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HISTORIQUE

son pou^'t)ir absolu dans l'empire , son dessein était d'en écarter tous les étrangers , et particulièrement les Portugais, dont les richesses, le grand nombre , l'orgueil et le faste qui accompagnent l'opulence , excitaient sa jalousie et lui faisaient craindre une révolution.

Mais étant mort l'an i5t)8, il laissa l'exécution de cette entreprise à ses successeurs. Le dairo le mit au nombre des dieux , et lui érigea un temple à Meaco, où l'on conserve son urne.

Il avait associé à l'empire Fidetsugu , son neveu. Mais l'ayant ensuite disgracié pour quelque sujet qu'on ignore, il l'obligea de se fendre le ventre. Fidejosi avait établi le siège de son empire à Jédo.

1598 ( de J. C. ) FiDE-JORi, fils de FiDE-josi ou Taikosama , n'avait que six ans lorsqu'il lui succéda. Son père lui avait donné pour tuteur On— goskio, nommé depuis Ijesaz , un de ses conseillers d'état , après avoir fait promettre à celui-ci, par serment, de remettre les renés de l'empire au jeune prince dès qu'il serait en âge de les manier; et pour assiirer lexecution de cette promesse , i! a\ait fait épouser à son fils la tJlie d'ijesaz. Mais l'ambii'on de celui-ci prévalut sur Cl s eug.>:.;ements. Fide-jori ayai. rria.-.jné «le l'inclination [10! ■ le christianisme et les I\ ; tugais, il prit de là prétexte [",;::• le détrôner, le jeune

iicii s'apercevant des dispo—

onzième année de son règne, un terrible incendie consuma la plus grande partie de son palais avec un grand nombre de temples et d'autres édifices. H mourut le 20 du neuvième mois de la même année , el fut enterré avec grande solennité dans le temple de Sinousi.

j654 (de J. C.) SiM^, troisième frère de Golto-mio, lui succéda l'an 28 14 de l'ère de Synmu. Son palais , cju'il avait fait relever, éprouva, la troisième année de son règne, un nouvel Incendie non moins funeste que le précédent. Il abdiqua, après avoir régné huit ans , et laissa le trône à son dernier frère.

DES EMPEREURS DU JAPON. l6r

si lions de son bcau-pJre , se sauva dans la forteresse d'Osakka, que Taiko-sama avait rendue extrêmement forte.

Mais Ijesaz étant venu l'y assiéger, le contraignit de se rendre le septième jour Je la quatrième année de cette expédition. le malheureux Fide-jori aima mieux néanmoins se brûler dans son palais que de se remettre entre les mains de sou beau- père. Cet événement est de l'an de J. C. 1616. Nous suivons ici les auteurs de l'Histoire universelle, par préférence au père Charlevolx qui dit que Fide-jori disparut de manière qu'on n'e n dit plus parler de lui.

i663 (de J. C. ) Kinsen I, le plus jeune des fils du dairo

ronne l'an 202-^ de l'ère de Synmu. « La troisième année » de son règne, le sixième mois » (de concert avec le cubo) il

1616. (de J. C. ) Ijesaz- SAMA, après s'être emnaré du trône, s'ocrupa de l'exécution du grand dessein conçu par

Kouotel , parvint à la cou- Flde-josl et concerté avec lui.

Il commença par enjoindre aux Portuguals et à tous les étrangers, excepté les Hollandais (i), de vider l'empire. Cet

(i) Les Hollandais voyant les profils immenses que le commerce procurait aux Portugais dans le Japon , faisaient tous leurs efforts pour s'y établir et les supplanter. Us y réussirent , et obtinrent du régent Isejaz , l'an 161 1, des lettres-patentes scellées du grand sceau impérial , qui leur permettaient de commercer dans toute l'étendue de lempire. Nullement g;ènésdans leur trafic , le gain qu'ils en retiraient chaque année montait de cinquante à soixante tonnes, c'est-à-dire à dix ou douze millions. Mais en i64i , s'étan-t avisés d'exhausser et d'agrandir le comptoir qu'ils avaient à Firando , on les obiii^ea de transporter ce comptoir dans la petite île de Desima , vis-i>-vis de Nangasackl , avec privation de tous les privilèges et franchises dont jusqu'alors ils avaient joui. Ilsfurent de plus environnés de gardes et d'espions, et ne purent avoir aucune communication avec les Japonais. En même tems on s'assura de tous leurs narires, cju'on désarma à mesure q'j'ils IX. 21

iGa èHRONOLOGIE HISTORIQUE

j> élablit une cour des enquclcs I ordre lut suivi d'une défense. » dans toutes les villes et vil- | faite aux Japonais de sortir de

arrivaient dans le port , et dont on transporta à terre la poudre à canon, les fusils, les epées , l'artillerie, et même le gouvernail. Malgré cette révolution fatale, les Hollandais, seuls maîtres du commerce depuis l'expulsion des Portugais , ne laissèrent pas d'envoyer au Japon le même nombre de navires, et firent à-peu-près les mêmes profits sur leur cargaison. Mais en 1673 , ils éprouvèrent un nouveau revers. Le gouverneur de Nangasacki , à l'arrive'e de leurs vai -seaux, demanda des montres et des échantillons de toutes les marchandises qui devaient se vendre cette année, dans le dessein , disait— il , de les faire estimer par des experts. Ayant ensuite assemblé dans son palais tous les négociants de la ville , il taxa , de concert avec eux, les prix de ces différentes marchandises fort au-dessous de ce que les Hollandais avaient coutume d'en exiger, et fit dire à ces derniers qu'ils eussent à se conformer à cette taxation , à moins qu'ils n'aimassent mieux remporter leur cargaison à Batavia ou en Europe. Ce procédé violent affligea sensiblement les Hollandais , dota l'or, ditKœmpfer, de dessus les pilules arriéres qu 'on leur faisait acaler depuis leur expulsion de Firando. Ils aimèrent mieux néanmoins se défaire de leurs marchandises avec un léger avantage, que de les remporter avec perte. Ces vexations augmentèrent encore dans la suite. L'an i685, les gouverneurs de Nanga^ sackl signifièrent aux Hollandais, lorsque leurs vaisseaux entrèrent dans le port vers le commencement de l'automne , que leur commerce de cette année et de celles qui suivraient, était réduit à la somme de trois cent mille taëls ( un million cinq cent mille livres ) au-delà de laquelle il leur était défendu de vendre aucune marchandise. On leur limita de plus le tenis où ils pourraient exposer en vente leurs marchandises , avec ordre de les renfermer, ce tems expiré, dans des magasins, et défense non-seulement d'enîrer plus avant sur les terres de l'empire, mais d'y entretenir aucune correspondance. C'est le dernier période de leur commerce , qu'ils continuent depuis un siècle sur le même pied. « L'avarice des Hollandais, dit Ksempfcr (Liv. IV, c. 6 ), )> et l'attrait de l'or du Japon, a eu tant de pouvoir sur eux , que plu- )» tôt (jue d'abandonner un commerce si lucratif, ils ont souffert vo— y> lontalrement une prison presque perpétuelle ; car c'est la pure v^- » rllé que l'on peut nommer ainsi noire demeure à Désinia Ils ont 3) bien voulu e;>suycr pour cela une infinité de duretés de la part d'une » nation étrangère et païenne , se relâcher dans la célébration du ser- )) vice divin les dimanches et les fêtes solennelles , s'abstenir de faire » des prières et de chanter des pseaumes en public , éviter le signe de >) la croix et le nom de Jésus-Christ en présence des naturels du pays , » et en général toutes les marques extérieures du (>lirisîianlsme; enfin » d'endurer patiemment et bassement les procédés injurieux de ces or- » guelileux infidèles , qui est la chose du monde la plus choquante )) pour une âme bien née. >>

QuiJ non morialia pcctora cogis Auri sacra farncs ?

» lages de l'empire. Ce tribunal » a ordre de rechercher quelle w religion, secte, ou croyance, » chaque famille ou chaque » personne particulière pro- » fesse. »» (Kcempfer.) On nomme cette recherche Jesuini.

Voici en quoi elle consiste.

« Vers la fin de l'année, on fait « à Nangasackl, dans le district » d'Omura et dans la province » de Bungo , les seuls endroits » où l'on soupçonne aujour- >» d'hui qu'il y ail encore des » chrétiens , une liste exacte » de tous les habitants de tout » sexe et de tout âge ; et le sej> cond jour du premier mois » de l'année suivante, les otto » nos (officiers de ville), ac- » compagnes de leurs lieute- » nants , du greffier et des tré- » soriers de chaque rue, vont M de maison en maison , fai- >» sant porter par deux hommes » du guet deux images , l'une » de Notre-Scîgneur attaché à » la croix, l'autre de sa sainte » mère , ou de quelqu'autre » saint. On les reçoit dans une » salle; et dès qu'ils ont pris » chacun leur place , le chef de » la famille , sa femme et ses » enfants , les domestiques de » l'un et de l'autre sexes, les » locataires, et ceux des voisins » dont les maisons sont trop » petites pour recevoir tant de " monde , sont appelés les uns w après les autres par le gref- » fier, à qui on a donné tous » les noms ; et à mesure qu'on » les appelle , on leur fait mol- » tre le pied sur les images >• qu'on a posées sur le plui-

DTS EMPEREURS DU JAPONJ i63

leur pays sous quelque prétexte que ce fût. Mais ce qui tenait le plus à cœur à Ijcsaz , c'était l'abolition du Christianisme.

Déjà sous l'empereur Fide-josi il avait fait publier, l'an i586, contre les Chrétiens, un édit sanglant qui , dans le cours de quatre ans, procura la couronne du martyre à vingt mille cinq cent soixante et dix personnes.

Mais alors se vérifia ce mot de Tertullien , que le sang des martyrs est la semence des Chrètiens. Quoique les églises fussent toutes fermées au nombre de deux cent cinquante , que tout exercice public du Christianisme fût interdit, les missionnaires comptaient, en 1692, plus de douze mille nouveaux prosélytes qu'ils avaient faits.

Ce qu'il y a de plus étonnant , c'est que la foi de ces néophytes, privés de leurs principaux guides qui furent ou contraints de fuir ou punis des plus cruels supplices, ne fut ébranlée ni

Ear les épées, ni par les giets , ni par les bûchers , ni par la croix, et autres tourments inouis que la rage de leurs ennemis inventa pour les vaincre.

Etonnés de la constance avec laquelle ces chétiens souffraient la mort la plus cruelle plutôt (jue d'abjurer la religion du Sauveur , plusieurs personnes furent curieuses de savoir quelle était cette doctrine qui produisait de si merveilleux effets. Ils n'en furent pas plutôt instruits, qu'ils la trouvèrent si véritable et si consolante, qu'ils l'embrassèrent au ris^p'.e de tout ce

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ClIRONOLOr.IE HISTORIQUE

» (.Itof. On n'en excepte pas les j» plus petits enfants que leurs » mères et leurs nourrices souj» tiennent par les bras. Ensuite M le chef de la famille met son }> sceau sur la liste qui est por- » tée au gouverneur. Quand on » a ainsi parcouru tous les " quartiers , les officiers font » eux-mêmes \oJesum!, se ser- >» vent mutuellement de tc- » moins , puis apposent leurs 3> sceaux au procès-verbal. »

(Charlevoix , Histoire du Japon^ tome II , page 4'*^2. ) Le règne de Kinsen lut de vingt-quatre ans , après lesquels il transmit la couronne à son (ils.

1687 {i\o^. C.) Kinsen II, suftesseur de Kinsen I, son p6i« , était sur le trône de Meaco en 1 6go, lorsque Kaempfer arriva au Japon. C'est par lui que ce voyageur termine la liste des empereurs ecclésiastiques du Japon.

qui leur était le plus cTier en' ce monde. Cette multiplication ne ralentit point la persécution. Elle dura l'espace de quarante ans avec une égale violence, et ne finit qu'avec l'extinction entière du Christianisme au Japon. Le règne d'ijesaz-sama fut de dix-huit ans, y compris quelques années de sa régence.

Vers iG^o (de J. C.) FiDE-

TADA, ou TaITOKONNI, flls ou petit-fils d'Ijesaz, lui ayant succédé, marcha sur les trace* de ses prédécesseurs. 11 renouvela les privilèges que son père avait accordés aux Hollandais en 161B, et continua de persécuter les Chrétiens avec la dernière cruauté. Ceux-ci , désespérés de voir tant de milliers de leurs frères massacrés , et ne voyant point de fin à leurs misères , se retirèrent , au nombre

d'environ quarante mille, dans le château de Sinabaro, situé sur les côtes d'Arima, dans l'île de Xico, avec une ferme résolution de défendre leur vie jusqu'à la dernière extrémité. Ils y iurent bientôt assiégés. Mais après la plus vigoureuse résistance, ^\l bout de trois mois , ils furent obligés de céder aux forces S'jpérieures de l'empereur. Le chàlenu fut pris le vingt huitième jour du second mois ( 12 avril) de l'a.'i i6.^S, et tous les assiégés, au nombre de trente-sept mille, furent massacrés. « Ce » fut la dernière scène de cette sanglante tragédie; et le sang » chrétien ayant été versé jusqu'à la dernière goutte, le mas- » sacre et la persécution cessèrent. L'empire du Japon fut ») fermé à jamais, tant pour les naturels du pays que pour les j» étrangers qui professent la religion chrétienne, surtout pour w les Portugais ; car ayant tenté de rentrer au Japon à la faveur » d'une ambassade qu'ils en\oyèrcut de Macao , ils eurent le " chagrin d'apprendre que les principaux de ceux qui la com- " posaient avaient été exécutés à mort. » ( Histoire universelle j

1ÏES E-RTPTIREURS BU JAPON. l65

tome XX , page SaG. ) Fide-tada régna dix-huït ans, et eut pour successeur son fils.

Vers 1648 (de J. C. ) Iemitz , ou Ijetiruko , trouva , en montant sur le trône après son père, le Japon entièrement fermé aux étrangers , et le maintint dans cet état. Tout ce qui s'y passe depuis ce tems est impénétrable aux Européens. Nous savons seulement que

Jetznako , successeur de Iemitz, régna trente ans, et qu'il fut remplacé par

TsiNAJOS , vers 1680. « Il était âgé , dit Kœmpfer, de qua- » lante-trois ans lorsque j'étais au Japon (en i6c)3), et il j » avait douze à treize ans qu'il était sur le trône. » Les auteurs de V Histoire xmioerselle vantent beaucoup ses qualités politiques et morales.

Japonais, dît un moderne, sont de tous les peuples de le seul qui n'a jamais été subjugué , qui n'est point ,

Les 3'c 1 Asie le

comme tant d'autres , un mélange de différentes nations , mais qui semble aborigène; et au cas qu'il descende des Tartares, suivant l'opinion du père Couplet , toujours est-il sûr qu'il ne tient rien des peuples voisins. Il a quelque cbose de l'Anglelcrre par la fierté insulaire qui leur est commune et par le suicide qu'on croit si fréquent dans ces deux extrémités de notre hémisphère. Mais son gouvernement ne ressemble ni à celui de la Grande-Bretagne , ni à celui des Germains : son système n'a pas été trouvé dans leurs bois.

« Nous aurions dû connaître, ajoute le même écrivain , ce » pays dès le treizième siècle , par le récit du célèbi'e Marco n l'aolo. (et illustre vénitien avait voyagé par terre à la Chine, » et ayant servi long-tems sous un des fils de Genghizkhan , » il eut les premières notions de ces îles que nous nommons n Japon , et qu'il appelle Zipangri; mais ses contemporains qui n admettaient les fables les plus grossières, ne crurent point les » vérités que Marco Paolo annonçait. Son manuscrit resta » long-tems ignoré ; il tomba enfin entre les mains de Chris— n tophe Colomb , et ne servit pas peu à le confirmer dans n son espérance de trouver im monde nouveau qui pouvait » rejoindre l'Orient et l'Occident. Chrislopbe ne se trompa w que dans l'opinion que le Japon touchait à Thémisphère j> qu'il découvrit : il en était si convaincu , qu'étant abordé à « Hispaniola, il se crut dans le Zipangri de Marco Paolo. » ( A/ . Massun de Mornlliers, )

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