le Verrat
» On donne les mêmes noms, et dans le même ordre , aux » douze heures du jour naturel , et aux douze parties dont ils *> composent chaque heure ; tellement qu'ils sont en état de » marquer avec exactitude dans l'histoire, non-seulement quel j> jour une chose remarquable est arrivée, mais même à quelle j> heure et en quelle partie de l'heure. On doit observer, ce- » pendant, que ce qu'ils appellent jour, est l'intervalle du » lems qui s'écoule entre le lever du soleil et son coucher, » et que ce jour est divisé en six parties ou heures égales , de >j même que la nuit l'est en six autres , à compter du soleil » couchant au soleil levant. De là vient que chaque jour leurs » heures diffèrent en longueur , que celles du jour sont plus 3> longues en été que celles de la nuit, et que le contraire 3' arrive en hiver.
» Le commencement de Tannée japonaise tombe entre le »> solstice d'hiver et l'équinoxe du printems, vers le 5 février. }> Mais comme les Japonais sont d'une superstition extrême )j .1 célébrer le jour de la nouvelle lune , ils commencent d'or- /> dinaire l'année par la nouvelle lune qui précède ou qui » suit immédiatement le 5 février. Ainsi la première année » du Netigo genrohf, qui , dans le cycle , est appelée Tsiitsno » je fatSj et qui répond à notre année i68f<, commença le 2. fé- » vrier; la seconde de Genrokf, nommée dans le cycle Tsutsno i> lo mi, qui répond à 1689, commença le 24 février; la troi- » slème , appelée , dans le cycle , fCaiio se uma , qui est notre » année 1690, commença le 9 février; la quatrième, nommée » Kano to tsitmse^ qui est 1691 , le 24 janvier ; la cinquième , j) nommée M idsno je sar, qui est 1692, le 17 février; et la >■ sixième, qui répond à 1690, le 5 de février. De deux en deux, » ou de trois en trois ans, les Japonais ont une année bissextile, » ou sept années bissextiles en dix -neuf années communes. « ( Kœmpfer, t. I, p. i34 - i36. ) On voit par-là que l'année jajtonaise est lunaire , combinée toutefois avec Iq cours du soleil, c'est-à-dire lunlsolaire.
Nous remarquerons encore ici, d'après le P. Charlevoix, r]u'au Japon «< l'année commencée à la mort d'un empereur , » se compte toute entière parmi celles de son règne, et n'est
DES EMPEEEUnS DU JAPON. l^â
»> point comptée parmi celles du règne de son successeur. » {Hisf. du Japon ^ t. I, p. i53.)
» L'habillement des Japonais est noble et simple ; les grands j» seigneurs, et avec quelques proporrions, tous les gentils- » hommes , portent de longues robes traînantes, de ces belles » étoffes de soie à fleurs d'or et d'argent, qu'on travaille dans j) l'île Fatsisio et dans une autre plus petite nommé Kamakura, » qui n'est qu'à une bonne lieue de Ledo. De petites écharpes » qu'ils ont au cou, leur font une manière de cravatlCj et » une autre plus large leur sert de ceinture pour assujettir 1^ n tunique de dessous, qui est aussi fort riche. Leurs manches M sont larges et pendantes ; mais la parure dont ils sont curieux, » sont le sabre et le poignard qu'ils passent dans leur ceinture, » et dont la poignée, et souvent même le fourreau, sonten- » richis de perles et de diamaiïts. Les bourgeois , qui sont » presque tous marchands , artisans ou soldats , ont des habits » qui ne descendent que jusqu'à rni-jambes , et dont les raan- » ches ne passent point les coudes. Le reste du bras est nu ; » mais tous portent des armes, et se piquent d'en avoir de » très-propres : ils diffèrent encore des personnes de qualité » en ce qu ils ont le derrière de la tête rasé, au lieu que ceux-ci » se font raser le haut du front, et laissent pendre le reste de » leurs cheveux par derrière, en quoi ils trouvent une bonne » grâce dont ils sont si jaloux qu'ils ont presque toujours la » tête découverte, si ce n'est en voyage. Alors ils se couj> vrent d'un grand chapeau de paille , quelques-uns sont de » bambou, les uns et les autres sont très-proprement travaillés » et les femmes en portent aussi bien que les hommes : on » les attache sous le menton avec de larges bandes de soie t> doublées de coton. Les femmes sont encore plus magnifi-
• quement vêtues que les hommes. Toutes sont coiffées en » cheveux, mais clifféremment, selon leur condition. La
• coutume du pays est que les dames ne font ni ne reçoivent » aucune visite qu'elles n'aient un linge sur la tête. Ces visites » ne leur sont permises qu'une seule fois l'année. « (Charlevoix , Histoire du Japon ^ t. L p. 55.)
» Les coutumes des Japonais sont opposées aux nôtres en j» bien des choses : parmi eux, le noir et le rouge marquent ». la joie ; et ils se servent du blanc pour porter le deuil : ils
• montent à cheval du côté droit, et font consister la beauté » des dents à les avoir noires. Pour saluer quelqu'un , ils dé- » couvrent leurs pieds , en poussant leurs souliers un peu » devant eux. Au lieu que nous nous levons pour recevoir ceux » qui nous viennent voir, ils s'assoient au contraire pour re- » cevolr leurs visites. Ils boivent chaud en été, portent le
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» manteau dans la maison , et le quittent quand ils vont en » ville. Ces usages si contraires aux nôtres, les ont fait appeler » nos antipodes moraux. » ( Vaissèle, Géograph. ., t. IV, p. tjG.)'
Les Japonais se servent, en arithmétique , de la iTième méthode que les Chinois. Sur une espèce de damier ou d'échiquier dont les pièces sont de différentes couleurs , et répondent à nos unités, lo, loo etc., ils fichent des bâtons de bois ou d'ivoire, surmontés d'une petite boule; et par-là, ils trouvent tout d'un coup les règles de l'addition , de la soustraction , de la multiplication et de la division. Leur manière d'imprimer est la même qu'à la Chine , en caractères de bois immobiles; mais ils l'emportent sur les Chinois pour la netteté dont leurs planches sont gravées, comme aussi pour la bonté de l'encre et du papier, et l'élégance de la composition. Quoiqu'ils se donnent pour les inventeurs de la poudre à canon, ils sont fort au-dessous des Chinois dans l'usage dos armes à feu, aussi l)ien que pour l'adresse à faire des feux d'artifice. Ils écrivent de même que r.eux-ci, de haut en bas, en commençant par la droite. Les caractères des deux nations étaient originairement aussi les mêmes; mais les Japonais y ont fait des changements qui mettent une grande différence entre leur manière d'écrire et celle des Chinois , quoique les uns et les autres se servent de pinceaux pour tracer leurs caractères.
La langue japonaise paraît être un mélange de différentes langues où le Chinois entre pour beaucoup. Mais les Japonais ont allongé les monosyllabes qu'ils ont empruntés des Chinois, et ont multiplié les synonymes pour rendre leur langue plus harmonieuse et plus variée. La prononciation de cette langue est en général douce, nette, articulée, sonore, en quoi, dit Keempfer, elle l'emporte beaucoup sur l'idiome chinois, qui n'est qu'un bruit confus de plusieurs consonnes prononcées dun ton affecté, avec une espèce de chant très-désagréable à Toreille.
Les principales études des Japonais consistent à bien apprendre leur langue, à bien lire, à former exactement leurs caractères, et à bien parler. Ils ont du goût , dit-on , pour l'éloquence, la poésie, la musique, la peinture et la sculpture. Les femmes, à qui leur profonde retraite donnent le loisir de cultiver ces arts, y réussissent comme les hommes. On fait cas des pièces de théâtre japonaises pour l'invention et la régularité. Mais la musique du Japon n'est nullement propre à charmer des oreilles européennes. On estime les ju'intures de fleurs, d'oiseaux et d'autres animaux sur papier, mais très-peu celles de la figure humaine qui nous en viennent. Voilà poulies connaissances propres à orner l'esprit. Celles que les Japo-
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tiais jugent les plus capables de former le cœur, son{ la morale et rhisloire nationale. La fonclioii des mères est d'en donner les premières leçons à leurs enfants. Elles appuient leurs préceptes d'exemples les moins étrangers. En général, le point «riionneur et l amour de la patrie sont ce qu'elles s'appliquent le plus à leur inculquer. Le chinois n'est pas élevé de même^ et de là vient la différence du caractère des deux nations. Le
Î'aponais préfère au repos la v iolence , et tend à Théroïsme ; e chinois cherche, avant tout, son hien-élre et sa tranquillité. Si, commerçant avec lui, vous le surprenez en fraude, i>ous avez plus d'espiit que moi, vous répondra-t-il froidement, et ne pensera qu'à mieux vous tromper une autre fois. Le japonais, outré de l'accusation d'une semblable supercherie , cherchera à se venger^ et s'il ne le peut, de désespoir il s'ouvrira le ventre , espèce de suicide assez commun dans le pays. La noblesse y est héréditaire, et le gouvernement monarcbique et absolu, tendant au despotisme. Les lois y sont en petit nomtre mais très-sévères, surtout celles qui concernent la police. Les procès s'y jugent sommairement et chacun y défend sa cause en personne.
Les empereurs du Japon ont long-lems réuni dans leurs
Î>ersonnes, sous le titre de dairo, les droits du glaive et de 'autel, la puissance temporelle et la spirituelle. Ils ont perdu la première en se donnant des lieutenants nommés cubos , pour coram.ander leurs armées. Ceux-ci, s'étant insensiblement rendus maîtres des forces de l'état , ont réduit leurs maîtres , comme on le verra ci après, à n'être plus que les chefs de la religion.