ADÉMAR Y
1148. Adémar V, d'abord appelé BosON , succéda en bas tige, l'an ii4^ , au vicomte Adémar IV , son père, sous la tuîclle de Gérard , évêque de Limoges , et de Bernard , doyen de Saint- Iriex. Mais Archambaud , frère de Bernard et oncle du jeune vicomte, s'étant emparé de la régence de la vicomte de Limoges, s'y comporta en propriétaire, et s'imagina l'être effectivement. Son usurpation ne fut point de longue durée. ( Gauf. Vos. c. 53. ) Henri , comte d'Anjou , devenu , l'an i iSa, duc d'Aquitaine par son mariage avec Eléonore , femme répudiée du roi Louis le Jeune , vint à Limoges dans l'automne de l'an ii52, pour s'y faire inaugurer, et y fut reçu d'abord avec les honneurs dus à sa dignité. Mais ayant fait dire à l'abbé de Saint-Martial de le défrayer dans la ville, celui-ci répondit qu'il n'était tenu à ce devoir que dans l'enceinte du château où son monastère et sa juridiction étaient rnfermés. Premier sujet de mécontentement pour ce prince. Les bourgeois de Saint- Martial lui en donnèrent un second par la rixe qui s'éleva entre eux et les gens de sa suite. Outré d'indlgnalion, il ordonna qu'on abattît les murs du château , et partit. (Une ancienne chronique place mal cet événement en 1 156.) Henri étant parvenu , l'an 1 1 54 , au trône d'Angleterre , revint , l'an 1 1 56 , à Limoges , et y fît sentir aux bourgeois son autorité. Pour les contenir , il confia l'administration de la vicomte de Limoges, après en avoir dépouillé Archambaud, à Geoffroi de Neubourg, frère de Uolrou III , comte du Perche, et Guillaume Pandolf , jusqu'à la majorité d'Adémar. Ce terme étant arrivé au bout de trois ans , il rétablit le jeune vicomte dans ses droits; et, pour se l'attacher plus étroitement , illul fit épouser sa cousine, Saua , fille de Renaud, comte de Cornouailles , son oncle, frère naturel de l'impératrice Mathllde. Il n'y a guèrje lieu An douti^r qu Adémar n'ait accompagné, cette même année i iSj X. ' o.i
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le monarque anglais dans son expédition de Toulouse. Ce qu'il y a de certain , c'est que Henri, en s'en retournant, passa par Limoges , où il arriva le jour de Saint-Michel 29 septembre^ selon Geoffroi du Yigeois. Vers ce tems là , dit le me:iie auteur, qui parle comme témoin oculaire, le vicomte Adémar fit hommage à l'abbé de Saint-Marlial en plein chapitre. Bernard , oncle d'Adémar, ayant été fait prisonnier , l'an 1166, par ses ennemis, implora le secours de son neveu pour obtenir sa délivrance. Adémar y mit pour condition la cession du château d'Exideuil, et devint ainsi propriétaire de cette place, après avoir fait remettre son oncle en liberté. Mais la conduite tyrannique qu'il tint envers les habitants d'iixideuil , les engagea bientôt à chasser ses officiers, et à retourner sous leur ancien maître. Adémar lève des troupes pour recouvrer celle place. Bernard, aidé par Héiie , son frère, se met en état de défense. Des amis communs s'entremettent pour réconcilier les oncles et le neveu. La paix se fait , et les parties se jurent une amitié réciproque. Adémar, quelque tems après , engage se^ oncles à venir cimenter leur réconciliation dans le château de Ségur. Mais , durant la nuit, au milieu du souper, des soldats aposlés paraissent tout-à-coup, se saisissent d'eux, et les traùient en prison. Indignés de celte fourberie, les seigneurs voisins s'arment pour la délivrance de ces prisonniers. On fait un traité par lequel les deux oncles sont relâchés, et Exideull est rendu à Bernard. Il paraît qu'Hélie dans la suite se brouilla de nouveau avec son neveu; car Geoffroi du Vigeois dit que, fuyant devant Adémar par un tems pluvieux , il tomba par terre devant le château de Pierre-Buffière, et fut tué par un soldat. Adémar eat encore vers le même tems, avec ses voisins, queUpies petites guerres dont le détail n'a rien de fort intéressant. Le roi d'Angleterre ayant cédé, l'an 1170 , le duché d'Aquitaine à Richard , son fils , ce jeune prince vint , l'an 1172 , faire son entrée solennelle à Limoges , où il fut inaugure comme il l'avait été à Poitiers. On. le reçut en procession, et on lui mit au doigt l'anneau de Sainte- Valérie. Le vicomte Adémar lui ut alors hommage comme à son suzerain. Il vécut en bonne intelligence pendant quelques années avec Richard, maigre la hauteur et l'inégalité du caractère de ce prince ; ce qui montre une grande souplesse d'esprit dans Adémar. Tandis que leur union durait , ils réunirent leurs armes (ou ne peut pas dire précisément en quelle année) pour marclisr au secours du chevalier Constant iii d;' Born , que Bertrand , son frère, avait chassé de la seigneurie de liaulefort, qu'il devait partager avec lui. ils saccagèrent les terres de l'usurpateur, et le contraignirent à rendre justice à son frère. Bertrand, fameux troubadour, se vengea par une
sirvante qu'il fit contre ses ennemis, et en travaillant à soulever la noblesse du pays contre Richard avec lequel il se réconcilia néanmoins dans la suite. ( Nostradamus, vies des pui'les provenceaux. )
Adémar, Tan 1174^ reprit les armes contre Bernard, soa oncle, pour le château d'fixideuil, au mépris de Vaccord qu'ils avaient fait , sept ans auparavant , à ce sujet. Raymond de Turenne et Archambaud de Comborn s'étant portés pour médiateurs, on tint à l'abbaye d'Arnac, le 14 septembre, une conférence où il fut convenu que Bernard céderait à son neveu le château d'Exideull pour celui de Célon qu'Adémar lui donnerait en échange. Mais ce dernier se fut à peine dessaisi de Célon , qu'il chercha l'occasion d'y rentrer. Avant pour cet effet pratiqué des intelligences avec la garnison de la place , il vint l'assiéger pour la forme, et s'en rendit maître en peu de jours, le 1^', avril 1170. Il fallut alors parler d'un nouvel accommodement. Adémar consentit à donnera son oncle le château de Saint-Iriex-de-la-Pcrche , au moyen de quoi celui de Célon lui resta. S\'lant soulevé, l'an 1 176 , de concert avec Aldebert , cornte de la Marche , Guillaume, comte d'Angouléme et ses fils, les vicomtes de Turenne et de Comborn, et presque tous les barons de Poitou, contre Richard, duc d'Aquilaine , il commanda l'avant-garde de cette confédération dans un combat livré le jour du jeudi-saint entre Brives et Malemort, où plus de deux mille anglais restèrent sur le champ de bataille, (Gaufred. Vos. p. Sa.H. ) Mais aussitôt après la Pentecôte , dit Benoît de Pélerborough , le duc eut sa revanche dans un combat qu'il livra aux rebelles entre Saint-Mégrin et Bouteville. Lesa^ant mis en déroute, il entra dans le Limosin où il prit d'abord le château d'Aixe , défendu par quarante chevaliers qu'il fit pi isonnlers. De-la , s'étant approché de Limoges , il fit le siège de cette ville dont il se rendit maître en peu de joiu's. Adémar ayant rejoint ses confédérés, alla s enfermer dans Angouléme où le duc ne tarda pas à venir les assiéger, Oidigés de se renvlre, ils furent envoyés au roi d'Angleterre , qui les renvoya au duc pour les garder jusqu'à son arrivée en ^Normandie.
La paix avant été faite, Adémar se mit en route, l'an 1178 , an mois de juillet, avec les deux comtes d'Angoulêmc et de la Marche, et d'autres seigneurs , pour la Terre-Sainte, d'où il revint le jour où la veille de Noël île Tan i 180. La joie que le^ liabitants de Limoges témoignèrent de le revoir, donna un air de triomphe à son retour. L'an 1182, le jour de Pâques, Févéque de Limoges et Adémar, excités par les ravages que les Brakançons.. qui étaient à b. solde du duc RlcIiarJ, faisauTii au--
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tour de la ville , se mettent à la tête du peuple , poursuivent Tes brigands jusque dans le pays de Combrailles , et reviennent triomphants, après en avoir tué quelques milliers de six mille qu'ils étaient. {Chron. S. Martini Lemovic.) Quelque tems après , le roi d'Angleterre et ses iils s'étant rendus à l'abbaye de Saint-Augustin de Limoges pour y conclure un traité de paix entre eux, le vicomte Adémar vint y renouveler au duc Kichard les assurances de sa fidélité , et donna deux de ses {\\s pour otiiges. il s'engagea de plus à ne donner aucun secours aux comtes d'Angouleme, Guillaume et Adémar, qui travaillaient à dépouiller Malhilde , leur nièce, de ce comté. {Gaufred. Vos. p. 322.) La [>aix des princes anglais ayant été rompue presque assilôt que conclue, Adémar se joignit au jeune Henri et à Geoffroi contre le duc Kichard , leur frère. Beaucoup d'autres barons du Limosin et des autres parties de l'Aquitaine entrèrent dans cette confédération. Adémar y entraîna facilement les bourgeois de la ville de Limoges , mais il ne put corrompre la fidélité de ceux du château qui avaient relevé leurs murs , et s'étaient mis en elat de défense. Voulant se rendre maître de la place , il engagea le jeune Henri et Geoffroi, son frère, à venir en faire le siège Le roi père cependant s'avançait vers Limoges pour rétablir la paix entre ses enfants. A son approche, la bourgeoisie, se dehant de ses intentions , prend les armes, court au devant de lui, maltraite ses gens , et décoche sur lui-même un trait que son cheval reçoit au front en se cabrant. Il se retire le cœur rempli d'indignation, et la bourgeoisie étant rentrée dans ses murs, commence l'attaque du château dans les premiers jours de lévrier ii83. Mais la diligence que fit le duc Richard pour arriver à Limoges , arrêta l'expédition. Peu s'en fallut qu'Adémar, qui s'était attaché à forcer une église, ne fut fait prisonnier. Mais, au départ du duc qui suivit de près son arrivée, les bourgeois , excités par Adémar, reprennent courage, et réussissent à s'insinuer dans le château par adresse. Maîtres de la place, ils s'y fortifient avec toute la diligence possible, dans la crainte que le roi, père, ne revienne pour les châtier. Ils; ne se trompaient pas. Quelques jours après , Henri le Vieux arrive avec Ixichard à la tête d'un nombre considérable de grands vassaux d'Aquitaine , accompagnes chacun de ses troupes. Le 1" . mars, jour du mardi gras, suivant Geoffroi du Vigoois, ils mettent le siège devant le château qui soutient les attaques avec une vigoureuse résistance. Le mauvais tems seconde la valeur des rebelles. Les assiégeants, rebutés par le froid et les pluies , lèvent le siège au bout de quinze jours, et se retirent. Le jeune Henri cependant manquait d'argent pour payer les troupes de brigands qu'il avait à sa solde. Adémar engag.c les
It.'Jjltants (le Limoges à lui prêter 20 mille sous ; cf , comine cette somme n'était pas encore suffisante, il Taida à piller le trésor «le Saint-Martial. Ils vont ensuite commettre la même profanation à l'abbaye de Grandmont. Le roi , père , profite de l'absence de son fils pour rentrer dans Limoges, dont il trouve les habitants aussi soumis qu'ils étaient rebelles auparavant. Le pillage du trésor de Saint-Martial les avait aliénés du jeune Henri. Ce dernier revient pour chasser son père de Limoges ; mais les habitants, lui ayant fermé leurs portes, font pleuvoir sur ses troupes une grêle de pierres qui l'obligent à rebrousser chemin. Il se rend à l'abbaye d'Uzerche, où le duc de Bourgogne et le comte de Toulouse viennent grossir son parti. Mais il y tombe malade. S'étant fait porter à Roquemadour , et de- là au château de Martel, il y meurt le 11 juin ii83, dans de grands sciitiinents de pénitence, sans avoir pu obtenir la consolation «le voir son père , et de lui témoigner de vive voix son repentir, iàeoffrol du Vlgeols fait mention d'une lettre où il demandait pardon pour ceux qui l'avalent suivi dans sa révolte , et nommément pour le vicomte de Limoges. I-e vieux Henri était trop irrité contre les rebelles pour leur pardonner sans les avoir punis. Il marche enselgnçs déployées à Limoges, entre en vainqueur dans la ville , et fait raser le château. Toutes les autres places du Llmosin , qui avalent tenu pour le jeune Henri , subissent le même sort. Adémar, cependant, à force de soumissions , trouva moyen de rentrer en grâce auprès du monarque. 11 paraît que le duc Richard voulut bien aussi lui pardonner sa félonie. Mais la conduite tyrannlque et dissolue de ce prince, détermina dans la suite Adémar , ainsi que la plupart des seigneurs d'Aquitaine , à se soulever de nouveau contre lui. L'an 1188, Il se jeta avec eux sur les terres de Richard, où ils firent des ravages, dont ce prince ne larda pas à se venger en pillant leurs terres à son tour, et détruisant leurs châteaux. Philippe Auguste, en faisant la paix, l'an 1190, avec Richard, pour. lors roi d'Angleterre, y fit vraisemblablement comprendre les seigneurs d'Aquitaine , dont il avait lui-même fomenté les soulèvements. Les deux monarques partirent la m^me année pour la Terre-Sainte. Mais, au retour de Richard , le vicomte de Limoges et le comte d'Angoulême se brouillèrent de nouveau avec ce prince. Les choses allèrent si loin , que ces deux seigneurs renoncèrent à l'hommage du roi d'Angleterre pour se donner au roi de France. C'est ce que nous voyons par l'acte suivant, que le P. Bonaventure de Saint- Amable dit avoir tiré d'un ancien manuscrit : Moi Adémar^ {^icovite de Limoges^ fais cuitnatfre à tous ceux qui i'erront cet écrit , (jue j'ui fait les accordset cuuv^entians qui sui\>ent ai^ec monseigneur l^hilippe, illustre roi
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des Français ^ parce qu a cause des injures que Richard ^ roi d'^Aii-^ ^/e/erre^ m'a faites^ el à mon frère yldcinar, comte d'AngouIême^ ce dernier alla de ma part trouver le roi de France^ et je fis avec lui la conjédéraiion suivante ; savoir , que je l aiderai toujours selon mon pouvoir comme mon seigneur ^ et que jamais je ne me retirerai de son hommage que par ses ordres ; que , s 'il me soumet à quelque autre , il me garantira par ses lettres qu 'on me laissera en paix , de manière que , si on y manque , il maidera contre ce nouveau suze-~ rain : que , si celui-ci voulait agir contre le roi Philippe , je m 'y opposerai de tout mon pouvoir ^ donnant de bonne foi aide et secours il mondit seigneur le roi Philippe. Fait à Saint-Irier ( ou lriex-de-!a-Perche ), an mois d\ivril 1199. La date de cet acte, i! faut Tavouer , parait uiflicile à concilier avec celle de l'événement que nous allons rapporter. Au mois de mars de cette même année 1 199, le vicomte Adémar trouva un trésor dans le r'nateau de Chaîus. C'était , suivant Robert du Mont , un basrelief en or, représentant un cmpert-ur assis à table avec sa femme et ses enfants , le tout de grandeur naturelle. Mais les chroniques du pays, dit le P. Bonaventure , assurent que c'était Lucius Capréolus , proconsul d'Aquitaine, à quoi, dit-il, le nom du château a du rapport, puisque , selon Rigord , il s'appelait/:«5// «m IjucH Capreoh\ qu'on rend en français par Chalus- Chribrole. Quoi qu'il en soit, Richard , instruit de cette découveite, prétendit que ce trésor lui appartenait, comme seigneur suzerain. Sur le refus qu' Adémar fait do s'en dessaisir, il vient assiéger le château de Chalus. Mais, comme il fait le tour de la place pour reconnaître l'endroit où il voulait donner l'assaut, un arbalétrier, nommé Bertrand Gordon, lui décoche un trait qui le blesse mortellement à l'épaule. On le porte à sa tente ; et, tandis qu'on est occupé à le panser, Marcadée, chef des Brabançons , qui l'accompagnait , force le château , fait pendre la garnison , et réserve Gordon pour être écorché vif, malgré le pardon que Richard lui avait accordé. Ce prince mourut le 6 avril, tandis f|ue ses gens, par son ordre, faisaient le siège des châteaux de Nontron et de Puy-Agut , appartenant au vicomte, entreprise qu'ils abandonnèrent lorsqu'ils eurent appris sa mort. Adémar le suivit au tombeau vers la fin de la même année, suivant le P. Bonaventure, laissant de son mariage trois fils, <i!ii, qui suit; Guillaume, surnommé le Pèlerin, parce qu'il vint au monde , dit Geoffroi du Vigeois, le jour même que son père se mit en route pour la Terre-Sainte, mort, l'an 1220, suivant une note inarginale du manuscrit 2400 de la biltiiothèque du roi; et Adémar; avtc quatre filles, Marguerite,
femme, i^. de N , fils d'Aimeri de Rochechouart ; -j.^ . de-
-lÀoson de Grignols , 3''. fds d'Aldebert 11 , comte de Périgoal ;,
Ï>ES VICOMTES DE LOtOGEî?^ û63
Àquîlie ou Aigline , mariée au fils de Guillaume Gordon ; ïlumherge, femme de Geoffroi de Luslgnan ; el Marie, femme d'Ebles V, vicomle de Ventadour. Sara, mère de ces enfants, mourut en 12.1G, et fut enterrée à Saint-Irlex-de-la-Perche, le jour de Saint-Golomban , 21 novembre, selon la chronique de iSaint-Marlin de Limoges.