GÉRAUD V
1256. GÉRAUD V, ou GuiRAUD , fils de Roger, comme oa l'a déjà dit, et petit-fils de Bernard IV, portait le titre de vicomte de Fézenzaguet dès l'an 1244» Après la mort de Mascarose II , il entra , sans contradiction , en jouissance des comlés d'Armagnac et de Fezenzac , dont il fit hommage au roi d'An- .gleterre , suivant le mémorial cité. L'an 1264 , Alfonse , comte de Toulouse, l'ayant fait sommer de se reconnaître son vassal pour ce même comté, il le refusa. En conséquence, le sénéchal de Carcassonne marcha, par ordre d' Alfonse, contre Géraud, avec la noblesse du pays. Géraud , trop faible pour résister à de si grandes forces , prit le parti de la soumission , et obtint sou pardon en s'obligeant de payer les frais de la guerre. L'an 1267, il se compromit encore avec Alfonse au sujet des vexations qu'il exerçait contre les habitants de Condom. Ce prince lui enjoignit plusieurs fois de -réparer les torts qu'il leur avait faits , et ne fut point obéi ; mais enfin ces différents fiuent terminés , l'an 1268, par l'entremise du vicomte de Béarn. L'an 1271, il entra en différent avec Géraud de Casaubon au sujet de son château de Sompui , dont le comte lui demandait l'hommage , prétendant qu'il était dans sa mouvance; ce que l'autre niait. On se défia réciproquement , et on en vint aux armes. Arnaud- Bernard , frère du comte d'Armagnac, ayant été tué dans un combat par Géraud de Casaubon , le comte invita tous ses proches et ses alliés à se joindre à lui pour tirer de cette mort une vengeance éclatante. Le comte de Foix, son beau frère , fut le plus ardent comme le plus puissant de ceux qui lui amenèrent du secours, Géraud de Casaubon voyant une ligue formidable prête à l'écraser, se mit sous la protection et la sauve-garde au roi, qu'il reconnut pour son seigneur immédiat. Il livra en même tems son château de Sompui avec tout le reste de se»;
3o8 €HRONOLOGÏE HISTORIQUE
flomaines entre les mains du sénéchal de Toulouse , et se constitua lui-même prisonnier dans ce château pour y attendre le jugement (ki roi touchant la mort d'Arnaud-Bernard d'Armagnac. Malgré la défense que le sénéchal de Toulouse fit , iFattaquer Géraud de Casaubon, et sans respect pour les panonceaux du roi qu'il avait fait apposer au château de Sompui , les comtois d'Armagnac et de Foix osèrent assiéger celte place , la prirent et la livièrent au pillage après en avoir massacré tous les habitants, ils ravagèrent ensuite toutes les autres terres de iOéraud de Casaubon , qui eut cependant le bonheur d'échapper <le leurs mains. Le roi , informé de ces attentats, fit citer les <leux comtes à sa cour pour y rendre raison de leur conduite. Celui d'Armagnac obéit , demanda grâce et l'obtint. Une amende de quinze mille livres tournois envers le roi fut toute sa punition. Il eut avec le sénéchal de Toulouse, l'an 1279» Tine autre querelle dans laquelle il montra plus de hardiesse. Il fortifia la ville d'Auch pour se mettre en étal de défense. Mais le sénéchal, ayant assemblé les troupes de son ressort, lui livra bataille , le fit prisonnier et l'amena en France, où il demeura deux ans enfermé dans le châlcau de Péronne. (Vaissète, t. IV, page 6. ) Géraud mourut, l'an 1286, laissant de Mathe ou MathÉe, fille de Gaston VU , vicomte de Béarn , qu'il avait épousée en 1260, Bernard, qui suit ; Gaston, chef de la branche des vicomtes de Fézenzaguet ; Roger, évêquede Lavaur ; et deux filles. Géraud V ajouta à ses domaines les quatre vallées d'Aure, ÎScste , Barrousse et Magnoac , (jue sa femme lui avait apportées en dot. Elle eut outre cela, par le testament de son père, la terre de Gavardun. Cette dame, comme ou le verra ci-après, mourut au plutôt en l'àiS.
BERNARD VI
laSf). Bernard VI , fils et successeur de Géraud V, lui succéda en bas âge sous la tutelle de Gaston VH, vicomte de Bearn, son aïeul maternel. L'an 12H6, il fit hommage des comtés d'Armagnac et de Fezenzac à Edouard 1 , roi d'Angleterre. L'acte où il est fait mention de cet hommage est daté du 3 novembre de cette année, et signé d'un grand nombre de seigneurs. Bernard y prend le titre de damoiseau ; ce qui annonce qu'il était encore mineur. Mais il ne le prend plus dans un acte du 7 avril i^Hg , par lequel il remet au roi d'Angleterre, Edouard I, les arrérages d'u.ie rente de cent marcs d'argent, que Henri 111 avait constituée à Géraud V pour l'attacher à son service. Deux jours auparavant , Edouard , dans la même vue , tn avait assigné à Bernard une autre de cent livres monnaie de
DES COMTES b'aRMAGNAO. - 3o")
Morlas , à prendre sur les revenus de Bordeaux. ( Mémoires de 1\1. de Brequigni.) L'an 1290 , il s'allume une guerre , qui fut longue et vive, entre Bernard et Roger-Bernard, comte de Foix , au sujet de la succession de Gaston VII , vicomte de Béarn , décédé celte année, hoger-Bernard avait en sa faveur le testament de Gaston, qui léguait sa vicomte à Marguerite, S2| fille, femme de ce comte. Mais Bernard soutenait que ce testament était supposé. Le roi Philippe le Bel évoqua l'affaire à son conseil ; elle n'y fut point terminée , et les hostilités continuèrent entre les deux comtes. Cette guerre particulière fut suspendue , l'an 1295, par la guerre publique contre les Anglais. Mais, après la conclusion de la paix, les querelles des deux maisons d'Armagnac et de Foix recommencèrent avec la plus gratide animosité. Le roi , pour en arrêter les suites, se rendit a Toulouse , où , par arrêt du parlement , rendu le jeudi après la Saint-Vincent ( ^3 janvier ) i3o3, ( v. st. ) la vicomte de Gavardun et le château de Gavaret , furent adjugés au comte d'Armagnac. Gaston, nouveau comte de Foix, refusa de se soumettre à ce jugement. Les deux conlendants reprirent les armes. L'an i3o9 , nouvel arrêt du parlement , qui n'eut pas plus d'effet que le précédent. Le roi mande, l'an i3i3, au sénéchal de Carcassonne , par lettre du i8 août, de mettre sous sa main la vicomte de Gavardun avec le château de Gavaret; et, le 6 juin i3i7, il donne ordre de les délivrer à la comtesse Mathe, mère du comte d'Armagnac. Mais cet ordre fut apparemment mal exécuté , ou bien il ne satisfit pas à toutes les prétentions de Mathe, puisque le pape Jean XXII écrivait encore, le i5 juillet i3i8, à Gaston, vicomte de Fézenzaguet , fils de Mathe, pour l'engager à disposer sa mère à faire la paix avec le comte de Foix. {Trésor géiiéal. , t. l,p. 247.) L'an i3ig, Bernard VI termine ses jours le i5 juin. 11 avait épousé, i°. Isabelle d'Albret, laquelle étant morte sans enfants, il épousa, 2.°. lan 1298 , CÉCILE , fille et héritière de Henri H , comte de Rodez, dont il eut Jean, qui suit , et ]Mathe , femme de Bemard-Ezi II, sire d'Albret.
JEAN I
iSiq. JeanI, fils de Bernard VI , et de Cécile de Rodez, succéda à son père dans les comtés d'Armagnac et de Fezenzac, et à sa mère , dans ceux de Rodez et de Cariât , dont elle avait hérité, au préjudice de sa sœur aînée. L'an i32o, les différents des deux maisons d' \rmagnac et de Foix furent terminés pour un tems , par sentence arbitrale de Philippe, roi de Navarre. Jean fut confirmé dans la possession du pays
3io CHRONOLOGIE HISTORIQXîE
d'Euse, delà vicomte de Brulhois et d'autres terres. L'an iSos* Jean de Luxembourg, roi de Bohême, après s'être concerté avec le pape , dans Avignon , pour continuer ses conquêtes en Italie, étant venu trouver le roi Philippe de Valois, pour le même sujet, obtint de ce monarque une armée brillante, composée principalement de la noblesse de Languedoc, sous les ordres du connétable , des comtes d'Armagnac et de Fores , et du maréchal de Mirepoix. Il entre , avec ce secours , en Italie, au commencement de l'an i333, et trouve une ligue des seigneurs de Lombardie , toute prêle à le recevoir. Le comte d'Armagnac étant allé joindre le cardinal légat, qui faisait le siège de Ferrare , les confédérés tombèrent sur eux , VA remportèrent la victoire la plus complète. Le comte d'Armagnac, dit Scipion Ammirato , fut fait prisonnier dans cette affaire, avec tout le baronnage de Languedoc : Rimase prigione il conte d'Armagnac con tutto il baronagio di Linguaducca. Kcmis en liberté, l'an i334, il revint en France, où il rendit de grands services aux rois Philippe de Valois , Jean et Charles V, L'an i352 (n. st.), au mois de mars, la paix est conclue par la médiation de la reine de Navarre , entre les deux maisons de Foix et d'Armagnac. ( Vaissèle.) Mais, l'an i358, leurs démêlés recommencèrent avec une nouvelle fureur. L'an i362, le 5 décembre, bataille de Launac , à deux lieues de l'Ile- Jourdain , sur la Garonne , où le comte d'.Vrmagnac est fait prisonnier par Gaston-Phébus, comte de Foix. L'année suivante, les deux comtes font, le 1 4 avril , dans l'église de Saint- Volusien de Foix , un traité de paix, qui n'eut pas un effet plus durable que les précédents. î.'an i368, le prince de Galles ayant voulu établir un fouage général dans la Guienne, le comte d'Armagnac , le sire d'Albret et d'auîres seigneurs s'y opposent , et en appellent au roi de France. L'appel est reçu ; et , le 26 janvier i36c) , le roi , dans son conseil , rend contre le prince un décret d'ajournement à la cour des pairs. On a parlé ailleurs de la réponse que le prince fit à cette citation. Ce fut le signal de la guerre. I^ comte Jean fut établi la même année par le duc d'Anjou, lieutenant-général de Fiouergue. Il meurt, l'an j373, peu après le 5 avril, date de son testament. Il avait épousé, 1°. , l'an i3ii , Regijse , ou IAeine de GoTH , nièce du pape Clément V , laquelle par son ïeslament du n août i325, lui fit don des vicomtes d'Auviliars et de Lomagne ; 2°. , Tan 1027 , Beatrix de Clermont, comtesse de Charolais , arrière-pet ite-fdle du roi saint Louis, (morte l'an i364) dont il eut Jean, qui suit; Bernard, sénéchal d'Agénois ; Jeanne mariée, en i36o, à Jean, duc de
DES COMTES D'aRMAGNAC. ôïi
Berrl , troisième fils du roi Jean; et Mathe, qui épousa, Tan 1372, Jean, duc de Gironne, fils aîné de Pierre, roi d'Aragon, Le rorate Jean eut avec Guillaume de Flavacourt , archevêque d'Auch , de longues et vives contestations , qui duraient encore l'an iS+s. On ne voit ni quel en fut le sujet, ni quand elles finirent. {Gall. Chr.^ no. , tom. I, col. 99S. ) Il paraît que Béatrix de Clermont , deuxième femme de Jean l , ne vécut guère au-delà du 20 août i36i , date de son testament. {^Trébor général ^ tom. I, pag. 247.)