RENÉ, DIT LE BON
" 1434. René, dont la naissance est de l'an i4o8, duc de Lorraine et de Bar, frère de Louis III, lui succéda au comté de Provence ainsi qu'au duché d'Anjou. L'année suivante , il devint roi <le iSaplcs par le testament de la reine Jaune II, fait le 2g février, neuf jours avant sa mort. Il était alors, à Dijon , prisonnier du duc de Bourgogne, partisan du comte de Vaudemont, compétiteur de René pour le duché de Lorraine. Ce fut entre ses mains, chargées de fers, que remirent le sceptre les ambassadeurs qui lui furent envoyés de Naples. N'étant pas en état de payer sa rançon pour les suiatc , il nomma Isabelle, son épouse, lieulenante-générale de tous ces états. Elle part avec son fds Louis; et s'étant embarquée à Marseille , elle arrive à Gaëte dans le mois de septembre i4^'>5. Remis en liberté l'an i436, René se rend en Provence , où il obtient des secours pour son expédition de Naples , et va joindre sa femme en ce pays. Mais ut» enchaînement de revers, occasionés pendant cinq ans par l'inconstance des Italiens , et surtout par la trahison du connétable Caldora , l'obligea, l'an 1442, de reprendre la route de France,' où il arriva dans un état fort délabré. S'étant rendu l'année sfiivanle à la cour du roi Charles VII , il se porta pour médiateur entre ce prince et Henri VI , roi d'Angleterre. Ce ne fut pas en vain. Les ayant fait d'abord consentir à une trêve , il travailla ensuite à terminer, par une paix durable , la guerre qui divisait ces deux grandes monarchies. Dans le cours de ces négociations, il n'oublia pas ses propres intérêts, et réussit à conclure le mariage de Marguerite, sa fille, avec le roi d'Angleterre : alliance à la faveur de laquelle il rentra en possession de la ville du Mans et des autres places, que les Anglais avaient usurpées surlui.
Les traverses que René avait éprouvées daos le royaume de Naples, ne lui avaient pas fait perdre la réputation de grand homme de guerre. Ce fut l'opinion que les Florentins avaient de ses talents militaires, qui les détermina, comme le demandait le roi Charles Vil, à le mettre à leur tête dans la guerre dont les menaçaient les Vénitiens et Alfonse , compétiteur de René. Celui-ci étant parti, l'an i453, pour se rendre en Toscane,
trouva les Florentins et leurs alliés dans les meilleures disposî-^ lions. Mais la conduite licencieuse des troupes françaises (ju'il avait amenées avec lui, refroidit bientôt le zèle des Italiens à son égard. S'en étant aperçu , il reprit le chemin d^s Alpes , après avoir promis à ses alliés de leur envoyer le duc de Calabre et de Lorraine , son fils, pour tenir sa place. Mais les affaires avaient changé de face à l'arrivée du duc. L'an 1459, il pjsse dans le royaume de Naples par ordre de son père, que plusieurs Larons napolitains avaient appelé pour l'opposer à Ferdinand. Le duc s'était embarqué avec douze galères, auxquelles les Génois, dont il était gouverneur pour la France , en avaient joint dix autres. Une grande bataille qu'il gagna complètement le 7 juillet i46o , l'aurait mis en possession du royaume de Naples , s'il eût poursuivi sans relâche son ennemi , qu'un si rude échec avait terrassé. Mais, lui ayant donné le loisir de se reconnaître , il perdit, par son inaction , le fruit de sa victoire. Les Génois s'étant révoltés, l'an i4^i 1 pendant son absence, le roi, son père , se transporte dans l'état de Gênes avec sept galères chargées de troupes, que six mille hommes envoyés de France vinrent renforcer après le débarquement. «Les Français, dit Mura- » tori, ne surent pas mettre le tems à profit; car ils auraient pu,, j> en faisant diligence, entrer sans résistance dans Gênes». Mais arrivés trop tard, ils furent obligés d'en faire le siège. Il y eut divers assauts que les Génois soutinrent avec valeur. On en vint enfin , le 17 juillet, à une bataille, où U victoire était prête à se déclarer pour les Français, lorsque l'archevêque de Gênes fit tout-à-coup signe qu'il arrivait un secours de Milan. A cettç nouvelle, qui était fausse, les Génois s'écrient aussitôt : Vù'e Sforce ! vive le Duc! Les Français , croyant avoir à dos les Milanais, prennent la fuite, et sont poursuivis par les Génois qui en font un grand carnage. René, après ce revers , se rembarque, et renonce à toute expédition militaire. Rien ne put, dans la suite, le faire départir de celte résolution. Du chef d'Yolande, sa mère , il avait des prétentions bien fondées sur le royaume d'Aragon. Les Catalans, révoltés, l'ayant appelé, l'an i4<>5 , à cette couronne , il céda ses droits à Jean, duc de Calabre et de Lorraine, son fils. Le duc passe, l'an i^^ij , en Catalogne, avec une armée composée de Lorrains, de Français et de Provençaux. Trois campagnes consécutives lui soumettent presc^ne entièrement cette province. Mais il meurt , le iG décembrç 1470, au milieu de ses conquêtes. De deux fils qu'il avait eus de son mariage, Jean, l'aîné, l'avait précédé, ou le suivit de très-près au tombeau ; Nicolas, le second, lui succéda aux dufhés de Calabre «t de Lorraine, René, cependant, cultivait p^i-
iihlement los sciences et les beaux arls, sans négliger le soin des peuples qui lui étaient confiés. Il étudiait les mathématiques, s'occupait de l'astronomie, et donnait un peu, suivant le goût de son siècle, dans l'astrologie judiciaire. Mais c'était à manier le pinceau qu'il employait surtout ses moments de loisir. Ort montre encore des ouvrages de sa façon en miniature, en tableaux et en figures peintes sur le verre. Pour avoir des modèles , il achetait les tableaux les plus renommés, et préferait ceux qui amusaient le plus par leur bizarre singularité. H peignait une perdrix lorsqu'on lui annonça la perte du royaume de Naples. 11 reçut avec fermeté cette nouvelle , sans discontinuer son travail, il était versé dans la connaissance de l'Ecriture-Sainte et la théologie. Mais trop amateur de parades, il paya tribut à la superstition de son siècle, en introduisant ou permettant d'introduire dans le culte public des scènes indécentes , qui en dégradaient la majesté. On se souvient de ces fameuses processions établies en Provence de son tems, où les diables et les anges, les saints et les damnés faisaient chacun leur personnage avec le costume qu'on leur croyait propre. Le goût de René , pour là vie pastorale, ne méritait pas le même blâme, quoique peu convenable , peut-être, dans un souverain. Ce prliice et la reine, son épouse , ne dédaignaient pas de prendre l'accoutrement dé berger et de bergère, et de mener paître eux-mêmes leurs troupeaux. C'est le poè'te Georges Cnâtelain qui l'atteste dans sa Chronique en vers :
J'ay un roi de Sicile '
Vu devenir berger ,
Et sa femme gentille
Faire même métier ;
Portant la panetière
Et houlette et chapeau ,
Logeant sur la fougère
Auprès de son troupeau.
René coulait des jours tranquilles, lorsque la mort lui enleva, le 24 mal 147^7 le duc Nicolas, son petit-fils, dernier rejeton de sa postérité masculine , dans le tems qu'on se disposait à le marier. N'ayant plus alors, pour héritiers naturels, que René II, duc de Lorraine, son petit-fils par Yolande, s» fille, et Charles II, comte du Maine, fils de Charles], son frère, il crut devoir faire un testament pour prévenir les trou-
bles que la succession à ses étals pourrait occasioner. C'est ce qu'il cxécula , le 22 juillet 1474 ■> à Marseille. Par cet acte, il nomma Charles , son héritier universel , donna le duché de Bar à René, son petit-lils, et le marquisat de Pont-à-Mousson à Jean d'Anjou, son fils naturel, avec les villes de Saint-Kerai eï de Saint-Cannat. Yolande, sa fille aînée , mère de hené II , et Marguerite , sa cadette , eurent chacune la somme de mille ëcus d'or ( i3o6o liv. ) Mais Louis XI , roi de France , étant aussi neveu , du roi P^ené , par Marie , sa mère , se plaignit hautement, comme d'une injustice criante, d'avoir été oublié dans ce testament , auquel il devait avoir, disail-il, la meilleure part. En conséquence il fit mettre, sous sa main, les duchés de Bar et d'Anjou. La Provence, de plus, devait, selon lui, être reunie à la couronne de France, après la mort du roi, son oncle. Ce qui indisposait le plus contre ce prince le monarque français , c'étaient les liaisons qu'il avait avec le duc Je Bourgogne, qui s'était même flatté d'être son héritier pour la Provence et l'Anjou. Mais, après avoir menacé de le traduire au parlement, Louis se ladoucit, et nomma des ambassadeurs pour aller traiter amiablement avec lui. H se rendit lui-même, peu de tems après, à Lyon, où René, l'étant venu trouver, obtint main-levée de la saisie de ses duchés, avec une pension de soixante mille livres. Etant revenu satisfait en Provence, il y passa sans inquélude le reste de sa vie , adoré de son peuple au milieu duquel il vivait comme un père au sein de sa famille; ce cjui lui mérita le surnom de Bon. H mourut, le 10 juillet 1480, à Aix, d'où son corps fui transporté à Angers. Il avait épousé, i*^. , le ^4 octobre 1420 , ISALELi.E , fille aînée de Charles H , duc de Lorraine, morte le 2^ février i452 ; a.". , le .3 septembre 1454? Jeanne DE Lavai,, fille de Gui Xlll, com.te de Laval, décédée sans enfants, l'an i458. Du premier lit il eut quatre fils, qui le dévancèient au tombeau, savoir; Jean, duc de Calabre et de Lorraine ; Nicolas, successeur de Jean ; Charles, comte de Guise, et René. ïl eut, de plus, tnus filles, Elisabeth, inoi;te en bas âge; Yobndc , mariée à Ferri II de Lorraine, comte de Vaudeixioni , à qui elle porta les droits de sa maison sur le royaume de Naples et sur la Provence , et Marguerite , femme de Henri VI, roi d'Angleterre. René, quoique zélé po«rles pratiques de la religion, ne fut point un modèle de la fidélité conjugale. On lui connaît trois enfants naturels, un fils, nommé Jean , dont on vient de parler , et deux filles, dont la iseconde , nommée jMargueritc, épousa Bertiand de Beauvau. il.,a bibliothèque du roi conserve trois ouvrages manuscrits du roi René, dont un a pour titre, l'Abusé de la Cour y ai été
DFS COMTES T>E PROVENCÏ!. ^IJ
imprimé. (^Voy. René I, parmi les rois de Naples , parmi les ducs de Lorraine et parmi ceux d'Anjou.)