APOSTOLIQUE
DE L'ÈRE VULGAIRE
Années.
Leskcllsciple^, après rascension de leur maître , s'ctant rendus à Jérusalem , montent, au nombre de cent vingi personnes, la mère de Jésus à leur tête , dans une grande salle au dernier étage , pour y attendre en silence et en prières le Saint-Esprit, qu'il avait promis de leur envoyer. C'était le don qui devait les remplir de lumières et de force , pour exercer leur mission et soumettre toutes les nations au joug de l'Evangile.
Il vaquait cependant une place dans le collège apostolique par la mort du traître Judas. Quoique Jésus-Christ n'y eût point pourvu depuis sa résurrection , elle n'était point supprimée, parce qu'il était écrit {Psalm. CVlll. ) qu'elle serait occupée par un autre. Pour vérifier cette prédiction, Pierre , s'étant levé, propose à l'assemblée de faire l'élection d'un nouvel apôtre. On y procède incontinent ; maijs les suffrages se trouvent partagés entre deux sujets, Joseph, surnommé le Juste, et iVJathias. Les disciples alors s'étant mis en prières , sont inspirés de recourir à la voie extraordinaire du sort , pour connaître celui des deux que le Seigneur a choisi ; et le sort tombe sur Matthias , qui est aussitôt associé aux onze apôtres.
La lëte de la Pentecôte arrive ; c'était le cinquantième jour après Pâques , et le onzième depuis que les disciples étaient rassemblés. Le matin , vers la troisième heure ( la neuvième selon notre usage), un grand bruit, comme d'un vent impétueux, se fait tout-à-coup entendre dans la maison où ils étaient ; et en même tems ils voyent des^
CHRONOLOGIE HISTORIQUE DU NOUVEAU TESTAMENT. 2.1 l Ire vulg.
cendre des langues de feu, c'est-à-dire des flommes pointues en forme de langues, qui, s'étant partagées, se reposent sur chacun d'eux. Dès-lors, ils furent remplis du Saint-Esprit, et commencèrent à parler diverses langues, selon que cet esprit leur mettait les paroles dans la bouche.
11 paraît que le bruit qui avait agité la maison , s'était fait entendre dans toute la ville; car, étant sortis, ils trouvèrent une grande multitude attroupée devant ce logis. C'étaient non-seulement des habitants de Jérusalem, mais des juifs ou des prosélytes de différentes nalions, qui s'étaient rendus en cette ville à l'occasion de la fête. Tous furent épouvantés de ce que chacun d'eux entendait ces Galiléens parler sa langue naturelle. Comme ils faisaient différentes conjectures (i) pour expliquer cette merveille, Pierre, élevant la voix, leur déclare et leur montre par les écritures , que c'est l'ouvrage du Saint-Esprit , le fruit de la mort de Jésus qu'ils ont mis en croix , et la preuve de sa résurrection ; sur quoi il les exhorte à faire pénitence, et à mériter par le baptême , avec la foi au nom de Jésus, la rémission de leurs péchés et le don du Saint- Esprit. Le fruit de cette prédication fut la conversion de trois mille personnes. Le nombre des fidèles augmenta chaque jour, et l'union de cette multitude était si étroite, qu'elle ne f:nsait qu'un cœur et qu'une âme. Tout était commun entre eux. Ils vendaient leurs fonds et en apportaient le prix aux apôtres, qui le distribuaient à chacun selon ses besoins. Ils s'assemblaient dans le Temple pour prier , et dans leurs maisons pour célébrer le mystère eucharistique et prendre leur repas en commun.
Pierre et Jean montant au Temple rencontrent à l'une des portes , nommée la belle porte ^ un homme perclus des jambes dès sa naissance, qui leur demande l'aumône. Pierre l'ayant envisagé, lui ordonne, au nom de Jésus le
(i) L'une de ces conjectures e'tait (|ue les apôtres étaient ivres, pleni sunt musto, porte la Vulgate, ce qu'on rend ordinairement par ces mots français ; ils sont iWey de moût. Mais la Pentecôte, objecte-i-on , tombant au mois de mai , ce n était pas le lems du moût , puisqu'on était encore loin de la vendange. Le grec lève cette difticulté, yXivK^g fti^iça-uy.ivit io-i porte-t-il.//j- sont içrcs de pindou.r.\jC& anciens avaient trois sortes de vin doux , \e. pcssum, fait avec des raisins à demi sèches , !c de/ruiumy qui était un vin réduit à moitié par la cuisson, elle ma/sum, composé de vin et de miel.
:ai3 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Eic vulg.
nazaréen, de se lever et de marcher. Il se lève à l'instant , marche, et entre dans le Temple avec eux en sautant et en louant Dieu. Toute la muhitude qui était dans le Temple accourt au bruit de ce miracle, et se rassemble autour des deux apôtres. Ils en prennent occasion de prêcher l'Kvangile. Tandis qu'ils parlaient encore , le capitaine des gardes du Temple et les Saducéens surviennent et les arrêtent , indignes de ce qu'ils annonçaient la résurreclion des morts en la personne de Jésus-(.hrist. Comme il était tard , ils les mettent en prison jusqu'au lendemain. Cejour-là, le conseil des Juifs s'étanl assemblé le matin, fait venir les apôtres , pour leur demander par quelle puissance ils avaient guéri ce boiteux. Pierre répond sans hésiter, que c'est par celle de Jésus Christ. Le conseil étonné, leur défend de parler en aucune manière de Jésus, et d'enseigner en son nom. S^ il est juste ^ répondent les apôtres , de ooiis obéir plutôt qu 'à Dieu , c'est ce que nous vous laîs^ soiis à décider. Four nous , d nous est impossible de taire ce quenousaoons vu et entendu. Les Juifs n'ayant rien à l'épliquer , les laissent aller sans leur faire de mal.
Les apôtres continuent de prêcher et d'appuyer leur doctrine par des miracles ; double moyen dont Dieu se sert poiu' accroître le nombre des fidèles. Le grand-prêtre et les i^aducéens irrités de ces progrès de l'Evangile , ïnettent de nouveau la main sur les apôtres, et les envoyent en prison. Mais un ange , pendant la nuit , leur ouvie les portes , et leur ordonne d'aller prêcher dans le Temple. On vient en avertir le Sanhédrin , qui s'était assemblé pour les juger. Voilà., leur dit-on , ces hommes qu hier vous avez jait emprisonner , qxd enseignent actuellement dans le Temple , oii le peuple est occupe ii les entendre. Ils envolent dans la prison qui se trouve soigneusement gardée, mais les apôtres ne s'y rencontrent pas. Ce miracle ne les touche point. Ayant fait amener du Teinple ces prédicateurs 5 ils leur reprochent, par la bouche du grand-prêtre, d'avoir contrevenu à la défense du Sanhédrin. Pierre, alors, prenant la parole pour ses collègues, îustiiie pleinement leur conduite, et déclare avec libei'tc qu'ils ne peuvent agir autrement. On délibère de les faire mourir. Mais Gamaliel , docteur de la Loi, respecté de tout le monde, empêche, par ses remontrances, cet avis de
f révaloir. On se contente de les faire fouetter au milieu de assemblée. Cet affront, reçu pour le nom de Jésus-Chrlsl, £ombî,e de joie les apôtres , cl leur inspire une nouyelle
BU NOUVEAU TESTAMENT. 2l3
confiance "pour reprendre l'exercice de leur ministère.
Quelque grande que fur la muUilude de ceux qu'ils attiraient à la Foi, la concorde et l'union y étaient si parfaites qu'ils ne composaient, pour ainsi dire, qu'un cœur et une âme. Pour abolir entre eux toute différence de pauvres et de riches, ils mettaient, ainsi qu'on l'a' dit , tous leurs biens en commun , et laissaient aux apôtres le soin de les distribuer , ou faire distribuer à chacun selon ses besoins. Or, il arriva qu'Ananie et sa femme ijaphire vendirent, comme les autres, leur héritage. Mais, s'étant concertés ensemble , ils n'apportèrent qu'une partie du prix de la vente aux pieds de saint Pierre, et gardèrent le surplus. Interrogés séparément par l'apôtre, si c'est là le produit entier de la vente, ils répondent l'un et l'autre affirmativement , et sur-le-champ ils tombent iTiorts en sa présence. Cet événement jette une grande terreur parmi les fidèles ; mais quelle horreur ne dut-il pas leur inspirer du mensonge !
Quoique les apôtres eussent tout réduit à l'égalité, il arrivait cependant que, dans la distribution journalière des aliments, ceux qui étaient chargés de cetle fonction donnaient la préférence aux veuves îles Hébreux, et négligeaient celles des juifs hellénistes ou étrangers. Il y eut à ce sujet du murmure parmi les fidèles de cette seconde classe. Les apôtres , pour le faire cesser, assemblent tous les disciples, et leur proposent d'élire sept hommes d'entre eux, d'une probité reconnue , et pleins de l'esprit saint , pour vaquer au ministère des tables, « n'étant pas » -juste, disent-ils, que, pour cet emploi, nous abandon- }> nions la prédication de la parole de Dieu. » Ce»discours plut à la multitude, et en conséquence on élut sept diacres ou ministres, à qui les apôtres imposèrent aussitôt les mains. Telle est l'institution du diaconat , qui n'eut pas seulement pour objet primitif la distribution des viandes corruptibles, mais aussi celle du corps et du sang de Jésus- Christ, dont la consécration terminait ordinairement les repas des preriiiers fidèles.
Etienne, le premier des sept diacres, homme rempli de grâce et de force, étonnait par le grand nombre de prodiges et de miracles qu'il faisait parmi le peuple. Or, d y avait À Jérusalem différentes synagogues , qui étaient comme autant d'écoles où l'on envoyait les Juifs pour étudier, de toutes les provinces du monde où ils étaient
21 4 CURONOLOGIE HISTORIQUE
ïre vulg;
établis. Dans celle qu'on appelait des Affranchis (i), tics Cyrénéens , des Alexandrins , des Ciliciens et des Asiatiques, il se trouva des hommes qui s'élevèrent contre Etienne, et entrèrent en dispute avec lui. Mais il leur montra que Jésus-Christ était le Messie, par des preuves auxquelles ils ne pouvaient rien opposer. Dans l'impuissance de lui répondi-e , ils subornent des témoins qui l'accusent, devant le Sanbédrin,d'avoirblasphéiTié contre Dieu et contre Moïse. Amené à ce tribunal, Etienne parle à ses juges avec une force et une liberté qui les met en fureur. Ils se jettent tous ensemble sur lui, par un de ces transports que l'on a^Y*^\a\t jugement de zèle ^ et l'ayant traîné hors de la ville , ils le kipident , malgré son innocence , comme un blasphémateur. Les témoins , suivant la loi de Moïse , furent ceux qui lui jetèrent les premières pierres, Etienne, en mourant, se mita genoux, et cria : Seigneur ^ ne leur imputez point ce péché \ après quoi il rendit l'àme. La mort de ce juste, le premier des martyrs , ( c'est ainsi qu'on nomma depuis ceux qui iscellèrent la foi de leur sang ), fut )e signal d'une violente persécution qui s'éleva contre l'église de Jérusalem. Les fidèles, épouvantes, sortent de la capitale, a l'exception des apôtres, et se répandent dans la Judée et dans la Samârie. Mais avant cette fuite , plusieurs furent emprisonnés , et quelquesuns vraisemblablement exécutés à mort.
L'un de ceux qui montraient le plus d'animosi té contre eux, était un jeune honune nomme Saul, natif de Tharse, en Cilicie , l'une des villes autonomes, c'est-à-dire qui se gouvernaient par leurs propres lois; mais norrpas colonie romaine ni municipe; par conséquent ne donnant pas, comme quelques-uns se l'imaginent, à ses citoyens le droit de bourgeoisie romaine ; Saul jouissait néanmoins de ce droit par sa naissance , ainsi qu'il le déclara lui même au tribun Lysias , lorsque celui-ci le voulut faire mettre à la question avant de l'avoir jugé. C'était donc parce qu'il était descendu de citoyens romains. ( Grolius. ) Il était né juif, de la tribu de Benjamin , et avait été élevé à Jérusalem, par le docteur Gamaliel, dans la secte des Pharisiens. Il avait déjà eu part au martyre de saint Etienne ,
(i) Celaient ceux qui avaient été emmene's captifs à Rome par- Pompce, et qui depuis avaient recouvré leur Hberté.
bu NOUVEAU TESTAMENT. 2l5
trc vu'.g.
en gardant les habits des témoins pendant qu'ils le lapidaient. S'étaiit fait ensuite donner des pouvoirs par les princes des prèlros , il entrait dans les maisons, en tii-ait hommes et femmes, et les trai'nait en prison.
Cependant le nombre des fidèles, malgré cette persécution, se multipliait hors de Jérusalem dans tous les lieux où ceux de cette ville s'étaient répandus. Philippe , l'un des sept diacres , étant venu à Samarie , y prêcha l'Evangile ; et les Samaritains, voyant les merveilles qu'il opérait, lui prêtaient la plus grande attention. Il y avait parmi eux un magicien nommé Simon , qui les avait séduits par ses prestiges, au point de leur persuader qu'il portait en lui-même la grande vertu de Dieu. Témoin et admirateur des miracles de Philippe , il crut , ou fit semblant de croire , et reçut comme les autres le baptême. Ce succès de l'Evangile ayant été rapporté aux apôtres, ils envoyèrent Pierre et Jean pour imposer les mains aux nouveaux convertis , afin qu ils reçussent le Saint-Esprit; car n'étant que diacre, Philippe ne pouvait exercer cette fonction, réservée aux apôtres et à leurs successeurs. C'est ce qu'on a depuis appelé le sacrement de confirmation.
L'effet visible de ce sacrement fut tel, dans ceux à qui les deux apôtres le conférèrent , qu'aussitôt après l'avoir reçu ils commencèrent à prophétiser, à parler diverses langues, et à faire des miracles. Simon, hors de lui-même à la vue de ce changement, offre de l'argent aux Apôtres pour acquérir le pouvoir de donner le Saint-Esprit par l'imposition des mains. Saint Pierre rejette avec horreur sa proposition, et le maudit. Simon, depuis ce tems, devint l'ennemi des Apôtres. Il fit une secle particulière, enseignant qu'il était la souveraine puissance c[ui avait paru chez les Samaritains comme père, chez les Juifs comme fils , chez les Gentils comme Saint-Esprit. A ces absurdités, il joignait d'autres extravagances qui , à la faveur de ses prestiges , ne laissèrent pas de faire illusion à beaucoup d'esprits crédules. C'est le premier hérésiarque. On a donné le nom de Simoniaques à tous ceux qui, dans la suite , ont employé non-seulement les présents , mais les services et les sollicitations directes ou indirectes pour entrer dans le ministère ecclésiastique.
Les Apôtres , après avoir instruit les fidèles de Samarie, et prêché l'Evangile dans les villages d'alentour, s'en retournèrent à Jérusalem.
Philippe, de son côté , se lend, par l'ordre d'un ange,
£l6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Ere viilg.
sur le chemin qui descend île Jérusalem à Gaza, dans urt lieu désert. 11 y rencontre l'intendant de Candace, reine d'Ethiopie, qui revenait de Jérusalem, monté sur son char, et lisait le prophète Isaïe. C'était un prosélyte qui était venu adorer le Seigneur dans son temple, peut-être à l'occasion de quelque solennité. La reine , dont il était officier, régnait dans la péninsule de Méroé, au-dessus et au midi de l'Egypte ; et le nom que nous lui donnons d'après l'Ecriture, était un nom générique, comme celui de Pharaon pour les rois d'Egypte. Philippe, connaissant par révélation ce>que l'intendant lisait, lui demande s'il cioit l'entendre. « Comment le pourrais-je , répondit-il , sans » le secours d'un interprèle? » Philippe, à sa prière, monte auprès de lui. L'endroit qui l'occupait en ce moment était celui-ci : // a été mené comme une brebis à la boucherie , et il n 'a point ouvert la bouche , non plus (ju 'un agneau qui demeure muet devant celui qui le tond, etc. (Isaïe XIII, 7). Philippe lui montre qu'il s'agit là non du Prophète, mais de Jésus-Christ, et lui explique en ahrégé toute la doctrine de l'Evangile. L'intendant convaincu , demande le baptême. Us descendent ensemble dans un ruisseau qui .se rencontre sur la route. Philippe, après ravi)ir baptisé, disparaît, et se trouve transporté tout-à-coup dans la ville d'Azot, éloignée de neuf à dix lieues de Gaza. 34 C'est ainsi que l'Evangile fructifiait au milieu des persécutions. Saul , toujours acharné à la recherche des fidèles, ne se contente pas de les poursuivre en Judée. Apprenant qu'ils sont en grand nombre à Damas, il part avec des lettres du grand-prêtre aux synagogues de cette ville , pour lui amener ceux qu'il y i-encontrera. Damas n'appartenait point aux Juifs; mais Arétas, qui en était le roi, leur permettait d'y vivre selon leur loi, et de punir ceux de leur nation qui la violaient. Le zèle aveugle de Saul s'enflamme à inesure qu'il avance. Il n'était pas loin de Damas, lorsqu'au milieu du jour vme lumière céleste le frappe et le terrasse en l'éblouissant. Il entend Jésus en même lems, qui se plaint de ce qn'il le persécute dans ses saints. Saul lui demande ce qu'il doit faire Jésus lui répond qu'il l'apprendra lorsqu'il sera dans la ville. Ses gens le relèvent ; mais comme il ne voyait plus , ils le conduisent par la main à Damas. Après y être resté trois jours, dans le jeûne et la prière, il reçoit la visite d'Ananie , l'un des fidèles de Damas, qui vient, par l'ordre de Dieu, lui imposer les mains pour recouvrer la Yue, après quoi il le baptise.
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Eté vulg.
Saul aussitôt, rempli du Saint-Esprit, devient un apôtre fervent, et commence à prêcher Jésus-Christ dans les synagogues de Damas, au grand étonneraent des Juifs et des fidèles, qui savaient le sujet pour lequel il élait venu. Après avoir fait quelques prosélytes dans cetle ville, il passe dans l'Arabie voisine (i), revient à Damas, et continue, pendant trois ans, d'y exercer son ministère , disputant avec les plus habiles d'entre les Juifs, et les confondant parrautorité des saintes licrilures. i^'Eglise, cependant, avait recouvré la paix dans toute la Palestine, et prenait tous les jours de nouveaux accroissements. Saint Pierre, étant sorti de Jérusalem, parcourt ce pays . de ville en ville, pour affermir les frères dans la grâce qu'ils avaient reçue. Etant à Lydde , nommée depuis Diospolis, on lui présenta un paralytique , étendu depuis huit ans sur son lit, sans pouvoir faire usage de ses membres, 'l s'appelait Enée. Pierre lui dit de se lever, et de (aire lui-même so,n lit, en preuve d'une parfaite guérison. Il se lève aussitôt, fait son lit, et ce miracle produit la conversion de tous les habitants, non-seulement de Lydde, mais de la Sarone , canton qui s'étendait sur la Méditerranée depuis cette ville jusqu'à Césarée
35 On apprit à Joppé, qui n'est qu'à quatre lieues de T.ydde, sur la mer, la guérison que saint Pierre venait d'y opérer. Cette nouvelle concourut avec un événement qui plongeait dans le demi les pauvres de Joppé. Une femme pieuse, nommée Tabithe , qui les soutenait par ses aumônes, venait d'y rendre l'esprit. Les fidèles députent aussitôt à saint Pierre, pour l'engager à se rendre dans leur ville. Il part, arrive dans la chambre où était exposé le corps de Tabithe , environné des veuves éplorées qu'elle avait vêtues. Ayant fait sortir tout le monde , il se met en prières; puis se tournant vers le corps de Tabithe, il lui commande de se lever ; ce qvii est effectué sur -le champ.
Pendant le séjour que Pierre fit à Joppé (car il y de-, meura plusieurs jours), il eut une vision singulière, en faisant sa prière vers le midi , sur le toit de la maison où il logeait. Il était à jeun , et toul-à-coup il se sentit un
(i) Capel , suivi par Hardouin et Berriiyor, prétend qu'il lesta trois ans dans l'Arabie, ce qui est saiis-vraiseniblanrc, puisque saiiU Luc. dans les Actes des Apôtres, ne parle pas inènie de ce voj'age ; ce qui prouve qui! a été' court.
r2î8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
t\e vu!g.
grand besoin de manger. Dans le même tems, il voit descendre du ciel une grande nappe liée par les quatre coins* cK remplie de toutes sortes d'animaux, purs et impurs. Une voix incontinent lui crie de tuer et de manger de tout indifféremment. Pierre s'en excuse , en disant au Seigneur que jamais rien d'impur n'est entré dans sa bouche. « N'ap- « pelez pas impur, reprend la voix, ce que Dieu a puri- » fié ». Cette vision fut répétée jusqu'à trois fois de suite, après quoi la nappe fut enlevée au ciel, et ne reparut plus. î>,'apôtre hésitant sur ce qu'il venait de voir , la même voix l'avertit que trois hommes viennent le chercher, et lui dit de ne pas faire difficulté de partir avec eux. C'étaient des envoyés d'un centurion de Césarée, nommé Corneille, homme religieux et faisant de grandes aumônes, à qui le Seigneur , dans une autre vision , avait commandé de faire venir Pierre pour lui enseigner la voie du salut. Pierre les reçoit , et le lendemain il les accompagne à leur retour. Arrivé chez Corneille , il l'instruit , avec toute sa maison , de la vérité de l'Evangile. Tandis qu'il parle, le Saint- Esprit descend sur ceux qu'il catéchisait, au grand étonnement des Juifs qu'il avait amenés avec lui ; car ils s'imaginaient que le salut n'était que pour leur nation , ou ceux c|ui s'y étaient agrégés en observant la loi de Moïse. 36 De Césarée, saint Pierre se rendit à Antioche , où il fonda une église dont il remplit le siège. C'est ce qu'enseignent disertement Origcne , l'^usèbe, saint Chrysostôme, saint Grégoirc-le-Grand , et tous les anciens, à un trcsptMit nombre près. Mais il faut dire que cette Eglise ne fut d'abord composée que de juifs. Par-là, se concilient les autorités qu'on vient de citcj', avec ce qui est rapporté dans S. Luc {ÂcL XI. 20), de la prédication de ces fidèles de la Cyrénaïque et de Chypre,' h-squels étant venus vers l'an 4' ^' Antioche, y firent connaître le seigneur Jésus aux Gentils ; ce cjue l'église de Jérusalem , dit le même écrivain , ayant appris , elle envoya Barnabe pour donner la perfection à cet œuvre.
L. Vitellius^ gouverneur de Syrie, vient à Jérusalem •vers les fêtes de Pâques. Sensible à la réeepliou honorable qu'on lui fit, il remit aux habitants le droit qu'on prenait sur les fruits qui se vendaient dans les marchés , et permit aux prêtres .de garder l'éphod et tous les ornements du grand-prêtre, qui étalent alors dans la forteresse Antonia, sous la garde dun officier romain ; il déposa dans le même lems le grand-prêtre Caïphe, et mit en sa place, Jonalhas,
DU NOUVEAU TESTAMENT. aijj
Vie vulg.
fils (l'Ananus, après quoi il reprit le clicmin d'Anlioclie. Mort, de Philippe le tétrarque, frère d'Hérode-Anlipas , à Juliade, sa capitale, située à remboiichure du Jourdain dnns la mer Morte. Il était alors dans la trenteseptième année de son règne', qui concourait avec la vingtdeuxième de celui de Tibère , suivant la vraie leçoiT de Joseplie (^Anfiq. liv. xviir. ch. 4)- Comme il ne laissait point d'enfants de Salomé , sa femme , et sa nièce du côté paternel ( fdle d'Hérodc'-Philippe et d'Hérodiadc) , ses états furent réunis au gouvernement de vSyrie. Salomé se remaria depuis à son cousin germain Arislobulc , fiis d'Hérode, roi de Calclde, irère d'Agrippa et d Herodiade , et en eut plusieurs enfants.
Un imposteur séduit les Samaritains, et leur persuade de s'assembler avec lui sur le Mont-Garisim, promettant de leur montrer les vases sacrés que Moïse , disait il , y avait déposés. Pilate, apprenant cet attroupement de gens armés, envoie contre eux de la cavalerie et de Tinfanterie, (pai , les ayant attaqués, les mirent en fuite. On fit parmi eux plusieurs prisonniers, dont les principaux furent punis de mort par ordre du préfet. Les chef» des Samaritains irrités de ce traitement, en portent leurs plaintes à Vitellius, gouverneur de Syrie, dont celui de Judée relevait. Ils allèguent en même tems d'autres griefs contre Pilate ; sur quoi \ itellius lui ordonne de se rendre à Rome , pour répondre à ces accusations.
Arétas, roi de Pétrée, n'avait pas oublié l'affront qu'Hérode-Antipas avait fait à sa fdle , en la répudiant pour épouser Herodiade. S'étant mis en forces pour le combattre avec succès , il lui déclara la guerre , et remporta sur lui une victoire qui fut regardée par les Juifs, dit Josephe {Antiq. liv. xviii. ch. 5), ccuiirae la juste punition i\o la mort de Jean-Baptisto. Hérode mande sa défaite à Tibère, qui donne ordre à Vitellius de marcher Contre Arétas, et de le faire transporter chargé de chaînes à Kome , ou de lui envoyer sa tête.
Vilellius, ajant levé des troupes , se met en campagne pour aller faire le siège de Petra. Mais, ayant appris à Jé- 07 rusalem la mort de 'J ibère, arrivée le 16 mars de l'an 87 de l'ère chrétienne, il licencie son armée, et s'en retourne.
Pierre, après avoir parcouru la Syrie et la Judée , étant arrivé à Jérusalem, plusieurs des Jui(s rcuveilis, informé^ qu'il avait demeuré quelque tems cher, le cenl-urion
22a CHROiyOLOGIE HISTORIQUE
Ire vulg.
Corneille , lui font des reproches d'être entré chez dos incirconcis, et d'avoir mangé avec eux. L'apôtre se justifie modestement , en rendant compte de ce qui avait précédé le [japteme de Corneille , et la multitude se tut , admirani la bonté du Sfeigneur, qui avait aussi appelé les Gentils au salut.
87 Les progrès journaliers que la prédication de Paul , cidevant nommé Saul , faisait dépuis trois ans à Damas , et l'état florissant de l'Eglise qu'il y avait formée , mirent enfin le comble à la fureur des Juifs qui étaient restés incrédules. Ils gagnèrent le ministre d'Arétas, pour le faire arrêter, dans le dessein de le faire mourir. Ce prince, étant alors en guerre avec Herode le télrarque et les Bomains , faisait garder exacten^ent les portes de la ville, de peur qu il n'y entrât quelque espion , ou qu il n'en sortit quelque transfuge. Il y a de l'apparence que les Juifs , pour perdre Paul dans l'esprit du roi , Taccusèrent d'intelligence avec les Romains. Quoi qu'il en soit, les disciples , instruits de leur complot, le firent échouer, en descendant l'apôtre dans une corbeille, par une fenêtre qui donnait Sur les champs.
De Damas, Paul se rendit à Jérusalem. Sa conversion n'y était encore guère connue . quoique la distance de l'une de ces villes à l'autre ne soit que de soixante-quinze lieues. Mais la guerre ayant inteirompu le commerce entr'elles, cette ignoiance n'a rien de surprenant. L'arrivée de Paul fit trembler les fidèles de Jérusalem, en leur rappelant le souvenir des persécutions qu'il avait exercées, contre eux. Barnabe qui avait été , dit-on , à l'école de Gamaliel avec lui , dissipa cette crainte en leur racontant le miracle de sa conversion. Le principal objet de Paul , dans ce voyage, était de voir Pierre, chef de l'apostolat, et de conférer avec lui sur l'Evangile. Ils se virent ; et pendant les quinze jours qu'ils furent ensemble , Pierre n'apprit rien de nouveau à son collègue , touchant la voie du Seigneur. Paul vit aussi dans le même tcms Jacques, frère (c'est-à-dire cousin), du Seigneur, et évêque de Jérusalem. Ce furent les deux seuls apôtres qu'il visita ; les autres, sans doute, étaient alors absents. Durant ce séjour, il ne négligea point l'exercice de la prédication. Il parlait aux juiis hellénistes, dont il était plus particuliè— lemcnt connu , comme étant de leur nombre , et disputait avec eux. Mais, comme il priait un jour dans le Temple, Jésus lui apparut dans une vision , et lui ordonna âfi sor-
Ere vulg.
tir au plutôt de la ville , parce que son témoignage n^y serait poinî reçu. En effet , loin de se rendre à ses raisons, les Juifs cherchaient à le faire mourir, ou en trahison , ou par le jugement de zèle . comme ils avaient fait à l'égard de S. Etienne. Leur dessein ayant transpiré , les frères emmenèrent Paul à Césaree, et de là le conduisirent par la Syrie à Tharse , sa pairie. Il y annonça l'Evangile à ses compatriotes, suivant saint Chrysostôme , plus croyable en cela qu'Origène , cjui prétend qu il s'abstint d'y prêcher, par la raison qu'un prophète n'est jamais bien venu dans sa patrie.
Retour triomphant d'Flérode-Agrippa , que saint Luc nomme simplement Hérode , fils d'Aristobule , en Judée. Ce prince avait déjà éprouvé bien des vicissitudes. S'étant rendu à Rome, avec Bérénice, sa mère, peu de tems avant Ja mort d'iiérode-le Grand , il y devint l'ami particulier <le Drusus , fds de Tibère , et vécut avec lui dans une grande familiarité. Tant que sa mère fut vivante, elle le contint dans les bornes de la modération. jMais après la mort de cette princesse , il se monta sur un ton de dépense qui surpassait de beaucoup ses facultés. Bientôt ses largesses excessives, le luxe de sa table et le faste de ses «quipages , le réduisirent à un état d'indigence qui ne lui permit plus de demeurer à Rome. H en partit donc pour retourner en Palestine, et alla se confiner dans un château voisin de Malatha, dans ITdumée. Là, réfléchissant sur ses dettes et sur l'impuissance où il était de les ac(juit- 1er , il pensait , dans son désespoir , à se donner la mort. Cypros , sa femme, s'étant aperçue de son dessein en fit part à Hérodiade, sa sœur, qui, de concert avec Ilérode- Antipas, son époux, lui assign.i pour sa demeure la ville de Tibériade . avec un revenu lionnnte pour son entretien. Mais sa dissipation 1 ayant bientôt replongé dans la niisère , il reprit la route de Rome, après avoir emprunté de Pierre, afuanchi de Bérénice, une somme pour les frais de son voyage. Prusus n'était plus ; mais Agrippa retrouva les mêmes sentiments qu'il avait eus pour lui dans Gains Calig'da. Leur liaison fuî pour le prince juif la cause d'un nouveau revers. Un jour qu'ils se promenaient ensemble, montés sur le m'^^m, char, l'entretien étant tombé sur Tiiière, Agrippa p la Dieu d'ôter au plutôt l'empire à celui-ci, pour le faire passer à Gains, «lui en était, selon lui , plus digne. Eulychus, cocher d'Agrippa, entendit ce souhait, et se tut pour lors. Mais,
22a CnRO.NOLOGIE HISTORIQUE
Ere vulg.
quelque tcms après , son maître l'ayant livré au préfet de Kome pour un vol qu'il lui avait fait, il demanda d'être mené à l'Empereur, ayant, disait-il , un secret important à lui révéler. On le conduit à Caprée, où d'abord il fut mis dans les fers. Mais, au bout de quelque tems, ayant été présenté à Tibère, il lui découvrit ce qu'il avait oui dire à son maître. Tibère le renvoie , et mande à Home qu'on mette en prison Agrippa. Sa captivité ne fut pas longue. . Tibère étant mort peu de tems après , Caligula , son suc-
cesseur, tira de sa prison le prince juif, et l'ayant fait venir auprès de lui, il lui mit le diadème sur la tête en ]ê déclarant roi de la tétrarcbie de Philippe et de celle de Lysanias. A ces marques d'affection , il ajouta le présent d'une chaîne d'or du poids de celle de fer qu'il avait portée. En passant par Alexandrie , Agrippa fut insulté par le peuple avec d'autant plu5 de licence , qu'il était appuyé du gouverneur Flaccus ^ jaloux de la prospérité de ce prince. La haine des Alexandrins ne se borna pas à la personne d'Agrippa. Elle s'étendit à tous les juifs de la ville , contre lesquels ils exercèrent la plus cruelle persécution. De cinq quartiers dont était composée Alexandrie, deux étaient appelés judaïques , parce qu'ils étaient principalement habités par des juifs , quoiqu'il y en eût encore plusieurs répandus dans les autres. On les réduisit à un seul quartier après avoir pillé leurs maisons , et on leur interdit toute sorte de métiers ; ce qui fit qu'un grand nombre d'entre eux demeurèrent sans domicile et sans moyen de subsister. On fit plus ; on abolit leurs synagogues , on les déclara , par édit du préfet , étrangers, et privés non-seulement des privilèges des citoyens, mais du droit d'actionner en justice, soit en demandant, soit en défendant. Enfin, pour mettre le comble aux malheurs «Je cette nation , plusieurs furent jetés dans des cachots, et de là conduits au dernier supplice , après avoir essuyé la plupart une cruelle flagellation : 11 y eut même des femmes qui furent mises à la torture. L'empereur apprit avec joie ces traitements horribles , parce qu'il savait que les Juifs n'étaient pas disposés à lui rendre les honneurs divins. ( Philo in Flac. ) Tels furent les préludes de la % engeance terrible que Dieu préparait à cette nation, pour expier le déicide qu'elle avait commis dans la personne de son fils. Sa justice ne permit pas néanmoins que l'auteur de cette affreuse tragédie recueillît le fruit de sa méchanceté. Flaccus s'était flatté de regagner par-là les
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bonnes grâces de Caligula , dont la mère avait été la victime de ses perfides délations; il se trompa. Le centurion Bassus , envoyé par l'empereur en Egvpre, l'arrêta dans Alexandrie , au milieu d^un festin qu'il donnait pendant la Scénopégle, ou fêle des Tabernacles des Juifs, et l'amena chargé de chaînes à Rome. De là, il fut relégué dans l'île d'Andros , où , peu de lems après, il fut mis à mort par ordre de l'empereur.
Agrippa n'avait pas été spectateur des cruautés exercées dans Alexandrie contre sa nation. Après les outrages personnels que les Alexandrins lui avaient faits , il s'était promptement rembarqué pour gagner ses nouveaux états. Hérodiade, sa sœur, ne le vit pas sans une extrême jalousie , décoré de la royauté. Pour ne pas lui être inférieure en dignité , cette princesse engage Herode-Anll- 3g pas , son époux , d'aller solliciter à Rome le même titre. il part , mais Agrippa le fait suivre par Fortunatus , son affranchi , avec une lettre pour l'empereur , dans laquelle il accuse Héi'ode d'intelligence avec les Parthes. L'empereur, sur cette accusation, relègue Anli pas à Lyon. Bientôt après, ennuyé de son exil il se sauve avec sa femme en Espagne, où ils périrent tous deux misérablement, suivant le faux Hégésipe. {De excid. Hierosol. L. 2, r. 2 ). La tétrarchie d'Hérode et tous ses biens furent donnés par l'empereur au roi Agrippa.
Pilate, à qui l'empereur avait ôté, l'année précédente, le gouvernement de Judée , pour ses malversations , dévoré de chagrins , se donne lui-même la mort , la troisième année de la 204*^. olympiade , suivant Eusèbe , ce qui revient à l'an 3g ou 4o de Jésus-Christ. Adon, évêquc de Vienne , au neuvième siècle, dit qu'il mourut en cette ville, où il avait été envoyé en exil.
Caligula voulant se faire adorer comme un Dieu , des étrangers établis à Jamnia, dans la Judée , lui érigent à la hâte un autel de briques , qui est aussitôt renversé par les Juifs. C'était le préfet Capiton, homme avare, qui avait sourdement excité cette nouvelle scène pour avoir occasion de piller les Juifs ; il mande aussitôt à l'empereur l'attentat qu'ils viennent de commettre , et le revêt des couleurs les plus noires que la calomnie peut imaginer. Caligula, par son rescrlt , charge Pétrone, gouverneur de Syrie , de faire placer un colosse dore dans le temple dô 4o Jérusalem. Pétrone, homme judicieux, prévoyant la révolte que cette entreprise ne manquerait pas d'occasionner,
«on-seulement dans la Judée, mais parmi cette multitude infinie de Juifs répandus dans toutes les autres parties de l'empire , use de délais , et au lieu de faire transporter à Jérusalem une de ces statues colossales qui se trouvaient dans les provinces voisines , il fait venir les plus habiles ouvriers de Phénicie , et traite avec eux '"'our en fondre une nouvelle à Sidon, avec les matières Qu'il s'engage à ' leur fournir.
Tandis qu'on travaille à la statue , il s'élève une sédition à ce sujet , entre les citoyens d'Alexandrie et les Juifs. On envoie de part et d'autre cinq députés à l'empereur. Le grammairien Appion , déclamateur aussi vain que bruyant, appelé povir cette raison , le Tambour du Mondcj par Tibère , fut mis à la tête des premiers ; Philon , le plus savant des Juifs , fut le chef des seconds. Arrivés à Rome, ceux-ci se présentèrent devant Tempereur, dans le champ de Mars , comme il sortait des jardins de sa mère. La manière honnête dont il les accueillit , et la promesse qu'il leur fit faire par Romulus , introducteur des ambassadeurs , de les entendre et d'examiner leur affaire à ses premiers moments de loisir, les remplirent de confiance, excepté Philon, à qui son âge et son expérience rendirent suspectes ces grandes démonstrations L'événement fît voir qu'il ne s'était point trompé. Les députés des Juifs ayant suivi Caligula dans un voyage qu'il lit à Pouzzoles , y apprirent l'ordre réitéré qu'il avait donné de placer une statue colossale de Jupiter dans le Temple. Philon , dans le récit qu'il fait de celle députation , n'a point de termes pour exprimer la désolation dont lui et ses collègues furent alors frappés. Il en était de même en Judée. Vieillards, jeunes-gens, femmes , enfants, tous abandonnèrent leurs foyers pour aller en l'hénicie se jeter aux pieds de Pétrone , et le prier de leur ôter la vie plutôt que de violer la sainteté du Temple. Pétrone, touché de cette consternation , en instruisit l'empereur par lettres, et deinanda un délai pour ne pas pousser à bout une nation qu'il était à propos de ménager. Agrippa , cjui vivait dans la sécurité à Koine , où il était revenu Tan 38 , apprend de Caligula ce qui se passe dans son pays , et tombe évanoui à celle nouvelle. On l'emporte chez lui à demi mort, llevenu à lui-même, il écrit à l'empereur, dans les termes les plus humbles et les plus pressants, en faveur de sa nation. Fléchi par ses prières, Caligula, dans sa réponse à Péti'one , consent qu'on s'abstienne de placer une statue
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dans Jérusalem ; mais il nV.tend pas cette condescen-« dance aux autres villes de la Judée. La mort de cet iu- 4i sensé, arrivée le 24 janvier de Tan 41 » délivre les Juifs des alarmes qu'il leur avait causées.
Claude, déclaré empereur le an janvier, nomme Agrippa roi de Judée, et Hérodt; , son frère , roi de Calcide. Jl donne, à la demande du premier, deux édits en faveur des Juifs : l'un, pour rétablir ou confirmer ceux d'Alexaiadriedans les droits dont ils jouissaient sous le i^ègne d'Auguste ; l'autre, par lecpjel il leur accorde le libre exercice de leur religion dans toute l'étendue de l'empire. Mais il ne veut point qu'ils tiennent d'assemblées à Rome. ( Joseplie, Antiq. L. xx, c. i ).
L'Evangile, cependant, continuait de faire des progrès rapides. Des fidèles de l'ile de Chypre et de la Cyrenaïque étant venus à Antioche, l'an 4^1 y convertirent un grand nombre de Grecs; car saint Pierre, qui avait fondé celte église en l'an a6 , n'y avait prêche , comme on .l'a dit ^ qu'aux Juifs. Barnabe Cypriot, lui inéme , chargé par l'église de Jérusalem d'aller confirmer dans la Foi ces néophytes , va trouver Paul à Tharse , et lamène à Anîioche, où ils passèrent im an, occupés à instruire et à faire de nouvelles conversions. Ce fut alors que les fidèles commencèrent à être appelés Chrétiens. Mais les Juifs incrédules les nommaient par mépris , comme ils font encore aujourd'hui , iSazaréens.
42 Agrippa , de retour en Judée , s'applique à gagner l'afV fection des Juifs par des iîctes de générosité. Il emploie des sommes prodigieuses à bâtir et à fortifier, à Jérusalem^du coté septentrional, un nouveau quartier, qu'il nomma Bézetha ou la ville neuve ; il ronstiuif un théâtre à Bérlthe , où il donne un speclacle de gladiateurs ; il répind des largesses parmi le peuple, mais il excite une persécution contre les fidèles , et lait trancher la tele à l'apôtre Jacques , frère de Jean l'évangt-llste. V^oyant (pie cela est agréable aux Juifs , il fait mettre aussi Pierre en prison sous bonne garde , dans le dessein de le taire pareillement exécuter, après la fête de Pâques, qui était proche. Mais un ange ayant éveille Pierre, au milieu de la nuit, comme il dormait, garrotté d'une double chaîne entre deux soldats, le délivre , le ramène, au travers des sentinelles, jusqu'aux portes de la ville qui s'ouvrent d'elles-mêmes , et parcourt la première rue avec lui ; après quoi il le quitte et disparaît. Ce fui alors que Pierre, IL ^3
2lG CIÎROKOLOGIE HISTORIQUE