‹ L'art de vérifier les datesChapitre 16 sur 230 · HOAI-TSONG · texte numérisé non relu

HOAI-TSONG

1627, (4*- année Ting-mao^ du LXVill''. cycle.) Tchou-yeon- .kien , frère puîné de Tempereur Hi-tsong, lui succéda sous le nom de HoAÏ TSONG. L'empereur des Mantclieous , piqué du silence que le vice- roi du Leao-tong opposait à sa dernière lettre, recommença la guerre contre la Chine. Mais, après avoir conquis trois villes et treize bourgades, il suspendit les hostilités pour donner le tems à la cour de Pé-king d'entrer dans les vues pacifiques qu'il avait proposées. Voyant qu'on continuait à les dédaigner, il résolut de pousser la guerre avec toute la vigueur possible On ne peut refuser des éloges aux précautions que son humanité lui suggéra pour prévenir les désordres que la guerre entraîne ordinairement après elle. Attentif à faire observer une discipline exacte parmi ses troupes, il ne leur permit d'exercer ni le massacre , ni le pillage dans les villes dont il se rendit maître. H invitait même par des promesses, qu'il fut toujours fidtle à remplir, les garnisons des places, soit avant d'en faire le siège, soit après les avoir conquises, à s'enrôler sous ses drapeaux : ce qui lui réussit beaucoup mieux que la force de ses armes. On vit les villes s'empresser a l'envi de lui envoyer leurs clefs, des armées entières passer à son service. La désertion ne fut pas néanmoins universelle en Chine; et il se trouva des vicerois, des généraux et des mandarins, qui aimèrent mieux se donner la mort que de mamjuer à la fidélité qu'ils devaient à leur souverain. Mais ces exemples furent rares, et n'arrêtèrent pas la rapidité des conquêtes du prince tartare. L'an 1629, le 17 de la II*. lune, son armée s'avança jusqu'à vingt ly de Péking; et, le 16 de la lune suivante, un de ses détachements s'éfant approché jusqu'à deux // de cette capitale, lui rapporta qu'il avait aperçu près des murs un corps retranché de quarante mille hommes. Taï-tsong, dès le soir mome , alla surprendre ce. camp; et , l'ayant forcé des la première attaque, il le joncha des cadavres ties Chinois, et mit en fuite ceux qui purent échapper au glaive, ou les fit prisonniers. U n'osa néanmoins tenter le siège de Pé-king , et se relira pour aller prendre d'autres villes.

Taï-tsong, en subjuguant les Chinois, prenait leur gouvernement pour modèle. Au commencement de l'an i63i , il éta-»

l)lit SIX tribunaux semblables aux six tribunaux de Pé-l.ing; savoir, le tribunal des mandarins de l'état, relui des tributs, celui des rites et cérémonies, celui de la guerre, celui des corvées, et le tribunal des ouvrages publics.

Quolcpie la guerre, que les Mantcbeous faisaient à la Cbine , leur frayât le chemin pour s'en rendre un jour les maîtres, l'empire avait encore plus à craintbe de la part des Chinois même. Dans la plupart des provinces, on ne voyait qu'émeutes, que séditions, que révoltes. Il est aisé de préjuger combien ces troubles favorisèrent les progrès des Tarlares. Ces progrès furent tels , que Tan i635 , le 5 de la 3'=. haie , tous les princes et grands, Mantcbeous, Mongous et Chinois, s'étant assemblés au palais, chaque nation présenta à Taï isong un placet écrit en sa langue, par lequel elle le priait de ne plus différer à se faire proclamer empereur de la Chine. Ce prince y consentit enfin ; mais il voulut que son inauguration tût précédée par un sacrifice solennel , par lequel on immolerait une grande victime : ce qui s'exécuta dans la campagne le ii de la même lune; après quoi Taï-tsong prit le titre d'empereur, et donna le nom de Ta- Ising à sa dynastie. Le reste de cette année et les suivantes , les Mantcbeous ne cessèrent de faire des courses dans la Chine; mais ils n'en devinrent maîti-es (|ue parce qu'ils y furent appelés comme auxiliaires , contre des rebelles qui la désolaient.. Entre les différents chefs de ceux-ci , les deux plus redoutables étaient Tchang-hien -tchong et Li - tsé-lching. Le premier, après avoir causé beaucoup de mal dans le Chen-si, sa patrie , le Honan et le Hou-kouang, poursuivi parles Impériaux, s'enfuit dans le Kiang-nan , d'où il revint bientôt après avec de nouvelles forces , qui le rendirent maître de plusieurs places dans le Honan. Mais le général Tso-leang-yu l'ayant battu jusqu'à trois fois en 1640 , le contraignit de se réfugier dans les montagnes avec peu de monde. Les débris de son armée furent recueillis par Li - tsé - tching, qui se vit avec ce renfort à la tète de cinq cent mille hommes. H avait nouvellement échoué devant Kaï - fong-fou. Mais ayant repris ce siège au commencement de 1642 , il réduisit la place, en neuf mois d'attaques, aux horreurs d'une famine plus grande que celle du siège de Jérusalem. Le général des Impériaux , pour dernière ressource, ayant fait couper les digues du Hoang-ho pour inonder le camp des ennemis, fit éprouver ce même désastre à la ville, où plus de deux cent mille hommes furent noyés. Le camp des rebelles souffrit beaucoup moins, parce qu'il était plus exliaussé que le fleuve. Devenus maîties de Kaï-fong-fou, ils firent réparer les dégâts du fleuve et écouler les eaux. Tandis que Li-tsé-tching péne- IX. (i

trait dans le Hou-kouang, Tcliang-hien-tchong remplissait de sang et de carnage divers déparlenienis du Kouang-si. Ayant» forcé Vou Ichang, il en fit jeter les haijltants dans le Kiaisg, et porta même la barbarie jusqu'à les aller voir lutter contre les flots et les horreurs de la mort. Ll-tsétchin, plus fort et plus habile que lui, étendait plus loin ses conquêtes avec moins de férocité. L'an 1643, se voyant maître de plus du tiers de Tempire , il se crut en état de surcéder à la dynastie des il./ ///;', et prit le titre d'empereur. Pour le réaliser pleinement, il proposa dans un conseil de guerre les moyens d'achever la réduction du reste de l'empire. Le résultat de la délibération fut, qu ayant sous ses drapeaux un million d'hommes, il devait choisir les plus braves, et les mener par le Chan-si à la conquête de Pé king. Il suivit cet avis ; et , ayant passé le Hoang-ho , il soumit , avec plus ou moins de difliculte , toute les villes qui se rencontrèrent sur son passage. Il ne douta plus alors qu il ne vint à bout de se rendre maître de la capitale de l'empire. Un détacliemeni

pitaie de 1 empire. Un detaciiement u'il envoya, s'étant approché de la place, mit le feu dans un es faubourgs. Les rebelles, cependant, ne l'auraient jamais prise, si elle avait eu un homme de tète capable de la tléfendre. Cent cinquante mille hommes de troupes réglées, des provisions de guerre et de bouche suffisantes pour soutenir un Ion» siège, et la présence du souverain, auraient fait échouer l'entreprise. Mais l'empereur lui-même ruina ses affaires par une confiance aveugle en ses ministres. La moitié de ses troupes effectives ayant été placée hors des murs pour arrêter l'ennemi, jeta bas les armes dès qu'elle aperçut Li-tsé-tching à la tête de trois cent mille hommes, et passa du côté des rebelles. Hoaï-tsong, apprenant quelques moments après que l'ennemi était déjà maître des portes, se pendit de désespoir le 19 de la 3=. lune de Tan 1644. Li-tsé-fchlng entra le iiu-me jour dans Pé-klng; mais il rencontra le général Li-koué-tching, qui lui disputa le terrein de rue en rue. L'ayant accablé par le nombre et fait prisonnier , il lui proposa de passer à son service. Le général y consentit, à condition qu'il ferait enterrer avec les honneurs dus à leur rang l'empereur et rimpératrice qui avait précédé, par une mort également volontaire, la triste fin de son époux. Li tsé tchlng accorda la demande : mais après avoir assisté aux funérailles de ses maîtres, le général se poignarda pour ne pas servir un rebelle. JN'élant plus obligé à tenir la parole qu'il avait donnée, Li-tsé-tching abattit le palais des ancêtres des ^Jing, et fit monrlf tous ceux de cette famille qui se trouvaient à Pe-klng. Maître de celle capitale, il ne mit plus de bornes à son ambition. iSIals elle fut traversée par uu brave

DES f:\: FinEr r,s de la CHi!SE. 4^

cliinois , rempli de Itsprit patriotique. C'était Ou-san-lcoueï» général des troupes impériales contre les Mantcheous, qu'il contenait par sa valeur dans les bornes de la Tartarie. Apprenant la mort de son sou\xrain , il appela, pour la venger, ces mêmes oppresseurs de sa nation. Les Mantcheous n'avaient plus de monarque depuis la mort de ïaï-tsong , arrivée l'an i636, et se gouvernaient par un conseil national. Avec leur secours, Ousan-koueï va se présenter devant Pé-king, et fait une horrible Loucherie des rebelles commandés par un lieutenant de Li-tsétching. Celui-ci l'ayant joint près de Yong-ping-fou le 2 de la 4*- lune, avec une armée de soixante Hiille hommes, traînant avec lui le prince-héritier, deux autres princes du sang, et Ousiang, père de Ou san-koueï , leur livra bataille sans hésiter. La mêlée fut terrible ; mais , quoique supérieur en nombre, Lltsc - tcbing fut obligé de prendre la fuite, après avoir laissé trente mille hommes sur le champ de bataille. S'étant retiré à Pé-king, les troupes qu'il y avait lassemblées essuyèrent devant celte ville une nouvelle défaite , qui coûta la vie au père du vainqueur. i>i - îsé- tching, par une basse vengeance, fit couper la tcte à Ou-siang , et la lit exposs r sur les remparts, le 4 de la 4''lime i644-. à la vue du camp des Impériaux. Pour raffermir son autorité chancelante , il se fit saluer empereur par tous les Mandarins qui se trouvaient dans la capitale. Il en sortit ensuite, emportant les trésors immenses dont la possession lui coûta tant de crimes.

Les Tartares , après le départ de Li-tsé-tchin , se crurent autorisés , par les secours qu'ils avaient donnés aux Chinois, à remplir le trône vacant de leur empire, et y élevèrent Chun- TCHi , neveu de Taï-tsong, enfant de sept ans , qui, dès-lors, par ses qualités naissantes, donnait les plus grandes espérances. Mais les mandarins de la cour de Nan-king ne pouvant se résoudre à passer sous une domination étrangère, opposèrent à cette élection celle de Tchu-yeou-soug, arrière-pelit-fils de fempereur Chin-tsong.

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