IX
5o GURON"OLO(iIE lllilOUlQUE
Le pirale Tcliing-lchlng kong, fidèle à sa haine conlre les Taitares , continuait de désoler les côtes de la Chine. La province de FoU'kien fut celle (ju'il incommoda le plus par ses descentes. 11 hatlit les Tartares en diverses rencontres, emporta plusieurs villes, et se rembarquait toujours chargé de Lutin. Ce qui lui attachait le plus les Chinois, c'était le zèle qu'il montrait pour les intérêts du prince de Koueï. Depuis ses derniers revers, ce prince s'était retiré dans le royaume de AHea t où il attendait le retour de la fortune. Avant appris, l'an i658, qu'il s'élevait un nouveau parti en sa faveur dans le Koueï-tcliéou , il se mit en marche avec une petite armée pour s'y rendre. Mais en traversant le Yun-nan , il fut pris avec son fils par le fameux Ousan-koueï, qui les fit étrangler. Ils étaient les seuls (ju'on reconnût alors pour être de la famille des Ming. \i\\ immolant ces deux victimes, on ôtait aux Chinois tout prétexte de révolte , et l'espérance de rétablir cette dynastie. J'chlng-lching-kong, cependant, venait de donner un rude échec sur mer aux Mantcheous. Honteux de le voir maître de la mer, sans avoir un seul vaisseau à lui opposer, ils s'étaient déterminés enfin à équiper une flotte qui fit voile vers les îles du Fou-kien , où l'on s'attendait à le rencontrer. Le pirate épargna aux Tartares la peine de venir le chercher. Etant allé au-devant d'eux, il leur coula à fond plusieurs vaisseaux, en prit un plus grand nombre, et regagna triomphant une des îles qui lui servaient de retraite. Là, s'étant fait amener quatre mille prisonniers, il leur fit coupi^r le nez et les oreilles, ■\oulant marquer par cette barbarie aux Tartares qu'ils n'avaient aucune paix à attendre de lui. Mais apprenant le triste sort du dernier des Ming, sous le nom duquel il avait jusque-là fait la guerre aux Tartares, il cessa pour un tems d'infester les côles de la Chine , et tourna ses vues du côté de lîle Fornxose , dans le dessein de s'y former un établissement solitle. Cette île était possédée alors par les Hollandais , nommés par les Chinois Hong - mao , à qui les Japonais l'avalent cédée. Tchong-tching-fcong y ayant fait une descente en iGGii, enleva aux Hollandais le fort nommé Castel Zelandla, qu'ils y avaient bâti en i634, et parvint à les chasser de l'île, ainsi que de celle de Taï-ouan, dont 11 se forma un gouvernement sur le modèle de celui des Chinois. Mais un an et quelques mois
•» son installation, n'est point exempt de celte ct're'monie Tous
> les ambassadeurs y sont assujettis trois jours avant l'audience. Celui » de Moscovie la regarda comme une de'rogation à la majesté du czar, î) et refusa de s'y soumettre. Ce fut pour cette raison qu'il partit sans » avoir été reçu à l'aud'ence. » ( INI. Desîiaulesrayes. )
DES EMPEREURS DE LA CHINE. 5x
après, iî mourut, laissant pour successeur Tching-king-maï, sou fils.
La petite vérole, dans ces entrefaites, emporta, l'an iG6x , Tempereur Cbun-tchi. Le cours de sa vie ne répondit pas à la brillante aurore de ses premières années. Sur la fin de son régne, étant devenu éperdument amoureux de la femme d'un de ses officiers, il chercha quer^^lle à celui-ci , et le maltraita de manière qu'il en mourut de chagrin au bout de trois jours. L'empereur avant ensuite épousé sa veuve, en eut un fils dont la naissance fut célébrée par des réjouissances extraordinaires. Mais la mort de cet enfant, qui ne vécut que trois mois, fut suivie de près par celle de sa mère. Cbun-tchi, s'abandonnaiit alors au désespoir, voulait attenter à sa propre vie. Il ordonna d'apaiser les mânes de celte princesse par le sacrifice de trente hommes qui s'offriraient volontairement : coutume barbare que son successeur abolit. Il fit brûler son corps, à la manière des Tartares , dans un cercueil de bols précieux , richement orné. Les superstitions des bonzes, qu'il avait jusqu'alors méprisées, devinrent ses pratiques familières; il prit leur habit, embrassa leur règle, exhorta ses courtisans, de l'un et de l'autre sexes , à l'imiter. Livré entièrement au culte des Idoles, il fit élever en leur honneur trois pagodes dans son palais. Ce fut en vain que le P. Adam Schall , jés"ulte , qu'il avait mis à la tête du tribunal des malhématlques , sous le nom de Tang-jo-ouang , et qu'il n'appelait jamais que Ma-fa , respecta file Père , tenta de rappeler ce prince à lui-même. Il n'avait que ving-quatre ans lorsqu'il mourut. Il se fit néanmoins de grandes choses au commencement de son règne ; mais on en fut redevable aux qualités sublimes du prince Ama-ouang, son oncle et son tuteur. « Ce régent, dit M. Deshautesrayes , « prépara le règne brillant de Kang-hi, comme on a vu chez » nous, dans le même tems, le ministre de Louis XIII jeter, » pour ainsi dire , les fondements de la gloire et de la puis- » sance de Louis XIV, »
Ce fut b première année du règne de Chun-tchi que les Jésuites missionnaires apprirent aux Chinois la fabrique des armes et la fonte des canons qu'Us ignoraient. ( De Mailla.)