GUILLAUME TAILLEFER IV
ï i4o. Guillaume IV était dans sa première jeunesse lorsqu'il succéda à ^yulgr^n , son père, au comté (rAngoulcmc, A peine fut-il en possession de sa dignité, qu'il inquiéta Lambert, son évèque , et voulut lui retrancher certains droits dont il jouissait. Le roi Louis le Jeune, à qui le prclal en porta ses
f)laintes, écrivit au comte, pour lui ordonner de rendre à 'éi^lise d'Angouléme ce qu'il lui avait enlevé. Guillaume, à ce qu'il paraît, obéit. Il se tourna ensuite contre ses barons, qu'il, porta à se soulever , par les entreprises qu'il fit sur eux. Ses propres frères, qu'il n'épargnait pas, se joignirent aux mécontents. L'an ii47i s'étant embarqué avec le comte de Toulouse ( Alfonse-Jourdain ) pour la croisade, il reçut un accueil disdistingué à la cour de Constantinople, où il passa; ce fut un des seigneurs (uii .perdirent le moins de monde dans celte expédition. L'historien des évêques et des comtes d'Angouléme dit même qu'il parvint sain et sauf à Jérusalem avec toute la division f|u'il conduisait, tandis que l empereur et le rai de France perdirent la plus grande partie des leurs en traversant les déserts de l'Asie; qu'il soulagea de ses propres fonds la misère de la plupait des chevaliers réduits à la mendicité , et qu'il effaça tous les autres seigneurs et princes, par ses libéralités. De retour en France, il eut une rude guerre avec Ranulfe d'Agernac, son beau-frère, qu'il prit dans une rencontre où RanuFfe venait à lui avec des forces beaucoup supérieures aux siennes. Guillaume Manigot, qui était accouru pour délivrer Ranulfe, eut le même sort. Ce ne furent pas les seuls ennemis que le comte Guillaume eut à combattre. Il semblait que toute la noblesse de TAngoumois et des environs fût conjurée contre lui. On vit encore ses frères, Foulques et Geoftroi-Martel, lui déclarer la guerre, et ce ne furent pas les moins acharnés de ses ennemis. JNiais enfin sa valeur triompha de leurs aï Laques. S'etant joints à Foucaud d'Archiac , à Itier de Cognac, à (iui de la Rochefoucauld, et à plusieurs autres barons, ils étaient veims à bout de lui enlever la forteresse de Macurie. Mai< ils
nVn restèrent pas long-tems maîtres, et Guillyume la reprît en moins d'un mois tl'inteivalle après un siège vigoureusement poussé. Jl aitaqua ensuite le château de la Rocliefoucauhl, dont il pii'.a et livra les dehors aux flammes. C'est tout ce que nous appiend de cette guerre l'ancien historien des éveques et des comtes d'Angoulème, publié par le P. Labbe. {^Bihl. no. mss.y
L'an 11G8, mécontent de Henri II, roi d'Angleterre, le romte Guillaume forma une ligue contre lui avec le comte de la .Marche, et d'autres vassaux du duché d'Aquitaine, sous la rolection du roi de France. Henri, apprenant qu'ils dévastent e Poitou, vient sur les lieux avec une armée, poursuit de poste en poste les rebelles , et les oblige , l'année suivante , à venir lui demander pardon à Montmirail. ( Robert du Mont.) L'an I lyS , nouvelle ligue formée contre le roi d'Angleterre et contre le duc Richard, son fils, par le comte d'Angoulème, le comte de la Marche, et les vicomtes de Limoges, de Venta— dour et de Chabannais. Pour appuyer leur révolte, ces seigneurs soudoient les Brabançons, espèce d'aventuriers qui vendaient leurs services au plus offrant. A la tête de ces brigands, les confédérés firent des ravages horribles dans le Poitou. Mais Jean aux belles mains ^ évèque de Poitiers, ayant rassemblé des troupes à la hâte, et s'étant joint à Thibaut Chabot, chef de la milice d'Aquitaine, tous deux fondirent en même tems sur eux, en tuèrent un grand nombre, en brûlèrent plusieurs dans les maisons où ils s'étaient retranchés, et contraignirent le reste à se réfugier dans une tour , abandonnant leur bagage à ceux qui les poursuivaient. L'année suivante, le duc Richard, revenu d'Angleterre, où il était pendant les derniers lavages, taille en pièces, entre Bouteville et Saint-Mégrin , vers la fin de mai , les nouvelles troupes que les coiifedérés avaient levées, prend et rase leurs châteaux , et force en dernier lieu celui de Moulin-Neuf, dans lequel il fait prisonnier le comte d'Angoulème avec son fils et les autres chefs de la ligue. Renoit de Féterboroiigh dit que ce fut dans Angoulème «lu'iis fîirenl pris. jNous verrons de nouveaux détails de cette alfjire sous le successeur de Guillaume. Celui-ci , remis en liberté quelque tems après, entreprit, avec d'autres, une nouvelle expédition à la Terre-Sainte. Ils partirent au mois de juillet 1 178; mais le comte d'A.ngoulème ne passa point la ^Sicile , et mourut le 7 août suivant à Messine , selon Geoffroi du Vigeois. Il avait épousé, 1". du vivant de son père, Emme fille d'Aiinar ou Adéniar 111 , vicomte de Limoges , après l'avoir enlevée, suivant Geolfroi du Yigeois , à Guillaume X, duc u'Anuitaine, pendant son pèiciinage de Saint-Jacques; et cela
DES COMITES d'aNGOULÊME. iS.^
par le conseil des seigneurs limosins , qui redoutaient la domination des Poitevins; 2.^. l'an ii5o, Marguerite, fille de Raymond I , vicomte de 'J'urenne , veuve d'Adémar IV, vicomte de Limoges, puis d'Ebles lil, vicomte de V^entadour, dont il eut, entr'autrcs enfants, Wulgrin , qui suit ; Guillaume et Adémar , qui lui succédèrent ; Hélie , qui fut un guerrier fameux ; et Almodis, femme, 1°. d'Araanieu IV, sire d'Albret; 2*. de lîernard , vicomte de Brosse.
WULGRIN TAILLEFER III.
1178. WuLbRiN III, successeur de Guillaume, son père, ne lui survécut pas deux ans entiers, suivant Geoffroi du Vigeois , qui met néanmoins sa mort au 29 juin de l'année 1181 , en quoi cet écrivain se contredit. Nous pensons qu'il a voulu dire trois ans au lieu de deux. Il paraît que Wulgrin était associé à son père dès l'an 11 76; car c'est lui que Raoul lie Diceto ^ qui le nomme Bulgarin , donne pour auteur principal des ravages que firent, cette année dans le Poitou, comme nous l'avons déjà dit , les seigneurs d'Aquitaine confédérés contre le duc Richard, qui était pour lors en Angleterre. Mais Jean, éi^ér^ue de Poitiers^ dit cet historien , ayant rassemblé de toutes parts des troupes auxiliaires, et, s' étant joint à Thibaut Chabot qui commandait la milice ducale , marcha contre ces des-' tructeurs de châteaux , ces pillards de campagnes , ces brûleurs d 'églises , ces oppresseurs de vierges ; et les ayant rencontrés dans la plaine de Brezé , il partagea son armée en quatre corps qui fondirent en même tems sur eux, en tuèrent un grand nombre, et obligèrent les autres à se sauver dans une forteresse , avec tant de précipitation, qu'ils abandonnèrent tout leur bagage ii l'ennemi. Cet avantage ne dissipa point la ligue. Roger d'Hoveden nous apprend qu'elle coniinua pendant trois ans ses déprédations, sous le mi^me Wulgrin qu'il appelle Bugrius. Mais l'an 1178 ^ le duc Richaid , dit-il, vint à iDout de la détruire, yiprès avoir réduit, ajoute-l-il , le comte de Bigorre , il prit Grnçai , Marliltac, GranviUe , Talllebourg , Pons, toutes places fortes qu'il fit raser ; força ensuite le comte d'Angovlénie de lui remettre cette ville avec le château de Montignac , et en fit abattre les murs. Raoul de Diceto met ceci en 1177 , et dit que Richard obligea de plus le comte avec ses complices de passer la mer pour aller demander grâce au roi son père ; ce qu'ils obtinrent à \Vinchesler, le 21 septembre. Vv'ulgrin ne laissa qu'une fille, nommée Mathil'le, à qui ses oncles, Guillaume et Adémar, disputèrent la succession de son père. Le duc Hichard, depuis roi d'Angleterre, avant pris sa défense, les chassa du pays; mais hientat
igo CHRONOLOGIE HISTORIQUE
ils y renlièreni à la faveur de la division qui s'éleva entre Richard et ses frères. r
MATHILDE, GUILLAUME et ADÉMAR, ou AIMAR.
ii8i. Mathilde , fille de Wulgrin III, se maintint , aveu lii protection du duc Hichard, dans une partie del'Angoumois, dont l'autre demeura entre les mains de ses oncles , Guillaume V et AiMAR. Mathilde avait aussi dos prétentions bien fondées sur le comté de la Marche , dont Hugues IX , sire de j^usignan , s'était mis en possession. Pour terminer leur différent, elle consentit à la demande qu'il lui fit de sa main , et l'épousa. ( Voy. les comtes de la Marche.') Guillaume V, oncle de Mathilde, mourut vers le même tems ; et, comme il ne laissa point de postérité, sa succession fut recueillie par son iière. L'an n88, Aimar étant entré dans la confédération de plusieurs seigneurs poitevins et du vicomte de Limoges, contre le duc Richard, dévaste avec eux les terres de ce prince, qui ne tarde pas à leur rendre la pareille. ( Bened. Pelroburg. ) L'an iiga, tandis que Richard, devenu roi d'Angleterre, était à la croisade, Aimar profita de son absence pour achever de dépouiller sa nièce. La nouvelle de la captivité de ce prince l'enhardit ensuite à se jeter sur ses terres, qui souffrirent beaucoup des excursions d'Aimar et de ses confédérés. Ils commirent ces hoslllilés d'autant plus librement, que le sénéchal de Gascogne, seul capable do leur résister, était malade pour Inrs. Mais étant revenu en santé, il monra aussitôt à cheval et prit sa revanche. Le prince de Navarre, Sanche le Fort, beau-frère de Richard , vint se joindre au sénéchal , suivant Guillaume de Newbrige , et contribua beaucoup aux succès de ses armes, qui furent néanmoins balancés par des revers. Geoffroi de Rançon , sire de Talllebourg , l'un des plus formidables alliés d'Aimar, mourut dans ces entrefaites, et laissa un vide considérable dans le parti du comte. Mais sa mort ne termina point la guerre. L'an iig+i Richard, de retour dans ses états, vient en personne dans l'Aquitaine, avec une puissante armée, assiège Talllebourg, (jull prend par composition , et se rend maître de toutes les autres places qui d.!pendaient de ce château ;, de là , étant passé dans l'Angoumois , il soumet tout ce pays avec une telle rapidité , qu'en six heures de tems, il emporta la capitale après un assaut des plus sanglants. C'est ce qu'il marque dans une lettre du ii3 juillet de celte année (iit)4)i à Hubert, archevêque de Cantorberi , ajoutant qu'il avait fait prisonniers, dans cette guerre, près de trois cents chevaliers cl en\iron cjuar-aate mille
DES COMTES d'aNGOULÊME. lut
soldats. Philippe Auguste, qui avait excité la révolte de ces vassaux , demeura, pendant cette scène , dans l'inaction , pour ne point mettre obstacle à une trêve qui se ménae;eait entre les deux couronnes. Elle fut, en effet, conclue par leurs plénipotentiaires, le 2.6 juillet , entre Verneuil et Tilliôres, suivant Roger d'Hoveden. Aimar n'eut plus alors de ressource que dans la générosité de Richard. Il vint à bout de le fléchir et de rentrer dans ses terres par un accommodement , au moyen duquel il fiança sa fille unique , Isabelle , avec le fils de Ilugurs et de Mathilde , nommé comme son père. Isabelle , n'étant point encore nubile , fut remise entre les mains de sa bellemère future, pour assurer l'effet de la promesse. Mais, l'an 1200, comme on était près de célébrer le mariage, le roi Jean , successeur de Richard, engagea le père d'Isabelle à lui remettre sa fille, puis l'épousa; d'autres disent qu'il fenleva de force. Le jeune Hugues ressentit vivement cet affront. Résolu d'en tirer vengeance, il fil une ligue avec plusieurs de ses parents et amis, qui, s'étant réunis, portèrent le fer et le feu jusque sur les frontières de Normandie. Le roi Jean , pour les punir, confisqua leurs terres à son profit. Mais Philippe Auguste, à qui ces vassaux dépouillés eurent recours, prit chaudement leurs intérêts , et telle fut la première étincelle qui alluma cette longue et fameuse guerre des deux monarques , dont l'issue fut si funeste à l'Angleterre. Isabelle, après la mort du roi Jean , passa entre les bras de ce même Hugues , à qui elle avait d'abord été promise. Le père de cette princesse surrvécut à sa femme Alix , qui lui avait donné sa main après avoir été séparée de Guillaume I , comte de Joigni , son pre-?' mier époux. Elle était petite-fille de Pierre de Courlenai , fils du roi Louis le Gros, et mourut en i2i(S, peu de tems avant son époux. ( Voyez pour la suite des comtes d'Angoulêmc , Hugues X, Hugues XI, Hugues XII et Hugues Xlll de Lusignan ^ comtes de la MarcJie. )