I. GODEFROI DE BOUILLON
îogg. GoDÉFRoi DE BouiLLON fut élu Foi de Jérusalem, au J-efus du duc de Normandie et du comte de Flandre , dans l'assemblée des seigneurs croisés , tenue huit jours après la conquête de cette place, c'est-à-dire le 25 juillet logg. Mais avant son élection , les chefs de l'expédition, qui n'entendaient point abandonner au roi tout le fruit de leurs travaux , partagèrent le royaume de Jérusalem en quatre parties, qui devaient relever de la couronne, à la manière des grands fiefs de France: savoir, la seigneurie de Jérusalem, la principauté d'Antioche , le comté de Tripoli et le comté d'Edesse. liCs possesseurs de ces quatre parties avaient droit chacun d'avoir un connétable et un maréchal , avec cette prérogative de ne pouvoir être jugés que par leurs pairs , auxquels on ajouta dans la suite le connétable et le maréchal du royaume. La seigneurie de Jérusalem , qui fut laissée au roi comme la principale , d'où elle est appelée ordinairement par Albert d'Aix et par Guillaume de Tyr, le royaume , regnum, commençait à un petit ruisseau qui est entre Giblet et Baruth , villes maritimes de Phénicie, et finissait au. désert qui est au-delà de Daroun, du côté de l'Egypte. Elle comprenait les villes de Jérusalem , de Naples ou Naplouse , d'Acre et de Tyr, avec quelques autres places, bourgs et villages qui appartenaient spécialement au roi , et formaient son dotuaiue. Dans cette élcadue de pays , il se trouvait aussi trois
baronnies qui relevaient imme'diatement du roi j savoir, la principauté' de Jaffa ou Joppe' et d'Ascalon , de laquelle de'pendaient les scifjneuries de Rames , de Mirabel et d'Ibelin ; la principauté de Galilée et de Saiette , d'où relevaient Ce'sare'e et Betbsan ou Bessans , et les seigneuries de Crac et de Montre'al. Les propriétaires de ces baronnies avaient cour, coin , c'est-à-dii-e droit de monnaie, et baute-justice, comme aussi les seigneurs de Pvames , d'Ibelin, de Betbsan, de Saint-Abrabam , de Blancbegarde , d'Arsur, de Cbàteau-Pe'lerin , de Caiapbas , de Caimond, de Scandelion , de Sur, de Be'linas , de Baruth , et quelques autres , qui tous e'taientdans le ressort de la barounie de Je'rusalera. Les comtes de JafFa devaient au roi , en cette qualité' , vingt-cinq cbevaliers , et autant à cause d'Ascalon , quarante à cause de Rames et de Mirabel, et dix à cause d'Ibelin. Les princes de Galile'e devaient cent quatre-vingt-cinq chevaliers , tant à cause de la Galile'e , que de Ce'sare'e et de Betbsan. Les seigneurs de Crac et de Monlre'al , pour ces deux seigneuries, étaient taxe's à quarante cbevaliers. L'ëvèque de Lidde devait dix cbevaliers , l'arcbevêque de Nazareth six , et ainsi des autres. La ville de TVaples était taxe'e à vingt-cinq, celle d'Acre à soixante-douze, celle de Sur à vingt-huit. Les e'gbses et les bourgeois des villes devaient encore un certain nombre de sergents et de gens de pied. L'élection faite après ce partage, d'une conquête quin'e'tait que commencc'e , Godcfroi fut mené en ce're'monic à l'église du Saint-Sc'pulcre ; mais il refusa d'être sacre solennellement , et de porter une couronne d'or dans la ville où le Sauveur du monde n'en avait porte' qu'une d'e'pirjes. Plusieurs e'crivains du tems pre'tendent même qu'il refusa de prendre le titre de roi, cl se contenta de celui d'avoue'j ce qui fait regarder à du Cange , «ans ses notes sur l'Alexiade , comme suspect un sceau de Godefroi, rapporte' j^arDoutreman, dans la Vie de Pierre l'Hermite, et par Malbranq , dans son Histoire des Morins, où il paraît avec le titre de roi. Le 12 août suivant, il battit près d'Ascalon le calife d'Egypte , qui venait avec toutes les forces de son royaume tenter le recouvrement de Je'rusalem. On fait e'tat de cent mille mahome'tans qui périrent à cette journe'c, qu'on n'ose presque appeler bataille, tant les infidèles y firent paraître de lâcheté'. Après une victoire aussi complète , sans être fort glorieuse, toute la Palestine semblait devoir plier sous ses lois. Il échoua néanmoins devant Ascalon , qu'il assiégea ensuite. Mais il se dédommagea par la conquête qu'il fit de la Galilée, dont il donna la principauté à Tancrède. Il soumit aussi les places qui environii.'iicnt Jérusalem, et se procura un port à Jafta, qu'il fit fortifier. Il eût vraisemblablement étendu sa domination dans toute la Palestine , si Dieu lui eût accordé assez de vie pour la subju-
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guer. Mais le règne de Godefroi fut à peine d'un an , ce princff étant mort le 18 juillet iioo, à l'âge de quarante ans. Orderic Vital accuse faussement les habitants de JafFa de l'avoir empoisonne'. Sa ge'ne'rosite', sa valeur, sa modération, le firent ge'ncralement regreter, non seulement des Francs, mais des Grets et des Syriens, dont il avait gagne' l'eslinic. Tai trouvé , ditWasscbourg, un historien qui escrit ledit Godefroj de Bouillon avoir eu deux femmes. La première fut Sibille, fille de Foulques, comte d' Anjou , de laquelle il eut un fils nommé Godefroj; et une fille appelée Ide , qui rnorut en jeunesse. La seconde femme étoit Flore, fille d' Oloferne , roi de Calahre , dont il n^eut aucun enfant. Ce dernier mariage est visiblement et grossièrement controuvc. On pensera ce qu'on voudra du premier. Les chroniqueurs racontent des choses surprenantes de la force de ce prince. Guillaume de Tyr dit, qu'e'lant sur le pont d'Antioche, pendant le premier siège de cette ville, d'un coup de sabre il coupa presque en deux un turc qui avait une cotte de mailles 5 qu'en ayant atteint, quelques jours après , un autre qui e'tait à cheval, il le pourfendit depuis la tête jusqu'à la selle, et blessa même de ce cou])le dos du cheval. Un autre enche'rit sur celte merveille , en disant qu'une moiîie' du corps e'tant rcste'e sur la selle, fut porle'c parle cheval dans la ville, où ce spectacle re'pandit l'effroi. Guillaume de Tyr dit encore que Godefroi , dans une autre rencontre, ayant vu un ours prêt à dévorer uri homme , il l'avait saisi de la main gauche , et de la droite lui avait enfonce' dans le corps son e'pe'e jusqu'à la garde. L'une des plus imporlantes ope'rations politiques de Godefroi , pendant la courte dure'e de son règne, fut ce code de lois, qu'il fit publier sous le nom à^ Assises de Jérusalem , pour re'gir ce ramas de différentes nations , dont son royaume et les principaute's qui en relevaient, e'taient compose's. Il témoigne lui-même que ce code e'iait re'dige' sur les coutumes qui s'observaient en France lorsqu'il partit pour la Terre-Sainte. L'autographe de ces assises, muni de quatre sceaux, fut de'pose , pour plus grande sûreté', dans Je temple du St.-Se'pulcre. Cela n'empêcha pas néanmoins que dans la suite on ne fit différentes re'formcs à ces lois. Jean d'Ibelin , conne'table du royaume de Je'rusalem, les mit en meilleur ordre \'ers l'an isSo. Gui de Lusignan, à son avènement au trône de Chypre, les ayant introduites dans ce royaume, elles y reçurent, sous le roi Pierre I, une nouvelle forme , et l'original en fut placé dans le tre'sor de l'c'glise de Nicosie. Mais, sans les soins de la Thaumassière , qui les a fait imprimer à la tête des Coutumes de Beauvaisis, nous serions re'duits à chercher dans des manuscrits poudreux le texte d'un ouvrage si ne'cessaire pour la connaissance de l'histoire de la Terre Sainte,et de la Syrie chrétienne. (Paciaudi.)