‹ L'art de vérifier les dates ... t.118. L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de NotreSeigneurChapitre 60 sur 132 · XV III · texte numérisé non relu

XV III

146 CHRONOLOGIE HI6T0RIQUÊ

* Paldulfe, nonr content d'avoir recouvré le Capouan , port* ses vues sur le duché de Naples ; et l'an 1027 , avec les secours que lui fournirent ses alliés, il vint mettre le siège devant rette ville sur l'invitation des habitants mêmes. Sergius , qui en était duc , n'ayant qu'une faible garnison , en sortit pour aller chercher ailleurs du secours ; mais ce fut en vain. La place fut contrainte d'ouvrir ses portes aux assiégeants, et Paldulfe y entra victorieux le i5 septembre 1027. Naples devint , parla , tributaire de Capoue ; mais ce ne fut pas pour long-tems. Paldulfe , à force d extorsions , de rapines et de cruautés , irrita les ^Napolitains , et facilita par là le retour du duc Sergius. Celuici» ayant obtenu des Grecs un petit corps de troupes, et ayant pris à sa solde le comte Kainulfe avec quelques Normands , vint à bout , après deux ans et sept mois, de chasser Paidulfe de Naples. Pour se mettre désonnais à couvert d'un malheur semblable à celui qui lui était arrivé , il fit bâtir à huit milles de Naples la ville d'Aversa , qu'il peupla de nouveaux habitants , auxquels il donna pour seigneur ce même Rainulfe dont on vient de parler, et mit en garnison dans la place un nombre de braves Normands prêts à repousser les attaques des princes de Capoue. C'est ce qui arriva vers l'an io3o. Paldulfe, chassé de Naples, exerça .sa rapacité sur l'abbave du Mont-Cassin , dont il se rendit tellement le maître, que l'abbé, suivant Léon d'Ostie , n'était en quelque sorte que son procureur. L'état d'oppression où il tenait ce monastère dura jusqu'à l'an io3#. Cette année, l'empereur T.onrad étant descendu en Italie, les moines du Mont-Cassin viennent le trouvera Milan et lui exposent avec larmes le malheur de leur situation. Conrad delà s'étatrt rendu à Home, y tint un conseil des plus sages de sa suite, dont l'avis fut d'envoyer des ambassadeurs au prince de Capoue pour l'engager à restituer au Mont-Cassin les terres qu'il lui avait ravies , et à remettre en liberté les prisonniers qu'il y avait faits. Paldulfe n'ayant tenu compte de cette députation , Conrad dirigea sa marche vers Capoue, ou il arriva la veille de la Pentecôte, 14 mai io3«. Paldulfe ne l'y avait pas attendu , mais s'était retiré avec l'abbé Basile, sa créature , dans le château de Sainte-Agathe , qu'il fortifia le mieux qu'il lui fut possible.. Mais bientôt saisi de frayeur, il envoya une dépu talion à l'empereur pour demander grâce, avec promesse tl'une somme de trois cents livres d'or , pour sûreté de laquelle il offrait sa fille en otage. Cependant à peine l'empereur eut il arcepté ces soumissions , o^ue Paldulfe se repentit de les avoir laites. Conrad s'étant aperçu de ces dispositions, consulta la noblesse de Capoue , dont l'avis fut de déposer Paldulfe ; ce

DES COMTES ET DIS PRINCES DE CAPOUE. l^y

?ui fut exéoité. Gaimar IV, prince de Sa 1er ne , fut celui que empereur nomma pour remplacer Paldulfe. ,,, ,

Gaimar IV , prince de Saleme, quoique fils de Gaiteîgrirac f sœur de Pal Julie T n'en était pas inoins opposé à ce dernier, dont il détestait la méchanceté. L'empereur , après l'avoir nommé à la principauté de Capoue, confirma, par une bulfe d'or , à l'abbaye du Mont-Cassin la possession de ses terres ci de ses droits. Sous le gouvernement de ce prince , les Normands firent des progrès qui tenaient du prodige. 11 avait envoyé à Maniacès , capitaine grec, une troupe de Normands commandés Guillaume, Drogon et Umfroi , à l'aide desquels il retira

lier lombard , nommé Hardouin , ayant tué de sa main, dans la guerre de Sicile, un sarrasin , se saisit d'un beau cheval qu'il montait. Maniacès ayant désiré celle monture, Hardouin , sur le refus qu'il fit de la céder, se la vit enlever de force. Détermine à se venger de cet affront, il attendit en patience l'occasion favorable pour satisfaire son ressentiment. Comme elle tardait a. se présenter, il feignit avoir dessein de se rendre a Rome pour acquitter un vœu qu'il avait fait. Arrivé dans la ville d'A versa, il fait part au comte Rainulfe du véritable objet de son voyage, et l'engage à se joindre à lui pour faire la conquête de la Pouille. Rai nulle aussitôt choisit douze de ses plus braves capitaines , qui convinrent de partager également entre eux tout ce qu'ils pourraient enlever aux Grecs , promettant néanmoins au comte la moitié du tout pour la tenir de lui en suzeraineté. Ces conditions ayant été confirmées par le serment, Hardouin, l'an , jo4i , se met à la té*te de trois cents soldats , et les ayant conduits à Melfi dans la Basilicate , il se rend maître de la place avec leur secours. De là il passe à Vcnose qu'il soumet avec la même facilité , ce qui fut suivi rapidement de la conquête d'Ascoli et de Labello. Duclien , capitaine grec» ayant instruit la cour de Constantinople de ces revers, on lui fait passer un«î nombreuse armée , qui trouva l'ennemi prêt à la recevoir. Ou en vint à une bataille, dont le succès fut tel pour les Normands qu'il n'en échappa que très-peu de grecs. L'empereur, à qui Duclien manda sa défaite, lui envoie une nouvelle armée, qui procura une nouvelle victoire aux Normands sur les bords du l'Offantc, où elle en vint aux mains avec ceux de l'empereur grec. Après cette victoire suivie d'une troisième , les Normands vont trouver le prince Gaimar % et l'invitent à venir avec U

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comte Ramulfe à Melfi pour faire avec eux le partage du pays qu'ils avaient conquis. {Léo Ost. c. 67.)

Le schisme qui régnait entre trois concurrents pour la papauté, ayant appelé, l'an 1046, à Rome, l'empereur Henri 111, ce monarque, après avoir* terminé cetle grande affaire , se rendit à Capoue ou on le voit, le 3 février, suivant cette note chronologique d'un de ses diplômes, rapportée par D. Gattula(tom. III, pag. 149) Data tertio nonas Februarù\ anno Dominicas Incam. MXLVll. lnàic. XV, anno au te m Dom, Henrici tertii \ ordinaiionis ejvs decimo octavo , regnaniis quidcm octavo , sed imperantis primo. Actum Capuct in Dei nomme féliciter. Là , le prince Gaimar étant venu le saluer, renonça entre ses mains à la principauté de Capoue , après en avoir joui l'espace de neuf ans. L'empereur la remit à Paldulfe, auquel il associa son fils Pandulfe, après en avoir tiré , dit Léon d'Ostie, une somme d'or exhorbitante. Henri confirma, dans le même tems, à Drogoh, le comté de la Pouille, et à Bainulfe celui d'A versa. Mais ce ne fut point gratuitement ; car non-seulement il se fit payer en monnaie ces grâces , mais il exigea de plus que les meilleurs et les plus beaux chevaux du pays lui fussent livrés par reconnaissance. Henri s'etant rendu ensuite à Bénévent , y fut très-mal reçu des habitants qui ne voulurent en aucune sorte le reconnaître pour leur souverain. Pour se venger, il les fit excommunier par le pape Clément II , qu'il avait fait élire, et, de son autorité impériale, il adjugea le Bénéventain aux Normands , après quoi il reprit la route de l'Allemagne , emmenant avec lui son pape.

Paldulfe, rétabli pour la troisième fois sur le trône de Capoue , y termina paisiblement ses jours au mois de février, soit de l'an 1049, " * on veut P reno *re ce mois pour le dernier de l'année, comme faisaient les Lombards, soit de Tan io5o, suivant l'usage des peuples d'Occident. GeofFroi Malaterra (liv. I, c. 6), le taxe aune avarice sordide qui fut sans doute la cause principale des revers qu'il éprouva.

Pandulfe VI , fils de Paldulfe , fut son successeur après avoir été son collègue. En prenant les rênes de la principauté de Capoue, il s'associa son fils Landulfe Y. Le pape Léon IX était alors très- mécontent des usurpations que les Normands faisaient en Italie , et sollicitait les secours des princes de Capoue, de Salerne et de Bénévent pour les chasser de ce pays. Après un voyage fait, en io5o, au Mont-Cassin, il vint, pour la seconde fois, l'année suivante à Capoue, et de là étant passé à

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Bénévent , il en déclara les habitants absous des censures dont son prédécesseur Clément II les avait frappés. Léon crut avoir mis par là dans ses intérêts les Bénéventams. Il se flatta pareillement d'avoir gagné les Salernitains dans un voyage qu'il fit ensuite chez eux; après quoi , plein de belles espérances, il alla trouver l'empereur en Allemagne. Etant revenu avec une armée nombreuse , il la renforça encore des troupes du pays ; apr<»sqnoi il dirigea sa marche, l'an io53, vers la Pouille pour faire la guerre aux Normands. On en vin t auxmainsla même année, et la victoire se déclara pour ceux-ci : mais loin de s'enorgueillir de cet avantage, ils prirent part au malheur du pontife; et Humphroi, leur capitaine, l'étant venu trouver, le reçut prisonnier sur sa parole. Le pontife étant arrivé avec lui à Bénévent, le 2H juin, y tomba malade et demanda d'être conduit a Capoue , d'où, après un séjour de douze jours, il se fit transporter à Rome. Ce fut le terme de ses voyages et de ses disgrâces. 11 mourut en cette ville le 19 avril io54* {Léo Oslicns., liv. II , c. 83 et 86.)

Camille Pellegrini pense que Richard , comte d'A versa , fut créé prince de Capoue, l'an io58, avec son fils Jourdain. Il est bien certain à la vérité, dit Muratori, que le pape Nicolas H lui accorda, l'année suivante , l'investiture de cette principauté. Mais il ne paraît pas qu'alors il en ait pris possession , du moins pour la totalité. Léon d'Ostie (liv. III , c. 16), rapporte au contraire que Richard voulant en faire la conquête , vint mettre le siège devant la ville de Capoue , au tour de laquelle il fit élever trois bastions; mais que le prince Pandulfé VI, qui était dans la place, vint à bout, en lui offrant sept mille écus d'or, de l'engager à se retirer. Pandulfe étant mort ensuite (on ignore en quelle année), eut pour successeur son fils Landulfe V. Alors Richard étant venu se présenter de nouveau devant la place, la serra si étroitement, l'an 1062, qu'il l'obligea d'en venir à une capitulation, dans laquelle il fut convenu que les citoyens resteraient maîtres des tours et des portes de la ville. Richard dissimula cet article pour le moment ; mais ayant fait, dans le cours de trois mois, la conquele de toutes les villes et de tous les châteaux de la principauté , il commença pour lors à signifier aux Ca pou ans qu'ils eussent à lui remettre les tours et les portes de la ville ; et sur leur refus , il en reprit le siège pour la troisième fois. Dans cette détresse, les Capouans députèrent à l'empereur leur archevêque pour obtenir du secours; mais ce prélat n'ayant rapporté que de belles paroles, les assiégés se virent contraints, par la faim, de subir la loi de Richard: . Anna Dominicœ Incarnat Conis ML XII ; quum jam per decem circifer annorum currkuhi Nurmannis rirUiler répugnassent , dit

jEo CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Léon d'Ostie , lîv. 111 , c. 6. Ainsi, quoiqu'on ait des diplômes par lesquels il conste que, dès Tan io6S ou io5o,, Richard prenait le titre de prince de Capoue , néanmoins il est certain que ce ne fut qu'en iota qu'il acquit la libre et pleine possession de cette principauté. Ce fui donc alors que cessa de régner la race des Lombards, et que l'on v il s'élever sur leurs ruines la

Suissance des Normands. Peu de tems après, le feu , par un es se in vraisemblablement prémédite , ayant pris durant la nuit à la ville de Teano , Richard y accourut de grand matin t et profita de la fuite de ses comtes pour s'en rendre maître, liomuald de Salerne, dans sa chronique, dit que la même année, Richard étant entré dans la Campanic , assiégea Céperano , et pénétra , en saccageant tout sur sa route , jusq 'à Sora* La petite chronique d'Amalfi nous apprend que Godefroi s'avança, Tan 106b , vers Rome pour réprimer l'iusolence de Richard et de ses Normands qui menaçaient Rome , et qui , n'osant l'attendre , prirent le parti de se retirer. ( Voyez les ducs de Toscane. )

Robert Guiscard, duc de la Pouille, ayant dessein de chasser de la Campanie les Lombards, engagea Richard a se joindre à lui, pour enlever Salerne au prince Gisulfe 11. La place, assiégée par leurs troupes combinées, fut contrainte , par famine, à se rendre l'an iot5. ( Léo Ost. , 1. ni, c. 44* ) Gisulfe, alors , s'étant retiré auprès du pape Grégoire Vil, reçut du pontife , en dédommagement , une petite terre dans la campagne de Borne, avec l'honneur d'être inscrit dans la matricule des seigneurs romains. {Guillel Puglien., 1. m.)

Richard et Robert Guiscard étendirent ensuite leurs conquêtes dans (a Campanie, et par-là donnèrent l'alarme au pape Grégoire VII, qui , ne pouvant les arrêter, les sépara l'un et l'autre de sa communion. Alors s'étant retirés tous les deux à Capoue , ils y concertèrent de nouvelles entreprises qu'ils partagèrent entre eux. Robert alla faire le siège de Bénévent, taudis que Richard était en marche pour faire celui de Naples. Mais ni l'une ni l'autre expédition ne réussit. Richard, tandis qu'il poussait le siège de Naples avec la plus grande ardeur, fut attaqué d'une maladie qui l'emporta le 5 avril de l'an 1078. Il avait eu deux femmes , dont la première, nommée Frédesine, était sœur de Drogon, comte de la Pouille : ce fut la mère de Jourdain. Le nom de l'autre femme n'est point connu.

Jourdain fut à peine en possession de la principauté de Capoue, qu'il prit querelle avec Robert Guiscard. A l'appât de quatre mille cinq cents besants qu'il reçut des Bénéventains, «ont la ville était toujours assiégée par Robert , il détruisit tous»

DES COMTÉS ET DES frlUNCES DE CÀfrôtlK. l5t-

h*R ouvrages que celui-ci avait formés autour delà place. S'étant ensuite confédéré avec les comtes de la Pouille, il trama une conspiration pour lui enlever ce duché. Robert , qui était alors en Calabre, instruit de ce dessein, part à la tête de quarantesix mille combattants pour retourner à Bénévent ; et après avoir emporté de force les villes d'Ascoli et d'Ariano , il vint , en longeant le fleuve de Sarna , se poster vis-à-vis du camp du prince Jourdain. Ce fut alors que Didier, abbé du Mont-Cassin r vint trouver le duc de la Fouille pour rengager à faire la paix avec le prince de Capoue. Robert , après avoir montré beaucoup de répugnance , consenti! à la (in à s accommoder avec Jourdain* Celui-ci > vers le même tems, voulant à tout événement pourvoir à ses intérêts , vient trouver l'empereur ou roi de Germanie, Henri IV, qui était alors en Italie, pour recevoir de ses mains l'investiture de sa principauté. Il l'obtient moyennant une grosse somme d'argent. Mais Henri en avait distrait le monastère diï Mont-Cassin , comme devant être du domaine des empereurs et sous leur protection. ( Saint-Marc. )

Le même abbé Didier, dont on vient de parler, ayant succédé, Tan 1086 , à Grégoire Vil sous le nom de Victor III , le prince Jourdain lui montra le même attachement qu'il avait témoigné à son prédécesseur, sans négliger toutefois ses propres intérêts. Désirant d'ajouter la campagne de Rome à ses états , il l'avait déjà presque entièrement envahie, lorsque la mort mit fin à ses conquêtes et à ses usurpations , dans la ville de Piperno, le iq ou le 20 de décembre de l'an totji, et non 1090, comme le marque Pellegrini d'après Loup Protospata. ( Mur. , Annal. , tome VI , page 004.) Son corps, transporté au Mont-Cassin, dont il était un insigne bienfaiteur, y fut inhumé près de l'église de Saint-Pierre. H avait épousé Gaitelgrime , sœur de Gisulfe 11 , prince de Salerne, qui lui avait apporté en dot Noie, Marigliano, Palma, Sarno et d'autres lieux voisins. De ce mariage sortirent deux fil», Richard et Robert.

Richard II, fils aîné du prince Jourdain, associé, par son père, en 1080, à la principauté de Capoue dès l'âge le plus tendre, lui succéda l'an ioqi. Mais les Lombards de Capoue, considérant sa jeunesse, le chassèrent presque aussitôt, et mirent en sa place Lan don de la race des comtes de Téano. Richard, obligé de se retirer avec sa mère' dans la ville d'A versa, y resta dans l'exil jusqu'en 1098. Alors, réfléchissant sur les torts que ses ennemis lui avaient causés , et résolu de s'en venger, il implora la secours de Roger, comte de Sicile, son oncle , par une députation qu'il lui lit. D'autres députés qu'il envoya vers le même tems à Roger, duc de la Pouille, pour le

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même objet , offrirent , de la part de leur maître , de se rendre? homme-iiee de ce duc, chose que Robert Guiscard n'avait jamais pu obtenir de Jourdain , ni par caresses ni par menaces* Le duc Roger était alors occupé à taire le siège de Troja. Après avoir terminé heureusement cette expédition , il pensa à rétablir le prince Richard dans ses états. Dans ce dessein, il fit partir Adèle, sa femme, pour aller prier le comte Roger de venir promptement à son appui. L ambassadrice , par ses discours flatteurs, obtint ce quelle demandait, c'est-à-dire un bon corps de troupes, ajouté à celui que Roger avait déjà fait partir au commencement d'avril de la même année 1098. Lui-même , peu de tems après , ayant passé le Phare de Messine , vint se joindre au duc. Mais, avant d'en venir aux actes d'hostilité contre les Capouans , il leur envoya des ambassadeurs pour les engager à rentrer sous l'obéissance de leur légitime souverain , offrant de s'en rapporter à des juges choisis de part et d'autre pour décider entre Richard et Landon , son compétiteur. Mais ces rebelles , gagnés par ce dernier, refusèrent de se rendre à cette invitation. Le comte , voyant leur obstination , partit de Lénévent, où il était alors, et fit si grande diligence, que, de grand matin , il parut inopinément au milieu de Capoue , à la tête de mille cavaliers qui firent un grand nombre de prisonniers. S'élant retiré ensuite pour rejoindre son armée, il forma, le lendemain , le siège de la place et tira des lignes de circonvallation aboutissant au Volturne. Le duc et le prince se postèrent de l'autre côté du fleuve ; et pour ouvrir la communication de leurs armées respectives , ils construisirent sur le fleuve un pont de bois, ce qui ferma l'entrée et la sortie de la place. Le

Î>ape Urbain, cependant, ne désirant que la paix, se rend- sur es lieux avec saint Anselme , archevêque de Cantorbery, réfugié pour lors en Italie ; et s'étant abouché avec les trois princes, il les fait convenir de s'en rapporter à son jugement et à celui du prélat , pourvu, que les assiégés veuillent y consentir. Làdessus, le pontife étant entré dans la ville , y trouva les Lombards entièrement opposés à ses vues. Alors , plein d'indignation , il exhorte le comte à poursuivre son expédition , et part pour se rendre à Bénévent.

Tandis que le comte , sur lequel, comme le plus ancien et le plus expérimenté, roulaient toutes les opérations du siège, n'épargnait ni soins ni veilles pour accélérer la prise de la place, il courut un grand danger de sa personne par la perfidie d'un grec qu'il avait pris à sa solde. Ce traître, ayant pris langue avec Landon , s'était engagé , moyennant une bonne somme d'or, à surprendre de nuit le comte. Mais Roger, prévenu dans un songe, par saint Bruno, du coup qui le menaçait, dit l'auteur

DES COMTES ET DES PRINCES DE CAfeOUE. t53

tJc la vie de ce saint, • sut le parer et ne poussa le siège qu'avec plus d'ardeur. Les Lombards, voyant les machines que Ton préparait pour battre la place, commencèrent par se moquer des travaux dés assiégeants. Voyant néanmoins , ensuite, qu'on approchait de leurs murs , ils offrirent au comte de se rendre, à condition que la place resterait entre ses mains ou celles du duc Roger. Le comte, ayant rejeté cette offre, exigea qu'ils rentrassent sous la domination de Richard, leur ancien souverain. C'est à quoi ils se virent réduits, le u) juin 1098, après un siège qui avait commencé au premier mai précédent. Le comte eut la générosité de leur pardonner , et Richard (it son entrée triomphante à Capoue, après avoir fait les plus sincères et les plus tendres remercîments au comte et au duc. L'usurpateur Lan don , de dépit , se fit moine , et mourut on ne sait en quelle année.

A l'égard du prince Richard, après son entrée dans Capoue, il obtint , des habitants, les forteresses qu'ils avaient eu tant de peine à lui céder ; après quoi il fut sacré suivant l'ancien usage. Geoffroi Malaterra(l. III, c. 2), par aversion pour les. Capouans, l'appelle toujours prince d'Àversa, comme aussi Jourdain 1, son père, et Richard I, son aïeul. Ottavio Rinaldo met sa mort au mois de janvier 1 106 , et remarque en même tems , que, dans le supplément ajouté par Murât ori à la chronique de la Lava , cet événement est rapporté sous l'an 1 io5 ; ce qui vraisemblablement vient de la différente manière de commencer l'année.

Robert 1, frère du prince Richard, après avoir gouverné Canoue en qualité de son procureur, s'étant révolté contre lui , et le voyant près de mourir, était entré par force dans Capoue et l'avait livrée aux flammes. C'est par ce trait de cruauïé qu'il se mit en possession de la principauté. L'an H08, il reçut dans sa capitale le pape Pascal/Il, qui s'y était rendu pour consacrer l'église de Saint-Benoît. Le pontife y étant revenu Tan 11 10, y rassembla plusieurs princes et seigneurs, au nombre desquels étaient Robert, tous les comtes de la Pouille et de la Calabre et grande quantité de barons, avec lesquels il tint une espèce de concile contre les investitures que l'empereur Henri V voulait lui extorquer. De retour à Rome, Pascal engagea, sous la foi du serment, les barons romains à le défendre contre ce même emperear, qui s'avançait en diligence avec, une armée considérable vers l'Italie. Ce prince, au mois de février 1 1 1 1 , étant près de Rome, Pascal lui envoya demander, pour sûreté de sa personne, des otages; ce qui ayant été accordé, l'empereur fut reçu dans la ville au milieu des acclamations. On en vint XV11I. • ao

ensuite à une conférence où commencèrent les débats. Henri ,\ ne pouvant obtenir du pape la couronne impériale de la même manière que Charlemagne et ses successeurs l'avaient obtenue, c'est-à dire sans aucune condition, l'arrêta prisonnier et fit main-basse sur les enfants et les clercs qui étaient venus au— devant de lui avec des Heurs et des palmes : plusieurs furent dépouillés et d'autres frappés de verges. Ces traitements irritèrent le peuple , qui , touché surtout de compassion pour le pape, se jeta sur les Allemands et les chassa de. la ville. On. n'épargna pas même la personne de l'empereur, qui , se voyant frappé au visage, s'écria : Me verrez-vous mourir, mes braves Wdats , sans penser à me défendre ? Ces paroles furent suivies d'un rude combat, où les Romains perdirent beaucoup de monde; ce qui n'empôcha pas néanmoins Henri de prendre la fuite, et d'emmener avec lui le pape qu'il tint soixante jours en prison. Le prince de Capoue crut de son devoir de venir au secours du pontife si indignement maltraité. S'étant rendu à Patenaria, il envoya de là trois cents soldats au secours des Romains. Mais étant arrivés a Ferentino , ils y rencontrèrent Tolomeo et d'autres seigneurs romains du parti de Henri, qui s'opposèrent a leur marche. Henri, de son côté, quoiqu'il eût déjà passé le Tibre , n'ayant pu rentrer à Rome , les Capouans reprirent la Foute de leur pays. ( Ottav. Riaul., tome II , page n5.)

Dans cet état des choses arriva la mort du duc Roger, qui lut de près suivie de celle de Boémond , son frère ; double événement qui mit la consternation parmi les Normands et accrut l'orgueil des Lombards et des Allemands. Ceux-là, redoutant les approches de Henri , choisirent les lieux les plus propres par leur assiette à les défendre , et y élevèrent à là hâte des forteresses. Mais le prince Robert, par le conseil des siens, jugea plus convenable pour lui de demander la paix au monarque , et l'obtint par le moyen des ambassadeurs qu'il lui envoya.

Après la mort de Pascal 11, arrivée au mois de janvier n 18, Gélase 11 lui ayant succédé, le prince Robert et Guillaume , duc de la Pouille , se réunissent pour aller à G.icte rendre leurs hommages au nouveau pape, et lui prêter serment de fidélité. De là ils l'amenèrent à Capoue, où il tint un concile dans lequel il excommunia l'empereur et son antipape Rurdin. Gélase célébra dans cette même ville la fête de l'âques, ayant sur sa tête , pendant les saints mystères , la couronne impériale. Robert voulut accompagner le pontife à son départ. Mais apprenant au Mont-Cassin que l 1 empereur faisait le siège de Turricola, il n'alla pas plus loin et revint à Capoue. (Petr. Diac. , l. lV t c. 640 Le prince Robert termina ses jours le 3 juin xiao, suivant Falcou de Bénéveut , laissant un iils qui suit, ^

des coarm et des *rinces m capoue. iS5

Richard III , fils du prince Robert , fut proclamé prince da Capoue le jour de l'Ascension, 27 mai 1120, dans un âge tendre , lorsqu'on désespérait de la vie de son père. Aussitôt il fut sacré par l'archevêque de cette ville, dans une grande assemblée de prélats et de seigneurs du pays. Mais la mort ayant enlevé Kobert huit jours après, Richard le suivit au tombeau le surlendemain.

Jourdain H , oncle du prince Richard H! , devint son sire- . cesseur, et fut sacré le 7 de juillet 1120, suivant Falcon de Bénévent. Sous le gouvernement de ce prince, il s'éleva plu<sieurs contestations pour des droits temporels entre les moines du Mont-Cassin et d'autres monastères, rapportées par Rinaldo; mais, à notre avis, trop peu importantes pour être mises sous 4es yeux de nos lecteurs. Son règne fut d environ sept ans. Il mourut, suivant l'anonyme du Mont- Cassin et Pierre Diacre ( 1. IV, c. 96 ), le i3 décembre 1 127.

Robert II, fils de Jourdain II, fut son successeur dans la principauté de Capoue. Le 28 décembre 11 27, arriva , de Bénévent à Capoue, le pape Honoré II, que le prince reçut avec les plus grands honneurs. Ce pontife avait invité d'avance un grand nombre d'évoqués et d'abbés à se trouver au sacre de Robert. La cérémonie se fit par les mains de l'archevêque de Capoue, dans le mois de janvier 112S, avec la plus grande solennité. Robert y reçut l'investiture du pape, après lui avoir fait serment de fidélité. Honoré étant ensuite monté en chaire, y détailla ses griefs contre Roger, comte de Sicile, par rapport à la guerre qu'il faisait aux Bénéventains t et touchant l'usurpation qu'il avait faite de plusieurs places de la Pouille, qui appartenaient au saint siège. Impatient de les recouvrer, il exhorta les assistants à s'armer pour sa défense, et pour les y déterminer, il ne fit pas difficulté d'accorder indulgence plénière à tous ceux qui mourraient dans cette expédition; moyen étrange , dit Muratori , qui commença pour lors à devenir à la mode, pour appuyer des intérêts temporels. Le prince Robert , Rainutfe, comte d'Alife ; Grimoatd , seigneur de Bari , Tancrède de Conversano, comte de Brindes ; Roger , <x>mte d'Oria , et d'autres seigneurs et barons se déclarèrent alors, avec des promesses magnifiques, les vengeurs des droits du saint siège , et se préparèrent à marcher ' contre Roger, Le pape, a va M de partir, confirma l'excommunication dont il l'avait frappé, ce qu'il renouvela à Troja, où de la il s'était rendu. Le prince Robert et le comte Rainulfe se montrèrent les plus ardents pour la défense d'Honoré. Ce pontife les chargea

d'aller , à la lête de deux mille bénéventains , faire le siège dtt château de la Pelouse , qu'ils commencèrent le 29 janvier. Mais ils échouèrent devant cette place; ce qui causa un tel dépit au .pape, qui était alors à Monte-Sarchio , qu'il en partit pour aller dans le duché de Rome.

Le comte Roger ne demeurait pas cependant oisif en Sicile» Il y assemblait une armée avec laquelle il passa le détroit au printemps, et s'empara de Tarente, d'Otrante et d'autres

5 laces appartenantes à Boémond, prince d'Antioche. Effrayé e ces conquêtes, le pape s'en retourne à Bénévent , d'où il envoie trois cents cavaliers au prince dé Capoue et au comte d'Alife, pour s'opposer aux progrès des armes de Roger. Mais les chaleurs de l'été ne permettant point à Robert de tenir la campagne, il reprit la route de Capoue, et sa retraite entraîna la désertion de ses troupes. Mais Honoré ne voyant que déshon* neur et pertes pour lui en luttant contre Roger, lui envoya Cencio Krangipani , pour lui offrir l'investiture du duché de la Pouille , avec promesse de la lui conférer dans la ville de .Bénévent. Roger ne demandant pas autre chose, s'accorda facilement avec le pape. Tandis qu'Honoré se rend à Bénéven* pour cette fonction, Roger, qui le suit de près avec un boa corps de troupes, arrive au Mont-Saint-Fclix , près du rendeatvous,; et prétend que c'tst là où le pape doit l'investir. Honoré soutient au contraire que c'est dans la ville même que cette cérémonie doit se faire. Mais le rusé sicilien , qui se défiait du pape , persiste à dire que c'est hors de Bénévent, et non au dedans , qu'il doit recevoir l'investiture. On s'accorde enfin > et le pape s'étant rendu sur le grand pont du Volturne , dans l'octave de l'Assomption , y investit Roger du duché de Fouille et de Calabre , dans la même forme que Robert Guiscard Pavait été avec son fils. Les barons et les villes qui tenaient le parti du pape, se plaignirent beaucoup de cet accommodement fait sans leur participation , parce qu'il les mettait à la discrétion de Roger.

Après avoir assuré de la sorte ses droits et ses prétentions , Honoré s'en revint a Rome. Il n'y était pas encore arrivé, lorsqu'une partie des Bénéventains s'étant jeté sur Guillaume,, que le pape avait nommé gouverneur de leur ville , le massacra cruellement. Irrité de ce traitement , Honoré s'exhala, en menaces, et envoya le cardinal Gérard pour remplacer Guillaume. Mais Gérard, à son arrivée, trouva que les Bénéventains s'étaient érigés en commune ,sans toutefois renoncer à l'obéissance du pape.

Le prince Robert , voyant la .puissance de Roger s'accroître au point que tous les grands et les seigneurs du pays sViupres-

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