui qu'ils viennent de crucifier est véritablement le fils de Dieu.

On ne d-t pas être moins étonné dans Jérusalem, en voyant, à cette même heure, ou plutôt danslemomentmème que Jésus expirait, le voile du temple, qui séparait le lieu saint du saint des saints, se déchirer du haut en bas, et laissv^r par conséquejit à découvert cette partie du temple où il n'était permis qu'au grand- prêtre d'entrer, et cela •une seule fois l'année. C'était l'heure alors où le prêtre et ïes lévites en fonction étaient rassemblés avec le peuple pour le sacrifice du soir; l'heure où le prêtre immolait lin Agneau sur l'autel des holocaustes, et brûlait des pariùms sur la table d'or qui était placée dans le Saint. Ainsi le miracle dut avoir un grand nombre de témoins dans le moment qu'il s'opéra. Mais que signifie ce déchirement tlu voile, opéré par une main invisible? n'esl-il pas évident qu'il marque l'abolition du sacerdoce légal i' Des qu'il n'y avait plus de Saint des Saints, de lieu secret dont l'enlrée ne fut permise qu'au grand-prêtre, le sacrifice solennel d'expiation ne pouvait plus se célébrer; et comme tous les autres tenaient à celui-ci, ils devaient cesser avec lui. Voilà ce que les Juifs auraient dû comprendre, s'ils eussent bien réfléchi sur l'économie de la loi de Moïse : mais l'excès de leur fureur ne leur permetlait point alors de réflexion.

Le soir même de cette journée, Joseph d'Arimathie, disciple de Jésus, ayant obtenu son corps de Pilale, le (lélache delà croix, et l'ensevelit dans un sépulcre neuf qu'il avait fliit tailler dans le roc attenanl au Calvaire (i).

» en serpentant, de manière qu'il n'y a pas d'instruments qui puissent » Y atteindre. [Voyage d'Aîep , p. 122 )

Le celclire Sliaw , dans ses Voyages, tom II , p. 4i > assure pareillement, apiès le plus sérieux examen , <|ue le rocher fendn du Calvaire est un miiacle qui ne manque jamais de produire un étonnement religieux dans tous ceux qui le considèrent, (Celle note est tirée de M. îiul!t.t. Piéponsc aux dilïic. des luirédules, lom. I , p. 547).

(i) « Il est certain, dit un célèbre interprète de l'Evangile au dix— » septième siècle , par la dtscriplion que fait Brocliard du sépulcre »> de Noire— Seigneur , et plus encore par celle que 1 ambassadeur du )) roi de France auprès du (irand-Seigneur en a faite tout nouvel- •» Icment , que c'est une grotte taillée dans le roc, semblable, à-peu-

DU NOUVEAU TESTAMENT. 2oâ

ïrc vulf .

La providence fit choisir un sépulcre où personne n'ava?fe encore été mis, pour la sépulture de Jésus, afin qu'on ne confondît point son corps avec un autre, et que le miracle de sa résurrection qui devait suivre , ne souffru aucun nuage.

Comme Jésus avait prédit quM ressusciterait au bout de trois jours, les principaux des Juifs, dans la crainte que cela n'arrivât, ou plutôt que ses disciples n'enlevassent furtivement son corps pour avoir lieu de feindre ce miracle, placèrent des gardes devant le sépulcre, après en avoir scellé louverture de leurs sceaux , afin d'empêcher ceWe supercherie.

La première nuit et le sabbat qui la suit se passent tranquillement. Mais sur la fin de la deuxième nuit , i[ se fit tout-à-coup un grand trembleinent de terre-, un. ange descendit, renversa la pierre qui fermait le sépulcre et s assit dessus. A la vue de son visage, brillant comme un éclair, et de ses vêlements blancs comme la iiv'"ige, les gardes effrayés prennent la fuite, et vont raconter aux

» près,, à une rhambre carrée, longue environ de sppt pieds, et large

■» d'autant, dont la poite, qui regarde l'Orient, e^t très-basse. Le lieit

■» où le corps de Jésus-Clui^t fut mis, c;.t nu Septentrion ; il est taillé

■» en ninniore de table , et il est peu élevé au-dessus du niveau de la

» grotte. Avant que d'y entrer, on en trouve une autre de même figure •» et dir même giandcur, qui n'est sépaiée de la première que par une

5) sim|ile murjille, où est celle porte si basse dont j'ai parlé. Selon

■» cette disposition des lieux, il est aisé d'entendre que la pierre, que

î> lange ô;a de l'entrée, fermait celle de la première grotte, cf.

» q'î'elle était ainsi hors du monument où le corps de Nolre-Sei-

V gneur avait été mis, et qu'elle appartenait néanmoins, dans iiii » autre sens, à ce monument, entant que la première grotte en » faisait partie. » i^Janscnius Iprens. in cap. 28, Math. r. 5.) « Cette ^> description, dit M. Duguet , lève beaucoup de contradictions appa-

V renies du texte de l'Evangile ; car , en premier lieu , l'on voit i) comment l'ange invitait les saintes femmes à entrer dans le Sépiilcic, ■» comme s'il n'y était pas déjà lui-même. Il était à l'entrée de la pre-* >) mière grotte , et il montr.iit aux saintes tcmmes celle de la seconde. « L'on concilie , en second lieu , ce (pii est dit de la £»randeur de la » pii-rre qui fermait le Sépulcre, avec la porte si étroite et si basse, qui » était celle de la seconde grotte L'on accorde, en troisième lieu , la •» nécessité où l'on était de se courber pour regarder dans le sépulcre^. » et la facilité avec la(|uelle ony entrait. Cette nécessité et celle facilité « ne convenaient pas à une même partie; on entrait sans peine dans » une ; mais il fallait se panrher et se courber pour regarder dans M l'autre, et plus encore pour y entrer. » ( Tomlicau de J- C , p. lo^ )'

Sie vulg,

princes des prêtres les choses dont ils venaient d*etre témoins. Sur ce léclt , le Sanhédrin s'etant assemblé , con,clut à leur donner une somme considérable pour les engager à dire que, pendant qu'ils dormaient, les disciples de Jésus avaient dérobé son corps. L'offre est acceptée, l'imposlure divulguée prend faveur , et cette illusion , dit saint Mathieu , subsiste encore parmi les Juif».

Cependant Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques, et Salomé , avec d'autres saintes femmes, venaient de Jérusalem au sépulcre de Jésus, portant des parfums pour l'embaumer. l'Aies arrivent au lever du soleil , et trouvent la pierre qui fei'mait le sépulcre renversée. Elle était grande, et leur embarras, dans le chemin , avait été de savoir comment elles*" pourraient l'ôter. Mais leur étonnement fut étrange, lorsqu'éiant entrées dans le sépulcre, elles n'y trouvèrent cpie les linceuls dans lesquels on avait enseveli le corps de Jésus. Elles s'imaginent qu'il a été enlevé , et Madeleine va le dire aux apôtres.

Les autres femmes étant restées dans le sépulcre, Fange, qui s'était rendu invisible à leur arrivée, reparaît ; elles en voient même deux, dont un (c'était apparemment celui qui avait levé la pierre) leur annonce que Jésus est ressuscité. Allez ^ ajoute -t-il , faire part de cette nuiu^ellc à ses disciples ^ et 1rs ui'eriir qu 'ils le verront en Galilée. Elles partent incontinent pour s'accjuitter de ce message , et font la roule sans rien dire à personne de ce qu'elles avaient vu, tant elles étaient effrayées.

Pierre et Jean arrivent en courant au sépulcre , sans lesi avoir rencontrées sur la route. Ils y entrent , et n'aperçoivent que ce que Madeleine y avait d'abo^'d trouvé, l'ange ne se montrant pointa eux, parce qu'il s'était rendu une seconde fois invisible pour exercer leur fol. llscrurent alors ce que Madeleine leur avait annoncé, c'esl-à-dire que le corps de Jésus n'était plui dans le tombeau ; mais ils ne crurent pas encore qu'il fût ressuscité. Comme ils s'en • retournaient, Madeleine revient au sépulcre, toujours

persuadée qu'on a enlevé le corps de Jé,sus. Elle pleure de désolation a l'entrée de ce monument. Mais s'élant baissée pour regarder dedans , elle y voit les deux antres qui lui demandent le sujet de ses pleurs. Elle répond qu'on a enlevé son maître, et cju'ellc ne sait ou pn l'a mis. Dans ce moment, elle entend du bruit derrière elle, et se retourne. C'était Jésus lui-même qui s'appprochait , mais spiis une figure qu'elle ne reconnait pas; le prenant pour

DU NOUVEAU TESTAMENT. 2o5

Eîe vulg.

le jardinier, elle le prie de lui dire si c'est lui qui a enlevé le corps , et où il l'a déposé, afin qu'elle puisse l'emporter. Jésus l'appelle par son nom; elle le reconnaît alors, et dans le transport de sa joie, elle se jette à ses pieds pour les embrasser. Jésus lui dit : ne me touchez pas ; car je ne suis pas encore monté i>ers mon père : c'est-à-dire, ne me touchez pas à présent, vous en aurez le loisir, car je ne suis pas encore monté vers mon père. Les autres femmes , à l'exception de quelques-unes qui avaient pris les devants, eurent aussi la consolation de voir le Seigneur en s'en retournant , et même la permission de lui baiser les pieds. Mais tout ce qu'elles racontèrent aux Apôtres et aux Disciples de ce qu'elles avalent vu et entendu , leur parut une rêverie , et ils ne les crurent point. Vers le soir de ce jour-là même , deux disciples allant au bourg d'Emmaiis, distant de soixante stades ou deux lieues et demie de Jérusalem, Jésus se joint à eux sur la route, sans se faire connaître. Comme ils paraissaient tristes , il leur demande le sujet de leur entretien et la cause de leur affliction. C'était précisément du récit des femmes, qui, les premières étaient revenues du sépulcre, qu'ils s'entretenaient sans y ajouter foi. Sur l'aveu qu'ils en font, Jésus les reprend de l'incrédulité qu'ils opposaient à un événement aussi clairement annoncé par les prophètes ; après quoi il leur prouve, par les écritures, qu'il fallait que le Christ souffrît tout ce qu'il a souffert , et entrât ainsi dans sa gloire. Les disciples , ravis et embrasés par ses discours, l'engagent à s'arrêter avec eux dans le bourg; car il feignait, c'est-à-dire, qu'il avait l'apparence de vouloir aller plus loin , comme il l'eût fait effectivement, s'ils ne l'eussent pas pressé de demeurer. Dans le repas , Jésus rompt le pain, comme il l'avait fait en instituant l'Eucharistie. Leurs yeux alors s'élant dessillés, ils le reconnaissent ; mais aussitôt il disparaît.

S'étant levés à l'heure même , ils retournent à Jérusalem , et se rendent au lieu où les Apôtres étaient assemblés avec d'autres disciples. On leur apprend que Jésus avait apparu à Simon-Pierre ; ils racontent à leur tour ce qui venait de leur arriver. Néanmoins quelques-uns de la compagnie ne croyaient pas encore à ces récits. Comme ils discouraient ensemble , les portes du Heu bien fermées , de peur des Juifs, Jésus se présente subitement au milieu d'eux , les rassure , blâme ceux qui refusaient de croire , leur montre ses pieds , ses mains , et son côté , '

2o6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Ere vulg.

qu'un soldat , après sa mort , avait percé de sa lance , leur dit de les toucher, pour ne pas s'imaginer que ce fut un fantôme (car il y en avait qui le pensaient) ; et enfin, avant mangé en leur présence , il les laisse remplis de joie et d'admiration.

Thomas , Tun des apôtres , n'était point de celte assemblée. A son retour, les Disciples lui disent qu'ils ont vu le Seigneur. Je n'en croirai rien, dit-il , si je ne vois dans ses mains la mar'jue dgs cluus qui les ont percées , si je ne porte mon doigt dans les trous qu ils y (mt juUs , et si je ne mets ma main dans la plaie de son calé. Huit jours après, les disciples étant encore enfermés dans le même liou , Jésus y survient comme la première fois, leur souhaite la paix, et s'adressant ensuite à Thomas lui présente ses ses mains et son côté à loucher. Thoinns les touche effectivement, selon la plupart des interprètes , et alors, convaincu que ce n'est pas un fantôme , il dit ; JMon Seigneur et mon Dieu : paroles qu'on entendrait mal en les prenant pour une exclamation; car, selon la force du texte original et de la Vulgate, elles sont une confession claire de la divinité de Jésus-Christ.

Pendant les quarante jours que Jésus resta sur la terre après sa résurrection , il se manifesta dans plusieurs autres rencontres à ses disciples (i). il y en eut une surtout , où

(i) Pourquoi Jesus-Chi ist , dit l'incrédule, ne s'est-il pas montre au peuple Juif , après sa résurrection ? Il n'avait qu'à se produiie , pour tel jner la bouche à ses ennemis. Les plus obstinés d'entre eux n'auraient pu s'empêcher de le reconnaître et de rendre homniae;e <à sa divinité. L'incrédule se trompe. L'apparition de Lazare, après sa résurrection , n'a pas convaincu les Juifs de la mission divine de celui qui l'avait ressuscité. Ils font vu mangeant et buvant avec Jésus— Christ , et ils n^en ont été que plus acharnés à la perle de cet Homme— Dieu. Si Jésus-Christ ressuscité s'élait montré publiquement à sps contemporains , l'incrédule ne serait pas encore satislait. 11 demanderait (>ourquoi il n'a pas accordé la même grâce aux générations suivantes. 11 voudrait, comme Rousseau , l'avoir vu lui-iiième , il voudrait lui avoir parlé. Mais peut-on raisonnablement, ajoute l'incrédule , s'en rapporter au témoignage de ses disciples siu- ime si grande merveille ? i^a'x , sans doute , parce qu'ils ont appuyé leur témoignage d'une infinité de miracles, (|ui portent la conviction dans f esprit de tout homme qui a le cœur droit , et qui ne consulte que la saine raison. Us ont, en preuve de la résurrection de Jésus-Christ , guéri des maladies de toute espèce, ressuscité des morts, accordé à dL's idiots, par 1 imposition des^mains, le don de diverses langues. Ce don était si conuuim, à l.i

DU NOUVEAU TrSTAMEKt. Û07

£rc Tulg.

il se montra à plus do cinq cents d'entre eux rassemblés. On croit fjue ce fut sa dernière apparition. Quoi qu'il en soit , clanl sur le point de retourner à son père, il conduisit SCS disciples sur le mont des Oliviers. Ce fut-là qu'il leur lit SCS adieux , leur renouvelant Tordre qu'il leur avait donné d'aller prêcher et baptiser par toute la terre, avec promesse d'être avec eux juscju'à la fm des siècles; après quoi, les ayant bénits, il s'éleva de terre et entra dans une nuée qui le déroba à leurs regards. Comme ils demeuraient les yeux tournés vers le ciel , deux anges survinrent, qui leur annoncèrent qu'un jour Jésus descendrait du ciel ( pour juger tous les hommes) , comme ils 1 V avaient vu monter. Les disciples alors quittèrent la moniagne et s'en retournèrent à Jérusalem.

tn terminant son évangile , Tapôlre saint Jean dit , selon la Vulgate, que Jésm a fuit encore beaucoup tl autres choses , et que^ si on les rapportait en détail , // ne croit pas que le monde pût contenir les livres quon en écrirait. IMais en prenant ici le monde pour les hommes , et non pour le globe terrestre, ce qui est très-commun dans l'Ecriture, et en expliquant le mot X<wp^ff-of du texte original, par concevoir., comprendre ^ imaginerai au lieu de contenir y comme le rend la Vnigate, cela ne signifie autre chose, sinon que Jésus a fait tant de choses, que si l'on voulait les rapporter toutes en détail , les hommes, et même tous les hommes ensemble auraient peine à concevoir le nombre de livres qu'on en composerait. L'hyperbole alors ne passe point la vraisemblance; et c'est tout ce qu'on exige pour celte figure.

C'était la coutume des magistrats romains de dresser des procès -verbaux et des actes de tout ce qui se passait de remarquable dans leur province , pour les envoyer à l'Empereur. Suivant cet usage , Pilate dressa la relation du àruciiiement de Jésus-Christ, qu'il envoya à Tibère ,

naissance de l'Eglise , qu'il en résultait quelquefois de la confusion dans les assemblées des fidèles, par l'indiscrétion de c.*ux qui l'avaient reçu. 11 était , en même teins, si extraordinaire, «jue celui qui parlait une langue étrangère, n'avait souvent pas reçu le don de l'interpi èter , et réciprofjuenienl; ce qui obligea saint l'aul d'éiabl r des rej);les parmi les Corinthiens , pour l'usage de ces don-. ( /. (.orinl/i. xiv. ) Enfin , ceux qui se sont donnés pour avoir vu Jésus-Cliiist ressuscité, oiit scellé leur témoignante de leur sang. Jamais faux témoin u'a porté le fanatisme )us(]ues-li>«

£rc vulg:

avec une lettro rapportée par le martyr saint Justin (y/y»w/. i/ p. lio ) , par Tertulien., ( yi/jol. c. v. ) , par Eiisèbe ( Hisf.. Ecries, h. !I ) , et par d'autres écrivains respectables, qui renvoient là-dessus aux archives du Sénat. La kllre portait en substance que : Pilate avait été forcé de faire mettre en croix Jésus-Christ, pour prévenir un tumulte de la part des Juifs, quoique fort à contre-cœur, « Carie monde , disait-il, » n'a jamais vu et probablement nev erra jamais un homme j> d'une droiture et d'une pro!)ité si extraordinaires. Mais }> le grand-prêtre et le Sanhédrin ont accompli, en ceci, 3) les oracles de leurs prophètes et de nos sibylles. Penj) dant qu'il fut attaché à la croix , ajoutait Pilate , une 3> horrijjle obscurité, qui couvrait la face de la terre, i> semblait annoncer la destruction de l'univers. Ses disi) ciples, cjui prétendent l'avoir vu ressuscité des morts et m monté vers le ciel , et qui le reconnaissent pour leur j) Dieu, subsistent encore et montrent, parla sagesse de }> leurs mœurs, qu'ils appartiennent à un si excellent maî- » tre. » Tibère, en conséquence de ces actes (qui n'existent plus , du moins dans leur pureté originale ) , délibéra de mettre Jésus-Christ au rang des Dieux , et en fit la proposition au Sénat , qui la rejeta.

Au reste , le témoignage que rendit Pilate à Jésus- Christ et à sa doctrine doit-il nous surprendre , après celui que la force de la vérité a de nos jours arraché au plus éloquent des incrédules;' Il est trop beau pour n'être pas rapporté ici , quoiqu'un peu long , dans les propres termes de l'auteur. « La sainteté de l'Evangile , dit-il , i> parle a mon cœur. Voyez les livres des philosophes : j) qu'ils sont petits auprès de celui-là ! Se peut-il qu'un » livre si sublime et si simple soit l'ouvrage des hommes i* j» Se peut-il que celui dont il fait l'histoire ne soit qu'un j» homme lui-même ? Est-ce là le ton d'un enthousiaste » ou d'un ambitieux sectaire:' Quelle douceur, quelle » pureté dans ses mœurs ! Quelle grâce touchante dans M ses instructions ! Quelle élévation dans ses maximes î » Quelle profonde sagesse dans ses discours [ Quelle pré-' » sence d'esprit, quelle finesse et quelle justesse dans ses ï) réponses! Quel empire sur ses passions! Où est l'homme, » où est le sage, qui sait agir, sonffrir et mourir sans w faiblesse et sans ostentation i' Quand Platon peint son M juste imaginaire , couvert de tout l'opprobre du crime, » et digne de tous les prix de la vertu ; il peint , trait » pour trait , Jcsus-Christ : la ressemblance est si frap-

BU îîDUVEAtJ TESTAMENT. ^OÇ)

Ere viilg.

» pante , que tous les pères l'ont sentie , et qu'il n'est » pas possible de s'y tromper.. ..4. Socrate, mourant sans » douleur , sans ignominie , soutint aisément jusqu'au n bout son personnage ; et . si cette facile mort n'eût j) honoré sa vie , on douterait si Socrate , avec tout son 3» esprit , fut autre chose qu'un sophiste. Il inventa , dit— » on , la morale. D'autres avant lui l'avaient mise en )> pratique ; il ne fit que dire ce qu'ils avaient fait ; il ne » fit que mettre en leçons leurs exemples. Aristide avait » été juste avant que Socrate eût dit ce que c'était que }> justice : Léonidas était mort pour son pays, avant que j« Socrate eût fait un devoir d'aimer la patrie ; Sparte était » sobre, avant que Socrate eût loué la sobriété ; avant 3) qu'il eût défini la vertu , la Grèce abondait en hommes j> vertueux. Mais où .Jésus avait- il pris chez les siens cette j) morale élevée et pure, dont lui seul a donne des leçons j> et l'exemple !'... La mort de Socrate, philosophant iran- » quillement avec ses amis , est la plus doucequ'on puisse }> désirer; celle de Jésus, expirant dans les tourments ■ j) injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus j> horrible qu'on puisse craindre. Socrate, prenant la j) coupe empoisonnée , bénit celui qui la lui présente et }) qui pleure; Jésus au milieu d'un supplice affreux, prie w pour ses bourreaux. Oui , si la vie et la mort de So- » crate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont i> d'un Dieu. Dirons-nous que l'histoire de l'Evangile est j) inventée à plaisir? Non , ce n'est pas ainsi qu'on in- M vente ; et les faits de Socrate , dont personne ne doute j> sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond » c'est éluder la difficulté sans la détruire. 11 serait plus » inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent 3> fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni j) le sujet. Jamais des auteurs juifs n'eussent trouvé ni ce j> ton , ni cette morale ; et l'fivangile a des caractères de j> vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimi- » tables , que l'inventeur en serait plus étonnant que le » héros. » (J. J. Rousseau, Em. 3e. y.)

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