DES PRINCES DE SÀLERWE. I
» Bassacio, leur abbé, avaient composé quelques livres dans » lesquels il traitait de l'usage et de l'utilité de certains re- » mèdes. Alors on ne trouvait pas extraordinaire que les ecclé- » siastiques et les moines professassent la médecine : aussi r » dans Salerne et dans toutes les provinces du royaume de » Naples, la noblesse et les personnes du premier rang ne » croyaient pas qu'il fût au-dessous d'elles de l'exercer. Léon » d'Ostie (1. 111, c. 7) rapporte qu'Alfano , archevêque de » Salerne, était très-expérimenté dans cet art, et qu'il donnait >» tous ses soins à la guérison des maladies. Un autre archevêque » de la même ville , nommé Romuald Guarva , professait éga- » lement la médecine , et en général , toute la noblesse tenait >» à honneur d'en être instruite et de la pratiquer. Cet usage » subsista long-tems à Salerne. Quelques écrivains , qui l'ont » ignoré, jugeant de la manière de penser de ce tems-là par » celle d'aujourd'hui (1785), ont cru que le célèbre médecin » Jean de Procida n'était pas le même que le fameux Jean de » Procida , noble de Salerne , qui fut auteur de la conjuration » des Vêpres siciliennes ; comme si la pratique de la médecine » eût été incompatible avec la noblesse.
» Tous les grands personnages qui enseignaient et profes*- » saient la médecine dans l'école de Salerne, en élevèrent la ». réputation au-dessus de toutes les autres écoles de l'Europe. » De là il arriva qu'on venait de toutes parts chercher à Sa- » lerne les médecins dont on avait besoin, et que les personnes » les plus considérables qui se trouvaient affligées de quelques m grandes maladies, se faisaient transporter dans cette ville » pour y chercher leur guérison. Léon d'Ostie rapporte que » le célèbre abbé Didier se trouvant accablé de maux que les » veilles et l'abstinence lui avaient causés , se fit porter à Saa» lerne pour s'y procurer le rétablissement de sa santé. Dans » les tems suivants , on voit aussi nue Guillaume le Mauvais » étant tombé malade à Palcrme , et le mal augmentant de jour » en jour, fit venir auprès de lui Komuald Guarva, archevêque » de Palerme, bon praticien en médecine, pour le soigner : j» mais quoique ce prélat ordonnât divers remèdes propres à sa » guérison , comme le malade ne voulait employer que ceux » qui lui plaisaient, il mourut bientôt.
» Il est encore certain, par l'histoire, que c'est à Salerne » que l'on trouvait les meilleurs apothicaires; et l'on dit, à >» cette occasion , que ce fut de cette ville que la princesse 3» Sikelgaïte fit venir le poison dont elle se servit contre Ro- » bert , son mari et contre son beau-fils.
j* L'école de Salerne s'acquit une nouvelle et plus grande* » réputation par les ouvrages que composa Jean de Milan , Ci—
17a CHRONOLOGIE HISTORIQUE
» meux médecin de Salerne ; ils furent approuvés par toute la 3». faculté, et dédiés sous son nom an roi d'Angleterre. Mais » comme il paraîtra sans doute extraordinaire que les médecins » dédiassent ces ouvrages à un roi si éloigné d'eux et avec lequel » ils semblaient n'avoir aucune relation , il est à propos d'en » rapporter les motifs , et de faire connaître pourquoi ces » médecins firent cette démarche , et présentèrent à ce prince » leur livre écrit en vers léonins.
» L'élonnement que l'on pourrait avoir cessera, si l'on se » rappelle la venue des Normands et des fils de Tancrède dans » nos provinces. Ils étaient tous descendants de Rollon ou de
* Robert, duc de Normandie. Il faut donc considérer que,
* dans le même tems que nos Normands conquirent la Pouille » et la Calabre, et ensuite la principauté de Salerne, les autres » normands qui étaient demeurés dans la Neustrie se rendirent » maîtres de l'Angleterre, et après qu'ils y eurent remporté- » un nombre inGni de victoires, enfin, vers Tan 1070, ce » royaume passa sous la domination de Guillaume, qui, » par cette raison , fut appelé le Conquérant.
» Ainsi comme les princes qui régnaient en Angleterre et à » Salerne étaient du niéme sang et descendants tous de Rollon, » premier duc d« Neustrie , il est tout naturel qu'il y eût une » amitié et une correspondance entre eux et leurs su jets.
» Mais ce n'est pas en dire assez; et nous allons entrer dans ». un plus grand détail, pour faire connaître à quelle occasion » les médecins de Salerne dédièrent leur livre de Jean de » Milan au foi d'Angleterre. Après que Guillaume, duc de » Normandie, eut conquis l'Angleterre, il laissa trois fils; » Guillaume dit le Roux , Robert et Henri : le premier eut le » royaume ; mais il mourut sans enfants , dans le tems que » Robert était avec Godefroi de Bouillon occupé à la Terre— » Sainte. Ce Robert avait été nommé par son père duc de » Normandie , après qu'il eut cédé à Guillaume, son aîné , la » couronne d'Angleterre. Robert , en suivant Godefroi de » Bouillon à la croisade , Vint dans la Pouille pour s'embarquer n avec les autres croisés; mais étant arrivé dans l'hiver , il » resta, pendant toute cette saison de l'an 1096, auprès des. » princes normands, ses parents , qui le reçurent avec d<v m grandes marques d'empressement et d'amitié. Il les quitta » au printems pour se rendre à Jérusalem, où il eut la salis-. » faction de voir cette ville plier sous les efforts des croisés, » Le roi Guillaume, son frère , étant mort dans ces entrefaites* » sans enfants, on lui offrit le royaume de Jérusalem : mais » il le refusa, dans la vue de retourner en Angleterre pour * preudre possession, de ce royaume dont il était le plus proche*