‹ L'art de vérifier les datesChapitre 157 sur 230 · GUILLAUME LE PIEUX · texte numérisé non relu

GUILLAUME LE PIEUX

886. Guillaume, surnommé le Pieux, fils de Bernard III, hérita de lui du marquisat de Septimauie , ainsi que du comté d Auvergne. Il épousa Ingelberge , fille de Boson, roi de Provence, dont il ne laissa point d'enfants. Après la mort de ce prince, arrivée le 6 juillet de l'an 918 , la Septimanie tomba dans la maison de Toulouse. ( Voy. Guillaume le Pieux , comte de Bourges, et le même Guillaume , com/c d'Am-crgne.)

GUILLAUME IV

loPo. Guillaume IV, âgé d'environ vingt ans, succède h son père dans les comlés de Toulouse, d'Albigeois et de Querci, O lut un prince vertueux , qui s'appli([ua principalement à faire fleurir la religion dans ses états. L'an lofïG, après la mort de Berthc, comtesse de Rouergue, il se porta pour son héritier, (pt céda ensuite ses droits à Raymond de Saint-Gilles, son frère. Il eut la guerre, l'an 1079 ^^ environ, avec Guillaume VI, romie de Poitiers , qu'il battit devant Bordeaux ; mais ce dernier , étant venu dans le Toulousain , ravagea , par représailles, le pays dont il prit la capitale, qu'il rendit bientôt après {f^oy. Guillaume VI, romie de Poitiers.) Guillaume ayant perdu tous ses enfants mâles, et se voyant sans espoir d'en avoir, appela, fan 1088 , à sa succession Raymond, son frère , et lui céda ou lui vendit , selon Guillaume de Malmesburi , écrivain du douzième siècle, le comté de Toulouse et tous ses autres domaines, au préjudice de sa fille unique, ^lais comme le duc d'Aquitaine , son gendre , pouvait s'opposer à cet arrangement , le comte Guillaume lui donna une somme par forme d'indemnité, au moyen de quoi il obiint son consentement. Il partit ensuite, l'an iot)2, pour la Terre Sainte, où il mourut l'année suivante. Les grandes libéralités du comte Guillaume envers les églises, les (tauvres et les hôpitaux , son xMe pour la réforme du clergé, et ses autres vertus, lui ont fait donner par quelques auteurs le titre de irès-chrêtien. Le jiape Llrbain II lui avait écrit cette année ou la précédente , pour le remercier de la protection qu'il accordait aux abbés de Moissac et de Lczat , qu'on voulait chasser injustement de leurs sièges, pour en substituer d'autres. Dans celte même lettre il lui accordait la permission de faire construire un cimetière à Toulouse, près de l'église de Motre-Dame de la Daurade, pour lui et sa postéiité, avec ordre à l'évêque de le bénir. La sépulture des comtes de Toulouse, qui avait été jusqu'alors à Saint-Sernin , fut transférée depuis à la Daurade. Guillaume, avait épousé, i». , l'an 1067, Mahautou Mathilde, dont on ignore la famille ; 2°. , Émme , fille de Robert , comte de îlortain, frère utérin de Guillaume le Conquérant. Il eut du premier de ces deux mariages au moins deux fils , auxquels il survécut, et du second, une fille, nommée Philippe, dite auî^si Mathilde, mariée, i^., vers l'an 1086, à Sanche-Ramire, roi d'Aragon: 2"., l'an i"f)4 > ^ Guillaume, dit le Vieux, (omte de Poitiers.

ers cojrtES ou ducs de Toulouse. 3-^

RAYMOND ÏY, dit DE SAINT-GILLES.

îo88. Raymond IY, dit de Saint-Gilles, parce qa'il eut d'abord cette portion du diocèse de Nismes dans son partage^ fils de Pons , succède à Guillaume, son frère, en vertu de la \(t:iite ou cession (ju il lui avait faite. Il était comte de Rouergue, de Nismes et de-Narbonne depuis 1066. l\aymond joignit aux titres de la maison des comtes de Toulouse, celui de duc de: ISarbonne . qui n'est pas difierent de celui de rnar:}uis de Gotbie, ou de Seplimanie : dignité qui avait passé dans sa maison après la mort de (Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, et qui, après avoir été possédée pendant long-tems par la branche cadett« de Rouergue, fut reunie à la branche aînée en sa personne et en celle de son frère. Raymond de Saint-Gilles , à son avènement au comté de Toulouse , avait déjà été marié deux fols, i*^., l'an loGb à N. , sa cousine-girmaine , fille de Bertrand I, comte de Provence, laquelle lui apporta ses droits sur la moitié de ce comté , mais dont le pape Grégoire VII voulut, par les censures, l'obligera se séparer; 2^., Tan io<So, Mathilde, fille de Roger , comte de Sicile , qu'il alla chercher lui-même dans cette île. L'an 10941 il épousa, en troisièmes noces, Elvire , fille naturelle d'Alfonse VI, roi de Léon et de Castille. Raymond, l'an loyS, marie Bertrand, son fils aîné, qu'il avait eu de sa première femme , avec Electe ou Hélène , fille d'Eudes 1 , duc de Bourgogne. Celte même année, Raymond envoie des ambassadeurs au concile de Clermont , pour déclarer que lui et un grand nombre de chevaliers, ses vassaux, avaient pris la croix. île fut le premier des princes qui la prit, et son exemple en entraîna beaucoup d'autres. Mais ce qui le distingua de tous, c est le vœu qu'il fit, et qu'il accomplit, de ne plus retourner dans sa patrie , et d'employer le reste de ses jours à combattre contre les Infidèles, en expiation de ses péchés. Raymond part, l'an 109G, sur la fin d'octobre, pour la Terre-Sainte, à la tête d'une armée de cent mille hommes, composée de Goths ^ d'Ac^uitains et Ae Pro<>ençaux^ accompagné d'Elvire , sa femme, d'un fils qu'il avait eu d'elle, dont on ne dit point le nom, et d'Ademar ou Aymar de Montell, évéque du Pui et légat du pape pour la croisade. Après avoir passé les Alpes, il entre dans la Lombardie, et prend sa route par le Frioul et la Dalmatie. Arrivé à Constantinople , avec les autres chefs de crolst's , il fat presque le seul qui n'eut pas la faiblesse de consentir à la proposition que leur (it l'empereur Alexis de lui rendre hommage, par avance, des pays qu'ils allaient conquéiir. Loin de subir ce joug humiliant , il protesta

ïju'il perdrait plutôt la vie , que de se rendre vassal d'un prîncé étranger. Tout ce qu'on put obtenir de lui , fut de jurer qu'il n'enti éprendrait rien contre la vie et l'honneur de l'empereur; à condition , néanmoins, qu'il tiendrait aux croisés les promesses qu'il leur avait faites. C'est à quoi les historiens du tems réduisent les engagements que le comte de Toulouse prit avec l'empereur Alexis. Mais il faut y ajouter la promesse qu'ils fit à ce monarque , avec les autres princes , de lui rendre les places de l'empire , qu'ils reprendraient sur les Infidèles. Il ne tint pas à Raymond qu'elle ne fut religieusement observée; et de là vinrent ses démêlés avec Boémond , après la prise d'Antioche , que celui-ci retint pour lui-même malgré le comte de Toulouse , qui voulait qu'on la remit aux Grecs. Tandis que Raymond combattait en Orient pour la cause commune , ses états, en Occident, souffraient de son absence. L'an iO()8 , Guillaume le Vieux, comte ^e Poitiers , fit une invasion dans le Toulousain , dont il prit la capitale au mois de juillet, sous le prétexte des droits de Philippe, son épouse, fille du co/nte Guillaume IV. (Voy. les comtes Je Poitiers.) La nouvelle de cet événement , que Raymond ne tarda pas d'apprendre, ne le fit point retourner en arrière. Il continua le service auquel il s'était dévoué, s'occupa-uniquement des intérêts de la croisade , et se distingua si avantageusement entre tous les chefs de cette expédition , cju'ils se réunirent pour lui offrir le trône de Jérusalem après la prise de cette ville. Il refusa généreusement cet honneur , dit Guibert de JSogent, non pas tant à raison de son âge déjà sur le déclin, et de la perte qu'il avait faite d'un œil , que par modestie : « car il » était, ajoute-t-il , très-capable de remplir dignement les j» fonctions de la royauté, s'étant rendu très-recommandable j> par ses exploits et par ses vertus ». A son refus et sur sou indication, la couronne fut déférée à Godefroi de Bouillon. Celui-ci reconnut mal celte générosité. Le comte de Toulouse , à l'assaut de Jérusalem , s'était emparé de la tour de David ; il comptait la garder pour lui-même Le nouveau roi l'obligea de la lui remettre. Autre mortification qu'il reçut de la part de Godefroi : après la bataille d'Ascalon , gagnée le i-j. août loyg, les habitants de la ville , sur sa haute réputation , offrirent de se rendre à lui. Godefroi s'y opposa ; il] aima mieux faire le siège de la place. Il l'entreprit , mais il y échoua , et jamais depuis les croisés ne purent se rendre maîtres d'Ascalon. Boémond ne donnait pas de moindres sujets de plaintes à Raymond. Celui-ci , après avoir conquis Laodicée, pendant le siège d'Antioche, l'avait remise à l'empereur Alexis. Boémond , l'an iioo , vint assiéger cette place et l'emporta

malgré les efforts que fit Raymond pour s'opposer à celte entre prise injuste. Rebuté par ces procédés , Raymond quitte la Palestine et passe à Constantinople , où il résida l'espace d'un an et plus, jouissant de la faveur la plus marquée à la cour de l'empereur. L'an iioi , plus de deux cent mille croisés étant arrivés de diverses contrées aux portes de Constantinople, <lcmandent à l'empereur yn chef pour les conduire. Alexis leur donne le co^lte de Toulouse, avec un de ses généraux, nommé Zitas et cincj cents turcoples (celaient des soldats, nés d'un turc et d'une grecque). Ayant passé le Bosphore, leur troupe augmenta par la jonction de celle qui était sous la conduite, d'Etienne, comte de Blois , et d'autres seigneurs. Mais celle multitude, rebelle à ses chefs, ne prenant l'ordre, que de sa présomption et se livrant à toutes sortes de débauches , est détruite en détail par les Turcs. H en périt jusqu'à cinquante mille dans une seule bataille, que ces infidèles leur livrèrent au mois d'août iioi , dans les déserts de Cappadoce. Raymond, qui avait fait des prodiges de valeur dans l'action, voyant que le succès n'avait pas répondu à sa valeur, s'enfuit la nuit par une espèce de désespoir, et reprit la route de Constantinople , où il essuya des reproches piquants de la paît de l'empereur, S'étant embarqué, l'an 1.102, pour retourner en Syrie, il est arrêté à Tarse, en Ciiicie , et mis en prison par Tancrède, son ennemi, sous prétexte qu'il avait été cause de la défaite et de la ruine des croisés. Ayant été relâché , à la prière de plusieurs princes , qui le prirent pour chef, il s'empara de Tortose , et alla faire ensuite le siège de Tripoli. L'an iio3, la princesse Elvire , femme de Raymond, accouched'un fds, qui est nommé Alfonse et surnommé Jourdain , paroe qu'il fut baptisé dans le fleuve de ce nom. Raymond, l'an iio5, meurt le 28 février, âgé d'environ soixante quatre ans, dans le château de Mont-Pèlerin, qu'il avait construit proche Tripoli. Il disposa, avant sa mort, des places qu'il avait conquises en Syrie; savoir: Arches, Gibier, Tortose, en faveur de Guillaume- Jourdain , comte de Cerdagne, son neveu à la mode de Bretagne, qui était alors auprès de lui , et qu'il regardait comme le plus propre à conserver ces fruits de sa valeur. M. Yelly se trompe en mettant Edesse parmi les conquêtes de Raymond. Ce fut Baudouin , frère de Godefroi de Bouillon, qui s'empara de cette place. Raymond laissa de sa première femme , Bertrand , comte de Toulouse. Alfonse-Jourdain , qu'il laissa de sa troisième, fut emmen(> en France, l'an 1 107 , et eut en partage le comté de Rouergue. La comtesse Elvire étant retournée en Espagne, après la mort de Raymond , épousa , en secondes noces , un seigneur espagnol, nommé Ferrand-Fernandez. (Voyez-en la preuve à l'article IX. 48

SyS CHROISOLOGIE HISTORIQUB

d'Alfonse VI , roi de CastiUe et de Léon.) Le sceau de RaymonJ f pendant à un diplôme de 1088, présente la croix de Toulouse, clechée, vidée et pommetée : preuve que l'origine des armoiries est antérieure aux croisades.

Raymond IV fut à tous égards l'un des plus grands princes de son tems. Ses états en Europe s'étendaient depuis la Garonne et les Pyrénées jusqu'au)? Alpes , et comprenaient nommément le comté de Toulouse, le duché de Narbonne et le marquisat de Provence. En qualité de comte de Toulouse, il possédait, outre le domaine soit direct, soit utile, de tous les pays compris dans l'ancien diocèse de Toulouse , les comtés particuliers d'Albigeois, de Querci et de iiouergue. Le duché de Narbonne lui donnait uae autorité supérieure sur toute l'ancienne Septimanie, composée des diocèses de Narbonne, de Beziers , d'Âgde , de Carcassonne, de Lodève , de iMaguelone, de Ivismeset d'Uzès, Outre cela, il possédait la plupart des comtés particuliers de cette province. Enfin , sous le titre de marquis de Provence, il dominait tous les pays compris entre le Rhône, l'Isère, les Alpes et la Durance. H est aisé de juger par ce détail de la puissance de ce prince; aussi pouvait-il le dlspuler aux plus grands vassaux de la couronne , au roi lui-même , dont le domaine particulier était bien moins étendu.

Page 1