ABBON
L'an 778, Abeon fut le comte que nomma Charlemagne à Poitiers. (Bouquet, tom. VI, pag. 66 et 129.) C'est tout ce qu'on sait de lui: quoiqu'il n'y ait pas à douter qu'il ne fût de race noble , la descendance que quelques-uns lui ont prêtée n'en est pas moins une fable, ainsi que les hauts faits qu'ils racontent de lui.
RICUIN ET BERNARD I".
Ricum et Bernard furent en meme-tems comtes de Poitou; Le premier fut chargé, l'an 81 4, avec Norbert, évêque dé Reggio en Italie, d'accompagner à leur retour les ambassadeurs grecs qui étaient venus a Aix-la Chapelle pour renouveler l'alliance des deux empires. (Bouquet, tom. VI . pag. 174. ) Ricuin, l'an 662^ s'etanl tiouve au palais de Ladrie en Limosin, où l'empereur Louis le Débonnaire tenait alors sa cour, s'opposa, mais en vain, à la demande que saint Convoyon y suivant son historieri, y était venu faire du lieu de Redon en Bretagne pour y bâtir un monastère. C'est l'époque la plus récente que nous connaissions de l'existence de Ricuin.
A l'égard de Bernard , son collègue, il était fils d'Adelelme, frère, comme D. Vaissète le conjecture, de saint Guillaume de Gellone. Besli {Hist. de Poitou^ p. 17^) a fait imprimer, mais d'une manière peu correcte, la notice d'un plaid tenu à Poitiers par Godilus, lieutenant du comte Bernard, où deux serfs furent convaincus d'avoir fait fabriquer de iausses lettres d'affranchissement. La date, qui est à la fin de l'acte, porte la deuxième année du règne de Louis, ce que D. Mabillon {Aun. heu. , tom. II , p. 532) rapporte à l'an 782, qui était la deuxième année du règne de ce prince en Aquitaine. Mais dans le corps de la pièce , dont nous avons eu sous les yeux une copie fidèle, il est dit que le plaid qui en fait l'objet se tint un mercredi Xll des calendes de juillet (20 juin ) , ce qui, combiné avec la deuxième année du règne de Louis le Débonnaire, ne convient qu'à l'an 8i5, qui était le deuxième de
"bES COMTES DE POITIERS, etC ftp
son empire. Nous trouvons une deuxième époque du gouvernement de Bernard dans un diplôme du même empereur et de son fils Pépin, roi d'Aquitaine, par lequel ils confirment la donation que le comte Bernard avait faite au monastère de Saint-Maixent d'un domaine qu'il possédait en bénéfice dans le Poitou. L'acte est daté de la douzième année de l'empire du premier et du règne du second, le xi des calendes de janvier, ce qui revient au 22 décembre 826. {Cartiil. de S. Maîxenf y fol. 82. ) Il n'y a donc plus lieu de douter, quoique D. Vaissète le nie, que Bernard ait été comte de Poitou dans le même tems que Ricuin: et peut-être l'étaient-ils cbacun dans un district particulier ; car ce qu'on appelait alors Poitou s'étendait beaucoup plus loin que la province ijui porte aujourd'huit ce nom.
LE MÊME BERNARD et EMENON.
Bernard survécut à Ricuin , et eut pour nouveau collègue EmÉNON ou Iminon , son frère, l'an 838 au plus tard. le roi Pépin étant mort cette année , les deux frères se mirent à la tête de ceux qui voulaient lui donner pour successeur son fils Pépin, sans attendre la volonté de l'empereur. Ce parti fut bientôt dissipé par l'arrivée de Louis le Dt-bonnaire , nui célébra, l'an ^^9, les fêtes de Noël à Poitiers, et fit proclamer son fils Charles roi d'Aquitaine. Eménon , dépouillé de ses dignités , se retira auprès de Turpion , son frère , comte d'Angoulérae, auquel il succéda l'an 863. Bernard, son autre frère trouva un asile chez Rainald , comte d'Herbauges en bas Poitou, et fut tué avec lui, l'an 844, en combattant contre Lambert, comte de Nantes. Ce Bernard avait épousé Bilichilde fille de Roricon , comte du Maine, qui le fit père de Bernard II marquis de Septimanie et comte de Poitiers. ( Vaissète ) Eménon mourut le 22 juin de l'an 866 des blessures qu'il reçut à la bataille qu'il avait livrée à I.andri, comte de Saintes, le 14 précédent. D'une fille de Robert le Fort, selon D. Bouquet, il eut Adémar qui viendra ci-après, Amand , duc de Gascogne et Adelelme, que Ménage conjecture avoir été père de Berlal l^"". seigneur de Montreuil.
RAINULFE I". , PREMIER DUC d'Aquitaine
889. Rainulfe I"., ou Ramnulfe , fils de Gérard, comte d'Auvergne, fut substitué, l'an 889, suivant le témoignagne d'Adémar de Chabannais , à Emenon dans le comté de Poitiers. L'an 845, il acquit le titre de duc d'Aquitaine par le traite que Charles le Chauve conclut cette année avec Pépin ; traité par X. la.
gô" CHRONOLOGIE HISTORIQUE
lequel ce dernier recouvra le royaunie d'Aquitaine à la réserve du Poitou, de la Saintonge et de l'Angoumois , qui demeuré* ront au roi de France. L'Aquitaine alors fut divisée en deux duchés, ou gouvernements-généraux, celui de Toulouse et celui de Poitiers. Cette division Fut stable , et subsista , même depuis que Charles le Chauve eut réuni toute l'Aquitaine souà SCS loix. L'an 862, Rainulfe et Rainon, son parent , comte d'Herbauges, livrèrent bataille , le 4 novembre , aux Normands, dans le bourg de Brillac , où ces derniers furent battus. Kainulfe , fidèle à Charles le Chauve , arrêta , l'an 865 , le jeune Pépin , qui s'était sauvé de sa prison de Saint-Médard de Sois-sons , et le remit entre les mains de Charles le Chauve , qui le fit renfermer à Senlis. L'an 867 , Robert le Fort , duc de France , et Rainulfe , ayant voulu forcer un parti de Normands , qui s'élait réfugié dans une église , le premier tombe sous les coups de Tenneml à la porte même de l'église , le second , donnant ses ordres pour continuer l'attaqije, est frappé d'un trait décoché d'une des fenêtres de l'église, et meurt trois jourîs après de sa blessure. Rainulfe laissa deux fils , qui , suivant l'annaliste de saint Berlin, furent privés de la succession aux dignités de leur père. Rainulfe fut abbé séculier de Saint- Hllaire de Poitiers, et transmit ce titre aux comtes, ses suc-» cesseurs.