‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 84 sur 416 · ÎII. RAIMOND ET CONSTANCE · texte numérisé non relu

ÎII. RAIMOND ET CONSTANCE

Ti'an Ii56, Piaibiond , fils puîné de Guillaume VU, comte de Poitiers , et de Philippe de Toulouse, mandé en Syrie par le roi Foulques , devintprince d'Antioche par son mariage avec la jeune Co'.STAiNCK ; elle n'était cependant pas encore nubile , comme l'a remarqué Guillaume dcTyr ( L. xvi , c. 20) , étant née vers le commencement de i 127. Raimond clait en Angleterre à la cour de Henri 1 , qui l'avait créé chevalier, lorsqu'il reçut l'ambassade cpii veuail lui offrir la main de la princesse qu'on lui destinait, eL la souveraineté qui devait être le prix de cette alliance. Mais il avait dans la pcr^jonue de Roger , duc de la Pouille , un rival

78 ClinONOLOGTFÎ HISTORIQUE

qui prétendait succéder par droit de parente' à Boe'mond. Informe' de la préférence qu'on donnait à Raimond, le duc lui fit tendre des embûches dans toutes (es villes maritinies de la Pouilie , conqitant que , s'il pouvait le prendre , il viendrait à Lout, avec la rançon qu'il en tirerait, de gagner des suftrages . pour le supplanter. Raimond s'attendait aux pie'gcs que Roger lui préparait. Pour les éviter , il prit le parti de se déguiser en sunple pèlerin du dernier ordre , marchant tantôt à pied , tantôt sur un mauvais cheval , et faisant alîer par pelotons au loin , devant et derrière lui , les gens de sa suite. 11 traversa de la sorle l'Italie sans être reconnu , et aborda sans danger au port d'Antioche , où il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie par ceux qui l'avaient appelé. IMais Alix, veuve de Boe'mond, qui , après avoir été chassée d'Antioche parle roi Baudouin , s'était retirée à Laodicée , qui faisait partie de son douaire , était rentrée dans cette ville , et y av.iit pris en main le limon des affaires, dont elle n'était pas d'humeur à se dessaisir. Le patriarche Raoul était à la tête de son parti. Raimond, pour le gagner, fut obligé de lui prêter serment de fidélité , au moyen de quoi il fut admis dans Antioche et conduit à la cathédrale , où le mariage projeté se fit avec grande solennité. Raimond , dit Guillaume de Tyr (L. xiv , c. 20) , que nous abrégeons , était vm prince de la taille la plus avantageuse , beau de visage , et parfaitement bien pris dans toutes les parties de son corps. Il était, ajoute-t-il , dans l'adolescence, et n'avait encore que le poil follet aux joues : Adolescens vix prima mnlas ves/iliis laniigine. Comment accorder ces dernières paroles avec l'âge de 07 ans que donne à Raimond l'historien de Languedoc , prétendant qu'il était né l'an 1099, à Toulouse, lorsque son père était maître de cette ville ? Cependant l'empereur Jean Comnène, qui se regardait comme suzerain d'Antioche, trouvait fort mauvais qu'on eût disposé de cette principauté sans son avis en faveur d'un prince étranger. Après avoir fait des préparatifs de guerre pendant vm an, il passa l'Hellespont , l'an w'b'j , avec une armée formidable , entra dans la Cilicie qu'il subjugua sans peine, et vint mettre le siège devant Antioche. Après une assez longue résistance , Raimond , par le conseil des seigneurs qui étaient avec lui , va trouver l'em^jereur dans son camp , lui fait hommage d'Antioche , qu'il promet de lui livrer à grande et à petite force , et s'engage même à la lui abandonner en toute propriété, s'il peut le rendre maitre de Césarée , d'Alep et de leurs dépendances. L'empereur satisfait donne à Raimond l'investiture de sa principauté , fait arborer son pavillon sur la plus haute tour d'Antioche, et ramène son armée en Cilicie pour y passer riuver qui était proche. Il revient au priulems suivant , comme

BFS PRINCE3 LATir^S, OU FRANCS D ANTîOCHE. 79

il l'avait promis , pour faire le sicge de Cesaree. Le prince d'Anlioclie et le comte d'i'^.desse lui amènent des troupes devant cette place. Mais au lieu de seconder ses efforts , ils passent le Icms à jouer et à se divertir. L'empereur , indigne' de cette conduite , traite avec les assiege's pour une somme considc'rable qu'ils lui oifrent, lève le siège , et se rend avec ses fils et son avmèe à Anlioche, oti il fait son entrée à cheval , accompagne du ])rinco et du comte , qui tiennent, à pied , les renés de son cheval. Pendant le séjour qu'il y fait, s'élant avisé d'exiger de Raimond qu'il lui livrât le château pour y mettre garnison , il excite parla une sédition qu'il ne peut appaiser qu'en se désistant de sa demande et en sortant de la ville. Raimond et le comte d'Edesse viennent le trouver dans son camp pour liu faire des excuses qu'il admet , du moins en a))parence ^ après quoi il reprend la route de Conslantinople. L'an 1142 , il revient en force dans la vSyric, sur les pressantes sollicitations du pruice d'Antioche , dont le pays était ravagé par les Turcs. Il assiège , le ?.5 septembre , ccsin(idè!c5 dans une ville nommée Guast par Guillaume de Tyr, et lorsqu'il est près de prendre la place , il mande à Raimond qu'à son retour il ait à lui livrer , suivant leurs conventions , sa capitale avec le château. Raimond se tire d'afïaire en lui envoyant le patriarche et les principaux de la ville , qui lui déclarent que Raimond , de sou propre et privé mouvement, n'a pu lui soumettre une souveraineté qui appartenait à sa femme, et que si les deux époux persistent à maintenir le traité, ils sont disposés à les chasser l'un et l'autre, et à se donner nu nouveau maître. L'empereur, sur cette déclaration , ravage les environs d'Antiociie ; après quoi il ramène son armée en Cilicic , où il meurt au mois d'avril de l'année suivante. Jl eut dans son successeur uu vengeur ardent. L'an I 144 5 l'empereur Manuel Comnène fait partir une flotte avec une armée de terre pour aller punir Raimond des insultes faites à son père devant Anlioche. Plusieurs victoires remportées sur lui parles Grecs dans le cours de la même année, le réduisent à se rendre à Conslantinople pour demander la jjaix. Manuel refusa de le voir , qu'il n'eût été auparavant a'.i tombeau de sou père faire .une sorte d'amende honorable. 11 l'adyiet ensuite à sou audience , et reçoit son serment de fidélité. (Le Reau.) L'an 1148, Raimond vit arriver dans sa capitale Louis le Jeune , roi de France , avec la reine Eléonore, son épouse , et nièce de Raimond. La réception fut magnifique ^ niais Raimond n'ayant pu engager Louis à lui donner du secours pour se rendre maître de Césarée et d'Alep , ils se séparèrent mécontents l'un de l'autre. L'an i i4Q > Raimond fut tué, le 27 juin, dans une bataille qu'il avait livrée imprudeaimeat

So CHRONOLOGIE HISTOi\lQUE

contre Noradin , suîtïHi d'Alep. C'est peut-être sans fondement qu'on l'accuse d'avoir e'ie' le principal auteur de l'affreuse trahison des Qire'tiens de Syrie , qui obligea les croise's de lever le sie'^e de Damîis. Il eut de son mariaçre deux fils et deux filles. Les fils sont Boe'mond qui suivra, et Baudouin mort dans l'enfancQ, suivant le P. Se'bast. Paoli. D'autres disent qu'étant passe' à la cour de Constantinopîe , il mourut au service de l'empereur Manuel , en ii74- Les filles sont Marie , nommée None, c'est-à-dire e'trangère , par Nicetas, et Constance , mais mal , par le continuateur de Sigebert, laquelle e'pousa , l'an I i6s , Ma!uiel , empereur de Constantinopîe; et Philippe, marie'e à l'empereur Andronic Comnène , puis à Humphroi de Thoron , conuc'table de Je'rusalem. Raimond était d'une force et d'une habileté' dans l'art militaire , qui l'ont fait nommer par Cinnaine , auteur grec, un second Hercule.

Page 1