BERNARD IL
867. Bernard, marquis de Gothle , ou de Septim^anie, fils de Bernard 1"., frère d'JEménon , et petit-fils, par Bilichilde , sa mère , de Roricon , comte du Maine, différent par conséquent de Bernard, père de Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, quoi qu'en dise Besll, succéda à Rainulfe I*^'., dans le comté de Poitiers. ( Vaissète.) La conduite violente et tyrannique qu'il tenait dans son département le fit excommunier en 878 par le concile de Troyes ; il fut ensuite dépouillé de ses dignités , et proscrit par le roi Louis le Bègue. Ce prince apprenant qu'il s'était relire dans le comté d'Autun , envoya des troupes pour l'en chasser. Bernard , après la mort de Louis le Bègue, obtint de Boson, qui s'était fait roi de Provence, le comté de Màcon. Les rois Louis et Carloman étant venus presque aussitôt l'y assiéger, le prirent sur la fin de 879, et vraisemblablement le firent mourir. Du moins l'hisloire ne parle plus de lui depuis ce tems-là. Bernard laissa trois fils, Rainulfe, qui suit, Ebles, abbé de Sainl-Hllalre, de Saint-Denis et de Saint- Germain-des-Prés, et Gauzbert. Ce dernier, suivant l'usage où les enfants mâles de la maison de Poitiers étaient de prendre la qualité de leur père, se donne celle de
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comte dans une charte du mois d'avril 878, par Isquollo il fait donnation de certains fonds situés en Saintonge à régllse de Saint-Hilaire de Poitiers. ( Cartul. de Saint-Hiluire. ) ( Voy. Bernard II , marquis de Gothie , et Bernard , comte de Bourges. )
RAINULFE II, COMTE de Poitiers et duc d'Aquitaine.
880, Rainulfe II succéda ( Ton ne sait comment ) dans le comté de Poitiers, à Pjernard, son père. Il eut enmème-tems, ou peu après, l'abbaye de Saint-Hilaire. Eudes ayant été élevé , Tan 887 , sur le trône de France, Piainulfe lui refusa Tobéissance, usurpa l'autorité souveraine dans son gouvernement , et se fit mémo proclamer roi d'Aquitaine , suivant Herman le Contracl; Jiudes le déposa par vengeance , et nomma Robert , son frère , pour le remplacer. Rainulfe , de son côté , fit une ligue avec Gauzbort , son frère, Ebles, abbé séculier de Saint-Germaindcs-Prés, son parent, Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, cl i\olion, chef des Normands, pour se maintenir, (.ette confédéralion attira Eudes, l'an 892, en Aquitaine. Il y fit quelques progrès: mais la nouvelle du couronnement deCharles le Simple l'obligea de reto\n'ner en France. En passant à Poitiers , il fit la paix avec Rainulfe , et lui persuada de le suivre. Mais la conduite équivoque que celui-ci tint sur la roule, jeta des soupçons si violents dans l'esprit du roi , qu'il le fit empoisonner. Après sa mort , Eudes rf)nféra le duché d'Aquitaine à Guillaume le Pieux , comte d'Auvergne, qui fut le premier duc d'Aquitaine de son nom; Guillaume le Jeune , son successeur, fut le deuxième. Rainulfe ne laissa qu'un fds naturel , Ebles , dont il confia l'éducation à Salnt-Géraud d'Aurillac , et qui, dans la suite, obtint le comlé de Poitiers. On ne sait sur quoi est fondé l'historien moderne de la liochelle, qui lui donne pour second fiis Arnold, que son frère Ehlcs ^ dit-il, duc d'Jcjuitaiiie et comte de Poitou , fit vicomte de Thouars.
ADÉMAR ou AYMAR , comte de Poitiers.
89.3. Adémar, ou Aymar, fils d'Eménon, déposé l'an 889, et non pas, comme M. le duc d'Epernon le prétend, fils de Nébelongll, descendant de Childcbrand , s'empara du comté de Poitiers après la mort de Rainulfe II, et s'y maintint contre. Robert, frère du roi Eudes, que ce prince y avait nomme. ( r>ou(piet, tom. Vlil , p. i5. ) Il embrassa d'abord le parti du roi Charles le Simple; mais il l'abandonna ensuite pour se réconcilier avec Eudes. Les historiens sautent ses exploits mlli-
f)2 CHROKOLOGIE HISTORIÇUE
laires, ainsi que ceux d'Adelelme, son frère , sans entrer dans aucun détail. Il fut néanmoins obligé , l'an goa , de céder le comté de Poitieis à Ebles, fils naturel de Rainulfe II. Ademar survécut à cette «lisgrâce jusqu'au 29 mars 9^0 , suivant la leçorr vulgaire de la chronique d'Angoulème. Mais au lieu de gSo il faut lire 112^', attendu (|ue la même chronique , et celle d' Ademar de Chahan.iais , mettent sa mort dix ans après celle d'Aï— duln , comte d'Angoul»me, arrivée l'an 916. Il avait épousé Sancie , fille de Guillaume !<'''. , comte de Périgord , dont il ne laissa point de postérité. Sur la fin de leurs jours , ils firent l'un er l'autre beaucoup de bien aux abbayes de Saint-Jean— d'Angeli , de Saint-Cybar d'Angoulênae , de Charroux et de Saint-Martial de Limoges.
EBLES, DIT MANZER, ou LE BATARD, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine.
902. Eblfs , suivant un diplôme du roi Eudes , était qualifie comte de Poitiers dès l'an 892 , du vivant de Rainulfe II , son père. Mais on doit remarquer , comme nous l'avons déjà fait avec Bcsli , que les enfants des seigneurs portaient alors les litres de leurs pères sans en exercer les fonctions. Il pouvait se faire aussi , comme l'observe D. Vaissèle , qu'Ebles fut alors: pourvu du gouvernement particulier de la ville de Poitiers , quoiqu'il fut encore bien jeune, à dire le vrai , pour s'acquitter d'un tel emploi. Apiès la mort de son père , il fut emmené par Saint-Géraud, abbé d'Aurillac , auprès de Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne, son parent, qui prit soin de son éducation. La protection de ce prince l'aida, l'an 902, à rentrer dans le omté de Poitiers. L'an 91 1 , un samedi , 24 août , il battit les ISormands qui étaient en guerre avec les Bourguignons. Sa fortune augmenta dans la suite. L'an 928 , il succéda, dans le duché d'Aquitaine et le comté d'Auvergne, à Acfred , neveu de Guillaume le Pieux, qui, ayant peu survécu à Guillaume, ?on frère, était mort comme lui sans enfants. H tomba dans la disgrâce l'an 902 , et fut dépouille du duché d'Aquitaine, ainsi que des comtés d'Auvergne et de Limosin par le roi Raoul ^ qui les donna à Raymond F'ons, comte de Toulouse. D. Vaissète place la mort d'I.blcs vers Tan 9H5. Mais la charte d'un nommé Isembert, rapportée dans le cartulaire original de Saint-Cyprien de Poitiers ( fol. 3i ), prouve qu'il ne passa pas l'an 9.32. C'est ainsi qu'elle finit : Ipso die acta siint hœr r/uo reddidit Guiilelmus i-umes pofestatem S. Pctri Frotogeiio ephr.opo , post muvtcni Eholi putris sui , anno Dum. DCCCCXXXH , régnante Raduljo rege. Ebles lui inarié trois, fois» Sa première femme avec laquelle il était
DES COMTES DE POITIERS , etc. g5
fiancé avant le lo octobre 892 , se nommait Aremburge ; la seconde s'appelait Emiliane ; Adèle ou Alaine, qui fut la troisième , était fille d'Edouard I^^ , roi d'Angleterre. De ce. dernier mariage il laissa deux fils , Guillaume , qui suit , et Eblesqui fut trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers, puis évêque de J.imoges. Leur mère , après la mort de son époux , se fit religieuse à Tabbaye de la Trinité de Poitiers qu'elle avait fondée vers l'an 986.
GUILLx\UME I"., COMTE de Poitiers, iii«, dunom, duc d'Aquitaine, dit TÉTE-D'ETOUPE.
902. Guillaume I". , surnommé Tête-d'Etoupe , à cause de sa chevelure blonde et épaisse , succéda à Ebles , son père , dans le comté de Poitiers, avec le consentement de Raoul, roi de France , suivant Adémar de Cbabannais. Mais après la mort de ce prince , Hugues le Grand se fit adjuger le comté de Poitiers par le roi Louis d'Outremer. C'est ce que nous recueillons d'une charte d'Alboin, évêque de Poitiers , dont la date porte: Data rneiise aprili régnante Ludooico rege , Hugo cornes Pictavi. (Martenne. Anecd., tom. I, col. 69.) Cette charte est de l'an 908, comme on le voit dans le corps de la pièce. Hugues le Grand était donc alors comte de Poitiers. Mais il paraît qu'il ne l'était pas seul , et que dès la première année du règne de Louis , il s'était accordé avec Guillaume pour gouverner ensemble le Poitou. Nous les voyons en effet souscrire l'un et l'autre celte année, chacun avec le titre de comte, une donation faite à l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers par une dame nommée Sénégonde : S. IVillelmi comitis. S. Hugonis comitis. { Besli ,. p. 249. ) Hugues le Grand s'étant brouillé depuis avec Louis tl'Outremer, Guillaume se déclara pour le monarque, et vint le trouver avec des troupes , l'an 94*' ■> ^" Bnurgogne , où il s'était retiré, tandis que Hugues tenait assiégée sa ville de Laon. Il recondiiisitLouis devant cette place dont ils obligèrentHugues fie lever le siège. Ce fut alors , suivant toutes les apparences y que Louis révoqua le titre de comte de Poitiers , qu'il avait accordé à Hugues ; car on ne voit pas que celui-ci dans tout le reste du règne de ce prince ait fait aucun acte d'autorité dans le Poitou, ni même qu'il en ait été qualifié comte. Guillaume après avoir délivré Laon , revint en Bourgogne avec le roi qu'il amena à Poitiers où il était au commencement de janvier 942- (^)uclque tems après, Guillaume revint auprès du roi, que de nouvelles disgrâces de la part de Hugues le Grand et de ses adhérents avaient obligé de se retirer à Rouen. Une paix plâtrée que Louis fit dans ces entrefaites avec Hugues , arrêta ou suspendit
les hostllilés. I>'an 94^, Guillaume alarmé par les conquêtes qu'Alain Earbe-Torte , duc de Bretagne , faisait au-delà de la Loire , va le trouver et règle avec lui les limites de leurs états. Les pays de Mauge , de Tifauge et d'Herbauges , qu'Alain s'était soumis par les armes, lui demeurèrent par le traité. {Chr, Nannet. )
le même guillaume, comte de poitiers, comte. d'Auvergne ét duc d'Aquitaine.
L'an 95 1 , Guillaume , après la mort de Raymond-Pons , fut pourvu du comté d'Auvergne et du duché d'Aquitaine, au préjudice du fds de ce dernier, par le roi Louis d'Outremer. ile fut dans un second voyage que ce monarque fit en Aquiliine, qu'il obtint de lui cette faveur. Mais la plupart des seigneurs aquitains, et surtout les Auvergnats attachés à la maison de Toulouse, refusèrent de le reconnaître. Hugues le Grand , <iijc de France , profitant de ces dispositions , voulut envahir le «luché d'Aquitaine au commencement du règne de Lolhaire, fils et successeur de Louis. Dans cette vue, il amena le roi avec une armée dans le Poitou l'an 9^)5, et forma le siège de Poitiers au mois d'août , en l'absence de Guillaume qui, sur le bruit de leur niarcVie, avait pris le parti de se retirer. La ville se défendit pendant deux mois, au bout desquels le roi fut obligé de lever le siège. Guillaume se mit alors en campagne , et harcela JiOthaire et Hugues dans leur retraite. Mais ceux-ci s'ètant mis en bataille, tombèrent si rudement sur lui, qu'ils le défirent «'lîiièrement , et taillèrent son armée en pièces. Malgré cet <(hec, Guillaume se maintint dans la possession de son (iuché (i). Il se rendit la même année, au mois de juin, en Auvergne, et s'ètant accommodé avec les principaux du pays, il les e'ngagea à se soumettre à lui. ( D. Bouquet. ) en vain Lolhaire, après la mort de Hugues le Grand, arrivée l'an 966, donna le duché d'Aquitaine à Hugues Capet , son fils. Il est certain que ce dernier n'en a jamais joui. Guillaume recouvra depuis les bonnes grâces du roi. L'an 96.^, suivant Besli, voyant approcher le terme de ses jours, il abdiqua pour se retirer à l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers, d'où il passa, peu de tems après , en celle de Saint-Maixent , où il mourut la même année. Guillaume, jusqu'à sa retraite, jouit de l'abbaye
(i) L'abbc Velli rapporte ceci à l'an 987 , et donne tout l'avantage :i Hugues Capet sur le duc Guillaume : double uiepiise, qu'il eût évilû» i il c-.i con.sultt les sources.
BES COMTES DE POITIERS , etc. «f,
«Je Sainl-Hilaire de Poitiers. Il avait épousé en premières noces, l'an 9^3, Gerloc ou Héloys , dite aussi Adèle et Adélaïde, fille de KoUon , duc de Normandie, dont il eut Guillaume, qui suit. David Bloiidel lui donne pour fille Adélaïde, femme de Huges Capet. Mais Helgaud , auteur contemporain , la dit italienne , et son autorité doit piévaloir sur celle d'un anonyme postérieur de cent ans , que Blondel cite en sa faveur.
C'est sous le règne de Guillaume Tête-d'Etoupe que les Aquitains ont commencé d'employer l'ère de l'incaniaiion dans leurs actes publics. L'année s'ouvrait chez eux par le 2S mars ou par le jour de Pâques. (Pagi ) Ils .prirent dans la suite le zS décembre pour le jour initial de Tannée, lorsqu'ils eurent passé sous la domination anglaise. Guillaume Tète-d'Etoupc prend quelquefois dans ses diplômes le titre de comte palatin.
GUILLAUME II, comte de Poitiers, IV^.du nom, duc d'Aquitaine, dit FIERABKAS.
963. Guillaume II, surnommé Fierarras, {Ferahrachîa on Ferox Brachiiim) (1) à cause de sa force extraordinaire, succéda, l'an 9G3 , à Guillaume Tete-d'Etoupe, son père, dans le duché d'Aquitaine , le comté de Poitiers et l'abbaye de Sainf- Hilaire, mais non dans les comtés d'Auvergne et de Vehti. L'an 9?^4» i^ ^Jt un accord avec Guérech, comte de Nantes,
ftour lixer les limites respectives d« leurs territoires au-delà de a Loire. ( Bouquet, ) Il eut guerre l'année suivante avec Geotfroi Grisegonelle, comte d'Anjou, qui , l'ayant battu piès d'un lieu nommé les Roches , et poursuivi jusqu'à M i rebeau , l'obligea de lui céder Loudun avec quatre autres terres , à la charge d'en faire hommage aux comtes de Poitou. ( Bouquet , t. IX ,
Page 3i , n.) Hugues Capet ayant été proclamé roi de France an 9S7, Guillaume refusa de plier sous lui et fit de grands reprochés aux Français de l'avoir préféré à Charles, frère du dernier roi. Hugues, pour le réduire, vint en Poitou, l'an 988, avec une armée, et mit le siège devant Poitiers. Oblige
(i) En donnant à Guillaume II le surnom de Fierabras, nous suivons le commun des historiens. Nous n'ignorons pas cependant que c'est à Guillaume 111, son fils, qu'il est donné dans l'ouvrage de Pierre à.e.'\\-ix\\\it%2^i'i de Antiquit. Eccles. Malleac. On lit, en effet, dans le titre du deuxième chapitre du premier livre , où il traite de Guillaume 111 , natus est W'illelmus cognomenio Fera-brachia. Mais il e.-t douteux si les titres des chapitres de cette productiou sont de l'auteur 011 de quel(][ue copiste.
de le lever après de longs et vains efforts , il fut poursuivi par Guillaume jusques aux bords de la Loire , où il y eut entre eux une sanglante bataille , dont Tissue fut av-intageuse aux Français. Guillaume fit la paix avec le monarque peu de tems après, et au plus tard en gf^g , mais sans vouloir lui rendre nommage. On a même lieu de douter que celte paix ait été durable.
L'an 990 , à l'exemple de son père, Guillaume abJiqna pour aller vivre dans la solitude. Il se retira d'abord comme lui au monastère de Saint-Cyprien de Poitiers. Mais un démêlé qu'il eut avec l'abbé, l'obligea de passer à l'abbaye de Saint-Maixent, où il mourut le 3 février 994. (v, st. ) 11 avait épousé Emme ou Emmeline, fille de Thibaut le Tricheur, comte de Blois, dont il eut deux fils , Guillaume, qui suit, et Kbles qui vivait encore en 997. Emme fonda, l'an 990, l'abbaye de Bourgeuil , en Vallée. Quelque tems auparavant elle avait commence celle de l'abbaye de Maillezais , en Poitou. Mais elle interrompit cette entreprise à Toccasion suivante : il lui était revenu que son mari , logeant chez la vicomtesse de Thouars , au retour d'un voyage de Bretagne , avait eu commerce avec cette dame. Furieuse de cette aventure , elle en fit des reproches sanglants à son époux, qui tâcha vainement de l'apaiser. Elle résolut de s'en venger sur la vicomtesse ; et , Tayant rencontrée dans la plaine de Talmon»t , elle la renversa de son cheval , l'accabla d'outrages, et , pour comble d'ignominie, la livra, pendant une nuit entière, à la lubricité des gens de sa suite. Après ce coup, Emme redoutant à son tour le ressentiment de son mari , se sépara de lui, et se retira à Chinon , qui lui appartenait en propre. Ils se réconcilièrent ensuite ; mais une nouvelle rupture qui survint entre eux, fut un des motifs qui déterminèrent Guillaume à prendre le parti de la retraite. Etant près de sa iin , la cinquième année de son entrée en religion , dit Pierre de Maillezais qui nous sert de guide, il fit venir sa femme, la pria d'oublier le passé, et la chargea, ainsi que Guillaume, son fils, qui était avec elle, de venger l'insulte que Boson, comte de la Marche, venait de lui faire en ravageant le Poitou. (^ Peints de anticjuit. Malleac Ecctes., l. 1 , capp. 2. et 7.) Nous ignorons combien de tems Emme survécut à son époux. Elle vivait encore en ioo4, comme on le voit par 'leux chartes qu'elle signa cette année. (A^oj. Aldebert, et Boson II , cumles de la Marche. )
Dans plusieurs actes passés à Poitiers du tems de Guillaume Il , on trouve à la fin des signatures Salomone PP ^ ce que Besll rend par Salomone papa , disant qu'alors y ayant un schisme à Rome, les notaires du Poitou ne sachant quel était
DES COMTES DK FOITIERS, Ctc. 97
le vcrllable pape, l'exprimaunit. par le nom vague de Salomon. Mais le schisme qui s'éleva dans l'église de Rome du tems do. Guillaume il, ne dura que trois ans, et finit, l'an 'jB5, à la mort du pape I>éon VIll. {^Vuycz les papes.) Or, il y a des actes postérieurs à cette époque où la signature dont i^ s'agit se rencontre. Il est de plus certain que , jious le règne de Guillaume II, il y avait dans l'église de Saint- Hilaire , à Poitiers, \\a préchantre, nommé Salomon, qui faisait on même tems l'office de notaire ou de secrétaire du chapitre. Ce Salomon se piquait de savoir du grec, et affectait de signer tantôt Salomon Parupkonîsla , \an[di Salomon Pl\ qui est la même chose en abrégé; d'autrefois il signait 'ZctXùiy.av avec quelf|ues paraphes devant et après, plus ou moins composés. C'est Tabréviation PP. qui a induit en erreur, i**. le rédacteur du cartulairede Sainl-Hilairé, qui , voyant que quelquefois dans les bulles et autres actes ou désignait le pape par ces deux lettres PP, a ciii qu'elles signifiaient la même chose à la suite du nom de Salomon , et y ^ substitué le mot enùev papa ; 2". Besli , c[ui n'ayant connu les titres de Saint-Hilaire que par ce cartulaire, a bonnement adopté la même erreur dont nous avons élé désabuses nousmêmes par feu L). Fonlenaut, qui avait vu les originaux des titres de cette église.
GUILLAUME III , comte de Poitiers et Y«. du îsom , DUC d'Aquitaine, surnommé LE GRAND.
990. Guillaume III, à qui ses qualités émincntes ont fait donner le surnom de Grand , hérita de son père, suivant Besli, des comtés de Poitou, de Limosin, de Saintonge, du pnys d'Aunis, avec le duché d'Aquitaine. Il était déjà pourvu dès l'an 9(39 au plus tard, suivant Besli, de l'abbaye de Saint-Hi laire. Un de ses premiers soins fut de relever son château de Gençai/que Boson II, comte de la Marche, avait ruiné sur la fin du règne de Fierabras. Boson, que cette place incommodait, vint de nouveau l'assiéger. Mais Guillaume, ayant levé promptement une armée, lui livra bataille, et le défit complèiement. Après cette victoire, il entra dans la Marche, assiégea la viile deRochemaux, et s'en rendit maître. Il ne fut pas également heureux au siège de Bcllac qu'il fit dans la suite, quoiqu'aidé, dit Adémar de Chabannais, de toutes les forces de l'AipiilaiiiC et de celles de la France guerrière. Le roi Robert s'y était rendu lui-même, et le siège néanmoins fut levé.
Après la mort de Charles, duc de Lorraine, frère du roi Lothaire, Guillaume recueillit deux de ses enfants qu'il laissai i en bas âge, Louis et Charles; et non content de nremlre som X. ,3
gS CHRO^OLOGIE HISTORIQUE
de leur éducation , il los fit reconnaître dans la partie de* l'Aquitaine, qui dépendait de lui, pour légitimes héritiers du trône de France. Nous en avons la preuve dans une charle donnée après la mort d'Olton , duc de Lorraine, leur frère aîné, et dont la date est ainsi marquée : /Ictum anno Incarnat. Dom. Mf'lli , régnante Hoberto ^ Ludovico et Carolino. (Pagi, ad an 990 , num. ni. ) Mais on n'est pas assuré de ce que devinrent ces enfants par la suite.
Boson, dont on vient de parler, étant mort vers l'an 1006 . le duc épousa sa veuve Almodis, fiUe de Giraud, vicomte de J^imoges. L'an 10 10, il fait construire en l'honneur de saint Pierre l'abbaye de Maillezais, depuis convertie en siège épiscopal , transféré dans le dix-septième siècle à la Rochelle. Les Normands ayant fait, l'an ioi8, une descente prcs de Saint- Mlchv'l en rilerm, Guillaume alla au-devant d'eux, les attaqua et perdit la bataille par un stratagème des ennemis qui firent un grand nombre de prisonniers, que le duc racheta depuis à grands frais. L'an idsS, aprè^ la mort de l'empereur Henri 11^ les Italiens, dont Guillaume était connu par les fréquents voyages qu'il faisait à Rome, lui envoyèrent of/rir, par une ileputalion, la couronne d'Italie pour lui-inèmc ou pour son (ils : offre que le roi Robert avait déjà refusée. Guillaume le Grand, avant que de se décider, passa en Lombardie avec Guillaume 11, comte d'Angoulême, afin de conférer avec les seigneurs du pays. Mais ne trouvant point en eux l'union qu'une affaire de cette importance demandait , il se relira, et renonça à l'honneur qu'ils voulaient lui faire. L'an 1029, il embrassa la vie monastique à Maillezais, où il mourut le ?y\ janvier 100 (n. sl.)àgé de soixante et un ans. Ce prince était honoré de tous les souverains de l'Kurope , qui lui envoyaient chaque année des ambassades comme à leur égal. Tous les ans, il faisait un voyage par dévotion à Rome, où à Saint-Jacques, en Galice. Ademar dit que lor.squ'il arrivait dans la capitale du monde chrétien, il y était reçu avec les mêmes honneurs et la même distinction que l'empereur. Les rois de France, de Navarre, d'Kspagne et d'Angleterre, ne témoignèrent pas moins de considérai ion pour lui. Tous les ans, ils lui faisaient des présents qu'd leur rendait avec usore. Dans un siècle où l'ignorance elait presque universelle, même pr.rmi les ecclésiasliques, il culllva les lettres, et ne se couchait point qu'il n'eut donné les premières heures de la nuit à la lecture. Les savanis trouvèrent en lui un nouveau Mécène. Il donna l'abbaye de Sainl-Maixent à Ilenaud , f|ue sa sagesse fit surnommer i'iaton, et la trésorerie de Salnt-liilaire au célèbre Fulbert , <iepuis évrque de Chartres. Il avait élé marié trois lois; i*^. connue on l'a dit, avec Almodis , dont il eut Guil-
DES COMTES DE POITIEUS , elc. 99
îaumc , qui suit; 2.". l'an 1004 au plus tard, avec Brisque ou Sanxie, sœur et non fille de Sanche Guillaume, dnc de Gascogne, dont elle fut héritière. Cette princesse lui donna deux fds, Eudes, duc de Gascogne, et Thibaut, mort en bas âge; 3°. Guillaume le Grand eut pour dernière femme Acnés, fille d'Otle-Guillaume, comte de Bourgogne. Les historiens moilernes s'accordent à mettre ce dernier mariage en loaS ; mais il date au moins de cinq ans plutôt, suivant une charte de Guillaume, donnée en faveur des Clunistes au mois de mars loi^i , et signée par la comtesse Agnès : S. Agne'as Comiiissœ. ( Gall. Chr. no. tom. II, prub. col. 33o. ) Cette princesse fit le duc son mari père de Pierre - Guillaume ; de G-ui- Gcoffroi , mommé aussi Guillaume; et d'Agnès, femme de l'empereur Henri IH. I.a duchesse Agnès épousa en secondes noces, Geoffioi-Mnrtel , comte de Vendôme, puis d'Anjou. C'est-elle que son premier épou< , dans la charte d'une donation qu'il fit l'an 102^ à l'abbaye de Sainte -(. roix de Bordeaux , appelle Arembeige. JNIais il faut remarquer que celte pièce n'existe plus que dans un i.u'dimus de Henri lîl , roi d'Angleterre, dont le secrétaire n'ayant aperçu dans l'original qu un A. pour désigner le nom Je la femme de Guil'aume, aura vraisemblablement mis Aremberge au lieu d'Agnès. ( Voy. Gai/. Chr. ibid. col. 2G8. ) Agnès , après b mort de Geolfroi-Martel , retourna dans le Poitou pour V fixer sa demeure , comme le témoignent un nombre d actes qu'elle y souscri\it , et dont le dciuicr est de l'an 10G4. {Caiiul. de S. Maixeiit^ fol. 220. )
GUILLAUME IV, comte de Poitiers, dit LE GRAS,
Vl«. DU ISOM, DUC D'AQUITAI^;E.
1029. Guillaume IV, surnommé le Gras, fils de Guillaume le Grand et d' \lmodis, succéda, par droit d'aînesse, à son père dans tous ses états , comme aussi dans l'abb-'ive de Saint- llilaire , l'an 1029, après sa retraite au monastère de Maillezais. On serait même porté à croire que son père lui aurait remis la puissance comtale dès Tan 1028 , d'apiès une charte conservée au cartulaire de Saint-Maixent ( fol. 227 ) , j)ar laquelle il décliarge cette abbaye du droit d'arrière-ban, que sa mère Almodis lui avait imposé. En effet , dans cet acte donné du vivant de l'abbé Renaud , mort au commencement de l'an 1026, on lit à la tête des souscriptions, S. ïVillelmi comiiis. S. JVlllelmi patris îpsiiis , dont la première ne peut m;irqner que Guillaume le Gras. Pourquoi donc < elui-ci prend-il seul le titre de comte? Quoi qu'il en soit , on a des actes postérieuis à l'an 1026 et même à l'an 1028, où Guillaume le Grand paraît
JOO CHRO?(!OLOGIE HISTORIQUE
avec le m<^rne titre ; ce qui prouve que s'il avait abandonné pendant quelque teins le gouvernement à son fils, il l'avait ensuite repris. L'an 10H4 et non io33 , comme le marque la chronique tle Saint -Aubin d'Angers, Geoffroi - Martel, comte de Vendôme, déclara la guerre au duc Guillaume par rapport à la Saintonge , qu'il prétendait lui appartenir du chef de son aïeule. L'année du comte de Vendôme , commandée par un vaillant capitaine , nommé Lisoie , après avoir ravagé le Loudunois et le Mirabalois , pénétra jusqu'à Poitiers , dont elle brûla les faubourgs. Le duc, cependant, rassemblait la sienne. Les deux princes, le 20 septembre de la même année, se livrèrent, près de ftîoncontour, une bataille ou le duc, abandonné d'une partie de ses troupes , qui prit la fuite au milieu de l'action , fut fait prisonnier. Sa captivité fut de trois ans et demi ou environ , pendant lequel terns le comte et la comtesse de Vendôme exercèrent toute l'autorité ducale dans l'Aquitaine. ]S;ous avons un acte qu'il fit dans sa prison , par lequel il déclare qu'ayant beaucoup fait de mal à l'abbaye de Saint- Maixent , au lieu de la protéger comme il le devait , il lui donne pour rindemniser , et pour obtenir du ciel , par ce don , sa Liberté , la foret d'Ariezhun , du consentement de la comtesse, sri femme. {Cartid. de S. Maix. ) L'acte n'est point daté; Guillaume fut racheté par Eustachkî son épouse , fille de Berlai ou îlellai, seigneur de Montreuil , moyennant la cession des comtés de Saintes et de Bordeaux , avec une somme considérable en argent , dont les églises du duché payèrent la meilleure part. Guillaume», suivant le continuateur de l'histoire de Bède (l. .3, c. 3) , ne survécut que trois jours à sa délivrance , et mourut en s'en revenant , des maux qu'il avait endurés dans sa prison. Ce fut par conséquent dans le mois de mars io38 ; car nous avons. une charte d'un nommé Rainaud , en faveur de l'abbaye de Saint-Jean d'Angéll , qu'il souscrivit avec Eudes son frère, duc de Gascogne , au mois de mars io38 , dans l'un par conséuuent des trois jours qu'il vécut depuis sa délivrance. Son corps fut inhumé à Maiilezais. Sa (emme , Eustachie , dont il ne laissa point d'enfants, lui survécut au moins jus<iu'en loSS , comme le prouvent des actes (ju'elles souscrivit celte année-là» Elle fut enterrée à Poitiers, dans l'église de Notre-Damela-Grande.
EUDES , ou ODON , comte de PoiTiEns et duc d'Aquitaine,
io38. EUDIS ou Odon , (ils de Guillaume le Grand, et de Brisque , sa deuxième femme, sœur de Sanche - Guillaume , duc de Gascogne, succéda, l'an io3-o , à Guillaume , son frère ,
DFS COMTES DE POITIERS , Clc' 10 1
dans le duché d'A(|uita'me et le comté de Poitiers. Quekfue tems auparavant, il était devenu , du chef de sa mère, l'héritier e\ le successeur de Lerenger, duc de Gascogne. Mais Geoffroi- Martel retenait le comté de Bordeaux et la ville de Saintes au nom de ses beaux-fils , auxquels cependant , il ne rendit jamais Saintes. Eudes prit les armes pour recouvrer cette portion de l'héritage qu'il prétendait lui appartenir. Le sort de la guerre lui fut aussi funeste qu'à son prédécesseur. Après avoir échoué devant le château de Gormond , au pays de Gastines , qu'il avait assiégé , il fut tué devant celui de Mauzé , dans l'Aunis , le lo mars io3g. Ce prince mourut sans lignée , et peut - être sans avoir été marié. H fut inhumé à Maillezais. ( ^^o/. Geoffroi- Martcl , comte de Vendôme et d'Anjou. )
GUILLAUME V, comte de Poitiers, VII«. du nom, duc d'Aquitaine, surnommé AIGRET, et LE HARDL
1039. Guillaume V, fils de Guillaume le Grand et d'Agnès j' succéda sans contradiction à Eudes, son frère, dans le duché d'Aquitaine, mais non dans celui de Gascogne, dont Bernard 11 , comte d'Armagnac s'empara. U s'appelait Pierre de son nom de baptême , et prit le nom de Guillaume à son inauguration, il se donnait aussi le surnom d'Aigret , Acerrimus ^ comme on le voit par deux de ses diplômes rapportés par Besli. La chronique de Saint -Maixent le surnomme le Hardi. L'an 1043 , Gcoffroi-Martel , alors comte d'Anjou , son beau-père, lui déclara la guerre, vraisemblablement pour l'obliger à donner une part dans ses étals à son frère. On voit effectivement que Guillaume et Geoffroi-Marlel ayant fait la paix l'année suivante, Agnès, femme en secondes noces du second , et mère en premières de Guillaume , vint à Poitiers , et engagea les états , qu'elle f;t assembler , à donner des terres vers la Gascogne à (?iii-Geof(roi , son deuxième fils du premier lit. Gui sut tellement s'étendre, que Tan loSa , au plus tard (et non 1070 , comme le marque Besli ), il obligea Bernard li, dit Tumapaler, comte d'Armagnac, après l'avoir défait dans une bataille, à lui céder pour la somme de quinze mille sous , le duché de Gascogne, dont il s'était emparé après la mort du duc Eudes. Il contraignit même Guillaume Aigret , vers le même tems, à l'associer au titre de duc d'Aquitaine. ( Voy. Bernard II , comte d'Armagnac.) L'an io58, nouvelles brouilleries entre le duc Guillaume et Geoffrol-Martel. Le premier, fiiisanl cette année le siège île Saumur , où le deuxième s'était renfermé, y fut attaqué d'une dyssenterie qui l'obligea de retourner à Poitiers, il y mourut dans l'automne de la même année io5f3. Guillaume