DISCOURS PRÉLIMINAIRE SUR LES GRAND? FIEFS. 1G
furent relatives à leur prééminence, et assez étendues pour en-; tretenir leurs vassaux.
Cet état de société qui s'introduisit chez les Francs , étant conforme à leurs idées , fut bientôt perfectionné. Il est même certain , comme nous venons de le dire , qu'ils le trouvèrent établi dans les Gaules. César , qui les subjugua , rapporte que
f)armi les chevaliers , c'est-à-dire les hommes parfaitement ibres de la nation , il y en avait de très-puissants , dont la grandeur se mesurait sur le nombre de leurs ambactes. Ceux-ci , comme chez les Germains , étaient notés d'infamie lorsque , dans les combats , ils survivaient à leurs princes. L'identité des causes dut produire les mêmes effets : les Gaulois , quoique soumis aux officiers de l'empire, avaient conservé leurs usages. Celui de s'attachera un chef duquel ils tenaient des terres , était analogue à l'engagement connu chez les Romains, sous le nom de clientèle. On ne peut pas même douter , d'après la civilis )lion des Gaulois , que la [)li:part de ces concessions ne fussent devenues perpétuelles , lorsque Clovis fonda la monarchie.
Un savant écrivain (M. Pfeffel ) , a observé que tout était gaulois dans les mots consacrés par le vasselage.
Cette institution appartint donc plus aux Gaulois qu'à aucune autre nation ; et si elle fît une partie si remarquable des mœurs des Germains, c'est que ceux-ci furent les frères des (iaulois.
Ces raisons paraîtraient assez fortes pour faire croire que le germe de nos fiefs était développé dans les Gaules avant l'arrivée des Francs, si M. de Montesquieu n'avait dit qu'Us ne furent établis qu'après la conquête. Mais son opinion sur re point était conséquente à celle qu'il avait de l'oppression des Gaulois. Les croyant subjugés par Clovis, il pensait que les Francs étant tous dans l'état , en avaient fait les lois et commandé les mœurs. Sans cette prévention, comment ce génie pénétrant aurait-il qualifié les rapports qui subsistaient dans le?; Gaules, entre les ambactes et .leurs chefs , lui qui voyait des fiefs dans les chevaux de bataille, les armes et les repas que les princes germains donnaient à leurs fidèles ?
Une dissertation historique insérée dans cet ouvrage (tom. V,
f>ag. 429 ) , semble prouver au contraire que l'établissement di.* a monarchie française ne causa aucun changement dans l'ét.jt civil des naturels du pays ; et qu'étant incomparablement plus nombreux , ils eurent une très-grande influence sur les mœurs qui résultèrent de l'union des deux peuples.
Nous croyons donc que l'origine des bénéfices et des fiefs doit être rapportée encore plus aux Gaulois qu'aux Francs , et qu'ils eurent la plus grande part à ceux qu'on trouve formés dès le comiriencement de la première race.
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Nous ne distinguons point les bénéfices des fiefs, parce qu'à la durée près, c'était le même contrat, fondé sur les mêmes motifs : protection de la part du seigneur , fidélité et service de la part du vassal ; tels étaient les devoirs mutuels plus ou moins étendus par les conventions qui formaient ces engagements. Si leur nature eût été différente , l'histoire indiquerait l'époque où ces bénéfices sans nombre , qui ont existé dans le royaume , auraient été supprimés, et celle de l'établissement d'aulaut de fiefs, aussi prodigieux que rapide.
Ces bénéfices et ces fiefs n'étaient que des conventions autorisées par les lois, et ne portaient aucune atteinte au gouvernement politique.
Pour donner une idée des changements qu'il avait éprouvés à l'avènement de Clovis , on va tracer un aperçu de l'administration romaine. C'est le seul moyen de connaître quel était l'ordre public, lorsque les habitants des Gaules consentirent à s'unir aux Francs pour obéir à son empire.
Du tems de la république, les consuls commandaient les armées destinées à reculer et défendre les frontières. On confiait à des préteurs les provinces qui étaient moins exposées ; et souvent un de ces officiers en administrait plusieurs.
L'an 7^7 de Rome, Auguste, disposant des forces de l'empire , partagea avec le sénat le gouvernement des provinces ; il se réserva celles où il fallait tenir des troupes , et envoya dans chacune un gouverneur temporaire , sous le titre de propréteur. Cet officier réunissait le commandement militaire avec l'autorité civile.
Alexandre Sèvere divisa ces pouvoirs; il eut des présidents pour administrer la justice , et remit en d'autres mains la discipline des troupes. (^Lamprid. in Sever. pa^. 121 , 129.)
Ce gouvernement subsista jusqu'au règne de Constantin ; mais ce prince fit de grands changements dans la pohce de l'empire. L'Orient et Tlllyrie, l'ilalie et les Gaules, formèrent autant de préfectures dont l'autorité fut bornée à la justice et aux finances. (^Zosiin. lib. 2 Chronul. Cod. Tfieud. pag. 2*).)
Chacune de ces préfectures s'étendait sur plusieurs diocèses; /chaque diocèse était soumis à un vicaire du préfet. {Top. Cad. llieod. tom. VI , pag. 896,
On entendait par diocèse un district de plusieurs provinces, que des proconsuls ou des présidents gouvernaient sous le vicaire. Ainsi, le préfet des Gaules avait sous sa juridiction l'Espagne, les cinq provinces, les Gaules proprement dites, et la Grande-Bretagne. Os tribunaux connaissaient du politique et du civil. ( Ilisf. de Lan^. tom. I , not. xxxiv. )
Les lrouj)es sous Constantin furent commandées par les
ivti lES GRANDS FIEFS. ïǧ(
fcftaîtres de la milice, lis avaient pour lieutenants rlcs comtes et des ducs , qui n'eurent d'abord que le grade de tribun. ( Altaserr. de ducib. ^di^. I^.)
L'origine des comtes renfiontait à Auguste qui avait choisi des sénateurs pour le conseiller et le suivre. ( Ti'//. emp. tom. 1 , pag, 48. ) Constantin (it trois classes de ce tilre d'honneur pour rehausser les employés. {^Euseb. de oît Cunstanfi Hb. 4, c. j. )
Les ducs furent long-lems compris dans la dernière; mais cette dignité s'accrut beauc 'up sous Theodose et ses deux fils. On vit alors un auc commander dans plusieurs provinces. Alaric jet Attila ne dédaignèrent pas ce litre.
Dans la première classe, ce prince mit ses conseillers intimes les préfets du prétoire, leuis vicaires ou lieutenants , et ses commandants de légions. Il y fit participer par des brevets honoraires les professeurs et les savants, {/lltaserr. de dur.ib. pag. 6. )
La comitive de la seconde classe fut accordée aux subordonnés du maître des offices et aux agents des autres grandes charges dans an degré correspondant. {^Cod. Theod. de proxim. comit. disp. liv. 17 et 18. )
Les premiers magistrats dans les cours des cités , les prévôts des navlculaires et les chefs de quelques autres corporations, obtenaient le titre de comte, quand ils étaient devenus vétérans ; mais c'était le moins honordile. Sidoine Aoolhnaire remarque qu'ils finissaient leur carrière comme les autres la commençaient.
Sous le règne de Dioclétien , les proconsuls et les préteurs ayant été faits ducs ou comtes , réunirent les deux pouvoirs.
Les Francs et les autres barbares adoptèrent cette police à leur entrée dans les Gaules ; ils eurent des ducs el àes comtes qui administraient la justice , les armes et les finances, (-es officiers étaient surveillés par des légats missi doniinii.i ^ que les rois envoyaient dans les provinces p >ur réformer les abus et: maintenir l'ordre public ' Greg Ttir. lib. 8, c. 18. )
L'aiitorilé d'un duc s'étendait sur plusieurs cilés , mais il n'y avait rien de déterminé pour h' nombre. Nicelius ùbtint du roi Gontran un duché qui comprenait l'Auvergne . le Rouergué et le diocèse d'Uzès. {Ibid. cap. 26.) linnodius , fait duc par le même prince, ne gouvernait en cette qualité que la Touraine et le Poitou. (Ibid. lib. 9 , c. 7. )
Sous les comtes étaient des viguiers qui jugaient les causes civiles entre les sujets du fisc. ( Ibid. lib. 10 , cap. 5, ) Mais leur pouvoir était borné à celles qui n'intéressaient ni les propriétés , ni l'état civil des personnes. ( Marculf. formai. 9. )
Un autre substitut du comte portait le nom de ccntenier. Sa compétence s'étendait aux causes des hommes libres dans ua
degré parallèle à la juridiction du viguier. L'un et l'autre âs ces officiers étaient les conseillers du comte.
Les comtes des marches ou frontières , pourvus d'un autre comté , obtinrent de Charlemagne la permission de le garder et d'y nommer un vicomte. {D. Bouquet , tom. VI , pag. SSg ; tom. Vil , pag. 3i4 ; tom. VIll , pag. 384 > 554-) Les comtes de l'intérieur , en suivant leur exemple , prirent aussi des lieu-^ tenants, qui unirent à leur pouvoir les fonctions des centeniers €t celles des vicaires. Sous le premier rapport , ils pouvaient appeler les hommes libres à leurs plaids , qu'us multiplièrent souvent par un abus de cette compétence. ( Capîi. ivorm. ann. 829, seiA. 6 , cap. 5.) En prenant aussi des lieutenants sur lesquels ils se déchargèrent d'une partie de leurs fonctions , ces nouveaux officiers reunirent le commandement et la juridiction des centeniers au ministère de la chose publique. C'est sous ce
λremier rapport qu'ils pouvaient appeler les hommes libres à eurs plaids.
Sous le rapport de vicaires , ces lieutenants pouvaient aussi juger les causes des hommes libres, dans les cas où il s'agissait de fonds civils ou tributaires.
Mais quoique les vicomtes aient dû exister dès le règne àê Charlemagne , quoiqu'il en soit fait mention dans quelques chartes de Louis le Débonnaire ( Marca Hisp. pag. 269 , id, hlsl. de Béarn ^ pag. 201 , 263), on ne leur voit tenir uns place légale dans la polyarchie que du tems de Charles le Chauve , et depuis l'an bSo.
Le titre de vidame était connu dans la Septlmanie , dèi l'an 82S. Deux chartes de l'an 843 , tirées d'un ancien cartulaire de l'église de Gironne, prouvent qu'il était synonyme de celui de vicomte. {Mém. de tAcad. des Inscrip. , t. XXIX, ç. 309.)
Au reste , les races comtales donnèrent souvent ce titre en apanage à leurs cadets ; et la simple chevalerie put y prétendre comme la plus haute noblesse.
Outre ces deux magistrats , les comtes avaient des assesseurs connus sous le nom de scabins. Il en fallait constamment sept pour rendre un jugement légal. {^Capit. an. 8o3. Bal., t. I , p. 394. )
Le comte devait, chaque année, tenir trois plaids généraux auxquels les hommes libres du comté étaient tenus de se rendre. ( Bal. Capit.f t. I, p. 353, 616.) Il recevait alors les plaintes de tous contre tous ; la censure était générale. Il indiquait d'autres plaids, suivant l'exigeance des cas; cette convocation n'obligeait que les scabins et les parties , le» témoins et les jurés. {ILid.)
SUR LES GRANDS TïZTS: T7I
Les avoués des grandes églises , et les vassaux du roi , devaient aussi se rendre aux trois plaids généraux du comte , pour répondre aux plaintes que l'on pouvait porter contre eux, et que cet officier était en droit d'instruire. Sa compétence, bornée à cet égard , s'étendait au jugement définitif dans les procès des hommes libres moins puissants, {Capit m, an. 812,
Ces hommes, parfaitement libres, exempts de tribut personnel, avaient la puissance d'eux-mêmes. {Cod. Theod. lib. XJI^ /iV, / , A 6. ) Ils ne devaient à la nation que le service militaire pour la défense générale, La seule médiocrité de leur fortune pouvait les exclure de l'honneur de se dévouer au roi, par une recommandation spéciale; mais ils ne marchaient que sous la bannière des officiers palatins , ou sous celle des comtes. Ces chefs commandaient leur service, et présidaient le tribunal où étaient portées leurs causes.
Les hommes plus puissants obtenaient par la recommandation des titres de dignités proportionnés au nombre de vassaux qu'ils comprenaient dans leur hommage. On trouve ces sei- .gneurs désignés sous le nom de ^mssi, dans l'instruction donnée par Louis le Débonnaire à ses légats, en 8iq. (^YjuI. Capit. t. I, col. 630.) Leurs inférieurs, quoique vassaux du roi , et même ses légats, comme eux y sont nommés vassaJIi, diminutif évident du titre de oass!^ puisque le défraiement qu'on leur assigne est beaucoup au-dessous de celui de l'abbé , du ministériel et du comte.
Les évoques et leurs assesseurs jugeaient les causes des pauvres, partout où les pauvres étaient leurs sujets. Car tout sujet de l'église devait se présenter à son plaid.
La charte de Louis le Débonnaire, pour les Espagnols réfugiés, prouve que ce gouvernement subsistait en 81 5 ; et quoique son altération devînt peu après très-sensible, l'événement qui devait l'anéantir, ne peut être rapporté qu'à la fin du règne suivant.
Cette révolution eut, comme on l'a déjà dit, des causes éloignées. Une loi de Childebert II suppose que les ducs et les juges avaient des bénéfices dont il importait que leurs vas* sgux ne se fissent pas des propriétés. Le vasselage en sous-ordre, était donc dès-lors très-étendu, comme les formules de Marçulfe l'attestent.
Jusque-là , les vassaux personnels du roi , appelés ytntnis-^ fions., n'avaient été, comme les palatins des empereurs romains, que des hommes décorés , jouissant de grands privilèges, et c» fut leur état sous la première race.
M^is Charles Martel et Pépin , s'étant faits des vassauv un
tous les grands du royaume, en dlstribuanf en bénéfices les Liens dont ils avaient dépouillé le clergé, la royaulé et la suzeraineté se confondirent sur le trône en la personne de Pépin. Le vasselage , devenu le nerf de la constitution politique et de la discipline militaire , devenu , de plus, un titre certain à des récompenses solides, fut protégé par les lois , et le règne trop brillant de Charlemagne, accéléra l'enrôlement presque? universel des hommes libres.
Les propriétaires, ruinés par les guerres de ce prince , se dévouèrent an service des grands pour y trouver un asile. Cette iliminulion d'état leur parut plus supportable que la tyrannie «les légats et les vexations des comtes, qui exigeaient l'hériban. CCapit 3 , (inn. 811, Bat. , t. I , col. 477' ) ' Charlemagne , toujours obéi, ne prévit point l'effet de ces engagements ; il permit même aux arrière-vassaux de ne marcher à la guerre qu'à la suite de leurs seigneurs, et prépara ainsi la ruine de sa maison. {Conslil. 2. , ann. 8i:>. Bal. t. I , çol. 49'^-)
Louis le Débonnaire crut arrêter le Tnal en favorisant ses lidèles. Ce prince leur accorda, ])Our eux et leurs vassaux , «ne triple composition , dans le cas où ils auraient souffert des rapines ou .des violences. (^Cupit. ann. 826, Bal. ^ t. L , col. 647.)
Les seigneurs . de leur côté , pour accréditer leurs bannières, assuraient l'impunité, et toléraient l'indiscipline.
La -fureur du vasselage fut poussé à un tel excès, que lorsque Charles le Chauve voulut entreprendre des guerres , il se trouva sans armée. {Pascas. Raihert. act. SS. Sti. Bened. sœc. IV, p. 455-522.)
C'est encore à Charlemagne qu'il faut rapporter l'origine d'un autre établissement qui hâta, pour ses descendants, la perte de la monarchie. Ce prince, fatigué des [daintes qu'il recevait contre l'administration des comtes et des légats extraordinaires que les rois mérovingiens étaient dans l'usage d'employer , partagea l'empire français en légations régulières. On en trouve trois limitées dans le premier capitulaire de l'année 802. {Bal. t. I, col. 061.)
il envoyait dans chacune , des seigneurs du premier rang, et s'assurait , par leur rapport, du maintien de l'ordre public; mais lorsque sous Charles le Chative , le royaume fut en proie à la fureur des Normands et à des guerres intestines , l'état décomposé ne put réunir ses forces ; et il se forma autant de centres de pouvoir que de légations circonscrites.
Louis le Débonnaire entrevit le danger, et tacha de le prévenir en supprmiant les légations établies en 802. A Texeraple
SUR LES GRANDS FIEFS. ly.î
<îes rois mérovingiens , il envoya des commissaires pour surveiller l'administra lion des comtes ; mais il crut pouvoir les prendre indifféremment parmi les palatins et ses vassaux d'un rang inférieur. (J3o/. CapiL,t. I, col. G20. ") Sans doule son autorité avait souffert de ce mélange , puisqu'il rétablit les grandes légations en 828. (Ibid. col. B71.)
Les partages du royaume, si multipliés par ce prince, et les guerres de ses enfants, ne permirent pas à Charles le Chauve , de réfornier cet abus. On voit dans le capitulaire de Servais , qu'il ne dominait alors que sur la Neustrie, une partie de l'Aus-r trasie et de la Bourgogne , et qu'en subdivisant les légations il chercha à placer ses créatures en restreignant leur pouvoir.
Mais sous ce gouvernement de despotisme et de faiblesse , des territoires circonscrits devinrent pour les comtes des théâtres id'intrigues , et inspirèrent à chacun le désir de s'en rendre maîtres. Les guerres mêmes des Normands servaient leur am- Lition. Dans ces tems malheureux où tant de comtes périrent dans lés combats que ces brigands ne cessaient de livrer , on crut attacher les grands de la nation à la défense du pays en leur inféodant la puissance publique.
Charles le Chauve statua dans l'assemblée de Quiersi,de l'an 877 , que les offices des comtes, les bénéfices de ses vassaux , et ceux de ses arrières-vassaux, passeraient à leurs enfants; et que ceux de ces vassaux, qui après sa mort voudraient se retirer sur leurs alleus, pourraient disposer de leurs bénéfices.
Ce capitulaire, considéré dans toute sa teneur, n'est peutf^tre pas aussi exprès qu'on l'a cru généraleiTient sur Thérédité i]cs offices, et la conversion des bénéfices en fiefs. Mais ce qu'il y avait d'équivoque dans ses dispositions fut interprété par les mœurs.
Le vasselage , protégé par Charlemagne , encore pins favorisé sous Louis le Débonnaire , était presque généralement étaljll en <S'34. On en trouve la preuve dans l'édit de Pistes, de la même année : c'était une maxime fondamentale de la monarchie française, qu'aucune loi nouvelle ne pouvait avoir sa sanction que par le consentement du peuple, c'est-à-dire des honimcs libies qui choisissaient leurs représentants pour assister aux plaids où s'en faisait la lecture. Le pi'ogrès de la féodalité ayant diminué le nombre des hommes libres, ledit de Pistes comprit, sous le nom de peuple, les vassï du roi , et leurs vassaux, les ducs et leur vasselage, celui des comtes, des évêqnes, des abbés, et ces dignitaires eux-mêmes, les hommes libres, puissants , et les guerriers qu'ils avaient à leur service , enfin ".es gendarn\cs , et les simples écuyers propriétaires , qui voulaient bien se rendre au pfaid.
174 MSCOUaS PRÉLIMIΫ.IRE
La défaveur Jes hommes libres qui augmentait tle plus eti plus, comme on en peut juger par le capilulaire de Quiersî, «le Tan (^yS ; et les associations connues sous le nom de familiarilés , qui formaient des liens réciproques, sans déroger aux autres engagements, et sans recevoir aucun bienfait, {Edi'cf. Piit ann, 862. ) furent autant de causes qui préparèrent à Charles le Chauve des rivaux formidables dans des maisons puissantes, aussi nobles que la sienne , et qu'il fallait contenir; ce prince en avait les moyens ; mais il ne sut pas en user.
Au lieu de faire respecter les lois dans cette cour qu'on appelait le jugement des Francs, et qu'il avait le droit de composer, il n'écouta que sa passion, et ne fit choix que de juges pervers. Les formes mêmes lui parurent souvent trop longues. Témoin le fameux Bernard qu'il égorgea, dit-on, de sa main, Gauzbert, marquis deNeustrie, et d'autres comtes illustres assassinés par ses ordres.
Maître absolu des bénéfices laïcs dépendants de la couronne,' et influant par sa recommandation sur ceux qui étaient à la disposition des prélats, il pouvait récompenser par des grâces ou punir par des privations. En usant despotiquement de ses prérogatives, il révolta les grands qu'il ne put même apaiser en prodiguant les sacrifices; et ces colosses de puissance devinrent d'autant plus redoutables, qu'en ménageant la nation enrôlée dans leur vasselage , ils la disposèrent à proscrire une race qui avait méconnu ses droits.
Il est d'ailleurs constant qu'avant V assemblée de Quiersi ^ de l'an 877 , Charles le Chauve avait inféodé plusieurs comtés en titre héréditaire. Tel fut le comté Je Flandre que ce prince donna à Baudouin en légitimant son mariage avec sa fille Judith. La chronique de Saint-Bertin appelle l'acte de celfqt donation une chartre d' au tort lé ^ dont l'effet devait être perpétuel, pour la distinguer du simple brevet par lequel Liderie, bisaïeul de Baudouin , avait obtenu ce comté. ( Dom Bouq, t. YII, p. 268.)
Charles le Chauve abandonna, en 856, à Herispoë, tout ce qu'il avait conservé dans le royaume de Neustrie, depuis les cessions précédentes qu'il avait faites aux Bretons, ( Ibid. p. ':J55 , 36fi. )
Le récit d'Adémar de Chabanais ne permet pas de douter que Wulgrin, parent de Charles le Chauve, n'eût reçu , au Piême titre , les comtés de Périgord et d'Angoumois. H est vrai que \Vulgrirt n'avait pu être envoyé en Aquitaine pap Carloman , comme le dit ce chronographe ; mais son témoi-p gnage dans le point H^ntiçl, n'est point affaibli par çel an:^-^ elu'orjisxnc.
iVîi tËS GRÀNÙS FiEFÎI. ïyS
51 nous n'avons pas les titres précis de toutes les concessions perpétuelles des grands fiefs ^ nous indiquerons au moins , ci-après, l'époque à laquelle la révolution fut généralement opérée, et comment les ducs et les comtes majeurs , qui avaient ia grande légation , devinrent seigneurs dominants des terres de leur district.
Les comtes moins puissants , hommagers des grands feudataires , prétendirent au même droit dans l'étendue de leurs comtés. Les uns et les autre jouirent des revenus du fisc, et menaient leurs vassaux à la guerre.
Cet établissement essuya des contradictions de la part des vassaux immédiats. Ils refusèi^ent long - tems de reconnaîtra pour seigneurs les ducs et les comtes majeurs dont ils avaient été jusqu'alors justiciables.
D'ailleurs, quelque déformé que fût le gouvernement , l'édit de Verne, de l'an ^84, prouve qu'il restait encore alors des légats missi , des centeniers , des scabins, et des hommes libres qui n'étaient point entrés en vasselage. (^Bal. Capit. t. IL)
La fonction de ces légats était, à la vérité, de soutenir les ëvêques auxquels la grande police avait été confiée. Ibid. cap. i et seq.) Mais ces agents du gouvernement politique prouvent qu'il subsistait encore, et que la révolution ne fut opérée que successivement, selon l'affaiblissement de l'autorité du roi et la diminution de ses domaines.
Les progrès durent en être rapides sous Charles le Gros. Ce prince, qui semblait destiné à rétablir l'empire de Charlemagne dont il réunit les états, ne se montra en France que
fiour accroître l'indépendance des vassaux par sa faiblesse , et 'audace des Normands par un traité honteux. Ç^Ann. Fuld. dom Bouq. ^ tom. VIII, pag. 5o. ) Le mépris dans lequel il venait de tomber le suivit en Germanie, où les grands, assemblés en 8(87, élurent Arnoul, son neveu, et le placèrent sur le trône. Ne pouvant soutenir le poids du gouvernement , il avait confié à Eudes , fils de Robert , duc de France , la garde de Charles le Simple , et la régence du royaume. ( Dom Bouq. , tom. IX , pag. 58. )
Ce fut sans doute de son consentement qu'il fut couronné roi d'Aquitaine dès l'an 886. {Ibid. et Adem. Caban, chronic.) Une partie des Francs lui prêta serment l'année suivante {Dom Bouq., tom. Vlli , p. iSg) , et l'empereur Arnoul le reconnut pour roi en recevant son hommage. {Ann. Fuld. continuai.')
Ce prince envoya même des ambassadeurs à Reims , en 883 (^Dom Bouq.., tom. VIII, pag. 2i5), pour assister au sacre d'Eudes, qui se fit du consentement de tous les Francs, des Bourguignons et des Aquitains, Mais il parait par la suite des
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événements , qu'il n'eut le titre de roi que pour gouverrief avec plus d'autorité , et à la charge de conserver à Charles \<i Simple le royaume de ses pères. {Dom Bouc. ^ tom. IX.)
Charles, parvenu à l'âge de dix-huit ans , époque de sa majorité suivant la loi des Ivipuaires, qui était celle de sa maison, en réclama le sceptre, i'.udes, de son côté, refusa de le rendre ; ce fut le sujet d'une guerre que les deux compétiteurs terminèrent par un partage des provinces ; mais Topinion la plus prohahle est qu'Eudes , gardant le titre de roi , s'avoua vassal de Charles. ( Aimui'n. )
Ce traité, qui «n augmentant la puissance de la maison d'Eudes, diminua le domaine de la couronne, accéléra d'autant plus le gouvernement féodal.
Charles, à la mort d'Eudes, arrivée en 898, recouvra la France proprement dite et la Lorraine ; mais tel était son caractère, que les atantages mêmes qu'il eut sur ses ennemis^ durent précipiter sa perte.
RoUon , défait près de Chartres par Robert , frère d'Eudes,' Ebles, comte de Poitou, et Richard, duc de Bourgogne, eut recours à la négociation. Converti par les snins de Francon , archevêque de Rouen, il obtint, en 912, par le traité de Saint- Clair-sur-Epte , les diocèses de Rouen, d'Evreux, et ceux de Lisieux et de Séez. (^Dom Bouq. , tom. IX, pag. ào's. )
La faiblesse de Charles fut encore plus signalée à la bataillé de Soissons ; il tua Robert , son rival, et abandonna son armée. Indignés de son inconduite , les grands proclamèrent Raoul y mais cet événement ne fit point cesser les troubles.
Charles , emprisonné par Herbert , comte de Vermandois ^ implora le secours de Henri, roi de Germanie, qu'il ne put obtenir qu'en lui cédant la Lorraine. Raoul , lui-même, pouF détacher Rollon des intérêts de Charles, lui inféoda le Mains et le Bessln {Dom Bouq. , tom. VIII pag. 181 ), et donna, en 933 , à Guillaume, son fds, la suzeraineté de l'Avranchin et du Côtenlin , à la charge de l'hommage.
Il ne restait à Louis d'Outremer, en domaine immédiat, que la France proprement dite ; et son unique ressource était de s'y maintenir. Mais ce prince , trop jeune pour se faire obéir par des vassaux redoutables , céda au comte de Flandre , à Hugues le Grand , et au comte de Vermandois , une partie de ce patrimoine , à la possession duquel le préjugé national attachait le droit de régner j et il ne laissa à son fds que la seule ville de Laon.
Les Normands de la Loire continuant leurs ravages, il avait fallu supprimer quelques légations établies len 853, pour donner
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plus dVtenJue à d'antres. Les malsons les plus puissantes profitèrent du malheur public pour agrandir leur terri t(»ire.
Ainsi le duché de France s'étendit . sous Hugues le Grand , sur les pays situés entre la Seine , la Loire , et très-loin dans l'Amiénois.
Les duchés de Neustrie, de Bretagne et d'Aquitaine, continuaient, sur les côtes de l'Océan, la barrière que fermaient !es ducs de Gascogne. Ceux-ci g.iidaient, en outre, avec les comtes de Barcelonne , les passages des Pyrénées.
Les comtes de Toulouse et les ducs de Narbonne veillaient sur les côtes de la Méditerranée et le Rhône.
La Saône, ancienne limite du royaume de France et d'Arles, dépendait des ducs de Bourgogne.
La Flandre comprenait tout le pays situé entre l'Escaut et ia mer; ce qui achevait l'enceinte du royaume, contre le> ennemis du dehors.
Ces feudalaircs réunis auraient pu défendre l'état ; mais , rli visés par l'ambition, ils n'opposèrent aux jNormands qu'une faible résistance, et conspirèrent à l'envi à démembrer la monarchie. Le mal fut en croissant j\isqu'à la mort de Louis V. Charles, duc <le Lorraine, son héritier présomptif, soutint ses droits par des actions dignes d'un meilleur sort; mais trahi par l'évéque de Laon , trompé par la leine douairière, la liberté lui fut ravie , et la race de Charlemagne perdit alors pour toujours la dernière de ses couronnes.
Cette catastrophe était inévitable, dès qu'après la dissipation entière du domaine de la couronne, le roi n'eut de rapports directs qu'avec des grands, dont les vassaux pouvaient porter impunément les armes contre lui. (Capifiil. S. Vedasti.) Au lieu d'une monarchie, il existait divers états qui formaient autant de patries. Le souverain , qui ne l'était plus que de nom , avait le droit de commander ces lignes, lorsqu'il fallait repousser les ennemis du dehors. Mais si elles refusaient de marcher, quel moyen restait-il de se faire obéir. f*
Parmi les causes de ce désordre, le vasselage, sans doute, a paru la plus frappante. Celte institution néanmoins, conforme aux mœurs nationales, n'aurait pas renversé le gouvernement, si elle-même n'eut été altérée. Il avait existé pendant un grand nombre de siècles, des ambacles et des leudes , dont la condition n'avait rien de contraire à leurs devoirs politiques.
Mais lorsque , au mépris des lois salique et ripuaire, l'hérédité des seigneuries s'établit au profit des femmes; lorsque, par des idées chimériques de perfection, les alliances entre parents furent prohibées par le clergé, aussi loin que la parenté put être reconnue, les héritiers de plusieurs familles portèrent iX. ui
f^S DISCOURS PRÉLIMINAIRE
leur palrimoine dans des maisons étrangères. Ces fortunes accumulées, formèrent de grandes masses ; et l'inégalité qui en résulta fut d'autant pliis dangereuse pour l'autorité , que sous les deux premières races, la richesse était puissance, et qu'on ne pût être opulent sans posséder de vastes terres et com-;mander à beaucoup de guerriers.
L'inégalité fut au comble lorsque par crainte ou par faveur les grands propriétaires joignirent à leur patrimoine de riches abbayes, des domaines du fisc, et même la puissance publique. Ces grâces , d'abord amovibles, devinrent bientôt perpétuelles, et élevèrent des maisons qui, depuis Charles le Chauve, furent les rivales du trône. La nation partagée entre elles ne connut d'autre lien que celui du vasselage , et les forces manquèrent au souverain pour maintenir sa puissance.
Tel fut l'état déplorable où se trouva Charles, duc de Lorraine, à la mort de Louis V. Son droit à la couronne était incontestable; mais ne pouvant le soutenir, le plus puissant de ses vassaux osa la lui disputer.
Hugues Capel , héritier de son père mort en yr^C , fut comme lui prince des Francs, des Bourguignons et des Bretons. (Do/» Bout/ , tom. YIII, pag. 2.54 ; i^'d- , tom. IX, pag. 'j^'à.)
llicliard, duc de JNormandie, l'appelait son seigneur dès l'an OjBS. ( Ibi'd. , tom. iX , pag. 7.^1. j Dans la France proprement dite, il possédait l'abbaye de Saint-Riquier, qui avait étt; la dot du duclié maritime. {Ibid., p. 638.) Le comté de Senlis et celui de Bcauvais appartenaient à ses vassaux. {Ibid. , tom. X, p. 288, 354, n.) Il partageait avec l'évêque d'Amiens, le comté de cette ville.
A ces domaines immenses, il joignait une puissance affermie, une autorité respectée; mais l'amour des Francs pour le sang de Charlemagne n'étant pas tout à lait éteint , Hugues eu redoutait les effets. La désunion de la famille royale hâta la révolution. Feignant de se montrer fidèle à la reine Emme, Hugues avait déclaré la guerre à Louis V. Ses partisans le
Îiroclamèrent roi , et eurent assez de crédit pour empêcher e sacre et la délivrance de Charles.
Les progrès de la suzeraineté avaient été si constants depuis l'assemblée de Qulersi, de l'an S77, que la polyarchie des fiefs était presque généralement établie.
Si quelques chartes des deux siècles suivants, supposent qu'il existait encore des propriétés allodiales, ce n'en est pas toujours une preuve certaine. Le droit de prononcer l'amende du ban royal, et la peine de mort qui constituait la haute justice, était nécessairement émané du roi. Les houunes libres «jul en jouissaient , l'avaient donc reçu eu bcuéficc ou en ficf
SUR LES GRANDS FIEFS. lyg
clu roi lui-même , des légats ou des comtes. Comment imaginer que des propriétaires isolés eussent conservé le pouvoir de rester neutres dans les guerres de leurs voisins ? «.Quelle puissance n'aurait-il pas fallu pour garder cette paisible neutralité au milieu du mouvement général, et pour se maintenir dans ses possessions sans entrer en vasselage.
L'édit de Pistes, de l'an 864, ne fait aucune mention des hommes libres qui n'avaient point de seigneur ; ils étaient donc regardés dès-lors comme peu utiles à la guerre. Leur défaveur fut toujours en croissant , comme on peut en juger par l'assemblée de Quiersi , de l'an 870.
Les traces d'indépendance qu'on retrouve dans quelques chartes des onzième et douzième siècles, doivent donc être rapportées aux prétentions que les barons ou les châtelains avaient formées depuis que l'assemblée de Pontion, en 876, et l'édit de Verne, de l'an 884, eurent attribué aux évoques la grande légation dans leurs diocèses , et subordonnément la police aux curés. Celte étrange législation ()ui dégrada la dignité des comies , et l'anarchie où se trouva le royaume depuis la mort de Carloman, jusqu'à celle de Louis V, enhardirent quelques vassaux à méconnaître leurs devoirs, à se croire même souverains. Mais ces chimères de l'orgueil dii;paraissent devant l'ordre public qu'attestent les monuments.
En vain le seigneur d'Aurillac refusa-t-il de rendre hommage à Guillaume, duc d'Aquitaine; cette terre, située dans le comté d'Auvergne, en était certainement mouvante: aussi "Géraud, qui la possédait, fit-il valoir les services que son père avait rendus au duc , pour éluder sa demande. Il obtint même un brevet de comte; mais il consentit que ses successeurs fussent soumis à ce devoir.
Ainsi l'avènement de Hugues Capet au trône fut l'époque de la sanction que reçurent les lois féodales.
L'auteur de l'Esprit des Luis dit qu'elles parurent en un moment sans qu'elles tinssent à celles qu'on avait connues jusqu'alors, (^Esp. des Lois, /iV. 3o, chap. i.) Mais peut-on regarder comme un phénomène cet événement préparé par les mosuiK et autorisé par la législation qui, depuis Cnarlemagne , n'avait cessé d'étendre le vasselage , en dénaturant les alleus ? Tout le i>3yaume , où à peu près, se trouvant divisé en fiefs, on dut voir sans étonnement la monarchie féodale succéder à la monarchie politique.
Ainsi s'acheva, en France, rétablissement du gouvernement fi'odal. C'est presque à la même époque que paraissent se rapporter les causes de sa décadence. Mais avant que de les développer, nous croyons devoir jeter un coup-d'œil sur les aulies pays de Tliurope , qui avaient adopté ce régime.
iSo DISCOURS PRÉLIIilIKAiliE
Nous avons dit qu'en Germanie 1p vasselage paraissait êitë d'origine gauloise. (Pfejfe/. ) CeUe opinion est d autant plua probable, que les Germains et les Teutons étaient eux-mêmes Gaulois. {I)om Martin^ Hisf. des GuuL, tom. 1, p. 6(i et ii5, )
Il est vrai que quelques écrivains font descendre des Golhs les peuples teutoniqjes. Mais les fiefs étaient étrangers aux (jOins et aux Espagnols. Louis le i)éi)onnaire, en accordant aux hommes libres de ces deux nations , qui s'étaient retugies en l'rance, la permission de se recommander à ses comtes, ajoula que si quelqu'un d'entre eux obtenait un bénéfice, il devrait faire le service dont les Francs étaient tenus envers leurs seigneurs , à cause d'un pareil bénéfice. ( Bal. , tom. I, col. •)()9 ; tom. II, col. Hi'].)
Ce fut donc en vertu d'une loi des Francs , que les Goths connurent la féodalité.
Mais en supposant que l'origine de celte institution apparlînt exclusivement aux Gaulois, on voit dans Tacite quelle était dès-lors très-aucietme en Germanie. D'autres rnonuinenls attestent qu'elle s'y perpétua par les mœurs.
Ainsi lorsque ce pays, qui, sous Cbarleinagne , ne formait <ju'une province, fut compris dans les divers partages que Louis le Débonnaire fit de ses élats, les hommes libres f|ui l'habilaient ne purent demeurer neutres entre des rois qui cherchaient à l'envi à se les aliacher. Ils entièrent en vasselage , et eurent à cet égard avec les libres Francs une police commune.
Il y eut cependant quelque différence entre les deux nations dans l'impulsion générale qui les portait au régime féodal. En Germanie^ les circonstances qui préservèrent l'état des incursions des INormands et des Sarrasins, les (jualités personnelles des princes qui gouvernèrent, et le caractère des habitants durent en ralentir la marche et retarder ses progrès. Aussi ne futce que vers l'an 1024 que Conrad le Salique accorda à ses fidèles la transmission des fiefs des enfants du vassal à ses petits-enfants, et que celui dont le frère serait mort sans enfants, pût succéder au fief qui avait appartenu à leur père conaïuin. (^Esp. des Lois, li^. ôi ^ chap, 3o. )
Cette disposition de la loi de Conrad, presque littéralement transcrite du capiluiaire de (^uiersi de l'an 877, eut des progrès rapides, puisque l'hérédité des fieis était pres(|ue généialement établie sous le règne de Henri IV. {Pjejfel., tom. 1, p. 2<S8.)
Pour ce qui est de l'Italie, on sait cpie les Romains, devenus maîtres du monde , firent consister le bonheur dans les spectacles et les jeux , que l'urbanité fut pour eux le comhle des vertus sociales.
Le fond de ces mœurs fut le mêi^ie après la cViule de l'em- ^ pîrt. Vlusieurs lois de Théodoric annoncent qu'il s'occupa da
SUR LF.S GRANDS FIEFS. l8ï
Soin lie rendre aux cités leur ancienne splendeur, en les faisant habiter par les libres propriétaires.
Les Grecs , vainqueurs des Osirogoths, furent chassés parles I-ombards qui substituèrent des ducs aux premiers magistrats civils.
Ces ducs , d'abord amovibles sous le règne d'Alboin , formèrent Taristocratie qui gouverna la nation lorsqu'après le meurtre de Clef la royauté fut supprimée. Autharis , fils de ce prince , élu roi par ces mêmes ducs, confirma leur autorité qu'il recoimut héréditaire. {Paul. Diac. Hisl. Langobard. )
Les comtes , sous Charlemagne , à qui on donna indifféremment ce titre et celui de ducs , possédèrent leurs comtés comme les ducs lombards avaient possédé les leurs.
On lit dans les annales de Fulde , qu'en 883 Charles le Gros indisposa contre lui les grands du royaume d'Italie, en dépouillant Gui et quelques autres ducs des bénéfices concédés à leurs bisaïeuls , et que les fils de ceux-ci avaient transmis â leurs pères. (Dom. Bouq.^ tom. VIII, p. 44* )
La possession de Gui et des autres comtes remontait donc justju'au tems de la conquête de l'Italie?
Louis II nomma des légats temporaires pour commander les troupes du ministère de Gui et de celui de Bérenger , qui devaient être alors ou mineurs ou absents. L'intention de ce prince était de leur conserver les légations de leurs pères. {Bal. t. II, col. 35c). )
t>s légations en Italie furent des marquisats comme elles l'étaient en France dans les provinces frontières. Ceux qui en étaient pourvus eurent une supériorité marquée sur les autres co-îites, à qui pourtant l'usage avait été de donner le litre de ducs.
On conçoit que ces duchés devinrent héréditaires plutôt queles légations , dont les pouvoirs étaient les mêmes que ceux de la lieuleriance royale. Cependant ces légations même furent gardées à Gui et à Bérenger qui ne pouvaient en faire les fotuiions.
^^ inigise , duc de Spolcîte, étant mort en 822, Suppon , comte de Bresce , lui fut donné pour successeur. ( Ef,iuhard , «////«/.) Suppon étant mort en 82 >, Adélard le jeune fut envoyé en italie , et eut ordre de prendre avec lui Mauringue , comte de Bresce , pour achever de faire les justices.
La commission d'Adélaid et de iMauringiie fut de courtî": durée, puisque le panégyriste de Bérenger parle des Suppouides rouime de puissants alliés, qui meuèrenl (juinzc cents chevaliers de haubert à ce roi d'Italie. {Dom Bowj. tom. VIÎI , p. 114. ) li les appelait ainsi , du nom de leur père Suppon , comte du
i?^â Dîsr.our.s préliminaire
Picenum , à qui on donnait aussi le titre de duc , et que le pape Jean VIII qualifiait de comte illustre. On voit que la grandeur de Suppon avait été héréditaire comme celle de Gui , et de plusieurs autres comtes.
En effet , il ne paraît pas douteux que Charlemagne n'eût offert cet appât à la haute noblesse de France , pour l'engager à s'expatrier. La politique de ce prince cherchait à introduire les mœurs et les lois françaises dans un pays où la répugnance était extrême pour la discipline du vasseiage.
Les Francs , venus à la suite des comtes, iirent long-tems la force de leurs armées. Mais les guerres civiles qui désolèrent ce pays firent périr celte milice. Le peu qui en resta prit les mœurs du erand nombre , et le vasseiage sécha dans cette terre étrangère. Les libres propriétaires, mêlés avec les plébéiens, ayant fait prévaloir les prétentions des cités, les gratids se virent ibrcés de traiter comme republiques des villes où jadis leurs pères avaient commandé.
Les rois de Germanie , qui furent aussi rois d'Italie , n'avaient d'alliés que les grands qui purent se maintenir , ou ceux qui aspiraient à recouvrer leurs droits. Ils n'eurent garde d'affaiblir celte aristocratie en contestant aux enfants la succession de leurs pères.
Ce n'est donc point aux Lombards qu'il faut rapporter l'origine du gouvernement féodal ; il y a même lieu de douter que le vasseiage ait été dans leurs mœurs comme dans celles des Francs ; du moins est-il certain que leur code primitif n'en présente aucune trace. Les constitutions de Frédéric I'=^ sur les fiefs y furent insérées, parce qu'au tems de ce prince la féodalité avait pris assez de consistance pour être un des principaux objets de la législation. On y avait ajouté précédemment les capitulaires de (.harlemagne , et successivement ceux de Louis le Débonnaire et Lothaire. Ce fut en France, sous ces empereurs, rjue la dénomination de pairs ^ qui dans nos monuments signifiait des hommes de même élat, devint le titre distinctif des premiers scigueiirs du royaume. ( i>. Boiuj. tom. lo, p. 68, 84 et loi ; du Cange ^ tom. V, col. i3o. )
Hugues Capet , p,irvenu au trône, ne fut que le suzerain des ffudataires dont il avait elé pair jusqu'à celte révolution. Possesseurs comme lui de la puissance publique de leurs territoires, ils ne lui devaient que le service féodal dans sa cour de justice et dans ses guerres. Hugues, qui connaissait le prix de leurs suffrages , ne négligea rien pour les obtenir. Les ducs de Guienne et de Gascogne , les comtes de Toulouse et de Rouergue, ceux de Flandre et de Vermandois , étaient les seuls partisans de Charles de Lorraine, que sa naissance appelait à suc-
SUR LES GRANDS FIEFS. ï8/>
eèJer à Louis V. Après qut*lque résistance, ils se soumirent à Hugues, et le sceptre qu'ils établirent dans sa maison fut garant de la propriété de leurs seigneiu'ies. Des officiers amovibles, que la nation n'avait point élus, n auraient pu lui donner qu'une existence précaire ; il fallut bien reconnaître la perpétuité des grands fiefs pour assurer dans sa maison celle de la couronne.
Vassaux immédiats par leurs titres, ces feudataires représentaient tous les propriétaires indépendants,, qui , en soumettant leurs terres au régime des fiefs, avaient consenti à ne paraître aux assemblées de la nation qu'à la suite de leurs seigneurs. Délibérant sur la cliose puljlique d'après l'avis de leur chevalerie, ils répondaient seuls des secours proportionnés à leur puissance et aux devoirs de leurs vassaux. Par ces prérogatives, essentielles de la pairie , cette éminente dignité qui environnait le trône , se trouvait concentrée dans leurs mains , et plaçait au-dessous d'eux toutes les classes des citoyens dans des degrés relatifs à la mouvance et à la dignité des fiefs qui réglaient celles des personnes.
Mais comme la suzeraineté n'était pas une domination, ni le vasselage une servitude , les chevaliers n'avaient jamais perdu le droit d'assister aux plaids généraux, ni celui d'y voter au moins par acclamation.
Aussi, quoiqu'au tems de Henri V , il y eut certainement de grands feudataires en Germanie , soixante mille chevaliers concoururent à l'élection de Lothaire , son successeur. Il ea avait été ainsi à celle d'Olton l«^
Il est vrai qu'au-delà du Rhin les grands fiefs , tels que ceux qu'on nomma depuis électorats, n'étaient pas alors héréditaii^es, et qu'ils ne le devinrent que sous le règne de Henri VI. M.ns en France où cette hérédité était constamment établie , au moins depuis Charles le Chauve , les chevaliers concoururent toujours à l'élection des rois. Frodoard les nomme expressémer.t dans la proclamation de Louis d'Outremer.
La politique la plus ordinaire suffisait pour faire sentir !e vice d'un gouvernement où le suzerain sans forces était à Li merci de ses vassaux. Mais Hugues Capet n'aurait pu contester l'autorité de ses anciens collègues sans avouer l'usurpation de ses pères. H reçut la soumission des grands feudataires avec leurs hommages , et dès-lors ces vassaux immédiats , autorisés par leur nouveau suzerain , et dont les mouvances embrassaient presque tout le royaume, furent les seuls pairs de Vrance. C'esl, on ose le dire , l'époque de la premièi^e réduction de ce grand nombre de pairies laïques qui existait dans le royaume avant Charles le Chauve.
Elle dut induer nécessairement sur la prérogative dont jouis-
l54 DISCOURS PRÉLIMINAIRE
saient jadis les évêques de délibérer aux assemblées de la nation. Devenus presque tous sujets des grandes seigneuries pour les lieux où se trouvaient leurs églises, ceux qui paruroni au nombre des pairs ne purent y être admis qu'à raison des fiofs immédiats unis successivement à leurs sièges. L'arcbevrque de Reims obtint le premier cette prérogative de Louis d'Outremer en c)40' Si les évêques de Laon , de Langres, de Boauvais , de Chûlons et de Noyon , assistèfent en 1 179 comme pairs an sacre de Philippe Auguste , le temporel de leurs siégeas relevait dès-lors nuement de la couronne. Les auteurs qui sont partagés sur la séance des pairs à cette cérémonie, ne varient point sur le nombre des prélats qui purent prétendre à cet honneur.
Il n'est pas aussi facile de déterminer le tems où les pairies laïques furent réduites au nombre de six. On en peut juger par l'incertitude des historiens et les divers systèmes imaginés sur ce point intéressant. En partant du point incontestable, que rimmédiatlon de la mouvance est l'essence de la pairie , nous examinerons combien il existait de vassaux immédiats de la couronne à l'aviénement de Hugues Capet,etquel lui le sort de leurs dynasties. Celte mélliode paraît être la seule propre à faire découvrir l'origine d'un usage qui ne fut fixé par aucune loi et que les faits durent amener insensiblement.
La Bourgogne ayant passé dans les mains de Henri , fds puîné de Hugues le Grand , devint le partage héréditaire de sa branche. (Z). Buuq. tom. IX, p. 124-1327.) Ses successeuis cadets de la maison régnante eurent plus de moyens de se maintenir. La subordination, mieux établie, préserva cette province des malheurs de l'anarchie, et ses ducs , pairs de France par leur titre , le furent toujours jusqu'à la réunion de leur patrimoine à la couronne.
La ISormandie jouit de la même prérogative par le traité de .Salnl-Clair-sur-Eple ; et lorsque {\ichard , pelit-fils de Kollon , appelait en 96S Hugues Capet, prince des Francs, son seigneur, on voit que c'était relativement à ce titre, qui signifiait la lieuîenance royale. ( i>. Boucf. tom. IX, p. '^'61. )
Le duché de Bretagne était une termreà part. En rapprochant divers passages de Grégoire de Touis, on voit que les Bretons , quoique cantonnés dans le pays de Cornouailles , avaient cependant sous les enfants de Clovis assez de consistance pour faire présumer qu'ils y étaient établis lorsque ce prince entra dans les Gaules. (Greg. Tin: Bist. lib. 4, c. 4, lib, 6, cap. 16 et 27. )
Par son alliance avec les Armoriques, les Bretons qui en faisaient partie furent maintenus dans leurs droits comme les autres cites de cette confédération. Mais il y a cette différence, que les chefs des Bretons, en rcconnaissaul la souveraineté
S\)K LES CRAKnS TfT.tS. l65
tic Clovls et lie ses enfanls , conservèrent la domuialion hv-' retîitaire du pays dont ils étaient en possession. ï^es passages de G-régoire de Tours qu'on vient de citer sont précis , et Charles le Chauve lui -même avouait cette propriété en appelant Nomenoë le prieur de la nation bretonne : Nomcnoio priori genti Britunnicœ. {D. Buik/. tom. ^'li , p. 5o4- )
Un écrivain célèbre a soutenu contre I). Loblneau , historien de la province de Bretagne, que ce fut à la charge de payer un tribut : ( Tr. de la mono, de la Bref, par M. l'ablié de ^ert. ) Ses preuves paraissent décisives.
Waroch demandait au roi Chilpéric la permission de gouverner en son nom ia cité de Vannes, à condition de payer chaque année les tributs qui appartiendraient au roi à cause de cette ciléi ( Greg. Tur. lib. S , c. 27.)
Les princes bretons ne croyaient donc pas se dégrader en s'obligeant à payer un tribut.
On lit dans Jiginhard que les habitants de l'île de Bretagne, forcés de s'expatrier par les vVnglais et les Saxons, se réfugièrent, dans l'extrémité à^s, Gaules, où, ayant été suijjugués par les rois des Francs, ils avaient coutume de payer à regret les tributs que ces princes leur avaient imposés. ( hgiuli, annal, ad ann. 786. )
Le concile tenu à Savonnières , l'an 809, priait les évêques de Bretagne de représenter à Salomon, que depuis le commencement de la monarchie , sa nation avait été soumise aux Francs , et leur avait payé tribut. ( U. Bouc. , tom. VII , pag. 584. )
Les annales de Saint-Bertin attestent que ce rai^me duc paya à Charles le Chauve cinquante livres d'argent pour le tribut de l'année 863, et pareille somme pour celui de l'année suivante , selon l'ancienne coutume et l'usage de ses prédécesseurs. (D. Bouq. , tom. VII , p. 80 et 87.)
Au reste, ce tribut, cpii était une marque de dépen(i^nce ^ n'avait aucun caractère d'humiliation personnelle. Les Bretons, en s'obligeant à le payer aux Francs et à les servir dans leurs guerres , s'étaient maintenus dans leiir liberté , leurs mœurs et leurs usages, et dans le droit d'élire les chefs de leur nation. Telle était à-peu-près la condition des Bavarois, des Allemands et des Saxons. {^Histoire critique de T élablissement des Bretons dans les Gaules., par M. fahhé de Vertoi, tom. P^ , p. 2.00.)
Cet état des Bretons n'avait point varié depuis rétablissement de la monarchie , lorsque sous Louis le Débonnaire , un de leurs chefs , nommé Morvan , prit le titre de roi, et voulut être indépendant. Il s'autorisait sans doute de l'exemple de Judicaël : mais ce prince breton reconnaissait la souveraineté IX, 24
l8G DISCOURS PRÉLlMiîîAinE
de Dagobert. ( Frédég» chron. ch. 77. ) D'ailleurs c'est par incorrection qu'on trouve Judicaël qualifié roi clans les monuments d'alors. Grégoire de Tours avait dit que depuis la mort de Clovis , les chefs des Bretons furent appelés comtes et non pas rois. {Greg. Tur. lih. f^ , c. 4-) On retrouve la même tradition dans les annales d'Eginhard , quiol)scrve, sous l'année 818, que ce fut contre l'usage de cette nation, que Morvan usurpa la puissance royale. (2). Bouq. , tom. VI, p. 178,)
La mort de ce rebelle ayant fait rentrer les Bretons sous l'obéissance des Francs, Louis le Débonnaire donna la légation du comté de Vannes , et ensuite de tout le pays , à Nomenoë , qui se révolta lui-même après quelques années du règne de Charles le Chauve , et se fît sacrer roi dans le monastère de Dol. (!>, Bouq., tom. VII , p. 220.)
Son tîls Herispoë soutint ses prétentions ; et Charles le Chauve , obligé de céder au tems, lui donna les habits royaux et ajouta aux possessions de Nomenoë , son père, les comtés de Rennes , de Nantes, et le pays de Retz, à la charge de l'hommage. ( i). Bouq. ^ tom. VU, p. 68.)
Herispoë fut tué en 887, par Salomon , son rival, qui, en prenant aussi le titre de roi , ( D. Boiiq.j tom. VII , p. 220, ) rendit, en 863, le même hommage à Charles le Chauve. (^Ibid. p. 80)
Ainsi l'époque la plus glorieuse pour les princes bretons fut aussi celle où ils devinrent feudataires de la couronne ; mais on voit que ce dut être à des titres différents , et que le pays de Cornouailles, glèbe originaire de ce grand fief, n'était pas tenu à l'hommage lige.
S'il faut en croire les écrivains normands , Charles le Simple céda cette mouvance h Rollon , par le traité de Saint Clair-sur- Epte ; mais le doyen de Saint-Quentin dit que Rollon n'eut alors que le pays situé entre l'A.ndelle et la mer. (^Du Chesne , Hist. norm. script, antiq.^ p. 82 , 83.)
On voit dans Frodoard , que le Maine et le Bessin ne furent donnés à Rollon qu'en 924 , et que son fils Guillaume n'eut qu'en 983, les comtés de Coutances et d'Avranches. (Z>. Bouq. tom. VIII, p. 181 , 189.)
C'est donc probablement de ce dernier pays qu'on appelait la terre des Bretons^ depuis que le duc Salomon l'avait reçu du roi Charles le Chauve , qu'il faut entendre le récit du doyen de Saint-Quentin. {1). Bouq. , tom. VII, p. 305.)
M. l'abbé de Vertot, ubi sup, est d'une opinion contraire; mais comment la concilier avec le récit de Frodoard. Ce chronologisle rapporte sous Tan 919, que des Normands ayant ravagé le pays de Cornouailles, Co7'«w ^«///ûp, situé à la pointe
SUU LES GRANDS nEFS. iSj
maritime des Gaules , et s'étant retranchés aux environ» de la Loire, le comte Robert les attaqua en 921 , et qu'après un siège de cinq mois , il leur céda la Bretagne qu'ils avaient dévastée avec le pays de Nantes ; Frodoard ajoute qu'ils commencèrent dès lors à se faire Chrétiens. {D.Bouq.^ tom. VIII, p. 176
La Bretagne proprement dite n'avait donc pas été cédée à
Roilon par le traité de Saint-Llair-sur-Epte. H paraît d'ailleurs
que le comte Robert s'en était réservé la mouvance par le
traité de y2i , puisque Hugues le Grand, son lils, avait à sa
mort , en cj56 , le titre de duc des Bretons, {^Ibid. p. 2.S4.)
Il est donc vraisemblable que le duché de iNormandie ne devint le fief dominant du duché de Bretagne, que sous Guillaume on sous s,ov. {-À^ Richard ; il est du moins certain que la confiscation prononcée^ eu 1202, contre Jean-sans Terre , ayant réuni la Normandie à la couronne, le duc de Bretagne eut le roi pour suzerain. Mais son ancien état d'arrière-vassal le fit mettre, en 1292, au nombre des grands comtes qui n'avaient rang qu'après les pairs. Ce ne fut qu'en 1297 qu'il obtint par une érection expresse les honneurs de la pairie. (^Brussel , usage des Fiefs ^ p. i38 et ^29.)
Guillaume IV, dit Fier-à-Bras, était duc d'Aquitaine. Rainulfe, son bisaïeul, n'avait obtenu, en 84 ■'î , du roi Charles le Chauve que les comtés de Poitou, d'Angoumois et de Saintonge. {Hist. de Lang., tom. I". , p. 724.) Mais Charles, peu fidèle au traité de Saint-Benoît-sur-Loire , avait enlevé depuis à son neveu Pépin , des provinces que les enfants de Rainulfe prétendirent soumettre à leur gouvernement. Ce fut le germe des guerres fréquentes qu'ils eurent avec les comtes de Toulouse. Ceux-ci, possesseurs de cette ville capitale du royaume d'Aquitaine , voulaient étendre leur domination jusqu'aux mêmes hornes. Alternativement vainqueurs ou vaincus, ces ^rin.ces envahirent enfin les fiefs qu'ils se disputaient. Le Velal {^Hist. de Lang., tom. II, p. 58,) et l'Auvergne (Ibid-, p. 160,) subirent la loi du plus fort et perdirent leur immédialion.
Le Périgord, mieux défendu , maintenait ses droits contre tous. Wulgrin , qui l'avait reçu de Charles le Chauve , son parent , sous le titre de gouvernement général , l'avait transmis à ses descendants avec la même prérogative, Emme , petitefille de Wulgrin et son héritière après la mort de tous les mâles légitimes de sa maison, avait porté cette province en dot à Boson le Vieux, comte de la Marche, son mari, tige de la seconde dynastie des comtes de Périgord et du surnom Taleyrand. {Labbe , Bihlioih. maniiscr. ^ tom. II, p. 170. Voyez les Comtes de Périgord.) Le titre de comte de Périgord, que Guil-
l68 DISCOURS PRÉLIMINAIRE
lâiime IV, comte (Je Toulouse , prenait dans quelques cliaiics , était une prétention imaginaire comme celles de plusieurs souverains de nos jours sur des états qui ne furent jamais soumis à leur empire.
Le comté de Toulouse comprenait, sous Hugues Capet , l'ancien diocèse de cette ville, les comtés d'Albigeois, de Kouergue, de Querci et le marquisat de Gothie. Ces vastes domaines , partngés-depuis 975 , étaient possédés en 9^7, par Guillaume Taillcfer, comte de Toulouse, Pons, comte d'Alîji , son frère, et Haimond II , comte de Kouergue , cadet de leur maison. (Jiist. de Lang. ^ tom. II, p. 120.) : trois branches dont les biens ne furent réunis qu'en 108S, dans les mains de Raimond de Saint-Gilles. {ïhid ^ p. 272.) Ces grands feudataires n'avaient rntre eux aucune subordination , et n'avouaient d'autre supe-riorité cjue celle de la couronne. Us lurent même des derniers à reconnaître Hugues Capet.
La Marcbe d'Espagne était tenue au même titre depuis 864, par les comtes de Barcelonne. Borel , contemporain de Hugues Capet, allait de pair pour l'autorité avec les comtes de Toulouse; (Jilst. de Laiig. , tom. II, p. 25 1.) et ses descendants ne reconnurent que le roi de France pour suzerain, jusqu'à la réunion de ce fief au royaume d'Aragon.
Bernard-Guillaume possédait le duché de Gascogne. CentuUe- Gaston, vicomte de Béarn , les comtes de Fezenzac, d'Arluagnac , d'Astarar. et ceux de Bigorre, s'ils étaient de sa race, participaient par frérage à la première dignité de l'état dans les mains du chef de leur maison.
Les comtes de Vermandois, issus de Charlemagne par Bernard , roi d'Italie, furent la lige des premiers comtes de Champagne. La dignité des personnes annonce ici celle des fiefs qui étaient cerlalnemenl immédiats de la couronne.
L'origine du comté de Flandre est conrme. Baudouin Brasde-Fer , qui risqua tout pour sa femme Judith, obtint tout par elley du roi Charles le Chauve. Arnoul II, leur descen-^ dant , faisant sa paix avec Hugues Capet , fut maintenu sans dojjle dans les droits de ses aïeux.
Ces feudataires, égaux en dignité par leur rapport avec le suzerain n'en étaient séparés par aucun intermédiaire. Admi-, 3 lisl râleurs avec lui de la chose publique, les seigneurs même du sang ne pouvaient voter parmi eux qu'en qualité de vassaux immédiats. C'est la cause de l'usage qui s'observa si long-tems, de régler, dans les assemblées des pairs, les séances des princes de la maison royale, suivant la date de leurs pairies.
Il ne faut donc point chercher la réduction des pères laïques au nombre de six , avant Hugues Capet , ni pendant son règne^