CHARLES L
1434. Charles I, fils aîné de Jean I , né l'an i4oi, succéda, l'an 1434» aux duchés de Bourbon et d'Auvergne , au comté de Forez et aux seigneuries de Beaujolais, de Bombes, etc. H gouvernait tous ces domaines depuis sa majorité sous le nom de comte de Clermont , quoiqu'il n'eût pas la jouissance de ce comté qui était entre les mains des Anglais, Il avait aussi recouvré la charge de grand-chambrier de France , dont le duc de Bourgogne, comme on l'a dit, avait frustré son père pour la ialre tomber au comte de Nevers L'an i4'8, les Bourguignons ayant surpris Paris la nuit du 28 au 29 mai , il fut arrêté avec son frère Louis, depuis comte de Montpensier, et tous deux furent enfermés dans la tour du Louvre. Le duc de Bourgogne les élargit peu de tems après. Voulant s'attacher le comte de Clermont, ce prince le contraignit d'accepter la main d'Agnès, sa fille, qui n était pas encore nubile , et de rompre ainsi l'alliance qu'il était près de contracter avec madame Catherine de France, à laquelle il était déjà fiancé.
L'an 14^91 1^ comte de Clermont était à la tête des seigneurs qui accompagnèrent le duc, son beau-père, à la fatale entrevue du pont de Montereau, où il fut assassiné. Loin de poursuivre la vengeance de cet attentat, il renvoya la princesse X. 44
Sffi CHRO>OLOGIE HISTORIQUE
Agnès au nouveau duc Philippe le Bon , son frère, el se jeîa dans le parti du dauphin. Il accompagna ce prince, l'an 1420 ^ en Languedoc et en Guienne. Le dauphin, rappelé sur les bords de la Seine vers la (in do juin de la même année, l'établit, en partant, capitaine-général en Languedoc et en Guienne.
L'an 1421 ( n. st.), le comte de t lermont acheva , dans le ïnni.s de janvier, le siège d'Aigues-Mortes , commencé, par le sénéchal de Beaucaire , dès le mois d'août précédent. Maître de la place, il fit trancher la tête au commandant Louis Malepue et aux principaux officiers , les traitant d'ennemis de l'état. On prétend même que les habitants coupèrent la gorge à la garnison bourguignonne , qu'ils en jetèrent les corps dans une fosse , avec quantité de sel p jur empêcher la corruption , et que de là est venu le proverbe de Bourguignon salé{i). (Vaissète.) Le jeudi gras de la même année , le comte de Clermont s'étant présenté devant Beziers, les habitants lui font dire qu'ils ne permettront d'entrer qu'à lui seul et à quarante personnes de sa suite. Le comte persistant à vouloir entrer avec tous ses gens, les portos lui sont fermées. La place est assiégée le 8 juin , et forcée , le î6 août, de capituler, à des conditions humiliantes pour les habitants. Le dauphin étant devenu roi , sous le nom de Charles VII , le comte de Clermont , l'an 14^3 , lui remet le gouvernement de Languedoc, après y avoir affermi l'autorité de ce prince sur des fondements solides. Il reçoit, en échange, le commandement du Nivernais, du Bourbonnais, du Forez, du Maçonnais , du Beaujolais et du Lyonnais.
Le comte de Clermont commença, Tan 1424? à se rapprocher du duc de Bourgogne, à l'occasion de l'alliance que ce dernier contracta avec Bonne d'Artois, sœur utérine du premier, et veuve de Philippe II, comte de Nevers. Leur liaison prit une nouvelle force par le mariage du comte avec Agnès , sœur du duc, conclu et rompu sept ans auparavant, et qui fut enfin célébré le 17 septembre i4'-i5. Mais le comte n'en demeura pas moins attaché aux intérêts du roi et de la patrie. L'an 1428, dans le tems que les Anglais commençaient le siège d'Orléans , il rassembla la noblesse de ses terres, dont il forma un corps de trois mille hommes qu'il conduisit au roi. L'année suivante , au mois de février , apprenant à Bbjis que Fastol ,' capitaine anglais , était parti de Paris pour amener au siège d'Orléans une grande quantité de munitions de guerre et de
(i) Voyez l'artirle de Philippe le Bon, duc de Bourgogne , où l'on prouve que ce proverbe était déjà en usage en i4io. Il est bien plus probable, y est-il dit, que ce sobiiquet a été donné aux Bourguignon* à cause des salines du comté de Bourgogne. {No/e de V Éditeur. \
DES DUC? BE BOURBON." 3^y
bouclie , sous l'escorte de ivr.is mille hommes, il résolut d'interceplcr ce convoi. Danois, cju'il fit a\ertir de ce dessein , vint le joindre à Janvilic, avec une grosse troupe de cavalerie , ayant avec lui l'amiral de Culant , Boussac , la Hlre , Saintrailles , Graville et Verdussen. La rencontre du convoi se fit, le 16 février, à Rouvroi-Saint-Denis, cl les Français , parla témérité des subalternes, furent battus. C'est ce qu'on nomma /a journée des harengs.
Apres la levée du siège d'Orléans , le comte de Cleniiont accom[!agna le monarque à Reims, et assista à son sacre, où il représenta le duc de Normandie. L'an i4^4» Charles, devenu duc de Bourbon par la mort de son père , fait d inutiles tentatives pour recouvrer le comté de < lermont. Le roi d'Angleterre, lîenri VI, soi-disant roi de France , le déclara, par lettres du 24 août de cette année, déchu de ce comté, pour prétendu crime de lèze-majesté , et en transporta la propriété avec toutes ses dépendances et appartenances au fameux Jean Talbot. ( Bec. de Colbert , vol. 62 ,yo/. 3i3. ) Charles se brouille , la même aimée, avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne , dont il avait épousé la sœur , à cause de certaines conventions matrimoniales qu'il prétendait n'avoir pas été remplies. Résolu d'emporter de force ce qu'il ne peut obtenir de bon gré, il entre , les armes à la main, dans la Bourgogne, soumet plusieurs places , et pénètre jusqu'en Franche-Comté. Mais le duc de Bourgogne ayant appris à Bruxelles ces hostilités , envoya dans le Bourbonnais une armée qui obligea le duc de Bourbon à revenir sur ses pas ; elle l'assiégea dans Villefranche ; et, sur le refus qu'il fit d'accepter une bataille , elle se répandit dans le Bourbonnais qu'elle ravagea. Les comtes de Richemont et de JNevers s'etant alors entremis pour accommoder les parties, elles se rendirent à Nevers , où la querelle fut terminée dès le premier jour de l'entrevue. Le reste du séjour se passa en fêtes, ei y eut ^ dit Monstrelet , grant foison de mumeurs et farceurs. Mais au milieu de ces réjouissances , Charles et les deux comtes profitèreat de la bonne humeur du duc de Bourgogne pour le disposer à rendre la paix à la France, Ils y réussirent, et ébauchèrent ainsi ce grand ouvrage, qui fut consommé , le 21 septembre 1435 , aux célèbres conférences d'Arras, Le duc de Bourbon fit, à ces conférences, un personnage bien humiliant et en même tems bien généreux, en demandant , au nom du roi , pardon au duc de Bourgogne de l'assassinat de son père. Mais il ne soutint pas toujours ce caractère de fidélité envers Charles Vil. L'an i44o •, séduit par les insinuations de Georges de la Trémoille , ministre disgracié, le duc de Bourbon forme à la cour , et sous les yeux du roi , mais avec le plus grand secret , une conjuration dîans laquelle entrent le duc d'Alençon , i«
comte de Vendôme, le comte de Dunois , le bâtard de Bourbon , Antoine de Chabannes, les sires de Prie , de Chaumont , de Boucicaut , de la Roche , et d'autres seigneurs. On prétend ([ue le dessein des conjurés était non-seulement d'exclure de la faveur , des conseils et du commandement des armées , le connétable de Richemont et le comte du Maine, principal ministre, mais encore de réduire le roi dans une espèce de tutelle, et de s'emparer du gouvernement sous les auspices du dauphin. Ce qui est certain , c'est qu'ils entraînèrent dans leur parti ce jeune prince , qui se laissa enlever à Loches par le duc d' A lençon. Le roi poursuivit le dauphin et son ravisseur , de province en province , de ville en ville. Les terres du duc de Bourbon devinrent spécialement le théâtre de la guerre. La plupart de ses forteresses ouvrirent leurs portes aux royalistes ou furent emportées d'assaut. La célérité du monarque ne laissa bientôt plus aux rebelles que l'espoir de le fléchir, l.e comte d'iiu , frère ■utérin du duc de Bourbon, s'étant rendu médiateur, fit leur paix , à condition que le duc viendrait , avec le dauphin , implorer la clémence du roi. Ce fut à Cusset , en Auvergne, qu'ils vinrent trouver le roi. En l'abordant , ils mirent trois fois le genou en terre , et crièrent mercy trois fois, tieau cousin , dit le monarque au duc de Bourbon, il nous desplaîl de la faute que maintenant et aultrefois avez faite contre nostre majesté par cinq fois. (Il les lui rappela.) Ce ne fut points ajouta-t-il , pour Vhonneur et amour d'aucuns , lesquels nous ne voulons point nommer , nous oous eussions montré le desplaisir que vous nous avez faict ; si vous gardez doresnavant de ne plus y rencheoir. (Monstrelet, tom. Il, p. 168.) Les deux princes furent obligés, le lendemain , de demander encore pardon en plein conseil. La satisfaction que le monarque exigea du duc ne se borna pas à ces marques de soumission. Il lui en coûta, pour rentrer en grâce , ses châteaux de Loches , de Vincennes , de Corbell , et d'antres places qu'il avait achetées ou conquises pendant la dernière guerre. Cette peine était douce en comparaison du crime. Le bâtard de Bourbon , l'un des conjurés, n'en fut pas quitte à si bonne composition. Le roi voulut taire sur lui un exemple de sévérité , parce qu'il était le plus coupable de tous. C'était lui , en effet, qui avait le plus contribué à débaucher le dauphin, et qui avait commis les plus grandes violences. Suivi d'un parti de soldats déterminés, il avait porté la désolation en divers lieux , et laissé partout des traces funestes de son passage. Le roi , l'ayant donc fait arrêter, l'an i44i'> à Bar-su r- A u be , nomma des juges pour lui faire son procès. Le jugement qui intervint l'ayant condamné à être noyé , il fut mis dans un sac et jeté dans la rivière ; supplice ;>lors fort commun en France, et de là «st venu le proverbe qui dit, un homme de sac et de cordes^ pour
marquer un scélérat. Le duc de Bourbon , que cet exemple aurait dû retenir dans le devoir , oublia bientôt la grâce que le roi lui avait faite. Son attachement pour le duc d'Orléans l'engagea, l'an i44^ > dans une nouvelle conjuration formée par ce prince , sous prétexte de travailler à la réforme de l'état. Le roi, par sa sagesse, ayant dissipé cette ligue sans tirer l'épée, le duc de Bourl)on rentra promplement dans le devoir, {f^oyez Charles , duc d'Orléans Valois. ) Depuis ce tems, il vécut paisible , uniquement occupé du soin de ses vastes domaines. Il était rétabli pour lors dans le comté de Clermont. Ce prince mourut le 4 décembre i456 , et fut enterré au prieuré de Souvigni. D'Agnès de Bourgogne, son épouse, fille du ducJeansans-Peur , morte à Moulins, le premier décembre i47^> il eut Jean , qui suit ; Philippe , sire de Beaujeu , mort sans enfants ; Charles, pourvu de l'archevêché de Lyon en i44^ » ^ l'âge de de douze ans, légat d'Avignon en i4*35, cardinal en 1476, évèque de Clermont en i477> P'élat guerrier et débauché, dont îa devise était : ne peur n espoir , mort en 1488 ; Pierre , qui viendra ci-après ; Louis, évéque de Liège, dont la postérité subsiste encore de nos jours ( 1785) dans la maison de Bourbon- Busset ( Voy. Louis , éi'éque de Liège ) ; Jacques, chevalier de la Toison d'Or, mort le 2.2 mai 1468; Marie , qui épousa. Tan 14^7, Jean d'Anjou, duc de Calabre , et mourut en 1488; Isabelle , deuxième femme de Charles , duc de Bourgogne ; Catherine , mariée à Bruges , le 1 8 décembre 1 46.S , avec Adolphe d'Egmont, duc de Gueldre ; Jeanne , femme de Jean de Châlou , l". du nom, prince d'Orange; et Marguerite, femme de Philippe II , duc de Savoie. Le duc Charles 1 eut aussi des enfants naturels , dont le principal est Louis, auquel il légua la terre de Roussillon , en Dauphiné, que le roi Louis XI érigea en comté l'an i4*j5 , en considération du mariage d« Jeanne , sa bâtarde , avec Louis.