‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 210 sur 277 · ROBERT · texte numérisé non relu

ROBERT

iSog, Robert^ duc de Calabre, troisième fils de Charles II' et i'aîné de ses frères , qui vivaient alors, succéda à son père dans tous ses états qu'il avait gouvernés avec lui. Etant arrivé en l^rovence , il fut couronné à Avignon par le pape Clément V, le 6 août (premier dimanche du mois), l'an i3og. Après avoir reçu les hommages des trois ordres et fait plusieurs règlements utiles au pays, il reprit la route d'Italie, partagée alors entre Ici deux factions des Guelfes et des Gibelins. Les premiers lui ayant fait déférer en 1017 la stigncurie de Gènes, il s'y vit presqu'aussitôt assiégé par les Gibelins. Le siège dura cinq ans, et ne fut levé que le 7 février lo^'x Ce fuient les galères du pape, combinées avec celles de Robert, qui obligèrent les Gibelins à se retirer, et mirent fin à une guerre (|ul coûta beaucoup de monde à la Provence. Ce pays était si dépeuplé , qu'en l'^iq, lorsque le sénéchal en assembla les milices pour aller faire le siège de Dolce-Aqua, en Piémont, la ville de Toulon n'avait plus d'hommes en état de porter les armes.

Robert eut une satisfaction bien rare, et pour mieux dire unique, parmi les princes, celle de voir un de ses frères canonisé. C'était le Bienheureux Louis, évèque de Toulouse, mort le 19 août 1297, et mis au. rang des saints par Jean XXII, dans le mois d'avril 1017. Etant en Provence, il assista, dans le mois de mai iSig, à la première fête qui fut célébrée en l'honneur de ce saint à Marseille. Son entrée dans cette ville fut très - solennelle. Il la fit accompagné de son épouse, de Sanche, roi d'Aragon, et de jMarie , femme de ce monarque. Ils marchèrent sous le même dais , ayant chacun à leur coté quatre gentilshommes de la ville , et devant eux un nombre prodigieux d'habitants, les uns à pied , les autres à cheval , et tous les corps de métier avec leurs bannières : on nomma cinquante demoiselles pour complimenter la reine de Naples et lui faire compagnie; et cinquante gentilshommes pour remplir les mêmes devoirs auprès du roi. Ils devaient, ainsi que les demoiselles, être servis à la table des princes. ( Nouo. hîsL de Proi'.y. l. m , p. i:i7. ) Robert, ayant fait venir en Provence , au com-

ftienccment d'octobre i3:iO, Marie, fîlle de Charles, comte de Valois, pour épouser le duc de Calabre, son fds , le seul qu'il eut alors, en partit le 2.2 du même mois pour retourner à Napies. La mort lui ravit , en li^ii'S, ce fds qui ne laissa que deux filles, dont Robert institua l'aînée, nommée Jeanne, son héritière. Robert perdit, Tan i339, la ville d'Asti, qui lui fut enlevée le 26 septembre, par le marquis de Montferrat. C'était la sauve-garde des autres terres qu'il possédait en Piémont, et peu s'en fallut qu'il ne fut entièiement chassé de ce pays. ( Voy. ies mtirqin's de Mont/errat.) Il mourut à Naples le iq. janvier 1343, universellement regretté de ses sujets. La Provence lui est redevable de plusieurs belles églises, et d'autres édifices publics. La ville de Toulon obtint de lui le droit de s'ériger ea commune , qui lui fut accordé par lettres du mois de juillet î3i4- Mais cette ville auparavant jouissait, au moins quant aux biens et aux personnes, de la même liberté qu'avaient les villes municipey aux X*^. et xi^. siècles; les citoyens y étaient distingués en nobles, en bourgeois et en roturiers, sans avoir néanmoins un conseil permanent. {Nouv. hisl. de ProQ, ^ t. III, p. 4S4. ) ( Voy. les rois de Naples. )

JEANNE

1343, Jeanne, fille aînée de Charles , duc de Calabre, fils du roi Robert, et de Marie, fille de Charles de Valois, succéda, l'an «343, à Pxobert , son aïeul, dans le comté de Piovence et dans le royaume de Naples. Veuve, en 1346, d'André, roi de Hongrifi, qu'elle fut accusée d'avoir fait étrangler, elle épousa, le 20 août i345, Louis d'Anjou, prince de Tare n te. L'année suivante, apprenant que Louis le Grand , roi do Hongrie, s'avançait à grandes journées pour venger la mort d'André, son frèi-e, elle s'embarqua de nuit à Naples avec une partie Je sa maison , le i5 janvier i348 , sur trois galères provenv^ales, et arriva le 2.0 à JSice. De là elle se rendit à Alx, où de Raux, prince d'Avellino , et plusieurs autres barons de Provence, vinrent la trouver. L'ayant emmenée au château avec ses principaux domestiques, ils l'y retinrent gardée à vue, sans pouvoir pa'ler à personne, qu'en présence des gardiens qu'ils lui donnèrent. Le motif de cette cotiduite était la crainte qu'avaient les Provençaux d'un échange de la Provence avec quelques terres en France. C'était en effet ce que faisait négocier le roi Philippe de Valois pour le duc de Normandie, son fils. Le pape, de son côté , avait des vues sur la ville d'Avignon, où 11 faisait sa résidence. Louis de Tarente, époux de la reine, Arrive eufm ea Provence j après avoir erré deux mois en Italie,

4i6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

et obtient la délivrance de sa femme par la médiation du pape Clément VI. Le i5 mars, Jeanne fait son entrée solennelle dans Avignon , et s'y justifie en plein consistoire, devant le pape, du meurtre de son premier époux. Le 12 ( et non le it)) juin de la même année 1848, pressée par les Napolitains de revenir, et se trouvant sans argent, elle vend au pape la ville et la seigneurie d'Avignon pour 80,000 florins d'or; vente qui fut ratifiée par son époux , et ensuite pai l'empereur Charles IV, dont on reconnaissait encore la souveraineté, à e.-use du royaume d'Arles. Des modernes n'ont pas craint d'avancer que le prix de cette vente, tout modique qu'il était , ne fut Jamais remboursé. Mais on a la preuve du contraire dans une quittance d'Acciaioli, secrétaire de la reine Jeanne, donnée au nom de sa maîtresse, la même année que la vente se fil, et conservée aux archives de Naples. (Aomc. hist. de Proi>.') Jeanne s'embarque ensuite avec des troupes à Marseille^ et arrive, dans le mois d'août , à Naples.

L'empereur Charles IV, en i3G5, étant venu voir le pape à Avignon, passe de là en Provence, et s'y fait couronner roi d'Arles dans Arles même, au mois de juin, par l'archevêque de cette ville, en présence du comte de Savoie et du duc de Bourbon , son beau-frère. C'est le dernier acte de souveraineté que les empereurs aient fait en Provence. Ce fut pendant les réjouissances qu'occasiona son couronnement, qu'on lui donna le spectacle de la fête des fous, imitation des saturnales, établies dans le paganisme parmi les Romains, et plus scandaleuse encore, puisqu'elle se célébrait dans nos temples mêmes. Là, des bouffons, travestis en chefs de la religion ft. en ministres des autels, profanaient les saints mystères en les contrefaisant, tandis que d'autres se livraient autour d'eux à toutes le indécences que l'imagination la plus grossière peut enfanter. Charles IV, ami de la décence, fut justement révolté de ces farces abominables, et employa l'autorité qu'il s'attribuait en Provence, pour les supprimer.

Les aliénations que la comtesse-reine avait été obligée de faire de ses domaines , soit pour réparer l'épuisement de ses finances, soit pour récompenser des services militaires, avaient lari, en lui procurant des faveurs momentanées, une des principales sources de ses revenus. La ville d'Aix, craignant de voir de pareils abus se renouveler, lui députe, l'an icibi, à Naples, Rostang de Vincent, pour lui faire à ce sujet des représentations. Elle en parut touchée, et promit de n'aliéner ni droits ni fonds, appartenants au domaine ; et dans le cas où il lui arriverait de détacher de sa juridiction quelques communautés pour les soumettre à un seigneur particulier , elle leur pcr-

DES COiFTES DE PROVENCE. 4-7

ïnettaît de désobéir et d'erapioycr même la forcé, s'il le fallait, pour se maiiitiuiir dans sa dépendance. (Août'. hîsL de Frov. ,

t. m, p. zi/i.)

L'eloignemeut des souverains est souvent préjudiciable à leurs étals. Tandis que la comtesse-reine est à Naples , deux princes médilenl presque en même teras la conquête de la Provence, le premier elail Jean de Gand , duc de Lancastre, second fils tl'Ldouard lll, roi d Angleterre Issu d'I.léonore, sa trisaïeule, femme de Henri III, il protendait, à ce tilre, avoir des droits Sur la Provence, et se disposait à venir à main armée les faire valoir sur les lieux. Mais la comtesse-reine ayant interposé la médiation du pape , obtint du roi d'Angleterre d'obliger soa fils à s'en rapporter Sur ses prétentions au jugement du saint siège, iu'aulre rival qui la menaçait, était Louis, duc d'Anjou, frère du roi tharlcs V, et gouverneur de Languedoc. Fondé uniquement sur la session qu'il sétait fait faire du royaume d'Arles, par l'empereur Charles IV, il envoya du Guescliq avec une armée composée de Fraa^ais, d'Espagnols et des troupes du comte d'\rmagnac, en Provence, ou il s'empara de Tarascon , le 4 mars i3bfi, par la trahison de quelques ha-^ bitants, et vint ensuite camper devant Arles; mais s;'s efforts furent vains contre celte place , dont les habitants l'obligèrent à repasser le Rhône, le i«=f. mai de la même année, après ua siège de ig jours. ( iYoui>. hisL de Proi'. , t. 111. p. 217 et 218.)

Jeanne, se voyant sans enfants, et voulant choisir elle-même son héritier, jeta les yeux sur Charles de Duras, 11^. du nom. Pour lui assurer sa succession, elle le maria, l'an i36c), à Marguerite, sa nièce, fille de Marie, sa sœur, et de Charles P^ , de Duras tué, l'an iSGcjidans Averse, par ordre de Louis, roi de Hongrie , pour venger la moit d'André , son frère , dont il le croyait coupable. Mais Louis prétendait lui-même devoir succédera Jeanne, par le droit de sa naissance, et lui intenta procès à ce sujet, l'an i^j^i â la cour d'Avignon. Il était petit-fils, en effet, de Chailes 11, roi de Naples, par Charles Alartel , son père, et soutenait qu'en cette qualité les états de Jeanne-, apri s sa mort, devaieat 1-ii revenir. Jeanne, apprenant que le roi de Hongrie avait mis dans ses intérêts Charles V, roi de France , se détermine à contracter un nouveau mariage, et donne sa main, l'an i^yfS, à Otton , fils aîné de Henri, duc de Brunswick , pour avoir un époux capable de la défendre contre ses ennemis Mais Charles de Duras prend ombrage de cette alliance, et en donne lui-même à Jeanne par son attachement pour le roi de Hongrie, dont il commandait les troupes contre les Vénitiens. Jeanne le déshérite ; et , pour gagner la X. 53

413 CnROlS^bLOGIE HîSTORiQtJÈ

protection de la France, elle inslitue son héritier univet'seîj'' par lettres d'adoption du 29 juin i38o, Louis, duc d'Anjou , irère du roi Charles V. Ce fut la cause de sa perte. Charles de Duras, furieux de ce changement, arrive dans le royaume de Naples; et, s'étant rendu maître de la capitale, après une victoire remportée sur les troupes de la reine ^ il oblige cette princesse à se remettre à sa discrétion. L'ayant en son pouvoir , il la fait étrangler , selon les uns, étouffer entre deux matelats suivant d'autres, le 2.2. mai i^da. {^Voyez Jeanne I, reine de JS aptes. )

LOUIS I

iBSa. Louis I , duc d'Anjou , second fds du roi Jean, adopté, comme on l'a dit, le 2g juin i38o, par Jeanne, reine de IXaples et comtesse de Pixivence, arrive, le 22 février i382, sur le soir à Avignon, où le pape Clément Vil le reçoit en consistoire aux llambeaux. Deux seigneurs napolitains se présentent à lui, pour le conjurer de venir au secours de lejr reine, sa bienfaitrice, assiégée dans le château de l'Œ.uf^ par Charles de Duras. Mais il répond qu'il faut qu'auparavant il s'assure de la fidélité des Provenc^'aux. Les dispositions de ce peuple n'é-« talent pas miariimes à son égard. Les évêques et les principaux seigneurs, Tétant venu trouver, se laissèrent gagner par les belles promesses qu'il leur fit, et consentirent à le reconnaître pour leur souverain. Il n'en fut pas de même de la plupart des villes. Mille choses leur donnaient de la défiance et les tenaient en suspens. La conquête que Louis fit de plusieurs châteaux, irrita les esprits loin de les subjuguer. Ce prince aurait consumé tons ses fonds et son tems dans ce pays, s'il n'avait pas tout abandonné pour aller se metlre en possession du royaume de Naples. Mais avant de partir, il crut devoir se concilier les princes voisins, capables de traverser ou de favoriser son entieprise. Dans celte vue, il traita avec Amédée YI , comte de Savoie, qui lui amena un corps de troupes moyennant la cession qu'il lui fit du Piémont ; il traita de mi^me avec Bernabo-Visconti, seigneur de Milan , dont il fiança la fille avec un de ses fils , sous la promesse que Bernabo fil de lui fournir deux mille lances, avec 200,000 florins d'or. Jusqu'alors , depuis son entrée en Provence, il n'avait porté que le titre de duc de Calabre. Clément VII, voulant qu'il entrât en Italie avec un titre plus imposant, le couronna, le .00 mai, roi de Sicile et de Jérusalem. Enfin il se mit en route le i3 juin suivant , à la tête d'une armée que les utks font monter à qua^

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Tante-cinq mille hommes, d'autres, plus judicieux, à quinze millr cavaliers et trois mille cinq cents arbalétriers. Il n'était plus temps d'aller délivrer la reine Jeanne. Elle avait éternise à mort le 22. mai précèdent , par Charles de Duras. La nouvelle <3e cet événement , que Louis n'apprit qu'après avoir passé les monts, ne servit pas à dissiper les pressentiments fâcheux qu'il avait du succès de son expédition, ils n'étaient que trop vrais. Après deux ans de guerre contre son rival , il mourut sans armée, sans argent, et absolument dénué de tout, à Bisélia ^ près de P>ari , la nuit du 20 au 21 septembre de l'an 1384. (Voy, les ducs d'Anjou et les rois de Naples. )

LOUIS IL

i384. Louis II , fils de Louis I» lui succéda à Tàge de huit ans, sous la tutelle et régence de Marie de Elois, sa mère. Charles de Duras conservait toujours un parti dans la Provence ; mais ce parti s'évanouit l'an 108G, et Louis fut universellement reconnu dans ce comté. Il faut néanmoins excepter les villes de Nice et de Barcelonnette, qui aimèrent mieux se mettre sous la protection de la Savoie , que d'obéir à un prince français. ( Ployez Amédée VII, comte de Sai?oie.) L'an i.H8y, la régente Marie conduit son fds à Avignon , où il est couronné 1& i^^ novembre , roi de Naples, par le pape Clément VIL Louise s'embarque à Marseille, le 20 juillet de l'année suivante, pour aller prendre possession de son royaume de Naples, envahi par Ladislas, fils de Charles de Duras. Mais une suite de revers^ qu'il devait imputer à son peu d'intelligence et de fermeté, l'obligea d'abandonner ce pays au bout de neuf ans. De retoiir ea Provence , avec les débris de son armée, au mois d'août iSqq, il y trouva un ennemi à réduire dans la personne de Uaymond- Louis , vicomte de Turenne , qui depuis plus de dix ans ne cessait de désoler ce pays. C'était l'esprit de vengeance qui animait ce seigneur, que Louis I avait dépouillé des terres dit domaine, dont la reine Jeanne l'avait gratifié. Les ravages que le vicomte fit en Provence ne finirent, malgré les différentes, négociations qu'on entama avec lui, que par sa mort. Elle fut tragique, suivant l'opinion commune. En traversant le Ilhône,. U se noya, dit-on, devant Tarascon, vers l'an i4oo ; mais il est, certain qu'il vivait encore en 1417- (V. les vicomtes de Tureimc.'). Louis , dès l'an 1890 , ou plutôt sa mère pour lui ^ avait arrêté son mariage avec Yolande , fille de Jean I , roi d'Âragou ; c'était dans l'espérance d'engager la maison d'Aragon, mail res.se alors de la Sicile , et l'ennemie naturelle de Ladislas , k tival^

de Louis , à prêter le secours de ses armes à celui-ci , pom" s'^errvparer du royaume deJNaples. Mais ce mariage, différé pour des causes que Ton ignore, ne s'accomplit que le 2 décembre i^oo, cinq ans après la mort du roi, père de la princesse. Ce fut le cariîinal de Brancas qui bénit If^s deux époux dans l'église d'Arles. Après les longues et excessives réjouissances qu'occasionna cette alliance, ils partirent, le i5 février i4oi , avec la reine Marie et Charles du Maine, prince de Tarente , pour se rendre à la cour de l'rance. Elle venait de se soustraire à l'obédience de Benoît Xill , sur le refus qu'il faisait de donner sa démission. Louis cl sa mère suivirent cet exemple. Mais à leur retour, ils rentrèrent sous l'obédience de ce pape, à la demande des trois ordres de l'état, le 3i août 1^0:1. La reine Marie fit un dernier voyage à Paris avec ses enfants, et de- là, s'étant rendue à Angers , elle y mourut le 2 juin i4'>47 seize jours après Charles du Maine, son lils puîné. Elle laissa un trésor en espèces de deux cent mille écus, qui reviennent à deux millions six cent douze mille livres de notre monnaie-, «somme exorbitante, dit le » nouvel historien de Provence, qu'on ne pouvait amasser dans i) de petits étals sans injustice, et enle\er à la circulation sans, » inhumanité ».

Louis n'avait point perdu de vue \e royaume de Naples , et diverses puissances d'Italie l'invitaient , avec promesse de leur secours, à passer de nouveau les monts, pour arrêter les projets ambitieux de Ladislas, qui les tenaient en alarmes. S'elant rendu à leurs sollicitations, ii partit du port de Marseille au eomrrcncemeiit d'avril i4o9i avec cinq galères, montées par cinq cents lances; et, ayant abordé à Livourne, il vint trouver dans cette ville le pape Alexandre V, qui voyait avec douleur la ville de Rome, et plusieurs places dépendantes du saint-siége, entre les mains de Ladislas. Assuré du zèle du pontife, il va joindre à Sienne l'armée des alliés commandée par Malatesta et le fameux Balthazar Cassa, légat de Bologne; deux hommes plus, versés que lui dans l'art de la guerre et de la politique. Soutenu de leurs talents et de leur courage , il traverse rapidement la Toscane, reprend les places usurpées sur les Florentins et sur le saint-siége par Ladislas, et arrive devant Rome, dont il soumet nue partie; puis, laissant Tannegui du Châtel pour continuer le siège, il retourne en Provence pour lever des troupes et de l'argent. De sept galères qu'il en ramène , chargées de huit mille hommes , il en perd six , le 16 mai i 4 ' o , dans un combat qui lui est livré par quinze bâtiments, tant napolitains que génois ; et la septième , sur laquelle il était , se sauve, comme par miracle, dans un port d'italie , d'au il repasse en Provence,

DES COMTES DE PROVENCE. 4^t

Borne le revolt dans la semaine-sainte de l'an i4ir, avecBallhazar Cossa, devenu pape sous le nom de Jean XXHl. Il en part, le 28 avril, à la tête de douze mille chevaux, d'une nombreuse infanterie, et accompagné d'un grand nombre de seigneurs qui partageaient avec lui le commandement. Arrivé sur les bords du Garillan , il remporte, le 19 mai, une victoire complète sur Ladislas. Mais la perfidie des généraux italiens , et son indolence, lui font perdre le fruit de cette journée. Ayant donné, par sa lenteur, le tems à son ennemi de se relever d'une si grande perte, il trouve tous les passages du royaume de Naples fermés, voit ses troupes déserter faute de vivres, et se détermine à reprendre, le 3 août i4i 1 1 la route de Provence, abandonnant ses partisans à la vengeance de Ladislas.

La mort ayant enlevé Ladislas , le 6 ou le 8 août i4i4 > sans qu'il laissât de postérité, Louis, sollité par le pape Jean XXIII, se prépare en diligence à faire une nouvelle tentative pour la conquête du royaume de Naples. S'étant concerté avec la cour de France , il fait partir un corps de troupes pour l'Italie , sous le commandement du maréchal de Loigni. Il se disposait à le suivre ; mais une dangereuse maladie qui lui survint , l'obligea de suspendre l'exécution de ses desseins. Revenu en santé, il établit en Provence, le i5 août i4i5, un parlement composé de six conseillers, d'un avocat et d'un procureur-fiscal. L'année suivante fut mémorable par une peste, qui emporta les deux tiers des habitants de Provence. Louis, apprenant que les Anglais menaçaient le Maine et l'Anjou, partit de la cour de France , où il était , pour veiller à la défense de ses états. Il était à Angers lorsqu'une nouvelle maladie l'emporta le 2g avril 1417. De son mariage, il laissa trois fils et autant de filles. Les fils sont Louis, hené, qui suivent, et Charles, comte du Maine : les filles, Marie, femme de Charles VII , roi de France; Yolande, mariée à François I, duc de Bretagne; et N. , qui épousa le comte de Genève , suivant une Charte de Louis 111. (^Noiw. fiisi. de ProDenre.) Quelques manuscrits lui donnent un fils naturel nommé Louis, seigneur de Mézières. (Voyez /« rois de Naples et les ducs d'Aiijuu. )

LOUIS III

i4>7. Louis III , fils aîné de Louis II , lui succéda a Tâge de douze ans (et non de quatorze), sous la tutelle et régence d'Yolande, sa mère. La Provence, depuis que le comté de ISice s'était donné à la Savoie, était en état de guerre avec cette puissance. Yolande, et son fils, par traité, du 5 octobre i4'9î

abandonnèrent ce comté au duc de Savoie , qui , de son côté,' leur fit remise d'une somme de 164 mille francs d'or, ou de 2 millions 54 mille livres, qui lui était duc pour les dépenses que son aïeul , Amédée VI , avait faites lorsqu'il mena des troupes à Louis I dans le royaume de Naples. Louis III pensait dèslors, lui-même, à la conquête de ce royaume, sans être effrayé des malheurs que sa maison y avait éprouvés. Bientôt après, il y fut efficacement animé par le pape Martin V, et par plusieurs barons mécontents de la reine Jeanne IL Tandis que, pour ré-

fioadre à leurs instances, il fait des levées d'hommes dans toute a Provence, il engage Jacques Sforce, soldat de fortune, à prendre les devants avec le corps de troupes qu'il commandait. Il ne tarda pas à l'aller joindre; et, s'étant embarqué sur une flttte de treize bâtiments, il arrive, le i5 août 14^0 , dans le eolfe de Naples. Tout le fruit qu'il remporta de cette expédition, fut , au milieu d'une alternative , souvent répétée de bons et de mauvais succès, d'être déclaré par Jeanne duc de Caîabre , et reconnu , à certaines conditions, pour son héritier présomptif à, la place d'Alfonse, roi d'Aragon , qu'elle avait adopté d'abord,, et ensuite rejeté. Ce dernier, pendant l'absence de Louis, exerça sa vengeance sur Marseille, (|u'il surprit, le c) novembre 142^ » au moment qu'on s'y attendait le moins. La ville , après avoir fuit d'abord une résistance égale à la vivacité de l'attaque, succomba aux efforts de l'ennemi, qui, non content de la piller et. d'y commettre toutes les horreurs que la brutalité du soldat victorieux se permet, la livra aux flammes en partant. Les MarseiK lais, que le sac de leur patrie avait dispersés pour la plupart , setant réunis après la retraite des Aragonals , travaillèrent à en réparer les ruines, et réussirent, en peu de tems, à la remettre en état de défense.

On ignore l'année du retour de Louis, en-deçà des monts; mais on sait qu'il était , en i4-9i à la cour du roi Charles VII, son beau-frère. Il repassa , l'année suivante, dans son duché de Calabre; et, toujours balancé par la boime et la mauvaise fortune, il coiuracta, en faisant la guerre au prince de Tarente , une maladie, dont il mourut à Cosencé, capitale de son duciié^ le :24 novembre i4''j4 1 dans la vingt-huitième année de son £ge. Il avait épousé, le 3i août i4 'i ■, Marguerite, fdle d'Amédée VIII, duc de Savoie, dont il ne laissa point d'enfants. Cette princesse se remaria depuis avec Ulric , comte de Wurtemberg. (Voyez /es rois de Naples et les ducs d'Anjou.) Louis \\\ augmenta ses domaines de Provence par la réunion qu'il y fit de la baronnie de Baux et de ses dé[)endance3, après la mort d'Alix, de Baux, malgré les réclamations de Louis, de Châlons j^ prince d'Orange, à qui ces terres étaient substituées.

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Par son testament , fait le jour de sa mort, Louis lîl déclara Son héritier au royaume de Naples, et à ses autres états, René , Son frère, qui suit, et légua à Charles, frère puîné de Louis, \(i comté (lu Maine, avec les terres données en douaire à la reine Yolande, leur mère.

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