LOUIS II, DIT LE BON
i356. Louis II, dit le Bon, né le 4 août iSSy , devint le successeur de Pierre, son père, au duché de Bourbon et en la charge de grand-chambrier de France, L'an i358 , le dauphin Charles, régent du royaume, voyant que les Anglais occupaient presque tout le comté de Clermont , appartenant au duc • le Bourbon , lui adjugea , par ses lettres du 2.6 novembre , toutes les terres et tous les fiefs voisins de ce comté , confisqués sur les partisans des Anglais , pour y être unis à perpétué , sans en pouvoir être démembrés par révocation de confiscation , ou autres lettres royaux; le dauphin , dérogeant nommément à un édit portant qu'on ne donnerait aucun des biens confisqués , mais qu'ils seraient employés pour la rançon du roi Jean , son père. {Reg. des Chart.^ coté 86 et Ç)o\ , vol. 2S. ) L'an i36o , le duc Louis fut un des otages que le roi Jean donna pour sûreté de sa rançon, au roi d'Angleterre: auquel pays ., dit Christine de Pisan, sî gracieusement se contint., que mesmes au roi Edoart., à ses enfans et a tous tant plaisait , qu 'il lui estoit ahandoné d 'allef eshatlre et jouer par-tout oîi il lui plaisoit ; et à brief parler tant y fit par son sens , courtoisie , peine et pourchas , que grant part de su rançon, qui montait moult grand finance ., lui fiit quittée. Pievenu d'Angleterre, après huit ans de séjour , il institua, le premier janvier 1870 ( n. st.), l'ordre de chevalerie dëVEcud'or, dont les marques consistaient en une ceinture dorée , avec un écu d'or, orné d'une bande de perles, où était gravé le mot Allen. Pendant le festin qui suivit la cérémonie, Huguenin Chau— veau , procureur- général du duc , vint lui présenter , à genou , le registre des informations secrètes et exactes qu'il avait faites des déprédations commises sur ses terres, pendant sa captivité ,
f)ar divers seigneurs , ses vassaux , dont la plupart étaient de 'assemblée. La consternation s'étant emparée des coupables, le duc les rassura par ces paroles , qu'il adressa au procureur-général : Chauoeau , aoez-çous aussi tenu registre des services qu'ils m'ont rendus F En même-tems, s'étant saisi du registre, sans l'ouvrir , il le jeta dans un grand brasier. La même année , trois capitaines de ces compagnies d'aventuriers , qui infestaient le
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f oyaume et qu'on nommait les gi'andes compagnies ou les fardvenus ^ surprirent de nuit, par escalade, le château de Belle- JPerche , en Bourbonnais , où la mère du duc était retirée. A cette nouvelle , Louis rassemble ses vassaux et ses amis , et vole à la délivrance de sa mère. Il met le siège devant la place, et le convertit ensuite en blocus, à la prière de la duchesse , effrayée des engins et du dégât qu'ils causaient dans le château. Les comtes de Cambridge et de Pembrock, étant survenus dans ses entrefaites, enlèvent la duchesse et la transportent, avec les dames de sa suite , au château de la Roche-Vauclaire , en Limosin. Cette princesse fut, depuis, échangée et conduite à la cour de France , d'où , s'étant retirée , elle alla s'enfermer à Paris , chez les Cordelières du faubourg Saint-Marcel, où elle finit ses jours.
Louis épousa , le 1 9 août iSyi, Anne, fille de Béraud II, comte de Clermont et dauphin d'Auvergne ; alliance qui augmenta ses domaines, dans la suite, par la cession que Jeanne de Bourbon iit du comté de Forez, le 18 février liiSa, à la duchesse Anne , sa petite-fille.
Louis accompagna, l'an i-^yS, le connétable dans son expédition contre Jean de Montfort , duc de Bretagne , et les Anglais auxquels ce dernier avait livré son pays. La victoire fut aisée ; ils n'eurent qu'à se montrer pour mettre l'ennemi en fuite. On prétend que la duchesse de Bretagne tomba entre les mains du duc de Bourbon , comme la mère de ce prince était tombée auparavant entre celles des Anglais. Ah ! beau cousin ! s'écria , dit-on , la duchesse , suls-je prisonnière ? — Non , madame , répondit-il , nous ne Jaisons point la guerre aux dames ; et il la renvoya à son mari , retire à Saint-Mahé. De Bretagne , Louis se mit en marche pour secourir le duc d'Anjou , qui faisait la guerre aux Anglais dans la Guienne. Sur sa route , il emporta d'assaut Brive-la- Gaillarde , qui s'était donnée aux ennemis. Ayant joint le duc d'Anjou, il l'aida de son bras et de ses conseils à faire la conquête de l'Agénois , du Condomois , du Bigorre et d'une partie de la Gascogne.
L'an i38o , après la mort du roi Charles V , le duc de Bourbon fut l'un des quatre princes du sang à qui Von confia la tutelle du roi Charles \ I , pendant sa minorité. C'était , sans contredit, le plus digne de cet emploi, par sa sagesse et sa probité. Mais , n'étant que Tonde maternel du jeune monarque , sa naissance ne l'appelait au gouvernement que dans un rang subordonné à celui des princes, ses beaux-frères. Cette dépendance enchaîna sa bonne volonté , et fut un obstacle au bien qu'avec plus de liberté il aurait pu faire. Ce ne fut pas lui , vraisemblablement, qui conseilla au roi, l'an liiSa, de marcher
DES DUCS DE BOURBON. SSg
en personne , à l'âge de quatorze ans , contre les rebelles de Flandre. Mais, voyant qu'il y était déterminé , il Taccompagna dans cette expédition, et eut part à la victoire de Rosebecq," qu'il remporta, le 27 novembre de cette année, sur les Flamands. L'année suivante, il servit au siège de Bourbourg , et. Tan i385, il emporta quelques forteresses en Saintonge et en Poitou, sur les Anglais. Il passa, Tan l'^By , en Castille, avec un corps de troupes , pour défendre le roi Jean 1 contre les attaques du duc de Lancastre : mais à son arrivée l'ennemi avait disparu. L'an i3go, suivant Paul Emile, Frolssart et Juvénal des Ursins (et non iSga), les Génois demandèrent, au roi de France, du secours contre les Maures d'Afrique , qui troublaient le commerce de la république par leurs pirateries. Ce prince ne voulut pas leur refuser quelques troupes , malgré l'épuisé— iTient où se trouvait la France ; et le duc de Bourbon demanda à les commander. Le roi chercha vainement à le dissuader de cette expédition. Bel onde, lui disait-il , savez les grandes affaires que Oisons; à grant peine Iroiu'era-t on gents qui vouhissenl aller si loin : ainsi ne veuillez entreprendre ceilc allée. — Monseigneur , répliqua Bourbon , j'ai chevaliers el escuyers de mon pays qui ne me faudront oncques 11 ce besoin. Le monarque, le voyant décidé, annonça aux ambassadeurs génois que ce serait le duc de Bourbon qui commanderait le secours qu'il devait leur envoyer. Le duc , ayant fait ses préparatifs en diligence , conduisit par terre, à Gênes, une armée florissante composée de Français et d'Anglais (la France était alors en paix avec l'Angleterre) ; de là fit voile avec cette armée , au mois de juin de la lURme année , sur une flotte de quatre-vingts vaisseaux , pour l'Afrique. Le débarquement se fit le 21 juillet (fête de la Madelaine), au milieu d'une grêle de traits , lancés du rivage par les Africains ; il se fit,dis-je, vis-à-vis d'une ville que Froissart et Christine de Pisan nomment Africa , et que les modernes pensent les uns être Tunis , les autres Carthage. Le siège fut aussitôt mis devant la place , qui fit la plus vigoureuse défense ; elle soutint quatre furieux assauts , où les assiégeants furent toujours repousses avec perte. Les secours que les rois de Bugie et de Maroc envoyèrent aux assiégés , joints à la mortalité causée dans l'armée chrétienne par les chaleurs brûlantes du climat, déterminèrent enfin le duc de Bourbon et son conseil à lever le siège au bout de neuf semaines. Mais pour ne point perdre entièrement le fruit de cette expédition , on marche à l'armée ennemie , on l'attaque dans son camp , et on la met en déroute : elle revint cependant à la charge le même jour et reçut un nouvel échec. Cette double victoire produisit un traité avec le rois de Tunis , qui s'engagea de rendre tous les esclaves
34p chronologie historique
chrétiens, de payer une somme de dix mille l)esanls d'or pour les frais de la guerre, et de ne plus troubler la navigation des Chrétiens sur la Méditerranée. Tel fut le fruit de celte grande entreprise , qui eût eu , suivant Froissart , un meilleur succès , si le sire de (^oucy , l'un des chefs , eût seulement entrepris le voyage souvcrauiement , et esté capitaine de tous. Car il aooit , ajoute cet historien , le retour de tous les Gentilshommes , et bien sça^'oit estre entre eux doucement et avecque eux trop mieux sans comparaison que h duc de Bourbon ne fuisoit. Car il estoit de haut r.ourage et manière orgueilleuse et présomptueuse et point ne parloit si doucement ni si humblement aux chevaliers et escuyers étrangers que le sire de Coucy juisoit ; et se oit ledit duc de Bourbon par usage le plus du jour hors du pavillon jambes croisées , et convenait parler à lui par procureur et lui faire grant révérence, (j'est ce que froissart dit avoir appiis des chevaliers et escuyers qui étaient étrangers. Mais ce témoignage ne s'accorde point avec celui des autres historiens , qui peignent sous des couleurs différentes le caractère du duc de Bouibon.
i.e roi Charles VI étant tombé en démence, l'an ï3g2 , les ducs d'Orléans et de Bourgogne se disputèrent le gouvernement de l'état , avec un acharnement qui eut mis en combustion le royaume , sans lintervenlion du duc de Bourbon. Ce sage prince les amena , l'an 1^97 , au point de consentir à partager entre eux les fonctions de l'autorité souveraine. Etant retourné dans ses terres, il acquit, l'an i4oo , d'Edouard il , sire de Beaujolais et de Dombes , ces deux principautés , par traité du 2.6 juin. ( Voy. les sires de Beaujolais. ) Il agrandit encore, vers le même tems , ses domaines, de la haronnie de Combraille, que Pierre de Giac , qui l'avait acquise de Jean l, comte d'Auvergne, lui vendit. Son économie le mit en état de faire, deux ans après, une autre acquisition importante. Il acheta , l'an il^o'j. , d'Humbert Vil , sire de Thoire et de Villars , les villes et châtellenies de Trévoux , d'Amberieux et de Chatelar ; acquisition qui acheva de former la souveraineté de Dombes. Amédée VIII , comte de Savoie , en conçut tant de chagrin , qu'appréhendant que le duc de Bourbon n'achetât les autres terres que le sire de Villars possédait encore dans la Dombes , il lui déclara la guerre , sous prétexte de certains châteaux dont il lui demandait l'hommage. Les choses s'accommodèrent par la vente que le sire de Villars fit au comte, de ce qui lui restait en celte principauté.
Le duc de Bourbon se trouvait déplacé par-tout où l'honneur ne lui permettait pas de demeurer. L'an 1407 , après l'assassinat du duc d'Orléans, il quitta la cour , où il était en trèsgrande considération , pour ne point consentir au lâche accozn-
modement qui se ménageait entre les princes Orléanais et le duc de Bourgogne , auteur du crime. Ce fut alors qu'il se déclara hautement contre ce dernier , et tâcha , mais vainement, de le faire déclarer ennemi de la patrie. Le duc de Eourgogne ne lui pardonna pas cet effort de son zèle pour la justice. L'an 1409, Amé Viri , capitaine bourguignon , vint, à la sollicitation de son maître, ravager le Beaujolais. Mais c' estait , dit Monstrelet , un pauvre sacijuement au regard du duc de Bourbon , et il se sauva dès que ce prince oint pour le corrdjaiire. Le duc Louis mourut , le ig août de l'année suivante, à Moulins, et fut enterré au prieuré de Sou\igni. Les Célestins de Yichi , la collégiale de Notre-Dame de Moulins, l'hôpital de Saint-Nicolas de la même ville , sont (17^6) des monuments de sa piété. 11 édifia les châteaux de Moulins , d'Auxance et de Verneuil ; il fit paver, à ses frais, plusieurs villes. Ce prince laissa de soa mariage un fils , qui suit. Anne , sa femme , lui survécut jusqu'au 19 septembre i4i6 , date de son testament, et fut inhumée auprès de lui. Il laissa de plus trois fils naturels, Hector, l'un des chevaliers les plus accomplis de son siècle , tué , l'aa 1414? ^^ siège de Soissons; Jean, également renommé par soa courage et par les services qu'il rendit à l'état; et Perceval , qualifié aussi chevalier. Le duc Louis avait l'esprit juste et solide , le cœur droit , sensible et généreux , l'attachement le plus sincère à la religion , à la patrie et à son roi , la valeur et 1 habileté des capitaines les plus expérimentés de son tems. Sa cour était montée sur le même ton de magnificence que celles des ducs d'Orléans , de Bourgogne et de Bretagne. L^ne preuve non équivoque de l'affection que ses sujets lui poHaient, ce sont les regrets qu'ils firent éclater à sa mort. Lorsqu'on porta son corps de ^ioulins au lieu de la sépulture, on voyait le clergé el le peuple du Bourbonnais accourir pour se trouver sur le passage du convoi , et même pour l'accompagner. De toutes parts on n'entendait que des sanglots et des gémissements. Ah l ah! mort, s'écriait la multitude désolée, tu nous as dfé en re jour nostre soutènement , celui qui nous gardoii et nous défenâoît de toutes opf tressions ■ C estait nostre prince , nostre confort et nostre duc y le plus prudhomme , de la meilleure conscience et de la mcil^ leure vie qu'on pust trouver. (Vie de Louis II , duc de Bourbon, )
JEAN I
1410. Jean, né au mois de mars i38i (n. st.), succéda, l'an 1410, à Louis II, son père, dans le duché de Bourbon et les seigneuries de Combraille, de Beaujolais et de ÎV>n)bes , mais non dans la charge de grand-cliambrier , dont le duc de
Bourgogne, alors maître des affaires, le priva, pour la donner à Philippe, son frère, comte de Nevers. Dès Tan i4o4î il
Ï>orta le titre de comte de Clermont, du chef de sa mère , après a mort de laquelle il eut aussi le comté de Forez. Il suivit , à l'exemple de son père et avec la même ardeur , le parti de U maison d'Orléans contre le duc de Bourgogne. Ces deux princes avalent contracté, dans leur première jeunesse, une confraternité d'armes. Mais , après l'assassinat du duc d'Orléans , Jean de Bourbon rompit entièrement avec l'auteur de ce crime, et n'eut plus que des sentiments d'aversion et d'horreur pour lui. Le bâtard de Savoie, et ce même Viri , vaincu autrefois et châtié par le duc Louis II , envahirent, l'an i4ii •, le Beaujolais et le pays de Dombes , après avoir battu l'armée que le duc Jean avait envoyée pour les repousser. Le comté de Clermont, en Beauvalsis, tomba, la même année, au pouvoir du duc de Bouigogne. Mais un revers encore plus fâcheux pour le duc de Bourbon , ce fut l'enlèvement de ses trois fils, que le sire de Croï prit dans le château de Monceaux, au comté d'Eu , et emmena prisonniers (i), pour obliger par là le duc d'Oiléans à relâcher son père , qu'il retenait dans les fers ; ce qui effectivement lui réussit.
Le duc de Bourbon, l'an i4i2, fut du nombre des princes qui , sur la fin de mai , signèrent l'ignominieux traité par lequel ils s'engageaient à mettre Henri IV , roi d'Angleterre , en possession des provinces cédées aux Anglais par le traité de Bretigni. Au mois de juillet suivant , le duc de Bourgogne , ayant amené le roi et le dauphin devant Bourges , pour attaquer la ligue des princes dans son centre, le duc de Bourbon défendit la ville, pendant environ six semaines, avec tant de valeur et d'habileté , qu'il obligea les assiégeants à parler d'accommodement. On leva le siège, et les chefs des deux partis s'étant rendus à Auxerre , y signèrent , au mois de juillet , un traité de paix. La discorde ayant rallumé son flaml)eau, vers la fin de la même année , le duc de Bourbon se remit en campagne , parcourut , avec une armée de Parisiens , l'Anjou , le Poitou , le Berrl , et purgea ces provinces des troupes de brigands qui les infestaient. Etant passé, l'an i4i4? en Picardie, avec Hector de Bourbon, son frère naturel , qui l'avait accompagné dans la
(i) Ces enfants furent mis entre les mains du duc de Bourgogne, qui les fit conduire au château de Montbard, d'où ils furent ensuite transféie's , par son ordre , le 12 juin i4i2 , à Bracon. « Ils restèrent là » prisonniers, dit D. Plancher, jusqu'à la réunion des princes, qui se » fit au mois d'août suivant ». ( Hù/. de Bour. , tom. III, p. 34a. )
campagne précédente , il ouvrit celle-ci par le siège de compiègne. Hector y fut tué , à l'âge de 2.6 ans , dans une sortie dps assiégés; jeune héros comparable pour la beauté, l'adresse et la valeur au héros fabuleux dont il portait le nom. Le duc lui-même, dans un assaut qu'il donna, y reçut une blessure qui le mit hors de combat. L'armée , ayant emporté la place , se vengea de ce double échec en égorgeant les habitants et la garnison , et attachant le commandant Bournonville à un gibet. Guéri de sa blessure, Bourbon alla faire le siège dé Bapaume, qu'il força de lui ouvrir ses portes. Les vainqueurs marchèrent ensuite au siège d'Arras, qui fut commencé vers la mi juillet. Le roi, le dauphin, le connétable, et tous les princes, étaient à la tête de l'armée. Mais le duc de Bourbon et le comte d'Armagnac , en dépit du connétable et au mépris de ses droits , se rendirent maîtres de toutes les opérations. Elles cessèrent au bout de six semaines par un accommodement que la comtesse de Hainaut ménagea, et qui fut ratifié par le duc de Bourgogne, le 16 octobre , au Quesnoi.
De retour à la cour, le duc de Bourbon, non moins galant que guerrier, ne s'y occupa qu'à inventer avec la reine et le dauphin de nouvelles fêles et de nouveaux divertissements, tandis qu'on laissait le roi manquer du nécessaire , et le peuple gémir dans la misère et l'oppression. Plein des idées romanesques de chevalerie, il publia au milieu de ces réjouissances le cartel suivant , qui paraîtrait fort étrange de nos jours et qui n'avait rien d'extraordinaire de son tems. « Nous, Jean, duc M de Bourbonnais, désirant échiver oisiveté et explecter notre » personne en avançant notre honneur par le métier des armes, w y acquérir bonne renommée, et la grâce de la très-belle dont » nous sommes serviteurs , avons n'aguères voué et empris que j» nous accompagnés de seize aultres chevaliers équiers de nom » et d'armes , porterons à la jambe chascun un fer de prison- *> nier, qui sera d'or pour les chevaliers, d'argent pour les 1» équiers , par tous les dimanches de deux ans entiers , comj> mençant le dimanche prochain après la date des présentes , M au cas que plustost ne trouverons pareil nombre de chevaliers w et équiers de nom et d'armes sans reproche , que tous en- >» serablement nous veuillent combattre à pied jusqu'à outrance, » par telles conditions que ceux de notre part qui seront outrés, » seront quittes chascun pour un brasselet d'or aux chevaliers, » et un d'argent aux équiers , pour donner là où bon leur sem- >» blera. Fait à Paris, le le^. janvier i4i4- » (v. st.) 3Iém. de l'Ac. des Insc. ^ t. II, p. fi4i') Pour mieux entendre ceci, il faut savoir que les chevaliers qui faisaient des emprises ou entreprises d'armes , soit cpurtoises , soit à outrance , c'est-à-
dire meurtrières, se faisaient attacher des chaînes par la main des clames et en chargeaient leurs armoiries; et ce signe, qu'ils ne quittaient plus, était le gage de l'entreprise qu'ils avaient vouée et qu'ils juraient, quelquefois à genoux, par un abus djplorable du serment , sur les saints évangiles.
Le dauphin cependant, jaloux de l'autorité que les ducs d'Orléans et de Bourbon avaient usurpée , tramait sourdement ieur perte, La conspiration fut découverte la nuit du l«^ au 2 février i4i5, quelques heures avant qu'elle dût éclater, et la prudence des ducs la fit évanouir. Mais, obligés peu de tems après de remettre au dauphin les rênes du gouvernement , ils a'aandonnèrent la cour pour se retirer dans leurs domaines. Le S'^jour qu'il y firent ne fut pas long. La descente du roi d'Angleterre en Normandie, et les progrès rapides qu'il faisait dans cette province , les tirèrent de leur retraite pour voler au secours de la patrie. L'un et l'autre furent pris à la funeste journée d'Azincourt, et emmenés prisonniers à Londres. On ne les plaignit point, parce que c'étaient eux qui avalent engagé cette bataille, de concert avec le duc d'Alençon, contre l'avis des autres chefs de notre armée. La rançon du duc de Bourbon, au bout d'un an, fut fi.xée à cent mille écus. Il la paya jusqu'à trois fols sans pouvoir obtenir sa liberté. Henri V poussa même l'injustice jusqu'à recommander, en mourant, de ne point relâcher les ducs d'Orléans et de Bourbon avant que son fils fût possesseur de la monarchie française. Le duc de Bourbon ne soutint pas avec la constance d'un héros la longueur de sa captivité. Vaincu à la fin par l'ennui , non seulement il offrit de payer une quatrième rançon, non seulement il consentit à livrer aux Anglais les principales places de ses domaines, mais il eut encore la faiblesse de reconnaître Henri VI pour son légitime souverain. Heureusement le traité qu'il fit à ce sujet n'eut point lieu, par le refus que fit le comte de Clermont , son fils, de le ratliier. Le duc resta dans les liens avec la honte d'avoir voulu les rompre par une infamie. Il mourut à Londres vers la mi-janvier t4^4 ("• st.), à l'âge de cinquante-trois ans, et fut enterré aux Carmes de cette ville. Mais dix-huit ans après son corps fut rapporté au prieuré de Souvlgni. Il a%ait épousé , le 24 juin i4oo, Marie, seconde fille de Jean de France , duc de Berri (morte à Lyon au mois de juin i4^4)» qui lui apporta en dot le duché d'Auvergne et le comté de ^Jontpensier, en vertu des lettres du roi Charles VI, qui permettaient au duc de Berri de disposer de ses domaines, contre la loi des apanages, en faveur de cette fille, par considération pour le duc de Bourbon , qu'elle ilevait épouser. ( Celui-ci ne fut que le troisième époux de Marie, qui s'était alliée, 1". le 2^ mars i3b6,à
Louis de Châtillon l'I, comte de Dunois, mort le i5 juillet i3c)i ; 2.°. le 27 janvier 1392 , à Philippe d'Artois , comte d'Eu, décédé le i5 juin iiç)j. ) Marie , après la mort de son père, arrivée le i5 juin i4i<^ , et pendant la captivité de son époux, voulut se maintenir dans la jouissance du duché d'Auvergne et du comté de Monlpensier ; elle présenta requête au parlement à cet effet. Mais, par arrêt du 8 août i4i'i? 1^ cour ordonna que le duché d'Auvergne serait mis en lu main du roi et gouverné par ses officiers , nonobstant la requête présentée par la duchesse de Bourbon. ( Mss. du roi^ n°. 9420, fol. 162..) Le duché d'Auvergne resta néanmoins dans la maison de Bourbon. Marie donna au duc Jean trois fils, Charles, qui suit; Louis , mort à Louvres , en Parisis , l'an i453; et un autre Louis, tige de la première branche de Bourbon-Monlpensier. Le duc Jean laissa aussi trois bâtards, Jean, abbé de Cluni, postulé évoque du Pui le 3 décembre i+43, mort au prieuré de Saint-llambert le 2 décembre i4^5; Alexandre, dit le Bâtard de Bourbon, dont il sera parlé ci-après; Gui , mort en 144^ ; et deux bâtardes, Marguerite , épouse de Rodrigue de Villandrode , comte de Ribadeo , fameux par ses exploits et par ses brigandages , et Edmée, moite sans alliance.