‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 89 sur 416 · IX. BOÉMOND VIL · texte numérisé non relu

IX. BOÉMOND VIL

1274- Boémond VII succéda, en bas âge , à son père Boémond VI, sous la tutelle de Sibylle, et de l'évèque de Tortose , comme le marque une ancienne chronique française. Il établit sa résidence à Tripoli, dont il fit hommage à Charles I , roi de Sicile et de Jérusalem , entre les mains du bailli d'Acre. Son caractère pétulant et indiscret lui attira de grands démêles avec les Templiers. 11 en eut aussi avec l'évèque de Tripoli qu'il obligea d'abandonner la Terre-Sainte. L'an 1287 , le lî avril , Tharanthai , général de Kelaoun , sultau d'Egypte, enleva au prince d'Antioche Laodicée , ou Ladikia , nommée Lycie par Sanut , et la rasa. Boémond étant mort » le ig octobre suivant , sans laisser d'enfants , il y eut contestation entre Sibylle , sa mère, et Lucie , sa sœur , femme de Najare de Touci , gentilhomme français , touchant la succession au comté de Tripoli. Le sultan Kelaoun trancha ce différent par la prise de Tripoli , qu'il lit brûler le 26 avril 1288. Toutes les autres jjlaces de ce comté tombèrent en même tems sous sa puissance , ainsi que celles de la principauté d'Antioche. Les croisés , par ces pertes , se trouvèrent réduits aux seules villes de S. Jean d'Acre , de Tyr et de Sidon. Boémond avait épousé Marguerite de Beaumont , fille de Louis de Brienne , vicomte de Beaumont, au Maine. Devenue veuve , Marguerite revint en France , se retira à Tonnerre auprès de Marguerite , veuve de Charles I , roi de Sicile , et y mourut le q avril i520. Son épilaplie porte qu'elle fut enterrée ù l'abbaye de Maubuissou.

DES

COMTES LATINS, ou FRANCS DE TRIPOLI.

Tripom , 'nommée Tarabolous par les Turcs, ville ancienne et encore aujourd'lmi considérable de Plie'nicie ^ sur la Me'diterrane'e, fut prise sur les Romains, l'an 658 , par Youkinia , grec rene'gat, l'un des e;e'ndraux du calife Omar. Elle passa dans la suite au pouvoir des califes d'Egypte. Les croise's l'enlevèrent à ceux-ci, le l o juin de l'an i loc), suivant Guillaume de Tyr, après un siège ou blocus de sept ans. Cette expe'dition , commencée par Raimond de Saint-Gilles , mort le aS février I io5 , au château Pe'lerin, qu'il avait fait bâtir vis-à-vis de Tripoli, fut acheve'e par Bertrand, son fils, avec le secours du roi de Je'rusaleui et des Génois. Tripoli devint alors la capitale d'un comte' qui comprenait plusieurs places le long de la mer de Phénicie , depuis Maraclée jusqu'au fleuve Eycus , où commençait ce qu'on appelait alors le royaume de Jérusalem.

La campagne de Tripoli , dit un moderne d'après Jacques de Vilri et Sanut, forme un jardin très-agrc'able, rempli de toutes sortes de fruits. Elle est arrosée de plusieurs rivières et de divers ruisseaux qui descendent du Liban. Lorsque le tems est calme, on aperçoit sur le bord de la mer, et dans la mer même, plusieurs sources d'une eau douce et excellente ^ eli l'on croit que ces sources viennent d'une grande grotte qui en est à une lieue à l'Est , et qui est remarquable par une source très-abondante qui sort de la terre à cros bouillons, et peu après se perd dans la grotte même. Quand les croisés arrivèrent dans cette campagne , ils y trouvèrent , entr'autres choses , des cannes à sucre , que la plupart des historiens appellent des cannes à miel. Cette plante était étrangère à la Phénicie. Les anciens qui ont parlé de ce pays , n'en ont fait aucune mention. Elle y avait été apportée de l'Inde : et ce qui p,rouve iju'elle n'était point naturelle à la Phénicie , c'est que la culture y exigeait beaucoup de soins et de peines. Summo Y. la

90 CHRONOLOGIE HISTOUIOUE

îahore figrlcolaniw. per singulos excoUiur annos , dit Albert d'Aix. Lorsque ces cannes avaient acquis leur maturité, on les pilait dans un mortier j on j^assait le suc qu'elles avaient rendu , et on le mellait dans des vases oii il se durcissait et devenait aussi blanc , dit-on , que la neige ou le sel blanc : ce que nous avons peine à croire. Si l'on voulait en faire usage , on le râpait pour le mêler avec le pain , ou on le faisait dissoudre dans l'eau. Saumaise a prouve que ces cannes , croissant dans l'Inde et dans les îles Fortune'es , e'taicnt connues des anciens , mais que la manière de pre'parcr leur suc, pour le conserver, était re'cente. On les appelait , dans ce pays , ziicra , d'où est forme' le nom de sucre que nous leur donnons aujourd'hui. La campagne de Tripoli n'était pas la seule où elles crûssent j on en trouvait aussi dans celle dcTjr et auprès de Pane'as, ou Ce'sarèc de Philippe. C'est de Syrie que les cannes à sucre furent transportées en Sicile , et de là en Grenade , puis à Madère , d'où on les porta au Brésil et dans le reste de l'Amérique.

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