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avait épousé Erhessi?<de , dont il ne laissa point d'enfants. Celte princesse, l'an 1062, alla joindre à Home l'impératrice Agnès, sa bidle-sœur; mais s'ennuyant de ce séjour, elle revint mourir en France.
GUILLAUME VI, comte de Poitiers, ¥111^ du no.m ,
DUC n'AQUlTAlî<E.
io58. Gui-Geoffroi , duc de Gascogne, second fils delà duchesse Agnès et de Guillaume le Grand , en succédant à son frcie [>iit , a son exemple , le nom de GuiLL VUME. Mais dans les chartes , il n'est jamais désigné que par son premier nom , et TTième au commencement de sa régence il ne s'appelait lui-même fjue lïui. Du vivant de son frère Guillaume Aigret , il avait servi le roi de France Lieopi 1"^^ dans ses guerres contre le duc de Normaudie. U assista , l'an io5g , en qualité de duc de Guienne , ou d'Aquitaine , au s;icre du roi Philippe P^ Il eut le premier rang après le clergé dans cette cérémonie , dont la relation le nomme Gui, duc d'Aquitaine ; mais ce rang eût appartenu au duc de Normandie, s'il eût été présent. S'étant brouillé l'année suivante, avec Hugues V, sire de Luzignan, il lui déclara la guerre , et vint Tassiég^'r dans son château. Hugiies ayant été tué à la porte de la place , le 8 octobre de la même année , son fds , Hugues le Diahle , fit la paix avec le duc. Le roi de France avait dans le Poitou ses officiers comme le comte. Sur les plaintes portées contre eux au saint siège par révè(pie de Poitieis. à cause des vexiil'ions qu'ils exerçaient dans les terres de son église, le pape Nicolas II écrivit à ce prélat pour l'exhorter à tenir ferme pour la défense des opprimés , et lui df)una pouvoir de procéder contre les oppresseurs , par la voie des censures , « non- » obstant , dit - il , les privilèges accordés à notre cher fils » i'hilippe , rilluslre roi de France, ou aux rois ses prédéces- « seurs. « Cette lettre est datée dé la deuxième année du pontifical de Nicolas, le 7 des ides ( neuvième jour) de mars; ce qui revient à l'an 1061. {Cattiil. de la calhèdr. de Poi/iers ^ dit le grand Gautier, fol. 85. ) Le silence (|ue le pontife garde dans ce bref sur la conduite des officiers du comte , prouve qu'ils u'avaient aucune part aux injustices de ceux du roi. La même année. Foulques le Rechin et Geoffrol le Barbu, neveux et successeurs de Geoffroi-Martel , se brouilbrent avec Guillaume , au sujet de la ville de Saintes, qu il voulait leur enlever, prétendant que Geoffroi-Martel n'en avait été qu'usufruitier. Les deux frères, au premier desquels Saintes était échu en partage, ivanl réuni leurs forces, vinrent attaquer Guillaume dans ses elats. Le duc étant allé à leur rencontre, fut battu le 20 mars.,
DES COMTES DE POITIERS, etc. lo'»
près de Chef-Boutonne. La chronique de Maillezais met cens bataille, qui fut suivie de la prise de Saintes, un mardi, fèlc de Saint - Benoît. Cette fête tombait néanmoins le mercredi en 1061 ; mais les fêtes commençaient aliprs dès les trois heures après midi de la veille, pour finir à pareille heure du lendemain. Guillaume eut sa revanche l'année suivante (Tauleur du Gesta Cons. Andeg. dit en 10G6), et reprit Saintes, dont les habitants et la garnison se rendirent à discrétion. De-là, il condviisit en Espagne, contre les Sarrasins, son armée, fortifiée d'une multitude de Normands. Il battit ces infidèles î art loGS , leur enleva la ville de Baibastro , et fit de grands dégâts dans le pays. Mais la disette des vivres l'empêcha de poursuivre ses conquêtes , et l'obligea de ramener son armée en tVancc. (Sigebert. ) Guillaume eut la dévotion du tems , et se fit un devoir de visiter les lieux saints. L'an 1066 , il fit un pèlerinage à Rome , suivant la date d'une charte , par laquelle un nommé Pierre , frère de Béraud , donne une femme serve avec toute sa famille à l'abbaye de Saint- Malxent : hœc autem facfa siint ^ y est-il dit, anno quo piinnim adiit dux Picta\?orum Ji^ido percgriniis paries Romœ , atque exiit de sua r.apùone Aymericus \n<ecomes { Thoarcensis ) millesimo sexagrslmo sexto. ( Car/uL de S. Maiz. fol. i34. ) Guillaume . l'an iofi6, prit de nouveau les armes contre Foulques le Uechin. pour la défense de Geoffioi le Barbu, frère de ce comte, qui le retenait en prison pour la seconde fois. Le duc brûla le château de Saumur avec le faubourg et l'abbaye de Saint-Florent, le 27 juin de cette année, et non pas le a6 juin 10*19, comme le marque le P. Labbe. Il alla ensuite mettre le siège devant le château de Lucon , qu'il prit et traita de même que celui de Saumur. Le monastère dt; Notre- Dame , renfermé dans lenceinte de la place , eut aussi le sort de l'abbaye de Saint-Florent. ( Chron. Mallecir. )
Deux frères , nommes Clair et David , réclamaient des terres de leur patrimoine, dont avaient joui le père et la mère du comte Gui-Geoffroi. Convaincu de la justice de leur dejnande, il les leur rendit , et pour les en investir de nouveau , « il ran massa , dit l'ancienne notice que nous avons de ce fait , •» un jonc vert , scirpiim oii idem : car les planohers de l;i » maison , ajoute-t-elle , étaient fraîchement jonchés de joncs, » comme nous avons coutume de faire, lorsque nous recevons » quelque personne puissante, ou quelque ami : nam dumus ertit j> juncuhita , sicut solenms farere , quundu alîquem personre potentis » l'ci aliquam pcrsunam pulentern , oel doiitiinuit, susripitnus i>c! » amicuin. Alors avec ce même jonc , il fit aux deux frères la >> donation ou plutôt la reslilution qu'ils desiraient, l'an de " i'incarn. ioG5 , le 10 des calendes de jjiin. >; ( Bignon , notes
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sur le ch. i3 du 5*. Iw. des formules de Marculfe. ) Tels étaient alors et ont été encore long-tems depuis les tapis de pieds dans les appartements des grands seigneurs. Encore n'était-ce que pour l'été ; car, en hiver, on les jonchait de paille, comme on faisait aux églises le samedi au soir pour le lendemain.
L'an 1073 (et non 1068, comme le marque, par une erreur de copiste , la chronique de Maillezais) , Gui-Geoffroi , ou Guillaume, fonda, aux portes de Poitiers, le monastère de Mousller-Neuf , qu'il mit quelcjues années après sous la juridiction de saint Hugues, abbé de Cltiiti. L'année suivanie, le pape Grégoire VII, informé delà conduite simoniaque du roi Philippe I, dans la collation des bénéfices, écrivit au duc d'Aquitaine, pour l'engager à faire à ce sujet des remontrances au monarque, et le menacer de sa part , non-seulement de l'excommunication , mais de la perte de sa couronne , en déliant ses sujets de leur serment de fidélité. On ne voit pas quel usage Guillaume fit de cette étrange lettre, conforme à d'autres que Grégoire adressa sur le même suje^ à divers évêrpies <le France. Guillaume , la même année , fit restitution du village nommé Sentun , à l'abbaye de Maillezais, qui l'avait reçu de ses père et mère, et que son frère avait enlevé à ce monastère pour le donner à Thibaut Chabot; ce qui avait attiré sur celui-ci les foudres de Rome qu'il brava jusqu'à la fin tle ses jouis. La charte de celte restitution, conservée dans les archives de l'évéché de la Rochelle, renferme plusieurs époques , dont la première est du 3 mars 1074? ^'^ château de Saint-Maixent ; la deuxième est celle de la confirmation de cette restitution, du c) avril suivant, dans le château de Vouvent , in Volventi castra ; ia troisième d'une nouvelle confirmation faite long-tems après
f)ar le duc Guillaume IX. Tel était l'ancien usage de confirmer es premièrescliarlespar des additions qu'on ])laçait à la suite dn même acte. I>'an 1079 , le duc d'Aquitaine déclara la guerre à Guillaume IV, comte del'oulouse ; mais celui-ci, étant venu à sa rencontre, le défit devant Bordeaux, et lui tua cent chevaliers des plus distingués de son armée. L'historien qui rapporte ce fait (assez douteux), ajoute que le comte de Toulouse attaqua celui de Poitiers en trahison , et (jue ce dernier en fut si irrité, qu'il vint jusqu'à Toulouse , à la tète de tous ses vassaux pt)ur en tirer vengeance, qu'il ravagea les environs de la ville, la prit et la rendit bientôt après. L'an io8a , mécontent d'Aimar 111 , vicomte de Limoges , Guillaume assiégea cette ville et brûla les églises situées autour du château. H assista, l'an 1080, avec 1(S grands d'Aquitaine , au concile de Bordeaux, dont il confirma les actes. Lnfui, l'an lO^G, il termina ses jours au château de Chizé, le 24 septembre, suivant les chroniques de
'/ ï>kS COMTES DE POITIERS, erc; lûS
Maillezais et de Vézelal , appuyées dos monumerrts de l'abhaye de Moustler-Neuf L>'iiii autre côte nous lrouvo;is dans lo cartulaire de Saint-Maixcnt, une charte datée de l'an lOiS-'. régnante rcge P/iilippo in Frauda , GoJJredu Jiice in AcjuiJuiiia. Ces! I acte delà vente faite d'une terre appelée de Cursioli) , à un nommé Pierre, (ils de Martin Esnerun. Cette date est confirmée par la charte de l'engagement lait par Pierre de JNieul , de la pievôlé de Quadruvie, à l'église de Limoges, sous le règne de Philippe 1. Facta est ^ y est - il dit , hœc sc/i/jtio kal. niuii lunâ XXF^ in anno quo mortuus est Guillclmus dux ; ce qui marcjue l'an 1087, où le 20 de la lune tombait au premier mai. {ArcJi. de Saint- Etienne de Limoges ) (iuillaume, ou Gui GeofîVôi, fui; inhumé dans l'église de \ious«ier-Neuf, sous un SLijieihe mausolée de marbre, que la chute de la voùic détruisit en 1643. On y en substitua depuis une autre de pierre. Il est le premier duc d'Aquitaine qui ait pris le titre de prince de Talmont , ce qui n'a pu commencer qu'après la mort de Guillaume et de Pépin, enfants de Guillaume le Chauve , prince de Talmont^ c'est à-dire , après Tan loScj. {Gall. Chr. , no., tom. U, coL i,4^H.) Le duc Guillaume avait épousé, 1". N. fdle d'Aldeberl II, comte de Périgord , qu il répudia, l'an u^S'^ , pour cause de parenté; 2.". Mai'HEODIî, qui lui donna une lille, nommée Agnès, mariée, l'an 1074 ? à Alfonse Vi , roi de taslille et de i.eon , répudiée , comme le fut sa mère, sous prétexte de parenté, en 1080, puis remariée à Helie, comte du Maine, (iuillauuie, après la répudiation de Mathilde, arrivée l'an io68, contracta un troisième mariage avec Hildi:gaPiDF3 ou Aldlard» , fdle de Robert 1, duc de Bourgogne, selon la chronique de Maillezais. Celte princesse, qui vécut jusque vers 1120, suivant la charte d'une donation qu'elle Ht cette année; au monastère de Moustier-Neuf (G«//. Qtr. , no , t. 11, prob. col. ^^OvS.), lui donna deiix fds, Guillaume, quisiiit, et Hugues qui vivait encore en i 121). Leduc Guillaume fut encore sommé
far le pape Grégoire Vil de se séparer de sa troisième femme au loyi, et toujours pour cause de parenté. ( Voyez le concile de Poitiers de l'an loyi. )
GUILLAUME VII, dit LE JEUNE, IX^ du nom, duc d'Aquitaijse.
io8y. Guillaume VII , né le 22 octobre 107 i , surnommé le Jeune (et non le Vieux) dans toutes les chartes du Poitou qui nous ont passé sous les yeux, succéda dans les comtés de Poitiers et les duchés d'Aquitaine et de Gascogne, à Guillaume VI, ou Gui-Geoffroi , son père. Ses vassaux se préya- X. 14"^
foG fiiflOlSOLOGlE HISTORIQUE
i.int cîc sa jeunesse, lui suscitèrent des affaires afin de rendre' It's leurs meilîeuies. Guillaume vint à bout de les mettre à la raison. Ce fut apparemment pour arrêter leurs incursions, qu'it fit bâtir le château de Benun ou Benaon , aujourd'hui détruit, dont la fondation était récente en logB, comme le témoigue la souscription suivante , d'une charte qu'il y fit expédier : Ani.c/ MXCri , Guillelinus Aijuitanoriiin dux apiid CasteUum meum nanum Benaum. (Besli , p. 4 '3.) Dans une assemblée de prélats et de barons qu'il tint cette même année à Bordeaux, il donna une autre charte, datée du aS mars , où il prenait les titres de duc d'Aquitaine et de comte de Toulouse. Deux ans après (l'an lOt-ifS) il réalisa le dernier de ces titres par une invasiort qu'il fit dans le Toulousain , dont 11 s'empara , tandis que Haymond IV,. comte de Saint-Gilles, était à la croisade. Mais l'an iioo, il abandonna» ce riche domaine pour des raisons' qu'on ignore; ce fut vraisemblablement parce qu'il y fut contraint par les amis de Bertrand , fils de Raymond. On a parlé sur le concile de Poitiers, tenii Tan i loo, de l'opposition qu'it fit dans cette assemblée, à l'excommunication qu'on voulut y prononcer contre le roi Philippe I. Il prit la croijj cette même année à Limoges, et partit l'an iioi, pour la Terre-Sainte, à la tête de deux cent soixante mille combattants, ou de trois cent mille, suivant Ordcric Vital. Du nombre des chefs (juir conduisaient avec lui cette prodigieuse armée , ou, pour mieux dire, cette multitude confuse de volontaires sans ordre, sansdiscipline, étaient Hugues le Grand , frère du roi Philippe 1 , Hugues de Luzignan , Etienne, comte de Blois, Etienne, comte de Bourgogne, Geoffroi de Preuilli, comte de Vend orne,- Harpin , vicomte de Bourges, et Geoffroi de l'Etcnduère, dont la famille se distingue encore de nos jours (ly^S) dans le service de la marine, (i) Ayant pris leur route par l'Allemagne, ils y furent joints par Welphe , duc de Bavière, et par Ide, martiuise d'Autriche, qui s'était aussi mis en tête d'aller cueillir des lauriers en Palestine. Au sortir de l'Allemagne, ils traversèrent la Hongrie , et étant parvenus en Bulgarie, ils prirent querelle avec le duc du pays, qu'ils insultèrent, et qui leur ferma le passage d'Andrinople. Il y eut là un grand combat entre les croisés et les Bulgares, joints aux Patzinaces et au* Comains, qui étaient au service de l'empereur. Plusieurs sei-
(i) Les Bénédictins ont confondu cette maison , e'teinte dejiuis des «îècies, avec celle des Herbiers de VEsienduere , ancienne en Poitou, et fj'.ii s'est distinguée dans la marine avaut la révolution. ( Nott de i'LdiU'ur )
DES COMTES DE POITIERS, efc, 107
prieurs v perdirent la vie, d'autres furent pris. Mais le duc des Bulgares ayant été fait prisonnier, donna lifu à un accommodeîiieiit qui se fit le jour mérne. Le duc accorda le passage et des guides aux croisés jusqu'à Constantinople. Arrivés devant cette ville, ils y rencontrèrent, dit- on, Raymond, comte de Toulouse, qui était venu de Syrie. ?ilais D. Vaissète prouve, par Guillaume de Tyr , que celte rencontre n'eut point lieu , Kay-^ mond pour lors étant déjà parti avec une armée de croisés , qui fut presqu'entièrcment détruite en Asie par les Turcs. Celle du duc d'Aquitaine n'eut pas un meilleur sort. Ayant
Eassé le Bosphore dans le tems de la moisson, elle éprouva ientôt après une cruelle disette, par la précaution que les Turcs avaient prise de mettre le feu dans les champs, et de jboucher les puits et les fontaines pour l'empccher de subsister. ILnfin , ayant surpris cette armée , ils en firent un si grand carïiage , que tout ce qui resta fut dispersé. Le duc Guillaume se trouvant alors sans armée, sans équipage, et dénué de tout, continua sa route à pied, mendiant son pain par les chemins, et arriva, avec six hommes seulement, à Antioche, où il fut. bien reçu par le prince Tancrède. De là, étant allé joindre au printems suivant le comte de Toulouse, il fit avec lui le siège île Tortose, qui fut prise avant Pâques.
Guillaurne se rendit à Jérusalem pour y célébrer cette solen^ nlté ; apros quoi il alla s'embarquera Joppé pour retourner en Europe. Mais ayant été surpris en mer d une violente tempête, il fut jeté sur les côtes de Syrie, et alla débarquer au port d'Antioche. De là il revint à Jérusalem avec Tancrède, au mois de septembre suivant , pour aider le roi Baudoan à faire le siège d'Ascalon , que ce prince entreprit , et qu'il fut contiaint de lever. Le duc alors se rembarqua de nouveau, et, arriva au commencement de l'an iio3 dans ses états, ne rapportant de son voyage pénible , long et dispendieux , que de l.i honte et de la misère. Les malheurs de cette expédition , qu'à son'retour il chanta ( car il se mêlait de faire des vers ) dan<> lin poème que nous n'avons plus, ne contribuèrent pas à la réforme de ses mœurs. Elles étaient fort dissolues, et le devinrent encore davantage par la suite. Il enleva Maubergeon ^ femme du vicomte de Châtelleraut , et non content de l'entretenir dans son palais, il ht graver le portrait de cette dame sur son bouclier, Pierre il, évêque de Poitiers, après l'avoir inutilement averti de ses désordres, prit le parti, l'an iii4» de l'excommunier solennellement. Le duc survient à l'église comme le prélat comnTençait à prononcer l'anathème au miw lieu d'un grand peuple qui s'était assemblé. Aussitôt le saisissant par les cheveux, l'épée à la main , tu m'absoudras, lui ditil, ou tu mou/vûw. L'évêquc, feignant d'avoir peur, deinandç
Io8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
un moment pour réfléchir. Il en profite pour achever la formule d'excommunicallon ; après quoi, présentant sa tête, il dit au duc de frapper. Je ne t'aimes pus assez ^ répond Guillaume, pour t'ciwoycr en Paradis, Il se conlenîa de le chasser de son siège et de l'exiler à Chauvigui. ( IVillelmus Ma/mesbur.) Ka même année, il fit une seconde fois la conijuète du comté de Toulouse. Alfonse, roi d'Aragon et de Navarre, ayant imploré son secours contie les Sarrasins, il lui mena, l'an 1119, une armée qui eut beaucoup de part à la victoire que les Espagnols remportèrent près de Cordoue, le 17 juin de l'année suivante, sur les iuHdèlcs. Durant son absence, l'an 1122 , les Toulousains cliassèrent de leur ville Geoffrol de Montmaurel, qu'il avait laissé pour y commander. Il perdit. Tannée suivante, le reste (!u comté de Toulouse^, Guillaume, l'an 1124, fut du nombre des grands vassaux , qui marchèrent à la suite du roi Xouis le Gros, contre l'empereur Henri V, prêt à faire irruption dans la Champagne. L'an 1126, il vmt au secours du t ointe d'Auvergne , son vassal, à qui le roi faisait la guerre jpour venger l'evéque de Clermont que ce comte persécutait. Mais le duc, à la vue de l'armée royale, fut tellement effrayé , qu'il députa au roi pour lui demander la paix , se reconnaissant lui-même vassal de la couronne et promettant de représenter le comte d'Auvergne à la cour du monarque pour subir le jugement qui y serait rendu. (Suger, i'ila LiifJoi'. VI. ^ Le 10 février 1127 (n. si.) fut le terme de ses jours. Il mourut à Poitiers, rt fut enterré à Mouslier-Neuf. (Vaissète, t. H, p. 098) Guillaume Vil avait d'excellentes qualités de corps et d''esprit , dont l'éclal fut terni par la dépravation de ses mœurs, jusque là qu'il disait vouloir établir à Niort une abbaye de femmes débauchées, dont il nommait la supérieure cl les officières. Guillaume de Malmesburi ajoute que Girard, évêque d'Angoulême, qui était chauve, l'exiiortaut à changer dévie, il lui ré[»ondit :. îr en changerai (jiHind avec le peigne tu ramèneras tes ffm^eux, sur ion JrtnK II avait épousé, i". Hermekgarde , fille de Foulques le IVechin , comie d'Anjou; ix^ . l'an i<h)4, après avoir répudié celle premi re femme, PniLirP^, dite ausssi Ma- 'XHlLDE, fille unique de Guillaume IV, comte de Toulouse , et veuve de Sanche-liamire , roi d'Aragon. Ce fut au nom de cette princesse qu'il prélendit au comté de Toulouse. J'dle lui donna t) ois fils, Guillaume, qui suit; Raymond , qui devint prince d'Antioche, et Henri, moine de t (uni ; avec cinq filles, dont on ne connaît que Mahaut , nommée par d'autres Agnès, mariée en première'- noces à vVimcri, vicomte de Thouars, et en secondes à Uamire le Moine, roi d'Aragon, Philippe s'étant séparée du iluc Guillaume en i u6, enlra dans l'abbaye de FonçvT^ult, QÙ elle moucuL peu de icrus après. La troisièmt;
DES COMTES DE POITIERS , etc. I09
femme fie Guillaume fut Hildegarde , dont il n^eut point d'enfants. Ce prince l'ayant aussi répudiée pour vivre plus librejnent avec Maubergeon , elle en porta ses plaintes au pape Calliste II , qui fit citer le duc au concile qu'il avait indiqué à Reims, pour le mois d'octobre 11 19. Ilildegarde s'y rendit, et renouvela sa plainte. Le duc ne comparaissant point , on allait le condamner par défaut, sans l'intervention de l'évf-que de Saintes et des abbés de l'Aquitaine, qui l'excusèrent, en alléguant des infirmités qui ne lui permettaient point de se déplacer. L'excuse fut admise , et l'on ignore la suite de cette affaire. Guillaume eut d'une autre maîtresse, cju'il entretenait à Toulouse, lin fils naturel nommé Aymar, et non pas Guillaume, comme le pense D. Yaisscte, qui devint comte de V^alentinois et de Diois par son mariage avec l'héritière de ces deux comtés, et fut la tige des comtes de Valentinois de la maison de Poitiers. ( Voyez les Comtes de Valentinois.) Le duc Guillaume le Jeune, suivant les expressions d'un ancien auteur, éiait bon troubadour y hon chevalier tV amies , et courut long-tems le monde pour tromper les dames. Il nous reste de lui des chansons provençales, qui prouvent son talent dans ce genre de poésie, il avait cependant des émules à sa cour qui lui disputaient la palme. De ce nombre était Ebles , vicomte deVentadour. Quoique très-bons amis, le duc et lui se portaient envie réciproquement, et cherchaient à se surpasser l'un l'autre. Il y avait aussi quelquefois entre eux des combats de magnificence. Un jour il arriva que le vicomte vint à la cour du duc dans le tems qu'il était à table. On lui prépare un superbe dîner, mais avec un peu de lenteur. Ebles voyant le repas qu'on lui servit après celui du duc, Monseigneur^ lui dit-il , ce n'était pas la peine de faire tant de dépens f pour un si petit vicomte. Quelques jours après, Ebles prend congé de lui pour s'en retourner. Le duc, voulant le surprendre, le suit de près avec cent chevaliers, et survient au château de Venîadour pendant son dîner. Ebles, sans se déconcerter, lui fait proraptement donnera laver, tandis que ses gens, courant le château, enlèvent toutes les viandes qu'ils y trouvent. Ce jour, par bonheur, était une fête de gelines , d'oies et d'autres volatiles. A leur retour, ils servirent une si grande abondance de mets, qu'on eût dit que c'élaient les noces de quelque prince. Le soir, ce fut un autre spectacle. A l'insu d'Ebles , un paysan arrive dans la cour du château, conduisant un char traîné par des bœufs, et se met à crier : « Que les gens du comte de Poitiers approchent, et voyent comment se livre la cire à la cour du seigneur de VentaJour. « En disant cela, ilniontesurson char, et avecune cognée il coupe les cen les d'une grande tonne, d'où sortent et tombent à terre des formes de toutes grandeurs, et sans nombre de la cire la plus pure.. Le pavsan , ne daignant pas les ramasser, s'en re^
Jl« «HRONOLOGIE HISTORIQUE
tourne jivec son char à Malmont. Le cornte-duc voyant CPtte profusion , donna de grands éloges à la générosité du vicomle. J*our le paysan , hbles lui fit présent , et à ses enfants , du nianse de Malmont. Dans la suite , ils furent élevés au rang de chevaliers, et se font aujourd'hui, dit Geoffroi du Vigeois (pag. 322), que nous copions , les neveux d'Archanibaut de Solignac. La chevalerie ne supposait donc pas nécessairement la noblesse, comme elle Ta sujiposée dans les siècles suivants par Fusage, plutôt que par une loi expresse. Mais si la chevalerie au douzième siècle ne supposait pas toujours la noblesse, il est certain qu'elle la donnait à ceux qui ne l'avaient point par leur nais^ gance, puisque tout chevalier était appelé munseigneuj-, et sa femme qualifiée dame , tandis que celles des simples écuye(-s n'étaient appelées que demoiselles.
GUILLAUME VIII, x^ du nom, duc d'Aquitaine.
ï 127. Guillaume VIII, né à Toulouse l'an 1099 , de Guiî- Jaume Vil et de Philippe, était absent lorsque son père mourut, îl revint en diligence à la nouvelle de sa mort , pour lui rendre les derniers devoirs , et recueillir son ample succession, il avait eu de violentps contestations avec lui. Raoul de Direio dit , sur l'an 1112, qu'irrité des mauvais traitements que sa mère éprouvait de la part de son époux, il prit les armes pour la venger ; et qu'après avoir fait la guerre pendant sept ans à son père , il fut prit dans un combat, et obtint par sa soumission le pardon de §a révolte. S'il fut de mœurs plus réglées que son père , 11 ne lui céda point du côté de Tambilion. L'an ii3o, le deslr de s'agrandir lui fit concevoir le dessein de s'emparer de Châtel-Alllon, place maritime à deux lieues, ou environ, de la Pvochelle , et chef-lieu d'une partie au moins de l'Aunis. Le seigneur qui en çtait possesseur alors, se nommaù Isambert, et portait le titre de prince. ( Besll le surnomme le Pacifique, et dit qu'il était le quatrième de son nom-) Gulllaurae, voulant lui ôter les moyens de se défendre , attire à sa cour les seigneurs qui relevaient d'Isambert, et, les ayant en son pouvoir. Il part aussitôt avec une armée qu'il avait toute prête, et vient subitement investir li ville (le Châtel-Alllon par terre, tandis qu'une flotte, qu'il avait fait équiper , arrive pour achever de la bloquer par mer. Jsr.mbert , quoique surpris, ne laisse pas de se mettre en état de défense , et fait léle à l'ennemi depuis le 1 1 août jusqu'au commencement de décembre. Il l'eût même fait plus long-lems, si ses gens l'eussent mieux secondé. Mais s'apercevant à la fin {|u'll était trahi par les principaux d'entre eux, 11 prit le parti de rendre la place. Le duc, non content de celte usurpation , lui 4eHiande encore le chàLçau de Llsle^iu , situé à deux milles de
i)ÉS ëOMTÈS DE POITIElis , tic. i I t
Ciiâtel-Aîllon. ïsambert l'ayant refusé, va se renfermer dans la place , où il sonlient un siège d'une année entière. Mais les vi^ Vres lui manquant , il fallut enfin capituler, isambert convient de rendre le château avec toute la province, à condition d'ëA partager les revenus avec le duc : ce qui fut exécuté. L'île tîâ Ilhé, que possédait également Isambert, ne fut point compr Sa dans cette capitulation, et lui resta en propriété. S'y étant l-e^ tiré, il Y finit ses jours, et fut enterré dans le parvis de l'égUsê de Saint-Martin de l'ile d'Aix , qu'lsambert, son aïeul ^ avail donnée à Tordre de Cluni. C'est ainsi, dit Richard de Clùtti, que le duc Guillaume se rendit maître par violence d'une I ëllS province , sur laquelle il n'avait aucun droit. Richard àjoulS que la cause de tout le mal fut Aliène, femme d'Isambcttj l'une des plus niéchantes de son tems : Hujus misenœ caput et inidum fuit Aliéna u.vur domijii Isumherti , quonlam una dejtlid— lus Belial ab omnibus dicebatur. (Bouquet, tom. XII, p. 419») BesU tranche en deux mots celle expédition ^ et se trompe j 1". en la rapportant à l'an 1117; 2.°. en nommant Ameline iâ femme d'ïsambert. L'an i i3i , au plus tard, séduit par Gérard j évéque d'Angoulème, le duc Guillaume embrasse l'obédienGâ de Tanti-pape Anaclet^ après avoir reconnu celle d'Innocent lit Il persista dans le schisme jusqu'en ii35 , sans vouloir se reil = dre aux exhortations des personnes vertueuses et éclairées qui l4 pressaient d'en sortir. Il était réservé à saint Bernard de triompher de son obstination. Ce grand homme , après avoir d'abord échoué comme les autres dans les remontrances qu'il lui fitj s a= visa pour le terrasser d'une vole extraordinaire qui n'était permise qu'à lui seul. Un jour, tomme il disait la messe dans m\è église de Poitiers ^ le duc se tenant à la porte, il prend l'hosliê en main , et vient à lui les yeux enflammés : Foici, lui dit-il ^ votre Dieu et i>otré juge ^ userei-^ous le mépriser? Le duc ^ sUrprij et attendri , déclare sur-le-champ qu'il reconnaît Innocent poiir le vrai pape. On le réconcilie à l'église, et le schisme finit êrl Guiennc. L'année suivante, Guillaume s'étant ligué avec Ge&ffroi Plantagenet, comte d'Anjou , pour attaquer la Normandie^ il entre dans celte provittce au mois de septembre, et y coiii= met des ravages qui lui attirent, dit Orderlc Vilal, l'exécratidii de tout le pays. A son retour, désirant d'avoir un fils, il prend pour épouse L.mme , fille d'Adémar III , vicomte de lilmoges^ teuve de Bardon de Cognac. Mais Guillaume TalUefer^ fils def Tulgrin, comte d'Angonléme, qui l'avait recherchée avant llii^ a la hardiesse île la lui enlever. (]ette affaire eût eu de terribles suites, disent Geoffroi du Vigcois et la chronique de Limoges^ sans un pèlerinage, dont le duc avait fait vœu et qu'il croyàlf ne pouvoir plus différer. Avant de l'entreprendre, il fit son tës= lament , par lequel il donnait son duché à liléonore, sa uité
Il2 CHRONOLOGIE HIST0RÎQÎ7Ê
aînée, qu'il destinait pour épouse, sous le bon plaisir de se* b.iions, à Louis, fils aîné du roi J>ouis le Gros, et ses terres et châteaux de Bourgogne à Péronnelle, son autre fille : Peronnelloe V'iàfiliœ Ttieœ possessîunes meus et castella quœ in Bitrgiindia , ut ptt)les Gerardi diirîs Bur^undlœ ^ possideo. (Bouquet, tom. XII, pai;. l\io.) Gérard , duc de Bourgogne , dont il s'agit ici, n'est: point autre que le fameux Gérard de Roussillon. J.a question est lie savoir comment les ducs d'Aquitaine descendaient de lui , et (jnels étaient ces terres et châteaux qu'ils possédaient en BourgogiiC. Mais toujours est-il certain, par ce testament, qu'ils prétendaient descendre de ce duc , et qu'ils jouissaient , en Bourgogne , de terres et châteaux qu'ils prétendaient leur être venus de lui. Nous n'ignorons pas, à la vérité, que Besli regarde ce testament comme supposé, prétendant que le véritable existe aux archives de Mouslier-Neuf Cependant , quoiqu'il fut à portée de le voir, s'il eût existé, et qu'il eût été de son devoir de l'insérer parmi les preuves de son histoire, il n'en donne pas même la substance , et personne , avant ni après lui , n'a dit l'avoir vu. C'est donc une pure supposition de Besli que son assertion sur ce point. Le duc Guillaume, l'an 11^7 , se met en route pour Saint-Jacques de Composlelle. Saisi d'une maladie violente à son arrivée en cette ville, il y meurt dans l'église le A cndredi-Saint , 9 avril, pendant qu'on chantait la Passion, nprès avoir confirmé de vive voix sort testament, en présence des barons qui l'avaient accompagné. (Bouquet, tom. XII, pag. 83, iiy, 198.) AéNOR, sa femme, sœur du vicomte de Châlelleraut , outre les deux filles qu'on vient de nommer, lui avait donné un fils appelé Guillaume, que sa valeur fit surnommer le Hardi, et qui mourut sans lignée avant lui.
ELEONORE et LOUIS LE JEUNE,
iiSy. ÉlÉomore, fille aînée de Guillaume X , et héritière de son duché, née vers l'an ii2.3, épousa, le 22 juillet i iSy, à Êordeaux, le roi Louis le Jeune, qui la fit en méme-tems couronner reine de France. Le 8 d'août suivant, il fut lui-même couronné duc d'Aquitaine à Poitiers. « Ce duché, dit l'historien f, du Languedoc, qu'il réunit pour un tems à la couronne par j. son mariage avec Eléonore , comprenait alors les comtés par- ,> ticuliers de Poitou et de Limosin , avec l'autorité suzeraine j, sur le reste de la province ecclésiastique de Bordeaux , ou j> d'Aquitaine seconde. Il comprenait aussi la Novempopulanie, i, ou province d'Auch , c'est-à-dire le duché de Gascogne , et j) les comtés particuliers de Bordeaux et d'Agen , qui avaient » été réunis au domaine des comtes de Poitiers, vers le milieu « du onzième siècle, par le mariage de Brisque , qui en était
DES COMTES DE POITIERS- IlS
» liéritière , avec Guillaume VI , aïeul du père d'Eléonore. Ce w dernier possédait aussi la partie de la Touraine, située à la a> gauclie de la Loire ». A ce détail, que D Vaissète emprunte d'Èrnaud de Bonneval, il faut ajouter, comme on l'a vu, la suzeraineté sur T Auvergne , qui est de la province ecclésiastique de Bourges. Mais les autres pays qui appartiennent à l'Aquitaine: première, ou à la province ecclésiastique de Bourges, relevaient des comtes de Toulouse qui jouissaient eux-mêmes de l'autorité ducale, tt dominaient alors immédiatement sur le Querci, l'Albigeois, le Rouergue , le Gévaudan et le Vêlai. De là vient que quelques auteurs , pour distinguer ces deux portions de l'ancienne Aquitaine, donnent le nom de Guienne à celle dont les comtes de Poitiers se qualifiaient ducs ; mais ce nom n'a pas été en usage avant le treizième siècle. Louis le Jeune , pendant sort séjour à Bordeaux, donna des lettres-patentes, par lesquelles il rendit au clergé d'Aquitaine la liberté des élections, et la jouissance des revenus des bénéfices vacants. (Laurière, Ord. , tom. L) L'an ii5o, ou environ, Louis et Eléonore donnèrent uh code maritime à l'île d'Oléron , pour la diriger dans son commerce qui était alors très- considérable. Ce code, appelé d'abord les lois d'Oléron , et ensuite, par corruption, les lois de Layron, ser\it de règle pour la navigation de l'Océan. Ce n'était dans le fond qu'une imitation du droit rhodien^ célèbre dans la Méditerranée , connu des Romains dès le tems d'Auguste, et adopté parles empereurs suivants. La ville maritime de Visby , dans l'ile suédoise de Gothland , ayant dans la suite adopté les lois de Layron avec quelques modifications, elles sont devenues la règle du commerce de la mer Baltique. Ainsi , les trois mers les plus fréquentées avant les derniers progrès de la navigation, reçurent de trois villes marchandes des lois pour la direction du commerce maritime de l'Europe.
L'an n52 , Louis, mécontent de la conduite licencieuse d'Eléonore , fit prononcer la nullité de son mariage le i îS mars au concile de Beaugenci , pour cause ou plutôt sous prétexte de parenté. Ce furent Godefroi, évêque de Langres, et Saint- Bernard qui lui donnèrent ce conseil, et il n'y avait plus alors de Suger pour contre-balancer leur autorité. Eléonore , en se séparant de son époux , emporta sa dot , c'est-à-dire la propriélé de l'Aquitaine, qui fut démembrée de la France après y avoir été réunie l'espace d'environ quinze ans. Quelques politiques modernes accusent Louis d'avoir fait une lourde faute en rendant à Eléonore sa riche dot. « Mais , observe judicieusement » Mezerai, pouvait- il répudier cette femme et ne pas lui rendre » ses terres ? Les grands du royaume l'eussent-ils souffert , et w les peuples d'Aquitaine eussent-ils facilement abauJonne X. i5
Il4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
M leur dame? »> {Vuy. Louis VII, roi de France.') Eléonoré," au sortir de Beaugeiici , se rendit à Blois auprès du comte Thibaut. Mais avertie que ce prince voulait l'arrêter et se rendre maître de sa personne , elle se sauva de nuit , et vint à Tours. Le séjour qu'elle y fit ne fut guère plus long qu'à Blois. Persuadée que , dans la situation où elle se trouvait , rien ne lui convenait mieux que de résider dans ses étals, elle s'achemina vers Poitiers. Mais Geoffroi, frère du comte d'Anjou, la prévint, et, dans le dessein de l'enlever et de l'épouser, il alla l'attendre au port de Piles sur les confins de la Touraine et du Poitou. On donna avis de l'ambuscade à la princesse qui l'évita en prenant une autre roule. Arrivée à Poitiers, elle y fit le premier acte de souveraineté en confirmant les privilèges et donations pieuses de son père et de ses ancêtres.
ELEONORE et HENRI D'ANJOU.
ïiSa. Henri, duc de Normandie et comte d'Anjou, fils d« Geoffroi le Bel ou Planlagenet, et de l'impératrice Mathilde, depuis roi d'Angleterre , épouse à Poitiers la duchesse Eléonore, le i8 mai de la même année qu'elle fut séparée du roi Louis le Jeune. Jean Bromplon (col. lOyS) nous apprend que ce mariage se fit contre l'intention de Geoffroi Plantagenet , père de Henri. Suivant cet historien, Geoffroi de son vivant (il était mort pour lors) , afin de détourner son fils d'épouser Eléonore dans le cas du divorce qu'il prévoyait , l'avait averti qu'il avait eu commerce avec elle pendant qu'il faisait les fonctions de grand-sénéchal à la cour de France. Mais Henri prit toujours l'intérêt pour la règle souveraine de sa conduite. Les barons d'Aquitaine passèrent à regret sous sa domination. L'an 1167, irrites des atteintes que ce prince ,. alors roi d'Angleterre depuis douze ans , donnait à leurs privilèges , et d'ailleurs excités par le roi de France , ils se soulèvent contre lui et ravagent le pays. Henri passe aussitôt dans ce duché , bat les rebelles , prend leurs châteaux, et, appeléailleurs, il laisse le gouvernement delà province à son épouse et au comte de Salisberi. Celui-^ci, l'année suivante, fut tué par Gui de Lusignan en revenant du pèlerinage de Saint-Jacques en Galice. Henri, à cette nouvelle, revole en Aquitaine, poursuit l'assassin et l'oblige à s'expatrler. Gui passe en Palestine , où s'étant mis au service du roi Amauri, puis de Baudouin le Lépreux, son successeur, il s'acquit par sa valeur, dit Roger d'Hoveden , l'estime de toute la noblesse du pays. C'est le même qui dans la suite devint roi de Chypre. Henri, sur la fin de la même année, dans une conférence tenue pour la paix avec le roi de France , cède l'Aquitaine à
DtS COMTES DE POITIERS. n5
Richard , son fils. Ce furent Henri et FLléonore qui firent murer la ville de Poitiers. ( Martenne. Amplis, coll. » torne V , -col. 1 155. )