JEAN D'ARAGON
i458. Jean , frère du roi Alfonse , lui succède dans le royaume de Sicile au-delà du Phare , comme dans celui d'Aragon. Il était déjà roi de Navarre, depuis l'an i4^5, par son mariage contracté, l'an i4 ! 9» ave c Blanche, fille et héritière de Charles III , dit le Noble. Il eût encore souhaité succéder à son frère dans le royaume de Naples , et se plaignit hautement de ce qu'Alfonse en avait disposé à son préjudice en faveur de Ferdinand , son bâtard. Mais la guerre qu'il menaçait de faire à ce sujet, fut prévenue par le mariage de ce même Ferdinand avec Jeanne , sa fille. Les Siciliens virent , avec joie, Ferdinand monter sur un trône dont il s'était montré digne
5ar la sagesse avec laquelle il avait administré la Sicile en qualité e vice-roi du vivant de son père. Ce prince , l'année suivante, envoya une ambassade au pape Pie II , pour prêter serment de fidélité entre ses mains ; ce qui s'exécuta le 20 janvier 14^9* Jean avait eu de son mariage avec la reine Blanche un fils , nommé Charles , et qualifié prince de Viane , qui eut avec son père de grands démêlés , prétendant que le royaume de Navarre devait lui appartenir; et ce n'était pas sans fondement , car le contrat de mariage de son père portait que s'il lui naissait un fils , il lui céderait le royaume de Navarre dès qu'il serait en âge de gouverner. Or , le prince de Viane avait alors plus de vingt-cinq ans* Ne pouvant obtenir justice de son
T>ère , il sollicita , mais en vain , les princes étrangers pour se la faire rendre. Le roi Jean , irrité de la hardiesse de son fils , le menaçait des effets de sa colère. Pour s'y soustraire, le fils se relira auprès du roi Alfonse , son oncle. 11 y était lorsque la mort enleva ce prince. Il passa de là en Sicile, dont les états, par estime pour ses talents, auraient souhaité de l'avoir pour vice-roi. Mais c'est à quoi le roi, son père , ne voulut jamais consentir, laissant néanmoins entrevoir qu'il lui pardonnerait pourvu qu'il revînt en Espagne. Le prince de Viane obéit , et se rendit à Barcelone le 22 mars 1460. La paix semblait se rétablir entre le père et le fils, lorsqu'une affaire d'inclination la rompit de nouveau. L'intention du roi Jean était de marier son fils avec Catherine , soeur d'AHbnse, roi de Portugal. Charles ne goûtait point cette alliance , et voulait , à l'insu de son père , épouser Isabelle de Castille. Cette intrigue étant venue à la connaissance du roi Jean , le prince de Viane fut arrêté par son ordre et envoyé prisonnier à Xativa, dans le royaume de Valence. Mais un soulèvement des Catalans et des Navarrois , qu'occasiona cette violence , l'obligea de relâcher le captif, et de faire avec lui un traité par lequel il lui cédait la Catalogne et promettait de le reconnaître pour son successeur dans ses autres états. Le prince de Viane survécut trop peu de tems à celte convention pour en voir l'accomplissement. En mourant , il emporta les regrets des Espagnols et des Siciliens, qu'il avait mérités par ses grandes qualités. Ami et cultivateur des lettres , il composa plusieurs ouvrages dont il nous reste une traduction des morales d'Aristote en espagnol , et une histoire abrégée des rois de Navarre avec de très-beaux vers espagnols , et des chansons ingénieuses qu'il chantait lui-même en jouant de la guitare. Sa mort arriva le a3 septembre 1461 , à l'âge d'environ quarante ans. Outre ce fils , le roi Jean eut de la reine Blanche trois filles ; Jeanne , mariée à Ferdinand , roi de Naples ; Eléonore et Marie. S'étant remarié à Jeanne, fille de Frédéric- Henriqués , amiral de Castille , il eut d'elle Ferdinand , surnommé le Catholique , qui réunit dans sa main les royaumes de Castille et d'Aragon par son mariage avec Isabelle de Castille. Henri , frère d'Isabelle , n'ayant point été consulté sur celle alliance , fut quatre mois sans vouloir lui pardonner.
Le roi Jean perdit la vue dans sa vieillesse. Un juif la lui rendit par l'opération de la cataracte. Ce prince mourut à Bar— celonne le 19 janvier 1 4?9 » suivant Ferreras , ou le i er . février de la même année, selon Burigni, dans la quatre-vingt-deuxième année de son âge. Exact , jusqu'au scrupule , à remplir les devoirs extérieurs de la religion , il n'en fut pas moins livré à
l'amour des femmes. {Voy. Jean 11 , roi «!' Aragon et de Nm* varre.)
FERDINAND D'ARAGON, dit T E CATHOLIQUE, ROI oe Naples et de Sicile.
1 479- Ferdinand, fils unique du roi d'Aragon et son successeur au royaume de Sicile, se fit sacrer à Seville le îtt main 1479. Les Siciliens lui députèrent, en Aragon, le comte de Pradès, pour lui prêter, en leur nom, le serment de fidélité. N'étant point disposé à venir résider parmi eux , il nomma pour les gouverner en sa place, avec litre de vice- roi , D. Gaspard Spès , baron d'Altaciaria , qui fut remplacé, Tan 1488, par D fer*dinand d'Acugna , dont le gouvernement fut limité à l'espace de trois ans ; terme auquel fut bornée, dans la suite, la durée des vice-royautés en Sicile , a moins que le roi ne jugeât à propos de la prolonger, comme il est arrivé quelquefois pour des raisons particulières. D'Acugna se trouva lui-même dans ce cas, ayant été continué jusqu'à Tan 1 494 , énoque de sa mort » arrivée à Catane où il fut inhumé dans l'église cathédrale. Ferdinand avait un fils unique nommé Jean , qui donnait les plus belles espérances. La mort ayant enlevé ce jeune prince le 4 octobre i497* causa dans la Sicile un deuil universel dont il n'y a pas d'exemple ; car tout homme, suivant Philippe de Commines, prit la couleur noire et s'abstint de se faire raser pendant six mois.
Ferdinand, après avoir fait, en i4f)i* ta conquête du royaume de Grenade sur les Maures , établit en Espagne le tribunal de l'Inquisition , dans l'idée de purger ce pays du reste de Sarrasins et de Juifs qui s'y trouvaient répandus. On fut bientôt informé en Italie ae la manière de procéder dans cette juridiction , aussi contraire à l'esprit de l'évangile qu'elle était superflue après les précautions qu'avait prises la primitive église, pour couper cours aux hérésies. Les Napolitains en eurent horreur, et, apprenant en même tems que Ferdinand, sous prétexte de bannir des royaumes de Naples et de SicHe quelques maures et quelques juifs qui s'y étaient réfogiés, se proposait d'y établir le mé*me tribunal de l'Inquisition , ils ré-» solurent de s exposer à tout , à la perte de leurs biens , a la mort même plutôt que d'y consentir. En effet , Tan i5o4, le grand-inquisiteur d'Espagne avait envoyé à Naples, par ordre de Ferdinand , l'archevêque de Païenne , avr-c commission d'inquisiteur, le peuple se souleva, le chassa honteusement du royaume, et fit représenter au monarque espagnol, que pour expulser quelques maures et quelques juifs réfugiés, il
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nVlait pas nécessaire d'employer des moyens si violents , puisqu'il y eu avait de plus simples qui pouvaient suffire. Le roi , {persuadé qu'il ne parviendrait pas à soumettre les Napolitains a ses volontés, abandonna son dessein et se contenta de publier contre les Juifs une pragmatique qui apaisa le tumulte; il promit même aux Napolitains, qu en faveur de leur zèle pour la foi catholique, il ne permettrait jamais l'établissement de l'inquisition cfiez eux ; et il fut , a cet égard , fidèle à sa parole. (Mariana, 1. '60 ; col. Limborc , Hist. Induisit. ,1. 1 , c. 26.)
L'an i5i3, Ferdinand ordonne que la ville de Palerme soit reconnue pour la capitale du royaume de Sicile , qu'elle soit la demeure ordinaire et la résidence du conseil royal. Le tribunal de l'inquis:tion fut établi, cette même année, sans opposition dans cette ville. (Pyrrhus Rocchus.)
L'an i5iG, Ferdinand meurt le 23 janvier, au village de Madrigaléjo , dans l'hstrainadoure. Hugues de Moncade , viceroi de Sicile, fut le premier qui apprit en ce pays la mort de Ferdinand ; et comme ce seigneur s'était attiré la haine de la plupart des Siciliens, par la sévérité de son gouvernement, il voulut attendre , avant de divulguer cette nouvelle , qu'il fût confirmé dans la vice-royauté : mais don Pèdre de Cardone % arrivé peu de tems après, l'ayant rendue publique, on commença à dire à Païenne que les pouvoirs de don Hugues étaient expirés. Ce discours, fomenté par divers seigneurs , fit penser don Hugues à la retraite. Maïs retenu par ses amis, il munit son palais de bonnes gardes de soldats, au milieu desquels il parcourut la ville , tâchant d'adoucir les esprits irrités, en publiant qu'il révoquait l'impôt mis sur la farine, parce qu'on le trouvait trop dur. La sédition, néanmoins, ne fut que suspendue. Bientôt la populace , ayant entoure le palais, se mit à crier que si don Hugues ne sortait incessamment de Palerme, îl pouvait compter d'être massacré. Le vice-roi, voyant son palais assiégé , sort déguisé par une fausse porte , et se réfugie dans la maison d'un de ses confidents , <J'où, par mer, il passe à Messine. Cette révolte arriva le 7 mars (Ferreras, t. VIII , pp. 44 1 et 44 2 ) £H e se communiqua rapidement à plusieurs villes de Sicile. (Voy. Ferdinand V, roi de Custille et d'Aragon.}