DES COMTES ET DES PRINCES DE CAPOUE
horreur disant qu'il n'était pas assez pervers pour souiller ses mains du sang de ses proches. Athanase, se voyant ainsi rebuté , ne perdit pas courage. Ayant obtenu des Grecs une Iroupe de trois cents soldats , il attendit le teins des vendanges , et , lorsqu'elles furent arrivées , il donna subitement sur les Caponans, tandis qu'ils étaient occupés à faire leur récolte, et en fit un grand nombre prisonniers.
Pandonulfe ayant trouvé moyen , l'an 884, de s'échapper de sa prison , alla se réfugier à Naples auprès de l'évoque Athanase, et mit dans ses intérêts les Grecs du pays , avet: lesquels il se mit à piller les. environs de Capoue. Pour les repousser , Landulfe , évêque de cette ville, et le comte Landon , s'adressèreut à Gui, duc de Spolette , qui leur amena un corps de. troupes avec lequel il entra dans Capoue, qu'il pourvut de/ vivres. Mais Gui ayant été appelé pour une affaire à Rome , la ville de Capoue resta entre les mains de l'éveque Landulfe, parce que landon était en marche contre les Grecs et Jes Napolitains, qui s'étaient fortifiés sur le mont Saint- I rasme. Pandonulfe, de son côté, s'était posté, avec ceux de son parti , à Sicopoli , d'où il faisait des courses sur le territoire de Capoue. Alenulfe , fils du ci-devant comte Landulfe , porta ses vues alors sur le comté de Capoue. S'étant rendu dans ce dessein à Spolette avec une bonne bourse , il y enrôla un nombre de français. Mais ses troupes ne voyant pas son entreprise aussi facile qu'il l'avait fait espérer , l'abandonnèrent et retournèrent à Spolette. Ce revers ne déconcerta point l'ambitieux Atenulfe. Ayant député son parent Sadi à l'évéque Athanase, il en reçut la promesse d'employer tout son pouvoir pour seconder ses vues. Mais elles furent dérouvertes par Landon qui , lent de sa nature, négligea la nouvelle de la révolution dont il était menacé. Taudis qu'elle se préparait , il se vit attaqué d'une violente fièvre, à laquelle succéda un état de langueur qui lui lit prendre le parti de se retirer à Teano. Ce fut le terme de son gouvernement, qui ait duré depuis le i cr . novembre 882, jusqu'au i«. septembre 885 , suivant la chronique des comtes de Capoue.
Làndenulfe est donné pour successeur à Landon , son frère, par le Pellegrini. Mais Atenulfe, voyant le gouvernement de Capoue entre les mains de celui-ci, se hâta d'aller trouver à Naples l'évêque Athanase, pour s'aboucher avec lui sur le parti qu'il avait à prendre. Il ne parait pas qu'il en rapporta une réponse bien satisfaisante. Cependant il garda le comté de Capoue l'espace de seize mois , depuis le mois (je XV11I. 17
ï3o CnROKOtOGIE HISTORIQUE
septembre 885 jusqu'au 6 janvier 887. (Pellegrini, Tabula expansa Corn. Cap. n. 8. )
Atetsui.fe , à la fin, réussit à se faire reconnaître comte de Capoue. L'un de ses premiers soins fut d'envoyer des députés au pape Etienne V, pour lui faire hommage à titre de vassal , , offrant de lui rendre la ville de Gaè'le dont il s'était rendu maître depuis quelque terns. Athanase, évêque de Naples, toujours dévoré d'ambition , ne put voir sans jalousie Atenulfe, qu'il avait favorisé jusqu'alors , paisible possesseur du comté de Capoue. Ayant rassemblé une multitude de grecs, de napolitains et de sarrasins, il vint à leur tête, l'an 838 , pour taire irruption dans leCapouan. Atenulfe , avec un renfort qu'il reçut d'Aïon , duc de Bénévent, et une troupe de sarrasins qui se joignit à ses troupes , ne craignit pas d'aller à la rencontre de l'ennemi. Les deux armées, s'étant rencontrées près du Clanio, se livrèrent une bataille dont les Sarrasins, des deux partis , restèrent spectateurs sans faire aucun mouvement. La victoire se déclara pour Atenulfe, et fut telle , qu' Athanase se vit contraint de demander la paix. Elle lui fut accordée pour un an , moyennant dix mille sous d'or qu'il paya et quelques places qu'il rendit. Mais à peine douze jours furent écoulés qu'elle fut rompue. Les gens d'Athanase et ceux d'Alenulfe recommencèrent à piller les campagnes à l'envi. Mais les Capouans , devenus les plus forts à l'aide des Sarrasins avec lesquels ils s'étaient alliés, rendirent avec usure à leurs ennemis le mal qu'ils en avaient reçu.
Aïon , prince de Bénévent , se voyant assiégé dans Bari, par les Grecs, sous les ordres du patrice Constantin , .sollicite Atenulfe, par des lettres pressantes, de venir à son secours. Atenulfe, au lieu de se rendre à ses prières , fit , par ses ambassadeurs , avec le patrice , un traité par lequel il était convenu qu'il accorderait la paix au prince de Bénévent, à condition que celui-ci rendrait Bari. Aïon se soumit avec un grand regret à cette clause, et s'en retourna, l'an 888, le cœur plein de dépit, à Bénévent. (Muratori, Annali , tom. VI, pag. 188.) Atenulfe avait dès-lors des vues sur la principauté de Bénévent. Elles s'effectuèrent , l'an 900, par une suite du gouvernement * faible du prince Radelgise et des violences qu'exerçait , sous son nom, Virialde, son ministre. Plusieurs familles nobles qu'il avait bannies, s'étant retirées à Capoue, y turent reçues du comte avec une générosité qui les enchanta. Les Bénéventains , instruits par la renommée de ce bon accueil , s'empressèrent de se rendre à Capoue. Dans les conversations que les principaux d'entre eux eurent avec lui, ils lui insirtuèreiit qu'ils.
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avaient un grand désir de le voir élevé à la principauté de Bénévent. Atenulfe , d'abord , regarda ce discours comme un vain compliment. Cependant il cherchait à procurer un mariage honorable à son fils Landùlfe, et, dans ce dessein ; il osa demander pour lui à Gaimar, prince de Salerne , sa fille, promettant de lui rendre les devoirs d'un vassal, comme avaient fait ses prédécesseurs. Mais sa demande fut rejetée par le conseil de ses frères Landulfe et Landon, qui , chassés par lui, s'étaient réfugiés à Salerne. Iota, femme de Gaimar, fut celle qui s'opposa le plus a cette alliance , disant qu'il ne convenait pas de mêler un sang royal avec celui d'un vassal. Atenulfe , ainsi rebuté, fit épouser à son fils Gemma, nièce de i'évéque Athanase.
Les Bénéventains , se dégoûtant de plus en plus de Radelgise , leur seigneur, redoublaient, par lettres, leurs instances auprès de leurs concitoyens exilés à Canoue, pour les engager a déterminer le comte à se rendre à leurs vœux. Atenulfe v cependant , hésitait dans la crainte que l'entreprise ne réussît pas ; mais enfin , sur les assurances qu'ils lui donnèrent, il sfl mit en marche avec les exilés, suivi d'un assez petit nombre de capouans. Etant arrivés de nuit à Bénévent , ils enfoncèrent les portes de la ville , où dès qu'ils furent entrés , leurs correspondants s'étant joints à eux, ils allèrent droit au palais de Radelgise , qu'ils firent prisonnier sans éprouver presque aucune résistance. Le peuple s'étant alors rassemblé , avec les. grands, dans l'église de Sainte-Sophie, Atenulfe y fut proclamé à l'unanimité , prince de Bénévent , l'an de grâce 900. {Anonym. Saler n. , c. 167, i58, et Chron. Cavense.)
Atenulfe, après avoir mis ordre aux affaires de Bénévent, en confia le gouvernement à Pierre , évêque de la ville , après, quoi il reprit la route de Capoue : mais , peu de tems après, son retour , il fut informé que le prélat , son lieutenant , s entendait avec quelques factieux pour se rendre maître de la principauté. A celte nouvelle, il revient à Bénévent, d'où il chasse l'évêque, qui , s'étant retiré à Salerne, y est favorablement reçu du prince Gaimar. Les complices du prélat furent en même tems arrêtés et punis de leur félonie par la prison. Atenulfe ne divisa point ses états, et y établit partout la même police.
Atenulfe , en retournant à Capoue , y transféra le siège de la principauté. Ce ne fut pas néanmoins alors , comme quelquesuns l'ont cru, que Capoue acquit le titre de principauté, quoique les fils d' Atenulfe se soient donné le titre de princes de cette ville, et que le vulgaire le leur ait accordé ; mnis les Bénéventaîus persévérèrent long tems à donner le titre de prince*
î3a CHRONOLOGIE «iSTOlUOtJE
do. leur patrie à Atenulfe et à son successeur. Cependant névent , lorsque le prince eut cessé d'y résider, perdit beaucoup de sa splendeur et de son opulence. Capoue, au contraire, devenue la métropole d'un vaste et florissant état, commença à s'élever au-dessus des autres villes , et ce fut alors que le bourg qui est au-delà du pont , s'agrandit considérablement par le grand nombre d'édifices qu'on y éleva et l'affluence des étrangers qui vinrent s'y établir. Atenulfe, après avoir affermi l'ordre et la paix d«ns ses états, forma le dessein d'en chasser les Sana>ins ainsi que des provinces voisines. Ayant communiqué ses vues a Grégoire , duc de Naples , il n'eut pas de peine à l'y faire entrer. Les Amalfitains s'étant aussi joints à lui, il fit construire sur le détroit un pont de bûteaux, sur lequel il alla provoquer les Infidèles et les Gaétans, leurs alliés, retranchés a Getra, lieu fortifié par la nature et par l'art. Mais les sentinelles de son camp s'étant laissées surprendre, il fut obligé de repasser le pont en diligence ; néanmoins ayant ensuite rallié ses troupes, il mit à son tour l'ennemi en fuite. (Apud Pratil Hist. Lantfobar. , tom. IV, pag. 4°7- )
Atenulfe termina sa carrière au mois d'avril 910, dans le tems qu'il se disposait à faire un dernier effort contre les Sarrasins. 11 fut inhumé à Capoue 4 où ses successeurs eurent pareillement leur sépulture. (Ottav. Rainai. Me m. istor. , tom. 11.) Prince de glorieuse mémoire, qui fut l'artisan de sa fortune." De Silrelgaite , sa femme , il laissa deux fils , qui suivent , entre lesquels il établit une si grande amitié qu'ils vécurent toujours dans une parfaite union.
. Landulfe, surnommé, par une raison qu'on ignore, Anti- PATER, et Atenulfe 11 , son frère, succédèrent à leur père, Atenulfe I. Le premier , dans un voyage qu'il avait fait àConstantinople, avait obtenu le titre de patrice pour lui et pour son frère. L'empereur Constantin Porphfrogenète avait promis de plus a Landulfe de lui fournir des secours contre les Sarrasins. Fidèle à cet engagement , il lui envoya le patrice Picingli à la tête d'une bonne armée, avec ordre de chasser les Infidèles du Bénéventain , surtout ceux qui habitaient le long , du Garillan. l'icingli , homme prudent , oour s'acquitter de sa commission , commença par travailler à aétacher de l'alliance des Sarrasins, Grégoire, duc de Naples, et Jean, duc de Gaè'te, en leur présentant , de la part de son maître , les honneurs du patriciat ; en quoi il réussit. Knsuite s'étant joint aux princes de Bénevent. , et à Gaimar II, prince de Salerne , il alla .se poster avec une armée nombreuse en deçà du Garillan , en présence des Sarrasins. Le pape Jean X ne voulut pas être oisif dans
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cette guerre. Ayant engagé le marquis de Toscane et les Spolet— tains à venir le renforcer , il forma une seconde armée avec laquelle il vint camper de l'autre côté du fleuve ; en sorte que les Barbares se virent assaillis de toute part pendant l'espace de trois mois , et réduits à la plus grande détresse. Enfin , pressés par la faim et sur le point d'être accablés par les Chrétiens, ils mirent le feu à leurs logements par le conseil des ducs Grégoire et Jean , et par une irruption subite , ils se sauvèrent par les montagnes et les forêts comme ils purent ; mais poursuivis par les Chrétiens , ils furent tous passés au fil de Tépée. Ceci arriva dans le mois d'août o,i5, suivant Léon d'Ostie (liv. I , c. 5i), et non Tannée suivante , comme le marque Loup Protospata suivi par le P. Pagi. En mémoire de ce glorieux événement , Landulfe fit élever, sur les bords du Garillao , une tour avec celte inscription :
Hanc quondam terrant pastavit gens Jgarena , Scandens hune fluvium : fieri ne poslea possit t Prtnceps hanc turrim Pandulfus condidit héros , Vt sit structori decus et memorabile nomem.
( Galtula, Histor. Cassïn. t tom. I , p. 97. )
Àtenulfe 11 n'imitait pas la conduite sage et prudente de Landulfe, son frère, à l'égard de ses vassaux. Ses manières hautaines et ses procédés violents à leur égard les ayant soulevés, vers l'an j)33, ils l'obligèrent d'abandonner le pays. S'étant réfugié auprès de Gaimar 11, prince de Salerne, son gendre, il obtint de lui la seigneurie de Consa. Mais ses nouveaux sujets, qu'il maltraitait comme les premiers , le chassèrent à l'exemple de ceux-ci ; après quoi il alla s'établir à Naples.
Landulfe ne se prévalut point de la disgrâce cjue son frère s'était attirée pour l'exclure entièrement de la principauté de Bénévent. S'il ne put lui en conserver l'exercice , il voulut du moins que le nom d'Atenulfe fût toujours dans ses diplômes avec le sien. ^
L'Italie jouissait d'un calme profond , lorsqu'elle se vit tout- Si coup inondée d'une multitude de Barbares dont elle n'avait jamais ouï parler. C'étaient les Hongrois , qui , s'étant d'à- Lord jetés sur le Capouan , y mirent tout à feu et à sang - f de là ils passèrent dans le Bénéventain où ils commirent de grands ravages , ainsi que dans le pays voisin. Cette irruption est datée de 1 an o3G dans Loup Protospata , et dans la chronique des comtes de Capouc ; mais le Pell egrini , d'après Frodoard, Vitiiindc et Herman le ( ontract, la rapporte à Tannée suivante. Les Italiens, revenus de leur étonnement , leur dressèrent des embûches en divers endroits, et les ayant surpris, ils fondu'iut
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sur eux avec tant de valeur qu'ils les taillèrent en pièces r et recouvrèrent l'or L'argent et les bestiaux qu'ils avaient enlevés f ce qui put échapper reprit , comme il put, la route de son pays.
Le prince Landulfe avait associé, Van g33, son fils Ate- NULFR 111 à sa principauté. 11 lui joignit encore, Pan 940, son autre fils Landulfe , que nous nommerons le second. Ces deux collègues régnèrent avec lui jusqu'au 10 avril 94^ q in fut l'époque de sa mort. Il avait épousé Gemma , fille d'Athanase ,• évéque de Naples , qui survécut à son époux jusqu'en 961. De ce mariage, il eut sept fils, dont les quatre premiers moururent fort jeunes ; deux autres qu'il associa, comme on vient de le dire, dans sa principauté; et Landulfe , le dernier , qui fut d'abord comte de Sessa et ensuite d'isernia.
Landulfe II , dit le Roux , et Atenulfe III , surnommé de Carinola, continuèrent de gouverner en commun la principauté de Bénévent et de Capoue après la mort de Landulfe , leur père. Mais depuis l'an 94^ * il n'est plus fait mention d'Atenulfe III, soit qu'il soit mort cette année., soit qu'il ait été chasse pour raison d'inconduile. Landulfe II , l'an 9^0,, se donna pour collègue son fils Pandolfe 111 , surnommé Tete DE FER , avec lequel il régna jusqu'au 27 mai 96 1 , époque de sa mort. La chronique des comtes de Capoue donne à Landulfe 11 , pour femme , Wanzia , et ajoute qu'il eut plusieurs guerres avec les Sarrasins. Le Pellegrini lui donne six enfants, nés de son mariage ; Pandolfe, qu'on vient de nommer; Landulfe III, oui fut son collègue ; 1 4m don , comte de Cajazzo ; Jean , qui devint le premier archevêque de Capoue; Romuald, dont fait mention l'anonyme de Salerne ; et Gemma, religieuse de Sainte- Marie de Capoue.
Pandolfe Tete de fer et Landulfe III, après avoir été associés à Landulfe 11, leur père, devinrent ses successeurs dans la principauté de Bénévent et le comté de Capoue. Ce fut alors que l'empire d'Occident passa aux rois de Germanie. Les Italiens , irrités de la tyrannie de Bérenger , qui l'avait usurpé, appelèrent à leur secours Olton I, roi de Saxe et d'Allemagne, avec promesse de le reconnaître pour leur souverain, s'il voulait descendre chez eux avec une bonne armée. Otton se rendit avec joie à l'invitation, et après avoir fait couronner roi de Germanie, à Aix-la-Chapelle, son fils Otton, âgé pour lors de sept ans, il se met en m.irche avec le plus de troupes qu'il put rassembler. Adalbert , fils de Bérenger, se mit en devoir d'aller à sa reucoutie avec une année de soixante mille corn—
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battants. Mais les barons du pays lui déclarèrent que ne pouvant vivre sous le gouvernement de* son père, ils éraient disposés à se donner à une puissance étrangère , à moins qu'il ne se démit en sa faveur du pouvoir souverain. Bérenger ne paraissait pas oppose à leùr juste désir ; mais sa femme l'ayant fait changer de dispositions, les barons, trompés dans leurs espérances, abandonnèrent unanimement Adalbert, et ouvrirent, par là, au roi de Germanie , la libre entrée de leur pays. Bientôt après, Otton ftant fait prisonnier Bérenger , dans le château de Saint» Léon; se vit maître de toute l'Italie. ( Léo. Osl. , \. i , c. ult. ; Anonym Salem, c. 162 ; Luitprund.^ 1. 6 , c. 6. ) Valpert , archevêque de Milan, ayant assemblé, l'an 961 , un concile, déclara publiquement Bérenger et son (ils déchus du royaume d'Italie , et proclama en leur place Otton , qu'il conduisit in-* continent à l'église de Sainl-Ambroise , où il le sacra et lui imposa la couronne de fer. Otton , de là , s'étant rendu à Pavie , passa ensuite avec la reine Adélaïde, sa femme, à Rome, où il fut présenté par l'archevêque Valpert au pape Jean XII , qui lui ceignit le diadème impérial, le 2 février 96a. Otton, après son couronnement , étant retourné à Pavie , y rétablit les affaires de l'Italie dans un meilleur ordre; après quoi il dirigea sa route, l'an 963, vers le duché de Bénévent, et le comté. de Capoue , où il fut reçu avec de grands honneurs par les princes Pandolfe I et Landulfe 111, son frère. ( Anonym. Salera* c. i63. )
Nicéphore Phocas, étant monté vers le même tems sur le liône d'Orient, souffrit impatiemment la grande autorité qu'Otton s'était acquise en Italie. Dans la crainte qu'il n'y étendit encore plus loin son autorité, il eut soin de faire réparer les forteresses de Ja Calabre et de la Pouille, qu'il savait être déjà menacées d'une invasion parce prince. Luitprand, évêque de Crémone , et ami intime d Otton, voyant qu'il était près d'entrer en guerre avec Nicéphore , lui conseilla d'essayer, avant que d'en venir à des hostilités dont le succès était incertain , un moyen plus doux et moins hasardeux pour obtenir ce qu'il ambitionnait: c'était de proposer à Nicéphore le mariage de son fils, Otton II , et d'Anne, fille de Nicéphore, avec la Pouille et la Calabre , pour dot de la princesse. Le prélat étant parti à la ttke d'une magnifique ambassade pour aller faire celle demande , éprouva de grandes difficultés de la part de l'empereur grec : une des principales fut de vouloir qu'on fit rentrer sous son obéissance, les princes de Bénévent et de Capoue, qu'il appelait des sujets rebelles. Le mariage, néanmoins, fut accordé. Mais les troupes d'Oiton étant enixces dans la Calibre pour recevoir l'épouse promise à leur
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maître , donnèrent dans une embuscade que les Grecs leur avaient dressée, et plusieurs allemands faits prisonniers furent conduits à Constaotinople. Otton ayant appris la nouvelle de cette perfidie , en Allemagne , se remit proraptement en marche
λour en tirer vengeance. H était dans le voisinage de Capoue, e 18 janvier 967 , comme on le voit par une de ses lettres rapportée par Baronius , sous cette date xv Kal. Februarii in Cempania juxta Capuum. De Capoue il marche vers la Calabre , où les princes de Bénévent ne tardèrent pas à venir l adjoindre à la tête de leurs troupes. Pandulfe Tête de fer le suivit dans la guerre qu'il porta contre les Grecs et les Sarrasins qu'ils avaient appelés à leur secours. Gisulfe, prince de Salerne , quoique soupçonné d'intelligence avec les Grec*, s'érant remis nouvellement sous la vassalité d'Otton , voulut être aussi de cette expédition. »
On combattit avec ardeur et succès contre les Grecs et les Infidèles; mais au milieu de ces prospérités, Pandulfe reçut la nouvelle de la mort de Landulfe , arrivée après huit ans de son règne à Bénévent. Landulfe laissa pour héritier Pandulfe, que nous appellerons le second de son nom. Mais ici nous croyons devoir avertir , pour l'éclaircissement de l'histoire , que Pandulfe, plusieurs années auparavant , avait partagé ses états avec son frère, auquel il avait laissé le Bénéventain pour son lot, en lui assignant Bénévent pour sa résidence. Pour ne pas, néanmoins , être inférieur à son frère, Pandulfe , soit de 1 autorité de l'empereur, soit de la sienne propre , érigea en principauté, le comté de Capoue, que le pape Jean XIU avait déjà élevé, l'an 9GG, à la dignité d'archevêché. (Murât., Ann. t. VI, pag. 417.)
Landulfe III , prince de Bénévent , étant mort l'an 968, avait nommé pour son successeur, Pandulfe, son fils aîné. Mais Pandulfe, oncle de celui-ci, lui fit l'injustice de créer à sa place Landulfe, son propre fils, que nous nommerons le quatrième de son nom. Landulfe III , outre ce fils, en laissa deux autres, dont l'un, appelé Rofïred, vivait encore en 972, et l'autre nommé Landulfe , dont nous aurons occasion de parler ci -après.
L'empereur Otton , étant retourné, l'an 968, en Allemagne, Pandulfe Té/e de fer\u\ demanda, l'année suivante, des secours, pour faire la conquête de la Fouille, et poursuivre la guerre qu'il avait entreprise contre les Grecs. Ayant obtenu ce qu'il désirait, il entra dans la Pouille et alla camper dans le territoire de Bovino. Les Grecs ne furent pas lents à venir se présenter devant lui. On en vint à une bataille , où ils furent battus, iai> eo fuite et poursuivis jusqu'aux portes de la ville*
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On vil alors sortir un grec (l'une stature et d'une force extraordinaires , nommé Léonce , qui s'étant présenté à Pan- <kilfe, lui déchargea sur la léte un coup d'estramaçon , qui le renversa par terre; ce que les Grecs ayant vu, ils reprirent courage et revinrent sur le champ de bataille. Le prince sYtant remis en selle, eut bientôt après, son cheval tué sous lui. Un de ses soldats lui présenle aussitôt le sien ; mais à peine IVt-il monté, que ses gens ayant pris la fuite, il se *oit assailli par un vigoureux grec, qui d'un coup , le démonte de nouveau t et l'ayant fait prisonnier, l'amène au patrice Eugène. {Aimnym. Stdern.^c. 164). Un grand nombre de sa suite fut taillé en pièces, plusieurs furent fails prisonniers, et ceux qui purent échapper, reprirent en diligence la route de leur pays. Gisulfe, prince de Salerne , envoyait rependant un corps de troupes au secours du prince de Bénévent , sous la conduite de Landnn son gastalde ; mais celui - ci ayant appris ce qui venait d'arriver à Pandulfe, rebroussa aussitôt chemin , et revint à Salerne.
Eugène , ayant envoyé sous bonne garde , son prisonnier à Constantinople, fit passer en même tems, une armée dans le Bénéventain , où elle surprit A vellino, et fit prisonnier le gastalde Siconulfe , avec une grande multitude d'hommes et de femmes. De là , il courut , en traversant et ravageant les campagnes, jusqu'à Capoue, dont il forma le siège, s'imaginant îju'il la réduirait aussi facilement qu'A vellino; mais, après être resté l'espace de quarante jours, ou selon d'autres, deux mois, devant cette place, il n'était pas plus avancé que le premier jour. Dans l'embarras où il se trouvait , Marin , qui commandait en qualité du duc de Naples , survint avec les Grecs de son duché, qui s'étant joints à leurs compatriotes, brûlèrent et saccagèrent les environs de Capoue. S'apercevant néanmoins que ta plâce était défendue par des hommes déterminés et pourvue de vivres pour dix ans, il ne réussirait point à l'emporter, apprenant , d'ailh'urs, que les assiégés attendaient un puissant renfort de Français, Eugène abandonna la partie, et ayant renvoyé ses troupes du côté de Bénévent, il se retira à Salerne auprès du prince Gisulfe l, dont il fut bien reçu. Gisulfe s'était retourné du côté des. Grecs , après avoir servi de ses troupes contre eux, Pandulfe Tête de fer. Le patrice Eugène, ayant quitté Salerne, alla rejoindre son armée dans la Fouille Mais peu de jours s'étairnt écoulés depuis son départ , lorsqu'on vit arriver à Lapoue une multitude de Saxons, de Spolettains et d'Allemands. N'y ayant point rencontre les Grecs, ils tournèrent du côté de Naples, où les Capouans s'étant joints à eux, ils firent up butin immense dans les envi- XVliJ. ' A 8
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rons de cette ville, et lui causèrent d'autres pertes considérables. Etant passés ensuite à Bénévent, ils y participèrent aux sainls mystères pendant la messe de l'archevêque Landulfe , après quoi ils s'acheminèrent vers la Pouille. Le patrice Eugène n'y était plus alors , ayant été déposé et rappelé à Cons^ tantinople pour ses cruautés. Un nommé Abdila , que l'empereur Nicéphore lui avait substitué , ne tarda pointa se mettre en campagne pour attaquer les Allemands qu il rencontra près d'Ascoli. Colocuneo, comte de ceux-ci, trouvant l'occasion favorable , tomba vigoureusement sur les Grecs , qu'il n'eut pas de peine à rompre et à mettre en fuite. S'étant mis à la poursuite d' Abdila, comme il vit que la vitesse de son cheval , ne permettait pas de le saisir, il lui lança son javelot , dont il lui fit une blessure dangereuse, ave,c laquelle il eut peine à gagner Ascoli. Un autre Romuald , au'Abdila avait chargé d'attaquer, par derrière, les Allemands et les Français, fut rencontré par Siccon , comte de Spolette, qui l'ayant défait avec sa troupe , le fit prisonnier lui-même. Dans l'armée des confédérés, il n'y eut de blessés qu'un spolettain; mais la perle fut de quinze cents hommes dans celles des Grecs. Après celle . victoire, les alliés reprirent joyeusement la route d'Avellino , chargés de dépouilles.
A peine cette guerre était finie, au grand désavantage des Grecs , que l'empereur Otton I parut , *l'an 970 , dans le pays de Naples, à la tête d'une armée formidable , qui fit main-basse sur tout le bétail qu'elle y trouva. Tandis qu'il séjournait dans un lieu du Capouan, nommé Selicé, Aloare, femme du prince Pandulfe Tête de vint l'y trouver, le 23 mai de la même année, avec Landulfe, son (ils, et lui recommanda, avec d'instantes prières , son époux , qui était toujours prisonnier à Constantinople. Pour la satisfaire, Otton marcha vers la Pouille, et alla camper près de Bovino, dont, ayant formé le siège, il commença par en livrer tous les faubourgs aux flammes. 11 s'arrêta-là , sur la nouvelle qu'il reçut de la mort de l'empereur Nicéphore Phocas, causée par les intrigues abominables de sa femme. Jean Zimisquès, qui remplaça ce méchant prince , ne voulant avoir rien à démêler avec Otton, se hâta de mettre en liberté Pandulfe, et de le renvoyer en Italie, après lui avoir fait promettre qu'il engagerait l'empereur d'Occident à cesser toute hostilité contre l'empire d'Orient : c'est ce qu'exécuta Pandulfe avec succès dès qu'il fut de retour en Italie : mais se ressouvenant des torts que lui avait injustement causés Marin, duc de Naples, il leva, pour en tirer vengeance, une armée, avec laquelle il le vint assiéger dans sa capitale. Marin, qui avait prévu le coup , s'occupait alors , jour et nuit , à faire réparer les
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murs de Naples. Un jour , les assiégés firent une sortie sur le» Bénéventaius , qui les reçurent avec une valeur égale à celle qu'ils faisaient paraître. On combattit, de part et d'autre, avec tant d'acharnement , depuis le matin jusqu'au soir , que la victoire resta long-lems incertaine; mais à la fin , les Napolitains, après avoir perdu plus de morts et reçu plus de blessures que leurs ennemis , furent contraints de rentrer dans leurs murs. Pandulfe voyant qu'il ne pourrait réussir par la seule force , eut recours à la ruse. Il feignit de vouloir décamper au commencement de la nuit , espérant de retrouver , par un retour inopiné, les assiégés plonges dans le sommeil. Mais le duc Marin, qui se tenait sur ses gardes, avait pourvu r>r.i:; sèment à ce que personne n'abandonnât son poste, Pandulfe «'étant approché des portes, commença une escalade; mais les portes s'élant ouvertes subitement, Marin, avec sa garnison r tomba sur les ennemis avec tant de violence qu'il les obligea de. reculer avec la plus grande précipitation. Tous ceux qui avaient déjà grimpé sur les murs, tombèrent avec plus île vitesse dans le fossé qu'ils n'y étaient montés. Après cet événement , arrivé l'an 973 , Pandulfe , voyant qu'il perdait son tems devant Naples, se détermine à reprendre la route de ( apoue.
Pandulfe avait obtenu de l'empereur Otton, comme on l'a dit ailleurs, le duché de Bénévent , l'an 961 : devenu duc de Spolette en 967, il était un des plus puissants princes de l'Italie. Otton II, successeur de l'empereur Otton 1, son père, en 97.3 r souffrit, avec impatience, que la < alabre et la Pouille fussent au pouvoir des Grecs. Ayant rassemblé, pour enlever ces deux provinces, une armée puissante, il descendit, l'an 980, en Italie, vint à Capoue , puis à Tarenfe ; et de là, étant entré dans la (Palabre, il y livra, pendant un as^ez court espace de tems, plusieurs combats aux Grecs, après quoi, l'année suivante, il reprit la roule d'ALlemagnc. (Chron. Cavrnsc , ad an.
980, et Léo Osliensis , lib. II , c. 9. ) Pandulfe cessa de vivre l'an
981, et laissa, en mourant, J'AloAude , sa femme, fille d'un comte nommé Pierre, six fils, savoir : Landulfe, qui suit; Pandulfe, que Gisulfc I , prince de Salernc , adopta ; Landrnulfe et Laidulfe, qui se succédèrent dans la principauté de Capoue r comme on le verra dans peu ; Gisulfe, comte de Téano, dont parle Léon d'Oslie (Hv. Il , c. i3);et Atenulfe, comte et marquis, connu par une charte des archives de Saint-Laurent d'Aversa, rapportée par le Pellegrini ( ad pari. 7 ariouym. Sa/cm.) Quoique Pandulfe Téie de fer eût été libéral envers les églises , le bruit courut qu'il était damné, parce que, le jour de sa mort, le Mont-Vésuve vomit une grande quantité de fumée et de ilammes. Car telle etail l'opinion du vulgaire, que chaque
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éruption du Vésuve annonçait que quelque riche et puissânT scélérat venait de descendre aux enfers.
Landulfe iv, dit LE Hardi, fils aine de Pandulfe Tête de Jer, associé, par son père, au gouvernement dès Tan 968, commença, Tan 981, à régner seul. Lorsque l'empereur Otton II vint, Van 9*0, en Italie, il Paccompagna dans son expédition contre les Grecs et les Sarrasins, avec Atenuife, son frère. La chronique dés comtes de Capoue raconte que , dans une grande bâbille qu'il leur livra , il reçut une blessure qui ne l'empêcha pas de remporter la victoire ; et que , dans une nouvelle affaire qu'il eut avec eux en (Palabre, il périt avec son frère Atenuife et ses neveux Ingulfe, Vailibert et Gui de Sessa ; ce que Léon d'Ostie (liv. U , c. 9 ) rapporte à l'an 983 : mais d'autres écrivains ^ ci lés par le Pellegrini, datent celte bataille du mois de juillet 982. Le P. P.igi , de son côté, produit des autorités qui montrent que Landulfe vivait encore au mois de septembre 982 : et dom Gattula, dans ses notes sur le cartulaire du Mont- Cassin , rapporte une note d'un acte dressé sous le règne de Landulfe IV, avec ces caractères chronologiques : lïat. in ann. quarto decimo piincipatus ejus , mense nooembri, Jndirtione unde^ cima, actum in aoi/ate c.apuana* Or, l'indiction XI commença au mois de septembre 98.-).
Otton II, en repassant à Capoue après son expédition, confirma dans celte principauté la veuve de Pandulfe Tête de fer, et Landulfe ou Landenulfe , son fils. La mère termina ses jours au mois de janvier et son fils Landenulfe ta Suivit au tombeau quatre mois après, de la manière qui suit. C'était la coutume que tous les ans, le jeudi de Pâques, le prince de Capoue se rendît à l'église de Saint-Marcel de Capoue, et qu'il y assistât aux saints mystères. Ce fut l'archevêque Aion qui les célébra celte année-ci. Le prince, au sortir de l'église, pour retourner à son palais, est attaqué par une bande de. conjurés, Cjui , l'ayant massacré et dépouillé de ses habits, le laissèrent nu sur la place. Les moines de Saint - Benoît vinrent lever le cadavre, et l'inhumèrent dans leur église. L'archevêque, épouvanté par cet assassinat, et craignant pour hii-même, se sauva dans le monastère ; mais il n'évita point le malheur qu'il appréhendait. Malgré ses précautions, les conjurés trouvèrent le moyen de lui ôter la vie par le poison. L'empereur Otton llï, instruit de 1 assassinat de. Landulfe, chargea Hugues le Grand , tnarquis de Toscane, d'en tirer vengeance; ce qu'il exécuta, ( Voyez les marquis de Toscane. )
Laidulfe, dit le Rusé , frère. de Landenulfe , fut son sue*
DES COMTES ET DES PRINCES DE OAPOUÊ? l£t
cesseur dans la principauté -de Capoue. On le soupçonna d'avoir été d'intelligence avec les meurtriers de son frère. La chronique des comtes de Capoue donne la chose pour certaine. L'empereur Ofton J 1 1 s'étant rendu sur les lieux en 999, tint un
S laid, dans lequel il déposa Laidulfe comme coupable du crime ont on l'accusait, envoya ses complices en exil, et plaça sur le trône de Capoue Adfmaihe, proche parent de la princesse Aloare , dont il était chéri , et élevé par le clerc Balsamo à la cour impériale. (Chron. Caoense ad ann. 999O Ce fut le dernier prince de la race d'Âloarde ; mais il ne jouit que bien peu de tems de la libéralité de l'empereur. Les citoyens de Capoue, mécontents de son gouvernement, le chassèrent au bout de quatre mois, à l'instigation de leur archevêque, et mirent en sa place Lanoulfe V t dit de Sainte- Agathe , fils de Landu!fe 111 , prince de Bénévent. Le gouvernement de Landulfe V fut de huit ans, et finit par sa mort, le 2.2 ou le 24 juillet de l'an 1007.
Pakdulfë II , fils de Landulfe V, fut son successeur dans la principauté de Capoue. Celui-ci n'a pas été connu de la plupart des écrivains, ainsi cjue ses successeurs, ce qui jette une grande confusion dans l'histèire. Le prince de Capoue dônt nous parlons, s'associa, Tan 1009, à Pandulfe lll, son oncle, prince* de Bénévent, et régna avec lui jusqu'au i3 août 1014* qui fut le terme de ses jours. Deux ans après <, l'autre Pandulfe 111 , prince de Bénévent, se donna pour collègue, l^an- 1016, Pan-' DVLFE IV, fils du prince de Capoue.
( e fut l'an 1016 , sous le gouvernement de ce Pandulfe II et de Pandulfe 111, qu'on vit arriver, à Salerhe, des cavaliers normands , gens de belle figure , de haute taille, et maîtres dans l'art de la guerre, au nombre de quarante, ou, selon d'autres, de cent. On n'est pas assuré de l'occasion de l'arrivée de ces Normands; les uns disent qu'ils allaient en dévotion à Saint- Michel du M on t - Gargan ; les autres, qu'ils revenaient de la Terre-Sainte. Ces braves ayant été accueillis avec distinction dans la ville, s'y arrêtèrent pour se reposer, et, voyant qu'elle était pressée par le siège ou en faisaient les Sarrasins, ils prièrent le prince Gaimar de leur fournir des armes. Ayant fait une sortie sur les Sarrasins , qui ne s'attendaient à rien moins qu'à cette attaque, ils réussirent de manière que les Infidèles furent mis en déroute, avec perte de tout le butin qu'ils avaient fait sur les Salernitains. Frappé d'une action si généreuse, le prince, après leur avoir fait de grands remercîments, les pria de rester a sa cour, en leur promettant de les enrichir, et de les élever aux premières dignités de l'état. Mais ils protestèrent que nul*
%i% CHRONOLOGIE HISTORIQUE
motif d'intérêt ne les avait fait agir, et qu'ils ne voulaient point d'autre récompense que le plaisir qu'ils ressentaient d'avoir sa~ tisfait leur généreux hôte. Après avoir témoigné au prince combien ils étaient sensibles aux caresses dont il les comblait , ils voulurent partir, en promettant de revenir eux-mêmes, ou d'envoyer d'autres jeunes gens de leur pays qui ne leur céderaient point en valeur. Apres leur départ, Gaimar ne manqua point d envoyer, en Normandie, des ambassadeurs, chargés des plus beaux fruits du climat , oranges , citrons , etc. , et outre cela menant avec eux de beaux chevaux av.ec toute sorte d'armes ; présents bien propres à donner dans la vue d'une nation qui aimait par-dessus tout la gloire.
Un événement qui troubla la cour de Robert , duc de Normandie, accéléra l'arrivée de ces braves gens en Italie. Un gentilhomme, nommé Guillaume Repostel, s'était vanté publiquement d'avoir eu commerce avec la fille d'un autre seigneur appelé Osmond Drengot. Outré d'un tel affront, celui-ci résolut d'en tirer vengeance. L'occasion d'exécuter son dessein ne tarda pas à se présenter. Ayant rencontré l'ennemi dans une forêt , il l'attaque , le perce de sa lance , et le renverse mort à terre. Le duc Robert , dont Repostel était un des favoris , jura qu'il lui ferait expier ce meurtre de sa tête. Osmond, pour se soustraire à la vengeance de son souverain, se sauva d'abord en Angleterre. Mais ensuite, apprenant l'arrivée des ambassadeurs de Salerne en Normandie , et la recherche qu'ils faisaient de braves gens pour les emmener dans leur pays, il vint trouver ses frères Rainulfe-Ascillitin et Rodolfe , et , s'étant joint aux ambassadeurs , ils prirent avec eux la route de l'Italie. Arrivés à Capoue, ils y rencontrèrent un seigneur appelé Mélo, citoyen de Bari , qui se trouvait à la cour du prince Landulfe de Sainte- Agathe. Les habitants de la Pouille , dont Mélo était un des plus illustres par sa noblesse et sa valeur, las du joug des Grecs, qui les avaient soumis sur la fin du règne de l'empereur Otton le Grand, avec l'aide des Russes et des Danois, s'étaient mis sous la protection de Mélo ej d'un autre seigneur , son parent , nommé Datto. Mais n'étant pas en force pour faire face à l'armée que l'empereur grec avait envoyée dans le pays , Mélo et Datto , après avoir fait quelques tantatives infructueuses pour remettre en liberté leurs compatriotes, prirent le parti de se retirer d'abord à Bénévent, puis à Salerne, ensuite à Capoue, roulant toujours dans leurs têtes le dessein de délivrer leur patrie de la tyrannie des Grecs. Ce qui acheva de les irriter , ce fut la capture de Maralda , femme de Mélo et d'Argire , son fils, que le commandant grec de Bari envoya prisonniers à Constantinople. Ce malheur était récent , lorsque Mélo fit j
DES COMTES ET DES PRINCES DE CAPOUE. l\%
à la Cour de Capoue, la rencontre de nos braves Normands. A peine les eut-il connus, qu'il commença de former avec eux une fraternité d'armes , suivant les lois de la chevalerie. Les ayant engagés à le suivre à Salerne et à Bénévent, il y rassembla , sous ses enseignes , des troupes nombreuses de gens , partie attachés déjà à son service, partie nourrissant dans leur cœur une haine invétérée contre les Grecs. Muni de ce renfort, il porta incontinent la guerre dans les pays soumis à l'empire de Constantinonle. Vainqueur en trois batailles, il reprit sur les Grecs les villes et les terres de la Pouille, qu'ils avaient usurpées. Mais, dans une quatrième donnée, l'an 1019, près de Cannes , lieu célèbre par la défaite des Romains , il tomba dans une embuscade que lui dressa le catapan de Bojanus, et courut risque d'y perdre tout ce que ses armes lui avaient acquis. L'on prétend que de deux cents cinquante normands qu'il avait avec lui , il n'en conserva que dix ; mais que la perte fut innombrable du côté des Grecs. Alors, Mélo se voyant abandonné de ses compatriotes, emmena ce qui lui restait de Normands à la cour des princes de Salerne , Gaimar et Pandulfe , où il leur procura des postes avantageux. {Léo Ostiens. , liv. Il, c. 3j. ) De là, étant passé en Allemagne , il alla trouver l'empereur Henri II, pour le presser de venir en Italie, et de l'aider à chasser les Grecs de la Pouille. Ce premier voyage n'ayant point réussi , il en entreprit un second, dans lequel il mourut avant que d'arriver au terme.
Geoffroi Malaterra ( liv. I , c. 37), et Guillaume de la Pouille (liv. I), observent que les Normands , apprenant les dissensions qui régnaient entre les princes de Salerne et ceux de Capoue , se flattèrent d'en tirer parti pour avancer leurs affaires. Dans cette espérance, ils offrirent leurs services au prince de Capoue. Mais , dans le même tems , ils firent une grande perte par la mort de Mélo. Cependant , ils ne restèrent pas sans occupation. Atenulfe , abbé du Mont-Cassin , frère du prince Pandulfe IV, mit à profit leur valeur pour défendre les biens de son monastère contre les violences des comtes de Venafro et d'Aquino, qui le pillaijpt comme s'ils avaient eu droit de vivre à ses dépens. Les Normands , postés dans un bourg nommé Pinlatario, surent les contenir, de manière que l'abbé , tant qu'il vécut, n'eut rien à craindre de la part de ses ennemis.
Or, tout ce que nous venons de rapporter en bref, arriva dans l'intervalle des années 1017 et 1022. Depuis ce tems, il n'est plus fait mention de Pandulfe IV, prince de Capoue, comme s'il eût été vivant.
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Paldulfe V, fils de Pandolfe II-, prince de Bénévent , fut le successeur de Pandulfe IV, son cousin , dans la principauté de Capoue. Dans le même tems qu'il y parvint , Datto fut chargé par le pape Benoît VIII de la garde aune tour, qui, avant été Bâtie sur le Garillan, l'an 872 , par Jean , patrice de fiaë'te ,
J)our arrêter les courses des Sarrasins , était tombée depuis sous a puissance de l'église romaine. La valeur de Datto ne l'avait pas rendu moins odieux aux Grecs qu'aux Infidèles. Pandulfe , an contraire, uni d'intérêt avec les premiers, entretenait des correspondances secrètes avec l'empereur Basile II : pour gage de sa fidélité , il avait fait fabriquer en or les clefs de la ville de Capoue, qu'il lui avait envoyées par son neveu Pandonulfe, chargé de lui déclarer que tout ce qu'il possédait il le tenait de l'empereur grec. Le catapan Bojanus , instruit de cet acte de soumission, lui fit passer une grande somme d'or, en lui mandant que, s'il était aussi sincèrement soumis à l'empereur, son maître , qu'il le témoignait, il ne pouvait rien faire qui lui fût plus agréable que de lui livrer Datto entre les mains. Le prince le promit ; et étant venu inopinément attaquer avec ses troupes la tour où Datto commandait f il s'en rendit le maître au bout de deux jours. Les Normands, qui étaient avec Datto , furent relâchés, mais pour lui, le cruel catapan le jeta dans la mer, cousu dans un sac comme un parricide ; ce qui arriva l'an 1022 , suivant Léon d'Ostie. (liv. Il, c. 38. )
L'empereur Henri IJ , instruit de la perfidie du prince de Capoue et de la cruauté du catapan , se hâta d'en tirer ven-
f;eance. Ayant fait partir devant lui une armée florissante pour 'Italie, il s'y rendit lui-même peu de tems après, et l'ayant jointe, il en détacha onze mille nommes, pour aller, sous la conduite de l'archevêque Poppon , ravager la province des Mars es , et vingt autres mille commandés par Pilgrim, archevêque de Cologne , pour aller se saisir d'Àtenulfe , abbé du Mont-Cassin , accusé d'avoir eu part à la mort de Datto. L'abbé ne voyant pas comment il pouvait faire tête à l'empereur, malgré les secours que lui promettaient les comtes des Marses et d'autres seigneurs , prit le parfKïPaller trouver l'empereur grec à Constantinople : mais s'étant embarqué au port d'Olrante , il fut accueilli dans la route d'une violente tempête qui le submergea avec tout l'équipage , suivant Léon d'Ostie. Le Pellegriui met sa mort au 22 juin 1022.
L'archevêque Pilgrim cependant s'avançait en diligence vers Capoue , dans la crainte que le prince ne lui échappât. L'ayant assiégé dans cette ville, il reçut de lui une députaiion , par laquelle il lui mandait , qu'étant innocent de la mort de Datto ,
DÈS COMTES ET DES PRINCES OB CÀPOUE. i^B
tt était disposé à subir le jugement de l'empereur ; et pour le prouver, il vint quelques moments après se mettre entre le» mains du prélat, qui l'envoya sous bonne garde à l'empereur, occupa alors a faire le siège de Troja , ville nouvellement fortifiée par les Grecs. L'empereur reçut avec joie ce présent , et ayant assemblé un grand parlement de seigneurs italiens et ultramontains , il y déclara Paldulfe digne de mort. Ce jugement allait s'exécuter lorsque l'archevêque Pilgrim, ayant humblement représenté à l'empereur qu'il verrait avec le plus vif regret conduire à la mort un prince qui s'était remis sous sa bonne foi, obtint par là sa grâce. Henri néanmoins, après la prise de Troja , emmena prisonnier Paldulfe en Allemagne , et, en passant par Capoue, il lui donna un successeur. .
PandÙLFE , comte de Téano , fut celui que l'empereur substitua au prince Paldulfe , en lui donnant son fds J-Emjï pour collègue. La chronique du Mont-Cassin fait l'éloge de la piété de Pandulfe et de sa libéralité envers ce monastère. 11 régna paisiblement îant que vécut l'empereur Henri II. Mais la mort ayant enlevé ce monarque, au mois de juillet 1024, les choses changeront à l'égard de Pandulfe. Conrad II , successeur de Henri dans l'empire (1), gagné par Guimar, prince de Salerne, tira de prison Paldulfe et le fit reconduire en Italie. Ayant renoué dans ce pays ses alliances avec les seigneurs de la Pou i Ile, les comtes des Marses et le catapan Bojanus , Paldulfe rassembla un corps de troupes, avec lequel il vint , au mois de septembre 1025 , se présenter devant Capoue, dont il se rendit maître au mois de mai de l'année suivante, après huit mois de siège. {Anonym. Cassin.) Le malheureux Pandulfe de Teano se vit alors obligé de se sauver à Naples avec son fils Jean ; et son rival ayant encore réussi, l'année suivante, à subjuguer cette ville, ainsi qu'on le verra ci-après, il alla se confiner, comme dans un perpétuel exil, à Rome où il finit ses jours. ( Léo Os tiens. , liv. H , c. Sj , et Chron. Cave, ad ann. 1026. ) Après sa mort , le comté de Téano fut divisé entre ses fils Pandulfe ,
Marzana , de Presenzano et de Koccaromana , toutes familles qui furent comptées parmi les plus anciennes et les plus illustres de la principauté de Capoue. ,
(1) Rainaldo se trompe en le disant fils de son prédécesseur. Son pere était un autre Henri , duc de Franconie.