‹ L'art de vérifier les datesChapitre 20 sur 230 · KANG HL · texte numérisé non relu

KANG HL

1661. (38'. année Sin-icheou , du LXViu^. cycle.) Kang-hi , fils de Chun-tchi , lui succéda à- l'âge de huit ans, sous la régeuce de quatre grands qu'il avait désignés en mourant. Leurs premiers soins furent d'exclure les eunuques de Tadministration des affaires. Le chef de ceux cl les avait rendus odieux par ses

malversations : on lui fit son procès, et, après avoir condamné ce perfide à mort et chassé du palais plusieurs milliers d eunuques , on fit graver sur une plaque de fer d'un poids énorme , qui subsiste encore aujourdhui, une loi qui déclare les eunuques incapables d'être élevés aux emplois et aux dignités. Il s'en fallut bien que la régence tint une conduile aussi snge vis-à-vis des prédicateurs de l'évangile. Sous le dernier règne, ils avaient joui d'une profonde paix, à la faveur de laquelle ils firent un grand nombre de prosélytes. L'enicr leur envia ces conquêtes, et suscita un homme accrédité , nommé Yang-kouang-sien , qui les dénonça à la régence comme des ennemis secrets de l'état , qui souffiaietit l'esprit de révolte et de faction , en se servant, pour séduire les Chinois, du prétexte de les instruire de leur religion. Les temples où ils assemblaient ceux de leur loi étaient, selon lui, des maisons fortes, ou ils se préparaient à faire une bonne défense en cas d'attaque. La calomnie , toute grossière qu'elle fût, prit faveur. Les régents publièrent un édit qui proscrivait le Christianisme, et enjoignait, sous des peines très-grièves, à tous ceux qui l'avaient embrassé d'y renoncer. Pour récompense de son zèle , Taccusaleur eut la place «le Tang-jo-ouang , fjul fut mis en prison. Tous les Européens répandus à la Chine furent amenés à Pé-king, et le liibimal des crimes s'assembla' conjointement avec celui des rites, non pour vérifier les accusations, mais pour statuer sur la peine qu'on infligerait aux accusés, l'ang-jo-ouang , en sa qualité de docteur de la loi chrétienne et de chef des prosélytes, fut contlamné d'abord à être étranglé, et ensuite, d'après une nouvelle délibération, à être mis en pièces. L'arrêt, confirmé par les régents, allait s'effectuer, lorsqu'un horrible tremblement de terre qui survint , dit le père du Halde , saisit d'efiroi les juges, et les détermina à suspendre l'exécution. On accorda môme un pardon général , tiont le seul Tang-jo-ouang fut excepté. Sony, l'un des quatre régents et le plus ancien , ayant obtenu un nouveau sursis en sa faveur, fit sentir à ses collègues le danger auquel ils s'exposaient en faisant mourir un homme que le feu empereur Chun-tchi avait comblé d honneurs. jN'avaient-ils

f>as à craindre en effet, comme il leur fit observer, qu'un jour e jeune empereur, devenu majeur et gouvernant par lui même, ne leur demandât compte de leur conduite à l'égard d'un homme que son père avait protégé. En conséquence, il leur conseilla de prendre l'attache de l'impératrice, more de (huntchl, afin que sa signature les disculpât si jamais ils venaient à être recherchés à te sujet. Son avis fut suivi ; et la sentence ayant été présentée a l'impératrice , elle en fut si indigni'-e que, l'ayant déchirée, elle ordonna que le missionnaire fût mis cru

lUjorlé. Il en jouit peu, son grand âge Pt les raaux qu'il avait sou(ferls en prison, leriiiinèrcnt sa carrière le i5 août 1666, à la snixatite-Liix-spptiôme ann.'e de son âge , après avoir passe (juarante-cjualre ans dans les missions. La mort de Sony, son libérateur, précéda la sienne de quelques mois. C'était le seul des quatre régents pour qui le jeune empereur eut une véritable estime. Ce princ<% étant entré vers le même tems dans sa quatorzième année, prit en main les rênes du gouvernement, après s être fait déclarer majeur avec solennité. Le premier usage qu'il fit de son autorité fut de casser le conseil de régence. Patourou-kong y avait pris le dessus , et s'était asservi ses collègues de manière que rien ne se faisait que par ses ordres. Mais comme ils étaient dictés par la passion , il avait fait un grand nombre de mécontents , qui , n'osant se plaindre ouvertement , gémissaient dans le silence , en attendant l'époque de la majorité au prince. iJès qu'il fut parvenu à terme , des hommes respectables lui présentèrent contre ce ministre douze cliefs d'accusation, dont chacun était digne de mort. Patourou-kong fut. arrêté, par ses ordres, avec toute sa famille , complice de ses vexations. Le tribunal des crimes ayant instruit leur procès , condamna le père et le troisième de ses tlls à être mis en pièces, et ses autres enfants , au nombre de sept, à être décapités , avec confiscation de tous leurs biens. L'empereur, en confirmant l'arrêt , commua la peine du père en celle d'être étranglé : et l'exécution suivit de près le jagement.

La jeunesse extrême de rem[iereur ne l'égara point sur ses devoirs. Méprisant les vains amusements de son âge, il était, continuellement appliqué à s'insiruire, soit dans la science du gouvernement, soit dans l'art militaire, soit dans l'étude des lettres : et comme il était doué d'une grande pénétration d'esprit , bientôt il devança les plus habiles dans ces diverses carrières.

Tang-jo-ouang , dans le tems qu'il présidait au tribunal des mathémaliques , avait fait, de concert avec ses collègues et par l'aulonté du gouvernement, \me réforme considérable dans l'astronomie chinoise, d'après les principes qu'il avait apportés d'Lurope. \ang-kouang-sien , son délateur et sou successeur, entreprit de détruire l'ouvrage de cet habile honnuc ; et dans cette vue, s'étant associé plusieurs mandarins, il présenta une supplique à l'empereur, pour demander l'abolition de l'astronomie européenne, comme erronée, et le rétal)lisseraent de 1 ancienne. L'empereur ayant pénétré le motif de cette supplique, en fit examiner le contenu dans une assemblée des divers tribunaux, à laquelle il voulut présider lui-même après s'être mis au fait do la matière, Nau-hoaï gin (le père Verbiest ) et

Yarig-kouand-sien y cumparurcnt par ses orrlics. L'empereur^ après avoir pai lé ilignemctil de l'importance d'employer dans le tribunal des malliemaliques une astronomie sûre, leur demanda s'ils n'aurai^Mit p^jis quelque moyen sensible de faire voir à tous ceux qui étaient présents laquelle des deux astronomies marquait avec plus de justesse les révolutions des astres. Yaugkounng-sien , gardant le silence, Nan hoaï-gin répondit qu'il y avait piusieuis jT>oyens sensibles; et, ayant prié l'empereur de fairt" placer un gnomon devant l'assemblée, il proposa à son antagoni-te de supputer, rliacun suivant sa métbode , à quel point l'ombre marquerait le lendemain à midi; alors on jugera, dit-il, laquelle des deux méthodes est la plus exacte. Yanglouang-sien n'ayant pu donner aucune supputation satisfaisante, l'européen détermina au juste les points cju'il avait indiqués. Confus d'une légère réprimande que l'empereur lem' fit alors sur la précipitation de leur jugement, les chefs des tribunaux tournèrent leur indignation contre Yatig-ouangsien , qu'ils accusèrent de fourberie et d'imposture , demandant qu'il fut livré au tribunal des crimes pour y être examiné à la rigueur. On fit droit sur cette plainte ; et l'accusé , convaincu de plusieurs injustices commises dans le tribunal dont il était le chef, fut condamné à la mort. ]y}ais l'empereur lui lit grâce, et se contenta de l'exiler à Oueï-tchéou , sa patrie, il mourut peu de tems après son départ.

Nan-hoaï-gin , ayant obtenu la place de son antagoniste, donna, pendant cinq mois, des leçons de mathématiques à l'empereur. Il se servit de sa faveur auprès du monarque pour demander le rétablissement des Chrétiens. Mais tout ce cju'il put impétrcr , ce fut le rappel des missionnaires avec une déclaration des mandarins, qui portait que la religion des Chrétiens n'enseignait rien de mauvais ni de contraire à la tran- «juillité de l'état. Il fut, néanmoins, défendu aux missionnaires de bâtir de nouvelles églises, et aux Chinois d'embrasser le Christianisme.

Ousan-koueï , qui avait rappelé les Tarlares en Chine pour l'aider à dompter les rebelles, avait eu pour sa récompense la principauté de Yun-nan , à la charge du tribut. Etant devenu assez puissant pour secouer le joug, il prit des mesures qui donnèrent de violents soupçons contre lui. L'empereur, pour approfondir ses intentions, le fit inviter de se rendre à sa cour. Ce fut alors qu'il déclara ouvertement sa révolte. Il avait déjà mis dans ses intérêts trois provinces de son voisinage , auxtjuelles se joignit Tching-king-maï, roi de Fonnose. Mais le défaut de concert entre les confedciés fit (pje bientôt ils se séparèrent. Ijaltus en détail par les troupes impériales , ils firent,

DES empeueurs de la chine. 5?;

chacun à pari , leur paix avec l'empereur, et laissèrent le clief (le la ligue exposé à la vengeance du monarque. Le fils de Oiisan-koueï avait déjà payé de sa téie une conjuration qu'il avait formée à la cour même de l'empereur, où il était retenu comme en otage. Le père, battu de tous côtés, alla mourir dans le Yun-nan , cassé de vieillesse et accablé de chagrin , l'an

Tching-king-mai, peu de lems après avoir abandonné le parti de Ousan koueï, était mort, laissant pour successeur, dans le royaume de Formose, Tching-ké-san , son fils. Kang-hi, désirant recouvrer cette île, ainsi que celles de Pong-hou , ofcupées par les Hollandais, commença par faire publier une amnistie pour tous ceux qui avaient ({uilté leur pairie pour s'attacher au rebelle ïching-tching-kong , aïeul de Tching-kingmaï. Cette déclaration ayant fait revenir une grande partie de ces transfuges, une flotte considérable, envoyée par le gouverneur du Fou-kien , vint attaquer les îles de Fong-hou, dont elle s'empara malgré la brave résistance des Hollandais. Cette conquête abattit le courage du prince de Formose. Mandé à la cour de Pé-king, il s'y rendit après avoir fait quelques difiicuhés, et y passa le reste de ses jours avec la qualité de comte qu'il transmit à son héritier.

Les progrès des Russes dans la Tartarie commençaient à doîuier de l'incpiiétude à la cour de Pé-king. Les deux puissances étant convenues de fixer des limites entre les deux empires , les pères Gerbillon, François et Pereira , portugais, deux célèbres missionnaires, appelés en chinois, le jiremier , Sugé-chin, l'autre, Tchang-tching , furent chargés, l'an 1688 ( et non 1684), d'accompagner, en qualité d'interprètes, les plénipotentiaires chinois, nommés pour cette opération. C'est de la relation de leur voyage qu'est tirée la description que le père du Halde nous a donnée de la Tartarie occidentale. La ville de Selinga était désignée pour le lieu des conférences. Mais les Chinois n'y parvinrent point, ayant été rappelés pnr l'empereur à l'occasion d'une guerre qui s'était élevée entre les Kalkas et les Eleutes. Mais l'année suivante, la négociation sViiectua dans la ville de Nipchou ; et les limites des deux empires lurent réglées entre les plénipotentiaires de l'une et de l'autre nations. Par-là fut terminée une guerre sourde, qui durait depuis trente ans.

L'empereur partit de Pé-king le g mai 1691 , pour aller tenir les états de la grande Tartarie. 6on cortège était nombreux et composé de la plus grande partie de sa cour. Outre les officiers et les troupes de sa maison , la plupart des grands de l'empire, les principaux princes du sang, les régules, les ducs, etc., par-

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tirent en mâme tcms avec beaucoup de troupes, et prirent urfc autre route pour se rendre au lieu de l'assemblée qui se tii>î dans la pl^iine de Tolo-nor, ou des sept réscivoirs d'eau , où it assit son camp, que le père Gerbillon, qui était du voyage , fut chargé de tracer. H y reçut en grande pompe les hommages et les prés'îuts des princes Kalkas, ainsi que la visite du grand lama, qu'il lui rendit ensuite avec les cérémonies d'usage : après quoi il revint à Pé-king, où il rentra le i4 juin suivant.

L'empereur, dans son voyage, n'avait point pourvu à la sûreté des Kalkas contre les Eleutes. Après son retour, il crut devoir donner à cet objet une plus grande attention. Le kaldan ou khan des Tartares Eleutes, prince inquiet et entreprenant, était depuis long-tems eu guerre avec les Kalkas. Mali , officier du tribunal , envoyé au kaldan pour l'inviter a la paix , fut tué sur la route par les gens de ce prince. J/empereur lui écrivit pour se plaindre de cette violation du droit des gens, et menaça d'en tirer vengeance, s'il ne recevait une prompte satisfaction. Peu de tems après, il fut attaqué d'une fièvre maligne, dont les missionnaire jésuites le guérirent en lui faisant prendre du quinquina contre l'avis des médecins chinois. Kang-hi , par reconnaissance , donna aux missionnaires une maison dans le Hoangtching, ou enceinte du palais qui avait appartenu au gouverneur du prince-herltier qu'il avait exilé. Cette maison, où les Jésuites firent bâtir une très-belle église aux frais de l'empereur , est la première qu'ils aient eue en Chine. Ce monarque ayant fait venir ensuite les missionnaires en sa présence, les assura de sa protection, et leur fit remettre des présents pour le roi de France.

Le kaldan , malgré les promesses qu'il avait faites de vivre en paix avec ses voisins, continuait de les troubler par les usurpations qu'il faisait sur leurs terres. Kang-hi, pressé par les Kalkas, se détermina enfin à marcher en personne contre lui. Ayant assemblé pour cette expédition près d'un million d'hommes, il en îoima trois armées qui devaient se rendre en Tartarie par différentes routes. Tout étant réglé pour son départ, il offrit un sacrifice solennel au Tien, pour lui demander l'heureux succès de ses armes, et partit de Pé-king le i^'. avril de l'an 1696, accompagné de six de ses fils, et suivi des trois missionnaires jésuites, Gerbillon, Thomas et Pereira , dont le premier nous a laissé un journal exact de la route que tint ce monarque. Le kaldan s'élant avancé jusqu'à la rivière de Kerlon, prit la fuite dès qu'il apprit que l'empereur approchait, et for^^a sa marche jusqu'à ce qu il fut hors d'inquiétude et de danger. Mais en fuyant devant l'armée impériale , il tomba , le 12 juin, dans celle de Fiangu-pé, général chinois. Déterminé à tout risquer, il commença lui-mcme le combat, qui fut long et d'au-

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tant plus sanglant, que 1 espérance de retraite manquait également aux deux partis. Le kaldan, vaincu, prit la fuite avec quarante ou cinquante hommes, tandis que le reste de ses gens cherchait son salut par différentes routes , laissant leur hagage, leurs femmes , leurs enfants et leui's troupeaux , à la merci du vainqueur. Cette grande nouvelle fut apportée par quelques-uns des principaux oificiers du kaldan, qui venaient implorer la miséricorde de l'empereur au camp de Mao-lao-yé, général du détachement que sa majesté avait envoyé à la poursuite de l'ennemi. Ce seigneur dépêcha aussitôt au camp impérial un courrier par lequel on apprit que le lieu de la bataille se nommait Terelgi. L'empereur, après celte victoire qui mettait le kaldan aux abois , prit le parti de retourner à Pe-king. Un grand nombre de familles éleutes vinrent se ranger sous ses drapeaux, et plusieurs princes et princesses mongous et kalkas accoururent pour le féliciter sur sa roule qu'il fit en chassant : exercice auquel il se plaisait beaucoup. Il arriva enfin triomphant à Pé-king le 7 juillet , suivi de son armée qui avait beaucoup souffert de la faim , de la soif et de l'incommodité des chemins dans les déserts de la Tartarie.

La déroute du kaldan n'éblouit point l'empereur, et ne l'empêcha pas de prendre toutes les mesures convenables pour se défaire d'un ennemi toujours à craindre tant qu'il verrait le jour. A cet effet , il envoya différents détachements en Tartarie, avec ordre de le chercher et de le mettre a mort partout où ils pourraient se saisir de sa personne. Il lui écrivit cependant des lettres très-pressantes pour l'amener à des sentiments de paix et l'engagera le venir trouver, avec assurance que s'il se rendait à ses invitations il serait traité favorablement. Mais voyant qu'il ne pouvait rien gagner sur cet esprit farouche , il se résolut de le pousser à bout par une nouvelle expédilio:i. Etant parti de Pé-king le 14 octobre i6g6, il reçut , le 2,^ décembre, sur les frontières des Eleutes , un ambassadeur du kaldan, avec une lettre de ce prince, par la<]uelle il promettait de se soumettre au cas qu il pût obtenir son pardon. L'empereur confirma les assurances qu'il lui avait données ; et, comme la saison était rude, il prit le parti de retourner à Pé-king, où il rentra, le 12 janvier 1697, au milieu des acclamations.

L'empereur fit , au mois de février suivant , un nouveau voyage en Tartarie, sous prétexte de visiter les frontières des étals qu'il avait eu cette contrée ; mais , dans le vrai , pour contraindre le kaldan à venir lui faire ses soumissions. l'Jant à Chinmou, on lui amena le fils du kaldan, qui avait été pris par la garnison de cette place. Son nom était Septenparlchour. ««C'était, dit le père Gerbillon, témoin oculaire de l'entrevue, IX. 8

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}) un enfant de quatorze ans , assez bien fait. Il était vêtu d'un» » casaque de drap avec un bonnet de peau de renard ; son air j> était triste et embarrassé. L'empereur le retint assez longw tems , toujours à genoux, et lui fit diverses questions. »> Le monarque le fit conduire en poste des le lendemain à Pé-king. Kang-hi arriva, le 17 avril, h Ning-hia , et n'en partit que le 5 mai suivant, ayant passé le lems du séjour qu'il y fit à chasser et à régler les opérations des armées qu'il envoya en avant. Mais étant à Pouctou, il y apprit la mort du kaldan. Kang-hi, à celte nouvelle, ne put dissimuler la joie qu'il en ressentait. « La guerre est enfin terminée, dit il à ses grands, et nous » allons goûter les douceurs d'une paix si ardemment désirée. » Ayant alors donné ses ordres à son armée pour retourner sur ses pas , il la précéda , et arriva le 4 juillet à Pé-king , accompagné de l'impératrice douairière et des reines qui étaient venues au-devant de lui.

Jusqu'en 1709, la paix, depuis que Kang-hi était assis sur le trône, avait constamment régné dans la famille impériale. Cette année elle fut troublée par un événement imprévu. Le second fils de l'empereur, qu'il avait nommé prince-héritier parce qu'il était né d'une impératrice , fut tout-à-coup chargé de fers; ses enfants et ses principaux officiers furent enveloppés dans sa disgrâce ; et tout cela par les artifices de son frère aîné, qui avait le titre de premier régule. Mais l'innocence du prince accusé ayant été découverte , il fut rétabli dans ses honneurs , et ses calomniateurs subirent le châtiment qu'ils méritaient. I^e prince-héritier, par la suite, fut néanmoins dégradé de nouveau pour des fautes réelles envers la personne de son père.

L'empereur faisait cependant travaillera la carte de la Chine et de la Tartarie. Trois missionnaires jésuites , Bouvet , Régis et Jartoux, auxquels se joignirent depuis leurs confrères Fabrebon jours , Antoine Cordova et Frédeli , furent chargés de cette entreprise, qu'ils commencèrent en 1708, et dont ils vinrent à bout dans le cours de l'an 1715. «c Quoique ce grand ouvrage, j> dit le père de Mailla, laisse encore beaucoup d'incertitude » sur plusieurs positions de différents endroits de la Tartarie , » on peut l'envisager néanmoins comme un excellent morceau » de géographie , qui donne de ces vastes contrées de la haute » Asie des connaissances beaucoup plus détaillées et plus exactes » que tout ce qu'on en avait avant celte époque. »

L'impératrice mère ayant terminé ses jours le 1 1 janvier ijijy on \)rit le grand deuil à cette occasion dans tout l'empire, quoiqu'elle ne fût pas la mère de l'empereur. Tous les mandarins j non en chaise , mais à cheval , velus de blanc , et sans

BES EMPEREURS DE LA CHINE. bg

grande suite, allèrent, pendant trois jours, faire les cérémonies ordin.'iires devant la tablette de la princesse défunte.

Kang hi tomba malade l'année suivante. Toute la cour fut alarmée , parce qu'il ne s'était pas encore choisi de successeur, et qu'on craignait qu'à sa mort les princes ses iils ne causassent du trouble pour faire valoir leurs droits h la couronne. Un des premiers mandarins l'ayant fait pressentir par son fils sur ses dispositions , l'empereur pardonna au fds son indiscrétion , et donna ordre de faire mourir le père : exemple de sévérité qui obligea les grands d'attendre en silence la déclaration de ses dernières volontés. L'empereur revint de cette maladie. Le Z2. novembre 1720, un ambassadeur de Russie fit son entrée publique à Pé-king, avec beaucoup de pompe et de magnificence. Il fut reçu à la cour avec de grands honneurs. Cependant, par de bonnes et sages raisons, il n'obtint pas ce qui faisait l'objet de son ambassade : c'était d'ouvrir la liberté du commerce entre la Chine et la Hussie , et d'établir des comptoirs dans les principales provinces de la Chine. Kang-hi jugea à propos d'en fixer le nombre à deux , l'un à Pé-king , l'autre à Chou-kou-paï-tsing , sur les frontières des Eleutes.

Depuis quatre ans , la Chine était en guerre avec les Tartares.

L'an 17:21 , l'empereur reçut les compliments de félicitatioa

'Uti.des grands, à l'occasion dune grande victoire que ses troupes

venaient de remporter sur ces ennemis. Cette victoire valut

aux Chinois la conquête de tout le Tibet.

Les Chinois de l'île Formose, la même année, s'étant révoltés à l'aide de ceux du Fou-kien, firent main-basse sur les troupes impériales, et égorgèrent les mandarins, à l'exception d'un seul qui eut le bonheur de se sauver. Les rebelles ne jouirent pas long-tems de l'impunité. De nouvelles troupes , envoyées par l'empereur, les forcèrent dans la capitale de l'île, et les dissipèrent anrès un massacre horrible.

Kang-hi, l'an 1722, au retour d'un voyage de Tartarie , étant allé chasser au tigre , près de Pé-king, fut surpris d'un vent du nord très-froid. Porté dans son lit , il sentit qu'il n'en reviendrait pas. Son sang, en effet, s'était coagulé de manière qu'aucun remède ne put le soulager. Peu de jours avant sa mort, il fit son testament pour assurer la couronne, après lui , au quatrième de ses fils. Ce monarque expira le 20 décembre , à l'âge de soixante-neuf ans.

« L'empereur Kang-hi, dit l'éditeur de ses Observations de » physique, est un des plus grands princes qu'ait eus la Chine... » Homme de lettres, savant philosophe, grand politique, ci- » toyen , ami des hommes , et un peu guerrier ; il réunissait « dans un degré supérieur les talent*, les qualités et Iss verlHs

6o CHRONOLOGIE HISTORIQUE -

j> que tous les siècles ont destinés à radmlratlon publique......

» Dès l'i'ige de huit ans, il était plein d'ardeur pour s'instruire,. it 11 se levait dans sa jeunesse à trois heures du matin pour étu- » dier.... Aussi devint-il un irès-habile lettré. Eloquence, poé-

^> sie, histoire, jurisprudence, antiquité, tout était de son

i> ressort Il était si avare de son tenis et si attentif à le bien

» employer, que quand on lit l'histoire de son règne, on ne » comprend pas comment les soins qu'il donnait aux affaires , » les détails où il entrait , les grandes choses qu'il a exécutées , >> lui ont pu laisser le tems d'ouvrir des livres; et quand on M voit la collection de ses ouvrages dans tous les genres , on j> comprend encore moins qu'il ait pu tenir le gouvernail d'un

}> si grand empire Comme ce grand prince était très-avide

j» de connaissances et méditatif, il prenait occasion de tout pour » s'instruire. En voyage comme dans son palais, il revenait, par » ses réflexions, sur tout ce qui l'avait frappé , et s'en rendait i> compte à lui-même en les jetant sur le papier. Voilà pourquoi j> il y règne si peu d'ordre ; mais elles n'en peignent que mieux » son génie, et sont dès là plus curieuses. Le recueil entier de » ses observations serait fort considérable : nous ne donnons ici » que celles qu'on trouve dans la quatrième partie de ses ouj) vrages, dont la collection entière va à plus de cent volumes. » ( JMémoires concernant les Chinois , tome IV , page i^^2.. )

Pour ne pas interrompre par une trop longue digression le récit des événements du règne de ce prince , nous avons renvoyé à la fin de cet article ce qui concerne l'état où la religion chrétienne se trouvait alors à la Chine. Mais il faut reprendre les choses de plus haut. Dès l'an i556, Gaspard de la Croix, dominicain portugais , était entré à la Chine , où il avait prêché l'Evangile. Mais bientôt , chassé par les mandarins , il se retira dans l'île d'Ormus. L'an ivSc)o, Jean Castro et Benavidez, du même ordre , et quelque tems après , leurs confrères , Martin et IMayor , vinrent, par commandement du pape Grégoire XlII , pour travailler à la conversion de ce grand empire. Mais les mandarins , gagnés , à ce qu'on prétend, parles jésuites , les obligèrent encore à vider le pays. Le P. Ricci , jésuite , et ses confières, restèrent maîtres delà mission. Des seiilinelles, qu'ils avaient postées à Canton , empêchaient d'autres ouvriers évangéliques que ceux de leur compagnie, de pénétrer à la Chine. Mais, en iG3i , Ange Coqui , domi'ncain, ayant trouvé moyen d'y entrer par l'île b'ormose , fut suivi par Jean i>. Moralez, son confrère, el Antoine de Sainte-Marie, franciscain. Ces trois prédicatetns ne pouvant s'accorder avec les jésuites sur les pra-. tiques que c'uï-ci permettaient à leurs prosélytes, furent bannis eu i638 par le gouycineur de Fou-ugan , dcins le Fou-kien,,

DES EMPEREURS DE LA CHINE. 6l

apros avoir essuyé pendant cintj jours un supplice aussi cruel qu'ignominieux. Moralez se rendit à home l'an i643, et obtint l'année suivante un décret du saint-office , confirmé , l'an 164"^ , par Innocent X , portant défense, 1". de dispenser les chrétiens des commandements de l'Eglise; 2". d'omettre dans le baptême plusieurs cérémonies; '6". de tolérer l'usure; 4**- ^^ permettre aux chrétiens de contribuer à la dépense des sacrifice et des fêtes des idoles; 5". d'autoriser les gouverneurs des villes à se prosterner devant l'idole Chinchoam , en rapportant leurs adorations à une croix cachée dans le lieu du sacrifice ; 6^, de souffrir qu'on rende à Confucius (i) un culte pour obtenir de

(1) « L'an igS, avant l'ère chrétienne, dit M. Deshauterayes , l'illustre londaleur de la dynastie des Han, revenant de Pei, sa patrie, visita le tombeau de Confucius, dans le pays de Lou, et il (ut le premier qui lui sacrifia un bœuf. Ce conque'rant se souciait fort peu de ce pliilosophe et de ses livres; mais il voulait flatter les lettrés qui avaient fomente la plupart des troubles dont son règne avait été agité, et les empêcher de blâmer son gouvernement en gagnant leur estime. Il est aisé de conclure de là que le sacrifice ([u'il offrit à Confucius, en cette occasion , était une affaire de pure politique , et qu'il n'en attendait rien. Mais je ne pense pas qu'on puisse eu dire autant des lettrés, qui élevèrent depuis des m/ao dans toutes les villes de la Chine, et réglèrent le culte qu'ils n'ont pas discontinué de lui rendre depuis le fondateur des Han. Ils lui font des offrandes deux foisl'année, ainsi qu'à lanouvelle et à la pleine lune; et ils croient que son esprit , qu'ils invoquent , se rend dans un magnifique cartouche appelé /e siège de Vcsprit, sur lequel son nom est écrit eu grandes lettres d'or, et qu'il accepte les grains , les fruits, les soieries et les parfums qu'on brûle en son honneur, ainsi que le vin de félicité qu'on répand et les chairs des animaux qu'on immole. I!s offrent toutes ces choses après .s'y être préparés et purifiés par l'abstinence et la continence, dans l'espérance d'obtenir toutes sortes de prospérités et de biens. Nos théologiens concluent de cetl que, quand il serait bien prouvé que dans leur institution ces cérémonies eussent éfé purement politiques, cela n'empêcherait pas que de la manière dont elles se pratiquent aujourd'hui, elles ne soient superstitieuses et idolàtriqucs. A l'égard du Tien, ou du Chang-ti , les anciens hing ou livres classiques des Chinois, en parlent en termes si relevés , qu'il paraît impossible , au premier coup-d'ccil , de ne pas le confondre avec le vrai Dieu. Il punit , il récompense , il place les rois sur le trône et les en fait descendre; II les avertit de se corii2;er à la vue des phénomènes et des calamités qu'il leur envoie; il aime les peuples, etc .. Pour dire en deux mots mon sentiment , il me semble que, si l'ancienne religion des Chinois u'e;t pas différente do celle qu'ils observent aujourd'hui, on doit en conclure qu'ils n'ont jamais reconnn de substance distincte de la matière , et par consé— » queul que les noms de Tien et de Chang-ti^ ceux de Li et de Tai-kict

6a CHRONOLOGIE historique

lui la science et la sagesse, et pour le remercier de les avoî» obtenues ; 7°. d'offrir des sacrifices aux ancêtres pour en obtenir des prospérités; 8". de supprimer dans l'iustruclion des catéchumènes le mystère de Jésus-Chrlsl crucifié, et l'exposition du crucifix dans les églises, pour ne pas irriter un peuple qui a la croix en aversion et la regarde comme une folie. Ce décret ayant été apporté en Chine , l'an 1649 ' P'^'^ Navarette, dominicain , et signifié au provincial des Jésuites , Nous assurons , écrivit celui-ci au P. Moralez , (/u'en tout ce que nous pourrons , nous obéirons à tout ce que nous ordonne le sainl-slége. Cependant sur un exposé où ils changeaient en honneurs civils et cérémonies politiques le culte qui faisait le sujet de la contestation , les Jésuites, le 28 mars i65G, obtinrent du pape, Alexandre VIÏ, un décret favorable en apparence à leurs prétentions, mais dont les prêtres des missions étrangères ont prouvé dans leur quatrième mémoire que le véritable sens portait leur condam-nation.

Nous supprimons, pour abréger, ce qui s'est passé dans cette grande affaire, jusqu'au pontificat de Clément XI. L'an 1699 , le 2.0 de la dixième lune, Philippe Grimaldi , jésuite, et trois autres de ses confrères , présentèrent à l'empereur un pla et dans lequel ils disaient : « Nous avons toujours jugé qu'on ho- » nore Confucius en Chine comme législateur ; que c'est ea j) cette seule qualité et dans cette unique vue qu'on pratique ï» les cérémonies établies en son honneur. JNous croyons que les »> rites qu'on observe à l'égard des ancêtres ne sont établis que D dans la vue de faire connaître l'amour qu'on a pour eux, et de ï> consacrer le souvenir du bien qu'ils ont fait pendant leur vie.

» (jiielques attributs qu'ils leur donnent, ne peuvent être confondus » avec celui du vrai Dieu ; que le culte rendu à Confucius et aux ancè- » 1res , quoique peut-êlre purement et simplement civil dans ses î) commencements , n'est pas plus exempt d'idolâtrie que celui que les » Romains rendirent d'abord à leurs proconsuls du tems de la repu- V blique, et ensuite à leurs empereurs. Enfin les Koucï-chin , ou celle >» loule d'esprits subalternes, auxquels les Chinois sacrifient, et qui 5) président selon eux au ciel , à la terre , aux forêts, aux montagnes , ¥ aux fruits, etc., ne diffèrent pas de ceux des Grecs et des Romains, ■• qui en avaient peuplé le ciel et la terre. « (Note sur la page 3oi , du Xî«=. vol de V Histoire générale de la Chine.) Remarc|uez , d'après le même auteur, que le père \ isdelou . dont le témoignage, dit-il, doit être d'un grand poids, assure positivement, dans sa notice de l'Y-king, que la religion actuelle des Chinois n'est pas différente de l'ancienne. Le mérite de ce jésuite, fort attaché à M. de Toiirnon, le fit élèvera l'épiîicopat et nommer vicaire apostolique eu 1708 , après vingt ans d« séjour à la Chine.

DES EMPEREURS DE LA CHlî(fll!.' Gl

3 Quant aux sacrifices du ciel , nous croyons que ce n'est pas » au ciel visible, qui est ce ciel que l'on sait au-dessus de nous, » qu'ils sont offerts, mais au maître suprême, auteur et con- » servaieur du ciel et de la terre, et de tout ce qu'ils renferment. » Tels sont l'interprétation et le sens que nous avons toujours » donnés aux cérémonies chinoises ; mais comme des étrangers w ne sont pas censés pouvoir prononcer sur ce point important » avec la même certitude que les Chinois eux mêmes, nous » osons supplier votre majesté de ne pas nous refuser les éclair- •» cissemenls dont nous avons besoin. » J^'empereur , dit le P. de Mailla ( tom. XI , p. 3o3 ), lut ce placet avec attention , et l'approuva comme conforme en tous points à la doctrine religieuse des Chinois.

Cette réponse, que les Jésuites se gardèrent bien de divulguer, ne fut connue des missionnaires des autres ordres qu'après qu'elle eut été envoyée à Rome lorsqu'il n'était plus tems d'écrire en Europe. Elle n'en imposa pas cependant au pape, qui crut devoir envoyer sur les lieux un légat à latere , pour connaître par ses yeux l'état de la religion à la Chine. Ce fut Thomas Maillard da Tournon, archevêque titulaire d'Antioche, qu'il nomma en même tems patriarche des Indes. Arrivé , le 8 avril lyoS , à Canton , avec un décret de sa sainteté, du 24 novembre 1704 , contre les cérémonies chinoises, qu'il tint secret, il partit au mois de septembre 1700, avec la permission de l'empereur, pour Pé-king, et fut traité sur la route avec de grands honneurs. Kang-hi, dès la première audience qu'il lui donna, le goûta beaucoup , et parut avoir envie d'établir une étroite correspondance avec le pontife qui l'envoyait. Il accorda même au patriarche qu'il y eût toujours à la cour de Pé-king comme un nonce , supérieur de tous les missionnaires; mais bientôt après, par l'intrigue de ceux qui n'avaient pas intérêt d'être éclairés de si près , il fit entendre qu'un des jésuites qui étaient à Péking, suffirait pour y remplir les fonctions de résident de la part du pape. Des mandarins demandèrent ensuite, de la part de l'empereur , au légat , comment sa déclaration avait été reçue en Europe. C'était un piège dont le légat se tira en répondant qu'elle n'avait point paru authentique à Rome. Le légat voyant l'empereur indisposé contre lui , demanda son audience de congé, et partit de Pé-king après l'avoir obtenue, le 28 août 1706, pour Canton, laissant Charles Malgrot , vicaire apostolique du Fou-kien et évêque de Conon , exposé au ressentiment de l'empereur. Ce prince l'ayant fait emprisonner chez les Jésuites, le condamna depuis à la bastonnade et à l'exil , pour le reste de ses jours , en Tartarie. Le légat reconduit sur des barques de l'empereur à Canton , ne put y arriver,

par un retardement affecté de ses conducteurs , que long-lems après le départ des bâtiments européens pour leur pays. Deux jésuites députés par l'empereur, avaient pris les devants pour ne pas rencontrer de contradicteurs à Rome. Le légat ne put parvenir, que le 17 décembre 1706, à Nan-king, où il fut retenu trois mois. Ce fut là qu'il eut connaissance de l'édit de l'empereur, daté du i3 de la 1 1^. lune 1706, par lequel il était défendu aux missionnaires de rester à la Chine sans une permission expresse et par écrit de la cour, qu'ils n'obtiendraient qu'après avoir approuvé la doctrine de Confucius , et promis avec serment , de ne plus retourner en Europe. Jusqu'alors il avait tenu secret le décret dont il était porteur. Il se détermina enfin à le publier le aS janvier 1707. C'était un coup de foudre pour ceux qui y étaient opposés, ils ne s'attendaient pas à voir le légat braver ainsi leur ressentiment et la colère de l'empereur au milieu de la Chine. Un appel du décret au saint siège , fut la ressource qu'ils imaginèrent pour en suspendre l'effet. Le légat étant arrivé, le 24 mai , de Nan-king à Canton, y reçut ordre d'aller attendre à Macao , le retour des pères Ijarros et Bcauvolier, envoyés à Rome (i). Pendant le séjour qu'il y fit, le capitaine général , l'evéque et les missionnaires de Macao s'accordèrent à lui faire essuyer mille indignités , et cela au nom, mais dans le fait, à linsu de l'empereur, à l'égard duquel on prenait les plus grandes précautions pour qu'il n'en fut pas instruit, non plus que la cour de Rome. La promotion de M. de Tournon au cardinalat , dont la nouvelle fut apportée à Macao, le 17 août 1709, acheva de perdre ce prélat : on enferma dans la forteresse six missionnaires chargés de la lui annoncer de la part du pontife; et lui-même resserré plus étroitement que jamais, fut réduit, pour toute nourriture, à boire de l'eau de la mer, qui entrait dans le puits de sa maison, et à ce qu'une femme âgée trouva le moyen de lui fournir en secret pendant quelque tems. Enfin il mourut d'un accident soudain, qui avait, dit-on, les apparences d'une apoplexie, le 8 juin 1710. (M. Deshauterayes , note sur le XI'^. vul.de l'Hist. de la Chine ^ pag. .^09 et suiv. ) Ses ennemis, après sa mort , s'emparèrent de son corps , et saisirent tous les papiers de sa légation , dans l'espérance d'anéantir les preuves de leurs excès. Clément XI , instruit de ces violences, en témoigna son indignation, et parut vouloir en faire une justice exemplaire: mais les coupables trouvèrent moyen de l'apaiser. {Anecd. de la Chine.') L'inexécution de son décret, cependant, lui tenait au

(O Ils périrent dans un naufrage, en allant à Rome.

cœur; et , l'an 17 i5 , il le confirma par sa bulle ex illa die (i) , qui ne fut pas mieux accueillie à la Chine , par ceux qui rejetaient le premier décret. Jugeant nécessaire d'envoyer sur les lieux un nouveau légat, il jeta les yeux sur Charles-Ambroise Mezzabarba , qu'il créa en même tems patriarche d'Alexandrie. Ce prélat étant parti de Rome, le 19 mai 1719, se rendit à Lisbonne, d'où il arriva , le 28 septembre 1720, à la vue de Macao , où il fut reçu avec les plus grandes démonstrations de respect. De là étant passé à Canton , il mit à la voile , le 29 octobre , pour Pé-king , aux frais de l'empereur , dans une barque magnifiquement ornée. Après avoir éludé les questions insidieuses que lui firent , sur l'objet de sa mission , quatre mandarins envoyés au-devant de lui, il fut admis solennellement, le 3i décembre 1720, à l'audience de l'empereur, et eut l'honneur démanger avec lui, mais aune table séparée, ainsi que les mandarins. Le monarque se contenta, pour cette fois, de faire quelques questions, qui firent juger au légat combien il était prévenu de l'opinion des missionnaires de Péking, en faveur des cultes chinois. « Comment, lui dit ce » prince , le pape peut-il juger de la nature des cérémonies » chinoises, qu'il n'a jamais vues? Aurais-je assez de présompw tion pour juger des coutumes de l'Europe , qui me sont i> inconnues ? » La réponse du légat fut que le pape ne prétendait point juger des usages de la Chine, et qu'il se bornait à régler ce que les Chrétiens établis à la Chine , pouvaient pratiquer de ces usages , sans blesser les principes de leur religion.

Ce ne fut pas la seule audience que le prélat obtint de l'em-

(i) A sa bulle , le pape joignit un formulaire que devaient signer tous les missionnaires de la Chine. Il e'tait conçu en ces termes :

« Je N. missionnaire envoyé à la Chine par le saint siège , ou par î) mes supe'rieurs suivant les pouvoirs à eux accord e's par le saint sie'ge, •» obéirai pleinement et fidèlement au commandement apostolique » touchant les cére'monies de la Chine, renferme's dans la constitution. » que notre saint père le pape Clément XI a faite à ce sujet , où la >» forme du présent serment est prescrite, et à moi parfaitement » connue par la lecture que j'ai faite en entier de ladite constitution, « et l'observerai absolument et inviolablement. et l'accomplirai sans au- » cune tergiversati.)n. Que si, en quelque manière que ce soit , ce qu'à j> Dieu ne plaise, j'y contreviens, toutes tes fois que Cela arrivera, je me » reconnais et me déclare sujet aux peines portées par la même cons- » titution; je le promets, je l'avoue, et je le jure de la sorte en » touchant les saints évangiles. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ses >> saints évangiles. Je N. de ma propre main. » {Anecd. de la C/iine , tom. I^"". , Préf p. xxiij )

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