‹ L'art de vérifier les dates ... t.118. L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de NotreSeigneurChapitre 89 sur 132 · PHILIPPE III · texte numérisé non relu

PHILIPPE III

1S98. Philippe III, le seul fils que Philippe 11 laissa en mourant , recueillit ses vastes états sans opposition. Ceux de Naples et de Sicile furent constamment privés de sa présence ainsi qu'ils l'avaient été de celle de son père. Avant que la mort de ce dernier fût divulguée en Sicile , on vit paraître 9 le 18 septembre, dans le détroit , une flotte turque, commandée par le fameux renégat Sinan Bassa, natif de cette île > et dont

DP. S ROIS DE ÎÎAPLES ET DE SîfclLE. ÏL$f

îe premier nom était Cicala. La frayeur qu'il inspira fut dissipée par un esclave qu'il envoya au duc de Macheda, nouveau vice-roi , pour lui déclarer que n'ayant point dessein de commettre aucune hostilité dans la Sicile, il demandait seulement qu'on lui accordât la satisfaction d'embrasser sa mère et set frères, offrant pour otage sou fils. La crainte de la vengeance qu'occasionerait un refus lui fit obtenir du vice-roi cette complaisance. En retenant Potage, on envoya la mère et les deux frères de Cicala au milieu de la flotte turque. Rien ne fut plus touchant , suivant M. de Thou , Kv. 10 , que l'entrevue dé Cicala et de sa famille. On répandit beaucoup de larmes de part et d'autre : celles de la mère étaient causées par la joie de revoir son fils et par la douleur que lui causait son apostasie.' E n li n , après les plus tendres embrassements , le Bassa renvoya sa mère et ses frères en Sicile , comblés de présents, et fit voile pour l'Afrique. Ce malheureux persista dans son apostasie, et laissa en mourant un fils qui hérita de sa puissance et de son» courage.

L'affaire de la monarchie sicilienne semblait assoupie , lorscju'en 1606, le cardinal Baronius, par une basse complaisance pour le pape Paul V , la réveilla en faisant iftsérer, dans le onzième tome de ses annales, une dissertation où il attaquait ce tribunal, Elle ne fit point honneur à son érudition , et néanmoins elle détermina la cour d'Espagne à tout mettre en œuvre dans le conclave suivant , pour empêcher qu'on élevât ce docte prélat sur le siège pontifical.

Les immunités du clergé se soutinrent néanmoins dans 1rs deux giciles, et contribuèrent à grossir ce corps au point que sa multiplication affaiblit considérablement les forces de ces royaumes. Dans le nombre des laïques il ne se trouvait plus assez d'hommes pour fournir aux besoins publics , à la culture des terres, a l'entretien du commerce, aux levées que l'Espagne faisait faire pour l'entretien et l'augmentatiou de ses armées dans les guerres qu'elle eut à soutenir contre la France, et surtout en Italie. La cour de Madrid tirait cependant de ces deux royaumes des richesses immenses en surchargeant les peuples d'impôts, en quoi elle était parfaitement secondée par les vice-rois, gens presque tous intéressés et uniquement occupés à enrichir leurs familles. L'indolent Philippe 1X1 termina' sa carrière le 3i mars 1621 , à l'âge de quarante-trois ans. (Voy. Us rois d 'Espagne. )

philippA iv.

- 1621. Philippe IV, fils et successeur de Philippe NI , fut proclamé roi des deux Siciles à l'âge de seize âos , te 4 mai

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paient fréquemment sur la maison régnante et sur le ministre, ainsi que par h hauteur avec laquelle il traitait les Français qui Pavaient accompagné. Plusieurs d'entre ceux -ci l'ayant abandonné, se joignirent aux révoltés. La conduite du vicefoi , duc d'Ârcos , ne contentait pas mieux ceux qui étaient restés fidèles & la cour d'Espagne. Don Juan d'Autriche t ^apercevant qu'il se rendait odieux au peuple, se chargea, de son aveu même , du soin des affaires. Le comte cFOgnate, ambassadeur de la cour de Madrid à Rome, ayant été nommé jîour succéder au duc d'Arcos dans la vire-royauté, arriva le I er . mars à tapies. Au lieu d'attaquer les quartiers des rebelles, comme il se- l'était d'abord proposé , il continua les négociations qui étaient entamées pour la paix, et vint à bout de la rétablir à Naples , sans effusion de sang , le lundi-saint, 6 avril de l'an 164^- Cet événement renversa les projets du duc de Guise, et l'obligea de prendre la fuite; mais on le poursuivit avec tant de diligence, qu'il fut arrêté à Gaëte, et de la transporté eh Espagne, où il resta prisonnier l'espace de quatre ans.

Tandis que ces choses se passaient en-deçà du détroit , la Sicile éprouvait de semblables convulsions. A Païenne, l'an 1647 , le préteur, à raison d'une disette qu'on éprouvait, ayant fait hausser le prix du bled et diminuer le poids du pain , mit par là toute la ville en combustion. La populace en fureur court à son hôtel , le 19 mai , pour y mettre le feu. La fuite lui ayant sauvé la vie , les séditieux allèrent aux prisons , d'où ils tirèrent, pour les remettre en liberté, plus de sept cents personnes, dont la plupart avaient mérité la mort; après quoi étant entrés dans l'hôtel des Fermes, ils brûlèrent les livres des impôts puMics. ( Hisaciconi , de gli Àrcidenti di Palermo , p. 4& ) Plusieurs nobles étant montés à cheval, s'efforcèrent de calmer les esprits; ils avaient à leur tête le marquis de Geraci , de la maisori de Vintimille , fort estimé du peuple. Dès qu'il parut , on s'écria : Vive le marquis de Geraei, notre seigneur ! Sa réponse fut : Vive le roi d' Espagne! Etant ensuite allé trouver le vice-roi , marquis de los Vélès, il lui persuada de déposer le préteur , et d'abolir les impôts établis sur les vivres. Cette démaiche produisit quelques instants de tranquillité. Mais* un tireur d'or, nommé Joseph d'Alesi , remit én mouvement les esprits , en excitant le peuple de Palerme à demander l'augmentation de ses privilèges aux dépens des Espagnols. Le corps des corroyeurs, uni avait grand crédit dans la ville, se déclara aussitôt pour lui. Il avait pour émule, Pierre Perluso, qu'on avait élu au sort capitaine - général. D'Alesi «'étant brouillé avec lui en public, ordonna qu'on lui coupât

la tête, et il fut obéi sur-le-champ. S etaut transporté ensuite à l'arsenal, il en tira toutes les armes qui s y trouvèrent et 1rs remit entre les mains du peuple. Les Espagnols, effrayés , sortirent de la ville avec si peu d'ordre , que les rebelles les ayant pris, en massacrèrent un assez grand nombre. D'Alesi, en sa qualité de capitaine-général , se conduisit avec beaucoup de circonspection. Il retint dans le devoir ceux des rebelles qui voulaient s'en écarter , et sévit contre ceux qui abusaient de son nom pour exercer des actes de violence. Le vice-roi lui ayant fait faire des propositions de paix, il les accepta, et s'employa à le réconcilier avec la ville de Palerme. il obtint d'elle que le marquis de los Velès pourrait revenir au châ— . teau de la Mer avec la garde espagnole. Alors il déclara qu'il se démettait de la charge de capitaine général. Mais à peine eut- on chanté le Te Dcum en action de grâces de ',a paix rendue à la ville , que des brouillons commencèrent à se; plaindre que d'Alesi n'avait pas fait les conditions de la paix aussi avantageuses qu'on pouvait l'espérer , et l'accusèrent de s'entendre avec les Espagnols; ceux-ci , de leur coté, publiaient qu'il était d'intelligence avec les Fiançais. Pour comble de malheur, ayant condamné aux galères un pécheur, il eut contre lui le corps de cet ordre, qui était nombreux et puissant a Palerme. Tout le monde, étant indisposé contre cet homme, qui, peu de lems auparavant, était l'idole du public, on demanda sa tète. Tandis qu'on le poursuit dans sa fuite, on rencontre son frère qui s'était marié la veille , et à l'instant on le décapite , en attendant qu'on fasse subir à l'autre le même supplice. Joseph d'Alesi est enfin découvert dans un aqueduc où il était caché. Sans forme de procès on l'exécute avec son secrétaire et douze autres personnes , le 22 août de la même année 1647. L'histoire lui rend la justice de dire que, de tous les chefs d'émeutes populaires, il en est peu qui aient montré autant de modérai ion et d'équité que lui.

Le vice-roi ne rentra dans Palerme qu'après ces exécutions. Après avoir fait démolir la maison d'Alesi , il oublie une amnistie générale, dont il excepte néanmoins douze personnes sans les nommer. Cette exception lui laissa la liberté de faire emprisonner qui bon lui semblait. On murmura lorsqu'il commença d'en faire usage, et le peuple tira même des mnins des archers un homme qu'ils menaient en prison. Le marquis de los Vélès ne tarda pas à s'apercevoir que les voies de rigueur n'étaient pas propres à ramener la paix: par ses ordres, ceux qu'on avait arrêtes furent élargis, et l'on cessa pour quelque tems de se plaindre.

Cependant on commençait à regretter Joseph d'Alesi; le-

fanatisme alla même jusqu'à lui attribuer des miracles. Urt charbonnier eut la folie de vouloir l'imiter, en excitant une nouvelle dissension» il fut arrêté sans avoir presque fait de partisans, et étranglé sur-le-champ. Le marquis de los Vêles approchait alors do terme de ses jours, qui arriva le 3 novembre 1647. 1 e cardinal Trivulce fut envoyé d'Espagne pour lui succéder dans la vice-royauté. La ville de Païenne était dès-lors en proie à de nouvelles discordes. Le cardinal parut à la vue de celle ville , le 17 novembre, et y entra contre Pavis de personnes graves qui lui représentaient le danger auquel il s'exposait. Ce coup de hardiesse lui réussit. Sa présence imposa aux séditieux, dont il envoya les plus fougueux aux galères, sans que personne osât s'y opposer.

Une nouvelle conjuration cependant couvait à Palerme. Elle était sur le point d'éclore , lorsqu'elle vint à la connaissance du vice-roi. Un prêtre , nommé Placide Sirlet , en était l'auteur, et son plan était de tuer le vice-roi, de s'emparer du trésor public et de piller les maisons des nobles. L'indiscrétion de l'un des conjures dévoila le mystère. Le vice-roi les ayant fait arrêter, leur procès fut instruit promptement , et le dernier supplice fut la peine de leur crime. A Girgenti, l'avance de l'évêque , qui refusait de vendre son blé , dans la vue d'en faire hausser le prix, souleva contre lui le peuple, qui , étant entré dans son logis, pilla ses meubles, enleva son argenterie, et tua quelques prêtres qui faisaient de la résistance. Le reste de la Sicile n'était pas plus tranquille, et le duc de Guise atteste, dans ses mémoires, que toutes les villes de cette île étaient disposées à suivre l'exemple du royaume de Naples.

Le cardinal vice-roi fut rappelé, l'an 1G48, et fut remplacé par don Juan d'Autriche, dont la fermeté contint les esprits inquiets pendant les trois années que dura sa vice -royauté.

Le roi Philippe IV termina ses jours le 17 septembre i665. (Voy. les rois d'Espagne.)

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