‹ L'art de vérifier les dates ... t.118. L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de NotreSeigneurChapitre 88 sur 132 · PHILIPPE II · texte numérisé non relu

PHILIPPE II

m Le roi Philippe II gouverna ses états d'une manière bien

fr*4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

» différente de celle qu'avait pratiquée l'empereur, son pere* » Charles-Quint , parcourant continuellement la vaste étendue » des pays qui vivaient sous sa domination , se prêtait au ca- » ractère de chaque nation, et, parce moyen, s'était concilie » l'affection des Espagnols ainsi que des Flamands, des Ita- » liens comme des Allemands. Philippe , au contraire , après » la mort de Marie, reine d'Angleterre, sa seconde femme, » quitta la Flandre, et, se renfermant pour toujours dans » Madrid , se livra tout entier aux Espagnols ; se conduisant » par leurs maximes, encensé comme le plus prudent et le plus 3» sage des rois de la terre, inaccessible à ses autres sujets, rhi- » lippe entreprit de gouverner , de son cabinet , le monde » entier. » (Giannorie, tom. VI, pag. 19S.)

Le duc de Médina-rCeli , nouveau vice-roi de Naples, dans le dessein d'arrêter les fréquentes descentes que les Turcs faisaient sur les côtes de Sicile et de Naples, se concerta, l'an i558, avec le grand-maître de Malte , Jean de la Valette, pour reprendre Tripoli d'Afrique , dont ces Infidèles s'étaient empa~ rés depuis peu. Le roi Philippe approuva cette entreprise , et en donna le principal commandement au vice-roi. Sa flotte consistait eh vingt-huit grands bâtiments et cinquante-quatre galères, avec des vivres pour quatre mois. Mais ce grand arme*»ment n'aboutit qu'à la prise de l'île des Gelves, qu'il fallut rendre ensuite. ( Burigni.) Les Italiens, suivant M. de Thou, imputent , à la vanité du duc de Médina-Celi, le mauvais suc-* cès de cette expédition , où la perte fut de dix-huit mille hommes, dont les uns périrent par les maladies pu par le fer, les autres furent réduits en captivité.

Sous le règne de Charles-Quint , la cour de Rome avait fait divers efforts pour introduire , dans le royaume de Naples , le tribunal de l'inquisition. Elle se flattait d'y avoir réussi Tan i54^, en obtenant de l'empereur des lettres qui autorisaient les commissaires envoyés de Rome à Naples pour foire la recherche des Luthériens qui s'y étaient introduits. Pour ne pas soulever le peuple, au lieu de publier à son de trompe, comme on faisait à Rome et en Espagne , les bulles dont les inquisiteurs étaient munis, le vice-roi s'était contenté de les faire afficher aux portes de l'archevêché, après quoi il s'était retiré à Pouzzol, où il passait ordinairement l'hiver. Les créatures

3u'il entretenait parmi les officiers de la ville, avaient cepenant soin d'insinuer adroitement dans les places qu'on ne devait point s'effrayer de cette espèce d'inquisition f qui notait disaient-ils, qu'une commission passagère de la cour de Rome. Les défiances , malgré cela , subsistant toujours , on fit une dé-* pu la t ion au vice^roi pour avoir une explication. Sa réponse'fqt

qu'il ne souffrirait jamais aucune innovation ; ce qui calma les esprits pour un tems. Mais les craintes redoublèrent, lorsqu'un jour de Carême, en i547» on vit les bulles affichées avec l'édit qui en ordonnait l'exécution. A l'instant le peuple se soulève, déchire le placard , et fait une nouvelle députation au vice-roi. Ceux qui la composaient revinrent à Naples, comblés de caresses et d'assurances, qu'il ne serait jamais question d'établir chez eux l'inquisition. C'était un leurre ; et dès le 1 1 mai suivant , on vit paraître un nouvel édit qui s'expliquait clairement en faveur de ce tribunal odieux. Le vice-roi s'étant rendu à Naples, employa les voies de rigueur pour contenir les révoltés. L'agitation des esprits subsista pendant la suite du règne de Charles- Quint. Ferdinand, son frère, lui ayant succédé, l'an i558 t dans l'empire , n'accueillit pas favorablement les premières plaintes que lui adressèrent les mécontents de Naples. Son indifférence, à cet égard, augmenta les troubles. Les deux partis en vinrent plusieurs fois aux mains. Une nouvelle députation qu'on fit à l'empereur obtint une amnistie, qui tranquillisa d'abord les esprits. Mais on apprit bientôt que trente-six des rebelles étaient exceptés de cette grâce : cinq furent en effet condamnés à mort ; les trente-un autres se dérobèrent au supplice par la fuite. Naples reçut ensuite des lettres d'abolition, qui lui rendaient le nom de tris-fidèle, dont cette ville est ordinairement qualifiée dans les diplômes des rois.

La cour de Home, toujours constante et uniforme dans sa politique , ne renonça cependant point au dessein qu'elle avait detablir , à Naples , le tribunal du saint office. Il se trouva dans ce royaume des vice-rois assez complaisants, pour laisser agir à leur gré les inquisiteurs qu'elle envoyait : contents de les soumettre, pour la forme seulement, à la nécessité de prendre sur leurs bulles de commission Xexequalur regium , ils souffraient qu'ils eussent leurs prisons particulières, quils s'assurassent des citoyens suspects d'hérésie au milieu du royaume, -et qu'ils les envoyassent à Rome pour y être juges par la congrégation du saint office. Le roi Philippe 11 essaya de réprimer ces entreprises sur le droit ecclésiastique napolitain. Par un édit du io mars i565, il ordonna que, conformément aux maximes du royaume, les éveques, comme juges ordinaires et non comme délégués du saint siège, auront seuls, dans le droit, la connaissance de tous délits en matière de foi, déclarant qu'il ne prétendait pas qu'il y eût à Naples aucune inquisition. Mais, contre l'inclination si bien connue de ce monarque, los papes, presque toujours favorisés parles vice-rois, continuèrent de suivre leurs projets : l'abus de leur pouvoir devint si «wssif , que les inquisiteurs s'attribuaient une puissance il!i~

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rouée, et ne daignaient plus même prendre sur leurs commissions des lettres d'à I tache. (D'fcgly, tom. IV, pag. 160-1GS.)

L'an 1S71, nouvelle entreprise de la cour de Home contre la Sicile. Le pape Pie V, défenseur ardent de la juridiction ecclésiastique, entreprit d'abolir le tribunal de La monarchie sicilienne % prétendant qu'elle donnait atteinte à l'autorité du saint siège. Ce tribunal est appelé monarchie , parce qu'il unit la puissance ecclésiastique à la puissance royale. Il connaît de toutes les causes ecclésiastiques sur les appellations, et sur les jugements des ordinaires ou sur les plaintes qu'ils occasionent. 11 a droit de réformer les sentences des tribunaux ecclésiastiques qui n'ont point de supérieurs-dans le royaume, et déjuger toutes les causes qui regardent les personnes exemptes de la juridiction des ordinaires , ou sur les seules plaintes qu'ils occasionent Une de ses attributions est d'absoudre , ad cautelam ou cum reincidcntia , ceux qui ont recours à lui par appellation des censures comminatoires, ou déclarées encourues par l'ordinaire, même pour fait d'indemnité ecclésiastique. Cette absolution se donne afin que l'accusé puisse ester en jugement, et faire connaître l'injustice et la nullité des censures portées contre lui. Voulant donc abattre ce tribunal qui lui portait ombrage, PieV envoya, son neveu, le cardinal Alexandrin , en Espagne. La réponse que Philippe H fit au légat, fut qu'il ne pouvait abandonner les droits dont il avait hérité de ses ancêtres; que si néanmoins il se rencontrait, de l'aveu de ses officiers, quelque réforme à faire dans le tribunal, dont le pape se plaignait , il était prêt à lui donner là-dessus la satisfaction qu'il désirait. Il y eut en effet, par l'entremise du même légat, un concordat entre le pape et le roi , par lequel il fut convenu que les rois de Sicile ne nommeraient plus à l'avenir qu'un ecclésiastique pour exercer la juridiction de la monarchie. Le roi Philippe 11 mourut le i3 septembre 1598, à l'âge de soixante-douze ans, laissant une grande réputation, sur laquelle se sont exercés, en sens contraire, les écrivains de différentes nations et de diffférents partis. (Voyez les rois d'Espagne.)

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