ROGER II
1167. Roger ïI , fils de Raymond-Trencavel , n'avait que dix-huit ans lorsqu'il succéda à son père dans les vicomtes de Carcassonne , de Rasez , de Beziers et d'Albi. Mais il en fut privé presque aussitôt par le comte de Toulouse, pour avoir fait hommage à Alfonse II , comte de Barcelonne et roi d'Ara- gon. L'intérêt avait dicté cet hommage; Roger voulait parla se ménager la protection de ce prince , pour l'aider à tirer vengeance de l'assassinat de son père. Iloger-Bernard, que le comte de Toulouse lui substitua , ne put néanmoins se mettre en possession de cette dépouille. Le vicomte Roger se maintint dans ses domaines par la protection du roi d'Aragon. Résolu de venger sur les habitants de Beziers la mort de son père , il se concerte, l'an ii6cj, pour ce dessein avec le roi d'Aragon. Ayant obtenu de lui des soldats, il les fait entrer par pelotons dans Beziers, sous prétexte de les faire passer par celte ville pour une expédition lointaine. Mais , lorsqu'ils se trouvèrent supérieurs aux bourgeois, ils foui main-basse sur eux, pendent les principaux à des potences, et leur font ainsi paver la jusifi peine de leur crime. On ne fit quartier qu'aux Juifs qui n'avaient point apparemment trempé leurs mains dans le sang de Trencavel , aux femmes et aux filles, que les soldais du roi d'Aragon épousèrent ensuite pour repeupler la ville. (^Hisf. deLang' tom. I!, p. 348.) Roger fit, quelques tems après, son entrée dans Beziers accompagné de Bernard qui en était évé(|.ue. Les
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nouveaux habitants les reçurent avec joie ; mais pour se clé-' dommager des grandes dépenses qu'ils avaient faites auparavant pour recouvrer cette ville, ils leur imposèrent une redevance annuelle de trois livres de poivre par famille. C'était un tribut considérable, parce que cette denrée était fort chère alors. Roger, l'an 1 171 , fait sa paix avec le comte de Toulouse , qui lui donne en mariage sa fdle Adélaïde, qu'il avait eue de < onstance de France. En considération de cette alliance, le roL Louis le Jeune lui donna la châtellenie de Minerbois, pour la tenir immédiatement de la couronne. L'an 1 177 , il se ligue avec Ermengarde, vicomtess'' de Narbonne, et d'autre seigneurs^ contre son beau-père, dont il était mécontent. Il est excommunié, l'an 1178, par le cardinal de Sainl-Chrysogone , pour avoir mis en prison l'évéque d'Albi , sous la garde des Albigeois qu il favorisait. L'an 1184, il fait la paix avec le comte de Toulouse; mais dès l'année suivante il se brouille avec lui , et retourne sous le vasselage d'Alfonse , roi d'Aragon. Roger meurt, le 20 mars 11941 ("• st.) à Tâge d'environ cinquante ans; son corps fut porté dans le monastère de Cassan, au diocèse de Beziers. (Vaissète, tom. III, p. 90.) En mourant, il institua tuteurs de son fils, Bertrand de Saissac et d'autres seigneurs , à l'exclusion de son épouse qui lui survécut jusqu'à l'an 1201 au plus tard. Cette vicomtesse, appelée AlearJe de Burlats dans les poètes provençaux de Nostradamus , parce qu'elle avait été élevée au château de Builats en Albigeois , fut ï'objet delà passion d'Alfonse IV, roi de Castille, et du troubadour Arnaud de Marveil , qu'elle fut obligée de renvoyer pour ne pas déplaire au roi. (Aiillot, Hist. des Trouh. tom. I, pag. 7ï.)