YONG-TCHING
172.3. ( 4o^ année Quey-fnao , du LXix^. cycle, ) Yong- TCHING, quatrième fils de Kang-hi, lui succéda, en vertu de son testament , à l âge d'environ quarante ans , et fut inauguré le 2.0 de la i'^. lune. Des qu'il fut sur le trône , il montra la même activité que Kang-hi dans le gouvernement. Un quatorzième fils de Kang-hi, à la mort de ce prince , commandait en Tartarie contre le roi des Eleutcs. Yong-tcliing , prenant ombrage de l'estime et de l'attachement que la nation lui portait , se hâta de le rappeler avec Po-ki , son fils , au nom de l'empei-eur défunt dont il ignorait la mort; et l'ayant en son pouvoir, iï l'envova garder la sépulture de Kang-hi. Morao , jésuite portugais, travaillait cependant à faire un parti à Sessaké, neuvième fils de Kang-hi , dans lespérance qu'il protégerait la religion chrétienne. Ses intrigues ayant été découvertes, ils furent envoyés prisonniers l'un et l'autre en Tartarie , et quelques années après condamnés à perdre la vie (i). Le mandarin Tchaotchang , qui avait si bien servi les adversaires du cardinal de Tournon et de Mezzabarba ^ convaincu d'avoir eu part à cette conspiration et du crime de péculat, fui condamné à porter la
(i) « L'an 1726, le 22 de la 6«. bine (21 juillet), le tribunal des » riimes présenta à l'empereur le résultat des aveux de IVIorao, qu'il î> appelle le compagnon de la réi-'oHe de Sessaké, et le pria de confirmer -n la sentence de mort qu'il avait portée contre lui. Les missionnaires » de Pé-king avaient écrit à la cour de Lisbonne, à l'effet d'engager le î> roi de Portugal à envoyer un amb-issadeur à Yong-tching , pour ob— ■» tenir la grâce de Morao , tandis que de leur côté, à force de sollici— » talions et d'argent, ils retardaient les informations, et empêchaient » qu'on en vint à une sentence finale. Don Alexandre Metello-Souza— 3> y-Menesez s'embarqua pour la Chine ; mais il airiva trop lard : la j> sentence avait déjà été rendue ; et. quoique l'exécution fùtsuspendue, » le général de Macao ayant donné avis à l'empereur de l'arrivée de » Metello, ce monarque, pour n'être pas réduit au désagrément de ï> refuser au roi de Portugal la grâce qu'il voulait lui faire demander » par cet ambassadeur ,^ dépêcha un courier en Tartarie , avec l'ordre » d'étrangler l'intortuné Morao, dont le corps fût ensuite brûlé et les » cendres jetées au vent , après que sa tête eût été exposée sur uu pi— 5) quel. « (M. Deshaulerayes , d'apiès les Anecdotes de la Chine. « Je » les cite, dit-il , avec d'autant plus de confiance , que divers monu— » ments, qui m'ont été Confiés, attestent la vérité des faits (i.u'elle& » rapportent. » )
DES EMPEREURS DE LA CHl>"E. %
eangue (i) à une des portes de Pé-king , après que ses biens eurent été confisqués, et sa famille envoyée en exil. Lessihin , et son frère Taï-tou-ban , ou grand-maître des équipages de l'empereur, tous deux princes du sang, soupçonnés d'être complices de Sessaké, furent relégués au même lieu que lui, et reçurent le baptême dans leur exil. Ils suivaient en cela l'exemple du comte Jean , leur frère , non moins célèbre , sous l'empereur Kang-bi , par son attacbement à la vraie religion , que par sa sagesse et son habileté dans la science militaire. Sou-nou, père de ces princes , n'approuvait pas cependant leur conversion^ et les en avait même hautement blâmés. C'était d'ailleurs un personnage recommandable par les services importants qu'il avait rendus à l'état dans les postes de général des troupes de la Tartarie orientale et de gouverneur du Léao-tong. Mais la haine que l'on portait à ses enfants, retomba sur lui et l'enveloppa dans leur disgrâce. L'an 1724 ? ^^ mois de juillet, il reçut ordre de partir avec toute sa famille, ses femmes , ses fds et ses petits-fils, ce qui faisait un nombre considérable, pour Yeou-oué , à quatre-vingt-dix lieues à l'ouest de Pé-king , audelà de la grande muraille ; et bientôt après on les confina dans un hameau à deux lieues de celte ville , avec défense d'en sortir. Sou-nou y mourut le 2 janvier de l'année suivante.
Là persécution était alors ouverte en Chine contre les Chrétiens. Dès le 7 septembre 172.3, Mouan-pao , tsong-tou du Fou-kien , par un édit qui fut confirmé par l'-empereur , avait proscrit , dans cette province , l'exercice du Christianisme , et ordonné que les églises qu'elle renfermait seraient converties en écoles publiques ou en miao destinés à honorer les ancêtres (2). Les missionnaires alléguaient en vain , dans les placets qu'ils firent parvenir à la cour, deux édits de l'empereur Kang-hi , l'un de l'an 1692 , qui permettait l'exercice de la re- Jigion chrétienne; l'autre de 171 1 , par lequel on accordait aux missionnaires qui étaient munis au piau ( patente impériale ) la liberté de demeurer dans les provinces. Le tribunal
(i) Espèce de pilori mobile composé de deux planches pesant jusqu'à 200 livres, et échancrées au milieu. On les joint ensemble après qu'on y a inséré \e cou du coupable.
(2) Noos avons ci-devant appelé , avec le P. de INIailla , ces M/ao , salle des ancêtres. ÎMais il est certain que ce sont de véritables temples où les Chinois invoquent les esprits de leurs ancèlres, qu'ils croient résider dans des tablettes inscrites de leurs noms , et leur lont diflérentes nblations, de même que les Grecs et les llomains invoquaient et honoraient les mânes dçs personnes qui leur étaicn' chères. Les mânes de csux-ci et les esprits des autres nediftèrent fjue par leur nom.
yo «HROlîïOLOriE HISTORIQUE
des rites, à qui ces placets furent présentés, n^ eut aucim égard. Sa dérision fut conçue en ces termes : « î.es Européens » résidents à la cour sont utiles pour le calendrier et rendent » encore d'autres services ; mais ceux (jui sont dans les pro— » vinces ne sont d'aucune utilité. Ils attirent à leur loi le peuple » ignorant , hommes et femmes; ils élèvent des églises ou ils M s assemblent indifféremment sans distinction de sexe, sous » prétexte de prier. L'empire n'en retire pas le moindre avan- » tage... Quant aux Européens répandus dans le Pé-tché-11 et » dans les autres provinces de l'empire , il faut amener à la » cour ceux qui peuvent être utiles , et conduire le reste à
« Macao Que les temples qu'ils ont bâtis soient fous chan-
« gés en maisons publiques; qu'on interdise rigoureusement » cette religion : qu'on oblige ceux qui ont été assez aveugles M pour l'embrasser, de se corriger au plutôt. Si dans la suite ils »' se rassemblent pour prier, qu'ils soient punis selon les lois. » L'empereur confirma celte sentence le ii janvier 1724, et écrivit dessus avec son pinceau rouge : « Qu'il soit fait ainsi » qu'il a été déterminé par le tribunal des rites. Les Européens » sont des étrangers ; il y a bien des années qu'ils demeurent » dans les provinces de rem;)ire. Maintenant il faut s'en tenir » à ce que propose le tsong-tou du Fou kien. Mais comme il i> est à craindre que le peuple ne leur fasse quelque insulte , w j'ordonne aux tsong-tou et vice-rois des provinces , de leur j> accorder une demi année , ou quelques mois ; et pour les » conduire ou à la cour ou à Macao, de les faire accompagner » dans le voyage par un mandarin , qui prenne soin d'eux et les » garantisse de toute insulte. Qu'on observe cet ordre avec » respect. »
Le treizirme prince , frère de l'empereur , à qui les missionnaires de Pé kirig s'adressèrent pour faire révoquer ce funeste édlt , ne put leur dissimuler que ce qui l'avait occasionné, c'étaient les disputes qui s'étaient élevées entre eux et les autres missloBnalres sous le règne de son père. « Elles sont mainte- •-> nant terminées » , répondirent-ils. Le prince n'en voulut rien croire , et il avait raison. Les missionnaires des autres ordres, et même plusieurs jésuites persistèrent dans leur opposition aux superstitions chinoises, et dans leur soumission aux constitutions apostoliques rendues à ce sujet.
La haine du Christianisme était peut-être la seule taché qu'on remarquât dans le gouvernement de Yong-tching. Ce prince était ennemi (Jes vains amusements et coiilinuellement appliqué au travail , attentif à tout , toujours prêt a recevoir des ïnémoircs et à v répon<lre, ferme et difisif, eouvcrn.-nt enlic—
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icracnt pcir lui-même ; jamais 1 empue n eut de maitrn plus
DES EMPERFURS DE. LA CHINP. 7!
aksolu , plus chéri et en mème-tcms plus redouté. Apprenant, l'an 1-25, que les pluies trop abondantes avaient ruiné les moissons el causé par-là une diseite extrême dans les provinces de Pé-tché li , de llo-nan et de Clian-tong, il en fut pénétré d'affliction, et donna des ordres très-sévères aux grands de contribuer avec lui au soulagement des peuples. On compte jusqu'à quarante mille pauvres qu'il nourrit à ses frais pendant <|uatre mois à Fé-king ou ils s'étaient réfugiés. Après les avoir renvoyés dans leur pays, il voulut que tous les ans, en faveur des indigents qui se trouvaient à Pé-king, et indépendamment des tems de disette, on disiribuàt, en cinq quartiers différents , depuis le premier de la 10'. lune jusqu'au 20 de la -i^. de Tannée suivante, une quantité de riz suffisante pour la nourriture de «ix mille personnes.
Ce monar(jue éiait si jaloux de remplir toutes les obligations du trône, et craignait telîetuent d'avoir manque à quelques unes, qu'il adressa, l'an 1726, le 5 de la 6^. lune, un ordre très-pathélique à ses principaux officiers, par lequel il les pressait de déclarer, sans aucun déguisement, ce qu'ils trouvaient à reprendre en lui. « N'allez pas vous imaginer , disait il en » terminant cet écrit, que ce ne soit là que de belles paroles, » ou une pure cérémonie d'étiquette; ne craignez pas non plus u qu'il y ait rien à appréhender pour vous ; expliquez-vous har- » diment: je Talteuds de votre zèle. Après ces précautions , si >» vous gardez le silence, si vous déguisez vos sentiments, vous * agirez entièrement contre l'intention très- droite et très-sinw c. re que je vous expose. « Quel monarque en Europe a jamais donné un pareil exemple !
Les trois années du deuil de l'empereur Kang-hi étant expirées, Yong-tclling, pour encourager l'agriculture , déclara que son iiitenlion était d'observer tous les ans l'usage établi par ses prédécesseurs , de labourer la terre de ses propres mains. I.a cérémonie fut fixée au 24 de la 1 1®. lune de l'an 172G. Après s'y être préparé durant trois jours par le jeune et la continence, l'empereur alla se prosterner dans le mi'ao des ancêtres devant leurs tablettes , où les Chinois croient que leur esprit réside , pour les avertir du grand sacrifice qu'il devait offrir le lendemain au ciel. Ce jour solennel étant arrivé, l'empereur, en habit de cérémonie, entra dans un vaste champ situé dans la ville chinoise de Pé-king, et y laboura, sous une tente faite avec des nattes, l'espace d'environ une demi-heure, tandis que les paysans au son des instruments , chantaient d'anciennes hymnes à la louange de l'agriculture. Siir le terrein labouré il sema ensuite cinq sortes de grains, du froment, du riz, du luillet ^ des fèves j et du cao-ldang, autre espèce de millet. I es
Î)innres et les grands, à IVxemple du monarque, tracèrent â eurtour, en sa présence, plusieurs sillons en d'aulros pai li"s du même champ , après quoi il offrit le sacrifice du pi inleiii . , pour prier le chang-fî ou le ciel de faire croître et de conserver les biens de la terre.
La mort de Sou-nou n'avait pas éteint la haine que Yongtching portait à ce prince, ou Peilê , comme les Tarlares rappelaient, et à sa famille. L'an 1727 , des mandarins envoyés exprès de la cour, firent venir ses fils et petit-fils au hameau de Slnpou-tsé , où ils étaient relégués , à Yeou-oué ; et en veitu d'un ordre du monarque qu'ils leur signifièrent , les dépouillèrent du rang et des prérogatives de princes du sang ; après quoi leur ayant ôté la ceinture jaune , qui dislingue la famille impériale, ils les renvoyèrent à Sinpou-lsé, où ils furent confondus avec le simple peuple. Cette nouvelle disgrâce loin de les affliger leur procura plus de liberté de vaquer aux devoirs du Christianisme. Leur dégradation fut suivie de la recherche des biens de Sou-nou , pour être mis en séquestre. Cette opération fut longue. Tandis qu'on y travaillait , trois fils de Sou-nou, savoir, vin quatrième dont on ne marque point le nom, Lessibin et Our-tchen , nouvellement arrivés de l'armée deTartarle , subirent un autre genre de peines. Le général de Yeou-oué les ayant mandés, fit des reproches au quatrième de n'être pas retourné à l'armée aussitôt que le deuil de son père avait été fini , et lui ordonna de partir sur le champ pour s'y rendre , avec défense de revenir avant la lin de la guerre. « Alors , ajouta-t-il , j> vous vous rendrez à Si^npou-tsé. >• A l'égard des deux autres , il les fil conduire chargés de neuf chaînes , à Pé-king , où ils arrivèrent le y juin lyn."). Le troisième régule auquel ils furent livrés, les fit enfermer étroitement dans deux maisons séparées , où ils n'avaient de communication au dehors que par un trou pratiqué dans la muraille , par lequel des sentinelles leur passaient à manger. Le motif unifiue de la persécution qu'éprouvaient ces princes, était , suivant le P. Parennin , le Christianisme qu'ils professaient hautement. Mais le P. de Mailla , suivi et appuyé par M. Deshauterayes , prouve que la religion ne fut que 1 accessoire des griefs que l'empeieur avait contre la famille de Sou-nou. Ce prince en effet, comme ou l'a déjà dit, n'avait jamais embrassé le Christianisme, et cependant après sa mort Yong-lching ordonna de déterrer son corps, de brûler ses os et d'en jeter les cendres au vent. H n'exerça nulle rigueur au contraire envers San-kong-yé , ou le comte Jean, l'un des fils de Sou-nou , quoique chrétien , parce qu'il était d'une candeur et d'un esprit pacifique qui le mettait à l'abri de tout soupçon. L'an 1727 , on tira de prison les frères de ce dernier pour les
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încorporer dans des bannières ou cohortes de Mongous , avec le rang de simples cavaliers. Mais ce ne fut pas là le terme des mauvais trailernents qu'on leur fit essuyer. Condamnés ensuite
Four la plupart par le tribunal des princes , à perdre la vie. empereur, par commutation de peine, ordonna qu'ils seraient exilés en différentes provinces, séparés les uns des autres; et pour comble de disgrâce on leur enleva leurs femmes et leurs enfaiits qu'ils ne revirent jamais. Ils soutinrent ces épreuves avec une fermeté vraiment chrétienne. Ce fut en vain qu'on «ntreprit d'ébranler la foi de Ou-tchan et de Sour-ghien , son frère , par de nouvelles menaces. Elle demeura immobile , et ils persévérèrent jusqu'à la fin de leurs jours, dont l'époque n'est point connue.
Yong-tching, en proscrivant la religion chrétienne, n'en fut pas moins zélé pour le maintien du bon ordre, l'observation de la justice et la réformation des mœurs. Son attention sur la conduite des mandarins les contint dans le devoir, dont trèspeu s'écartèrent, et nid ne le fit impunément. C'était un ancien usage établi à la cour impériale d'élever d'un ou de plusieurs degrés , à proportion de leur mérite, les mandarins qui s'étaient distingués dans l'exercice de leurs charges, et d'abaisser également ceux qui avaient encouru le blâme par leur négligence ou leur infidélité ; et ce qui était un puissant aiguillon pour l'émulation c'est que les uns et les autres étaient obligés d'énoncer, dans les écrits qu'ils rendaient publics , les degrés où ils étaient parvenus, ou ceux dont ils étaient déchus. Ainsi en publiant un édit , ou quelque autre pièce, un mandarin avancé en grade , mettait à la tête : Moi.... gouverneur de.... qui suis honoré de tant de dégrés. De même celui qui était déchu ne pouvait se dispenser , dans les pièces qu'il publiait de faire part de sa honte en cette manière : Mo/. ... guui^t-rneur de.... qui ai mérité d'être abaissé de tant de dégrés. Jamais peut-être <;et usage ne fut observé avec tant d'exactitude que sous le règne d Yong-tching. A l'égard des mœurs publiques, comme les empereurs à la (.hine sont en même tems souverains pontifes , il crut , en l'une et l'autre qualités, devoir en faire l'objet capital de ses soins; et de là vient que plusieurs de ses édits renferment des leçons importantes de morale et des exhortations pathétiques à la vertu. Si l'on veut savoir quel effet son zèle à cet égard produisit parmi les peuples, on peut en juger par l'exemple suivant. «. Kn 1728, à la 4*^. lune, un marchand du » Chen-si, allant à Mong-tsing acheter du coton, perdit en » route sa bourse où il y avait cent soixante-dix onces d'aigenî. » Un pauvre laboureur de Mong-tsing, nommé Chi-yeou » qui allait travailler à la terres eut le bonheur de la trouver IX. 10
74 CHRONOLOGIE HISTOHIQUE
I, Dans l'intention do la rendre, il s'occupa toute la journée dc )> son travail , attendant que celui à cjui elle appartenait vint la M chercher: personne ne parut. Sur le soir il retourna à sa » maison, et montrant la bourse à sa femme , ils convinrent? H de chercher celui qui l'avait perdue et de la lui rendre. Cei> pendant Tsing-taï( c'était le nom du marchand) étant arrivé j> à l'auberge , et s'apercevant de la perte de sa bourse , la fit n afficher aux portes et aux carrefours de la ville, il consentait D de la partager de bon cœur avec celui qui la lui remettrait. 3> Le laboureur Chi-yeou eut connaissance de ces bulletins : il « alla trouver le capitaine de son quartier; et ayant fait venir )) le marchand du Chen-si , qui répondit juste à toutes ses 1) questions, il jugea qu'elle lui appartenait, et il la lui remit » entre les mains. ïsin-taï , transporté de joie la prend et en » tire l'argent dont il présente la moitié au laboureur. Celui- 1} ci, malgré sa pauvreté, la refusa. Je n'ai aucun droit sur cet )) argent^ lui dit-il, il est à vous , je n'en oeuix, rien recevoir. Le » marchand insista, mais inutilement. Ne sachant comment jj lui marquer sa reconnaissance, il mit d'un côté cent sept » onces d'argent, et d'un autre coté soixante-trois. Je ne vous » dissimulerai pas ., dit-il au \ahoiireur ^ que J'ai cwprunlé les n cent-sept onces d'argent pour mon commerce; quant aux » soixante-trois onces , elles sont réellement à moi ; ainsi je vous » prie de les prendre sans difficulté. — Je n 'ai pus plus de droit }> sur les soixante-trois onces que sur le reste ^ répliqua le labou- » reur : emportez tout, puisque tout vous appartient. Ce combat »> de générosité parvint aux oreilles du vice-roi du Ho-nan. }> Il envoya cinquante onces d'argent au laboureur pour récom- » penser sa vertu et celle de sa femme: il lui fit donner eu j» même-tems un tableau avec une inscription en quatre carac- » tères, contenant l'éloge de leur désintéressement et de leur » sincérité. Enfin le gouverneur de Mong-tsing fit élever par j> son ordre un monument de pierre , près la maison du labou- » reur , pour conserver un éternel souvenir de c(!tte action : » ensuite il en donna avis à l'empereur. Il saisit cette occasion j) pour louer le monarque dont la vertu égalait , disait-il , celle )> des empereurs Yao et Chun , et dont le gouvernement sur- )i passait en bonté ceux de Fou-hi et de Cliin-nong. » ( be Mailla, tom. XI, p. 48j et suiv. )
Il y eut, en lySo, à Pé-king, et dans les environs, plusieurs tremblements de terre, horribles et consécutifs, dans le premier desquels plus de cent mille hommes périrent en un instant sous les ruines des édifices. Yong tching fit preuve de son humanité par le soin qu'il prit de remédier à la misère que ce désastre avait occasionnée. Sa compassion même s'étendit sur
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ïes missionnaires de Pé-king, auxquels il fit présent de mille iaëls pour aider à réparer leurs églises. Cela ne l'empêcha pas cependant, (]uelque tems après, de reprendre le projet d'expulser entièrement de la Chine, les missionnaires retirés à (.anton. En 17^2, les mandarins généraux de la province leur firent signifier, le 18 août, un ordre de se retirer dans trois jours à Macao, avec défense de jamais reparaître à Canton. Ils présentèrent inutilement des placets pour demander la révocation de cet ordre, ou du moins un plus long délai. Ils furent contraints de s'embarquer le 20 au soir potir Macao. Un officier envoyé par les mandarins , étant arrivé aussitôt qu'eux en cette ville , fit descendre les chrétiens et les domestiques qui les avaient suivis au nombre de cinq cents, et les envoya chargés de chaînes à Canton, où douze d'entre eux furent condamnés à vingt coups de bâton , et les autres à la prison. Les Européens résidents à Pé-king , persuadés que cet excès de rigiieur venait àes, mandarins , firent de nouvelles instances auprès de l'empereur pour faire conserver au moins trois ou quatre missionnaires à Canton. I. es motifs de politique qu'ils alléguaient ébranlèrent le monarque. Mais l'aversion des mandarins pour le Christianisme, traversa la négociation. Elle était encore suspendue lorsque la mort enleva Yong-tching, le 7 octobre de l'an 170.5, dans une maison de plaisance voisine de Pé-king, à l'âge de cinquante-huit ans, dans la treizième année de son règne. Malgré les grands biens qu'il avait faits à la nation , il fut , en général , peu regretté. La sévérité dont il avait usé envers ses hères et les autres princes du sang qui avaient osé attenter à sa couronne , lui avait aliéné une grande partie des Chinois, qui leur étalent attachés; la proscription qu'il avait rononcée contre la religion chrétienne , en avait indisposé eaucoup d'auties, et le reste de la nation ne rendit à sa mémoire que des honneurs de bienséance et de cérémonie. Il laissa trois fils de ses concubines, et nul enfant de l'impératrice, qui mourut avant lui.