JACQUES I
iiiiS. Jacques , ou don Jayme , fils de Pierre II , joi d'Aragon et de Marie de Montpellier, né le 2. février 1208 , était, à la mort de son père , entre les mains de Simon de Montfort. Son père l'avait donné, l'an 1210 , en otage à ce général pour sûreté des conventions qu'ils avaient faites ensemble par rapport aux conqu(Hes que Simon faisait ou se proposait de faire sur les Albigeois et leurs partisans. {Gnill. de Podi'o Laurent.) Simon ayant refusé de le rendre après la mort de don Pèdre , les Aragonais s'adressèrent pour le ravoir au pape Innocent III , qui chargea son légat de retirer le jeune prince des mains du comte de Monifort et de le remettre dans celles de ses sujets. La chose fut exécutée suivant les ordres du pontife. Don Jayme , l'an 121H, fait expédier une charte par laquelle il confirme ïes privilèges de Montpellier et prend sous sa protection les douze consuls et tor.te la bourgeoisie de cette ville. L'an 1221, au maringf de don Jaymi' avec Eléonore DE CaSïille , qui se fit à Tarragoïie , assistèrent les députés de Montpellier, qui présentèrent à leur maître une pièce de drap d'or qu'un marciiand avait fait venir du Levant. L'an i23i , après la conquête <le Majorque , don Jayme se rendit à Montpellier. Il y fut reçu avec des acciainalio.is et d autres marques de joie, dont il marqua sa reconnaissance par diverses grâces qu'il accorda •lu corps de cette ville. Des tioubles qui s'élevèrent à Montpellier en i2.')4 et i2''<8, y rapp<dèrent deux fois ce prince, qui vint à bout par sa prudence de les calmer. Les villes de Mont- ]Kdlier et de Marseille faisaient alois presque tout le commerce de la France dans la Méditerranée et le Levant. Une querelle , <|ui s'éleva au port d'Acre , entre les marchands des deux villes , occasiona , l'an 1264 , une guerre ouverte que Charles, comte de Provence , après avoir soumis Marseille à sa domina-
MS SEIGNEURS DE MONTPELLIER. l5
tîon, tenta vainement de terminer par un acrommodemcnî. Ce fut l'obstination des Marseillais à vouloir réduire ceux de Montpellier sous leur consulat qui fit manquer la négociation. Ces derniers renouvelaient dans le même tcms leurs efforts pour se soustraire à l'autorité du roi d'Aragon, et s'ériger en république. L'évèque de Maguelone et le vicomte de Narbonne entrèrent dans la ligue qu'ds formèrent à ce dessein. Pour s'appuyer de la protection de la France , ce prélat déclara , le i5 avril lijHS, devant le sénéchal de Beaucaire , que la villt; de Montpellier et ses dépendances avaient été de tout terns un fief de la couronne de France, et que lesévéques, ses prédécesseurs avaient toujours tenu en fief des rois de France leur domaine temporel. Les rois de France et d'Aragon mirent cette affaii'e en compromis. Mais les arbitres n'ayant rien conclu, les infants d'Aragon en vinrent aux arme.^ , et commirent dans l.i sénéchaussée de Carcassonne des hostilités que le sénéchal du pays fut chargé de réprimer. I,a paix se fit enfin , le 9 juin iz^'j, entre les Marseillais et ceux de Montpellier, par les soins du comte de Provence qui avait interposé de nouveau sa médiation. Les seconds , abandonnés du roi de France , prirent aussi le parti de recourir à la clémence du roi d'Aragon , qui, étant arrivé près de Montpellier, le 10 décembre laSS , leur pardonna, et fil ensuite une entrée solennelle dans la ville où il fit un assez long séjour.
Don Jayme, l'an 1262, fait entre ses deux fils, don Pierre €t don Jayme , un partage , par lequel il donne au premier la Catalogne , l'Aragon , avec le royaume de Murcie ; et au second l'île de Majorque avec tout ce qu'il possédait en-deçà des Pyrénées, et par conséquent Montpellier. S'étant rendu, Fan 1274, au concile général de Lyon, il assista aux deux premières sessions tenues le 2. et le i<S mal. Il mourut. Fan 1276 , le 27 juillet, d'une maladie causée par le chagrin qu'il eut de la perte d'une bataille qu'il avait livrée aux Maures. ( Foy. D. Jayme 1*'., roi d'Aragon.)
JACQUES n.
1276. Jacques II, ou Jayme, à qui Jayme I^^,dontil était le second fils, avait assigné, par le partage fait entre ses enfants, l'île de Majorque et ses terres de France , dès lan 1:162 , ne paraît avoir pris possession de la seigneurie de Montpellier qu'après la mort de son père. Ce ne fut en effet que la même année de cet événement qu'il commença à faire des acîes d'autorité dans cette ville. Il y reçut, en i2-(», les hoinmag;'? de plusieurs de ses vassaux, et leur accorda ensuite plusieurs pri-
îB CHRONOLOGIE HISTORIQUE
viLéges datés de l'abbaye de Sainl-Tibérl. L'an 127S, don Pôtire m, roi d'Aragon, son frère, jaloux de l'avantage (jue leur père lui avait fait, l'oblige à lui faire hornnnage de tons ses domaines comme à son suzerain. Mais don Jayme excepta , dans l'aveu et dénombrement qu'il lui donna, les fiefs qu'il tenait de l'église de Maguelane. Don Jayme eut à J'oulousc, l'an 1281 , avec Philippe le Hardi, roi de Fiance, et Charles \^'. , roi de Sicile et comte de Provence, une conférence dans laquelle il fit alliance avec ces deux monarques ; il y obtint aussi que les appels des jugements de ses officiers de Monlpellier seraient relevés à la cour de France, et non devant le sénéchal de Beaucaire , comme Charles l'^ le prétendait. Don Pèdre , excommunié par le pape Martin IV, et déclaré déchu de ses étals, enlève à don Jayme, l'an labS, le Roussillon par où il prévoyait que le roi Philippe le Hardi , qui venait à lui avec une grande armée, devait pénétrer dans l'Aragon. Celte diligence préserva l'Aragon de l'invasion dont il était menacé , et fit des états du roi de Majorque le théâtre de la guerre.
Le roi Philippe le Bel , l'an 1293 C n. st. ) , acquiert de l'évêque de Maguelone la partie de Montpellier appelée Montpellieret , et qu'on nomma depuis la Part-antique^ portion qui faisait les deux tiers de la ville et que les évêques de Maguelone , comme on l'a dit , s'étaient toujours réservée. Les lettres-patentes, nue le monarque fit expédier à ce sujet, sont datées du mois de mars 1292 ( v, si.) Dudum tractata fuit ^ y est-il dit, inter gente.s nostras et gentes episcopi Magalonemis super permutatlone partis episcupahs Moutispessulani , (fuod imigariter dicitur Monspessulauetus . Le roi fit cette acquisition dans la vue d'augmenter son autorité dans une ville dont les habilauls, soumis à lin prince étranger, n'avaient pas toujours pour lui et pour ses officiers la déférence qui lui était due en qualité de souverain. Pour dédommager l'évêque il lui donna trois cents livres de rente en fonds de terre , et celte rente fut assise principalement sur l'ancienne baronnie de Sauve. Par cet échange, le roi tle Majorque , qui n'était qu'arrière-vassal de la couronne de Fiance, pour la seigneurie de Montpellier, drvinl son vassal immédiat. A peine l'échange eut-il désigné, que le sénéchal (le Beaucaire eut ordre d'en aller prendre possession pour le roi son maître, ce qu'il exécuta avec la plus grande solennité. Charmé de sa nouvelle acquisition, Philippe le liel donna sc% soins pour l'illustrer. Il établit à Montpellier un siège de justice, auquel ressor tissaient tous les habitants de cette Part-antique et de son territoire; il y \vâns(éra la cour rigoureuse du petit scel , que le roi saint Louis avait érigée dans la province en i2.'54, et qui siégeait alors à Aigues-Mortes ; il y créa une bourse da
BES SEIG^EUFlS DE MONTPELLIER. ij
marchands ; il y institua une bourgeoisie royale, et enfin il y transféra la monaie royale qui était à Sommières où elle avait été nouvellement transportée de Melgueil. Le roi de Majorque était cependant dépouillé de son royaume par le roi d'Aragon , et se trouvait réduit à ses états situés en-deça des Pyrénées. Hetabli en 1298, il vécut en paix le reste de ses jours L'an i3o5 , il vint à Montpellier où il reçut le pape Clémetit Y nouvelleïnent élu. Ce fut dans cette occasion qu'il rendit au pontife l'hommage qu'il lui devait pour les royaumes de (^orse et de Sardaigne , dont il avait reçu Tinvestilure des papes ses prédécesseurs dans le cours des guerres de Sicile. {Ilist. de Mo'ifpellier. ) Ayant accompagné Clément V à Lyon , don Jayme y assista au couronnement de sa sainteté, qui se iit le i4 novembre de la même année. Clément V couronna lui-même , en l3o9 ) Robert , roi de Naples, à Avignon, cérémonie à laquelle se trouva le roi de Majorque, beau-père de ce prince , avec la reine Esclarmonde , sa femme, et Sanche, son fils. Il emmena de là son gendre à Montpellier où les annales de cette ville marquent qu'il était le 1*^^ août. Ce fut le dernier voyage qu'il y fit. Deux ans après il termina ses jours à Majorque sur la fin de juin i3ii (et non pas la veille de la Pentecôte i3i2, comme le marque Zurita ) , à Tàge de soixante-huit ans. Jean. Damète, qui imprimait en 16S1 son histoire des îles iîaléares , dit que cette année son corps fut trouvé sans corruption dans la chapelle royale de la grande église où il était inhumé ( Voy. les rois de Majorque. )