‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 206 sur 277 · ET SANCHE · texte numérisé non relu

ET SANCHE

1166. Douce, fille unique et héritière de Raymond-Bérenger 11, avait été promise, par son pore, à Raymond, fils de Raymond V , comte de Toulouse. Ce dernier, après la mort de Raymond -Bérenger, se saisit de la Provence; et, pour affermir davantage son usurpation, il épousa Richilde, mère de Douce. Alfoiise 11, roi d'Aragon, fils de Raymond Bérenger IV, comte de Barcelonne , et cousin . par conséquent de Douce, n'apprit pas ces nouvelles avec indifférence. L'an 1 167, il arrive à la tête d'une armée en Provence, d'où il chasse le comte de Toulouse , après avoir repris Arles, occupée par les seigneurs de Baux, que le toulousain avait mis dans ses intérêts. Alfonse, alors, se comporte, non comme protecteur de Douce, mais comme propriétaire de la Provence. L'an 1188, il donne ce comté dans le mois de décembre, à Raymoiso-Bérengeh III, son frère, pour le tenir de lui en commcnde ^ et à condition de le lui rendre lorsqu'il en serait requis. Il lui donne, aux mêmes conditions , la vicomte de Gévaudan. Douce , retirée chez Béatrix, son aïeule, y meurt, l'an 11 72, avec le titre de comtesse, dont elle n'avait fait nul exercice.

L'an ïi74i le roi d'Angleterre, Henri 11, convoque une cour plénière à Beaucaîre , dans la vue d'y négocier la paix entre le roi d'Aragon, comte de Provence, et le comte de Toulouse. Ni Tua ni l'autre , néanmoins, des deux monarques ne s'y trouvèrent. Mais il y vint une grande foule de seigneurs et de chevaliers de Provence , et d'autres provinces voisines, que le désir d'étaler leur magnificence et leur galanterie , y attira. Le comte de Toulouse y fit présent de cent raille sous ( 20400 livres d'aujourd'hui ) à Raymond d'Agout , seigneur provençal , qui les distribua aussitôt à dix mille chevaliers. Bertrand Raimbaud voulut signaler son opulence par un Irait plus singulier. Il fit labourer les environs du château de Beau-

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caire, et y fit semer ensuite jusqu'à trente mille sous en deniers. Guillaume Gros de Martel , qui avait trois cents chevaliers à sa suite , fit apprêter tous les mels dans sa cuisine, avec des flambeaux de cire. La comtesse d'Urgel y envoya une couronne esliince quarante mille sous. Raymond de Yenous , voulant enchérir sur tous les autres, termina la fête par un spectacle, qui ne servit qu'à prouver qu'il était le plus insensé de la troupe. Ayant fait amener trente de ses chevaux , il les fit Ijrûler devant toute l'assemblée. {^Gaufn'd. Vosi'en , pag. 02 1 et seq. ) l^'entrevue du roi d'Aragon et du comte de Toulouse se fit enfin le 18 avril 1176, dans l'ile de Gernica, qui fait présentement la partie basse de 'f arascon. Par le traité de paix qu'on y conclut d'après la décision de quatre arbitres , du nombre desquels étaient Guillaujue de Sabran et Raymond d'Agcut , le comte de Toulouse céda au roi d'Aragon , pour la somme de trois mille marcs d'argent, tous les droits qu'il prétendait, 1". sur le comté de Provence de la manière qu'il était échu à Jiaymond Bérenger, comte de Barcelonue; 2'*. sur les vicomtes deMilliaud, de Gévaudan et de Cariât. (Vaissète , tom. III, pag. 4''-) Alfonse, au mois de juin suivant, marche avec ses <\ciix frères à la tète d'une armée , pour venger sur la ville de îsice, la mort de Raymond-Bérenger le Jeune. Mais s'élant laissé fléchir par la soumission que les députés des habitants lui vinrent faire sur les bords du Var, au mois de juin, il leur pardonne moyennant une somme d'argent, et le serment de fidélité qu'ils lui prêtèrent. Frédéric, étant arrivé lui-même, l'an 1178, sur les lieux, confirma les droits d'Alfonse , et rétablit les siens propres , eu se faisant couronner roi de Provence , avec l'impératrice, sa femme, et Philippe, leur fils , le .^o juillet, dans la cathédrale d'Arles. Alfonse fait revivre, cette même année, l'inféodation du comté de Forcalquler, que Frédéric avait accordée à Raymond-Bérenger le Jeune, et force le comte Guillaume à lui en rendre hommage. La fin de Raymond- Bérenger 111 fut tragique. Ce prince et son frère, étant passés, l'an 1 180, en Languedoc, étaient occupés à y affermir et accroître leur autorité par la voie des armes. Plusieurs seigneurs a\alent déjà reconnu leur suzeraineté, lorsque Raymond Bérenger fut tué dans une embuscade , avec Gui de Sévérac, près de Montpellier, le 5 avril, jour de Pâques ii8i, par Aimar, fils de Sicard, seigneur de Melgueil. Alfonse, à cette nouvelle, va faire le siège de Melgueil , preml la place, rase le château, et passe au fil de l'épée tous les habitants qui ont le malheur de tomber entre ses mains. A Raymond-Bérenger III , le roi Alloiise substitua son frère Sanc-he dans le comté de Provence.

Alfonse le lui ayant retiré vers Tan x i85, pour le donnera soa fils, de même nom que son père, le tlédonmiagea par le don du comté de Ro>isslllon et de Ceidagne.

Roniface 11, baron de Castellane, ayant dans sa directe un très-grand nombre de fiefs, prétendait tenir sa terre en souveraineté. Soinmé par le roi Alfonse de lui rendre hommage , ou plutôt à son fils, il répondit que ses ancêtres avaient conquis sa baronnic sur les Sarrasins, et que les empereurs, en qualité de rois d'Arles , leur en avaient confirmé la possession , sans les assujettir à aucune autre dépendance , que de relever immédiatement d'eux. Alfonse, nullement satisfait de cette réponse, employa, pour la réfuter, la force des armes, contre laquelle les droits ne sont rien. Après une guerre fatale , Boniface fut obligé , l'an 1189, de faire hommage de toutes ses terres au comte de Provence. Les comtes de Forcalquier et les princes d'Orange eurent le même sort. Tous devinrent vassaux de celui qu'ils trailaient d'égal auparavant. {HisL lit. des Troub. , tom. Il , pag. 35)

Lp roi Alfonse mourut le 2S avril 1 196. {Voyez Alfonse II, loi d'Aragon)

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