‹ L'art de vérifier les datesChapitre 58 sur 230 · BES DUCS DE FRANCE · texte numérisé non relu

BES DUCS DE FRANCE

pereur Olton II avait destitués pour leur substituer Arnoul et Godefroi , comptant se rendre maître de la Lorraine , par le moyen de ses deux créatures.

Charles , frère du roi Lothaire , ayant accepté des mains d'Otton , l'an 977, le duché de la basse Lorraine , sous la condition de l'hommage, Hugues désapprouva , comme le monarque et tous les bons Français, cette démarche indigne d'ua fils de France. On a dit ailleurs que Lothaire en fut si irrité , que la même année , ayant levé des tro-upes à la hâte , il alla surprendre Otton à Aix-la-Chapelle , comme il était prêt à s& mettre à table , et lui laissa à peine le tems de s'enfuir. L'empereur voulut prendre sa revanche, et vint jusqu'aux portes, de Paris, dont il brûla un des faubourgs. Mais Hugues, assisté du comte d'Anjou et d'autres seigneurs , s'étant mis à ses trousses dans sa retraite , atteignit son arrière-garde sur les bords de l'Aisne; et après en avoir détruit une partie, il poursuivit le reste jusqu'aux Ardennes. Le dessein de Hugues ét^iit de réunir la Lorraine à la couronne de France ; et il se llatlait d'en venir à bout avec les forces qu'il avait en main, jointes à celles de ses amis. Mais Lothaire rompit ses mesures par la facilité qu'il eut en 980 , d'abandonner cette province à l'empereur, pour en obtenir la paix. Hugues et Henri , duc de Bourgogne , son frère , réclamèrent hautement contre cette cession. Lothaire, quatre ans après, sentit mieux sa faute, lorsqu'il apprit les incursions que les Lorrains faisaient sur ses terres. Ayant repris les armes, alors, il rentra dans la Lorraine et assiégea Verdun , dont les portes lui furent ouvertes , après avoir fait prisonnier, dans une bataille, le comte Godefroi. Il aurait poussé plus loin ses conquêtes , si les troul)l(isde l'état ne l'eussent point rappelé. Ce prince avait tant an confiance dans Hugues Capet , qu'étant au lit de la mort en 986 , il lui recommanda son fils Louis , comme à l'ami le plus sincère, au conseiller le plus sage et au seigneur le phii puissant qu'il y eût dans le royaume. Louis n'ayant survécu qu'un an ou environ à son père, sans laisser de lignée , le trône après lui était dévolu à Charles , son oncle , par le droit de la naissance. Mais au lieu d'en prendre possession sur-le-champ^ il jugea plus à propos , dit la Chronique de Saxe, de mettra l'affaire en délibération. Il convoqua effcclivement à ce sujet tjne grande assemblée, si l'on en croit M. 'Velly , qui cite en preuve les paroles suivantes d'une lettre du fameux- Gerbert , alors écolâtre de l'église de Reims , à Diéderric ou Thierri , évêque de Metz : Le duc Hugues a assemblé six cents hommefd 'armes , et sur h bruit de son approche , le parlement , qui se louait dans le palms de Compiègne , s 'est dissipé dès U otnism».

£20 CHRONOLPGIE HISTORIQUE

de mai Tout a pris la jintc ^ et le duc Charles et le cofhte Rcin-^

chard et tes princes de Verniunduis et l'évéque de Laon^

ylJalberon , (fui a dunné son neveu en otage ci Bardas ( c'est ainsi qu'il désigne Hugues Capet ) pour l'exécution de ce que Sigefrui et Godejrui ont promis. {Bouquet., lom. IX, pag. 278.) Mais il y a malheureusement une méprise considérable dans l'emploi cjue fait de ce texte M. Velly. L'évêq>ie Diédcric à qui la lettre de Gerbert est adressée, étant mort le 7 septembre 984» (Bouquet, ibid. n ) le parlement dont elle parle, ne peut avoir eu pour objet le choix d'un successeur du roi Louis V, tellement vivant alors, que I.othaire, son père qu'il remplaça depuis, ne dfîscendit au tombeau qu'en ^8G. De quoi s'agissaitil donc dans cette assemblée de Compiégne , dont Gerbert rend compte en termes énigmatiques à l'évêque de Metz? H est aisé lie le comprendre en se rappelant ce qui se tramait dans les dernières années du règne de Lothaire en faveur des princes allemands, au préjudice des droits de la monarchie française. Pour se maintenir dans le duché de la basse Lorraine, qu'il lenail de l'empire , à titre de vassal , Charles, frère de ce monarque, travaillait à faire reconnaître l'empereur pour le véritable souverain de toute la Lorraine. Ce fut dans cette intention qu'il assembla ses partisans à Compiégne , viaisemblablement en l'absence du roi , occupé à parcourir quelques provinces méridionales de la France. Hugues Capet , informé de ce conventicule de traîtres, y vole avec des troupes pour le dissoudre; et à son appioche, le parti se dissipe, i.e qui fait un sujet de blâme pour Hugues Capet aux yeux de M. Velly , est donc réellement, en ce prince, un nouveau mérite, un nouveau service rendu à l'état.

Plus le duc Charles se faisait d'ennemis par sa conduite inconsidérée, plus Hugues Capet, en réglant toutes ses démarches, se faisait aimer et estimer. Celui-ci profitant de l'état d'indécision où Charles restait après la mort du roi , son neveu , rassemble en diligence à Noyon ses vassaux et les grands du royaume , ses amis les plus déclarés, leur expose ses vues , et les détermine sans peine à lui décerner le trône, dont il était regardé comme le plus ferme appui. On le conduit ensuite à Meims, où il est sacré le 3 juillet (1) par l'archevêque Adal-

(i) Avant cette cérémonie , on lui fit prononcer le serment suivant ; Hugo y Deo propitiante , mox futurus rex Francorum , in die ordinatienis meac promitio coram Deo et j anctis ejus çuod unicuiqne de t'obis ( mlhi ) commissis canonicum priiilegium et debitam Icgcm aiquc jusiiliam cen^r k/frt'aio , et de/easioiicn çuantitrt potuero , adj'utaaie Domino , €xbibcb<^ ,

DES DUCS DE FRANCE. Z2l

beron , frère de Godefrol , comte de Verdun ^ qu'il tenait en prison pour son attachement au duc Charles. Le concert de ceux qui avaient porté Hugues sur le trône , avait été si unanime , que ce prélat , tout opposé qu'il lui fût pour le traitement qu'il faisait à son frère, ne put refuser son ministère dans l'occasion dont il s'agit. C'est ce qu'il témoigna lui-même au duc Charles, en répondant aux plaintes qu'il lui faisait d'avoir abandonné son parti. « Qui étais-je , lui dit-il , pour j» donner moi seul un roi aux Français ? C'est ici une affaire » publique et non particulière. » (Voy. Char/es, duc de- la basse Lorraine.) La couronne de France n'ajouta pas beaucoup à l'opulence de Hugues Capet. Ce fut lui-même qui enrichit le domaine royal , réduit alors à quatre ou cinq villes , dont Laon était la principale , en y réunissant le vaste duché de France avec les comtés de Paris et d'Orléans. ( Voy. les rois de France. )

L'idée que nous donnons ici de Hugues Capet n'est pas tout-à-fait celle qu'en présente le discours préliminaire de M. Ardillier. Mais nous avons cru ne pouvoir altérer son texte en l'imprimant, ni devoir y conformer servilement notre façoa de penser.

iicut rex in regno suo unicuique episcopo et ecclesiœ sibi comtnissee per rectum exhibere débet , populoque nobis crédita me dispensationem legum in suo j'are consistentem nostra auctoritate concessuram , Hugo Rex% ( Bouquet , tome XI , p. 658. )

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