‹ L'art de Virgile dans l'ÉnéideChapitre 3 sur 7 · ÉNÉIDE · texte numérisé non relu

ÉNÉIDE

gouvernement aveugle et irrésolu, il à tout prévu ; à peine sorti de l'atmosphère étouffante des intrigues parlementaires, encore sur l’acropole, il donne ses ordres à ses lieutenants ; à Volusus d’armer les manipules volsques (1) et les Rutules qu'il commandera, à Messapus ainsi qu’à Coras et à son frère de déployer la cavalerie dans la plaine ; une partie de l’armée, évidemment l'infanterie, défendra. l'accès de la ville et occupera les tours ; il se réserve d'emmener le reste des troupes (?) dans une direction qu’il n'indique pas.

Ici un bref tableau mouvementé de la mise en défense au pas de course — discurritur 468 — de la ville de Laurente, tandis que Latinus, bouleversé par les circonstances, ajourne l'assemblée, toujours pénétré de la faute qu’il a commise en ne concluant pas le mariage de sa fille avec Énée — Virgile ne manque jamais l’occasion de le représenter comme favorable à l'alliance et de rejeter sur Turnus la responsabilité de la guerre, qui est un accident déplorable. On creuse des fossés devant les portes ; on accumule les pierres et les épieux ; la trompe rauque donne le signal sanglant () ; les femmes, les enfants garnissent les remparts ({) ; dans ces circonstances critiques, tout le monde travaille. Ce tableau réaliste s'achève par une imitation homérique (°), une procession au temple de Pallas, comme s’il y avait à Laurente aïnsi qu'a Troie un sanctuaire de Pallas sur l’acropole, procession de femmes conduite par la reine ($) qui porte les offrandes et est accompagnée de Lavinia ("). La prière qui, du seuil du temple, monte vers la déesse est d’une grande énergie et brillamment traduite de l’Iiade.

our ce fond de trouble et de terreur se détache lumineuse la figure de Turnus, dont Virgile décrit, suivant son usage, l’état d'âme et l'aspect extérieur ($). Il est en proie à la fureur — /urens 486 — ; son âme bondit dans sa poitrine — Exsultatque animis 497 (} — et déjà en espérance 1l se voit aux prises avec l'ennemi. Il s’arme ; il a revêtu sa cuirasse rougeoyante où se hérissent les écaïlles d’airain, passé ses jambières d’or (f) ; il a encore la tête nue ; son épée est à son côté ; étincelant d’or il descend en courant du haut de la citadelle (4). Le morceau très éclatant se termine par la comparaison avec le cheval qui attaché dans l'écurie a rompu ses liens et s’élance fier et libre dans la plaine, regagnant la pâture des cavales ou le fleuve dans lequel il se baigne d'habitude ; il hennit en secouant sa crinière flottante. Tout cela est imité du passage de l’Iiade où Pâris court rejoindre Hector pour se battre à ses côtés ; maïs l’effet du morceau est singulièrement plus saisissant chez Virgile où Turnus emprisonné, lui, dans une enceinte où il frémit d'impatience, recouvre enfin sa liberté et vole où son instinct le mène. |

Par une de ces rencontres, en apparence fortuites, en réalité savamment préparées, il trouve aux portes de la ville Camilla avec sa cavalerte Volsque. Son plan était de déployer la cavalerie en avant de la ville ; justement Camilla s'offre hardiment — Audeo 503 — à remplir cette mission et à arrêter les Troyens et les Tyrrhéniens, tandis que lui — elle ignore encore son plan de bataille — défendra la ville avec l'infanterie. Turnus accepte le dévouement de cette jeune fille, dont la vatllance lui donne le frisson — horrenaa in uirgine 507 — ; il consent à partager avec elle le commandement — mecum partire laborem 510, ducis el tu concipe curam 519 — ; il lui révèle le plan d’Énée (1) et l’'embuscade qu'il ménage à son adversaire, et la charge de recevoir le choc de la cavalerie Tyrrhénienne ; elle sera soutenue par Messapus et les autres chefs déjà prévenus et qu’il exhorte une dernière fois, les escadrons latins et le contingent Tiburtin (2). Puis il marche à l'ennemi.

L'endroit qu'il a choisi pour l’attendre est une de ces vallées profondément encaissées de l’Apennin que Virgile se complaît à décrire (°) ; les pentes en sont couvertes de bois épais et sombres ; on n’y accède que par un sentier étroit ; sur le sommet de la colline est un terre-plain bien dissimulé, position sûre d’où l’on peut attaquer l'ennemi à droite et à gauche, c'est-à-dire sans doute en tête et en queue une fois qu'il est entré dans le défilé et par suite le cerner, ou l’écraser en faisant rouler sur lui de gros quartiers de rocs. C’est là que Turnus se dirige et qu'il s'établit ; l'endroit est admirable ; il semble donc que la tentative doive être couronnée de succès ; par suite l'intérêt pour le lecteur est grand.

Entretien de Diane et d'Opis (532-596). — 8. Le combat n'est pas encore engagé ; on n’en est encore qu'aux préparatifs ; c'est pendant ces préparatifs — 1nterea 532 — que s'intércale, sans interrompre par conséquent cette fois l’action terrestre, une scène dans les demeures célestes — swperis in sedibus 532 (4) — ; Diane s'ouvre à l’une de ses nymphes Opis (5) de la tristesse qui lui cause l'intervention de Camille dans la bataille — fristis 534, caractérisant d’avance le ton de ses confidences —, lui raconte son histoire et la charge de venger sa mort. On à conjecturé que ce récit n'avait pas été écrit primitivement par Virgile pour être mis dans la bouche de Diane. Mais, si long qu'il soit, il n’a pas le caractère d’une intrusion forcée, puisqu'il se trouve justement à un point mort de l’action terrestre et remplit un espace inoccupé. D'autre part, il ne pouvait figurer au Catalogue du VIT livre, à cause de ses dimensions. Enfin, c’est l’usage de Virgile de ne donner des détails sur ses personnages qu’au moment où ils vont agir et lors-

que ces détails ont pour le lecteur un intérêt frais et récent. Ainsi Mézence est brièvement mentionné au Catalogue et ce n'est qu’au VIIIS livre que nous apprenons son histoire (!). Si touchant du reste et d’une couleur si particulière que soit ce récit, il renferme des choses qui, non seulement restent inexpliquées, mais qui paraissent difficilement explicables ; il est donc vraisemblable qu'au moment de la révision il aurait subi quelques retouches.

Diane regrette que Camilla soit engagée dans une guerre cruelle (?), où sa protection ne parviendra pas à la sauver ; elle éprouve pour elle une ancienne et profonde affection, dont elle va raconter les causes. Son père Métabus a été chassé de l’antique Priverne par suite de la haine que soulevait son orgueilleuse tyrannie ; son cas est le même que celui de Mézence et ici s’accuse le peu d’invention de Virgile (°). Dans sa fuite, il a emporté son enfant que, du nom de Casmilla sa mère, il a appelée Camille, Virgile faisant deux mots des variations phonétiques d’un seul ({). Il était serré de près par les Volsques en armes, qui faisaient pleuvoir sur lui leurs traits ; tout à coup — ecce 547 —, ilest arrêté dans sa fuite par l’Amasenus gonflé jusqu'aux bords par les pluies et écumant. Il n'ose s’y risquer à la nage à cause du cher fardeau qu'il porte (5) : après avoir beaucoup hésité, il se résout à ceci : il enveloppe l'enfant dans une épaisseur d’écorce, l’attache au milieu de la lance énorme et solide que tenait sa main robuste (f) ; tout en brandissant cette lance, 1l adresse une prière à Diane en lui consacrant sa fille comme servante — famulam 558 — ; puis il envoie la lance ; pour l'auditeur du récit il y a là un moment d'attente anxieuse et comme un arrêt ; pendant cet arrêt, on entend le mugissement du torrent — sonuere undae 562 — et le sifflement de la lance — taculo stridente 563 — qui passe au-dessus des eaux rapides. Cependant Métabus menacé par la foule qui le poursuit se jette dans le fleuve, reprend triomphalement la lance qui s’est plantée dans le gazon et l’oifre à Triuia, qui a opéré ce sauvetage merveilleux — donum Triuiae 566. Désormais aucune ville ne le reçut dans ses maisons ni dans ses murs — lui-même par sauvagerie s’y fût refusé —, et 1l mena dans les montagnes solitaires la vie des pâtres (7) ; il nourrissait sa fille du lait d’une cavale d’un troupeau non dompté () ; dès qu'elle se tient debout, il lui met entre les mains un javelot, suspend à ses épaules un arc et des flèches ; enfant, elle lance des traits, manie la fronde et abat des grues et des cygnes ; elle ne porte ni bijoux dans les cheveux, ni longue palla ; une peau de tigre lui pend de la tête dans le dos (*). En vain, dans les villes tyrrhéniennes, bien des mères la souhaitent pour bru; se consacrant à Diane

elle vit pure avec l’amour de ses traits et de sa virginité.

Tout cela est charmant, mais il y a bien des choses qui étonnent ; que Métabus avec sa fille soit passé en Étrurie, cela peut être dit, suivant l'expression de Servius, x27% T0 stwrwmeyoy ; que Métabus disparaisse sans que nous sachions ce qu'il devient, c’est ce qu'on peut encore admettre, puisque ce n’est pas à lui que nous nous intéressons, mais à sa fille, et qu’il n’est là que parce qu’il faut bien que Camilla ait un père ; mais comment les mères des villes Tyrrhéniennes ont-elles pu désirer avoir pour bru une fille sauvage vivant dans les montagnes ? Comment, surtout, Métabus et Camilla, ou plus probablement Camilla seule, sont-ils retournés au pays des Volsques ? Nous n'apprendrons que plus tard, par un mot jeté en passant, que Camilla est reine — reginam 801 —, ce qui explique qu'ici ce soit elle qui commande la cavalerie, mais nous ignorons à la suite de quels événements les Volsques l'ont choisie pour succéder à leur ancien tyran qu'ils ont chassé et qu'ils voulaient tuer. Derrière les imaginations très poétiques de Virgile, il y a des réalités confuses qu’il ne s’est pas occupé de nous rendre accessibles.

Quoi qu'il en soit, Diane regrette que Camilla qui lui est si chère soit engagée dans la guerre contre les Troyens et ne fasse pas actuellement partie de son cortège de nymphes (1) ; elle enjoint à Opis de se rendre dans le Latium et lui remet son arc et ses flèches (?) pour tuer celui qui, par une sorte de sacrilège, fera périr sa protégée dont elle se réserve d'enlever le corps avec son armure qui lui restera pour l’ensevelir dans sa patrie (3). Opis descend du ciel (*) dans un sombre et bruyant ouragan (°).

Combat de cavalerie (597-647). — 9. Cependant — inferea ($) 597 —, c'est-à-dire pendant l'entretien de Diane et d’Opis, le détachement troyen — manus…. Troiana 597 —, les chefs étrusques et toute la cavalerie s’approchent (*) des murs de Laurente; Virgile va nous présenter un nouvel aspect de la guerre, que nous n'avons pas encore vu, un combat de cavalerie. Bien que dans sa description émergent des souvenirs homériques, il s'inspire visiblement des combats analogues qu'il avait lus dans les anciens historiens de Rome et elle prend un caractère de réalité saisissante ; il semble que nous sortions pour un instant du domaine de la fiction ; nous voyons, comme dans la guerre véritable, évoluer des masses (8). Toute cette cavalerie s’avance en bon ordre, régulièrement répartie en pelotons — Compositi numero () in turmas 599, mot romain — ; bien que la ligne soit conservée, elle est animée d’un mouvement difficilement contenu ; les chevaux hennissent, bondissent, luttent contre le frein en se tournant à droite et

à gauche — le moment de la charge, qu'ils attendent, n’est pas encore venu — ; c’est au loin comme un champ hérissé de lances de fer — elles ne sont pas encore baïssées pour l'attaque (1) — et la plaine est embrasée par la lueur des armes dressées en l'air. En face apparaissent Messapus et les Celeres Latins — c’est le nom de la cavalerie de . l’ancienne légion (2) —, Coras et son frère() et l’escadron de Camilla — Ala 604, mot romain — ; elle a les lances en arrêt et brandit des javelots. Ce tableau superbe se termine par un vers d’un pittoresque puissant : l'atmosphère prend feu à l'approche de ces hommes et des chevaux qui hennissent — Aduentusque uirum fremitusque ardescii equorum 607.

A portée de traits les deux partis s'arrêtent (*) ; il y a un moment d’hésitation naturel en pareil cas ; tout à coup, ils se chargent en poussant des cris, en excitant les chevaux furieux, en lançant tous ensemble des traits qui sillonnent le ciel et l’obscurcissent. Tyrrhénus et Aconteus (°) se précipitent l’un sur l’autre la lance en avant avec une telle violence qu'ils s’écroulent avec un bruit colossal et que leurs montures ont le poitrail défoncé. Projeté au loin, Aconteus expire ; on dirait le choc de deux chevaliers du moyen-âge ; on le trouve déjà dans les historiens antiques ($).

Aconteus, le Latin, est vaincu ; les Latins troublés prennent la fuite en se couvrant le dos de leurs boucliers contre les Troyens qui les poursuivent (7) ; arrivés auprès des portes, ils poussent des cris et tournent bride ; c’est le tour des Étrusques de fuir à toute allure. C’est la réalité même, puisqu’en général, quand deux troupes à cheval se chargent, 1l y en a une qui se laisse intimider et n'attend pas le choc ; ce mouvement alternatif est comparé par Virgile de la façon la plus heureuse à celui du flot, qui monte sur le rivage, puis en redescend. Deux fois la chose se produit ; à la troisième rencontre les deux troupes s’accrochent et se pénétrent ; le corps à corps a lieu ; ce sont alors les gémissements des mourants, les armes, les hommes, les chevaux blessés, qui roulent dans le sang versé à flots (8) ; une âpre mêlée s’engage (?). À cette vision d'ensemble succèdent deux combats singuliers. Orsilochus, un Troyen, n’osant pas attaquer Remulus (1), darde contre le cheval sa lance, qui s'implante au-dessous de l'oreille ; le cheval rendu furieux par la douleur, se cabre, bat l’air de ses pieds de devant et désarçonne son cavalier (4). Pour la symétrie, car tout cela est réglé et c'est un mélange de réalisme dans le détail et d’arrangement dans l’ensemble, Catillus, l’un des deux commandants du contingent Tiburtin, abat un géant, Herminius Iollas, colossal par son courage, colossal par ses dimensions et son armure, qui, la tête nue, avec une

chevelure rousse, les épaules nues, offrait un vaste espace aux blessures dont il ne se souciait pas ; ses larges épaules (1) sont traversées par la lance et il se plie en deux (?). Le développement se clôt par une nouvelle vision d'ensemble : sang noir qui coule partout, massacre réciproque ; mais Virgile éclaire ce qu'il y a là de matériel par un trait idéakiste, lhéroïsme des combattants qui aspirent à une mort glorieuse () ; jusqu'ici nous n'avions vu que les corps; les âmes se révèlent. .

Aristie et mort de Camilla (648-867). — 10. Le sang ruisselle, les âmes s’exaltent ; c'est dans ce cadre — medias inter caedes 648 — que Virgile place l’aristie de Camilla ; cette aristie est attendue et nécessaire ; il faut que Camilla accomplisse de grandes prouesses avant de succomber, et si elle nous a été présentée avec tant de soin, c’est pour nous préparer à assister à ses exploits. En mettant sous nos yeux un combat de cavalerie, Virgile manifeste nettement son intention de varier et de rompre la monotonie de la bataille homérique. Il revient à l’IHade avec le motif de l’aristie ; mais il la dépasse en faisant figurer des Amazones et empiète sur le terrain des Posthomériques. L’Enéide est plus riche que } Iliade et ajoute ce qui manque à ce poème. Comprendre beaucoup est l’ambition de Virgile et c'était là sûrement un des caractères distinctifs qu'il voulait qu'on attribuât à son œuvre.

L'aristie de Camilla ne diffère point de celles qui précèdent en ce qui concerne l'individualisation des victimes, la diversité de physionomie des rencontres, des coups portés, de la façon de mourir. Il y a quelque chose de particulier dans la souplesse et l’agilité de l'héroïne, dans l'adresse avec laquelle elle manie les armes les plus variées ; comme tous les combattants de Virgile, elle est en proie à la fièvre guerrière poussée jusqu’au paroxysme. Pour la première fois elle nous apparaît comme une véritable amazone en tenue de combat, la tunique ouverte sur le côté — Vnum exserta latus pugnae 649 — ; tantôt elle lance des javelots, tantôt elle manie la hache robuste à deux tranchants ; elle porte un arc doré (#) et les flèches, armes de Diane, dont elle se sert pour couvrir sa retraite, lorsqu’elle est momentanément obligée de fuir. Elle a autour d’elle une escorte d'honneur, des vierges italiennes choisies par elle et à qui Virgile a donné des noms latins connus : Larina, Tulla, Tarpeia (5) qui la servent fidèlement dans la paix et dans la guerre — pacisque bonas bellique ministras 658 — ; nous nous demanderions à quoi elles peuvent lui être utiles dans la paix, si Virgile ne nous disait plus loin, tardivement, qu’elle est reine des Volsques. C’est une invention curieuse que ces Amazones italien-

nes ; par une fantaisie gréco-romaine analogue, Amata et les femmes du Latium nous avaient été représentées comme des Bacchantes ; elles sont du reste assimilées à leurs sœurs helléniques, les Amazones de Thrace, auxquelles Virgile fait fouler les rives du Thermodon — réunissant par syncrétisme leurs deux séjours légendaires — et qu'il nous montre guerroyant avec leurs armes peintes (1), groupées autour d'Hippolyte ou de Penthésilée, et bondissant avec leurs boucliers échancrés dans un tumulte de cris aigus. La comparaison n'a pas seulement pour but de fournir des vers gracieux, mais de nous prévenir que nous allons assister à un combat d’Amazones ; l'indication n’est du reste exacte qu’à moitié, puisque dans la suite Camilla seule combat et qu’il n’est pas question de la part que peuvent prendre à l’action ses compagnes.

Pour nous avertir qu'ilnes Den jamais beaucoup de son modèle principal, Virgile introduit l’aristie de Camilla par l’apostrophe homérique qui précède l’énumération des exploits de Patrocle avant sa mort (?). Camilla tue coup sur coup onze ennemis, les dix premiers avec le javelot ; sur les circonstances de leur mort Virgile donne quelquesuns de ces détails par lesquels il espère piquer la curiosité et soutenir l'attention ; Euneus, fils de Clytius (#), a la poitrine, qu’il avait découverte (), traversée ; il tombe en vomissant des ruisseaux de sang (°), mord la terre ensanglantée ($) et se roule en mourant sur sa blessure ; Liris renversé sur son cheval blessé par en-dessous périt, tandis qu'il essaie de rassembler les rênes, en même temps que Pagasus, qui, pour l'empêcher de tomber, lui tendait une main désarmée ; d’Amastrus nous apprenons seulement qu'il descend d'Hippotadès ; les quatre suivants ne sont que des noms grecs réunis en un seul vers ; la rapidité avec laquelle Camilla fait ainsi huit victimes est sans doute voulue pour montrer qu’elle est une guerrière redoutable (7) ; l'épisode suivant est plus développé : Ornytus est remarquable par l’étrangeté barbare de son accoutrement ; c’est un chasseur monté sur un cheval d'Iapygie dont les larges épaules sont couvertes de la peau d’un taureau bataiïlleur, la tête prise dans une énorme mâchoire de loup avec ses dents blanches ($), la main armée d’un javelot (°) ; il dépasse son entourage de la tête (12) ; bien que ce soit un géant, et que Camilla ne soit qu’une femme, elle l’abat sans grande peine, en le choisissant dans la foule des fuyards, le transperce et l’avertit haineusement (1) qu'il s’est trompé s’il a cru venir à une partie de chasse ; elle le console ironiquement en lui disant qu’il tombe sous les coups de Camilla ; il y a là un sarcasme plutôt qu’une vantardise. Elle a ensuite raison de deux Troyens, qui sont également de très haute

taille — duo maxima Teucrum Corpora 690 sq. — ; l'intérêt est dans la diversité de traitement qu'elle leur inflige ; Butès (1!) qui vient de figurer comme vainqueur de Remulus, fuit sur son cheval devant elle ; de sa lance elle l’atteint au cou par l’interstice que laissent entre eux le bord inférieur du casque et le bord supérieur de la cuirasse (?) et que ne couvre pas le bouclier pendu à son bras gauche. Quant à Orsilochus, il poursuivait Camilla, qui pour lui échapper décrivait un grand cercle ; en resserrant le cercle elle parvient à devenir de poursuivie poursuivante et, se dressant de toute sa hauteur (5), elle lui fend le crâne à coups de hache répétés, sans avoir égard à ses prières (4).

Tout ceci est raconté brièvement ; la rencontre avec la dernière victime est plus développée et se double de traits de mœurs et d’éléments comiques ; après des aperçus rapides, Virgile a voulu donner un tableau plus large. Les Romains affectaient d'attribuer aux étrangers toutes les mauvaises qualités en gardant pour eux les bonnes ; les Ligures passaient pour d’abominables fourbes (5) ; l’un d’eux, fils d'Aunus, habitant de l’Apennin, se trouve tout à coup en face de Camilla ; épouvanté ($), sans moyen d'éviter le combat, il recourt à la ruse; il feint de n’attribuer l'assurance de Camilla qu’à la vigueur de son cheval qui lui permet de fuir ; 1l la défie à un combat de pied ferme, pour lui faire voir à qui nuira une vaine gloriole (7). C’est sans doute intentionnellement que Virgile laisse Camilla, dont une faiblesse du caractère féminin va causer la perte, se prendre à ce piège enfantin. Furieuse, piquée au vif par l’outrage (8) elle met pied à terre et se prépare à combattre avec l'épée (°), ce que nous ne lui avons pas encore vu faire ; toutes les armes lui sont bonnes ; aussitôt le fils d’Aunus tourne bride et éperonne son cheval (19) ; Camilla lui crie que son stratagème ne le préservera pas de la mort ; dans une course rapide comme la flamme (1) elle dépasse le cheval, lui fait face, saisit les rênes et se venge d’un ennemi détesté (12). Tous les exploits de Camilla sont accomplis avec une sûreté et une aisance remarquables ; on sent chez elle une supériorité qui ne se dément pas. Ici, Virgile la compare à l’épervier, oiseau sacré, qui atteint une colombe dans la nue, la saisit et la déchire de ses griffes recourbées ; le sang et les plumes arrachées tombent du haut des airs (1).

Le rythme de l’aristie chez Virgile est constant ; les prouesses du chef impriment à son parti un élan, qui lui fait prendre l'avantage sur l'ennemi démoralisé. L'intervention de Jupiter (4) pour rétablir l'équilibre montre que la balance penche en faveur des Latins ; il sera plus dramatique — c’est là une péripétie — de leur arracher la victoire au moment où ils croient la tenir. Jupiter au X° livre a promis

d'être impartial et d'abandonner chacun au mérite de ses œuvres ; en réalité, il surveille la bataille et la dirige ; après la disparition involontaire de Turnus au Xe livre, il a fait apparaître Mézence pour disputer les dernières chances ; ici c'est Tarchon, le général de l’armée étrusque, qu'il suscite (?) pour rallier les fuyards — cedentia… agmina 729, pulsos 731 — et qu'il anime violemment de colère — sas 728. Tarchon les interpelle chacun par son nom et les injurie avec la dernière violence (?) ; il les traite de lâches, qu'une femme met en déroute (8) et fait d'eux un portrait ironique, mordant au possible ; ils ne savent pas se servir du fer qu'ils portent (*), mais ils sont prompts aux luttes nocturnes de l’amour et quand la flûte donne le signal des fêtes de Bacchus ; gourmands de bonne chère et de vin, qu'ils attendent donc () que l’haruspice annonce favorablement le sacrifice et qu'une grasse victime les appelle dans les bois sacrés. Il n’est pas douteux que ces vers ne soient une satire faite en connaissance de cause par Virgile des Étrusques ses contemporains, dévots et friands de cérémonies religieuses, qui n'étaient souvent pour eux qu'un prétexte à beuveries et à mangeailles (f).

Après cette harangue outrageante, Tarchon se précipite dans Ja mêlée pour mourir au besoin, comme ceux de ses compatriotes qui ont déjà succombé et il accomplit un exploit surprenant. Il lance son cheval et, bouleversé par la fureur —#urbidus 742 —, se jette sur Vénulus, l'ambassadeur qui a été envoyé auprès de Diomède et qui ne paraît pas être un bien bon guerrier ; il l’enlève de son cheval, l'entoure de son bras droit et l'emporte devant lui (”). Une grande clameur s'élève (8) et tous les Latins tournent les veux vers ce spectacle (°). Tarchon brise le bout de la lance de son adversaire et cherche l'endroit propice où 11 pourra lui enfoncer le fer dans le corps ; celui-ci lutte pour écarter de sa gorge la main qui le menace et maîtrise la force par la force. Le morceau se termine par une imitation du célèbre passage de 'Jliade qui décrit le combat de l'aigle et du serpent (#). Virgile laisse l'issue incertaine, mais Tarchon est le vainqueur, puisqu'il emporte sa proie. Encouragés par l'exemple et le succès de deur chef, les Étrusques chargent l'ennemi — Maeonidae (1) incurrunt 750.

Ainsi le succès remporté par les Latins est annulé ; mais ce qui . entraîne la défaite d’un parti, c’est la mort de celui qui le commande. Virgile a longuement développé la mort de Camilla. Indépendamment de l'importance qu'elle a dans la suite des événements, c'est un motif touchant, qui devait faire versèr des larmes. Les autres jeunes héros, Euryale, Lausus, Pallas, dont Camilla est le pendant féminin, périssent dans les hasards de la guerre, les deux derniers sous les coups

de guerriers plus robustes qu'eux ; Camilla est tuée par un coup de traîtrise. Si Virgile a choisi pour elle ce genre de mort, ce n’est pas seulement pour varier, c’est surtout pour nous apitoyer davantage ; notre sympathie va tout naturellement à la victime d’un traître ; c’est aussi pour accentuer la vaillance de l'héroïne, dont une surprise seule a pu avoir raison. Quant à cette surprise même, elle n’est rendue possible que par le caractère de Camilla ; Virgile à fait d’elle pour les qualités guerrières légale des hommes, mais ce n’est point une virago ; elle est jeune fille et femme ; elle a ses faiblesses et c’est par ces faiblesses qu'elle donne prise sur elle. Nous l’avons vue témoigner à l'égard du fils d'Aunus d’une crédulité naïve et se laisser tromper par une ruse facile à éventer. Si elle perd la vie, c’est d’abord qu'elle s’abandonne tout entière à l’ardeur du combat, c’est ensuite parce qu’au moment fatal, elle est emportée par la convoitise féminine de dépouilles magnifiques dont elle veut s'emparer et qu’elle ne fait pas attention à autre chose. Le motif des dépouilles homicides a déjà servi à Virgile pour justifier la mort d’'Euryale ; il souligne ainsi la ressemblance de la psychologie de la jeune fille avec celle de l'adolescent.

Donc Camilla est épiée par un certain Arruns (1), Étrusque, son nom l'indique, et de l’armée ennemie ; celui-ci la suit dans les incidents -de la mêlée (?) en évitant d'attirer son attention, ne la perd pas de vue (®) et cherche.le moment favorable pour lui darder sa lance, qui ne manque pas le but — certam.… hastam 767. Or Camilla a été fascinée par le luxe de l’armement de Chloreus, consacré à Cybèle, prêtre et devin (4); Virgile décrit en détail son costume phrygien, puisque c’est justement la somptuosité de ce costume qui cause la perte de Camilla ; Chloreus monte un cheval écumant dont la housse est une peau de bête à laquelle sont attachées par des fils d’or des écailles d’airain (5) ; il lance des flèches de Gortyne avec un arc lycien (5) — deux épithètes d'excellence —; son arc (’) et son casque sont dorés ; il est vêtu de deux espèces de pourpre ; sa chlamyde de lin couleur de safran, dont les plis bruissent, est nouée sur l'épaule et retenue par une fibule d’or ; ses tuniques et ses braies barbares sont brodées (8) ; cet étalage d’un luxe dont la pourpre et l'or font la base, comme toujours chez Virgile, a de quoi séduire des yeux féminins. C’est en effet tandis que Camilla suit Chloreus à la piste (°), aveuglée, imprévoyante, tout entière au désir d'une si belle proie — caeca.…. incauta 781, Femineo praeduae et spoliorum ardebat amore 782 —, qu'Arruns trouve le moment propice pour lui darder sa lance à l’improviste ; auparavant il formule une prière,

qui, suivant l'usage Virgilien, est en relation étroite avec le personnage ; elle est adressée à Apollon, gardien du Soracte sacré (1) dont les habitants et Arruns lui-même sont au premier rang (?) parmi ses adorateurs et marchent pour lui faire honneur sur la braise ardente des feux de pins (ÿ). Arruns a l’ambition de venger la honte des siens qui se laissent vaincre par une femme, mais ne prétend pas dépouiller son cadavre pour en faire un trophée, satisfait qu'il sera de rentrer dans sa patrie sans recueillir la gloire de son exploit. On est étonné de cette modestie ; elle cache sans doute une certaine lâcheté, qui lui interdit de se mesurer avec Camilla face à face ; c’est donc en somme, sous les apparences du désintéressement, un hommage indirect rendu à la victime.

Phoebus n’accorde à Arruns qu’une partie de ses vœux ; Camilla succombera, mais lui ne reverra pas sa patrie (*). Le trait part; au bruit, tous les regards des Volsques se tournent vers leur reine. Enfiévrée par sa poursuite, celle-ci n’entend rien (°) ; le trait s’enfonce dans son sein et boit son sang virginal. Ses compagnes affolées — trepidae 805 — accourent pour soutenir leur maîtresse sur le point de tomber et la soutiennent (f). Le plus effrayé de tous c’est Arruns qui, à la fois joyeux et épouvanté, s'enfuit sans oser l’affronter, quoique blessée. Une comparaison dont le fond est homérique (?) l’assimile à un loup qui, ayant tué un pâtre ou un jeune taureau de grande taille, gagne la montagne avant que les traits vengeurs ne s’abattent sur lui, conscient de son méfait et ramenant sous lui sa queue. Aïnsi Arruns bouleversé — urbidus 814 — et trop heureux d'échapper — Contentus… fuga 815 — disparaît $) et se perd parmi les combattants (?).

Virgile a décrit d’une façon très délicate la mort de Camilla, qui s'éteint comme une faible femme ; elle cherche en vain à arracher le trait dont le fer est fixé entre les côtes : elle s’affaisse à bout de sang ; ses yeux froids défaillent, le coloris éclatant de son visage l’a abandonnée, c'est-à-dire que ses forces, sa chaleur, ses couleurs s’en vont à la fois. Elle s'adresse alors à Acca, sa plus chère confidente, qui n’a pas été mentionnée parmi les Amazones nommées plus haut, par suite du procédé virgilien de ne pas faire figurer les personnages avant qu'ils n’entrent en scène ; elle lui décrit ce qui se passe en elle : jusqu'ici elle a pu agir ; mais la blessure douloureuse a raison de son énergie ; autour d’elle tout devient noir. Pourtant à la défaillance physique survit la force morale ; elle songe à sa responsabilité dans la conduite de la guerre ; comme un chef, qui transmet le commandement qu'il ne peut plus exercer, elle charge Acca de pré-

venir Turnus pour qu’il prenne sa place sur le champ de bataille (1) ; elle meurt en guerrière comme elle a vécu ; si Virgile, en construisant son personnage n’a pas suffisamment élucidé les réalités, il a donné à son caractère la clarté et l'unité morale. Camilla abandonne les rênes et malgré elle glisse à terre (?). Glacée, elle se dégage peu à peu de son corps ($), laisse, mourante, pencher son cou flexible et sa tête, et son âme indignée s'enfuit en gémissant chez les ombres (4). À ce tableau gracieux et doux s'opposent la clameur immense qui va frapper les astres d’or (5), la fureur du combat qui devient plus violent, la ruée des Troyens, des chefs Étrusques et des Arcadiens (f), qui se sentent victorieux. Tout cela est très beau.

Après le crime, le châtiment. Opis, qui du sommet des montagnes surveille les choses par l’ordre de Diane (7) et qui a vu Camilla mourir au milieu des clameurs des guerriers furieux, gémit et lui fait une courte oraison funèbre. Elle la plaint du sort cruel que lui a valu son intervention dans la guerre et du fait qu’elle n’a pas été récompensée de s'être vouée à Diane. En même temps elle relève ce qu’il y a de glorieux dans cette mort même et dans la sympathie de Diane, soucieuse de sa gloire ($) et qui veut qu’elle soit vengée (°). Puis elle descend d'un vol rapide sur un énorme tumulus couvert d’yeuses (1) sous lequel reposait Dercennus, un ancien roi Laurentin (1). Elle cherche et aperçoit Arruns et, dans des termes menaçants et méprisants, elle l'invite à venir se faire tuer comme il le mérite, en s’étonnant 1roniquement de l'honneur que lui fait Diane qui ne veut pas qu'il meure par d’autres traits que les siens (12). Alors dans ce style net et élégant qu'il emploie lorsqu’à l’imitation d'Homère :il décrit minutieusement une opération matérielle, Virgile la montre tirant la flèche du carquois doré (#), l’ajustant sur l'arc, tendant celui-ci de façon que les deux extrémités se rapprochent et que, ses deux mains étant sur la même ligne, la gauche touche la pointe de la flèche, la droite et la corde de l’arc son sein (4). La flèche siffle, l’air résonne et en même temps Arruns est touché. Ses compagnons l’abandonnent sans même savoir où il meurt (#). C’est la punition de son attentat. Opis retourne dans l'Olympe.

Déroute des Rutules. Turnus et Enée devant Laurente (868-015). — 11. Désormais c’est la déroute : l’escadron léger de Camilla lâche pied le premier, puis les Rutules qui ont perdu leur sang-froid et ceux que commande Atinas, sans doute les Latins (1%). La débâcle est décrite avec un réalisme énergique ; les chefs ne sont plus avec leurs hommes, les manipules (17) laissés à eux-mêmes refluent vers la ville, où ils trouvent un abri ; c’est l’envers du bel ordre qui régnait avant la

CARTAULT. 51

bataille. Dans ce sauve-qui-peut, on ne songe ni à arrêter les Troyens, ni à se défendre : les arcs sont aux épaules, le galop des chevaux secoue la plaine (t). Un noir nuage de poussière roule (?} vers les murs de Laurente et du haut des postes de vigie les femmes poussent, en se frappant la poitrine, des cris qui montent vers les astres (?). Alors se produit un désastre effroyable : les premiers fuyards pénètrent par les portes ouvertes (*), confondus avec l'ennemi qui les tue à l'entrée de la ville, dans l’intérieur des murs, jusque dans l'abri des maisons. Une partie des défenseurs ferment alors les portes et refusent par peur de recevoir leurs compagnons malgré leur prière. Ils interdisent l’accès les armes à la main, les fuyards se précipitent sur leurs armes et c’est un lamentable massacre réciproque (*). Sous les yeux de leurs parents (6), les soldats entraînés par la masse roulent au fond des fossés ou se heurtent à bride abattue contre l'obstacle des portes, dont les barres ne cèdent pas. Du haut des murs, les femmes (*}) affolées lancent des traits ou à défaut d'armes combattent avec des massues de chêne et des épieux durcis au feu, exposant ardemment leur vie pour leur patrie.

Cependant — interea 896 — Turnus dans la forêt reçoit de la one d’Acca la nouvelle cruelle de la défaite totale : les Volsques anéantis (8), Camilla tuée, l'ennemi féroce emportant tout dans son succès, Laurente menacée. Fou de rage — furens 901 —, il abandonne — c'est la volonté impitoyable de Jupiter — la position qu'il avait occupée sur les collines dans les âpres fourrés. À peine était-il hors de portée de la vue, qu'Énée s'engage dans les défilés, qui lui sont ouverts, franchit les hauteurs et sort de la forêt. Les deux armées se dirigent à marche forcée vers Laurente. Énée aperçoit à distance la plaine noire de poussière et les troupes Latines, et en même temps Turnus reconnaît Énée en armes, entend le pas des fantassins qui approchent et le souffle des chevaux (*). Il est vaincu sans avoir combattu ; le recul de sa cavalerie a fait échouer son plan, si bien combiné qu'il fût. Les deux adversaires sont sur le point d'engager la bataïlle ; mais le jour baisse ; ils campent et se retranchent.

Conclusion. — 12. Le XI hvre se divise en trois parties nettement différentes de sujet et de ton ; dans la première qui est grave et triste, les survivants de la bataille de la veille rendent les derniers devoirs et témoignent leurs regrets à ceux qui se sont sacrifiés pour leur assurer la victoire ; Pallas est honoré de funérailles solennelles et pompeuses. Il reçoit le tribut des plaintes mesurées et officielles d'Énée, désolées et à la fois résignées de son père. Les Troyens anonymes sont ensevelis régulièrement au milieu de l'émotion des leurs ; du côté des vaincus

c'est l'enterrement sans ordre et le deuil confus que produit le désespoir de la défaite. La seconde partie, c'est la grande délibération dans le pakis de Latmus avec une variété remarquable d'effets ; d'abord le récit fait par Vénulus de l'ambassade qui est un éloge indirect d'Énée et qui le fait apparaître singulièrement grand et redoutable, puis l’exposé pessimiste de la situation par Latinus qui montre et le danger et l'absurdité sacrilège de la lutte entreprise contre les Troyens, enfin les violents mouvements oratoires de l’altercation entre Turnus et Drancès, l'opposition entre deux caractères, l’un vil et l’autre noble, entre deux éloquences, celle de Drancès très ample, très pathétique, très pressante, destinée à agir puissamment sur le public et à tout emporter, tout en satisfaisant une rancune individuelle implacable, mais qui au fond sonne faux, celle de Turnus plus acérée, plus incisive et pius vraie, qui terrasse son lâche adversaire et Le cloue à terre Sans qu'il puisse se relever. Dans la troisième partie, nous revenons à la description de combats qui par certains côtés ressemblent à ceux du. livre précédent mais qui ont pourtant un aspect neuf et original ; il s'agit d'une bataille de cavalerie, qui prend pr moments un aspect réel et historique.

Énée et Turnus tiennent une grande place dans le XIe livre. Le grand caractère attribué par Virgile à Énée au X£ livre se maintient et se complète. Après la victoire remportée, il sait qu'il a encore une lourde tâche à remplir ; il s’y donne avec une activité, une maîtrise qui révèlent un homme supérieur, rend d’abord grâces aux dieux qui l'ont protégé, organise les cérémonies dues aux morts, rend hommage à Pallas et s’apitoie sur le sort de son malheureux père ; 1l fait tout ce qu'il a à faire ; il le fait bien et nous n'avons rien à lui reprocher. En même temps il a repris les sentiments d'humanité qui sont le fond de sa nature et qui avaient un instant disparu dans la fureur du combet. Guerrier sans peur, mais en même temps politique avisé, il conclurait volontiers la paix ; il accueille avec bienveillance les vaincus, il est prêt à désarmer si on lui accorde son dû ou à vider la querelle en combat singulier. Mais il ne s'endort pas sur de vaines espérances, ne laisse pas refroidir sa victoire, conçoit pour venir à bout des dernières résistances un plan de campagne habile et l’exécute aussitôt qu'il le peut. Turnus est pour lui un digne rival ; comme général et comme soldat il n’est pas loin de son niveau ; mais il n’a pas le sangfroid d’Énée : il est bouillant, emporté. En outre, Énée a le calme et la sérénité que donnent le succès et la faveur attestée du destin ; Turnus est un vaincu sur lequel planent un mauvais vouloir et des récriminations, Il à des ennemis dans son parti. Drancès et le peuple

lui imputent des revers qui ne sont pas son fait ; Latinus ne le suit qu'en gémissant et sans confiance dans la guerre, à laquelle il ne consent que parce qu'il a la main forcée et dont il n’espère rien de bon. Turnus a donc à combattre jusque dans son propre camp ; c’est pour cela qu’il lui faut tendre toute son énergie. Ses sentiments sont violents, exaspérés ; 1l lutte contre tous et contre tout et c’est ce qui nous le rend sympathique.

Ni Énée ni Turnus ne figurent ici dans le combat ; ils cèdent la place à Camilla qui est l’héroïne, sinon de tout le livre, au moins de la dernière partie. Virgile paraît avoir été séduit par le désir de peindre l'aspect pittoresque d’une Amazone et d'emprunter à ses prédécesseurs des détails piquants ; mais ceci est tout extérieur et il a fait plus ; il a créé-un type très touchant de vierge guerrière. Nourrie en plein air et dans la pratique des exercices du corps, elle représente l’idéal de la nature féminine entraînée physiquement et parvenue au plus haut point de souplesse et de vigueur ; en même temps elle a acquis par le développement que donnent les sports une assurance et une vaillance presque virile. Elle à pourtant conservé une âme de jeune fille avec des naïvetés et des ardeurs qui causent sa perte. Sa mort est la défaillance d’une nature féminine qui s’affaisse, se ploie et expire moelleusement.

Le XIe livre appartient à ce stade de la rédaction. virgilienne où les morceaux constitutifs de l’ensemble, ramenés des hasards de l’improvisation à une forme plus ferme et plus correcte, ont été mis à la place qu'ils doivent occuper ; deux seulement se terminent par un vers inachevé et n'ont pas été soudés exactement au contexte ; mais on ne trouve aucune trace de retouches faites à tête reposée, de repentirs et de correction. J'ai signalé au fur et à mesure des disparates, des choses qui ne sont pas suffisamment expliquées, et même, çà et là, des expressions qui ne semblent pas avoir toute la netteté et la maturité désirables. Tout cela appelait une révision ; il n’y a nulle trace que cette révision fût commencée, quand Virgile est mort.

NOTES CDUSCEHARITRES XIL

P. 778. (!) 1 Oceanum interea surgens Aurora reliquit se trouve déjà IV, 129, où interea est nettement justifié par le fait que l'entretien de Junon et de Vénus a lieu pendant la nuit. — (2) 4 Vota deum, cf. Prop., IV, 1, Tlunonis uotum ; il n’a pas été question de ces vœux précédemment ; ceci est donc dit xaTà T0 otwmwuevoy ; primo... soluebat Eoo, hémistiche analogue, III, 588 primo surgebat Eoo. Les événements qui vont de la grande bataille du X® livre jusqu’à la fin de l’Enéide se répartissent en Journées de la façon suivante : L. XI, première journée: érection du trophée à Mars, organisation de la pompe funèbre de Pallas ; ambassade des Latins à Enée, conclusion d’une trève de douze jours — nous verrons qu'il n’y a pas lieu de tenir compte de ces douze jours, qui ne sont qu’une imitation homérique de pure forme et ne correspondent à aucune réalité — ; nuit qui suit la première journée : arrivée du corps de Pallas à Pallanteum. Deuxième journée : elle est consacrée par les Troyens à la crémation de leurs morts ; les Latins brûlent également les leurs. Troisième journée : les Latins continuent à brûler leurs morts ; 1l ne se passe rien chez les Troyens. Quatrième journée : les Latins: achèvent de brûler leurs morts. Grande assemblée politique à Laurente dans le palais de Latinus. Interruption de la délibération par l'annonce que les Troyens marchent sur Laurente. Bataille de cavalerie perdue par les Latins. Turnus est obligé d'abandonner l’embuscade où il attendait Énée et revient précipitamment couvrir Laurente. L'arrivée de la nuit empêche l’action décisive. — L. XII, nuit qui suit la quatrième journée, Turnus accepte de se rencontrer avec Énée ; cinquième journée ; conclusion d’un accord solennel, rupture de l’accord, dernière bataille, combat singulier d’Énée et de Turnus, mort de Turnus. — (3) 5 le motif du chêne servant pour le trophée a déjà figuré X, 423. — (£) 6 sq. ce sont les armes d'Haemonidès qu'Énée, X, 541 sq. manifeste l'intention de consacrer en trophée à Mars ; mais depuis, les événements ont marché ; de là, modification dans la conduite d’Énée, sans qu’il y ait lieu de parler de contradiction et de disparate. — (5) 9 sq. bis sex thoraca petitum Perfossumque locis, au Xe livre Mézence est blessé par Énée ; c’est la première blessure dont il soit fait mention ; assurément il à auparavant soutenu de rudes chocs, mais on ne peut admettre que sa cuirasse ait été perforée douze fois, sans qu’il reçût lui-même une égratignure. Il semble qu’il y ait là un désaccord provenant de ce que la fin du Xe livre et le début du XIE ne sont pas du même jet. Comme on peut toujours tout expliquer, quand on est conciliant à tout prix, on dira, si l’on veut, qu'il s’agit de la cuirasse portée

par Mézence dans toutes ses campagnes et dont les cicatrices mêmes étaient pour lui un sujet d’orgueil. — (6) 11 ensem... eburnum, le prototype est sans doute l’épée qu'Euryalos se propose, Od., VIII, 404 sq. d'offrir à Ulysse, Kohsdy 0 veoroigtov ééoavros ’Apptôeodtvnrat. — (7) ingentem quercum 5 est en corrélation avec ingentem... hastam,,, uastis... ATMIS CC ARE CCE

P. 779. (1) 19 uellere signa, qui se trouve déjà G. IV, 108, est le terme romain technique ; Serv. ad 1. «uellere » autem proprie dixit, quia Romana signa figebantur in castris, et, cum ad bellum eundum esset, captatis auguriis auellebantur e terra. — (?) Virgile accentue le caractère lugubre qu'il entend imprimer à la scène par IL procédé qui lui est familier de la répétition du mot significatif, ici maestus : 26 maestam, 35 maestum, 38 maesto, 52 maesti, 76 maestus, 92 maesta ; l'impression lugubresecontinue plus loin, 147 maestam, 189 maestum, 211 maerentes, 216 maerentum ; plus loin pour une autre cause, 226 maesti, 454 maesti, 482 maestas. — (ÿ) 27 quem non uirtutis egentem, Serv. Ennii uersus est ; 28 est la répétition textuelle du vers célèbre, VI, 429. — (#) 29 recipitque ad limina gressum, recipit montre nettement qu'Énée retourne à l'endroit d’où il est venu pour s'acquitter des vœux et ériger le trophée ; mais quel est cet endroit ? il est désigné par limina 29, foribus... altis 36, regia 38 ; c'est évidemment le quartier général d'Énée, une sorte de praetorium ou, si l’on veut, un palais, puisque le premier établissement des Troyens tient à la fois de la ville et du camp; c’est là qu’on a transporté provisoirement le corps de Pallas. Serv. 2, consuetudo Romana fuit ut polluti funere minime sacrificarent. Si tamen contingeret ut uno eodemque tempore et funestaretur quis et cogeretur operam dare sacrificuis, elaborabat ut ante sacra compleret quam funus agnosceret. Virgile ne semble pas avoir tenu compte de cet usage ; tout n’est pas nécessairement romain dans l’Enéide, toutefois, par esprit de.conciliation, on peut admettre que la regia d’Énée est assez vaste pour se prêter à la fiction suivant laquelle il y aurait passé la nuit sans prendre connaissance de la présence du cadavre de Palas. — (5) 35 Et maestum Iliades crinem de more solutae, les commentateurs sont embarrassés pour accorder ce vers avec IX, 217 où il est dit que la mère d’'Euryale est la seule qui ne soit pas restée en Sicil:. Ils en concluent que ce sont des Troyennes jeunes ; Serv. ad h. I. veut qu'il s'agisse de servantes, mais cela est impossible puisqu'elles sont distinctes de la famulum... manus ; l’assistance est partagée nettement en deux groupes, d’une part les serviteurs, de l’autre les personnages libres. Ii est possible que Virgile, qui ne se préoccupe pas outre mesure de l’exactitude des réalités, introduise ici machinalement une formule courante, d'autant que 35 répête presque textuellement, III, 65, Et circum Iliades crinem de more solutae. — (6) 36 foribus sese intulit altis, fin de vers très analogue 462 sese et tectis citus extulit altis.

P. 780. (1) 45 sq. Non haec Euandro de te promissa parenti Discedens dederam, 152 est modelé d’une façon très analogue, Non haec, o Palla, dederas promissa parenti. — (?) 46-48 présentent la scène du départ autrement que VIII, 558 sqq. ; mais ce n’est qu'une contradiction apparente ; Virgile n'est pas obligé de tout dire et il a pu y avoir entre Évandre et Énée des conversations qu'il n’a pas rapportées ; 47 Mitteret in magnum imperium, expression reprise de VI, 812 Missus in imperium

NOTES DU CHAPITRE DOUZIÈME &81r

magnum ; 48 cum dura proelia gente, même motif V, 730, gens dura atque aspera cultu. — (3) Serv. ad 59, « flere » est cum uoce lacrimare. — (4) 59 miserabile corpus, locution fixée, cf. Buc., V, 22 corpus miserabile. — (5) 60 toto lectos ex agmine, c’est-à-dire, comme l’a bien vu Serv. ad. l., qu'il y aura des Troyens, des Tyrrhéniens, des Arcadiens, soit un détachement de chaque nation ; mais ceci n’est pas d’accord avec 92 sq. Teucrique sequuntur Tyrrhenique omnes et... Arcades et 171 Tyrrhenum exercitus omnis, c’est là une incohérence résultant sans doute de la composition par fragments. — (6) Gr supremum... honmorem se retrouve 76. — (7) 68-71 c’est une variation de la comparaison, IX, 435 sqq. appliquée à Eurvale ; 68 est sous l'influence de Catulle LX (LXITI) 43 Idem cum tenui carptus defloruit ungui. — (8) 72-75, 75 est repris littéralement de IV, 264 ; il semble donc que de ces deux étoffes l’une soit justement la laena luxueuse sous laquelle Énée se pavanait à Carthage ; il a gardé les cadeaux de Didon et 1l en fait des libéralités, ce qui choque notre délicatesse moderne ; 72 ostroque auroque rigentis, fin de vers modelée sur I, 648, signis auroque rigentem. — (?) 76-77 Serv. ad. l'entend : harum unam induit iuueni, altera caput eius uelauit, nam supra duas uestes dixit esse prolatas ; mais altera manque dans Virgile ; le passage semble vouloir dire simplement que de ces deux étoffes, Énée en choisit une qu’il consacre à Pallas. — (10) Serv. ad 80 uel Pallas uel Aeneas : nam ambigue positum est; mais l’ambiguité n’est qu apparente, il s’agit en effet ici non pas de ce qui revient naturellement à Pallas, mais de ce dont Énée le gratifie par surcroît et par générosité, d’abord une grande partie du butin fait en commun, puis une partie de celui qu'il avait fait personnellement.

P. 781. (1) 86 Pectora nunc foedans pugnis nunc unguibus ora reproduit avec variation, IV, 673 Vnguibus ora soror foedans et pectora pugnis ; 87 toto proiectus corpore terrae imite, 17, XVIII, 26, où il est question d'Achille, Adtoç à ëy xovinot méyas pe vahwoti tavuobeis. — (2) 88 Rutulo... sanguine figure dans un contexte tout différent, VII, 318. — (3) or sq. Hastam alii galeamque ferunt, nam cetera Turnus Victor habet, est en désaccord avec X, 495 sqq. où Turnus ne s’est approprié que le baudrier ; c’est le résultat de la composition par morceaux détachés, que, dans le feu de l'inspiration, Virgile ne confrontait pas les uns avec les autres ; on s'étonne pourtant que sa mémoire n’en conservât pas plus exactement le souvenir. — (4) 93 uersis Arcades armis Serv. ad I. lugentum more mucronem hastae, non cuspidem contra terram tenentes. (5) Virgile ne fait pas concorder rigoureusement la description du cortège en marche avec les détails annoncés dans les préparatifs précédents ; ainsi il n'indique pas la place des porteurs de trophées. Il ne s’assujettit jamais à une symétrie mécanique exclusive de toute liberté poétique. — (6) 100 sq. le motif de l'ambassade a déjà servi, VII, 152 sq. ; ilest présenté dans des termes analogues ; la répétition est justifiée par le fait qu'il s’agit d’usages constants, VII, 153, oratores, XI, 100 oratores, VII 154 ramis uelatos Palladis omnis ; 100 ex urbe Latina, fin de vers qui figure déjà IX 367.

— (7) 104 en prononçant le mot uictis les Latins disposent favorablement Énée pour eux. — (8) 109 qui nos fugiatis amicos, VII 202 Ne fugite hospitium, 113 sq. rex nostra reliquit Hospitia, VII 264 si iung1 hospitio

Ai ve passages de rappel et de concordance.

P, 782. (1) 112 nisi fata locum sedemque dedissent, IV, 225 fatisque

datas non respicit urbes, passage de rappel et de correspondance. — (2) 114 et Turni potius se credidit armis, ceci ne présente pas les événements de la même façon que VII 586-600, où Latinus se refuse nettement à prendre la responsabilité de la guerre et ne laisse agir Turnus que parce qu'il est impuissant à l’en empêcher ; mais depuis, la situation s'est modifiée ; XI, 302 sqq. montrent que, tout en continuant à réprouver la guerre avec les Troyens, Latinus s’y est pourtant associé ; Énée est par conséquent bien informé de la situation exacte. — ($) 115 huic.... se opponere morti, même fin de vers dans des circonstances différentes, II, 127... quemquam aut opponere morti. — (4) 121 ora tenebant, fin de vers identique, II, 1 et VIII, 520. — (5) 122 senior opposé à dessein à iuueni signale une des caractéristiques de l'hostilité entre les deux personnages. — (6) 131 Saxaque subuectare umeris, de même pour exprimer la partie purement matérielle de la besogne, I, 424, manibus subuoluere saxa. — (7) 132 unoque omnes eadem ore fremebant, même motif et même fin de vers, I, 559 cuncti simul ore fremebant. — (8) 133-138 le motif de l’abattage des arbres a déjà servi, VI, 179-182, et est répété ici dans des termes analogues et avec quelques variations ; ce sont les mêmes essences de bois, sauf qu'ici les piceae sont remplacés par pinos, que l’ilex manque et que le cèdre est ajouté ; les mêmes effets pittoresques se retrouvent, sonat icta securibus ilex, VI, 180, ferro sonat alta bipenni Fraxinus, XI, 135 sq.; VI 181 sq., cuners et fissile robur Scinditur, XI, 137 sq. Robora nec cumneis.. séindere... cessant ; Virgile a amalgamé ici plusieurs passages de l’Iliade, XXIII, 114 sqq., où l’on abat les arbres pour le bûcher de Patrocle, VIT, 394 sqq. où Troyens: et Achéens concluent une trêve pour enterrer les morts, et XXIV, 659 sqq. où Priam obtient d'Achille une suspension d'armes de onze jours pour pleurer Hector et lui construire un tombeau, 666 sq. ‘Evdexarn Ôd£ xe Tou60v ën aôr® nouoatuev, Ti 0 dvwdexdrn noleuttouev, elmep avdyxn ; c'est sans doute de ce dernier vers que provient chez Virgile 133 Bis : senos pepigere dies, mais c'est une imitation de pure forme, dont il n'est pas tenu compte dans la suite des événements, car nous verrons que les hostilités reprennent dans la troisième journée, qui suit la conclusion * de l'accord. — (%) Serv.-Dan., 143... Varro et Verrius Flaccus dicunt : si filius familias extra urbem decessit, liberti amicique procedunt et sub noctem in urbem infertur cereis facibusque praelucentibus. — (10) 145 sq. turba Phrygum veniens plangentia iungit Agmina, locution fixée, II, 267 atque agmina conscia iungunt, IV, 142, atque agmina iungit ; le prototype de tout le passage, que Virgile a italianisé, est la rencontre de Priam ramenant le corps d’Hector avec les Troyens et les Troyennes sorties des portes pour venir au-devant de lui. — (11) 146. succedere tectis, dans un autre sens, I, 627, tectis... succedite nostris. — (12) 147 incendunt clamoribus urbem, locution fixée, X, 895, clamore incendunt caelum.

P. 783. (1) 152-155, haec est l’antécédent de ut ; ilest naturel que Pallas en quittant son père lui ait promis de ne pas trop s’exposer et qu’une fois dans l’action 1l ait oublié ses promesses. Cela est très humaïn. Le père de son côté n’y comptait pas beaucoup, sentant bien qu’elles n'étaient faites que pour adoucir la séparation et calmer son inquiétude. Ceci du reste est Kat =ù otwrwuesvoy, Car il n’a pas été question de ces promesses au mo-

ment du départ. — (?) 157 nulli exaudita deorum Vota precesque meae, passage de concordance et de rappel, 50 Fors et uota facit. — (3) 166 sq. Serv. 166 magnifice seruat decorum, quod se reuocat ad heroïcam consolationem. — (f) 169 Serv. ad L. latenter hic Aenaeae ostenditur pietas, qui in amici funus tanta contulit, ut pater amplius praestare non possit ; 171 Tyrrhenique duces, que ne correspondant à rien, il semble que le second hémistiche est altéré. — (5) 172 Magna tropaea ferunt, quos dat tua dextera leto, passage de concordance et de rappel, 83, Indutosque iubet truncos hostilibus armis Ipsos ferre duces.

P. 784. (!) 180-181 grammaticalement perferre ne peut avoir pour complément que uitae gaudia, ce qui donne un sens absurde. On ne saurait admettre que Virgile ait laissé inachevé un morceau si soigné, si étudié et qu'il était si facile de terminer. Ou un vers est tombé après 180, ou 180: a été altéré par un copiste ; on pourrait tenter de lire sed gnato (hoc) manis perferre sub imos, hoc signifiant « la mort de Turnus » que présupposent 178 sqq. — (2?) 182 sq. Aurora... miseris mortalibus almam Extulerat lucem, formule reprise avec variation de V, 64 sq. si nona diem mortalibus almum Aurora extulerit. — (3) 188 cincti fulgentibus armis, locution fixée, II, 749, cingor fulgentibus armis ; 190 Lustrauere in equis, hémistiche repris textuellement de V, 578. — (4) Tite-Live, XXV, 17, 5. — (5) ZE, XXIILI, 13. Où Ô vois neo vexpôv Edroryac Aacav innove Mvodpmevor cf. Od., XXIV, 68 sqq. nokot d fpweç ’Ayatot Tesysotv ÉoowoxvTo TuphVv Rep} xatopévoto Te£ot 0 inniecs ve, Apollon. Rh., Aygon. I, 1058 sqq. aûrao meute This mepi yalxeiotc obv mebyeot divndévres Tôuôw évextepétkav, IV, 1535, Toi Ô dut obv Evysot Ouynfévres Ed KTEPÉUWV ToXOVTA, XUTAV ËTI Yaiav Edevro. — (6) 1017 Spargitur et tellus lacrimis, sparguntur et arma est traduit d'aussi près que possible d’IZ., XXIII, 15 sq. Assovro dbanuabot, deboyto 0 Tebyenx pwtwy Agxovst. — (7) 192 It caelo clamorque uirum clangorque tubarum est modelé sur II, 313 Exoritur clamorque uirum clangorque tubarum ; It clamor caelo se trouve déjà V, 451; l’usage de la trompette dans les funérailles est romain ; il n’y a rien de pareil dans l’Iliade. — (8) 193 sqq. Le dépouillement des morts est une partie importante du combat homérique ; le vainqueur en général ne manque pas de s'emparer, lorsqu'il le peut, des armes de son adversaire. Virgile, dans le récit du combat, mentionne également la chose, mais surtout dans des. cas particuliers : à propos d’Euryale et de Turnus, il tire de là un effet qui intéresse l’action dans la suite. D'autre part les généraux romains brüûlaient parfois sur le champ de bataille le butin pris à l’ennemi ; le passage est donc gréco-romain. — (?) 195 munera nota — munera notarum rerum, offrandes d’objets qui leur sont familiers. — (19) 198 saetigerosque sues locution fixée, VII, 17 Saetigerique sues. — (11) 199 sq., le prototypeparaît être homérique, IL., XXIV, 713 sq., mais l'effet d'émotion appartient à Virgile. — (12) La répétition du mot maestus dans cette première partie du XIe livre en accentue le caractère lugubre, celle de miser appelle la pitié et l'émotion compatissante, 156 miserae, 182 miseris, 203 miseri, 215 miserae ; nous lisons encore 360 miseros, 881 miseros, 885 miserrima.

P. 785 (1) 207 confusaeque ingentem caedis aceruum est modelé sur VI, 504 confusae stragis aceruum. — (2) 211 sq., il n’y a pas là un ossilegium régulier et soigneux ; on ne recueille pas à part les os de chacun pour les enfermer dans une urne. — (3) 217 Turnique hymenaeos, locution

fixée VII, 398, Turnique canit hymenaeos. — (4) 218 decernere ferro locution fixée qui se retrouve, XII, 282, 695 ; 219 regnum Italiae se trouve déjà IV, 275. — (5) 221 solum posci in certamina Turnum, même motif dans les mêmes termes, XII, 467, solum in certamina poscit. — (6) 223 magnum reginae nomen, passage de concordance et de rappel, VII, 581, neque enim leue nomen Amatae.

P. 786. (1) 229 sq. alia arma Latinis Quaerenda rappelle II, 90, et quaerere conscius arma. — (?) 232 Fatalem Aenean manifesto numine ferri, VII, 272, hunc illum poscere fata, la conviction de Latinus non seulement n’a pas changé, mais s’est affermie. — (3) 234 sq. concilium.. cogit, 304 cogere concilium, 460 Cogite concilium, locution fixée. — (4) 237 sedet in mediis, de même VII, 169 solio medius consedit auito ; l’assemblée a lieu dans le palais décrit VII, 170 ; curia, XI, 380, rappelle curia VII, 174, patribus, XI, 379, patres, VII, 176 ; Virgile s’est référé nettement au VII® livre ; 238 haud laeta fronte, VI 862 sed frons laeta parum, locution fixée. La scène: qui suit n’est pas sans analogie avec celle par laquelle débute le X° livre. L'assemblée — concilium 234 et X, 2 — est convoquée dans le palais du roi qui la préside et qui lui soumet des propositions ; elle n’aboutit point à un résultat, mais elle donne lieu à une violente altercation ; les personnages mis aux prises. ont chacun pour eux une partie de l’assemblée qui les soutient. Virgile varie et renouvelle ici un motif qui lui a servi et dont 11 a déjà tiré de très beaux effets. — (5) 241 tum facta silentia linguis, fin de vers modelé sur 1, 730, tum facta silentia tectis. — (6) 242 Argiuaque castra est en relation avec 247 uictor ; Diomède vient de terminer l'expédition victorieuse qui lui permet de fonder Argyripa ; 1l semble que ce soit dans ce camp que Diomède reçoit les ambassadeurs, bien que ‘nous lisions, VIII, 9, magni.. Diomedis ad urbem, XI, 226, magna Diomedis ab urbe, passage de rappel, 239 Aetola ex urbe ; sur Aetola rapproché de Argiua, 242, Cf. Serv.-Dan. Ideo Diomedem Aetolum dicit, quia pater eius Tydeus Aetolus fuit, qui ad Argos fugit, quomiam fratrem patris sui occiderat.—(7) 244 Virgile avait fait une partie de ce voyageen compagnie de Mécène et d'Horace, Hor. Sat., 1, 5 ; mais ce n’est là qu’une curiosité, puisqu'il n’a inséré aucun souvenir personnel. — (8) 245 Ilia tellus, fin de vers qui à déjà figuré IX, 285. — (°) 248 Postquam introgressi et coram data copia fandi, formule protocolaire, qui se trouve déjà I, 520.

P. 787. (1) Virgile représente 1c1 les Ausoniens comme le peuple pacifique qu'il a décrit ailleurs ; 253 quietos — VII, 46 longa placidas in pace, 623 immobilis ante ; 252 Saturnia regna = VII, 203 Saturni gentem, cf. VIII, 324 sq.; comme Énée, Diomède considère que leur entrée en guerre ne peut être que la conséquence d’un mauvais sort, 253 sq. quae uos foriuna quietos sollicitat suadetque ignota lacessere bella — 108 quae nam os tanto joytuna imdigna, Latini, Implicuit bello. Ici l'identité des termes est un rappel voulu d’une conception fondamentale. — (2) 255 uiolauimus est en rapport étroit avec 258 Supplicia et scelerum poenas expendimus ; 257 Quos Simoïs premat 1lle uiros est le rappel du motif de I, 100 sq. (8) 255-268, il n’est pas douteux que Virgile ne se soït proposé d’imiter le récit que fait Nestor, Od., III, 130 sqq., des maux qui ont assailli les Achéens au retour de Troie, maux qu'ils avaient mérités par leurs imprudences et leurs injustices : Aôtäo ère [orduoto mot Otenéooauev air,

Ka TÛTE où Zeb Auypov ëvi WSEsi MIO0ETO VCOTOY 'Agyelots, mel où =£ VOTHOVEG OÙ0E Bixaror avres Ëcay ; en même temps, et cela résulte du fait que le morceau diffère sur bien des points du récit de Nestor et est plus systématiquement poussé au noir, Virgile à voulu comprendre dans l’Enéide, qui contenait déjà une partie de l’Iliade et de l'Odyssée, un résumé des Nootrot. — (4) 259 Serv. ad 1. est autem Pacuuii qui ait : si Priamus adesset et ipse eius commiseresceret ; le motif a déjà servi, En. Il, 6 sqq. Quis talia fando Myrmidonum Dolopumue aut duri miles Vhxi Temperet a lacrimis. — (5) 270 Coniugium optatum, d’après d’autres traditions, Diomêde avait pendantson absence été trompé par sa femme Aigialeia ; c’est un malheur supplémentaire, dont Virgile n'a pas Jugé à propos de lui donner connaissance. — (6) 270 pulchram... Calydona ; de l’épithète homérique simplement pittoresque, IH, 1X, 531, KaAnôtvos éoavvics, 577 nicraroy reûtdy KaAvOdyoc éoavvTs, Virgile à fait un motif sentimental. — (7) Serv. ad 271 hoc loco nullus dubitat Le huius ordinem à Vergilio esse conuersum : nam Diomedis socios constat in aues esse conuersos post ducis sui interitum, quem extinctum impatienter dolebant. Virgile voulait rendre le sort de Diomède déplorable ; c’est pour l'effet d'émotion, qui lui importait avant tout, qu’il a modifié la tradition. Il ne se fait pas faute de plier les légendes à l'effet sentimental qu'il veut produire et on ne doit se servir de lui comme source mythographique documentaire qu'avec précaution. — (8) 276 caelestia corpora paraît être ic1 simplement un pluriel emphatique, Diomède ne voulant faire allusion qu'à Vénus ; la blessure de Vénus a déjà été mentionnée, X, 29 sq

788. (1) 11., V, 297 sqq. — (?) 285 sqq. le mouvement est emprunté à 117, II, 371 sqq., bien que l’idée soit différente. — (3 ) Pram:dit, JE, V, 467, Keïtar avrp 6v 7’ coy étiouev "Extoot du, Aiveiac, Dans peyani 1TOPOS Ayyisao et XVII 513 lExtwo Alveiac 0’, ot Towwy elsiy äotorqt. — (1) 296 sqq. Virgile commande lui-même le rapprochement par l'identité des termes employés, 296 sq. uariusque per ora cucurrit Ausomdum turbata fremor, X, 96 sq. cunctique fremebant Caelicolae adsensu wario. — (5) 300 Vt primum placati animi et trepida ora quierunt, vers modelé avec fin identique sur VI, 102 Vt primum cessit furor et rabida ora quierunt. — {$) 351 Sur l'usage cf. Serv., 301, Pline Panég., 1; sur l’archaïsme du style 242 ita farier infit qui souligne le parti-pris d’archaïsme ; solio rex infit ab alto rappelle IT, 2, toro pater Aeneas sic orsus ab alto. — {7) 305 cum gente deorum, Énée, X, 228 est appelé deum gens.

P. 789. {1) 315 paucis — animos adhibete — docebo, structure de vers analogue IV, 116, VIII 50 paucis — aduerte docebo.— (?) 316-3217, la proposition de cession de territoire était traditionnelle : Serv. 316... sequenda est. Liuii Sisennae et Catonis auctoritas : nam paene omnes antiquae historiae scriptores in hoc consentiunt. Cato enim in Originibus dicit Troianos a Latino accepisse agrum, quiestinter Laurentum et castra Troïana. Hic etiam modum agri commemorat et dicit eum habuisse iugera IIDCC. Quant à l'emplacement de ce territoire, nous ignorons si Virgile se borne à enregistrer l’opinion de ses prédécesseurs ; la description est s1 précise qu'elle s'applique évidemment à une contrée qu'il connaissait personnellement ; ce territoire s'étend sur d’âpres collines dont les pentes sont

labourables, les parties les plus sauvages propres à la pâture, le sommet montagneux planté de pins. Il est difficile pour nous de le situer ; toutefois, comme Virgile dit qu'il confine au Tibre et s'étend vers le couchant, qu’il ne saurait être question, d’après les termes employés, du littoral où s’élevaient Laurente et Ardée, il semble que ce soit la partie du haut pays dominant le littoral et renfermant le massif du mont Albain où Latinus avait ses pâturages, tum rex stabula alta Latinus habebat, IX, 388 ; cette bande de terre empiète sur le pays des Sicanes et est cultivée par les Aurunques etles Rutules. Virgile, qui parle beaucoup du Latium, n’en a jamais donné les limites exactes ; il paraît le concevoir comme plus étendu que le Latium historique ; ici, Latinus est représenté primus sceptris 238, c'est-à-dire parmi des rois qui lui sont inférieurs. Rutules, Volsques, Aurunques, seraient des peuplades ayant chacune leur roi, mais reconnaissant l'autorité suprême de Latinus ; c’est ce qui explique que Virgile ne distingue pas toujours nettement les Latins, les Volsques, les Rutules ; 318 sq. et uomere duros Exercent collis, locution fixée, VII, 798 Rutulosque exercent uomere collis. — (3) 321 sq. et foederis aequas Dicamus leges, locution fixée, XII, 112 et pacis dicere leges. — (4) 323 sq. Les deux propositions avec l'alternative avaient déjà été faites par Didon; Virgile se répète. — (5) 326 Bis denas Italo texamus robore nauis, Ennius cité par Serv.-Dan., 326, Idem campus habet textrinum nauibus longis ; le vers rappelle intentionnellement, 1, 381 Bis denis Phrygium conscendi nauibus aequor ; la convention est que Latinus est parfaitement au courant de ce qui concerne les Troyens, cf. VII, 195 sq. ; depuis le VII® livre il a du reste pu prendre des renseignements. — (6) 329 nos aera, manus, naualia demus, la proposition est faite dans les termes dignes qui conviennent à un roi et non avec le zèle empressé et la platitude de Drancès, 131 Saxaque subuectare umeris Troiana iuuabit. — (7) 331 Centum oratores, formule protocolaire, qui se trouve déjà VII, 153. — (8) Serv. 334, signale la couleur romaine de la proposition : Romanorum... imperatorum insigne fuit sella curulis et trabea ; nam diadema, ut aliarum gentium reges, non habebant. Pourtant XII, 162 Latinus porte un diadème ; 1l y a donc là des réalités qui se contredisent. — (%) 336 idem infensus rappelle intentionnellement 123 Infensus iuueni Turno. On lit dans l’Z/. à propos de Thersite, II, 220 sq. Exôioros d’Aythir pahtor’ fiv 99 ’Odvoñr: To Vaso verxeteoxe ; Hector dit à Poulydamas, XII, 245 sqq. E* meo yo v' Got ye meot xreuvwpeba navres Nnvoiv èn” ’Apyelwv oo à 00 Géos Eot’ dnohéobar, Où yao vor xoaûin uevsdrt0s 000 paymuuwy ce qui correspond jusqu’à un certain point aw reproche de lâcheté formulé par Turnus contre Dräncès, XI, 378 sqq; ces traits isolés montrent qu’en créant le caractère de Drancès, Virgile a songé à Thersite et à Poulydamas ; mais la création n’en est pas moins très originale. — (10) 340 sq. la construction grammaticale paraît être materna nobilitas huic dabat superbum genus, ferebat (genus) incertum de patre, la noblesse de sa mère lui attribuaït une filiation de haut rang, mais comportait une incertitude de filiation en ce qui concernait son père ; dans les derniers livres de l’Enéide, qui n’ont pas été revus, l’expression doit être considérée comme celle de la rédaction primitive et par suite peut laisser à désirer. — (1) On constate, et cela est assez étonnant, qu'il n’est question, ni dans la philippique de Drancès, ni ailleurs, de l'abandon du champ de bataille par Turnus au X® livre, ce

qui à été le signal de la défaite. L'enlèvement d’un guerrier par une divinité qui l’arrache au péril figure dans l’Jliade, sans que ce guerrier ait à se justifier. Il est probable que Virgile a simplement utilisé le motif homérique, sans vouloir entrer dans des explications qui eussent été compliquées ; on ne peut guère admettre en effet qu'il ait composé l’altercation de Drancès et de Turnus, avant que les réalités du Xe livre n'aient été définitivement fixées ; c’est pourtant une possibilité qui reste ouverte.

P. 790. (1) 365 en supplex uenio, locution fixéeA VIII, 382, Ergo eadem supplex uenio ; miserere tuorum se retrouve XII 653 et le vers est fait ainsi avec des éléments qui figurent isolément ailleurs. — (2) 366 sq. sat funera fusi Vidimus rappelle IT, 642 sq. satis una superque Vidimus excidia. — ($) 372 inhumata infletaque turba. Serv., ad I. fait observer que tous les morts ont été ensevelis, mais grâce à la générosité d’'Énée et que Turnus n'y est pour rien ; beaucoup l’ont été très sommairement, 211 sq., confusa ruebant Ossa focis. — (4) 374 sq. illum aspice contra Qui uocat, qui uocat est nécessaire puisque c’est là le trait le plus acéré, réservé jusque-là, le plus blessant pour Turnus, sommé de relever le gant ; 375 étant inachevé, 1l faut admettre que Virgile a composé cette invective virulente d’un seul jet et qu'il l’a insérée sans l’accommoder au contexte ; ce sont sans doute les vers suivants qu'il aurait modifiés ; il n’y avait du reste qu’à supprimer 376 Talibus, comme XII 45 sq. haut quaquam dictis uiolentia Turni Frangitur, et qui n’est pas indispensable ici ; le mot appartient du reste à une formule courante, II, 336, Talibus Othryadae dictis, IV, 92 Talibus aggreditur... dictis, 219 Talibus orantem dictis, V, 719 Talibus incensus dictis, VI, 98 Talibus ex adyto dictis, 124 Talibus orabat dictis, 467 sq. Talibus.… dictis VII, 249 Talibus Ilionei dictis, 284 Talibus..….. Iouis dictisque 445 Talibus Allecto dictis exarsit, VIII, 611 Talibus adfata est dictis, X, 448, Talibus et dictis, PR ea hbus er arcs, XII2212 Talibus.inter se... dictis, 238 Talibus incensa est... dictis, 625 Talibus occurrit dictis. — (5) 376 uiolentia Turni est en correspondance avec 354 nec te ullius uiolentia uincat, cf. X, 151, uiolentaque pectora Turni, XII, 9 gliscit uiolentia Turno, 45 uiolentia Turni, c'est un des mots par lesquels Virgile aime à caractériser Turnus ; cette violence à laquelle le prédispose la jeunesse est surtout produite par les situations ; Turnus se trouve sans cesse dans des situations violentes.

P. 791. (1) 381 quae tuto tibi magna uolant, locution fixée, X, 583 sq. talia late Dicta uolant Ligeri; 382 Agger moerorum nec inundant sanguine fossae est modelé sur X 24 Aggeribus maerorum et inundant sanguine fossae. — (2) 388 circumstant undique muros n’est pas plus conforme à la situation que 304 cum muros adsidet hostis, puisque les Troyens n’ont pas encore paru devant les murs de Laurente ; d’où la vraisemblance que toute cette grande scène d’éloquence a été rédigée par Virgile pour elle-même, sans tenir un compte exact de la suite des faits et

en dehors de la teneur du récit. — (3) 391 est inachevé, le couplet qui est d’une allure superbe a été composé par Virgile d’un seul jet et non relié sur le moment au suivant. — (4) 392 aut n’a aucun sens; c’est une

simple faute de copiste pour haut correspondant à haut de 396 ; haut, en supprimant le point d'interrogation des éditeurs, donne un sens excel-

lent. — (5) 392 foedissime est une injure tout autre que celles adressés. par Drancès à Turnus ; les deux adversaires ne sont pas de la même catégorie. — (6) 393 sq. Iliaco tumidum qui crescere Thybrim Sanguine..… uidebit, passage de concordance et de rappel de la prophétie de la Sibylle, VI, 87, Thybrim multo spumantem sanguine c:rno. — (7) 398 Inclusus muris hostilique aggere saeptus, passage de concordance et de rappel, IX, 783 sq. Vnus homo et uestris, o ciues, undique saeptus- Aggeribus. (8) 400 rebusque tuis est une accusation à peine voilée detrahison: — (?) 402 Gentis bis uictae réfute le mot découragé de Eatinus 306 Inuictisque uiris, et revient sur un motif déjà utilisé IE, 642 sq. satis una superque Vidimus excidia, IX, 599 bis capti Phryges, Serv.- Dan. ad l. « bis » autem «uictae » ab Hercule et ab Argiuis. — (10) 404 Nune et Tydides et Larissaeus Achilles est modelé sur IT, 197, quos neque Fydides nec Larissaeus Achilles. — (4) 408 absiste moueri, locution fixée, également en fin de vers, VI, 390.

P. 792. (4) 411 sqq. de même X, 44 sqq. Vénus feint de consentir uneconcession ,qui est loin d’exprimer sa pensée réelle ; le souvenir de l'alter-— cation de Vénus et de Junon transparaît dans celle de Drancès et de Furnus. — (2) 411 Si nullam nostris ultra spem ponis in armis, Si tam desert1 sumus... répond en partie à 308 sqq. Spem si quam adscitis Aetolum habuistis in armis Ponite. Spes sibi quisque, sed haec quam angusta, uidetis ; 411 est modelé sur IT, 676 sin aliquam expertus sumptis spem ponis in armis. — (3) 418 Procubuit moriens et humum semel ore momordit, X, 489 Et terram hostilem moriens petit ore cruento, le motif est homérique, F2., II, 418 Ionvées Èv xovinory OÔaE AaCoudro yatav, XI, 749, bures OÔXE EAov 0002. — (4) 419 Sin et opes nobis et adhuc intacta iuuentus.… réfute directement les vues pessimistes de Latinus, 3r0 cetera qua rerum iaceant perculsa ruina... — (5) 420 Auxilioque urbes Italae populique supersunt répond à l’assertion alarmiste de Latinus 309 spes sibi quisque. — (6) 422 sunt 1llis sua funera répond à l’argument tiré par Drancès des pertes des Latins, 349 Lumina tot cecidisse ducum...; la discussion de- Turnus est très serrée, il rétablit les faits et s’appuie sur eux ; parque per omunis Tempestas, l’image a déjà été employée par Virgile, VIE, 222 sq. quanta per Idaeos saeuis effusa Mycenis Tempestas ierit campos. — (7) 424 Deficimus rappelle directement l'attitude prêtée par Virgile à Latinus 231 Deficit. — (8) 425-427 Macrobe Sat., VI, 2, 16 cite Ennius. in octauo : Multa dies in bello conficit unus Et rursus multae fortunae. forte recumbunt. Haudquaquam quemquam semper fortuna secuta est ; la présence chez Virgile, au début, de Multa dies... rend l'emprunt certain ; mais Virgile a traité le motif dans un style plus élégant ; 426 Rettulit in mehus, locution fixée, Î 281 in melius referet. — (?) 428-431 répond à Latmus 308 sq. Spem si quam adscitis Aetolum habuistis in armis Ponite ; 430 nec parua sequetur Gloria delectos Latio, locution fixée, VI, 756 sq. Dardaniam prolem quae deinde sequatur Gloria. — (10} 432 sq. Est et Volscorum egregia de gente Camilla Agmen agens equitum et florentis aere catervas reproduit avec intention VII, 803 sq. Hos super aduenit Volsca de gente Camilla Agmen azens equitum et florentis aerecateruas ; or VII, 803-817 sont une addition postérieure au contexte : ilsepeut que les deux passages aient été écrits simultanément. — {1} 440 sqq. uobis antmam hanc... Deuoui, Virgile paraît employer ici une formule

consacrée en pareil cas ; d’après Caton cité par A. Gelle, N. A., III, vur, 9, 9. Caedicrus, tribun du peuple, s’offrant au consul pour une mission périlleuse, lui dit : « Si alium... neminem repperis, nec licet utare, ego hanc tibi et reipublicae animam do» ; soceroque Latino, c’est par ce seul mot, qui est péremptoire, que Turnus repousse la proposition faite par Drancès au sujet de Lavinia, 354-356, proposition qui l’offense tout particulièrement.

P. 793. (!}) 448 Il est question 133 d’une trève de 12 jours conclue entre les Troyens et les Latins ; mais, s’il à été convenu que‘es hostilités reprendraient au bout de 12 jours, la surprise des Latins ne s'explique pas ; si au contraire 1l n'y à eu qu’une suspension d’armes, sans délai fixé formellement, pour l’ensevelissement des morts, on conçoit que les Latins, qui n’ont terminé leur tâche qu'au matin du 3° jour, ne s’attendent pas à être attaqués dans le courant même de cette journée et que Latinus ait convoqué lassemblée pour délibérer. D'autre part on pourrait admettre à la rigueur que le désarroi des Latins, décrit 213-224 remplisse les 9 journées qui restent ; mais il est inadmissible qu’Énée, qui est pressé de terminer la guerre, qui doit tenir à développer immédiatement les conséquences de sa victoire et à profiter de la démoralisation produite chez l'ennemi par la défaite, reste pendant 9 jours sans rien faire. D'où la nécessité de conclure que la mention de la trêve de 12 jours reproduite d’après. l’Iliade dans un passage d'imitation homérique directe constitue une simple disparate qui résulte de la composition par morceaux détachés et que Virgile aurait aperçue et fait disparaître à la révision définitive. — (2) 452 arrectae stimulis haud mollibus 1irae, locution fixée 728 et stimulis haud mollibus inicit iras. — (3) 453 fremit arma iuuentus, locution fixée. VII 460 Arma amens fremit. — (4) 454 patres, 379 patribusque uocatis, V, 758 et patribus dat rura uocatis. — (5) 457 sq. le motif des cris. bruyants des eygnes sur les eaux a déjà servi dans une comparaison, VII, 699 sqq.

P. 794. (E) 463 maniplis, mot romain, opposé à eqüitem 464 et désignant l'infanterie ; c’est à cette infanterie que s'applique Pars 466. — (?) 467 mferat arma, la locution usuelle est bellum inferre, IIF, 247 sq., VIT 604. — (1) 474 sq. bello dat signum rauca cruentum Bucina, VIE 519 sq. qua bucina signum Dira dedit — 513 cornu... recuruo, VITE, 2, rauco strepuerunt cornua cantu, Serv., XI, 474, bucina insonans sollicitudinem ad bel!'a denuntiat... proelium autem tubae indicant. — (4) 475 muros uarïa cinxere corona, même fin d’hexamètre, X, 122 rara muros cinxere corona. — (5) 477-485 est emprunté à l’I., VI, 288-317, qui avait déjà fourni, En., T, 479-482 ; ainsi le passage homérique à été imité deux fois par Virgile, et les deux fois résumé, plus au 1. I qu’au I. XI ; il en a partagé les traits et par suite ne se répète pas ; au E. I nous avons l’offrande du peplos, porté solennellement dans l’Enéide, mis dans l’Zliade par la prêtresse sur les. genoux d'Athéné et le refus de la déesse exprimé différemment dans l’Z/., 311 dviveue Où HakÂkïs Aôvvn et dans lEn. I, 482 Diua solo fxos oculos. auersa tenebat ; au 1. XI c’est sur la prière à la déesse qu’a porté limitation virgilienne faite de très près : /2., VIE, 305 1lütvt "Abrivain posinrok, dix Decev, En., XI, 483 Armipotens, praeses belli, Tritonia uirgo, Virgile a remplacé par d’autres les épithètes homériques, dont certaines lui paraissaient intraduisibles, 14. 306 “Atov di &yy0s Atoutèsos, En., 484, Frange manu telum

Phrygii praedonis, à peu près littéral, sauf addition du mot injurieux, Il, VI, 306 sq. n0è «ai adrov Ilonvéx 0oç mecéery Zxatiy mporapotfe ru\dwy, En., XI, 484 sq. et ipsum Pronum sterne solo portisque effunde sub ipsis, à peu près littéral avec, naturellement, la suppression des portes Scées ; dans les deux passages, Virgile a laissé de côté l’aspect du peplos ainsi que la promesse du sacrifice ; Il., VI 294 ‘Exaôn éoe Owpov ’Afmvn a fourni à la fois En., I, 480, peplumque ferebant et XI, 479 Dona ferens. — (6) 478 Subuehitur Serv. ad 1. subuehitur proprie : matronae enim pilentis uehebantur ad templum pergentes ut VIII 666 ; le mot donne à la cérémonie un aspect romain, bien qu'elle soit prise à l’Z/1ade ; c’est un exemple du gréco-romain cher à Virgile. — (7) 480 oculos deiecta decoros, Virgile évoque rarement la figure de Lavinia, qu'il rend touchante par sa beauté et sa modestie et qu’il laisse dans l’imprécision ; il est bien certain qu'elle aime Turnus, mais 1l ne pouvait insister là-dessus, sans rendre le mariage d’Énée odieux ; il esquive la difficulté en se tenant sur la réserve ; Causa mali tanti se trouve déjà VI, 903, passage de concordance et de rappel. — (8) 486 sqq. le VIS ch. de l’J/iade a inspiré à Virgile ce morceau comme il lui avait fourni celui qui précède immédiatement ; dans l’Z/., Pâris courant au combat, comme ici Turnus, a une armure éclatante, 504 xAvtà Teuyea, rouxiha ax, 513 Tebyeot raupaivwy We t’ DAËXTWO ; à la comparaison avec la lumière du soleil, qui est singulièrement » puissante, Virgile a préféré l’éclat de l’or, qui est un métal précieux et offre une image plus raffinée ; il a insisté sur la psychologie de Turnus et sur la fièvre guerrière qui le dévore ; rien de pareil dans l’Z/iade et c’est par là que les deux morceaux diffèrent profondément. Quant à la comparaison avec le cheval, c’est un essai de traduction serrée et brillante comme celle de la prière des femmes troyennes qui précède : ZI., VI 506 sq. @ç Ô’ re tie otarôc Ünnoc, dxootiouç ni patvn, Aeoudv dnoporeas En., XI, 492 sq. Qualis ubi abruptis fugit praesepia uinclis Tandem liber equus; 1. 507 sq. bein redloto xpoaivwv, Elwfws AoïesÜar évooetos rotauoio En. 495 Aut assuetus aquae perfundi flumine noto; Il., 509 Koôtowy En., 497 Luxurians ; Îl., 509 0VLoù dt xaon Eyet En., 496 arrectisque fremit ceruicibus alte, qui vise plus à l'effet; Il, 509 sq. duo Ôè yaïrar Quote &icooyrar En. 497 luduntque iubae per colla, per armos; Il, 510 sq. 0 Ô ayhainpr menouus, ‘Pix E yobva wpéoer meta t’ #0ex ka vouôv Trwy En. 494 Aut ille in pastus armentaque tendit equarum ; la différence capitale c’est que, dans l’Zliade, il s’agit simplement d’un cheval échappé de l'écurie qui retourne au pâturage, ce qui est sans rapport avec Pâris ; Virgile à insisté plus noblement sur la joie de la liberté retrouvée, sur l’enivrement du grand air, sur la fierté du cheval, ce qui est en rapport direct avec Turnus échappant à une assemblée hostile pour courir au combat. Apollon, Ayg., III, 125 sqq. a souligné par la reprise du mot xv0t0wy que sa comparaison avec le cheval de guerre courant au combat était une réminiscence de l’Z/iade, mais n'’essaie pas de lutter avec Homère. L'imitation d’'Ennius, cité par Macr. Sat., VI, 3, 8, qui excuse ses ueysus... scabri, est en réalité sans grand mérite ; ici Virgile, qui l’admirait, ne lui a rien pris et s’est montré nettement supérieur. — (°) 491 paraît inspiré d’II. XIII, 73 sq. Kai 0 ëmot adt Ouuds Evi otrfeoot pthoroty MäAhov époouñrat rohemtterv 70e uayecbar — (10) 488 suras.…. incluserat auro se retrouve XII, 430, I., III, 330 sq. et pass. xynmidac

pèv noûta meot xviunotv Elnxey Kakds etc. ; ces détails d'armement sont naturellement empruntés à l’Iliade. — (11) 490 alta decurrens... arce rappelle IT, 41 summa decurrit ab arce.

P. 795. (1) 512 leuia... arma se trouve dans un tout autre sens, X, BL 7e: 513 quaterent campos est une expression de Lucrèce, II, 330 sq. equites. Tramittunt ualido quatientes impete campos, mais elle semble ici avoir un sens différent, celui du français « battre la plaine » ; 513 ardua montis, fin de vers identique, VIII, 221. — (2) 510, si le contingent Tiburtin est ici nommé Tiburti, c’est que c’est Tiburtus qui a fontlé Tibur et qui sans doute y commande : Catillus et Coras, sous les ordres de qui il se trouve ici, 465 et VII, 670 ne sont que ses lieutenants. — (3) 522 sqq. Cette vallée que Virgile ne nomme pas n’est qu’une réédition de la vallée d'Ampsancte, VII, 563-567 moins le torrent, avec des rappels d'expression significatifs, 523 sq. quam densis frondibus atrum Vrget utrimque latus reproduit textuellement, VII, 565 sq. densis hunc frondibus atrum Vrget utrimque latus ; 524 sq. sont un curieux exemple de l’accumulation de mots de sens voisin et de l’abondance de style avec laquelle Virgile dit parfois les choses. — (4) 532 Virgile ne situe pas toujours les dieux dans l’Olympe homérique, mais d’une façon vague dans le ciel, I 223, aethere summo, 225 uertice caeli; ici superis in sedibus désigne l’Olympe, cf. XI 867, après la mort de Camilla, Opis ad aetherium pinnis aufertur Olympum. — (5) Opis, surnom d’Artémis dans diverses localités grecques, a été appliqué dans la légende Délienne à une hyperboréenne dont le culte se répandit de Délos dans les îles et dans l’Ionie ; Opis, mise dans différentes sources en rapports divers avec Artémis, n’est ici qu’une des nymphes ses compagnes.

P. 796. (1) 537 L'’objection que le nom de Diane y figure là où on attendrait un pronom de la première personne est sans valeur. La déesse dit neque enim nouus iste Dianae venit amor et non pas m1h1; mais Turnus dit également en parlant de lui-même, XII, 74 neque enim Tuyno mora libera mortis et les exemples abondent de cet emploi du nom propre avec un accent spécial ; 566 donum Tyiuiae est le mot même qui figurait dans la dédicace de Métabus, que Diane rapporte textuellement et sans y rien changer ; 582 sola contenta Diana, on admettrait difficilement sola me; Diana est nécessaire ici, comme représentant tout un ensemble d'idées. — (2) 535 bellum ad crudele, VIII, 146 crudeli bello. — (8) Le motif est le même avec quelques variantes et Virgile lui-même a signalé la chose par des identités d’expression, 539 Pulsus ob inuidiam se trouve X, 852 appliqué à Mézence et uiresque superbas correspond à VIII, 481 sq. superbo Imperio, qui caractérise sa tyrannie. Comme Mézence, Métabus est un roi détrôné par ses sujets pour ses excès, qui ici restent dans le vague ; comme Mézence, il fuit avec son enfant, qui ici est une fille; comme Mézence il aime son enfant; tandis que Mézence, expulsé par les Étrusques, se réfugie chez les Rutules, Métabus, expulsé par les Volsques se réfugie chez les Étrusques ; c’est une sorte de chassé-croisé ; on comprend à la rigueur que Lausus, exilé d’Agylla, ait avec lui mille cavaliers qui l’ont suivi, VII, 652 sq. ; ce sont sans doute des compagnons à lui; les jeunes filles Volsques n’allant pas à la guerre, on ne voit pas où Camille a recruté les Amazones qui l'entourent, seul contingent de femmes dans l'armée latine. — (4) 543 Casmilla n’est que l’ancienne graphie de Camille, qui dans

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le vocabulaire religieux désigne la famula ; ici la famula de Diane. Serv.- Dan. ad I. Pacuuius in Medea, cum de Medea loqueretur, caelitum Camilla expectata aduenis, salue hospita. Romani quoque pueros et puellas nobiles et inuestes camillos et camillas appellabant, flaminicarum et flaminum praeministros. — (5) 550 caroque oneri timet, même motif dans les mêmes. termes, II, 729 pariter comitique onerique timentem. — (6) 552 Telum immane est en relation avec 552 manu ualida, 556 dextra ingenti. — (7) 567-569 Non illum tectis ullae, non moenibus urbes Accepere — neque ipse manus feritate dedisset — Pastorum et solis exegit montibus aeuum ; et postposé relie les deux propositions accepere et exegit ; neque... dedisset forme parenthèse. — (8) 571 Armentalis est en relation avec 569 Pastorum ; il y à dans la montagne de grands troupeaux de chevaux encore à demi-sauvages ; 572 teneris immulgens ubera labris est d’une délicatesse qui forme un contraste voulu et charmant avec la rudesse du personnage ; c’est le pendant de la délicatesse de Mézence à l'égard de son fils. — (?) 575-576 ont été déplacés par une erreur de copiste ; il faut lire 573-575, 578-570, 570-577; 574-575 et 570-577 éCrHIVen CRE périodes de la jeunesse de Camilla, son premier âge, infans 573, son enfance, pueritia 578 ; ces deux périodes ne doivent être séparées par rien ; 576-577 pro longae tegmine pallae Tigridis exuuiae per dorsum a uertice pendent seraient ridicules appliqués à une 2nfans ; ils s'appliquent tout naturellement à une adolescente et doivent précéder immédiatement 581-582 où 1l est question de mariage. Virgile a signalé lui-même ce qu'il y a de conventionnel dans l’accoutrement avec la peau de tigre en disant de l’Italie, G. II 151 At rabidae tigres absunt et saeua leonum Semina. On peut admettre, si l’on veut, qu'il s’agit ici de l’Italie primitive ou que la peau de tigre a été apportée par le commerce ; en réalité, 1ci et dans les. passages analogues, En., V, 37 et VIII, 368, pelle Libystidis ursae, VII 666 tegimen... immane leonis, VIIT 460 pantherae terga, IX 306 sq. pellem horrentisque leonis Exuuias, Virgile veut représenter la sauvagerie des premiers temps et 1l la peint d’une façon conventionnelle.

P. 797. (1) 584-586 uellem haud correpta fuisset Militia tali, conata lacessere Teucros, Cara mihi, comitumque foret nunc una mearum, je voudrais qu’elle n’eût pas été entraînée dans cette campagne, en se proposant d'attaquer les Troyens, elle qui m'est chère, et qu'elle fût maintenant une de mes compagnes ; fuisset et foret sont également subordonnés à uellem ; cara mihi reproduisant cara mihi 537 est causal et exprime le motif du regret de Diane. — (2) 590 pharetra deprome sagittam, locution fixée, V, 50r, depromunt tela pharetris. — (3) 593 sq. le motif est emprunté à l’Jhiade, XVI, 667 sqq. où Zeus charge Phoebus de faire transporter le corps de Sarpédon en Lycie "Eva ë rapyüoovor xaslyvnroi ve Etat te Touôtw re xat stÜAn. — (4) 595 caeli delapsa per auras, cf .588 Labere, nympha, polo, V 722 et VII 620 caelo delapsa. — (5) Serv. 596 quia ad maerorem luctumque descendit ; contra in octauo (608), ubi ad laetitiam descendit Venus, claro eam nimbo circumdatam dicit. — ($) 597 interea. justifie le développement de la scène précédente ; entre l’annonce de l'arrivée des Troyens, et cette arrivée elle-même, 1l s’est écoulé un certain laps de temps — (7) 598 Etruscique duces equitumque exercitus omnis. est modelé sur 171 Tyrrhenique duces, Tyrrhenum exercitus omnis. — (8) Serv. 599 sane modo generalis est descriptio equestris certaminis, paulo

post descendit ad specialem. — (*) 599 compositi numero in turmas est à rapprocher de VII, 698 Ibant aequati numero, il s’agit de formations dans lesquelles les soldats sont répartis en nombre égal, ce qui est le propre d'une armée régulière et disciplinée.

P. 798. (!) 6or sq. tum late ferreus hastis Horret ager, le prototype est homérique, IE, XITT, 339 sq. "Evortev d uayn pÜtotu6oovos èyyeinatv Maxons... vient ensuite l'éclat des armes. Ennius, cité par Macr. Sat., VI 4, 6, s'était inspiré du passage : Ennius in quarto decimo Horrescit telis exercitus asper utrimque, et in Erechtheo Armx arrigunt, horrescunt tela et in Scipione Sparsis hastis longis campus splendet et horret ; dans ce dernier passage il semble qu'il s'agisse de tout autre chose, de l’aspect du champ de bataille où les lances qu’on a dardées — sparsis — se sont plantées en terre. Virgile à son tour a repris la chose par deux fois, ici et VII 525 ; atraque late Horrescit strictis seges ensibus aeraque fulgent, en se souvenant d'Ennius mais en innovant dans l'expression; ager ferreus c'est un champ couvert de lances de fer au lieu d’épis, ce qui se rattache, mais avec plus de hardiesse au même ordre d'idées que seges VII 525. ; cf. XIT 663 sq. strictisque seges mucronibus horret Ferrea. — (2) 603 Celeresque Latii Serv. ad 1. adludit ad militiam Romanam ; nam et equites habuit Romulus... quos Celeres appellauit, uel a celeritate, uel a duce Celere, qui dicitur Remum occidisse, in cuius gratiae uicem a Romulo fieri tribunus equitum meruit. — (3) 604 Et cum fratre Coras reproduit le début de 465. (4) Serv. 608 Enniana est omnis haec ambitiosa descriptio, ce qui prouve que les échappées sur le combat réel de physionomie moderne proviennent chez Virgile non pas d’une impression personnelle, mais de la lecture d’'Ennius ; en outre 1l faut remarquer que, là même où nous sommes avertis que Virgile s'inspire d’Ennius, nous retrouvons cependant parfois un prototype homérique ; 610 fundunt simul undique tela Crebra niuis ritu caelumque obtexitur umbra provient d’I7., XII, 156 sqq. vtædôes 0’ wç mintov Éoule, ‘As 7 aveuos Üañe, vévex oxtéevra Govious, Tappetas Katéyeuev êmt Üovi movhuboreton: ‘OS Twv x Yyetowy BEAeX 5é0ov, où la chose est mieux appropriée à la situation, puisqu'il s’agit de l'attaque et de la défense de remparts où le combat consiste essentiellement dans le jet des traits ; cf. 278 sqq. ; l’hyperbole de l’obscurcissement du ciel par les traits a été reprise par Virgile, XII, 578 et obumbrant aethera telis. — () 612 Tyrrhenus et acer Aconteus, a servi à modeler XII, 66r Messapus et acer Atinas. — (6) Tite-Live, II, 6-7 ; dans la guerre de Tarquin soutenu par les Véiens et les Tarquiniens contre Rome, Brutus et Arruns Tarquinius commandent chacun la cavalerie ; Arruns lance son cheval contre Brutus : Sensit in se iri Brutus. Decorum erat tum ipsis capessere pugnam ducibus ; auide itaque se certamini offert, adeoque infestis animis concurrerunt, ut contrario ictu per parmam uterque transfixus moribundi ex equis lapsi sint. Simul et cetera equestris pugna coepit. — (7} 619 Reïciunt parmas, I!., XI, 545, en parlant d’Ajax, üruev Ôè cdxos Pañey EnmraBderoy. — (8) 633 sqq., le prototype est homérique, Il., IV, 450 sq. "Eva © au oiuwyt re Kai edyohn nékey dvôowv ’OAXSvTwy re xx) OAAvpéVWY, Dée Ô atuart yaia, Virgile a augmenté l'horreur et adapté le motif à la circonstance, c’est-à-dire à un combat de cavalerie. — (°) 635 pugna aspera surgit, fin de vers identique, IX, 667. — (10) 636 il a été question, IX, 360, d’un Remulus mort depuis un certain temps et

qui est donné comme un Tiburtin — Tiburti Remulo— ; d'autre part nous savons que dans la rencontre de cavalerie dont 1l s’agit ici le contingent de Tibur est engagé ; d’où la vraisemblance que le Remulus de 636 est un Tiburtin et que le nom de Remulus était fréquent à Tibur ; 1l est possible que le beau-frère de Turnus, Numanus, qui portait le surnom de Remulus IX, 592, fût un Tiburtin ; en tout cas ces trois Remulus sont parfaitement distincts. — (11) 636 sqq. le motif du cheval qui, blessé à la tête, se cabre et désarçonne son cavalier a déjà servi dans le duel d’Énée et de Mézence, X, 892 sq.

P. 799. (1) 644 per armos, le mot, qui s'applique en général aux animaux, est sans doute employé ici parce qu'il s’agit d’une sorte de sauvage monstrueux. — (2) 645 duplicatque uirum reproduit le motif homérique I., XIII, 618 ‘Idvwn re meowv. — (3) 647 pulchramque petunt per uolnera mortem est répété textuellement de G., IV, 218 où il est appliqué aux abeilles, IX, 401 et pulchram properet per uolnera mortem. — (4) 652 Âureus ex umero sonat arcus, même motif, IV, 149 Tela sonant umeris. — (5) Serv. 655 nomina haec nobilissimarum sunt Italiae feminarum.

P. 800. (1) 660 pictis.. armis, Virgile attribue encore les armes peintes à Pallas, VIII, 587 sq. Pallas... pictis conspectus in armis eten général aux Arcadiens, XII, 281 et pictis Arcades armis, les boucliers peints aux Labiques, VII 796 picti scuta Labici. — (2) 664 sq. Quem telo primum, quem postremum, aspera uirgo, Deicis ? IL., XVI 692 sq Evbx Tiva rowTov, tiva Ô’ boratoy étevaotëus, Ilartodxheus … l'addition quot humi morientia corpora fundis ? attire l’attention sur le carnage que porte Camilla dans les rangs Troyens ; en peu de temps elle fait 12 victimes ; sur fundis cf. 1, 193, Corpora fundat humi, IX, 592 fortemque manu fudisse Numanum. — (3) 666 un autre fils de Clytius est mentionné X, 128 sq. Lyrnesius Acmon, Nec Clytio genitore minor. — (4) 666 sq. tel paraît être le sens de apertum... pectus ; il ne faut pas attendre de Camille ces coups formidables réservés aux guerriers les plus vigoureux qui traversent le bouclier et la cuirasse avant d’atteindre le corps de l'ennemi; apertum a un sens différent; cf. XI 314 où le flanc n’est mis à découvert que justement quand l'épée a percé le bouclier et la cuirasse. — (5) 668 Sanguinis ille uomens riuos cadit, le motif a déjà servi, IX, 414 Voluitur ille uomens calidum de pectore flumen Frigidus. — (6) 668 sq. cruentam Mandit humum, même motif 418 humum semel ore momordit, X, 489 Et terram hostilem moriens petit ore cruento. — (7?) 676 sq. Quotque emissa manu contorsit spicula uirgo, Tot Phrygii cecidere uiri, le motif est homérique, Teukros dit, IL., VIII, 297 sq. "Oxrù di rooënrxa =avuyAWyuvac totodc, Ilavres 0 ëv Y%ooï niyûev dontfowv ailnwv, cf. XVII 631: — (8) 681 cum dentibus albis fin de vers répétée de VII, 667, où il est question d’un accoutrement analogue. — (?) 682 Serv. ad |. sparus est rusticum telum, in modum hedi recuruum, Serv.-Dan. ad !. Varro ait sparum telum missile, a piscibus ducta similitudine. — (10) 683 est repris presque textuellement de VII, 784. — (1) 685 super haec inimico pectore fatur se trouve déjà X, 556 ; le mot est fréquent chez Virgile, qui n’attribue pas seulement aux combattants la colère inséparable de la chaleur du combat, mais aussi la haine de l'adversaire ; les sentiments hostiles sont ainsi portés au paroxysme et l’âme n’est pas moins agitée que le corps; 687 sq. Aduenit qui uestra dies muliebribus armis verba redargverit, le

motif du guerrier qui renvoie l’injure à l'adversaire est homérique et virgilien ; mais il est ici employé sans grand à-propos, puisqu'Ornytus n'a rien dit.

P. 801 (1) 690 Buten, V 372 Butès est un pugiliste qui a été tué par Darès aux jeux funèbres célébrés en l'honneur d’'Hector ; il est mort depuis longtemps ; IX, 646 sq. Butès est un vieillard, ancien écuyer d’Anchise, attaché à la personne d’Ascagne ; il n’y a aucune difficulté à admettre que c'est lui qui périt ici. — (?) 691 sqq. cuspide fixit Loricam galeamque inter, qua colla sedentis Lucent, un coup très analogtüe est porté. XII, 3817, Imam inter galeam summi thoracis et oras Abstulit ense caput. — (3) 697 Altior exsurgens, XII 902 Altior insurgens, IX 749 sublatum alte consurgit in ensem, XI 283 sq. quantus In clipeum assurgat, c’est l'attitude normale, quand on veut porter un coup de toute sa force. — (4) 697 oranti et multa precanti, même motif dans des termes analogues, X 554 sq. orantis nequiquam et multa parantis Dicere ; 698 le motif de la tête fendue a déjà figuré IX 750 sq. (5) Serv. 700, Serv.-Dan. 715, Cic. pro Cluent 72. — (6) 699 subitoque aspectu territus haesit, fin de vers presque identique, III, 597, paulum aspectu conterritus haesit. — (7) 708 fraudem, 717 fraus, il y à un jeu sur le mot fraus, «ferat... fraudem » dans la bouche du Ligure signifie « porter dommage », mais il songe à la ruse qui va causer le dommage et c'est dans le sens de ruse que Camilla lui renvoie le mot. — (8) 709 acrique accensa dolore rappelle VIT 207, stetit acri fixa dolore. — (°) 711 Ense pedes nudo, début d’hexamètre construit de la même façon, XII, 306, Ense sequens nudo. — (10) 714 ferrata calce, anachronisme, l’époque héroïque ne connaît pas l’éperon. — (4) 718 pernicibus ignea plantis, le même mot répété par réminiscence à courte distance, 746 uolat igneus aequore Tarcho ; Virgile à insisté sur la rapidité de Camilla à la course, VII, 807 sqq., les deux passages sont donc en rapport direct. — (2) 720 poenasque inimico ex sanguine sumit, fin de vers identique XII, 949 poenamscelerato a sanguine sumit. — (1) 724 Tum cruor et uolsae labuntur ab aethere plumae, le vers a au premier abord un aspect parnassien, mais en réalité il insiste sur le dernier acte du drame et souligne la mort de la colombe. L’17., XXII, 139 sqq. décrit le manège de l’épervier, qui va s'emparer de la colombe ; Virgile s’est inspiré de l’Od., XV, 525 sqq. en faisant une comparaison de ce qui dans l’Od. est un présage èrérraro OsEtoc Üovis Kipxo, *ATOAÀwWVOS Taybs ayyehog® Ev Ôè modeoaouv TiAXe méhetay Éyuv, xaTx Ô mrepr yedev Éoale. Virgile a développé le motif avec sa précision et son élégance accoutumées et emprunté littéralement le dernier trait. — (14) 725 sq. la tournure rappelle Z1., X, 515 sqq. o0ô ahuooxominy eîx’ doyuodtoëos AndAwv... "Qosev 0 Oonxwv PouAnpopoy ‘Inroxéwyta ; suscitat — ‘Qosev souligne l’imitation ; cf. Od., VIII, 282. Les vers suivants de. l’Iliade ont déjà été imités par Virgile, IX, 454 sqq. ; c’est donc un passage homérique qu’il a réparti entre deux endroits différents de son poème.

P. 802. (1) 729 inter caedes reproduit mécaniquement 648 medias inter caedes ; 730 Fertur equo, V, 574, Fertur equis à la même place du vers. — (2) 732 sqq. Le motif a déjà servi, IX, 781 sqq. pour ramener au combat les Troyens bousculés dans le camp par Turnus, et X, 369 sqq. quand il a fallu rallier les Arcadiens ; ici le cas est différent ; il s’agit d'hommes qui fuient lâchement devant une femme ; aussi le ton n'est-il plus

le même ; l’apostrophe de Tarchon est insultante. — (3) 734 Femina palantis agit, locution fixée, V, 265 Demoleos cursu palantis Troas agebat ; agmina uertit se trouve déjà à la même place du vers, IX, 800. — (4) 735 tela inrita se trouve déjà dans une circonstance très différente, II, 459. — (5) 738 Exspectate est plus mordant que ne serait exspectatis ; exspectatis exprimerait simplement le fait, exspectate est une invitation ironique ; 739 Hic amor, hoc studium est modelé sur IV, 347, dans une tout autre circonstance, Hic amor, haec patria est. — (6) Il n’en est que plus intéressant de noter, ce qui est caractéristique, que tout le passage est nourri d’imitations homériques ; 731 Nomine quemque uocans traduit Il., X, 68 ôvoua£uwy äavôox Exasrtoy, où il s’agit simplement de réveiller et de rassembler les chefs Achéens ; le passage avait déjà été imité par Furius à propos d’une exhortation à des guerriers, Macr. Sat., VI, 1, 34, Furius in undecimo : Nomine quemque ciet ; dictorum tempus adesse Commemorat. Deinde infra : Confirmat dictis simul atque exsuscitat acris Ad bellandum animos reficitque ad proelia mentes ; la présence de reficit 731 montre que Virgile a eu Furius sous les yeux ; nous ignorons s’il a pris à Furius Nomine quemque uocans ou s’il est remonté jusqu’à Homère ; en tout cas, Il. XXI, 474 Nnnûtu, vi vu véto Eyeuc àvemwAtov oÙtwe, quand Artémis reproche à Apollon de fuir devant Poseidôn, a fourni 735 quid ferrum, quidue haec gerimus tela inrita dextris ; IZ., IV, 338 sqq. dans la revue qu'il fait des divers contingents de l’armée, Agamemnon reproche au fils de Petôos et à ses compagnons de ne point se battre, mais d’être les premiers à répondre à l’invitation, lorsqu'il s’agit d’un banquet qu’il offre aux yéoovres ; là ils se plaisent à manger de la viande rôtie et à boire du vin doux comme le miel; Virgile a accommodé le motif à d’autres circonstances. — (7) Serv. 743 raconte une aventure pareille arrivée pendant la guerre des Gaules à César qui n'aurait été sauvé que par hasard et Serv.-Dan. ad I. dit que Varro avait cité un de ses homonymes qui avait accompli le même exploit dans une campagne dans l'Illyricum.— (8) 745 Tollitur in caelum clamor est un hémistiche d’Ennius cité par Macr. Sat., VI, 1, 21. — (?) 745 sq. omnesque Latini Conuertere oculos, XII, 705 à la même place du vers Conuertere oculos Itali. —(10) 751-756, comme précédemment, Virgile a tiré une comparaison de ce qui dans l’ZZ., XII, 200-207 est un présage et modifié le combat suivant les besoins de son poème ; en effet dans l’IZ., c’est le serpent qui en mordant l'aigle et en le forçant à lâcher sa proie sort victorieux de la lutte ; il ne pouvait en être ainsi dans l’En., où il faut que ce soit Tarchon qui l’emporte ; toutefois, si Virgile paraît laisser la lutte indécise, c’est peut-être parce qu'il ne voulait pas trop s’écarter d’'Homère ; dans le détail il a çà et là, suivant sa coutume, accentué les effets; Ateros Dddirérnc Il., 207 est traduit par uolans alte.. aquila En., 751 sq.; Ôodxovra oépuv 0Y0ye00t, 202 à été développé et rendu plus énergique Fert.. implicuitque pedes atque unguibus haesit 752, r£Awoov qui justifie la victoire du serpent a naturellement été laissé de côté ; le mouvement du serpent pour mordre l'aigle 1dyw0es drtow 205 a été remplacé par une attitude plus plastique et qui frappe davantage sinuosa uolumina uersat Arrectisque horret squamis et sibilat ore 753, mais qui est conventionnelle et n’aboutit à rien, puisque le serpent ne mord pas l'aigle ; Virgile s’est du reste souvenu de lui-même dans le détail du style ; sinuosa uolumina uersat 753 rappelle

sinuatque immensa uolumine terga, Il, 208, Arduus insurgens 755 Arduus ad solem. — (1) Serv. 759 Maeonidae Lydii, VIII, 499 o Maeoniae delecta iuuentus, cf. 479 sq., et IX, 11, Lydorumque manum.

P, 803. (1) 759 sq. la construction et l'expression même laissent à désirer, sans doute parce que c’est là un premier jet, que Virgile n’a pas revu ; et multa prior arte sont sans doute entre parenthèses comme 9or et saeua Jouis sic numina poscunt : tum fatis debitus Arruns Velocem iaculo (et multa prior arte) Camillam circuit, Alors Arruns condamné par les destins tourne avec son javelot autour de Camilla qui évolue rapidement (et 1l a sur elle l’avantage de la ruse extrême) et. — (2) 764 Qua uictrix redit illa pedemque ex hoste reportat montre que les exploits attribués par Virgile à un chef dans une aristie et décrits en détail ne sont pas les seuls qu'il accomplisse, mais les plus saillants parmi beaucoup d’autres. — ($) 766 sq. omnemque pererrat... circuitum, fin de vers identique, V, 44T, Omnemque pererrat Arte locum. — (4) 768 sq. Virgile à l’imitation de l’ILade introduit dans l’Enéide un certain nombre de prêtres-guerriers, VI, 485 Cererique sacrum Polyboten, X, 537, Haemonides Phoebi Triuiaeque sacerdos, XII, 258 et 460 Tolumnius augur. — (5) 770 sq. est très obscur.— ($) 773 Spicula torquebat Lycio Gortynia cornu rappelle Ecl., X, 59 sq. Partho torquere Cydonia cornu Spicula. — (7) 774 Aureus ex umeris erat arcus est modelé sur 652 Aureus ex umero sonat arcus ; mais ici ex umeris n’est pas clair ; Chloreus tient son arc à la main ; Aureusex umeris erat arcus signifie difficilement : il avait un arc doré qu'il avait détaché de ses épaules. Il est probable que Virgile a reproduit machinalement 652 sans réfléchir qu'ici ex umeris ne convenait pas ; c’est là un premier jet, qui avait besoin d’être revu. — ($) 777 Pictus acu tunicas, locution fixée, à la même place du vers IX, 582, Pictus acu chlamydem. — ($) 780 Venatrix, c'est une espèce de chasse ; Camilla est une chasseresse en même temps qu’une guerrière ; exceptum, 684, cf. VI, 173, est un terme de chasse.

P. 804. (1) Serv. et Serv.-Dan., 762, notent que certains commentateurs anciens ont cru qu'Arruns faisait partie de l’armée de Turnus ; cela est impossible ; 789 en tuant Camilla il entend venger l’honneur des siens décimés par une femme, hoc nostris aboleri dedecus armis dit en d’autres termes la même chose que 734 Femina palantis agit ; 866 ses compagnons oublient, sans s'inquiéter de lui, son cadavre sur le champ de bataille ; s’il était du parti de Turnus et s’il avait tué Camilla par jalousie, ses compagnons se vengeraient sûrement de lui, puisque la mort de Camilla est la cause de leur désastre ; 785 sq. il se donne comme un dévot d’Apollon du Soracte, cf 797 patria alta ; le Soracte, étant situé sur la rive droite du Tibre, fait géographiquement partie de l’Étrurie et il est naturel qu’Arruns fasse partie de l’armée étrusque. Tout cela est parfaitement clair. La difficulté provient de ce que VII, 696 le Catalogue attribue au contingent de Messapus, allié de Turnus, les habitants du Soracte : Hi Soractis habent arces ; il y a là une contradiction manifeste ; il faut admettre, ou que Virgile en écrivant le passage qui nous occupe ne s’est plus rappelé 696 du Catalogue, ou qu'ayant réfléchi que la contrée du Soracte faisait partie de l’Étrurie, il s'était décidé à corriger VII, 696 ; en tout cas il y a là une disparate qu'il eût effacée à la rédaction.définitive. — (2) 786 tel paraît être le sens de primi. — (ÿ) 785-

788 le dieu adoré sur le Soracte et qui paraît avoir été primitivement désigné par le nom de Soranus pater est identifié dans la littérature et dans les inscriptions avec Apollon ; certains l’identifiaient avec Dis pater. Son culte était exercé par certaines familles qu’on appelait les Hirpi Sorani, les loups du Soracte, et la pratique principale était de marcher nupieds sur des bûches enflammées, ce qui était un rite de purification, attesté ailleurs. — (4) 794-708 sont imités d’IZ., XVI, 249, rod Ô ÉxÂve umriéra Zebc. To Ô' Ereoov mèv dune natp, Etepov 0’ ävéveusev ; Virgile a développé et remplacé la simplicité du dernier trait par l'élégance banale 795 partem uolucris dispersit in auras répétée 798 inque notos uocem uertere procellae. — (5) 8or sq. nec aurae Nec sonitus memor est expliqué par 863 teli stridorem aurasque sonantis ; Virgile, qui mentionne perpétuellement le sifflement des traits, décompose le bruit entre la vibration du bois et la résonnance de l’air. — (6) 805 sq. comites dominam... ruentem Suscipiunt, même motif, IV, 391 Suscipiunt famulae. — (7) 809-814, Il., XV, 585-590 en parlant d’Antilochos qui fuit devant Hector et les Troyens AXN 6 Y' Go’ Étoece — exterritus — Uno xaxdv péEavrt Éouxws — Conscius audacis facti prête à l'animal un sentiment humain — ‘Os ve xôva xreivas À Bouxohoy duvp! Poessty — le chien a été remplacé par magno... iuuenco pour rendre le méfait plus grave — Devyer, moiv neo OutÂov goA— Oruevar dvôowy — prius quam tela inimica sequantur rend la situation plus menaçante ; Virgile a ajouté le trait pittoresque de la bête qui ramène sa queue sous elle ; il a mieux justifié la comparaison, puisqu’Arruns vient de faire un mauvais coup ; du reste 1l accentue et dramatise ce qui est plus

simple chez Homère. — (8) 814 ex oculis se... abstulit, locution fixée, IV, 389, seque ex oculis... aufert ; 815 contentus... fuga est préparé par 807 sq.; Arruns est heureux de s’en tirer à bon compte. — (?) 815

mediis se immiscuit armis reproduit le motif homérique, 1IZ., XVI, 813 0 èv abrite avide mixto à OpiAw.

P. 805. (1) 825 est en relation avec 519 ducis et tu concipe curam ; 826 Succedat pugnae, locution fixée, à la même place du vers X, 699 succedit pugnae. — (2) 827 sq. linquebat habenas Ad terram non sponte fluens, on est étonné que ce vers pittoresque et qui au premier abord semble si virgilien soit en réalité une imitation, Macr. Sat., VI, 4, 10, Furius in primo Ille graui subito deuinctus uolnere habenas Misit equi lapsusque ad humum defluxit et armis Reddidit aeratis sonitum ; l’application à une femme paraît plus naturelle ; Virgile avait déjà pensé à ce passage, XI, 500 sq. — (3) 828 sq. toto Paulatim exsoluit se corpore, ainsi est morte Didon IV 703 teque isto corpore soluo, Lucr. III 696 sq. avait dit dans un sens naturaliste exsoluere sese omnibus a neruis atque ossibus. articulisque. — (4) 831 répété XII 952 est imité d’Z., XVI, 856 sq., XXII 362, Wuyà Ô x Debéwy mramévn ’Atddode Bebxsty “Ov réoruov yodwox htrodo’ ddootira xa) Any, mais avec un sentiment tout différent; chez Homère, la victime regrette la vie, chez Virgile, elle est révoltée du sort

qui lui à été infligé. — (5) 832 sq. ferit aurea clamor Sidera est repris de II 488 ferit aurea sidera clamor. — (6) 835 Etruscique duces reprend, avec variation, 171 Tyrrhenique duces ; Euandrique Arcades alae se retrouve XII, 551. — (7) 836 sq. Virgile se souvient ici de l'attitude

qu'il a donnée à Fama, At Triuiae custos. in montibus Opis Alta sedet . IV, 186 Luce sedet custos. turribus altis ; Triuiae custos — placée par

Diane en sentinelle. — (8) 846 Extrema iam in morte se trouve déjà IT 447. — (9) 840-849 cette courte oraison funèbre est construite sur les idées générales qui sont constantes en pareil cas et qui se trouvent déjà dans les plaintes d'Évandre à propos de Pallas : apitoiement sur le sort cruel de la victime, 841 sq. nimium crudele luisti Supplicium — XI 156 Primitiae iuuenis miserae etc. ; consolation par la gloire acquise 846 sq. neque hoc sine nomine letum Per gentis erit — XI 167 sq. caesis Volscorum milibus ante.…. cecidisse iuuabit, satisfaction donnée par la promesse d’une juste vengeance ; 847 aut famam patieris inultae — XI 178 sq. Turnum gnatoque patrique Quam debere uides."Il est à noter que les paroles d’Opis présupposent l’entretien avec Diane et en reproduisent les termes mêmes : 841 sq. nimium crudele luisti Supplicium = 535 graditur bellum ad crudele Camilla ; 842 Teucros conata lacessere bello = 585 Militia tali conata lacessere Teucros ; 843 in dumis = 570 in dumis ; 844 aut nostras umero gessisse sagittas = 536 nostyis nequiquam cingitur armis, cf. 652; 848 Nam quicumque tuum uiolauit uolnere corpus = 591 quicumque sacrum uiolarit uolnere corpus ; le discours de Diane a donc été composé pour l'épisode de Camilla et en fait partie intégrante ; la reprise de 570 par 843 montre que ceci s'applique même au récit qu’on a prétendu à tort n’avoir pas été rédigé primitivement pour être mis dans la bouche de Diane. — (10) 849 monte sub alto rappelle VI 234 Monte sub aerio, où il s’agit également d’un tombeau placé au pied d’une montagne. — (H) 850 sq. Regis Dercenni... Antiqui Laurentis, Laurente ayant été fondée par Latinus, VII 61, il est difficile que Dercennus soit un ancien roi Laurentin ; ilya donc là une disparate, comme VII 171 Laurentis regia Pici ; à la rigueur on peut considérer Dercennus comme faisant partie des antiqui ab origine reges de VII, 181. — (2) 857 telis moriere Dianae, en effet Diane a remis à Opis pour cet usage son carquois et ses flèches. — (13) 858 sagittam Deprompsit pharetra reproduit 590 ultricem pharetra deprome sagittam, locution fixée, V, 501, depromunt tela pharetris. — (4) 858-862 sont une imitation abrégée d’IZ. IV, 1045qq., oùils’agit du coup par lequel Pandaros blesse Ménélas. Homère commence par raconter l’origine de l’arc de Pandaros, puis comment il le tend en en appuyant un bout contre terre et comment, pendant l'opération, ses compagnons le protègent avec leurs boucliers ; Virgile a négligé ces détails, le premier parce qu'il s’agit de l'arc de Diane, le second parce que l’arc étant plus léger ne se tend pas de la même manière ou parce qu’il est supposé tendu, le troisième parce que les circonstances sont différentes. Pandaros et Opis prennent la flèche dans le carquois, mais Homère a soin de dire que Pandaros enlève d’abord le couvercle du carquois ; Pandaros et Opis mettent la flèche sur l'arc, IV, IN, 122, ‘Ehxs O0 Oôuoù yAvolôuc te AaBuv xai vedpa féerx très précis a été remplacé par Et duxit longe qui est plus vague, 123 Nevpiy uèv uafg mihasev tot Où siônoov est très précis, Virgile est plus élégant, 125 Atyée Pros, veuon Où méy iayev, &Axo Ô G'oxoc, Virgile a négligé le bruit de l'arc qui se redresse et de la corde qui revient à sa position première pour s’en tenir au sifflement banal de la flèche. Il satisfait notre sentiment poétique, il ne nous donne pas comme Homère l'impression aussi exacte de la chose observée : les vers homériques satisferaient un homme du métier. En outre la description de l’opération matérielle est très à sa place chez Homère qui s'intéresse à ces réalités, elle l’est

moins chez Virgile où c’est le drame qui fait l'intérêt. — (15) 865 atque -extrema gementem rappelle Géorg. III 517 Extremosque ciet gemitus. — (7) 868 sq. Virgile, pour accentuer l’idée de la déroute s’est servi de l'effet insistant de la répétition fugit.… fugiunt... fugit... — (17) 870 mamipli désigne ici la cavalerie, mais il n’est pas nécessaire qu'il en soit de même 463.

P. 806. (1) 875 quadrupedumque putrem cursu quatit ungula campum reproduit avec variation VIII 596 quadrupedante putrem sonitu quatit ungula campum. — (2?) 876 voluitur ad muros caligine turbidus atra Puluis, fin de vers modelée sur celle de IX, 36 Quis globus, o ciues, caligine uoluitur atra. — (3) 878 clamorem ad caeli sidera tollunt, locution fixée II 222 clamores.… ad sidera tollit. — (4) 879 portas... patentis, ainsi Il. XII 120 ont laissé ouverte la porte de leur camp pour recueillir les fuyards. — (5) 885 oriturque miserrima caedes se trouve déjà II, 411. — (6) 887 ante oculos lacrimantumque ora parentum est modelé avec la fin de vers identique sur II 531 Vt tandem ante oculos euasit et ora parentum. — (7) 802 est obscur ; Monstrat amor patriae doit être lu entre parenthèses ; ut uidere Camillam indique qu’on rapporte le corps de Camilla, qu’elles le voient et que c’est là ce qui redouble leur ardeur ; mais il se peut qu'il y ait là une insuffisance d’expression due au premier jet ou qu’un vers soit tombé après 892. — (8) 898 Deletas Volscorum acies, Serv. ad l. falsum est, tantum enim fugerant ; sed uim exprimit nuntii, cuius mos est plus quam habet ueritas nuntiare. — (?) o1r Aduentumque pedum flatusque audiuit equorum rappelle la facture de 607 Aduentusque uirum fremitusque ardescit equorum.

Acceptation par Turnus du défi d'Enée malgré Latinus et Amata (1-80). — 1. Le XII livre n’est rattaché au XI par aucun lien extérieur ; mais il lui fait suite immédiatement. Les Rutules ne sont arrivés que juste à temps pour couvrir Laurente ; arrivé presque en même temps qu'eux, Énée n’a renoncé à livrer bataille qu’à cause de l'heure tardive du jour. C’est dans la soirée de cette journée et pendant la nuit qui la suit que se passent les événements du début du livre. Cela ressort du texte de Virgile, qui fait allusion à une nouvelle journée au v. 76, journée qui commence au v. 113 ; d’ailleurs il serait inexplicable qu'Énée, qui est pressé d’en finir et qui comptait terminer la guerre à son arrivée même, restât ensuite un jour entier sans rien faire. Il faut donc admettre, quoique Virgile ne le dise point, et ceci est un cas du xarù 70 otuwrwuevyoy, que Turnus passe la nuit non point dans son camp, mais dans la ville où il est rentré.

Après la bataille perdue du X°e livre, Turnus a eu à lutter contre l’irritation d’un peuple consterné des pertes subies, contre la faiblesse de Latinus, contre les attaques haïineuses de Drancès, qui s’érigeait en porte-parole du mécontentement général. À cette explosion d’impopularité il n’a échappé que grâce à la brusque offensive des Troyens, qui a forcé tout le monde à courir aux armes. Revenu à Laurente après un nouvel échec et une manœuvre sans résultat, il se retrouve en butte à l’animosité d’un peuple découragé (1), impitoyable pour le malheur, qui lui réclame l'exécution de ses promesses (2?) et le montre aux yeux. La situation pour lui est terrible ; son ardeur n’en est que plus farouche ; son courage s'élève à la hauteur des circonstances et, pour peindre son état d'âme, Virgile emprunte la comparaison homérique du lion blessé, qui alors seulement fond sur l'ennemi ($).

Sa résolution est prise ; il va trouver Latinus (1) ; un trouble profond l’agite — #urbidus (?) 10 — ; le mot caractérise par avance le ton du discours qu’il va lui tenir. Il annonce qu'il est prêt à accepter la proposition des Troyens et leur dénie tout prétexte pour s'en dédire. Il va se mesurer avec son rival — Congredior 13 —, Latinus n'a qu’à apporter les objets sacrés et à formuler les termes de l'accord (). Ou il tuera Énée ou celui-ci, vainqueur des Latins, possèdera Lavinia. Jamais jusqu’à présent il n’a envisagé les choses avec cette netteté brutale. La passion qui le domine se révèle à la fois par les injures qu'il adresse aux Troyens — JZgnaui Aeneadae 12, Dardanium.… Desertorem Asiae (*) 15 — et par l’amertume qu'il témoigne aux Latins, qui le laissent seul soutenir la cause de tous et esquivent le dangen}; ul audi dela rancœur.

Il a perdu son sang-froid ; Latinus a conservé le sien et lui répond avec calme — sedato… corde 18 ($) —, mot qui fait prévoir le ton de ses paroles. Ce calme est celui du bon sens, d’un bon sens terreà-terre, qui ne considère que le côté matériel des choses et ne tient pas compte des impondérables. Il a évidemment raison, mais la raison qui calcule bourgeoisement paraît en certains cas singulièrement dénuée d’idéal et de générosité. Latinus se rend compte d’ailleurs que ce qu'il dit est énorme et parfaitement inacceptable pour Turnus. Il commence par rendre à celui-ci un hommage destiné à atténuer ce qu’il y a de pénible dans ses déclarations : si Turnus a un grand cœur et une vaillance fière, 1l est, lui, d'autant plus obligé de peser prudemment les choses (7). Pour le préparer à ce qui va suivre, il lui rappelle que son sort est confortable ; 1l a le royaume de son père Daunus, les villes qu’il a conquises ; il possède, lui, de l'or ($) et ül ne demande qu’à être libéral ; il y a dans le Latium et au pays de Laurente d’autres jeunes filles de noble race à marier (°). Il s'aperçoit ici que la chose à laquelle il veut en venir est si dure à dire — haud mollia jatu 25 —, qu'il s’en excuse (1). Il rappelle — et, malheureusement pour Turnus, il est là sur un terrain solide —, que la volonté des dieux lui a formellement interdit d'accorder sa fille à aucun de ses anciens prétendants et il se donne le beau rôle : il s’est laissé vaincre par son amour pour Turnus, par les larmes de sa femme éplorée, ce qui n'est nullement conforme à l'attitude que lui a prêtée Virgile au VIIS livre, mais ce qu’on peut admettre à la rigueur, puisqu’après avoir refusé de participer à la guerre, il s’y est finalement décidé ; il s'est engagé dans une lutte sacrilège (1) et il a repris à son gendre sa fille qu'il lui avait promise — Promissam eripui genero 31, ceci singulièrement blessant pour Turnus, qui a toujours cru que le gendre

agréé, c'était lui (1) ; il essaie assez maladroitement de sauver la face—: il constate alors — et ici il n’a pas tort — les désastres qui ont suivi (2), qui atteignent Turnus lui-même et qui sont une conséquence fatale de la désobéissance aux ordres d’en haut clairement manifestés. Puis, se reprochant ses tergiversations (?), il fait un raisonnement qui est d'une logique inattaquable, mais d’une crudité fâcheuse : s’il est décidé à s’allier aux Troyens après la mort de Turnus, pourquoi attendre cette mort et ne pas terminer la guerre*? Dans sa péroraison, il s'inquiète du qu’en dira-t-on ? car il est timide : que pensera-t-on de lui s'il envoie à la mort — puisse-t-il se tromper ! — le prétendant à la main de sa fille, et il supplie Turnus de songer aux incertitudes des combats et d’avoir pitié de son vieux père, retenu au loin dans Ardée.

Virgile aurait pu concevoir autrement l'attitude de Latinus ; il aurait pu le représenter contraint de céder à la volonté des dieux, mais n y cédant pas sans protester et ne cherchant point de détours, ne se perdant point dans des considérations qui manquent de noblesse. Ainsi Énée, au moment de la rupture avec Didon, aurait pu attester le destin et se montrer navré. Ces deux discours ont quelque ressemblance et l’un n’est pas moins déplaisant que l’autre. Sans doute Virgile n’a-t-il point voulu qu'Énée et Latinus parussent se courber sous les ordres du destin avec une révolte intérieure. C’est pourquoi il laisse transparaître qu'Énée n'est pas tout à fait désolé de quitter Didon, pas plus que Latinus de faire sa paix avec Énée aux dépens de Turnus. En tout cas le prosaïsme de Latinus fait valoir le caractère de Turnus, comme l'indifférence d’Énée faisait valoir celui de Didon.

Turnus est tellement suffoqué de ce qu'il vient d'entendre que d’abord il ne peut parler. Quand il a recouvré l’usage de la parole, il répond brièvement. Ce qui lui a paru le plus pénible là-dedans, comme lorsque Drancès suspectait son courage, c'est que, tout en entourant la chose de précautions, Latinus ne paraît pas douter que ce sera lui qui aura le dessous. Il néglige donc son argumentation ; il y a des choses qu’il vaut mieux ñe pas discuter. Il se borne à prier Latinus de ne pas éprouver pour lui tant de sollicitude (©) ; il déclare qu'il est disposé à acheter la gloire au prix de sa vie (5), que son bras, à lui aussi, est fort ($) et qu'Énée ne sera pas toujours protégé par sa mere (1);

Un autre assaut lui reste à subir, plus émouvant que l'intervention raisonneuse et froide de Latinus, ies supplications passionnées d'Amata. Amata, prête elle aussi à mourir, épouvantée par la rencontre projetée, s'attache à son gendre emporté par son ardeur ; elle laisse parler son

cœur et déborder ses sentiments. Elle le supplie par les larmes qu’elle verse, par les égards qu'il lui doit : il est son unique espoir, la consolation de sa vieillesse (1) ; il a entre ses mains l'honneur et la puissance de Latinus, c’est sur lui que repose toute la famille, qui penche vers. la ruine. Voilà qui est plus vibrant, plus chaud, plus digne de Turnus. que l'intérêt mêlé d’égoïsme que vient de lui témoigner Latinus. Elle ne lui demande qu’une chose, c'est de renoncer au combat singulier, parce qu'elle ne sépare pas son sort du sien, qu'elle mourra avec lui et ne se résignera point, captive, à avoir Énée pour gendre. Ce qui porte l'émotion à son comble, c'est que Lavinia est là qui entend les paroles de sa mère, qui pleure et dont les joues brülantes. rougissent, comme l’ivoire qu’on teint en pourpre ou le lys dans un bouquet de roses (?). Que ce soit là l’expression d’un amour secret que Virgile n’a pas voulu accuser plus directement pour des raisons déjà exposées, c'est ce qui n’est pas douteux. Aïnsi le comprend Turnus, que l'amour bouleverse — Zum turbat amor 70 —-, et qui répond à la mère en attachant ses yeux sur la jeune fille et en sentant croître son ardeur au combat. Il demande à Amata de lui épargner des larmes qui sont un présage terrible pour une épreuve si dure (°), et 1l ajoute : Turnus n’est pas libre de reculer l'heure de sa mort, mot profond, comme Virgile en a mis quelques-uns dans la bouche de Mézence, mot mélancolique, qui rend Turnus très touchant ; il sent bien qu’autour de lui règnent des idées funèbres. Si fier qu'il soit, i sait que les bonnes chances ne sont point pour lui; pourtant ni Latinus, ni Amata n'ont pu ébranler sa résolution, il semble qu'ils n'aient fait que la fortifier. Courir au danger, quand on entrevoit l'issue fatale, c'est là le véritable héroïsme. En présence d'Amata elle-même, Turnus fait la démarche définitive ; il charge Idmon (*} d'annoncer à Énée qu'il accepte la rencontre avec lui pour le lendemain matin ().

Préparatifs de Turnus et d'Enée (81-112). — 2. Les commentateurs, qui ont cru qu'entre l’arrivée d'Énée devant Laurente et le duel il s’écoulait une journée, journée vide d'événements, ont mal compris. la scène qui suit ; ils y ont vu, à la suite de Servius ($), une sorte derépétition préalable des préparatifs du combat et comme un essayagedes armes, ce qui serait assez inutile. En réalité, c'est en vue de la rencontre qui va avoir lieu que s’arment Turnus et Énée ; celle-ci est. fixée aux premières lueurs du jour et nous sommes à la fin de la nuit ; il est naturel que les deux champions prennent leur dispositif. Si Turnus est en proie à une agitation fébrile, c’est que l'heure décisive: approche ; c'est du reste cette agitation, cette vibration d'âme qui

distingue la description faite par le menu de la façon dont Turnus s’arme des descriptions analogues, plus objectives, de l’Iliade; ce n'est point pour l'exactitude du détail qu’elle est faite, mais pour la peinture des sentiments du héros.

C'est parce que l'heure presse que Turnus rentre brusquement chez lui — rapidus 81 — ; tandis qu'il fait ses préparatifs, il semble que l'espoir de vaincre ait pris le dessus sur les idées noires :; l’activité physique est bonne en pareil cas : il demande ses chevaux et il est joyeux de les voir frémissants ; leur attitude belliqueuse lui plaît. Ce sont des chevaux merveilleux donnés à Pilumnus par Orithyia, plus blancs que la neige, plus rapides que les vents (1). Les écuyers empressés les flattent, pour entretenir leur ardeur et peignent leur crinière, pour qu'ils se présentent à leur avantage. Turnus revêt sa cuirasse (?) recouverte d’or et d’orichalque, manie et assure son épée, son bouclier, son double cimier rouge ; l'épée est une œuvre de Vulcain, qui l’a trempée incandescente dans l’eau du Styx et en a fait cadeau à Daunus ; l’mvention a pour but d'établir un parallélisme entre Énée et Turnus, mais le parallélisme n'est pas complet, Turnus n'ayant qu’une épée divine, Énée toute une armure (%). Ilsaisit vigoureusement sa lance, dépouille d'Actor l’Aurunque, accotée à une énorme colonne de son palais ({), il la brandit — wi corripit 93, quassaique trementem 94 — en criant — Vociferans 95 — l'espoir qu’il met en elle ; tous les mots sont choisis pour souligner l’exaltation qui le transporte ; elle n’a jamais trompé son appel (°), il compte sur elle pour abattre son adversaire, ce qui lui permettra d’arracher à ce Phrygien efféminé sa cuirasse et de souiller dans la poussière ses cheveux frisés au fer chaud et humides de myrrhe. Il parle toujours d’Énée sur un ton méprisant, ce qui est une façon de se dissimuler à lui-même que c'est un adversaire redoutable. Quant au costume phrygien, Virgile y fait allusion à plusieurs reprises, pour préparer le fait qu'une fois installés sur le sol italien les Troyens l’abandonneront ; il répugnait aux Romains. Le morceau se termine par une peinture énergique de l’état violent de Turnus ; la fureur l’agite ; dans son ardeur enflammée des étincelles jaillissent de tout son visage et le feu brille dans ses yeux ($). Tel un taureau s'apprête au combat (°).

Cependant — inferea 107 —, c'est-à-dire pendant les derniers moments qui précèdent l'aurore, Énée implacable — saeuus 107 — endosse lui aussi son armure, qu'il doit à sa mère ; lui aussi il avive son ardeur guerrière et s’enfièvre de colère (8). Ilest pourtant calme en comparaison de Turnus ; il est heureux (°) de penser qu'un accord va mettre fin aux hostilités ; il console ses compagnons et dissipe

les craintes d’Iule, en leur révélant les destins. Il est en effet le héros prédestiné, ce qui est grandiose, mais diminue l'intérêt romanesque ; il affronte radieux la rencontre que Turnus aborde inquiet et tourmenté. Il envoie rendre réponse au roi Latinus et fixer les conditions de l’accord (1).

Préliminaires de la rencontre (113-133). — 3. Les préliminaires de la rencontre, les serments échangés, le sacrifice sont empruntés au IIIe chant de l’Iliade (?), lorsque, sur les remontrances d’Hector, Pâris accepte de se mesurer avec Ménélas pour décider ainsi de l'issue de la guerre. Dans l’Iliade, c'est sur le champ de bataille que la chose est résolue ; il y a un arrêt du combat ; Hector annonce la proposition de Pâris ; Ménélas consent ; chez Virgile, il y a un échange de messages ; la forme est donc plus solennelle. Le duel n’est du reste qu'un épisode dans l’Jliade, puisqu'en réalité il n’a pas les conséquences prévues. Virgile en a augmenté l'importance en le réservant pour le dernier livre de l’Enéde ; si l'accord conclu n’aboutit pas immédiatement, les deux champions ne tardent pas pourtant à se trouver en présence et c’est là le dénouement du poème. L'intérêt du morceau, c'est d’abord qu'il met sous nos yeux des scènes solennelles, bien ordonnées, qui ont de la grandeur et de l'éclat ; tout cela est du reste extérieur et fait pour le spectacle et pour les yeux, tandis que les développements psychologiques antérieurs étaient productifs d’émotion. En outre nous sommes en présence d’une large imitation de l’Iliade ; il est curieux d’étudier comment Virgile l’a conçue, comment au récit homérique il à mélangé des détails de mœurs nationales, constituant ainsi un grand ensemble gréco-romain.

L’aurore vient à peine de se lever — on est pressé et on ne perd pas de temps — que des préposés Rutules et Troyens mesurent le champ sous les murs de Laurente ; la besogne matérielle est faite par des inférieurs, ce qui paraît plus convenable aux Romains, tandis que dans l’Iliade elles est exécutée par Hector et Ulysse (#) ; au milieu du champ ils disposent des foyers et des autels de gazon pour les dieux communs aux deux partis (4) ; ainsi Troyens et Italiens adorent les mêmes dieux ; à la religion italique, les Troyens ne feront qu’ajouter le culte de Vesta et celui des Pénates de leur ville, qui deviendront plus tard les penates publici populs Romani ; d’autres préposés apportent l’eau de source et le feu ; ils sont vêtus du Zimus, jupon descendant du nombril jusqu'aux pieds et portant en bas une bande sinueuse de pourpre ; c'était là le costume des popae romains ; ils ont la tête ceinte des herbes sacrées — werbena 120. Il y a ensuite une sorte de montre des deux armées : cette montre n’a naturellement pas lieu

dans l’Jliade, où l’on arrête simplement le combat pour que Ménélas et Pâris se mesurent entre eux ; des portes de la ville sortent à flots pressés la légion des Ausonides et les bataillons armés du pilum (1) ; ceci a une couleur romaine très prononcée ; pourtant, dans les batailles précédentes, les Italiens n’ont point fait usage de la tactique de la légion et c’est de la lance homérique, non point du pilum, qu'ils se sont servis ; la couleur romaine est donc ajoutée et extérieure ; toutes les troupes troyennes et tyrrhéniennes se précipitent armées diversement, prêtes au combat ; au milieu des milliers de soldats, dont Virgile paraît exagérer le nombre, pour donner une impression plus grande, caracolent les chefs magnifiquement parés d’or et de pourpre (?), Mnestheus pour les Troyens, Asilas pour les Étrusques, Messapus pour les Latins et les Rutules. Au signal donné, chaque parti occupe son emplacement, nous sommes en présence de soldats bien disciplinés, qui évoluent au commandement ; on plante en terre les lances et on y accote les boucliers, c’est-à-dire qu’on prend l’attitude du repos (à). Les femmes fébrilement excitées, les non-combattants, les vieillards, sont montés sur les tours et sur les toits ;: d’autres se tiennent aux portes (*). La caractéristique du morceau, c’est que tout est réglé avec la dernière précision ; on dirait une mise en scène supérieurement ordonnée sur un théâtre, c'est une belle figuration.

Junon suscite l'intervention de Juturne (134-160). — 4. Tout est prêt, mais on attend quelques instants avant l'apparition des personnages du drame et cette attente est utile pour rendre leur apparition plus imposante ; c'est pendant cette suspension de l’action terrestre ($), et par conséquent sans l’interrompre, que Virgile a intercalé une courte scène dans le ciel entre Junon et Juturne ; cette scène n’est pas sans analogie avec celle du XIE livre entre Diane et Opis ; des deux côtés une divinité supérieure s'adresse à une divinité inférieure à propos d’un mortel auquel elle s'intéresse, mais sans pouvoir le sauver ; au XI® livre, ilnes’agit que de venger la mort de Camilla, qu’il n’est pas au pouvoir de Diane d'empêcher ; ici, Junon fait une dernière tentative en faveur de Turnus, mais sans grand espoir de lui conserver la vie ; elle est découragée ; elle connaît maintenant l'arrêt des destins et elle sent que le dénouement fatal ne peut guère être évité. Du haut d’une éminence, alors anonyme et qui fut appelée depuis le mont Albain ($), elle regardait la plaine, les deux armées en présence et la ville de Latinus. Elle interpelle Juturne, à qui en échange de sa virginité Jupiter a donné pouvoir sur les eaux dormantes et sur les fleuves sonores et qui est la sœur de Turnus (’). Elle lui dit que de toutes les femmes Latines (8) qui ont partagé, sans avoir à s'en

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louer (1), la couche de Jupiter, c’est elle qu’elle a toujours préférée (?} et qu’elle lui a ménagé une place dans le ciel (°). Pourquoi s’est-elle intéressée aux favorites de Jupiter et à Juturne en particulier, c’est ce que Virgile n’explique point (*) ; sans doute n’avait-il à donner pour cela aucune bonne raison ; mais il lui importait de faire figurer Juturne, une ancienne divinité italique, dans le dernier effort tenté au profit de Turnus et il tenait à faire de Juturne l'instrument de Junon, pour que son intervention ne fût qu'un prolongement de l’action constante de Junon dans l’Enéide ; il a donc mis les deux personnages en rapport, sans se soucier de l’invraisemblance. C'est à cause de l’affection spéciale qu’elle ressent pour Juturne que Junon l'avertit de la douleur qui la menace : elle a protégé Turnus et la ville qui lui est chère tant que la Fortune et les Parques l'ont permis ; maintenant que les destins sont contre lui dans la lutte — smparibus… fatis 149 — que le jour des Parques et leur haineux attentat approchent (), elle n’a pas le courage d'assister au dénouement ($) ; elle charge Juturne de tenter pour son frère quelque chose d’efficace. Celle-ci pleure et se frappe la poitrine (*). Junon, toujours énergique, alors même qu’elle ne compte plus guère sur le succès, lui dit que ce n’est pas le moment de verser des larmes, qu’il faut se presser et elle lui trace nettement sa tâche : arracher par quelque moyen son frère à la mort ou tout au moins retarder cette mort en rompant l'accord (8) et en faisant renaître les hostilités ; elle prend la responsabilité sur elle. Juturne demeure incertaine, ressentant tristement le coup qui la frappe, ce qui n’est pas une condition de succès. Au point de vue de la marche des événements, la scène prépare son intervention ; au point de vue de la couleur sentimentale, c'est un rappel des pressentiments lugubres, que Virgile depuis le début du livre accumule, pour exciter notre commisération pour Turnus, sans paraître s’apercevoir que la pitié que nous éprouvons pour lui est en raison inverse de la sympathie que nous pouvons avoir pour Énée.

Serments échangés entre Enée et Latinus. Sacrifice (161-215). — 5. Cependant — Jnierea 161 —, les personnages officiels, les rois, arrivent ; Virgile les présente en majesté, effet théâtral, qui lui appartient et qui n’est pas dans l’Ihiade (°). Latinus, d'apparence colossale — ingenti mole (9) 161 —, monté sur un quadrige, porte un diadème à douze rayons d’or, emblême du Soleil son aïeul (1) ; Turnus est sur un bige traîné par des chevaux blancs et serre dans sa maïn deux javelots (2) ; d'autre part le vénérable Énée — pater Aeneas 166 —, l'ancêtre de la race romame, avec son bouclier éclatant comme un astre (%) et son armure céleste, et près de lui Ascagne, le second espoir

Fr

de Rome. Un prêtre en vêtement immaculé (1) apporte le petit d’un pourceau et une brebis de deux ans et les place près des autels où le feu est allumé. Puis les cérémonies commencent selon Îe rite romain ; les intéressés, regardant l’orient, répandent la mola salsa (?), coupent quelques poils au-dessus des tempes des victimes, font des libations sur les autels ().

Alors le pieux Énée — pius Aeneas 175 naturellement — l'épée nue, prononce une très belle prière, dans laquelle il prend à témoins et les divinités élémentaires et les dieux de l’Olympe, dont l’adhésion est ici particulièrement réclamée, à savoir le Soleil, la Terre italienne pour laquelle 11 a subi tant d'épreuves, Jupiter tout puissant, Junon qu'il supplie de s’adoucir, Mars, seigneur de la guerre, les Sources, les Fleuves, toutes les divinités du ciel et de la mer, ceci suivant l'usage de la dévotion romaine, qui, en négligeant quelque divinité, craint de s'en faire une ennemie. Puis il formule les conditions de l'accord ; si Turnus est vainqueur, les vaincus se retireront chez Évandre : lule quittera la place et les Énéades ne renouvelleront jamais la guerre. S1 c'est lui qui triomphe, ce qu'il croit plutôt et ce qu'il demande aux dieux de confirmer — c’est un omen —, les Italiens ne deviendront pas sujets des Troyens, les deux peuples seront sur pied d'égalité ; 11 introduira ses dieux et leur culte ; Latinus, son beau-père, conservera le commandement suprême ; les Troyens lui bâtiront une ville à laquelle Lavinia donnera son nom.

Dans les paroles d'Énée il y a deux parties : la prière aux dieux, les conditions de l’accord ; la prière aux dieux est imitée de celle d'Agamemnon dans l’Jliade (*) ; naturellement, la situation n'étant pas la même, les termes du traité sont différents. Dans l’Iliade, après la prière d’Agamemnon, on passe aux cérémonies religieuses ; puis Priam, se refusant à être témoin d’un combat où son fils va risquer sa vie (5), retourne à Ilion. Virgile a voulu donner à la déclaration d'Énée une contre-partie, pour la symétrie poétique et pour la réciprocité de l'engagement. Latinus, levant les maïns au ciel, jure comme Énée par les éléments, la terre, la mer, les astres, par Jupiter dont la foudre est la garantie des traités ; il ajoute Apollon et Diane — qui étaient spécialement vénérés par Auguste —, Janus à deux fronts, divinité particulièrement italienne, les dieux infernaux et Dis. Il touche les autels (6), atteste les feux qui y sont allumés (7) et d’une façon générale les numina, ce qui est romain ; il affirme alors que cette paix et ce traité ne seront jamais rompus, quoi qu’il arrive (), quand même un cataclysme bouleverserait le monde (?), pas plus quene reverdira (12) le sceptre, jadis branche d'arbre, qu'il tient à la main.

Une fois le traité juré (!) en présence des proceres, les cérémonies religieuses commencent ; suivant le rite — rie 213 — qui est le rite romain, on immole au-dessus des flammes (?) les victimes consacrées (%), on leur arrache les viscères, pendant qu'elles sont encore vivantes et on place sur les autels des plats remplis (4).

Rupture du traité par l'intervention de Juturne. Blessure d'Enée (216-323). — 6. Dans l'Jlsade, une fois l'accord conclu, le combat entre Pâris et Ménélas a lieu ; il est défavorable à Pâris, qu'Aphrodite enlève au milieu d’un brouillard épais et qu’elle rapporte dans son thalamos ; Ménélas le cherche sur le champ de bataille. Zeus est d'avis que le traité soit exécuté ; Héré s’y oppose et obtient qu'il envoie Athéné pour conseiller aux Troyens de s’y soustraire. Athéné prenant la forme de Laodokos persuade à Pandaros de lancer contre Ménélas une flèche, qui le blesse, mais, grâce à Athéné elle-même, d’une blessure légère ; pendant qu'on le soigne, les Troyens s’arment ; sur les exhortations d'Agamemnon les Achéens en font autant et la bataille commence. Virgile ne pouvait laisser s'engager immédiatement entre Énée et Turnus le duel qui est le dénouement de l’Enéide ; son but dans tout le XIIe livre est de le retarder ; pour cela il remet les deux peuples aux prises ; il se sert de Juturne, instrument de Junon (5), comme Athéné, dans l’Jliade, est l'instrument d’Héré; seulement, dans l’Zliade, Athéné ne reçoit sa mission qu'après la conclusion de l'accord et la rencontre qui en est la conséquence ; dans l’'Enéide, Juturne a reçu la sienne antérieurement parce qu'entre la conclusion et la violation du traité il n'y a point de pause de l’action. Du reste, si le rôle de Juturne dans la marche des événements est le même que celui d'Athéné, il se développe tout autrement. Virgile a repris un motif qui lui a déjà servi au VE livre, lorsqu'Iris, envoyée elle aussi par Junon, accentue et précise les dispositions psychologiques des femmes Troyennes fatiguées d’une navigation épuisante et leur fait incendier les navires. Aïnsi les Rutules trouvent inacceptable le traité auquel ils assistent, se révoltent contre lui dans leur for intérieur ; Juturne avive leurs sentiments, les leur rend à eux-mêmes plus palpables et plus convaincants et favorise l'explosion qui se prépare et qui pourrait se produire par la seule force des facteurs internes. La machine mythologique n’est qu'un adjuvant qui n’est pas absolument nécessaire, dont l'introduction est justifiée par la fidélité à la convention épique et qui agit simplement dans le sens même de l'évolution des âmes. |

Les Rutules — et ici il faut entendre les Rutules proprement dits — jugeaient depuis un certain temps la rencontre d’'Énée et de Turnus

comme Virgile l’a présentée lui-même à ses lecteurs, c’est-à-dire comme une lutte inégale et dans laquelle Turnus doit succomber. Cette impression s'accroît par l'aspect même de Turnus et sa contenance dans les circonstances présentes, qui est celle d’une victime ; malgré son courage, il est ému ; il s’avance muet, adore les autels les yeux baissés ; c’est un adolescent — Pybentesque genae 221 —, tandis que son adversaire est dans toute la force de l’âge mûr, et, quoiqu'il soit jeune, il est pâle — swwenali in corpore pallor 221. Juturne s'applique à développer et à faire aboutir à des actes l’état d'âme des Rutules ; elle se mêle à eux en prenant la forme de Camers (1), un guerrier énergique, de la plus haute noblesse, et célèbre par le courage de son père. Elle leur tient des propos (?) qui traduisent leurs sentiments propres d’une façon plus nette et plus concrète. Ils s’apitoyaient sur le sort de Turnus ; elle leur fait honte de laisser un homme seul s’exposer pour tous ($) et s'adresse ainsi à leur honneur ; elle leur montre qu'ils sont au moins égaux en nombre et en force aux ennemis qu'ils ont devant eux ({) ; c’est là une réflexion, qui doit venir aux Rutules justement au moment où les deux armées sont en présence et où on peut se compter réciproquement. Enfin — et c’est encore un contraste qui doit s'imposer à eux —, elle compare le rôle glorieux de Turnus, qui va s’acquérir une renommée immortelle (5), au leur qui les mènera à la perte de leur indépendance ($) ; elle s'adresse à leur intérêt. Ce sont là des considérations qui enflamment de plus en plus les Rutules ; des murmures se font entendre dans les rangs ; eux-mêmes les Laurentins, les Latins, découragés jadis, se sentent changés (7) ; ils ne veulent plus du traité, désirent combattre (8) et partagent la pitié des Rutules pour Turnus. Il y a là toute une progression psychologique savamment ménagée, que Virgile devait regarder comme très supérieure à l'intervention peu compliquée d’Athéné décidant Pandaros à lancer sa flèche.

Toutefois, pour que cette fermentation éclate, il faut quelque chose de décisif ; ce quelque chose est un prodige trompeur, que Juturne suscite, sans doute parce qu’elle a reçu de Junon les pouvoirs nécessaires. Un aigle (°), qui poursuivait dans l’air les oiseaux du rivage (1°), se laisse brusquement tomber sur les flots, saisit un cygne de grande taille et l'emporte (11) ; l’attention des Italiens est excitée ; les compagnons du cygne qui fuyaient se retournent en poussant des cris contre l’agresseur, ce qui n’est pas un spectacle ordinaire — mirabile uisu 252 — ; ils obscurcissent l'air de leurs ailes et poursuivent en masse (12) le ravisseur qui laisse tomber sa proie dans le fleuve et disparaît dans les nuages.

Les Rutules saluent l’augurium de leurs cris. Pour qu'un présage ait des conséquences il faut, selon l'usage romain, l'accepter et l'expliquer. C’est ce que fait l’augure Tolumnius, qui se trouve là à propos (1); il l’attendait et il le saisit — Accipio adgnoscoque deos (?) 260 —: il exhorte ses compagnons à prendre les armes contre l'étranger qui les effraie comme des oiseaux sans défense et dévaste le rivage de leur pays ; il sera chassé ; il faut qu'ils s'unissent et combattent pour leur roi ($). [1 donne l'exemple, prend sa course et lance contre l'ennemi un javelot qui fend l’air en sifflant ; une immense clameur s'élève, les masses de l’armée s’émeuvent et s’échauffent. Le javelot perce les côtes (4) de l’un des neuf enfants de l’Arcadien Gylippe et d’une Étrusque (5). Les autres, enflammés par la douleur, aveuglés par la rage — caeci 279 — se précipitent ; les Laurentins les chargent ; alors Troyens, Étrusques, Arcadiens, se jettent à leur rencontre ; on ne pense plus qu'à combattre ; les autels sont dépouillés ($) ; c'est une tempête de traits, une pluie de fer (*) ; on s'empare des cratères, des foyers ; Latinus lui-même s'enfuit, emportant ses dieux violentés ($) et sans que le traité soit réalisé.

D'autres brident les attelages des chars (*), ou sautent sur leur chevaux (10) et se présentent l’épée nue. Désormais la bataille est engagée ; elle commence par une bagarre, qui emprunte aux circonstances une physionomie spéciale : Messapus pousse son cheval contre le roi tyrrhénien Aulestes revêtu de ses insignes ; celui-ci effrayé recule, tombe à la renverse sur les autels, qui sont derrière lui ; la tête et les épaules portent ; du haut de son cheval (1) Messapus ardent le frappe violemment de sa lance grosse comme une poutre (1) et déclare que c’est là pour les dieux une victime plus agréable que celles du sacrifice (#). Ses compagnons dépouillent le cadavre encore chauf, motif perpétuel dans l’Jliade où les guerriers se battent en partie pour le butin, moins fréquent dans l’Enéide, où les guerriers conçus plus noblement se battent surtout pour la cause qu'ils défendent. Corynaeus (4), un Troyen, attaqué par Ébysus (5), lui met à la figure un tison embrasé pris à un autel et il en résulte un effet original : l'énorme barbe de son adversaire — ingens barba 300 — flambe en répandant une odeur de brûlé; Corynaeus profite de son désarroi pour lui saisir la chevelure de la main gauche, le jeter à terre en le poussant du genou et lui percer le flanc de son épée (1). Podalirius (17), un autre Troyen, poursuit de son épée nue le pâtre Alsus et le domine ; celui-ci se retournant lui fend d’un coup de hache le milieu du front et le menton ; le sang coule largement sur ses armes (1).

Ici Virgile prête à Énée un très beau rôle, dont il ne trouvait

pas l'équivalent dans les chants III et IV de l’Jliade qui lui servent de modèle. Le pieux Énée — pius Aencas 311 — a pris au sérieux le traité d'après lequel il devait terminer la guerre par un combat singulier ; la tête nue, tendant sa main droite désarmée (1), il rappelle à grands cris ses compagnons, les supplie de se calmer, atteste que le traité est conclu, les conventions arrêtées (?), que seul il a le droit de se battre, qu'il n’y a rien à craindre, qu’il saura par sa valeur donner à l'accord sa solution, que Turnus est la victime qui lui est consacrée. Tandis qu'il parle ainsi, tout à coup — ecce 319 — une flèche siffle (*) et l’atteint sans qu’on sache qui l’a lancée. Virgile revient ici à l’imitation de l’Jliade où Ménélas lui aussi est blessé d'une flèche. Le motif du coup de traîtrise a déjà été employé à propos de Camilla ; on ne voit pas trop pourquoi Virgile le laisse anonyme, si ce n’est que le mystère rend la chose plus impressionnante en faisant travailler l'imagination.

Aristie de Turnus (324-382). — 7. La blessure imprévue d’Énée est une péripétie dans l’action ; elle recule dans des perspectives lointaines, presque dans l'impossible, la rencontre qui vient d’être décidée et qui nous semblait devoir suivre sans aucun retard. C’est en même temps une péripétie sentimentale. Turnus s’est résolu à accepter le duel ; mais, malgré sa vaillance, malgré la confiance qu'il affecte, il ne l’envisage qu'avec angoisse ; il sent qu'il se sacrifie ; au fond il est déprimé. Le départ d'Énée du champ de bataille, la confusion qui en résulte chez les chefs ennemis lui rendent l'espoir, et, comme il est d’une nature impétueuse, il s’enflamme et l’ardeur le transporte. Ce revirement subit, ce réveil d'énergie et de foi dans la victoire, cette reprise juvénile de soi sont d’un grand effet et répondent à la sympathie qu’il nous inspire. Énée personnifie d’une façon conventionnelle la fermeté d'âme, la force consciente et continue — constantia — que les Romains s’attribuaient et qu'ils considéraient comme la qualité la plus haute. Plus mobile, Turnus est plus naturel et nous plaît justement par la succession de ses impressions changeantes. Le retour à l'espoir après les idées noires et les pressentiments funestes se traduit sur-le-champ par une nouvelle aristie ; pour la fabrication matérielle, toutes les aristies se ressemblent chez Virgile ; chacune a pourtant son caractère fondamental qui lui est propre ; celle-ci nous présente Turnus comme un guerrier plus redoutable que nous ne l'avons jamais vu, comme une sorte de Génie de la Mort fauchant tout instantanément sur son passage. Virgile le grandit encore avant de le faire succomber sous les coups d'Énée et, par là même, il grandit aussi son adversaire. Turnus réclame en même temps ses armes, ses

chevaux, bondit superbe sur son char, dont il prend en main les rênes (1) et se lance sur l’armée ennemie, comme si à lui seul il était capable de l’anéantir. Il massacre tout sur son passage ; c'est une course fantastique ; il tue au vol — uolitans 328 — nombre de guerriers (2), en abandonne beaucoup, qui roulent à demi morts, et crible de traits les fuyards ($). Sa puissance combative semble décuplée, surnaturelle, et, pour rendre l'impression de quelque chose de plus qu'humain, Virgile le compare au dieu sanglant Mavors ({) qui, sur les bords de l’Hèbre, secoue son bouclier avec le bruit du tonnerre, excite ses chevaux furieux (°) qui parcourent la plaine plus rapides que les vents, fait retentir du bruit de leurs sabots les confins les plus éloignés de la Thrace et est entouré de son cortège terrifiant, l’Épouvante au noir visage, la Colère, la Ruse. Développant alors l’épithète sanguineus attribuée au dieu, 332, Virgile montre Turnus poussant avec allégresse dans la mêlée ses chevaux fumants de sueur, bondissant sur les cadavres ennemis, tandis que le sabot rapide de ses coursiers fait jaillir une rosée de sang ($) et qu’ils foulent le sable mélangé de sang ; le tableau est effroyable (7). Cette vue d'ensemble est suivie d’une énumération de noms propres, que Virgile jette d’une seule haleine, presque sans détails (8), pour imiter par la brièveté du récit la rapidité foudroyante avec laquelle Turnus fauche ses adversaires ; ce sont Sthenelus, Thamyrus et les deux fils d'Imbrasus, Glaucus et Ladès (*); vient ensuite, suivant l’usage de l’aristie, une rencontre plus développée, curieuse pour caractériser les rapports de Virgile avec l’Iliade. Au X® livre, il avait imité la Dolonie, maïs sans nommer Dolon ; ici 1l éprouve le besoin de le rappeler, dans des circonstances sans rapport avec la Dolonie, en mettant en scène son fils Eumédès (2); se souvenant de l'audace de son entreprise (1) et de la façon dont elle est payée, mais non de la lâcheté avec laquelle, pour obtenir la vie sauve, 1l trahit sans vergogne ses compagnons, il vante son courage, afin de faire de son fils un adversaire digne de Turnus. Celui-ci l’atteint de loin () en lui lançant un léger javelot, saute à bas de son char, lui met le pied sur le cou, lui arrache l'épée qu’il tenait à la main et la lui plonge flamboyante (%) dans la gorge ; il ajoute quelques paroles. ironiques ; 1l peut mesurer de son corps cette terre d'Hespérie qu'il est venu chercher (4) ; c’est le sort de ses ennemis et c’est aïnsi qu'ils. fondent des villes. Virgile reprend alors l’énumération haletante des noms propres : Asbystès, tué d’un coup de lance, Chloreus, Sybaris, Darès, Thersilochus (5), Thymoetès, désarçonné par son cheval (#), puis il peint à nouveau la course vertigineuse de Turnus comparé à Borée qui pousse vers le rivage les flots de la mer Égée et fait fuir

devant lui les nuages du ciel ; partout où Turnus se fraye un passage, les bataillons reculent, tournent le dos, se sauvent précipitamment ; il est emporté comme au vol — wolantem 370 — par son élan et le vent que le char reçoit de face secoue son panache flottant — ce dernier vers d'un pittoresque saisissant. Sa dernière prouesse est originale : Phégeus veut l’arrêter dans sa course (1), saisit par leurs naseaux écumants ses chevaux lancés et les détourne ; mais tandis qu'il se fait traîner suspendu au joug il se découvre et reçoit un coup de lance qui, perçant sa cuirasse à doubles mailles, lui fait une blessure superficielle. Il Tâche alors l’attelage sans doute presque arrêté, se protège de son bouclier, et marche sur Turnus l’épée haute ; mais le char reprend sa course, le renverse et Turnus, qui évidemment descend du char, lui tranche la tête entre le rebord inférieur du casque et le bord supérieur de la cuirasse. |

L’aristie comporte un mouvement, une fougue, qui dépassent tout ce que nous avons vu jusqu'à présent ; c’est une randonnée furieuse, une ruée irrésistible, renversant devant elle tout ce qu’elle rencontre, un véritable bain de sang ; jamais encore nous n'avions assisté à un massacre exécuté avec un tel emportement.

Guérison miraculeuse d'Enée (383-440). — 8. Outre qu'elle retarde la rencontre décisive et produit une révolution dans l'âme de Turnus, la blessure d’Énée fournit à Virgile l’occasion de lui donner une attitude héroïque, de faire ressortir son indifférence à la douleur et son inébranlable volonté de remplir sa mission périlleuse ; c’est une habileté que de le grandir à mesure que l’heure du triomphe approche ; le triomphe se trouve ainsi justifié. En ce qui concerne la construction du poème, Virgile continue à s'inspirer des ch. III et IV de l’Jliade, dans les parties consacrées au combat de Pâris et de Ménélas. La blessure et la guérison d’Énée ont pour prototype la blessure et la guérison de Ménélas ; mais, accessoirement, Virgile s’est inspiré des autres passages de l’Iliade, où un guerrier mis hors de combat est guéri et reprend sa place parmi les siens (2). Il avait déjà utilisé, à propos de Mézence, le motif de la blessure qui éloigne un guerrier du champ de bataille ; mais Mézence n’a que le temps de faire laver sa plaie et retourne se battre sans être guéri ; il en est autrement d’Énée. Pendant que Turnus semait victorieusement la mort dans la plaine — interea 384 —, il a été ramené au camp par Mnestheus et Achatès accompagnés d’Ascagne, en s'appuyant à chaque pas sur sa longue lance (#) ;ilest furieux — saewit 387 — ; ils’efforce en vain d’arracher le trait, dont le bois s’est brisé ; il demande qu’on en finisse, qu'on débride largement et qu’on fouille jusqu’au fond la plaie, qu'on le

remette en état de se battre. Il est soigné par Tapyx, un ancien favori d’Apollon, à qui celui-ci avait offert la science augurale, l’art de jouer de la cithare et de lancer les flèches et qui a préféré la connaissance, moins brillante, de la médecine, pour prolonger les jours de son vieux père à toute extrémité. C’est un de ces personnages honnêtes et pleins de bons sentiments, comme les imagine Virgile, qui aime les braves gens. La scène qui suit est tout à fait plastique : d’une part Énée, frémissant d’une impatience cruelle, appuyé sur son énorme lance, entouré des guerriers (1) et d’'Iule désolé, mais ne se laissant pas émouvoir par les larmes ; de l’autre, le vieil Ilapyx qui, le vêtement retroussé. à la façon des opérateurs, s’agite sans que ni l’adresse de sa main, mi les herbes puissantes de Phoebus amènent un résultat et qui ne peut arracher le trait ni avec ses doigts ni avec la pince (?). Ce serait un amusant tableau de genre, s’il n’était dramatisé et rendu tragique par l'ambiance ; en effet dans la plaine redouble l'horreur de la bataille (°), qui se rapproche ; un nuage fixe de poussière cache le ciel (4) ; les cavaliers arrivent auprès du camp au milieu duquel pleuvent des traits. La clameur lugubre des guerriers qui combattent et qui meurent monte dans l'air. :

Les Troyens semblent perdus ; il n’y a plus qu’une intervention divine qui puisse tout sauver. L'action de Junon et la contre-action de Vénus marquent le rythme de la marche des événements de l’Enéide et se poursuivent dans les derniers livres de l'Enéide, avec moins de violence pourtant et des effets moins bruyants. D'une façon plus ou moins directe, la blessure d'Énée est l’œuvre de Juturne, instrument de Junon ; naturellement Vénus vient la guérir. Elle ne paraît s’y décider que par affection maternelle et parce qu'elle ne peut voir souffrir son fils ; ainsi du reste Junon, qui au VITE livre est la déesse de la haine implacable, n’a envoyé Juturne que par intérêt pour Turnus ; c'est une émulation de bons sentiments. Donc Vénus cueille sur l’Ida de Crète le dictamne aux feuilles largement poussées et à la fleur de pourpre, remède bien connu des chèvres atteintes d'une flèche. Invisible dans un nuage obscur, elle en imprègne l’eau du bassin resplendissant et elle y mêle les sucs bienfaisants de l’ambroisie et la panacée odorante, sans doute par suite de l'usage constant de Virgile d’accumuler alors qu’une seule chose suffit, peut-être parce que l’ambroisie va rendre la vigueur au blessé (°). Le miracle se produit, pendant que le vieil Ilapyx baigne la plaie, sans se douter de rien : toute douleur cesse, le sang s’arrête au fond de la blessure, la flèche vient dans la main, le malade retrouve ses forces. Ilapyx réclame à grands cris les armes d'Énée (f) et signale le miracle en protestant

qu'il n'est pour rien dans la guérison (1). Avide de se battre, Énée s’arme rapidement (?), opération fréquemment décrite dans l’Z/iade, mais avec plus de détail ; il embrasse Ascagne en l’enveloppant de ses armes — Ascanium fusis circum complectitur armis 433 — et lui donne un baiser par l’orifice de son casque ; ces effusions d’aspect guerrier, rendues familières à nos yeux par l’art pompier de David, sont accompagnées de mâles paroles qu'Énée adresse à son fils : il lui donne l'exemple de la vaillance et du labeur sérieux ; d’autres lui apprendront à être heureux (?) ; il va le défendre, conquérir pour lui une haute situation ; il lui recommande, quand il sera grand et qu'il se rappellera ses aïeux, de prendre modèle sur Énée son père et sur son oncle Hector (£). Ce sont là de fortes pensées noblement exprimées, qui ont quelque chose de Cornélien. Énée nous apparaît comme un héros qui, insoucieux de la chance, poursuit sans faillir sa laborieuse destinée, enlève de haute lutte le prix magnifique qu'il lui laisse avec son exemple. Turnus nous touche par son ardeur juvénile et par son infortune ; 1l ne s'élève pas à cette hauteur morale, Quant à la scène tout entière, elle a de la grandeur, la grandeur pompeuse et conventionnelle qui est le triomphe de l’art classique.

Sortie du camp. Poursuite inutile de Turnus par Enée (441-490). — 9. Après l'offensive foudroyante dans laquelle Turnus est représenté comme un guerrier capable de tout anéantir, il était difficile d’enchérir ; il fallait pourtant, pour préparer l'issue de l’Enéide, qu'Énée apparût plus redoutable encore. La sortie du camp, où a été refoulée l’armée Troyenne, est d’une puissance extraordinaire. Énée s’avance le premier, colossal — ingens 441 ) —, brandissant un trait énorme — lelum immane manu quatiens 442. Il est plus effrayant que jamais ; puis ce sont ses lieutenants et toutes ses troupes ($) en rangs serrés ; la plaine se remplit d’une poussière noire{?) et la terre tremble sous les pas (8). Virgile a plus d’une fois utilisé le motif de la poussière soulevée par les soldats ; mais ici elle est tellement épaisse qu'on va se battre dans la nuit, ce qui est formidable. Turnus voit cette masse qui s’ébranle, les Ausoniens la voient et sont glacés d’effroi (?) ; Juturne elle-même, au bruit qu’elle reconnaît (1), tremble et recule. L'effet pittoresque du fracas s'ajoute à tout le reste. Virgile avait comparé Turnus au dieu Mars ; le déchaînement des éléments est plus terriblement destructif que la fureur même d’un dieu. Aussi Énée, à la tête de ses troupes, est-il comparé à une trombe qui s’abat sur la mer, épouvantant les paysans qui prévoient ses ravages et précédée du fracas des vents (11). Le massacre commence avec l'épée. Thymbraeus frappe Osiris, Mnestheus Archetius, Achatès tranche la tête à Epulon, Gyas

à Ufens ; l’augure Tolumnius qui avait le premier engagé l’action tombe lui-même et c’est le premier châtiment de la perfidie. Une clameur s'élève vers le ciel (1) ; les Rutules à cette sortie torrentielle ne paraissent pas opposer de résistance ; à leur tour ils s’enfuient (?). Il y a dans tout cela un effet de force énergiquement rendu. Quant à Énée, il ne prend point part au carnage ; c’est Turnus seul qu’il cherche dans l’obscurité profonde, c’est avec Turnus seul qu'il entend se mesurer ($). |

Juturne a peur ; elle précipite du char Métiscus, l’aurige de Turnus (4), prend exactement sa ressemblance et saisit les rênes flottantes. Son but est de soustraire son frère à l’attaque d’Énée, en lui faisant faire sur le champ de bataille des tours et des détours, et Virgile l’assimile à l’hirondelle au plumage noir, qui, parcourant les atriums élevés d’un riche palais (5), cherche la nourriture de ses petits et fait entendre ses cris tantôt dans les portiques déserts, tantôt autour des pièces d’eau, comparaison provenant sans doute d’impressions personnelles et de choses vues, pittoresque, mais un peu grêle et disproportionnée. En vain Énée s'attache aux évolutions du char de Turnus, s'arrange pour le rencontrer de face — obwus 481 — et appelle à haute voix son rival parmi les bataillons en déroute ; le char lui échappe toujours (f). Il ne sait quel parti prendre (?) ; Virgile le représente volontiers comme un homme qui réfléchit. Mais voici qui le tire d’embarras : Messapus l’attaque directement eu lui lançant un des deux javelots qu’il portait (8) ; il se ramasse sous ses armes en pliant sur le jarret ; pourtant le javelot lui enlève son panache (°). Il prend donc le parti de se battre ; très différent de Turnus, qui, jeune et bouillant, se rue au combat, Énée est un homme sage et pondéré, qui préfère la paix à la guerre, qui ne fait la guerre que lorsqu'il y est forcé, mais qui alors la fait implacablement. IL a pris au sérieux la conclusion du traité; quoique blessé traîtreusement, il en réclame l'exécution loyale ; si, pour des motifs de sentiment, notre sympathie va à Turnus, la froide raison nous invite à reconnaître qu'Énée ne réclame que son dû. Pour toute réponse on l'attaque à l’improviste ; alors la colère lui monte (19) ; il prend à témoin Jupiter de la violation du traité ; puis il fond sur les Rutules, décidé à en faire à son tour un massacre terrible et il abandonne les rênes à sa fureur guerrière (1). Tout le long de l’Enéide, il est le champion du droit divin ; à partir de ce moment, il est aussi celui du droit humain.

Aristies parallèles d'Énée et de Turnus (500-553). — 10. Quittant le ton objectif du récit, comme il le fait volontiers dans les situations palpitantes, Virgile se demande quel dieu pourrait lui raconter tant

de massacres et la mort de tant de chefs ; il s’étonne que Jupiter laisse s’entrégorger si furieusement des peuples destinés à vivre ensemble dans une paix éternelle et il souligne ce qu’il y a de délicat et de difficile à traiter dans les six derniers livres de l’Enéide. Ici figure pour la dernière fois le motif de l’aristie ; pour le renouveler et le diversifier, Virgile imagine deux aristies parallèles, exposées dans des couplets alternés ; il rapproche ainsi comme dignes l’un de l’autre les deux adversaires avant de les affronter dans la rencontre finale : si c’est exprès et pour lui donner avant la défaite finale un léger avantage qu'il attribue à Turnus huit victoires et seulement sept à Énée, c’est sur quoi nous ne pouvons nous prononcer.

Jusqu'à présent l’armée troyenne a tout balayé devant elle sans rencontrer de résistance. Le combat d’Énée contre le Rutule Sucro marque un premier arrêt, mais qui n’est pas long — haud multa morantem 506 — ; Énée lui perce de son épée les côtes et la poitrine (1). Turnus ayant mis pied à terre tue d’un seul coup d’épée Amycus (?) désarçonné par son cheval, de sa lance son frère Diorès, qui marche sur lui (ÿ) ; puis il suspend à son char les deux têtes dégouttantes de sang ({), détail horrible que nous voyons pour la première fois et qui montre à quel degré de férocité est arrivée la lutte ; comme les Rutules IX, 465 sq. portent sur des piques les têtes de Nisus et d’'Euryale, Virgile a sans doute voulu leur imputer une barbarie qui les distingue des Troyens. Énée, dans une seule rencontre, expédie trois adversaires, Talos, Tanaïs, Céthégus ; il y ajoute Onitès (5). Turnus tue deux frères Lyciens venant de Lycie, plus particulièrement des terres appartenant au temple d’Apollon, et un Arcadien, Ménoetès, dont la caractéristique est assez amusante ; c’est un pauvre pêcheur des bords des fleuves de Lerne, qui n’aimait pas la guerre, ne fréquentait pas les grands, et dont le père cultivait la terre à loyer. Quittant alors le détail, Virgile décrit pittoresquement l’action simultanée d’Énée et de Turnus sur le champ de bataille, comme celle de deux foyers opposés d'incendie qui dévorent une forêt ($) ou celle de deux torrents qui se précipitent bruyamment des montagnes et dévalent dans la plaine en ravageant tout chacun sur son passage. Ceci nous donne une grande idée de la puissance de destruction des deux adversaires, mais ne nous les fait voir que du dehors. Virgile signale la violence extraordinaire de leur état d'âme ; ils sont en proie aux agitations intérieures de la colère : leurs invincibles poitrines se brisent ; toutes leurs forces se concentrent sur l’œuvre de mort.

Ce morceau, qui a son unité et qui semble tout dire, est doublé par un autre qui lui est analogue (7) : Énée abat de son char en lui lançant

un énorme rocher (1?) Murranus, qui faisait sonner bien haut les noms: de ses aïeux, tous anciens rois Latins et qui tombe bousculé par les

roues sous les rênes et sous le joug : le sabot de ses chevaux lancés le

frappe à coups répétés. Turnus traverse de sa lance qui reste fixée dans le casque doré les deux tempes d'Hyllus, qui se précipitait en. frémissant d’une manière terrible. Il tue ensuite le Grec Crétheus,. tandis qu’'Énée perce à son tour le bouclier et la poitrine de Cupencus, que les dieux qu’il adore ne parviennent pas à sauver (2). Enfin Turnus abat Aeolus (*), dont Virgile souligne le sort mélancolique ; il n'a. échappé à la fureur des Grecs, à Achille, que pour trouver la mort

aux plaines de Laurente (À) ; il a un palais élevé au pied de l’Ida, à Lyrnesus, son tombeau sur le sol de Laurente ; l'effet est pénétrant.

Comme le premier morceau de cette aristie en partie double, le second a sa conclusion, différente, mais qui le clôt aussi nettement. L'effet

normal des prouesses du chef est de rallier ses compagnons ; comme Énée et Turnus sont vainqueurs chacun de son côté, les deux armées concentrées autour d'eux se ruent l’une sur l’autre ©) dans un choc formidable ($) — wasto certamine tendunt 553 .

Assaut donné à Laurente. Mort d'Amata (554-613). — 11. On ne voit pas d'issue à ce corps-à-corps acharné ; la situation se dénoue par une manœuvre, que Virgile fait suggérer à Énée par sa mère, pour que l’action de Vénus se continue jusqu’à la fin de l'Enéide et préside à la conclusion ; ici, ilse conforme à la psychologie homérique, mais cette psychologie n’est point celle d'Énée. La campagne par laquelle Énée vient à bout des Latins est une suite d'opérations stratégiques habilement conçues et vivement exécutées ; la dernière est un couronnement qu'il était capable d'inventer par lui-même sans secours étranger ; la mythologie n’est ici qu’une superfétation, un décor traditionnel (7). Dans ses tentatives infructueuses pour atteindre Turnus,. Énée s'aperçoit que, tandis que l’action se déroule dans la plaine, la ville de Laurente, devant laquelle il est arrivé à la fin du XIe livre, demeure indemne. C'est 1à le point faible où il faut frapper. Immédiatement, il rassemble ses lieutenants (6), la légion troyenne — Teucrum.…. legio 562 sq.—, et, du haut d’un tertre, prononce une de ces. harangues familières aux généraux romains, qui expliquaient à leurs. soldats en armes ce qu'ils avaient à faire et ce qu’on attendait d'eux ;. sa harangue est courte, nourrie, logique ; dans un bref exorde, il annonce qu'il va leur demander quelque chose d’imprévu, qui exige une exécution rapide et qui, il en est sûr, est approuvé de Jupiter (?). IT expose alors qu’il est décidé à anéantir Laurente, si les Latins ne sesoumettent point (). Il justifie sa résolution par l'impossibilité

LE DOUZIÈME LIVRE DE L'ÉNÉIDE 85t

d'attendre le bon plaisir de Turnus pour le combat singulier convenu : il montre que là est le nœud de la guerre (1) et, comme péroraison, il donne ses ordres : réclamer, les flammes à la main, l'exécution du traité. |

L'armée accepte avec ardeur et se forme en coin ; c’est une colonne compacte qui se dirige vers la ville ; l'attaque est brusquée ; les échelles se dressent tout à coup contre les murs et la flamme apparaît ; d’autres. menacent les portes et massacrent les premiers rangs des défenseurs ; d’autres encore lancent une nuée de traits, qui obscurcit l'air. Énéelui-même, fidèle au rôle honorable que lui a réservé Virgile, à la tête de ses troupes — snfer primos 579 —, tend la main vers les remparts, accuse à grands cris Latinus, atteste les dieux que c’est la seconde fois. qu'il est réduit à combattre, que deux fois les Italiens ont fait acte d'hostilités, que c’est la seconde convention qu'ils violent. Dans la ville, une épouvantable confusion se produit : les uns veulent se rendre, s'emparent de Latinus et le traînent aux remparts, les autres s’arment et assurent la défense. Ce tableau énergique a pour conclusion la comparaison très pittoresque et très juste des abeïlles qui enfumées par un berger dans les trous d’une roche poreuse s’agitent furieuses au milieu de leur camp de cire — per cerea castra 589 — et bourdonnent sourdement, tandis qu’une fumée noire roule dans les cavités de la roche et monte dans l’air (2).

Un dernier malheur vient mettre le comble à la consternation des. Latins : Amata, voyant l'ennemi s’avancer vers la ville et l’attaquer, les flammes voler vers les toits, sans que les Rutules soient là pour s’y opposer, croit que Turnus a succombé (°}, s’accuse d’être l’auteur responsable du désastre — les personnages de Virgile ont toujours une conscience très délicate —, est prise d’une sorte de folie noire, déchire ses vêtements et se pend (?). L'effet produit, est décrit par Virgile avec le souci classique de l’ordonnance : ce sont d’abord les femmes Latines, sans doute les femmes du palais, qui apprennent la chose ; parmi elles Lavinia la première arrache ses cheveux en fleur et déchire ses joues couleur de rose — il est difficile de mieux peindre en moims de mots la grâce virginale () — ; autour d'elle les autres femmes se livrent à un désespoir furieux et se frappent de coups, qui font retentir toute la maison ($). De là la nouvelle se répand dans la ville entière, accablée. Latinus va, les vêtements déchirés, foudroyé par la mort de sa femme et la ruine de sa ville, souillant ses cheveux blancs d'une poussière immonde (7). Le tableau dans ses belles lignes régulières est très énergique.

La mort d'Amata n’est pas seulement une calamité pour les Latins ;

elle a une importance capitale dans l’action de l’Enéide ; le mariage de droit divin va se substituer, sans rencontrer désormais d’obstacle humain, au mariage d’inclination ; tout ce que nous savons d’Énée nous assure qu'il sera un bon mari, mais ce n’est pas le mari souhaïté.

Turnus se résout à affronter Enée (614-606). — 12. Comment Énée a-t-il pu rompre le combat, au moment où il était le plus violent, faire opérer à son armée une conversion pendant qu'elle était engagée à fond et la mener à l’assaut de la ville, sans être inquiété ? IL y a là une invraisemblance ; Virgile l’a senti et il explique la chose, d’une façon insuffisante d’ailleurs, par le fait que Turnus a été entraîné par Juturne à l'extrémité du champ de bataille. Et ceci explique également comment Turnus, qui a pourtant comme Énée des qualités manœuvrières se laisse ici prendre en défaut et se montre si inférieur à son rival.

Tandis que celui-ci attaque Laurente — inéerea 614 —, il est loin de l'endroit où se livre l’action principale (?) et il poursuit quelques fuyards dispersés ; son ardeur est tombée — zam segmior 615 — et il est moins joyeux des résultats de sa randonnée (?). Juste à ce moment où l'ivresse a cessé, la brise lui apporte une clameur faite de terreurs obscures ; il prête l'oreille et entend le bruit, le grondement lamentable de la ville bouleversée. Ce n’est encore qu’un avertissement lointain et imprécis. Il se demande ce qu’il y a, et, hors de lui — amens 622 —, met la main sur les rênes et arrête le char. Sa sœur, sous la figure de l’aurige Metiscus, essaie de lui donner le change ; elle l’engage à continuer la poursuite des Troyens, qui inaugure la victoire ; d’autres défendront Laurente (3) : Énée attaque les Italiens, qu'il massacre, lui, les Troyens ; il fera autant de victimes et sa gloire ne sera pas moindre (*). Turnus lui répond (5) et sa réponse est d’une lucidité saisissante, d'une sombre mélancolie. L’espérance, qui lui avait rendu un instant la foi dans la victoire, s’est évanouie ; il ne se fait plus d'illusions ; les idées noires sont revenues plus poignantes. Il a reconnu sa sœur ($) aussitôt qu’elle est venue rompre le traité et s'engager dans la guerre (7) — c’est ce qui explique que, lorsqu'elle s’est brutalement substituée à Métiscus, il a feint de ne pas s’en apercevoir et n’a rien dit — ; mais quel dieu l’a fait descendre de l’Olympe pour lui imposer de telles épreuves ? Est-ce pour la faire assister à la mort cruelle de son frère ? Le motif de la mort prochaine et les mots qui l’expriment reviennent sans cesse dans cette fin du XIIelivre, comme dans celle du IVe. Il voit bien en effet que ce qu'il fait n’a aucun sens et qu'il n’a point de chance de salut. Il résume alors la situation telle qu’il la connaît — et il n’en connaît pas encore toute

la gravité — ; il a vu de ses yeux (1) son plus cher ami Murranus, qui l'appelait, succomber, géant, à une gigantesque blessure — Oppetere ingentem atque ingenti uolnere uictum 640 (?) —; Ufens est mort pour ne pas survivre au déshonneur. Ce sont là des choses dont le sens est parlant. Laissera-t-il détruire Laurente, sans que son bras réfute les injures de Drancès — qui lui sont restées sur le cœur — ? Il se résignerait à la honte de la fuite ? Le soulèvement de sa conscience, s'exprime par ces mots superbes : est-ce après tout un si grand malheur que de mourir — Vsque adeone mori miserum est (>) 646 — ? Puisque les dieux du ciel lui sont contraires, il supplie les dieux infernaux d’être bons pour lui. Comme Didon, lorsqu'elle jette un coup d'œil sur son existence passée, il atteste qu’il descendra vers eux sans reproche, sans avoir commis de lâcheté, digne de ses grands ancêtres. Cette sérénité dans la désillusion et en face de la mort inévitable, ce témoignage que se rend une conscience pure sont des choses cornéliennes et d’une élévation qui place très haut Turnus dans notre esprit. Turnus est comme Didon une victime, une victime qu’on ne se contente pas de plaindre et qu’on admire.

Sa résolution est prise, mais, pour ainsi dire dans l’abstrait ; voici ce qui la rend effective : tout à coup — Ecce 650 — accourt à bride abattue — wolat 650 a travers les rangs ennemis, sur un cheval écumant, Sacès, blessé d’une flèche au visage — la précipitation et l'aspect du messager en disent long — ; il implore Turnus — zmploans 652, mot qui annonce le ton de ses paroles — ; il ne voit le salut qu’en Turnus, il l’adjure d’avoir pitié des siens ({), et tout d’un trait il lui apprend les effroyables choses qu’il ignore encore (5) : Énée dirige une attaque foudroyante contre la citadelle de Laurente ($) et menace de la détruire (7) ; déjà les torches sont lancées contre les toits ; les Latins se tournent vers Turnus ; Latinus ne sait plus quel gendre, quelle alliance choisir ; la reine, son plus ferme appui s’est tuée épouvantée ($) ; seuls Messapus, Atinas, défendent les portes, entourés des deux armées, l’épée nue (?) ; et c’est le moment où Turnus s'amuse à faire rouler son char sur le pré désert ! Ce sont là des révélations si poignantes que Turnus, bouleversé par les images qui flottent dans son esprit, demeure stupéfait — Obstipuit 665 — et muet ; en lui bouillonnent les sentiments les plus violents, une honte indicible — ingens 666 —, une douleur folle, les fureurs de l'amour, la conscience de sa valeur (1°). Quand enfin les ombres se dissipent et que la lumière se fait de nouveau dans son esprit, du haut de son char, tout troublé, il tourne ses regards vers la grande ville.

Ce qu’on voit est d’autre pouvoir que ce qu’on entend ; or, brus-

CARTAULT. 54

quement — Ecce 672 — la réalité lui apparaît : une tour, qu'il avait fait construire lui-même, sans doute pour défendre la ville, était en feu et la flamme, dévorant les étages, montait vers le ciel (1). Il reconnaît que le destin l’appelle ; sa sœur ne doit plus le retenir ; il faut qu'il aille là où le veulent la divinité et la Fortune (2) ; il est décidé à se mesurer avec Énée, à boire le calice. Sa sœur ne le verra plus se déshonorer : qu’elle le laisse faire, avant de mourir, cette furieuse folie. Les mots qu'il prononce montrent qu'il envisage claïrement le dénouement ; iln’en déploie que plus d'énergie pour se frayer un chemin à travers l'ennemi. Pour rendre ce qu’il y a d'irrésistible et comme de force matérielle dans sa résolution, Virgile emprunte la comparaison homérique du rocher, qui, détaché de la montagne, broie tout sur son passage (*) ; il marche dans le sang répandu à flots sur le sol (), parmi le sifflement des lances, fait signe de la main, ordonne aux Rutules et aux Latins d'arrêter le combat (5) ; la justice veut qu’il paie de sa personne pour tous — c’est une idée qu'il a déjà exprimée non sans amertume — et qu'il exécute le traité. Jusque-là il avait pu paraître complice de la rupture de l’accord et de la perfidie ; il n’en était rien ; il est loyal. Tout le monde lui fait place.

Voici le moment de la rencontre décisive que Virgile a mis tout son art à retarder le plus possible ; nous venons de voir par quelle gradation admirable d'effets et de sentiments 1l y a amené Turnus.

Premier engagement (607-724). — 13. En entendant prononcer le nom de Turnus — Virgile ne dit pas qui apporte la nouvelle —, Énée abandonne le siège de la citadelle ($), accourt précipitamment, bondissant de joie, et fait retentir ses armes avec un bruit de tonnerre (°). Il est aussi grand que l’Athos, que l’Éryx, que l’Apennin lui-même avec ses yeuses frémissant au souffle du vent et sa cime neigeuse dont il est fier (). L’hyperbole est forte ; naturellement il ne s’agit que de figurer la taille que donne à Énée l'imagination effarée des assistants et de nous présenter la lutte finale comme quelque chose d’énorme ; c’est toujours le même effort pour frapper l'esprit par l'agrandissement des réalités. Les combattants des deux partis (°) déposent les armes et s'arrêtent, les yeux tournés vers le spectacle. Latinus lui-même est stupéfait de voir aux prises (1) ces guerriers colossaux nés sur des points si éloignés du globe — ingentis, genitos diuersis parhrbus orbis 708 — ; 1l y a là en effet quelque chose d’extraordinaire et qui donne un caractère merveilleux à l’origine de Rome née de deux peuples qui n'ont rien de commun entre eux et qui sont séparés par d'immenses espaces. Le premier engagement est furieux, brutal ; les deux adver-

saires s'élancent rapidement l’un contre l’autre, envoient leurs lances qui ne produisent pas d'effet, entre-choquent l’airain sonore de leurs boucliers, tandis que la terre gémit, et s’assaillent à coups d'épée redoublés, la chance ne jouant pas un moindre rôle que la vaillance. Pour résumer l'effet, Virgile introduit la comparaison des deux taureaux qui s'affrontent dans la Sila colossale — ingenti 715 — ou au sommet du Taburnus, au grand effroi des pâtres et du troupeau (1), se transpercent de leurs cornes, inondent de sang leur cou et leurs épaules, pendant que tout le bois renvoie leurs mugissements (?) ; nul animal mieux que le taureau ne pouvait rendre le caractère violent que Virgile imprime à la lutte. Les deux héros ($) heurtent leurs boucliers ; un fracas colossal — ingens 724 — remplit l’éther (4).

Péripétie (725-790). — 14. Jupiter met lui-même sur les plateaux en équilibre d’une balance (5) les destinées d’Énée et de Turnus, pour savoir lequel des deux doit être vaincu et trouver la mort dans le combat. Alors — hic 728 —., Turnus bondit, croyant la chose sans danger, et, levant haut son épée, de toute sa force ($), il assène un coup. Ici, suivant l'usage virgilien, l'impression des spectateurs : Troyens et Latins anxieux (7) poussent un cri. L’épée se brise ($) et Turnus n’a que la ressource de fuir en toute hâte (°), se voyant désarmé et n'ayant dans la main qu'une poignée qu’il ne connaît point (1). On raconte (1) en effet que, dans le moment de trouble qui a suivi la rupture de l’accord, il a, au lieu de l'épée de son père, cadeau de Vulcain, saisi celle de Métiscus (1). Cette arme ordinaire a suffi tant qu'il ne s’agissait que de massacrer les Troyens en fuite. Au contact de l’armure divine d’'Énée, l’épée humaine s’est rompue comme de la glace fragile et les morceaux brillent sur le sable roux — fulua resplendent fragmina harena 741 —, effet pittoresque et parnassien. Turnus, l’esprit perdu — amens 742 —, fuit au loin et fait çà et là, au hasard, des détours ; il est en effet enserré par les Troyens massés (f) et barré d'un côté par un vaste marécage, de l’autre par les remparts de la ville (#4).

Énée, quoiqu'il sente par moments sa blessure et que ses genoux s’accommodent mal de la course, met à le poursuivre toute son ardeur — jeruidus 748 —, et Virgile, s'inspirant de l’Iliade, compare cette poursuite à celle du cerf qui, arrêté par les bords escarpés d’un fleuve ou par la corde où flottent des oripeaux rouges, fait mille et mille crochets pour échapper au chien ombrien ; celui-ci croit le tenir, ouvre la gueule et la referme sur le vide ; cette déception, au moment même où l’on croit le dénouement arrivé, provoque une clameur répercutée par les rives et par les eaux et le ciel retentit d'un

fracas semblable à celui du tonnerre (1). Tout en fuyant, Turnus interpelle les Rutules et leur réclame son épée — celle qui a été forgée par Vulcain — ; mais Énée paralyse leur bonne volonté en les menaçant d’une mort immédiate et de la destruction de Laurente. Ils font ainsi cinq tours et cinq fois reviennent sur leurs pas. L’acharnement s’explique : il s’agit d’un enjeu redoutable, la vie ou la mort de Turnus (?).

L'épisode suivant ne provient pas de l’Jliade et appartient en propre à Virgile. Dans le champ où a lieu le duel, qui est justement celui où, lors de la conclusion du traité, il devait avoir lieu, avait poussé un olivier sauvage ($), consacré à Faunus, entouré de la vénération des navigateurs qui, sauvés des flots, y suspendaient leurs ex-votos ; ceci s'explique par le fait que Faunus est le dieu traditionnellement adoré dans le pays et que, d’après la conception de Virgile, Laurente est une ville située près du rivage (4). En préparant le terrain pour le combat et afin qu’il n’offrît point d’obstacle, les Troyens avaient sans scrupule fait sauter la souche sacrée ; la lance d’Énée était tombée là et s'était enfoncée dans les racines. Énée se baisse pour l’arracher (5) afin de s’en servir contre l'ennemi ($), qui le distançait à la course. Turnus fou de peur — amens formidine 776 — supplie, par la dévotion qu'il leur a toujours témoignée (7) tandis que les Troyens les ont offensés, Faunus et la Terre de retenir l’arme ; il est exaucé ; Énée ne peut parvenir à la dégager ; tandis qu'il est occupé et qu'il peine, Juturne, qui a repris la forme de Métiscus (), rend à Turnus son épée. Alors Vénus, révoltée de tant d’audace de la part d’une simple nymphe, s'approche et retire la lance de la racine profonde. Jusqu'au dernier moment l’action de Junon et celle de Vénus se contrebalancent. Ayant retrouvé leurs armes et leur assurance, les deux guerriers sont de nouveau face à face, se redressant de toute leur taille — sublimes 788 — ; Turnus, confiant dans son épée, qui est cette fois une épée de trempe divine, Énée tenant haut sa lance. La situation (°) redevient ce qu’elle était avant la première reprise ; mais Virgile nous a fait passer par une péripétie mouvementée et une émotion angoissante. Énée et Turnus vont se mesurer armés l’un de la lance, l’autre de l'épée ; c’est, par suite de circonstances différentes, ce quise produit dans l’Jliade, quand, sa lance n’ayant pas réussi à percer le bouclier, Hector n’a plus, pour se défendre contre celle d'Achille, que son épée.

Entretien de Jupiter et de Junon. Le règlement final (701-842). — 15. Cette fois, il semble que la décision soit imminente ; Virgile la retarde encore en plaçant ici, entre Jupiter et Junon, une conversation qui est censée se tenir pendant l'épisode précédent — snéerea 791 —

et dont le récit interrompt l’action humaine. Il aurait pu la réserver pour la fin de l’Enéide, puisqu'elle règle définitivement les conditions de l'établissement des Troyens en Italie et leurs rapports avec les Latins, ce qui est l'aboutissement indispensable et capital du poème. Il a mieux aimé l’insérer ici et terminer l’Enéide à la moderne, sur le coup d'épée fatal, qui laisse le lecteur sous une impression dramatique ; ainsi la mort de Mézence clôt brusquement le X® livre. Quant au caractère de la scène, c'est une admonestation conjugale, d’une sévérité tempérée par la courtoisie de la forme et un fond d'affection sincère ; elle met aux prises deux personnages dont la psychologie est magistralement observée, le mari qui ne veut pas laisser protester les devoirs de sa charge, mais qui en même temps tient à conserver de bons rapports avec sa femme et la ramène par la douceur et la raison, l'épouse qui se Soumet parce qu'elle ne peut faire autrement, mais qui d’une situation mauvaise sait tirer le meilleur parti possible. De cette scène nous avons déjà vu l’esquisse, lorsqu'au 1. X, 606 sqq., Junon a obtenu de Jupiter la permission de sauver momentanément Turnus ; mais c'est plus qu'une scène de ménage ; c’est une de ces conférences diplomatiques qui viennent à la fin d’une guerre régler la situation dont les grandes lignes ont été tracées par l'épée. Ici, la modération de l’un des négociateurs, la condescendance de l’autre rend l'accord facile. À bien des égards l'entretien de Jupiter et de Junon et les conclusions pratiques qui en résultent étaient nécessaires : Junon a joué un rôle important dans l’Enéide, dont son énergie est un des principaux ressorts : au point de vue poétique, il ne fallait pas qu'elle disparût les mains vides avec la courte honte de la haine et de la méchanceté déployée inutilement ; elle perd la partie, mais ses efforts n’ont pas été absolument vains ; elle obtient quelque chose et quelque chose qui est juste. Ensuite, elle est présentée dans toute l'Enéide comme l’ennemie acharnée d’Énée et des Troyens ; elle lutte jusqu’au bout contre l’accomplissement de leurs destins. Il ne fallait point que le nouveau peuple formé de l'union des Troyens et des Latins et qui devait être l’ancêtre du peuple romain fût en butte à ses rancunes persistantes et vît son origine entachée d’un présage si défavorable ; il y a donc après la lutte une réconciliation et si cette réconciliation n’est pas totale, c’est que Virgile n'a pas voulu se mettre en opposition avec la tradition courante d’après laquelle Junon ne renonçait qu’au moment de la deuxième guerre punique à ses sentiments hostiles pour les Romains. Enfin, pendant les longues années qu'a duré la rédaction de l’Enéide, la pensée de Virgile sur le dénouement s’est modifiée ; primitivement, en s’établissant en Italie, Énée devait

fonder une Troie nouvelle, s'imposer aux vaincus, les faire absorber par les vainqueurs et créer ainsi un peuple nouveau, les Latins, destinés à devenir plus tard les Romains ; mais, à mesure qu'il avançait dans la composition de son poème, Virgile s’est trouvé amené à donner une importance de plus en plus grande aux Italiens, à reconnaître l'existence d’une race Latine antérieure à l’arrivée des Troyens, qui devait fournir à Rome les éléments les plus solides de sa puissance et à laquelle l’élément Troyen ne ferait que s’incorporer ; ainsi, tout en restant fondamentale, l'importance des Troyens diminuait sensiblement ; de là le compromis dont Junon se fait ici le champion et qu’elle réussit à faire accepter.

Jupiter (!) adresse la parole à Junon, qui, du haut d'une nuée rousse regardait les combats (?). Il lui fait comprendre nettement que l'instant du dénouement est arrivé et qu'il faut en finir — Quae 1am finis erit ?.. 703 () — ; s'autorisant de ce qu’elle sait et de ce dont elle convient (*), à savoir qu’'Énée doit devenir un dieu indigète (5), il lui fait observer ($) que ses dernières tentatives d’hostilité sont sans objet ; il n’est pas convenable — decut 797 — qu'un futur dieu soit blessé par une main mortelle (*), que l'épée de Turnus lui ait été restituée par Juturne qui n’est que son instrument et qu'on accroisse les forces des vaincus — wiciis 799 ($). Ce mot est douloureux pour Junon; Jupiter en adoucit l’amertume en lui demandant de se désister par égard pour ses prières, en lui exprimant la peine qu'il ressent des soucis qui la rongent en secret et des plaintes qu'il entend d'une bouche si chère — #uo dulci….. ex ore 802 — ; il lui fait sentir quelle condescendance il lui a témoignée en la laissant persécuter les Troyens sur terre et sur mer, allumer une guerre néfaste, bouleverser la maison de Latinus, empoisonner de deuil un hymen. Mais cette fois il faut s'arrêter ; telle est sa volonté formelle. Naturellement Junon ne peut que se soumettre ; c’est l'attitude que nous lui avons déjà vu prendre au Xe livre ; elle répond en baïssant les yeux — swbmisso. uoltu (°) 607 =, cer qui laisse deviner d'avance la teneur de cette réponse. Comme Jupiter lui a fait sentir toute l'étendue de sa condescendance, elle tient à lui faire comprendre l'importance de ce qu’elle lui sacrifie : c'est pour lui obéir qu’elle a, malgré elle, abandonné Turnus et la terre ; sans cela on la verrait dans la mêlée même, armée de flammes, attirer les Troyens au combat funeste (1). A propos du reproche d’avoir suscité Juturne, elle reconnaît qu’elle lui a conseillé d’essayer de sauver son malheureux frère, mais elle ajoute qu’elle ne l'a pas autorisée à tendre l'arc dont la flèche a blessé Énée (11). Elle le jure par le Styx et déclare qu’elle renonce à la lutte. Elle essaie pour- .

tant de tirer de sa soumission le meilleur parti possible : elle demande à Jupiter des concessions qui ne sont pas contraires aux arrêts du destin, qu'il dépend par conséquent de lui d'accorder et qui sont conformes aux sentiments qu'il doit avoir pour le Latium et pour la dignité des siens (1). Ses exigences portent sur trois points : que, lors de l’heureux et inévitable mariage, lors de la paix, les Latins indigènes conservent leur nom et ne deviennent pas des Troyens, qu'ils gardent et leur langue et leur costume (2), que le Latium, que les rois Albaïins qui règneront des siècles (%), que la descendance Romaine (£) tirent leur puissance de l'énergie italienne. La destruction de Troie doit être définitive.

La courte réplique de Jupiter faite en souriant (°), ce qui la caractérise d'avance, a une importance capitale ; c’est, en soulignant la violence naturelle à la fille de Saturne (f), un acquiescement à ses demandes, mais c'est plus que cela ; elle règle définitivement les conditions de l'établissement des Troyens en Italie. Jupiter, qui tient à se montrer bon époux et à faire les choses de la meilleure grâce possible, se reconnaît vaincu et cède de bon gré (?). Les Ausoniens conserveront leur langue nationale et leurs coutumes — ce qui comprend le vêtement, mais va plus loin — ; ils garderont leur nom actuel; les Troyens n’apporteront dans le mélange que leur personne ; quant à la question religieuse, il en prend à son compte la solution ; il fixera la nature et les rites des sacrifices (8) de la communauté nouvelle dont tous les membres indifféremment parleront latin ; cette race mixte dépassera par sa piété les hommes et les dieux ; aucune ne témoignera plus de dévotion à Junon (?) —; Junon se déclare satisfaite — laetata 841 — et modifie ses sentiments d’hostilité vis-à-vis des nouveaux venus. Cependant — snferea 842 — elle quitte son nuage et le ciel.

La solution formulée et imposée par Jupiter diffère en partie de celle qu'avait proposée Énée au moment de la conclusion de l'accord : Énée devait se retirer dans une ville spéciale que lui bâtiraient les Troyens et qui porterait le nom de Lavinia, c’est dire que les deux peuples demeureraient distincts ; Jupiter exige la fusion. Quant au statut personnel d'Énée, il ne le détermine point. Énée partagera-t-il le pouvoir avec son beau-père, comme celui-ci y est résigné, ou lui laissera-t-il, comme il l'offre lui-même, le commandement militaire, c'est une chose sur laquelle Jupiter ne se prononce point ; mais elle n’a pas grande importance pour l'avenir. Latinus n'ayant pas de fils, Énée lui succèdera nécessairement (1°).

On voit que les avantages obtenus en fin de compte par Junon sont

considérables et de nature à flatter son amour-propre, puisque les Troyens, auxquels elle a voué une haine farouche, se voient, malgré leur victoire, diminués au profit des Italiens et se mêlent à eux sur pied d'égalité ; mais on ne voit pas trop ce que Junon gagne à cela et au fond son rôle dans l’Enéide n’est pas construit avec toute la solidité désirable. Si elle persécute les Troyens, c’est surtout parce qu’elle est la grande déesse de Carthage et qu'elle a entendu dire que Carthage sera un jour détruite par les Romains, descendants de ces Troyens ; on conçoit que, lorsque les Troyens débarquent en Italie pour s’y établir, elle leur suscite des ennemis et s'intéresse aux Latins ; mais elle ne s'intéresse aux Latins que par suite de son aversion pour les Troyens et elle se soucie peu des maux qui vont résulter pour eux de la guerre qu’elle déchaîne ; une fois que l'établissement des Troyens en Italie ne fait plus question, on ne comprend pas trop à quoi correspond la sollicitude de Junon pour les Italiens ; en quoi peut-il lui importer que la race romaine destinée à anéantir Carthage doive sa puissance à l'énergie de l'élément italien qui entre dans sa composition — Ssé Romana potens Ttala virtute probpago 827 — ? Il en serait autrement si, au lieu d’être simplement identifiée à l'Héré homérique, Junon était une ancienne divinité italique défendant son peuple contre les envahisseurs ; telle qu’elle est, on voit très bien pourquoi dans la lutte elle prend parti pour les Italiens contre les Troyens, on ne voit pas pourquoi elle tient tant, la lutte terminée, à ce que le sang qui coulera dans les veines des Romains soit en grande partie du sang italien. C’est Virgile qui y tient à tout prix, parce qu'il est Italien et qu'il n'entend pas abdiquer devant des Asiatiques ; c’est lui qui transparaît dans la Junon de la fin de l’Enéide.

Envoi de la Dira. Disparition de Juturne (843-886). — 16. Ceci fait, c'est-à-dire le désintéressement de Junon obtenu, Jupiter prend en main la direction des événements, qui désormais.se précipitent. Il s’agit d’abord d’écarter de Turnus, qui combat, Juturne, envoyée par Junon pour le protéger ; le moyen qu'il emploie est d’une couleur romantique. Il existe deux monstres femelles, qu’on appelle les Dirae et qui ont été enfantées par la Nuit noire, en même temps que Megaera, la Furie Tartaréenne ; ce ne sont cependant pas les deux autres sœurs de celle-ci, Allectô et Tisiphoné, que Virgile situe très nettement dans le Tartare, tandis que les Dirae sont attachées en qualité d’appariteurs à son trône et au seuil de son palais. Ce sont des instrumentsqu'il a directement sous la main et dont il se sert pour épouvanter les mortels, lorsqu'il leur envoie la mort, les épidémies, la guerre quand ils la méritent. Elles ne sont pourtant pas très différentes

des Furies, ayant comme elles des serpents et des aïles ; Virgile alors même qu'il invente, est timide et ne s'éloigne pas beaucoup des types connus (!). Il ordonne à l’une d'elles de se présenter en toute hâte à Juturne comme un présage funeste — in... omen 854. Elle descend sur la terre dans un ouragan rapide, pareille à la flèche meurtrière et empoisonnée du Parthe ou du Crétois, qui siffle invisible en traversant la nue. Arrivée en vue du champ de bataille, elle se ramasse sous la forme diminuée de cet oiseau qui, la nuit, sur le tard, perché sur les bûchers ou sur les toits déserts, fait entendre son chant sinistre (?) ; elle passe et repasse avec bruit devant le visage de Turnus et frappe son bouclier de ses ailes ). Turnus, qui tout à l’heure s’avançait fièrement pour reprendre le combat avec Énée est saisi d'épouvante ; une torpeur qu'il n’a pas encore ressentie s'empare de lui ; l'effet est foudroyant (#). Il n’est pas moindre sur Juturne, lorsque celle-ci reconnaît le grincement des ailes de la Dira ; Hector, dans l’Zhade, avant de recevoir le coup fatal, est abandonné par les dieux ; mais l’Zhade n’a pas l'équivalent de la douleur de Juturne, qui est la propre sœur de Turnus, qui est venue pour essayer de le sauver et qui en sentant qu'il est condamné se livre à son désespoir ($). Elle se désole de voir qu’elle est réduite à l'impuissance, qu'elle n’a plus aucun moyen de défendre sa vie ($), qu’elle ne saurait prévaloir contre le monstre, devant lequel elle est obligée de quitter la bataille, dont elle essaie d’écarter d’elle l’épouvante (7), en reconnaïssant le battement de ses ailes qui annonce la mort et l’inflexible volonté de Jupiter. Ceci est la transition qui l’amène à se plaindre de l’ingratitude de celui-ci, de cette immortalité qu'il lui a accordée en échange de ses complaisances et qui maintenant lui est odieuse puisqu’elle l'empêche d'accompagner son frère au pays des ombres. Elle voudrait être engloutie dans les profondeurs de la terre. Puis s'enveloppant la tête de son voile glauque elle disparaît dans le fleuve. Mort de Turnus (887-052). — 17. Tandis que Turnus est atterré et dans l’état de prostration qui vient d’être décrit, Énée l'attaque en randissant un trait colossal — ingens, arboreum 888 — et en lui adressant des paroles implacables — saeuo (°).. pectore 888, qui en caractérise le ton — ; il l’avertit qu’il n’y a plus moyen d'éviter le moment fatal (°) ; aucun artifice ne lui servira plus ; il n’a plus qu’à souhaiter d’avoir des ailes pour s'élever jusqu’au ciel ou de pouvoir se cacher dans les profondeurs de la terre. Turnus secouant la tête — caput quassans 894 —. ce qui paraît impliquer un certain dédain, lui fait une réponse singulièrement noble et émouvante ; ce qui l'effraie, ce ne sont point ces paroles bouillantes, c’est l'hostilité des dieux et

de Jupiter (1). Déjà, en présence de Mézence, Énée n'avait eu qu’une attitude banale et Mézence l'avait dominé par sa mélancolie profonde ; de même Turnus lui est ici supérieur ; puis 1l songe à se défendre ; son épée ne pouvant le protéger contre le jet de la lance d’'Énée, il soulève, pour prévenir le coup, un bloc de pierre énorme — ingens 896 — placé là comme borne d'un champ, et 1l l'envoie en se dressant de toute sa hauteur et en courant sur son adversaire : c’est là une ressource dont se servent les héros homériques (?) ; mais l'effet ne répond point.à son attente ; il ne se retrouve plus ; ses genoux flageolent, son sang est glacé ; la pierre lui échappe de la maïn et tombe avant d'atteindre le but, sans conserver la force d’impulsion nécessaire. Il lui semble qu'il est en proie à un de ces cauchemars, dans lesquels nous faisons des efforts qui n’aboutissent à rien, où nous voulons courir sans y réussir, parler sans parvenir à prononcer des paroles () ; quoi qu'il tente, la Dira l'empêche d'aboutir — quamcumque uiam uirtute petiuit, Successum dea dira negat 913 sq. Ainsi Jupiter lui a enlevé toute force physique ; ce n’est pas un adversaire en possession de ses moyens, c’est une victime sans défense qu’il mène à Énée. Sans doute Virgile a voulu faire ressortir l'importance de l’action divine sur le dénouement de l’Enéide; Jupiter règle et dirige tout ; c’est par son action, plus que sous les coups d'Énée que succombe Turnus. L’orgueil romain devait être flatté de voir que le maître des dieux ne jugeait pas au-dessous de lui d'intervenir, tant la circonstance était grave et solennelle ; mais nous éprouvons une immense pitié pour Turnus qui ne lutte pas à armes égales et que Jupiter livre à l’exécuteur de ses hautes œuvres. |

Turnus est en proie à une effroyable détresse morale ; il n’a aucun secours à espérer (£) et il ne peut se secourir lui-même ; des sentiments divers l’assaillent : il regarde la ville, les Rutules, et il ne voit rien venir ; il est pris de peur ; il est sous la menace, qui le fait trembler, de la lance d’'Énée ; point d’issue pour fuir et il n’a pas la force de marcher contre l'ennemi ; son char, Juturne ont disparu ; l’agonie est cruelle. Tandis qu’il est cloué sur place, Énée l’ayant visé au bon endroit (5) lui darde sa lance plus violemment envoyée que les pierres d'une machine de guerre, plus bruyante que la foudre ; pareiïlle à un noir tourbillon — Virgile accumule les hyperboles —, elle enfonce le bord de la cuirasse et du bouclier et traverse la cuisse de Turnus qui tombe comme un géant — Jngens 927. Reprenant un effet sonore souvent employé, Virgile nous fait entendre les gémissements des Rutules, le mugissement des montagnes d’alentour et l'écho des bois au loin.

Quand Hector est tombé dans la poussière, il supplie Achille de rendre, moyennant rançon (1), son corps aux siens. Turnus devient humble, suppliant, lève les yeux, tend la main ; il accepte son sort sans protester ; mais il prie son adversaire, au nom de son vieux père Daunus et en rappelant Anchise (?), de lui laisser la vie ou tout au moins de restituer aux siens son cadavre. Il convient qu'Énée est vainqueur, que les Ausoniens l'ont vu vaincu tendre les mains, que Lavinia lui appartient ; il lui demande de ne pas pousser sa vengeance plus loin. On a trouvé qu’il s’abaissait beaucoup et qu'il finissait mal ; il ne faut pas oublier que Virgile n’a fait de lui qu’un homme et qu’un homme a ses faiblesses ; mais surtout il se rend très bien compte qu'il s’est engagé dans une lutte inégale, que ce n’est pas uniquement contre Énée qu’il combat, mais contre la destinée ; il pourrait montrer une âme plus ferme et plus stoïcienne ; mais c’est moins à son rival qu’à une force inéluctable qu'il cède. Zeus avait abandonné Hector ; Jupiter égorge Turnus.

Achille témoigne envers Hector d’une haïne farouche qu’il exprime avec férocité et 1l le tue pour venger Patrocle ; c’est également — le motif dérive de l’Iliade — pour venger Pallas qu'Énée achève Turnus. Mais Virgile avait conçu son caractère comme trop noble, trop accessible aux bons sentiments, trop humain, il l'avait fait moralement trop supérieur à Achille pour lui attribuer la dureté de celui-ci. Il est donc sur le point de se laisser fléchir ; ce qui l'empêche de faire grâce — car Virgile voulait que Turnus pérît —, c'est qu'il aperçoit sur son adversaire le baudrier de Pallas. Il est alors repris de cette colère furieuse — furiis accensus et ira 946 —, qui a rendu si terrible et si impitoyable son aristie du X£ livre ; il n’est féroce que par bonté d'âme et lorsque la clémence paraîtrait un abandon du devoir. C’est donc, comme il le dit, Pallas qui immole Turnus par sa main (5) ; il lui plonge le fer dans la poitrine.

Conclusion. — 18. Le XIIe livre est assujetti à une rigoureuse unité : il est consacré à la rencontre finale de Turnus et d’Énée ; annoncée dès le début, cette rencontre a lieu à la fin ; l’art très réel, mais en même temps très visible de Virgile, consiste à faire entrevoir dès l’abord le dénouement, puis non seulement à le retarder jusqu'à la fin du livre, mais à le faire paraître par instants impossible et à tenir ainsi le lecteur en suspens et en arrêt jusqu’au bout. C'est au moment où le duel paraît imminent, étant accepté par Turnus et les formalités nécessaires étant remplies, que tout est remis en question par la reprise des hostilités et la blessure d’Énée. Et ce n’est pas seulement la possibilité du duel qui semble disparaître ; tandis qu'Énée

est réduit à l'impuissance, que l’ennemi s'approche du camp et y fait pleuvoir les traits, on peut croire que la partie est définitivement perdue par les Troyens et qu’ils vont succomber. La guérison d'Énée ne suffit point pour supprimer les obstacles à la rencontre finale, puisque l'intervention de Juturne s'oppose inlassablement à ce qu'il joigne Turnus ; tout à coup, au moment où on s'y attend le moins, l’assaut donné à Laurente amène Turnus en face de son adversaire pour la décision. Tout cela est du théâtre.

Bien qu'avec moins de violence qu'ailleurs, l’action divine continue dans ce livre à conditionner l’action humaine ; c’est sans doute pour en souligner l'importance que l’idée de l’assaut de Laurente, qui ne dépasse point les capacités stratégiques d’Énée et qui pourrait lui venir naturellement, lui est suggérée par sa mère. Elle est la cause efficiente de la rencontre décisive entre les deux adversaires. Junon, avant de renoncer à la lutte, recueille de son intervention quelques bénéfices qui ne sont pas à dédaigner et se retire avec les honneurs de la guerre ; mais c’est Vénus qui met le point final à l'Enéide. Au point de vue des influences mythologiques, il faut remarquer que Jupiter, qui précédemment se bornait à surveiller de haut les événements pour qu'ils eussent un tour conforme aux arrêts du destin, en prend énergiquement la direction à la fin du XII livre et les fait aboutir à un dénouement rapide. La conclusion de l’Enéide est un effet de sa toute puissance et les conditions dans lesquelles se développera la puissance romaine ne sont pas seulement le résultat du cours fatal des choses mais aussi de la volonté intelligente du plus grand des dieux. Le Fatum a arrêté les grandes lignes ; c’est Jupiter qui dessine les modalités.

Le caractère d'Énée se développe en parfaite conformité avec ce qui nous en a été révélé depuis l’arrivée en Italie. Il est courageux puisqu'il s'offre à résoudre par un combat singulier ce qui pourrait être décidé par le choc des deux armées ; c’est lui qui a lancé le défi et qui veut porter tout le poids de la victoire, c'est en même temps un homme loyal qui, une fois l'accord conclu, ne cesse d'en réclamer l'exécution ; celle-ci obtenue, il apparaît comme un guerrier puissant et il triomphe.

Le XII livre est le calvaire de Turnus ; le caractère de celui-ci s’y développe également, comme le faisaient prévoir les données des livres précédents. Par opposition à Enée, qui participe jusqu’à un certain point du surhumain, Turnus n’est qu'un homme; c'est un homme jeune, ardent, audacieux, plein de vie et d’exubérance ; mais la fortune ne lui sourit pas ; il est environné de méfiance. Le peuple

lui reproche l’insuccès de la guerre, Latinus, qui a pour lui une certaine affection, ne le supporte pourtant qu'avec peine et proteste qu’il l’a engagé dans une mauvaise voie. Amata lui est profondément dévouée, mais ne peut pas grand chose ; Junon qui le protège ne peut le conduire à la victoire ; personne ne l’encourage ; personne ne croit à son étoile ; de là chez lui, à côté de moments d’exaltation, des moments de dépression. En vain il essaie de se le dissimuler ; il entrevoit qu’il marche à la mort : il est donc naturel qu’il finisse d’une façon plaintive. Frappé par Énée, il dit qu’il a mérité son sort — equidem merui 931 — ; cela est vrai en ce sens que le dénouement était fatal, qu’il en a eu conscience, que le seul moyen pour lui de ne pas succomber dans la lutte, c'était de ne pas l’entreprendre ; il l’a affrontée pourtant, et cela, c'est de l’héroïsme ; 1l nous est sympathique parce qu’il a l’âme généreuse et qu’il est malheureux.

Le XII livre ne contient qu'un seul vers inachevé ; il offre un certain nombre de disparates et ne porte pas trace de retouche. C’est le travail de premier jet presque complètement poussé jusqu’au point où le perfectionnement ne pouvait venir que d’une révision faite à tête reposée. Il n’a pas été soumis à cette révision qui n'aurait sans doute produit que des corrections de détail.

Bien qu’elle paraisse finir brusquement, il n'est pas douteux que l’Enéide ne soit terminée ; le début nous jette in medias res, mais tout est expliqué dans la suite ; la fin nous laisse 2n mediis rebus, mais tout a été expliqué auparavant.

P. 831. (1) 2 Defecisse, mot caractéristique, qui se trouve déjà XI 231 et que Turnus a relevé énergiquement 424. — (?) 2 sua nunc promissa reposci est un rappel de XI, 434 sqq. — (3) 4-0, IZ., XX, 164 sqq, au début de la rencontre d'Achille et d'Énée, Inkctôns 2 itéowdev èvavtiov @pto, Awv Gs Divine, Ôv te na avÔces droxtäuevar ueudaciv AYpOHEVOL, mxc duos: Ô dè nowtov uèv aTilwv "Eoyetar, dAN Üre xév tu dontÜowv aiénwv Aovpt Pañn, ÉtÂn Te Xavwv, neo Tv’ dpoos OÛovras l'iyveta, vd ms où xoadn otéver aAxmuov hTop, OÙdon Ô mheupdç te xai loyla duporépwbev Mastietar, Eè Ô' aûtov Èmotobver ayéoaoda, Fhavxtéwvy 0’ 10e PÉDETAL uévet, nv tiva miovn ’Avdov À adrès plierar mowtw Èv ouilw. Virgile a concentré l'effet en réduisant les 10 vers homériques et il a mieux motivé la comparaison : Turnus accablé sous le poids de la défaite étant réellement un lion blessé, tandis que dans l’7Z/1ade la blessure du lion ne correspond à rien ; il a localisé la scène en Afrique, Poenorum... in aruis 4 ; le trait pris dans la nature du lion, qui se bat les flancs avec sa queue pour s’exciter, a été remplacé par un autre qui est conventionnel et théâtral : le lion brise la lance qui l’a atteint. Pour rendre la chose plus terrible, Virgile a ajouté le secouement de la crinière, le rugissement de la gueule ensanglantée, tandis que, dans l’Zhade, il s'agit seulement d’écume ; 6 mouet arma correspond à G. III 236 signa mouet, appliqué à un animal et assure le sens de VIII 3 impulit arma ; 8 fremit ore cruento, fin de vers reprise de I 296 fremet horridus ore cruento.

P. 832. (1) Serv. 10 sane notandum «adfatur» atque «infit»; nam iteratio: est, qua frequenter est usus ; cf. XI 534 sq. Compellabat.… et has... uoces Ore dabat, 821 sq. Adloquitur... atque haec ita fatur. — (?) ro turbidus appliqué au bouleversement de l’âme causé par la passion figure pour la. première fois IX, 57, puis X 648, 763, XI 742, 814, XII 10, 671, c'est une dominante des derniers livres de l'Enéide. — (S) 13 concipe foedus : 158 conceptumque excute foedus, passage de rappel. — (4) 15, le motif a déjà. servi pour jeter de la défaveur sur les Troyens, VII, 359, Exsulibus..… Teucris. — (5) 15 sedeant a un sens méprisant et a déjà servi XI, 460 pacem laudate sedentes. — (6) 18 Olli sedato respondit corde Latinus est une imitation intentionnelle d'Ennius cité par Servius : Olli respondet rex Albai Longai, modernisé pour la métrique ; sedato... corde est en antithèse avec turbidus 10. — (7) 20 sq. Macr. Sat., VI, 2, 17, rapproche Accius in Antigona : Quanto magis te istius modi esse intellego Tanto, Antigona, magis me par est tibi consulere et parcere. — ($) 23 Aurum : Serv.-Dan., ad I. cite avec raison XI 213 praediuitis urbe Latini, qui est une prépa-

ration. — (%) 24 sq. Sunt aliae innuptae Latio et Laurentibus aruis Nec genus indecores est imité extérieurement et pour la forme, d’IZ., IX, 395 sq. Hokha ’Ayarides eioiv dv” EAXGÔOX te DPôinv te, Kobpat &ouotiwy, mais le sens et l'effet sont tout différents. — (10) 25 sine semble indiquer que Turnus n'a pu retenir un geste d’impatience et de protestation, Serv. ad L. hoc loco intellegimus, Turnum dolore uoluisse in aliqua uerba prorumpere.— (ll) 29 sqq. Victus amore tui, cognato sanguine uictus — nous n'avons jamais entendu parler de cela — Coniugis et maestae lacrimis — en réalité, malgré ses larmes, lacrimans VII 358, Amata n’a rien obtenu de lui, nequiquam dictis experta Latinum, VII, 373, — arma impia sumpsi — en réalité 1l s’est énergiquement refusé à déclarer la guerre et il a laissé à d’autres la responsabilité, VII 591 sqq.— ; il n’y a pourtant pas ici avec le VITI® livre une contradiction que Virgile eût fait disparaître. Il se peut que ce ne soient là que de belles paroles peu conformes à la vérité et un essai peu sincère de justification vis-à-vis de Turnus ; il se peut aussi que ce soient là des allusions au revirement de Latinus, qui a fini par accepter la responsabilité de la guerre, revirement qui ne nous a pas été expliqué et qui est un Cas du xatà T0 ctwmwuEvov.

P. 833. (1) 3111 a en effet offert sa fille à Énée, VII, 268 sqq., mais le mot eripui genero est cruel pour Turnus, qui disait encore, XI, 440 soceroque Latino. — (2?) 35 sqq. recalent nostro Thybrina fluenta Sanguine, passage de rappel de la prophétie de la Sibylle, VI, 87 Et Thybrim multo spumantem sanguine cerno et qui paraît être une réponse indirecte à ce qu'avait dit Turnus, XI 393 sq. Iliaco tumidum qui crescere Thybrim Sanguine... uidebit. — (3) 37 quae mentem insania mutat ? hémistiche repris textuellement de IV, 595. — (4) 48 curam geris, locution fixée IX 311: curam... gerens. — (5) 49 letumque sinas pro laude pacisci, fin de vers reprise mécaniquement de V 230 uitamque uolunt pro laude pacisci. — ($) 50 ferrumque haud debile dextra Spargimus, le motif est emprunté à 11. XX 437 met à vai Eudv BéAos Ed mdootfev. — (7) 52 quae nube fugacem Feminea tegat, en réalité, lorsque, dans le combat contre Diomède, Énée est blessé, Aphrodite le protège avec son peplos et c’est seulement lorsque, blessée elle-même, elle est contrainte de le lâcher que JZ. V, 344 sq., vûv pèv meta yepoiv ëouaoato Doifoç ’AnoÀ- Awy Kuavén veofhn ; quand Poseidôn sauve Énée des coups d'Achille, il répand un brouillard devant les yeux de celui-ci, 17. XX, 321 sq.; il est curieux que l’allusion à un fait de l’Z/iade ne soit pas tout à fait exacte.

P. 834. (1) 57 sq. spes tu nunc una, senectae Tu requies miserae, même motif IX 481 sq. tune ille senectae Sera meae requies, qui paraît appuyer la ponctuation adoptée ici. — (?) 67 sq. Virgile exprime cette rougeur par une comparaison empruntée à l'ZZ., IV, 141, sq. @& © ôte vie 7’ éAépayta yuvn vpoivext uuinvn Mnov'ç ñè Kéetox, mapriov Éuuevat nruwy et c'est là un curieux exemple de la façon dont il dépayse ses emprunts, puisque, dans l’Jliade, il s’agit du sang qui coule de la blessure de Ménélas et qui rougit sa peau. Il a négligé la désignation précise de l’objet fabriqué et le pays de la fabrication, détails qui lui ont paru manquer d'intérêt et de noblesse. En revanche il a doublé la comparaison par une autre gracieuse et fraîche. — (3) 72 sq. ne me lacrimis neue omine tanto Prosequere, le motif se trouve dans l’Z4., XXIV, 217 sq. Mi p” EéAovt lévar HATEIUKAVE, HNÔS pot at "Oovrs dvi meyapoust Xaxdç MÉAEU,.

oddé pe meisets, mais la situation est plus dramatique chez Virgile. Dans Apoll., Arg. 1, 295 sqq. Jason au départ dit à Alkimédé Mx por Aeuyaléac éveBdAñeo, pirep, dviac "QÙe Ainv, Ètel où HÈV ÉpnTUIELS XAKXÔTNTOS AGXPUILV 304 und’ Üpvu deuxehin née vni, lacrimis — Ôdxpvotv fait penser que Virgile s’est référé au passage d’Apollonios. — (4) 75 sq. Phrygio mea dicta tyranno Haud placitura refer, le début de 76 est modelé sur le début de III, 169 sq. haec laetus longaeuo dicta parenti Haud dubitanda refer. — (5) 78 Teucrum arma quiescant, même fin de vers avec un sens tout différent, X, 836 prato grauia arma quiescunt. — (6) Serv. 88 non armatur hoc loco Turnus, sed explorat utrum arma apte et congrue eius membris inhaereant.

P. 835. (1) 83 sq. Pilumno quos ipsa decus dedit Orithyia — modelé sur XI 657 sq. quas ipsa decus sibi dia Camilla Delegit comites ; 84 Qui candore niues anteirent, cursibus auras. Serv. ad 1. dit avec raison : critici culpant hoc loco Vergilium, dicentes incongruum esse figmentum ; namque Orithyia cum Atheniensis fuerit, filia Terrigenae, et a Borea in Thraciam rapta sit, quemadmodum potuit Pilumno, qui erat in Italia, equos dare ? mais il n’a pas compris que l’ambition perpétuelle de Virgile était de fabriquer du gréco-romain, de ce gréco-romain déplorable, qui a sévi si longtemps en France dans les lettres et dans les arts; ainsi, X, 198 sqq. Mantô, la prophétesse, fille de Tirésias, est mise en rapport avec Mantoue ; XII, 140 sq. Jupiter, tout comme Zeus, a des aventures galantes et choisit ses favorites sur le sol latin ; XI 648 Camilla, une Volsque, est une Amazone et elle a autour d’elle des Amazones, ancêtres des matrones de grandes familles romaines ; VII, 385 Amata et les matrones latines sont transformées en bacchantes d’Euripide. — VII 280 sqq. Latinus a, lui aussi, des chevaux merveilleux, obtenus par Circé du croisement des chevaux du Soleil avec une cavale ordinaire ; ces chevaux merveilleux sont homériques : IZ., V, 265 sqq. Zeus a donné à Tros des chevaux divins pour le dédommager du rapt de Ganymède ; Anchise, par un croisement furtif avec des cavales, a obtenu six demi-sang, dont il a donné deux à Énée ; XVI, 148 sqq. les deux chevaux d'Achille sont fils de la harpie Podargé et du vent Zéphyros ; 866 sq. ils ont été donnés à Pélée par les dieux ; XX, 219 sqq. Érichthonios, fils de Dardanos, avait 3.000 cavales ; Borée en étant devenu amoureux prit la forme d’un cheval et de cet accouplement naquirent douze poulains d’une légèreté miraculeuse ; En. 84 est imité d’Il., X, 437, où il est question des chevaux de Rhésos Aevxôtepot ytovos, eleuv äGvémototy ômoior, Virgile a enchéri pour la rapidité de la course. — (?) 88 Circumdat loricam umeris, hémistiche modelé sur II 509 sq. Arma... Circumdat nequiquam umeris. — (3) 90 sq. il ne semble pas que cette épée divine existe encore IX 148 sq. puisque Turnus dit : Non armis mihi Volcani... Est opus in Teucros ; XI, 489, il semble bien que ce soit une épée ordinaire que ceint Turnus ; de sorte que l'épée fabriquée par Vulcain ne paraît avoir été inventée par Virgile qu’au moment de la rédaction du XIIe livre. — (4) 92 sq. Od., I, 127 sq. Télémaque rentre dans la maison "Eyx{os puév p Éctnoe pépwv mpûç xtova paxonvy — ingenti enchérit — Aovpoôdxns Evrocdev êüEcov ; Virgile a négligé la Govooddxn, comme trop spécialement grec. — (5) 95 sqq. Mézence s'était adressé dans le même sens à son cheval Rhaebus, X, 861sq. et, avec un sarcasme antireligieux, à son bras et à sa lance, X, 773 sqq.

— ($) ror sq. le prototype est Achille s’armant pour le combat, I]. XIX, 364 sqq. èv 0 péosotot xopüsgoezo Oioç ’AyrAhebc: Toù xai G06vrwy pèv xAV4yn RÉhEe — trait supprimé par Virgile comme trop réaliste — Tù dE où Üsse Aauréoünv wç Et te nupùç géAuç, Èv dE où Arop Av’ &Y06 GTANTOY ; suit, longuement décrite, l’opération traditionnelle de l'armement ; sur le feu qui jaillit des yeux, signe de colère, cf. Apollon. Aygon., I, 1296 sq. ; l'expression oculis micat acribus ignis est prise de Lucr., III, 290 ex oculis micat acribus ardor. — (7) 103-106 sont repris, en partie textuellement de G. III 232 sqq. — (8) 107 acuit Martem est une réminiscence, avec un sens différent, de l’expression homérique éyetpomey GEbv "Apna Il. II 440, se suscitat ira, même fin de vers V, 454. — (?) 109 gaudens rappelle intentionnellement 82 gaudet et oppose les deux adversaires, le motif de leur joie étant très différent.

P. 836. (1) 111 sq. c’est bien à Latinus qu'Énée doit s'adresser, puisque c'est avec lui qu'il règlera les termes de l'accord ; il n’y en a pas moins une légère incohérence de forme, puisque c’est Turnus qui avait envoyé dire qu'il acceptait le défi. — (2?) 85 sqq. — (3) La chose n’a lieu qu'après l’échange des serments, Virgile l’a donc déplacée, II. III, 314 sq. "Extwp Ôè IIotamoro naiç «ai Ôtos Oduooeds Xwpoy pèv Towrov dteuerocoy — (4) 118 dis communibus, en effet, après la prière d’Énée, Latinus dit 197 Haec eadem, Aenea,.…. iuro ; les deux passages sont en corrélation.

P. 837. (l) z21, déjà VII 664 sq. on lit en parlant du contingent d’Aventinus Pila gerunt, mais le pilum reste sans emploi. — (2?) 126 Ductores auro uolitant ostroque superbi est une réminiscence de V 132 sq. ipsique in puppibus auro Ductores longe effulgent ostroque superbi, avec reprise littérale de la fin du vers ; c’est de nouveau le luxe conventionnel cher à Virgile ; 128 est repris de VII 697 et IX 523 avec variante insignifiante. — (3) 130 Defigunt tellure hastas et scuta reclinant est une imitation formelle d’JZ., III, 134, OÙ Ôn vbv Éarat otyñ — méAeuos dE réTRaUToL — 'Aonior xExAUMÉVOL, mapà À ÉVXEX paxoù Ténnyev, il ne semble pourtant pas que l'attitude des guerriers virgiliens soit exactement la même que celle des guerriers homériques. — (#) 131-133, rien de pareil dans l’Iliade ; mais les Onpoyéoovres sont assis autour de Priam aux portes Scées et assistent de là à ce qui se passe dans la plaine. — (5) Dans l’Jliade, entre le moment où est décidée la rencontre entre Pâris et Ménélas et celui où elle à lieu, il s'écoule un certain laps de temps pendant lequel les hérauts de part et d'autre vont chercher ce qui est nécessaire à l’échange des serments, du côté Troyen avertir Priam de venir ; la rencontre est en effet improvisée ; 1l est possible que Virgile ait pris là l’idée première de l'intervalle ; mais 1l l’a rempli tout autrement ; dans l’//iade, Hélène mise au courant par Iris de ce qui va se passer, reprise du souvenir de son premier époux, de sa patrie et de ses parents, rejoint Priam aux portes Scées et lui fait connaître les principaux chefs Achéens.— (6) Serv.-Dan. 134 Catonem sequitur, qui Albanum montem ab Alba Longa putat dictum. — (?) 138 sqq. il a déjà été question plus haut, X 435 de Iuturna, mais sans aucun détail et nous avons ici un nouveau trait de l’usage virgilien de ne caractériser les personnages que lorsqu'ils vont jouer un rôle important. luturna, plus anciennement Diuturna, est primitivement le nom d’une source près de Lauinium,

CARTAULT. 55

nom qui fut transporté à une source romaine, le lacus Iuturnae, près du temple de Vesta. A la fin de la première guerre punique, Q. Lutatius Catulus éleva au nom de l’État un temple à Iluturna au champ de Mars,

1à où aboutit plus tard l’Aqua virgo. Des fouilles récentes ont mis au jour des substructions d’édifice. Virgile à transformé Tuturna en une nymphe hellénique et en a fait la sœur de Turnus. — (8) 143 Serv.-Dan., ad 1., dit naïvement quae sint Latinae, cum quibus Juppiter concubuit, incertum est ;: on ne le sait point, parce que c'est une invention de Virgile en mal de gréco-romain.

P. 838. (1) 144 Magnanimi ingratum louis ascendere cubile, Tuturna. dit 877 sqq. nec fallunt iussa superba Magnanimi louis. Haec pro uirginate reponit ? Quo uitam dedit aeternam ? etc. ce qui explique ingratum 144 ; les deux passages sont en rapport étroit. — (?) 142 animo: gratissima nostro, traduction de la formule homérique ëuw HE AP ISHÈVE Ovpw IT. V, 243, 826 et pass., Od. IV, 71. — () 145 caelique libens in parte locarim, Iuturna est l” obligée de ‘Junon comme Éole, 1, 78 sq. tu das epulis accumbere diuom ; mais Jupiter ayant fait de Tüturna une nymphe, qui, comme déesse, FRS ses entrées dans l’Olympe, on ne voit pas ce que Junon a fait de plus pour elle.— (4) Héré, dans Apollon. A7gon. IV 790 sqq. est au contraire logique, quand elle dit à Thétis : a\Âa 6e yäo Ôn…. dydnnon "Eloyov &Aawv, af Tv’ eiv GA varerdovouv, OÙvexev oùx EtAnc edvn Atdc teuévoto Aétaoôa. Ici il semble que, siJunon s’est intéressée aux favorites de Jupiter, ce soit par compassion et parce qu'elles ont été mal récompensées de leur faiblesse, ce qui est assez ridicule. — (5) 150 uis inimica propinquat, fin de vers identique, IX, 355, lux inimica propinquat. — (6) 151 Non pugnam aspicere hanc oculis, non foedera possum, le prototype est la déclaration de Priam, Z., III, 305 sqq. ëyævy elpr mooti ’Iktov … ème où muw vtAtoou ëv 6wDaluotouw doäcOu Maovéuevov wihov vioy dontpihw Mevelaw. — (7) 155 est repris littéralement de IV, 589, où il est appliqué à Didon. — (8) 158 conceptumque excute foedus, d’une façon analogue Junon avait dit à Allectô, VII, 339, Disice compositam pacem. — (?) Dans l’J7., III, ro5 sqq. Ménélas demande qu’on aille chercher Priam pour que l’accord soit plus solennel et plus sûr ; 249 le héraut avertit Priam ; 259 celui-ci éprouve un moment d’effroi — £tynsev — pour son fils, fait atteler son char, y monte avec Anténor et le conduit lui-même ; d’autre part arrivent Agamemnon et Ulysse ; tout cela est raconté très simplement et sans rien de l'effet pompeux, par lequel Virgile a essayé d'atteindre le grandiose. — (1) À propos de Priam, Virgile a dit de même, II, 557 jacet ingens litore truncus. — (1) 164 par Circé, femme de Picus, VII, 49 sq., Latinus descend directement du Soleil.— (1?) 165 est répété de I, 313 ; XII 487sq. Messapus, uti laeua duo forte gerebat Lenta... praefixa hastilia ferro, avec fin de vers identique. — (13) 167 Sidereo flagrans clipeo, passage de rappel de X, 271, uastos umbo uomit aureus ignes ; c’est une traduction d’14., XVI, 133 Sq. 0oonxx ... doreodevta ... Aixxidmo.

P:830: ü) 169 puraque in ueste sacerdos, fin de vers identique, VI, 645 longa cum ueste sacerdos. — (2) Serv. 173 far et sal : quibus rebus et cultri aspergebantur et uictimae. — (3) 169-174 : dans l’Iliade, sur l'invitation de Ménélas, les deux héros Troyens apportent deux agneaux, l’un, mâle, blanc, l’autre femelle, noir ZZ. III, 103 et 245, du vin dans une outre

de peau de chèvre, 246, un cratère et des coupes d'or, 247 ; du côté des Achéens, Talthybios apporte un autre agneau 104 et 118 sq. Les hérauts mêlent le vin dans le cratère et versent de l’eau sur les mains des rois ; Agamemnon coupe avec son épée sur la tête des agneaux des poils que les hérauts distribuent aux œurorot ; c'est le rite grec; cf. IE, XIX, 250 sqq. — (4) 176-182, If, IIT, 276-280, Zed néxeo — pater omnipotens, HEicç 0° = Sol, Kai morauot = fluuiosque, Kai yatæ — haec.. Terra, — Virgile à particularisé —, ‘Ypetç pastuoot Ëote = Esto... testis ; Virgile a ajouté Junon, qu'il faut fléchir, parce qu’elle est la grande ennemie des Troyens et Mars, parce qu'il est le père des Romains, ainsi que l’invocation générale à tous les dieux de l’éther et de la mer, ce qui est un trait de dévotion romaine. — (5) I. IIT 306 sq., Virgile n'ayant pas 101 l'utilisation du motif s’en est servi un peu plus haut en l’appliquant à Junon ; mais le sentiment est différent ; pour Priam, ce sont les appréhensions de l'amour paternel, pour Junon, c’est la conscience amère de l’impuissance et de la défaite. — ($) 201 Tango aras, c’est l'attitude rituelle romaine, IV, 219 arasque tenentem. — (7) 201 medios ignis, parce qu’il se tient d’un côté de l’autel où brûle le feu et Énée de l’autre côté en face de lui. — (8) 203 quo res cumque cadent, locution fixée, qui se trouve déjà LI, 709. — (*) 204-205 reprennent dans un style plus orné, Lucr., III, 854, Non si terra mari miscebitur et mare caelo. — (10) Priam ne prononçant pas de prière dans l’Zl1ade, le prototype manquait à Virgile pour celle de Latinus ; ilest intéressant de voir comment 11 l’a constituée ; l'attitude de Latinus 196 tenditque ad sidera dextram est celle d’Agamemnon 2. III 275 Yeïoxc dvasywv, qui n’a pas pu être utilisée pour Énée, puisqu'il est représenté tenant son épée nue pendant qu'il prie ; indépendamment des divinités mentionnées plus haut, Agamemnon invoque 278 sq. at où Omévepfe xauovras ’Avownovs rivuofov, Ôtis » èriooxoy ôuooon ; l'appel aux divinités infernales ne figure pas dans la prière d’Énée, bien qu'aux divinités de l’éther et de la mer, 181 sq., il eût été naturel de joindre celles des enfers ; il à été réservé pour celle de Latinus 199 Vimque deum infernam et duri sacraria Ditis ; mais il perd de sa force et fournit seulement un beau vers, puisque 200 c'est Jupiter qui est donné comme garant de la foi jurée et non, ainsi que dans l’Zliade, les divinités infernales. Enfin Virgile a été chercher le motif du sceptre qui ne reverdira plus dans la grande scène entre Agamemnon et Achille, ZZ., I, 234-239; il à traduit littéralement certaines expressions et enjolivé le tout par un style plus élégant et plus recherché que le style homérique.

P. 840. (1) 212 firmabant foedera dictis, locution fixée, XI, 330, foedera firmant ; il n’est pas douteux que Virgile ne se soit proposé de donner aux cérémonies qu'il décrit la couleur du foedus romain, ce qui est caractéristique de son art; tout en empruntant certains traits aux usages réels, il a négligé ceux qui étaient les plus spéciaux, s’est fortement inspiré de l’Iliade et a ainsi constitué une scène conventionnelle. Dans la réalité le foedus est conclu en présence des chefs et des armées des deux peuples intéressés ; c'est ainsi que les choses se passent dans l'Enéide ; mais il est conclu par les paires patrati des deux peuples en présence, qui sont pour chacun l’un des deux Fetiales ; les Fetiales ne figurent pas dans l’Enéide ; mais il est possible que le titre de

pater donné à Énée, qui du reste le porte ailleurs, soit une allusion au pater patratus ; le Fetialis lisait les termes du traité convenu ; c’est ce que fait Énée ; il déclarait solennellement que son peuple observerait fidèlement le traité et prenait les dieux à témoin, T.-Live, IX, 1, 7, dis arbitris foederum, ici dis communibus 118, Esto... testis 176 ; la formule audi Juppiter T. Live, I, 24, 7, est représentée ici par Audiat haec genitor, qui foedera fulmine sancit ; 1l appelait le châtiment des dieux sur son peuple et sur lui-même en cas de rupture du pacte intentionnellement, à quoi correspond nec me uis ulla uolentem Auertet 203 sq.; mais Virgile a supprimé l’exsecratio, qui s’exprimait par la formule Tum illo die, Juppiter, populum Romanum sic ferito, ut ego hunc porcum hic hodie feriam T. Live I, 24, 8 ; le Fetialis frappait alors le porc avec le silex sacré, qu’il jetait loin de lui en souhaitant d’être ainsi rejeté lui-même en cas de violation des engagements pris ; ce geste symbolique a été supprimé par Virgile et le silex remplacé par les couteaux usuels dans tous les sacrifices. — (2) 214 In flammam iugulant pecudes se trouve déjà XI, 199. — (3) 213 sacratas Serv. ad I. rite exploratas sollemnitate quam diximus supra (173). — (4) 213-215 dans l’ZZ., III, 292 sqq. Agamemnon tranche avec le couteau la gorge des victimes qui sont les 6pxux muota Üewvy ; puis les hérauts versent le vin du cratère dans les coupes et on fait la libation, en souhaitant que le cerveau de ceux qui violeront les premiers ces serments et de leurs enfants soit répandu à terre comme le vin et que leurs femmes passent aux mains d'autrui ; c’est le rite grec, que Virgile n’a pas reproduit. — (5) Au VIIS livre, Junon avait employé Allectô qui personnifiait la haine ; ici elle emploie Iuturna qui personnifie l'affection et le dévouement.

P. 841. (1) 224 un Camers figure déjà dans l’aristie d’'Énée, X, 562; il semble bien qu'il succombe, quoique cela ne soit pas dit expressément ; en consultant sa liste de noms propres, Virgile ne s’est pas rappelé que celui-ci n’était plus utilisable ; 226 acerrimus armis se trouve déjà, IX, 176. — (2) 228 Rumoresque serit uarios, Macr. Sat., VI, 1, 33, cite Furius in decimo Rumoresque serunt uarios ac multa requirunt ; emprunt dont on ne voit pas la cause déterminante, l'expression en elle-même n'ayant rien de bien frappant. — (3) 229 sq. c’est une iniquité que Turnus luimême avait signalée tout en s’y résignant, XII, 16, les deux passages sont donc en corrélation ; cf. X. 434 sqq.— (4) 233 vix hostem, alterni si congrediamur, habemus, le prototype est le passage analogue, mais non identique de l’IZ., IT, 123 sqq. où Agamemnon fait observer que les Achéens sont plus de dix fois plus nombreux que les Troyens. — (5) 234 sq. Ille quidem ad superos, quorum se deuouet aris Succedet fama, passage de concordance et de rappel ; Turnus a dit, XI, 440 sqq. uobis animam hanc (cf. XII, 229 sq. unam... animam) soceroque Latino Turnus ego... Deuoui; la rencontre en question, cela est important pour la couleur sentimentale, a presque le caractère de la deuotio romaine ; Turnus est une victime qui se sacrifie et qu’on sacrifie ; 235 uiuusque per ora feretur, Géorg., III, 9, uictorque uirum uolitare per ora, Enn., cité par Cic. Tusc., I, 34, uolito uiuus per ora uirum; Virgile a donc imité le passage deux fois en variant son imitation. — (6) 236 sq. Nos patria amissa, début d’hexamètre similaire, III, 325 Nos patria incensa ; lenti consedimus aruis fin d’hexamètre similaire, IV, 39

quorum consederis aruis ; dominis parere superbis est en contradiction avec la déclaration solennelle d’Énée 189 sq. Non ego nec Teucris Italos parere iubebo Nec mihi regna peto et semble indiquer que les deux passages ont été rédigés indépendamment l’un de l’autre ; pourtant on peut admettre que les Rutules ne sont pas forcés de croire à la sincérité d'Énée et qu'ils peuvent redouter d’en faire l'expérience. — (7) 240 sqq. rappelle V, 767 sqq. et souligne l'identité du rôle d’Iris et de celui de Iuturna, et accuse la reprise du motif par Virgile. — (8) 242 arma uolunt, locution fixée, VII, 340, Arma uelit. — (°) 247-256, le prototype est le combat de l’aigle et du serpent de l’ZZ., XII, 200-207, et ceci donne lieu à quelques remarques intéressantes sur l’art de Virgile. Virgile en a déjà tiré une comparaison, XI, 751-756 ; mais, dans l’Zliade, c’est le serpent qui est vainqueur, ce quine pouvait convenir aux circonstances virgiliennes ; le combat reste donc indécis, l’aigle conservant la supériorité. Ici, Virgile a repris le combat en question en lui rendant sa signification primitive, qui est d’être un présage et son dénouement, qui convient à la circonstance ; seulement 1l n’a pas voulu remettre en scène le serpent et il lui a substitué un cygne, sûrement par une réminiscence d'En., I, 393 sqq. ; d’autre part la victoire est décidée non point par la résistance de la victime, mais par le secours que lui apportent ses compagnons, réunis contre l’agresseur, ce qui permet une application aux circonstances du XII® livre. Il y a là ‘ un travail très industrieux pour tirer deux imitations du même endroit de l’Zl1ade et pour approprier chacune de ces imitations au contexte ; celle du 1. XI est sûrement la première en date. — (10) 248 Litoreas agitabat aues, nous sommes sous les murs de Laurente; Virgile situe donc Laurente sur le bord de la mer ; d’autre part, 255 sq. praedamque ex unguibus uncis Proiecit fluuio, de même XII 886 quand Iuturna disparaît se fluuio dea condidit alto : Virgile situe donc Laurente sur un fleuve ; ce fleuve n'étant pas le Tibre ne peut être que le Numicus ; comme beaucoup de fleuves côtiers, il forme des marécages à l’endroit où il se jette dans la mer, X, 709 palus Laurentia, XII, 745 uasta palus ; 248 turbamque sonantem se trouve déjà VI, 753, appliqué à un objet tout différent, c'est une fin d’hexamètre reproduite mécaniquement. — (11) 250 Cycnum excellentem pedibus rapit improbus uncis rappelle V,255 Sublimem pedibusrapuit Jouis armiger uncis.— (12) 254 Facta nube rappelle VIT 705 uolucrum raucarum... nubem.

P. 842. (1) 258 Tolumnius augur, dans l’Il., XII, 210, à défaut du devin présent, c’est Poulydamas qui explique le présage à tirer de la défaite de l'aigle ; Virgile a trouvé plus convenable de faire interpréter la chose par un homme du métier ; sa présence est du reste préparée par XI, 429, où il est question de lui en passant felixque Tolumnius. — (?) 260 la formule figure déjà VIII, 155, Accipio adgnoscoque libens. — (8) 261 sqq. l'interprétation de Tolumnius est précise et détaillée : litora uestra 262 correspond à litoreas... aues 248 (cf. 262 inualidas ut aus }), petet ille fugam penitusque profundo Vela dabit 263 sq. à penitusque in nubila fugit, 256, uos unanimi densate cateruas 264 à cunctaeque uolucres... Facta nube 251 sqq.— (4) 273 sq. teritur qua sutilis auro Balteus et laterum iuncturas fibula mordet paraît signifier, Virgile ayant employé la coordination au lieu de la subordination, que le coup porte là où frotte sur le baudrier fait de pièces de cuir cousues l’or de la fibule qui

mord à l'endroit où les deux extrémités se réunissent ; Virgile revient à l’imitation du passage de l’Jliade qui lui sert de modèle principal, puisqu'on retire, IV, 213 ëx Üwortñpos la flèche qui a blessé Ménélas. — (5) 270 sqq. le motif de frères nombreux combattant ensemble figure déjà, IX, 328 sqq. et le début du vers At fratres animosa cohors, XII 277, est modelé sur Ni fratrum stipata cohors, X, 328. — (6) 283 Diripuere aras, de même IX, 75 Diripuere focos. — {7) 283 sq. it toto turbida caelo Tempestas telorum ac ferreus ingruit imber, Ennius in octauo cité par Macr. Sat., VI, 1, 52, avait dit Hastati spargunt hastas, fit ferreus imber; Virgile a emprunté la métaphore en la préparant. — (8) 286 Pulsatos referens... diuos est en rapport avec XII, 13 fer sacra, pater. — (?) 287 Infrenant alii currus, au 1. X, Virgile nous a donné le spectacle d’un combat d'infanterie, au 1. XI celui d’une rencontre de cavalerie, les chars de combat ne sont apparus que sporadiquement ; ils jouent un rôle important au XIIe 1. et ainsi Virgile évite la monotonie. — (10) 288 sq. corpora saltu Subiciunt in equos, fin de vers identique dans une toute autre circonstance, II, 565 sq. corpora saltu Ad terram misere. — (11) 205 altus equo, image analogue dans d’autres termes, VII, 285 Sublimes in equis, 624 sq. arduus altis... equis. — (12) 294 Serv.-Dan. ad 1. teloque trabali ; 1l est probable que la chose dans Ennius était justifiée ; dans Virgile ce n’est qu’une imitation de forme. — (13) 296 ce sarcasme féroce est la contre-partie de la réflexion humaine d’Entellus, V, 483 ; uictima est en rapport avec aris : 292 et avec la situation dans laquelle Aulestes est tué.— (14) 298 Corynaeus figure au moment de l’ensevelissement de Misenus, VI, 228, mais il est tué IX, 571 ; il y a donc là une inadvertance de Virgile. — (15) 299 plagamque ferenti, même fin de vers, X, 797 plagamque ferentis. — (16) 302 sqq. Caesariem laeua... corripit... Sic... latus ense ferit, rappelle les circoncstances de la mort de Priam, II, 552 sq. Implicuitque comam laeua... ac lateri... abdidit ensem. — (17) 304 Alsus étant un berger ne saurait être qu'un Italien, par conséquent son adversaire est un Troyen ; dans l’I/sade, II, 729 sqq. Iloôaheiotos et Maydwv sont deux médecins de l'armée achéenne, mais ce sont en même temps des guerriers ; Virgile en a fait deux guerriers Troyens ; Podalirius combat ici, Machaon est introduit à Troie dans le cheval II, 263, primusque Machaon. — (18) 306 sqq. ce furieux coup de hache rappelle celui porté par Camilla à Crsilochus ; sparso late rigat arma cruore rappelle de très près XI, G98 uolnus calido rigat ossa cerebro ; la hache est mise ici comme arme rustique entre les mains d’un pâtre. Quant aux deux vers par lesquels la mort est ici décrite, 309-310, ils ont déjà servi pour Orodès, X, 745 sq. S1 désireux que soit Virgile de varier, il n’évite pourtant pas les redites ; la reproduction mécanique remplace ici l'invention.

P. 843. (1) 311 sq. dextram... inermem et Nudato capite sont en rapport étroit, Énée se précipite désarmé au milieu des combattants pour les arrêter. Il est venu tout armé sur le terrain, 167; “1lfaut

admettre — Virgile ne le dit pas, — que, pendant les cérémonies qui viennent d’avoir lieu, il a quitté son armure ou quelques pièces de son armure. — (2) 314 sq. ictum iam foedus et omnes compositae leges semble

en contradiction avec 286 infecto foedere ; en réalité il n’y à pas là une incohérence de Virgile, mais une appréciation diverse du même fait par deux personnages ; les conditions ayant été formellement énoncées,

les serments échangés, la consécration religieuse donnée, le traité est régulièrement conclu et Énée a raison de le constater; mais d’autre part le traité n’est pas accepté par l’une des deux parties, qui le viole immédiatement ; il est donc inexistant et c’est ce que constate à bon droit Latinus. On rapprochera 212 Talibus inter se firmabant foedera dictis de 316 ego foedera faxo Firma manu; au point de vue protocolaire, le traité est en bonne et due forme; mais pour qu'il soit exécuté, il faut que la force se mette au service du droit ; sans quoi tout reste en l'air. — (3) 319 alis adlapsa sagitta est, IX, 578 alis adlapsa sagitta, locution fixée, à la même place du vers.

P. 844. (1) 327 manibus molitur habenas étonne au premier abord, puisque, selon l'usage homérique, Turnus a son conducteur de char et que le guerrier ne peut à la fois diriger le char et combattre ; ce n’est pourtant point là une inadvertance de Virgile ; le guerrier, qui saute sur son char, peut prendre en main les rênes pour se diriger là où il veut aller et les remettre au conducteur au moment du combat. XII, 621 Turnus est sur . son char en compagnie du conducteur; il saisit pourtant lui-même lesrênes pour l'arrêter 622 adductisque amens subsistit habenis ; 622 éclaire 327. — (2) 328 Multa uirum uolitans dat fortia corpora leto est d’une facture analogue à X, 662, Obuia multa uirum demittit corpora morti. — (3) 330 raptas fugientibus ingerit hastas se trouve déjà IX, 763 ; Mézence, X, 868, manus ambas iaculis onerauit acutis, cf. 882 sqq. — (4) 331 sqq. la comparaison des guerriers avec Mars est fréquente dans l’Jliade, à qui Virgile l’a empruntée ; VII, 208 sq. en parlant d’Ajax qui s’élance au combat, XIII, 208 sqq. en parlant d’Idoménée et de Mérionès, qui vont au combat pareils à Arès partant de Thrace pour aller à la guerre avec son fils Phobos ; la mention de la Thrace montre que Virgile s’est référé au passage ; IV, 439sqq. quand, après la blessure de Ménélas, les Achéens et les Troyens en viennent aux mains "Oose dè vobç iv ’Aonç…. Asinte T m0 bobos xai "Eou.. “Aoeoc &vôoopôovoro xactyvitn étaow te ; les ch. III et IV de l’ZL. étant dans ce qui précède le modèle principal de Virgile, c'est de IV, 439 sqq. qu'il s’est surtout inspiré ici, en empruntant l'idée à Homère et l'expression à Lucr. qui avait dit IV, 173 atrae Formidiuis ora. — (5) 332 sq. atque furentis... immittit equos rappelle, XI, 609 sq. furentisque Exhortantur equos. — (6) 340 Sanguineos répète intentionnellement 332 Sanguineus. — (7) I., XI, 531 sqq. Kébrionès conseille à Hector d’aller combattre Ajax, qui presse les Troyens ; Hector traverse une partie du champ de bataille; ses chevaux Piuvw Epeoov Ooùdy apua…. ZrelBovrec vVÉxUdS te ai AoTIdX — equos.. . quatit miserabile caesis Hostibus insultans — apart d aEuY Néobev c ATAC TETA\AATO KA! aveu yes al nepi Slppov, ‘As do’ ap” inrelwy 0TAËWY Sad uuyyes ÉBalAoy AŸ 7’ dr’ Ènioowtpuwy — spargit rapida ungula rores — ; 326-340 est un morceau très brillant fait avec des fragments empruntés à des passages différents de l’Iliade. — (8) 342 Hunc congressus et hunc illum eminus, la différentiation est empruntée à l’ZZ., XX, 462 Toy pèv Govpi Pañwv, rov G ayedov äoot tÜbac. — (?) 343 sq. un autre fils d'Imbrasus est mentionné, X, 123, Asius Imbrasidès, sans qu’on nous dise qu’il est frère de ceux-ci; il se peut que l'emploi du patronymique soit dans les deux cas purement arbitraire ; IL., IV, 519 sq. mentionne Opnxv dyôs avdawv Ileipooc ’Iuboastôns ; 345 uel equo praeuertere uentos, fin de vers reprise mécaniquement de VIT,

807, cursuque pedum praeuertere uentos.— (10) 348 Nomineauum referens, locution fixée qui se trouve déjà à la même place du vers, V, 564.—(11)357r pro talibus ausis se trouve déjà en fin de vers, Il, 535 che Er fortibus ausis.—(12) 353 campo... aperto se trouve déjà Géorg. II, 280. — (8) 358 le motif de l'éclair de l’épée au moment où le coup est porté a déjà servi, II, 552 sq.— (14) 359 sq. un sarcasme analogue a déjà servi à Turnus, X, 650. — (15) 363 pourrait être écrit en lettres grecques, la mention à la fin de Thersilochus semble montrer que Virgile s’est référé à IL., XVII, 216, Méony te l'hadxoy ve Médovra ve OepoiAoyov re, qu'il avait imité de plus près, VI, 483 ; de cette double imitation est résultée l’inadvertance que Thersilochus est déjà dans les enfers, VI, 483, mais qu'il n’est tué que XII, 363.—- (16) 364 le motif du cavalier désarçonné par son cheval et livré sans défense à l'ennemi a figuré, X, 892, et XI, 671, à la suite d’une blessure du cheval.

P, 845. (1) 371 animisque frementem se trouve déjà IX, 703, cf. XII, 535 animisque immane frementi. — (2) Le premier passage que Virgile ait eu sous les yeux est naturellement J/. IV, 148 sqq.; quand Agamemnon voit couler le sang de Ménélas, il est effrayé, et Ménélas ne l’est pas moins, 154 ses compagnons gémissent, Èneoteydyovto Ô Etaæioot; de même l'entourage d'Énée est fort ému, mais Énée a une attitude autrement héroïque que Ménélas, 399 sq. ; Agamemnon envoie chercher Machaon; celui-ci extirpe la flèche, met à nu la blessure, la presse, fait couler le sang et applique des calmants ; l’opération n'offre pas de grandes difficultés et Virgile, qui a conçu la chose d’une façon beaucoup plus dramatique, ne trouvait pas là grand chose à emprunter ; au ch. XI Patrocle rencontre Eurypylos, 809 sqq. BeBAnuévos... raté unodv oior@ Zxdlwv Èx moëuov : il semble, bien que la chose ne soit pas dite positivement, que ce soit là la blessure d'Énée, cf. 386 et 746 sq. quamquam tardata sagitta Interdum genua impediunt ; Patrocle ramène Eurypylos dans sa tente où un serviteur l’étend sur des peaux de bœufs; alors 844 sqq. èx qunpoù tdpve payalon OËd Pékos neotmeuxés, c'est l'opération qu'Enée demande qu'on lui fasse ; il n’y a d’héroïque que les mots lato, penitus ; am’ adtod Ô’ aux xehatvov Ni dôatt Ataoÿ — Fouit ea uolnus lympha.. Japyx 420 — mt Ôdë bilav Pake nuuxotv Xepoi GuaxotVas Gdvvrparov, À ot àmacac ’Esy’ O0vvae — subito que omnis de corpore fugit quippe dolor 421 sq. — ro pèv Ëuos évépoero, Trascato Ô aus... omnis stetit imo uolnere sanguis 422; — c'est là le passage que Virgile a imité directement en attribuant au dictamne merveilleux les effets qu'Homère attribue à un simple quelconque ; au ch. XVI, 508, Glaukos blessé d’une flèche au bras par Teukros et réduit à l'impuissance prie Apollon de le guérir; Apollon l'entend 528 sq. Aôtixz mad’ GdUvas, Gmù Ô EÂxeos dpyahéoto Atua méhay Téponve, ÉVOS 0 ot Ep6ake Ooub — atque nouae rediere in pristina uires 424 cf. Il., XV, 262 ; — indépendamment de ce trait, Virgile a pris là l’intervention divine; 530 sq. T'Aadxos Ô Eyvu fNotv ëvi yppeoi ynônsév re lOrtt où wx’ fxovse méyaus 0eds edEauévoto ; dans l’Enéide, c'est Japyx qui constate le miracle. Ici Virgile concentre dans un seul morceau des emprunts faits à des passages homériques différents et sans rapport entre eux. — (3) 386 Alternos longa nitentem cuspide gressus est imité directement d’Il., XIX, 47 sqq. To Ôè Oüw oxaGovre

Parnv ”’Apeoç Oeognovre Tudstônc te … nai ... ’Oôvacebc "Eyxet épstdouéve. P. 846. — (1) 399 sq. magno.. Concursu, locution fixée, I, 509 concursu.…. magno.— (2) 404 prensatque tenaci forcipe ferrum, G. IV, 175, en parlant

des Cyclopes uersantque tenaci forcipe ferrum, curieux exemple de la locution pittoresque fixée appliquée à des choses toutes différentes, 405 auctor Apollo se trouve déjà VIII, 336 appliqué différemment. — (3) 406 sq. saeuus campis magis ac magis horror crebrescit rappelle II, 307, armorumque ingruit horror. —— (4) 407 sq. iam puluere caelum Stare uident, Ennius avait dit stant puluere campi, ce qui est très différent d’I1., XXIII, 365 sq. noûwy 0’ bnéveole xovin ’lotar’ ästpouévn, bien que stant paraisse inspiré par totat’. — (5) 419 Ambrosiae sucos, Il., XIX, 342 Zeus envoie Athéné réconforter Achille ,qui, abîmé dans sa douleur, refuse de manger 352 à 9 ’AxtAñt Néxrao Evi ocndecot xai &u6pooinv Éparetviy Drdt”, va ph pv And dreonûs yosval” xouro ; il est possible, mais nullement sûr que Virgile ait songé à ce passage. — (6) 425 Arma citi properate uiro est de même facture que VIII 441 Arma acri facienda uiro.

P. 847. (1) 427 non arte magistra locution fixée également en fin de vers, VIII, 442 nunc arte magistra. — (2) 430 sqq. l’armement d'Énée rappelle l'armement de Turnus, XI, 486 sqq. et le parallélisme est souligé par suras incluserat auro, qui figure dans les deux passages. — (3) 435 sq. une idée analogue se trouve chez Soph. A1. 550 sq.; le prototype direct de Virgile est sans doute Accius cité par Macr. Sat., VI, 1, 58, virtute sis par, dispar fortunis patri. — (4) 440 est repris textuellement de III, 342 ; 1l est à remarquer que le passage du 1. III à été remanié par Virgile ; si le remaniement a eu lieu à l’époque de la rédaction de XII, c'est dans XII que le vers serait primitif. — (5) 441 haec ubi dicta dedit portis sese extulit ingens imite en accentuant l'effet, I2., VII, 1 Q eirwy rokéwy éfécouro patôtuoc "Extwp. — (6) 444 Turba fluit castris traduit l'expression homérique, Il, XI, 724, Ta Ô Enméppeoy Ébvex nelwv. — (7) 444 sq. tum caeco puluere campus Miscetur est en relation avec 407 sq. iam puluere caelum stare uident ; 450 atrum... agmen qui rappelle I/., IV, 274 végos... melwv, 282 sq. panayyes Kuaveat, XVI 66 xodveoy Towwvy vépos, 463, puluerulenta, 466 densa in caligine qui rappelle IX, 36, Quis globus... caligine uoluitur atra ; et XI, 876, sq. Voluitur ad muros caligine turbidus atra Puluis ; l’idée de noirceur et d’obscurité est ici une dominante qui rend les choses plus tragiques. — (8) 445 pulsuque pedum tremit excita tellus est analogue à VII, 722, pulsuque pedum conterrita tellus. — (°) 447 sq. gelidusque per ima cucurrit Ossa tremor, locution fixée, VI, 54 sq. gelidus Teucris per dura cucurrit Ossa tremor. — (10) 449 sonum est en relation avec 455 sonitum, la sortie en masse n’a pas seulement l’aspect, mais le bruit de l’ouragan. — (11) 451 sqq. la comparaison de l’armée en merche avec le noir ouragan qui vient de la mer a pour prototype I1., IV, 274 sqq.; cf. Lucr. VI, 555 sqq.

P. 848. (1) 462 Tollitur in caelum clamor est un hémistiche d’Ennius cité par Macr. Sat., VI, 1, 21. — (2) 463 fuga dant terga, locution fixée, Géorg., IV, 85, fuga.….. dare terga. — (3) 466 sq. solumdensa in caligine Turnum vestigat lustrans, c’est le dernier écho de la rencontre de Ménélas etde Pâris ; IL., III, 449 sq.,;quand Aphrodite a dérobé Pâris à Ménélas dans un nuage ’Atociône à äv” Opuov èpoira not Eouxwç, Et mov écaboroetev ’AXéEavôpov

OcostÔta ; 467 solum in certamina poscit est modelé sur XI 221 solum posci in certamina Turnum. — (4) 468 sqq. le motif est emprunté à Z/., V, 703 sqq. où Athéné va trouver Diomède qui, blessé lui-même après avoir blessé Aphrodite, s’est retiré à l’écart et soigne sa blessure ; elle lui fait honte de son inaction et l’engage à aller combattre Arès, 835 sqq. Q@ vauévn

Zôévehoy uèv do ‘rrwv woe yaute — media inter lora Metiscum excutit — Xetoi mahiv éo'ouo à ©’ Epuamiwç avopausev. ‘H à ëç dipooy Efarve — Ipsa subit — mao Atoprdex diovy ’Epuemauia éx ... Ad£eto dë mastiyx xat via manibusque undantis flectit habenas — ; l’imi-

tation est directe, mais l’acte d’Athéné qui repousse en arrière Sthénélos pour prendre sa place, à la suite de quoi celui-ci saute à terre est plus naturel et plus raisonnable que la brutalité de Iuturna précipitant du devant du char Metiscus, qui risque d’être blessé et écrasé ; 471 undantis.. habenas rappelle, V, 146, undantia lora. — (5) 473 domini... diuitis se trouve chez Catulle, LXI, 88. (6) 484 Alipedumque fugam cursu temptauit equorum, 450 Ille uolat, l’agilité d'Énée n’est pas d’accord avec 746 sq. quamquam tardata sagitta Interdum genua impediunt cursumque retardant, il y avait là une incohérence à faire disparaître. — (7) 486 Heu quid agat ? est une forme déjà attribuée IV, 283 aux incertitudes d’Énée ; uario nequiquam fluctuat aestu, fin de vers identique, IV, 532 magnoque irarum fluctuat aestu, 564 uarioque irarum fluctuat aestu. — (8) 488 forte gerebat, formule reprise mécaniquement de XI, 552. — (®) 491 sqq. Substitit Aeneas, même début d’hexamètre, XI, 95, dans des circonstances toutes différentes ; et se collegit in arma, même motif dans les mêmes termes, X, 412 seque in sua colligit arma ; il est imité d’ZZ., XIII, 405 sqq. où Idomeneus échappe au javelot de Deiphobos en se ramassant sur lui-même, xo:pÜn yao bn’ donidt navroc’ E‘on..…. Tn dro. Täs ÉtAn, To Ô Üréontarto yakxeov Éyyoc; le motif du panache enlevé est imité d’Ennius cité par Macr. Sat., VI, 1, 53 tamen induuolans secum abstulit hasta Insigne. — (10) 494 Tum uero adsurgunt irae, d’une façon analogue, X, 813 Énée ne se décide à user de violence envers Lausus que lorsqu'il se sent menacé et que la colère lui monte saeuae iamque altius irae Dardanio surgunt ductori. — (1) 499 irarumque omnis effundit habenas, Ennius cité par Serv., ad L., avait dit effundit irarum quadrigas, limitation est curieuse parce qu’elle montre Virgile corrigeant une méta.phore d'Ennius qu'il trouve trop violente et n’en conservant que ce qu'il juge compatible avec le bon goût.

P. 849. () 507 qua fata celerrima, traduction d’JZ., VIII, 83 sq. 60. pakiota.. naloioy cts. — (2) 509 sqq. Amycus, cru à tort noyé par Énée, I, 221, donné X, 704, comme le père du or Évanthès, a été tué dans le camp troyen par Turnus, IX, 771 sqq. ; c’est donc par inadvertance que Virgile le fait tuer ici par le même die Cretheus, qui est tué presque immédiatement après lui, IX, 774 sqq. est également tué une seconde fois par Turnus, XII, 538 sq. ; il est donné ici comme un Grec, ce qui concorde avec sa caractéristique comme citharède au 1. EX, ; il faut donc qu'il y ait eu à propos de ces deux guerriers quelque désordre dans les listes de noms propres dont se servait Virgile ; ces noms propres étaient des étiquettes qui restaient parfois pour lui de simples étiquettes et sous lesquelles d’autres fois il esquissait ou dessinait des personnages ; dans l'improvisation, il lui arrive d'employer une étiquette qui

a déjà servi; il eût sans doute réparé ces inadvertances à la révision finale. — (3) le motif des deux guerriers tués coup sur coup, l’un de près l’autre de loin, qui est emprunté à IL., XX, 462, a déjà servi XII, 341 sq. dans l’aristie précédente de Turnus. — (4) 512 rorantia sanguine portat, locution fixée, XI, 8, rorantis sanguine cristas. — (5) 514 sq. à propos d’Onitès, 1l y a une individualisation qui reste pour nous une énigme parce que nous ignorons la source à laquelle Virgile à puisé ; maestum fait allusion à un événement que nous ignorons et nous ne voyons pas pourquoi Virgile à mentionné sa mère Peridia. Il est assez singulier qu'il y ait un Thébain dans l’armée d’Enée ; de même Cretheus 538 est grec ;

il font sans doute partie du contingent Arcadien. — (6) Serv. 524... bellum semper incendio et fluminibus comparat ; sic in secundo (304) In segetem ueluti cum flamma... Incidit aut rapidus montano

flumine torrens ; le motif des foyers d'incendie qui se rejoignent a déjà servi, X, 405 sqq. ; 522 uirgulta sonantia lauro, hémistiche repris mécaniquement de VI, 704, où les circonstances sont toutes différentes. — (7) 529 : si l’on se rapporte à 526 Aeneas Turnusque, on voit que, grammaticalement, hic 529 ne peut désigner que Turnusetille 535 Énée; or, c’est le contraire ; d’où la conclusion que 529-547 ont été rédigés indépendamment de 505-528 ; 1l est possible que primitivement Virgile ait eu l’intention de ne consacrer que 305-528 à l’aristie en partie double d'Énée et de Turous et qu’ilse soit ensuite décidé à la développeren un second morceau.

P. 850. (1) 531 scopulo atque ingentis turbine saxi rappelle pour le motif et la facture, IX, 569 saxo atque ingentis fragmine montis. — (2) 539 Serv. ad l. sane sciendum cupencum Sabinorum lingua sacerdotem uocari, Serv.-Dan. sunt autem cupenci Herculis sacerdotes. — (3) 543 late terram consternere tergo, Lucr., V, 1332 grauiter terram consternere casu, imité d'17., VII) 156, HoÂÂde yap vie Éxeto maovopos Evôa xl Evôa — (4) 546 sqq. le mouvement est imité, mais avec beaucoup plus de pathétique, d’ZI., XX, 390 sqq. Evôade tou Gavaroc, yeven Ô€ voi or” ëmi ÀAluvn Tuyatn etc.; mortis metae traduit Oavaroro téAoç, Il., III, 309. — (5) 549 Mnestheus acerque Serestus se trouve déjà IX, 171, Euandrique Arcades alae, XI, 835. — (6) 552 Prose quisque uiri se trouve déjà V, 501 ; summa nituntur opum ui. — cf. IX, 532 summaque euertere opum ui — est d'Ennius, cité par Macr. Sat., VI, 1, 17, in quarto et in sexto decimo ; 553 Nec mora nec requies se trouve déjà V, 458. — (7) C'est ce que n'a pas compris Serv. 554 bona usus est oeconomia, ut diceret instinctu numinis profectum esse Aenean ad ciuitatis excidium ; nam incongruum fuerat, occupatum bello per se tale cepisse consilium. — {8) 561 Mnesthea Sergestumque uocat fortemque £erestum, formule reprise de IV, 288. — (®) 565 sq. il semble que la suite des idées serait plus satisfaisante si on lisait : Ne quis ob inceptum subitum mihi segnior ito Neu qua meis esto dictis mora, Juppiter hac stat ; il est possible que les deux vers aient été transposés par l’inadvertance d’un copiste et qu’ensuite, pour des raisons grammaticales, un correcteur ait changé Ne quis en Neu quis et Neu qua en Ne qua; Ennius in septimo cité par Macr. Sat., VI, 1, 19, Non semper uestra euertit ; Nunc Juppiter hac stat. — (10) 568 Ni frenum accipere et uicti parere fatentur est modelé sur VII, 433 Ni dare coniugium et dicto parere fatetur, qui est dans la bouche de Turnus.

P. 851. (1) 572 Hoc caput, o ciues, XI, 361, o Latio caput horum et causa malorum, XII, 600, crimenque caputque malorum. — (2) 587-592, la comparaison est empruntée à Apoll. Aygon., IT, 130 sqq. pastor rappelle unhofBoripes, Virgile a négligé les apiculteurs mentionnés aussi par Apollon., trepidae rerum... Discurrunt... murmure caeco. Intus saxa sonant, rappelle At Ô’ ro telwe mèv doAÂées @ ëvi siu6kw Bou6nddv xhovéovor ; mais la comparaison est chez Apollon. accommodée à d’autres circonstances et les abeilles s’enfuient ; chez Virgile, elle se termine par un vers pittoresque d'aspect Parnassien uacuas it fumus ad auras ; en écrivant cerea castra, Virgile a songé à Géorg. IV, 230, cerea regna ; même comparaison Lykophr., 293 sqq. — ($) 598 pugnae... in certamine locution fixée, XI, 780 ex omni certamine pugnae, variée X, 146, certamina belli. — (4) 603, Od., XI, 277 sq. Epikasté, nièce et femme d’'Œdipe, se pend ‘H 5’ fn eis ‘Aldao nuÂdptao xpatépoto, ‘Aÿapévn Boôxov airdv do’ bdnAoïo uehd0oov, Et nodum informis leti trabe nectit ab alta ; la concordance montre que c’est bien du passage de l'Odyssée que s’est inspiré Virgile, mais d’après Serv. ad l. informis leti traduit les idées romaines, cautum fuerat in pontificatibus libris, ut qui laqueo uitam finisset, insepultus abiceretur ; cf. Cassius Hemina et Varron cités par Serv.-Dan. ad l.; Apollon. Aygon., I, 1063 sqq. Kleitèse pend également. Serv. ad l. mentionneuneautre tradition d’après laquelle Amata se serait laissé mourir de faim ; on voit pourquoi ce n’est pas celle que Virgile à accueillie ; 1l lui fallait quelque chose d’instantané. — (5) 605 il est curieux que cette grâce doive quelque chose à Ennius ; Serv. ad l., antiqua lectio « floros » habuit... et est sermo Ennianus ; Serv.-Dan. cite Accius et Pacuvius. — (6) 607 plangoribus aedes, fin de vers reprise de II, 487. — (7) 611 Canitiem immundo perfusam puluere turpans est imité de Catulle, LXIV, 224 Canitiem terra atque infuso puluere foedans ; même motif, X, 844 Canitiem multo deformat puluere ; il est courant et homérique, Od., XXIV, 316 sq. ’Anpotéonor Oè yepoiv Ekwv xôvty aia\Gecoav Xedato xax xepañc; pour l’épithète, Virgile s’est rappelé Géorg. I, 87, cinerem immundum.

P. 852. (1) 614 extremo... in aequore, préparé par 480 uolat auia longe, traduit, Il., XI, 524 ’Esyartÿ moAëpoto Ouvonyéos ; déjà XII, 337-340; il à imité Il., XI, 532-537. La situation de Turnus est analogue à celle d’Hector, IZ., XI, 521 sqq. qui combat sur un point du champ de bataille, tandis que sur un autre Ajax presse les Troyens ; Kébrionès accourt avertir Hector, comme Sacès avertit Turnus de venir au secours des siens, mais ce n'est là qu’un cadre extérieur ; tout ce qu'il y a de tragique dans la situation de Turnus et dans sa résolution désespérée appartient en propre à Virgile ; l’imitation de détail 614 paraît être une invite au lecteur de comparer les deux passages. — (2) 616 successu... equorum est un rappel de 477 sqq. Iuturna... rapido... uolans obit omnia curru lamque hic germanum, iamque hic ostendit.. ouantem. — (3) 627 sunt alii qui . tecta manu defendere possint, imitation de détail d’IZ. XIII, 312. Nnvoi pèv v méosnoiv duvvety eloi xai &Adot.° — (4) Serv. 630 nec pauciores interimis, nec minor te quam Aenean comitabitur gloria. — (5) 631 Turnus ad haec, vers inachevé, de la catégorie de ceux qui introduisent un discours. — (6) 632 sqq. et dudum agnoui... Et nunc nequiquam fallis dea est imité d’IZ., V, 815, où Diomède dit à Athéné qui

vient prendre la direction de son char pour le mener combattre Arès Tiyvooxw 0e, 0e, O5yareo AtdG aiytoyxoto ; mais la situation est bien différente ; c’est de la part de Diomède une simple constatation faite sur le moment; Turnus ne parle que plus tard, en exprimant la tristesse de voir que les efforts de sa sœur pour le sauver sont vains et qu'il mourra sous ses yeux ; cette tristesse émouvante appartient à Virgile. — (7) 633 teque haec in bella dedisti rappelle intentionnellement 227 in medias dat sese acies.

P. 853. (1) 638 Vidi oculos ante ipse meos... dans les combats précédents, bien qu’empêchés par luturna de se rencontrer, Énée et Turnus se rapprochent par instants ; si Énée voit Turnus 483 quotiens oculos coniecit in hostem..., Turnus a pu voir Énée massacrant Murranus, à qui Iuturna l’a empêché de porter secours. — (2) 640 ingentem atque ingenti uolnere uictum est repris de X, 842, où il est appliqué à Lausus. — (3) 643 sqq, ainsi Didon, en envisageant les choses, se convainc, IV, 543 sqq. quela mort est pour elle l'issue inévitable. — (4) 653 miserere tuorum se trouve déjà XI, 365 dans la bouche de Drancès, avec ironie. — (5) 654 sqq. le motif des mauvaises nouvelles qui rappellent Turnus au secours des siens à déjà servi XI, 896 sqq. — (6) 654 Fulminat Aeneas armis, la même image Géorg. IV, 560 sq. Caesar dum magnus ad altum Ful- “minat Euphraten bello,, En., VI, 842, duo fulmina belli, IX, 812 Fulmineus Mnestheus. — (7) 654 sq. Serv. ad I. rapproche avec raison 569 et aequa solo fumantia culmina ponam, le rappel par Virgile est intentionnel. — (8) 659 sq. Serv.-Dan. ad . dextra... sua ut laquei absconderet dedecus ; 660 lucemque exterrita fugit, fin de vers reprise mécaniquement de Géoyg. III, 417, caelumque exterrita fugit; le rapprochement est curieux pour l'étude des procédés de l’art de Virgile, puisque dans les Géorg. il s’agit d’une vipère et que le sens est tout différent. — (?) 663 strictisque seges mucronibus horret, l’image a déjà servi VII, 526 Horrescit strictis seges ensibus. — (10) 666-667 se trouvent déjà X, 871-872, 668 conscia uirtus, V, 455.

P. 854. (1) 672 sqq. l'incendie d’une tour à déjà figuré, IX, 530 sq. ; pontis.. altos 675 — pontibus altis, IX, 530 montre que Virgile s’est référé au passage. — (2) 677 Quo deus et quo dura uocat Fortuna sequamur, Nautès avait dit à Énée, V, 709 Nate dea, quo fata trahunt retrahuntque, sequamur, c’est le même motif de la résignation à l’inévitable. — (3) 684 sqq.. ZZ., XIII, 135 sqq. les Troyens se précipitent contre l'ennemi, ayant à leur tête Hector ’Avruxpds uenaws, 8h00TEOY 06 Oç nd nrétopns ‘OV TE AATA OTEPAVNG TOTAMÔS YELLAPPOOG on Prbacs äométw Üu6py — seu turbidus imber Proluit — dvartdéos — improbus — Éyuara nétonc: “Yu © avalowoxwv — Exsultatque solo — méretar, Axruméer Oà xar” aûtoù ‘YAn: 0 0 dopaltuwe Oéer Emnedov, Éws Üxnrar Iodnedov: tôte dort xuALydeTL écoumevos weo. La comparaison est mieux adaptée dans l’Iliade où elle est appliquée à Hector qui s’élance à la tête des Troyens et continue sa course jusqu’à ce qu'il soit arrêté par les phalanges pressées des Achéens; Virgile n'a cherché dans la comparaison que le moyen de rendre l'impétuosité de Turnus. — (4) 691 Sanguine terra madet traduit Il., IV, 451, pée d aipatt yaia. — (5) 692 sq. Significatque manu et magno simul incipit ore : « Parcite am Rutuli et uos tela inhibete Latini», Virgile revient ici à l'imi-

tation du ch. III de l’Jliade qu'il a largement utilisé au début du XIIe 1. : au moment où Hector va communiquer la proposition de Pâris

Aûtäo à paxody Gioev aval dvÜ2iv "AYauEvwv * « "lo xes0" ’Aoyetot* pà PANReTe,. #odoo1 Ayat@v: ». — (6) 698 et summas deserit arces est en relation avec 655 Deiecturum arces Italum. — (7) 700 horrendumque intonat

armis, l’assimilation du bruit de l’armure du guerrier en mouvement avec celui du tonnerre est un motif qui a figuré déjà, XII, 332 Mauors clipeo intonat ; Virgile avait dit de Turnus, IX, 731 sq. arma Hor-rendum sonuere, qui établit un parallélisme entre lui et Enée, mais avec quelque chose de moins. Dans cette première reprise, Virgile ne fait pas ressortir seulement la violence du choc, mais aussi le fracas ; c'est une dominante : 702 cum fremit ilicibus, 712 aere sonoro, 713 Dat gemitum tellus, 722 gemitu nemus omne remugit, 724 ingens fragor aethera complet. — (8) 7or sqq. 17. XIII 754 en parlant d’Hector qui va. attaquer les navires bomôn ôoet vipdevre ox ; Virgile a développé la comparaison, agrandi l'effet, introduit le bruit, qui pour lui joue un rôle considérable dans le morceau, ajouté l’Apennin, ce qui italianise la comparaison et lui donne l’aspect de quelque chose de vu personnellement. — (%) 705 sq. quique alta tenebant Moenia, fin de vers. analogue à celle de VIII, 653 Capitolia celsa tenebat, — (10) 709 et cernere ferro Serv. ad l. uera et antiqua haec est lectio : nam Ennium secutus est qui ait Olli cernebant magnis de rebus agentes.

P. 855. (1) 717 pauidi cessere magistri, même fin de vers dans un tout autre contexte et avec un autre sens, Géorg. III 549 cessere magistri ; 718 metu mutum, IX, 341, mutumque metu. — (2) 715-722 Virgile s'est emprunté à lui-même, en en faisant une comparaison et en variant l’'expression, le combat des taureaux de Géorg. III, 219-223 ; il a atténué le motif érotique, bien qu'il s'agisse d’une rivalité d'amour ; à Pascitur in magna Sila formosa iuuenca il a substitué quis nemori imperitet, quem tota armenta sequantur, qui donne à la rencontre un objet plus large, plus noble ; in magna Sila est devenu ingenti Sila pour agrandir les choses. Ce passage des Géorg. lui avait déjà servi XII, 103 sqq., où il s’agit de- Turnus se préparant au combat, 104-106 — Géorg., III, 232-234 ; 720: IIli inter sese multa ui uolnera miscent est modelé sur Géoyg. III, 220, Il alternantes multa ui proelia miscent, qui se reflète déjà dans Géorg., IV, 174 Illi inter sese multa ui bracchia tollunt, appliqué aux Cyclopes et reproduit, VIII, 452, lequel a également influencé XII, 720. — (3) 723. Tros Aeneas et Daunius heros est en relation avec 708. — (4) Le prototype du combat singulier entre Énée et Turnus est le combat singulier entre Achille et Hector ZZ., XXII, 131 sqq. que Virgile a largement imitémais avec des modifications, des retranchements et des additions. Lepremier choc par lequel 1l a donné à la rencontre un caractère de puissanceimpressionnant n'existe pas dans l’//iade ; en apercevant Achille, Hector est pris de peur et s’enfuit ; il est poursuivi par Achille et les deux adversaires font trois fois le tour de la ville ; c’est là que Virgile a pris l'idée de la fuite et de la poursuite, mais il à modifié le motif pour sauver l'honneur de Turnus qui ne s'enfuit qu'après avoir attaqué Énée furieusement et. parce qu'à la suite d’un accident il se voit désarmé. Pendant la poursuite, Zeus à pitié d'Hector et consulte les dieux pour savoir s’il ne serait pas. possible de le sauver ; Athéné s’y oppose parce que le destin a décidé depuis.

longtemps la mort d'Hector ; Zeus se rend à cette raison et laisse Athéné Libre d'agir à sa guise. Rien de pareil dans l’Enéide. La fuite et la poursuite ont lieu et se terminent différemment dans l’I/iade et dans l’Enéide. Dans l’Z/ade, Apollon donne à Hector la force nécessaire pour échapper ; au 4° tour Zeus prend ses balances d’or et constate, XXII, 209, que c’est la xnp favaroro d’Hector, qui fait pencher le plateau, ce qui est le signe de la mort ; Apollon abandonne Hector. Dans l’Enéide, la pesée a lieu avant la fuite et ne produit rien. Dans l’Jliade, Athéné engage Achille à s'arrêter et à prendre haleine, tandis que, sous la forme de Déiphobe, elle conseille: à Hector de tenir tête à Achille; Hector qui compte sur le secours de Déiphobe se laisse persuader. C’est par suite d’autres circonstances que Turnus et Enée s’affrontent pour le combat décisif: Iuturna rend à Turnus son épée et Vénus aide Énée à rentrer en possession de sa lance. La rencontre finale diffère dans l’Jliade et dans l’Enéide ; dans l’Jliade, les deux adversaires une fois face à face, le combat suit son cours ordinaire : Achille envoie sa lance qu’'Hector évite en se baïissant, mais Athéné la lui rend sans qu'Hector s’en aperçoive — motif utilisé précédemment et sous une autre forme par Virgile — ; Hector à son tour envoie sa lance, qui est repoussée par le bouclier ; 11 appelle alors à son secours Déiphobe et ne l’apercevant plus il se rend compte qu'il a été trompé par les dieux ; il met l’épée à la main, mais la lance d'Achille l’atteint au défaut de l’armure au pharynx et il tombe dans la poussière. Dans l’Enéide, Énée brandit sa lance contre Turnus ; celui-ci essaie de le prévenir en lui lançant un quartier de roc, mais le bloc retombe avant d’avoir atteint son but ; il se sent perdu ; la lance d’Énée lui perce la cuisse et il tombe. Dansl’J/iade, Achille rappelle à Hector qu'il vient venger Patrocle ; Hector lui demande de rendre contre rançon son corps aux siens ; Achille refuse, Hector lui fait entrevoir sa mort prochaine à lui aussi; quand il a expiré, Achille répond qu'il mourra quand il plaira à Zeus. Le motif a déjà été utilisé par Virgile à propos de Mézence, X, 7390 sqq. ; il ne pouvait donc figurer ici. Turnus à terre adresse à Énée une prière analogue à celle d'Hector, mais qui parle de lui laisser la vie. Énée est sur le point de se laisser fléchir, mais la vue du baudrier de Pallas ranime sa colère et il plonge son épée dans la poitrine de Turnus. — (5) 725 sqq., dans l’Zliade, la pesée des pes Üavaroto a lieu deux fois, VIII, 69 sqq. pour savoir qui sera vainqueur des Troyens et des Achéens, XXII, 208 sqq. pour savoir si le moment de la mort d’Hector est arrivée ; dans les deux cas elle sert à apprendre à Zeus une chose qu’il ignore et elle est immédiatement suivie d’un résultat. Dans. l’Enéide, la pesée n’a pas de résultat ; c’est à ce moment que Turnus porte à Énée un coup malheureux et qui est d’un funeste présage ; mais iln’y à là qu’une coïncidence, attendu que Turnus ne sait pas que c’est juste à ce moment que la pesée vient d’avoir lieu; en outre, Jupiter sait parfaitement que le dernier jour de Turnus est arrivé, comme le fait judicieusement observer Macrobe Saf., V, 13, 39 sq. qui ajoute sed haec et talia ignoscenda, qui studii circa Homerum nimietate excedit modum ; il n’y a donc là chez Virgile qu’une imitation homérique de pure forme et pour l’ornement ; il se tait du reste sur la façon dont la pesée se termine, peut-être pour soutenir l'intérêt et laisser la chose indécise jusqu’au bout ; 727 Quem damnet labor et quo uergat pondereletum est ditavecuneconcision qui à embarrassé les commentateurs ; labor est pris dans le sensqu'il

a X, 111 sq. sua cuique exorsa laborem Fortunamque ferent où par suite de l'opposition avec fortunam il signifie nettement l’insuccès ; d’où quem damnet labor — quel est celui que l’insuccès condamne, quel est le vaincu ; quo uergat pondere letum redit la même chose sous une autre forme ; les fata ont un poids et ce sont des xïpeçs Ozxvatouo ; d’où la nécessité d'introduire le mot letum, soit : par l'effet de quel poids le letum descend sur la balance. — (6) 728 corpore toto, de même, IX, 410 et X, 127 toto conixus corpore ; 729 Alte sublatum consurgit... in ensem, c’est l’attitude normale pour porter un coup violent, IX, 749 sublatum alte consurgit in ensem, Virgile, selon son habitude, répète le même motif dans les mêmes termes ; cf. XI, 283 sq. quantus In clipeum adsurgat, le guerrier se dresse en levant son bouclier pour heurter celui de l’adversaire. — (7) 730 trepidique Latini, les Latins sont troublés, parce qu'ils voient qu'il s’agit d’un coup de partie ; naturellement 1l ne s’agit pas de peur; 737 Dum trepidat est appliqué à Turnus pour caractériser son trouble à un moment où Virgile dit de lui 325 subita spe feruidus ardet. — (8) 731 sq. at perfidus ensis Frangitur, comme on l’a remarqué avec justesse, il y a là une inadvertance de Virgile, c’est au premier contact avec l’armure d’'Énée que l’épée de Turnus devrait se briser ; or nous lisons 713 sq. tum crebros ensibus ictus Congeminant ; Z1., III, 361 sqq., dans la rencontre entre Ménélas et Pâris, l'épée de Ménélas se brise sur le casque de Pâris ; Virgile revient donc ici, avec des modifications, à l’imitation du passage qui lui a largement servi au début du XIIe 1. — (9) 733 fugit ocior Euro, formule banale, VIII 223 fugit ilicet ocior Euro.— (10) 734 capulum ignotum est en relation avec 759 notum... ensem. — (11) 735 Fama est, ce n’est pas un fait historique, mais une invention poétique, sans doute de Virgile lui-même : prima in proelia, locution fixée qui se trouve déjà, à la même place du vers, 103. — (12) Serv.-Dan. 736 fait observer avec justesse que 88 c'est bien sa propre épée qu'a prise Turnus ; comme Énée il est venu tout armé au lieu de l’accord ; mais pendant la conclusion du tre1ité il a déposé ses armes, ainsi qu'Énée, puisque 311 Énée est désarmé et que 326 Turnus s’arme de nouveau et se trompe d'épée ; tout cela est parfaitement clair, bien que Virgile ne l’expose point ex professo. — (15) 744 Vndique enim Teucri densa inclusere corona, il a traversé leurs rangs pour gagner le lieu du combat.— (4) 745 hinc ardua moenia cingunt, on ne voit pas pourquoi Turnus ne se réfugie pas dans la ville ; ZZ., XXII, 194 sqq. avec un souci plus grand de la vraisemblance des réalités, 11 est expliqué qu’Achille se met entre la ville et Hector, pour empêcher celui-ci d’en approcher et d’y trouver du secours.

P. 856. (1) 749-757 l’idée première de la comparaison entre le guerrier poursuivant un adversaire et le chien de chasse estempruntée à IL., XXII, 188 sqq. où Achille poursuivant Hector est comparé au chien qui ayant fait lever un faon déjoue les tentatives de celui-ci pour le dépister ; mais Virgile a corsé la chose par un emprunt à la chasse des Harpyies par les Boréades Apollon. Aygon., II, 278 sq. où les chiens turboy O vivauvomevot metôntofev ”Axpne Ëv yevieooct métnv dpdGnoav GÛovras, qui a donné 754 iamiamque tenet similisque tenenti Increpuit malis morsuque elusus inani est ; en outre, Virgile à italianisé lachoseenfaisant intervenir un chien d'Ombrie, 753 uiuidus Umber et fait de la scène une chasse romaine en introduisant la corde avec les plumes rouges flottant

au vent qui servent d’épouvantail et empêchent la bête de passer ; on est étonné de l’exagération du fracas quiaccompagne les tentatives manquées du chien pour saisir la proie et qui n’est pas dans les modèles utilisés par Virgile ; Virgile a entendu continuer ici les effets sonores puissants, que j'ai signalés à propos de 697-724 ; 750 aut puniceae saeptum formidine pinnae est modelé sur Géorg., III, 372 puniceaeue agitant... formidine pinnae ; 757 caelum tonat omne tumultu sur En., IX, 541, caelum tonat omne fragore. Virgile n’a rien emprunté à II, X, 360 sqq., où figure déjà la même comparaison. — (2) 764 sq. neque enim leuia aut ludicra petuntur Praemia, sed Turni de uita et sanguine certant est traduit d’I., XXII, 159 sqq. ème oùx tepriov oùdè BPoeinv ’Aovioüny, a re moooiy éBAua yiyverar dvdowv, *AXAQ mepi Vuyñs Oéov “Extosos irroûdpoto, avec cette caractéristique qu’au lieu de la spécialisation teottov o00è Posiny Virgile à employé des termes généraux qui sont vagues et

nobles. — (3) 766 foliis oleaster amaris est repris mécaniquement de Géorg. , II, 314. — (4) Virgile fait figurer sous les murs de Laurente 248 Pitoreas.aues, cf. 262 Litora uestra. — (5) 774 sq. il y a un motif

analogue, Il., XXI, 174 sq. dans le combat d’Achille avec Asteropaios, 0 0 apa eAinv ’AyrAñoc Où Oôvar’ Ex xpnpvyoio éotocar yetpt rayein. — (6) 775 telo... sequi, locution fixée, IX, 559 teloque secutus, XI, 674, sequiturque... hasta, XII, 354 iaculo... secutus. — (7) 777 la demande de service à un dieu en récompense de la piété qu’on lui a témoignée est perpétuelle, mais ici il semble que Virgile se soit inspiré d’I., XXII, 169 sqq. où Zeus justifie l'intérêt qu’il porte à Hector en disant ëuov d GAopipetar Yrop ‘Euntopoc, dc por moAÂG Boy ni umol Exnev ”Idns ëv xopuphor rountoyou, QAAOTE d'adre ’Ev moher dxpotatn — (8) Serv. 784 xatA To stwmwmevoy intellegimus Iuturnam in numen reuersam, postquam Turnus currum relinquit; ce sont de ces. choses dont Virgile évite d’encombrer son récit. — (?%) 790 certamina Martis anheli, c’est la seule fois que Virgile applique au combat l’épithète d’anhelus ; elle lui a été sans doute suggérée par Il., XXII, 222 où Athéné engage Achille à reprendre haleine ANS ob mèv vov ot uaè aurvve.

P. 858. (1) 701 omnipotentis Olympi, fin de vers reprise de X, 1. — (2) 792 fulua pugnas de nube tuentem, IX, 639 sqq. Apollo... acies urbemque uidebat Nube sedens ; il y a une contradiction entre XII, 792 et ce que dit Junon 151, Non pugnam aspicere hanc... possum ; elle paraît résulter de la composition fragmentaire de l’Enéide ; les commentateurs, qui ne tiennent pas compte de ce mode de rédaction et qui prétendent sauver l'honneur de l'écrivain qu’ils commentent, alors même qu'il n'est pas compromis, diront que Junon, malgré sa répugnance à assister au dénouement fatal, n’a pas pu se décider à quitter le champ de bataille ; c'est un mouvement psychologique que Virgile aurait traité xarà T0 ctwmwmevoy. — (3) 793 quid denique restat, fin de vers identique, II, 70, quid iam misero mihi denique restat ? — (4) 794 scis ipsa et scire fateris, la situation n’est plus la même qu’au Ier 1. où Junon avait seulement entendu parler des hautes destinées des Troyens et Jupiter s’autorise habilement de ce qu’elle a dit, VII, 312 sq. — (5) La divinisation d’Énée est un point fixe sur lequel Virgile n’a pas varié ; 794 sq. Indigetem Aenean.. Deberi caelo fatisque ad sidera tolli se réfère avec un rappel d’expression à I, 259 sq. sublimemque feres ad sidera caeli Magnanimum

CARTAULT. 56

Aëenean. Seulement, au Ier 1., il n’est pas question qu’Énée devienne un des di indigetes, c’est-à-dire un des dieux primitifs de la nation par opposition aux dieux empruntés plus tard aux étrangers di nouensiles. On peut donc croire que c'est là une idée qui n’est venue à Virgile que pendant la rédaction de la seconde moitié de son poème, c’est-à-dire lorsqu'il avait pris le parti d’italianiser beaucoup ; Énée ne figure pas sur la liste des dieux indigètes, telle qu’on l’a reconstituée d’après les documents ; 1l est donc probable que nous sommes là en présence d’une invention de Virgile. — — (6) 796 quid struis aut qua spe gelidis in nubibus haeres ? hémistiche reproduit de IV, 235, quid struit aut qua spe inimica in gente moratur ? cf. IV, 271. — (7) 797 uiolari uolnere diuom, locution fixée, XI, 277 Veneris uiolaui uolnere dextram. — (8) 799 uim crescere uictis, fin de vers analogue à II, 452 uimque addere uictis. — (%) 807, nous avons déjà lu X, 611 Cui Juno submissa ; par l'identité des termes Virgile signale l’analogie des deux scènes. — (10) 812 inimica in proelia, locution fixée, qui se trouve déjà 716. — (1) 815 Non ut tela tamen, non ut contenderet arcum n’éclaircit pas le mystère que Virgile fait planer sur l’auteur de la blessure d’'Énée, 321 casusne deusne, mais en tout cas, si luturna y est pour quelque chose, elle à dépassé ses instructions.

P. 859. (1) 820 pro maiestate tuorum, les rois latins descendent de Saturne ; ils sont donc de sa famille. — (2) 825 Aut uocem mutare uiros, Virgile signale ici la réalité historique en vertu de laquelle les Troyens et les Latins parlent deux langues différentes, sans se préoccuper de la convention épique, à laquelle il est resté fidèle dans l’Enéide, et en vertu de laquelle ils parlent la même langue ; uertere uestem, il est fréquemment question dans l’Énéide du costume phrygien ; c’est sous ce costume que Virgile nous représente les Troyens ; ce costume asiatique faisait horreur aux Romains — gentem... togatam, I, 282 — et la mention répétée qu'en fait Virgile est une préparation à la demande de Junon, qui est exaucée. — (3) 825 sq. Virgile a varié sur l’origine des rois d’Albe : I, 267 sqq. ils descendent d’Ascagne, fils d’Énée et de Créuse, etsont par conséquent de pure race troyenne ; VI, 760 sqq. ils descendent de Silvius, fils d'Énée et de Lavinia, et sont par conséquent de race mi-partie troyenne, m1i-partie italienne ; 1l se peut que le désir de les rattacher à la race italienne soit pour quelque chose dans cette variation de Virgile. — (4) Virgile ne fait qu’'exprimer ici une idée courante au siècle d’Auguste. Siles Romains acceptaient la fiction qui faisait des Troyens leurs ancêtres, dans la pratique ils étaient jaloux de conserver leur nationalité qui avait failli être entamée sous la ruée de l'Orient groupé derrière Antoine et qu'Octavien avait défendue à Actium ; ilsse montrèrent nettement opposés à toute tentative pour faire renaître Troie de ses cendres. — (5) 829 OUi subridens hominum rerumque repertor est modelé sur I, 254 olli subridens hominum sator atque deorum ; si l’on rapproche en outre 801 sq. et mihi curae Saepe tuo dulci tristes ex ore recursent de I 261 fabor enim, quando haec te cura remordet, on ne doutera point que Virgile n’ait mis intentionnellement les deux passages. Il accueille également avec un sourire dans lequel il y a une bonhomie un peu ironique la requête de sa femme et celle de sa fille ; il calme les inquiétudes de l’une et de l’autre ; en traitant Junon comme il avait traité Vénus, 1l montre qu'il est réconcilié avec elle et qu'il a pour elle une sincère affection. — (6) 831 Irarum tantos uoluis sub

pectore fluctus est modelé sur Lucr. III, 209 Nec capere irarum fluctus in pectore possunt. — (7) 833 et me uictusque uolensque remitto, dans la pensée de Virgile ce vers fait contre-partie à VII, 310 où Junon dit avec rage : Vincor ab Aenea ; il n’est plus question d’Énée et, loin que Junon soit vaincue, c’est Jupiter qui affecte de l’être ; en reléguant dans l’ombre Énée, qui n’est qu'un instrument, et en prenant tout sur lui, il fait disparaître toute cause d’ humiliation pour Junon; ceci est très adroit et fait pour amadouer l’orgueilleuse et susceptible déesse. — (8) 836 morem ritusque sacrorum Adiciam ne fait que reprendre en plaçant la chose sous l’autorité de Jupiter la déclaration d'Énée, XII, 192 Sacra deosque dabo, laquelle reproduit l'annonce du début de l’Enéide, I, 6, Inferretque deos Latio ; c’est là un point fondamental, sur lequel Virgile n'a pas varié. — (%) 840 Nec gens ulla tuos aeque celebrabit honores donne satisfaction aux craintes exprimées par Junon, I, 48, et quisquam numen [unonis adorat Praeterea aut aris supplex imponet honorem ! — (10) 834 Sermonem Ausonii patrium moresque tenebunt est en contradiction avec I, 264 où Jupiter dit d'Énée moresque uiris et moenia ponet; dans cette première façon d’envisager les choses, qui concorde avec l’annonce I, 5, genus unde Latinum, Énée vainqueur des Italiens devait fonder une ville, qui serait la capitale du royaume comprenant les peuples soumis ; 1l civiliserait ces peuples qui, mélangés aux Troyens, deviendraient les Latins ; dans la conclusion de l’Enéide, les Latins préexistent à l’arrivée des Troyens, jouissent d’une civilisation qu’ils conservent et accueillent dans leur sein les Troyens, en adoptant le culte des Pénates et de Vesta ; il y a donc eu dans la pensée de Virgile une évolution notable. Il ne servirait de rien de dire que l’Enéide se termine par un com- promis et des concessions accordées à Junon et que Jupiter au Ier 1. ne pouvait prévoir ce compromis ; c’est en son nom en effet que Virgile donne, I, 5 sq., la formation de la race latine comme une conséquence de l'établissement des Troyens en Italie. Il avait donc là-dessus au début de son poème des idées très différentes de celles par lesquelles il l’a terminé.

P. 861. (1) 845-852, pour leur donner un nom il n’a fait que substantiver l'épithète usuelle des Furies, VII, 325 dirarum... dearum, 454 dirarum.…. sororum ; la Dira employée ici est sata Nocte 860, comme Allectô uirgo sata Nocte, VII, 331. Les Dirae ne sont que des succédanées des Furies, dont elles ne différent guère ; III, 252 les Harpyies avaient été identifiées avec les Furies. — (2) 862 sqq. Alitis... paruae..., Quae... culminibus desertis Nocte sedens serum canit importuna per umbras, il est difficile de dire si Virgile pense ici à la chouette, Gécrg.I, 402 sq. de Culmine summo Nequiquam seros exercet noctua cantus ou au hibou, En., IV, 462, Solaque culminibus ferali carmine bubo saepe queri. — (3) 865 sq.ilse peut que Virgile ait eu comme prototype l'aventure de M. Valerius et du corbeau, T.-L., VII, 26, Quint. Inst., Il, 4, 18. — (4) 868 est une formule qui a déjà servi, III, 48 et IV, 280. — (5) 871 est également une formule, qui a déjà servi, IV, 673. — (6) 873 Aut quid iam durae superat mihi ? Elle s'appelle dura, parce qu’elle n’est plus pour son frère d'aucun secours et qu'elle fait par conséquent figure d’insensible, cf. IV, 681, sic te ut posita crudelis abessem. — (7) 875 ne me terrete timentem, d’une façon analogue, 761, terretque trementis. — (8) 888 saeuo, 890 saeuls, 945

saeui, c’est dans le passage une dominante. — (?) 890 certandum est comminus armis, fin de vers reprise de VII, 553 pugnandum est comminus armis.

P. 862. (1) 895, IL., XXII, 297, quand Hector, qui n’a pas réussi à blesser Achille de sa lance, s'aperçoit que Déiphobe n'est plus là pour lui en fournir une autre, il en conclut que les dieux veulent sa mort ‘Q mérot, à mAhx Ôn que Üeot Oavarovde xadhsooav ; mais le motif de l'hostilité des dieux plane sur Turnus d’une façon singulièrement plus tragique. — (2) 896 sqq. Virgile a donné à Turnus une épée merveilleuse, mais il ne lui à point fourni l'occasion de l’employer. Le jet de la pierre est emprunté à l’Ihade : dans le combat entre Achille et Énée, lorsqu’Achille s’élance sur Énée l'épée à la main, Énée se défend comme le fait ici Turnus, etilest curieux de voir que Virgile dirige justement contre lui le coup qu’il pratique dans l’IZ., XX, 285 sqq.

ü Où xEpuAdLov Adfe yetot — manu... torquebat — Aïvelas, uéya Éoyov — saxum... ingens enchérit ; 0 où So y Gvô0e pépotev, Ofor ‘ vov Booroi eis’ — uix illud.. bis sex ceruice subirent qualia nunc

hominum producit Corpora tellus enchérit considérablement — 0 pv péx maAke xai oîoç; ici le combat est interrompu par l'intervention de Poseidôn qui transporte Énée sur les derrières du champ de bataille. Quand Arès à frappé d’un coup de sa lance l’égide d’Athéné, dans le combat qu’il livre à la déesse, 1Z., XXI, 403 sqq. ‘H à’ àvayaogauivn Aov ethero yetoi nayein Ketevoy èv nedlw = campo quod forte iacebat, péAava, Tonxov ve pméyav ve, Tôov p” ävôpes modtepor Bécay Éuuevar odoov do0%0onç, — Limes agro positus, litem ut discerneret aruis ; TŒ GBahs Godpov ”’Apna xat’ abyéva, Aôse Ôd yvia. Au momentoù Énée veut empêcher Diomède de s'emparer du corps de Pandaros et s’élance sur lui, V, 297 oùdv domxiôt dovot ve maxp®, celui-ci l’arrête du jet d’une pierre décrit 302 sqq dans les mêmes termes que XX 285 sqq. et le blesse à la jambe. Hector voulant enfoncer la porte du camp des Achéens se sert d’une énorme pierre, XII, 445 sqq. "Extowp 0’ dondEac Atav ypipev, 06 pa rohawy ‘Eotrxet modo, TOUHVÔG, TAYU6, abtèo Uneofev -’OËdS Env’ tTôov ©” où xe 09” dvipe Ônuou dpistw —="lecti ‘Patôtws En’ duarav dm obdeos ÜyAlooeuav Ofor vov Poorot eia: 0 d pivy péa make xai oîos, Tov ot EAapoov Ënxe Kpôvou mais àyxvhomrteo — ceci a peut-être inspiré à Virgile l’idée contraire. — Ainsi dans limitation du ch. XXII de l’Iliade, qui est dans la circonstance son modèle principal, Virgile a introduit un motif emprunté à d’autres parties de l’Z/1ade ; il a sûrement: rapproché XX, 285 sqq., XXI, 403 sqq. et XII, 445 sqq., puisqu'il a pris des détails dans chacun de ces passages. La lance d’Énée est ingens, le bloc de pierre est ingens ; Virgile fait intervenir dans la lutte finale des deux principaux guerriers de son poème, le colossal, dont l’emploi est un de ses moyens favoris pour élever les choses au-dessus de la réalité plate. — (3) 908 sqq. le motif du cauchemar est emprunté au ch. XXII de l’ZZ., où il est suggéré par la poursuite infructueuse d’Achille et la fuite également sans résultat d’'Hector, 199 sqq. ‘Os Ô ëv Oôvelow où Ôûvarau pelyovra Owxerv* Or” Go” 6 Tov Guvatar Dbnopesbyerv oÙ0” Oo diwxetv "QS © Toy où dévaro maobar mooiv, 000 6ç dAdEar; mais l'effet est tout différent; dans l’Jliade, c'est simplement une image de la vanité des efforts des deuxadver-

saires pour prendre l’avantage l’un sur l’autre ; dans l’Enéide, c’est une traduction de la torpeur dans laquelle la Dira à plongé Turnus, torpeur que ne ressent pas son rival et qui par suite le livre à lui sans défense. — (4) 914 sqq. Hector a également une sensation d’abandon et de détresse, quand il s'aperçoit que les dieux se sont joués de lui, XXII, 300 sq., Nûv 0 On ëyy00t por OÜavaros xaxds, oùdé 7’ äaveuev, O0’ &\ën. Mais il est en possession de toutes ses forces physiques et il espère se tirer d'affaire par un beau coup d’épée ; Turnus envahi par un engourdissement surnaturel ne peut plus agir. — (5) 920 Sortitus fortunam oculis, de même 1/., XXII, 321 Achille choisit l'endroit où il va frapper Hector ; il lui perce le cou de sa lance, mais sans atteindre l'organe de la parole, ce qui est nécessaire, puisque Hector va prononcer une prière suprême ; Virgile évite l’invraisemblance en faisant toucher Énée à la cuisse.

P. 863. (1) IZ., XXII, 340 sq. Virgile a supprimé l'offre de la rançon, ce qui est caractéristique de la psychologie de ses personnages ; Énée a l’âme trop noble et trop désintéressée pour se laisser guider par l’appât de l’or. — (2) 932 sq. Virgile fait intervenir ici un souvenir de l’Zliade étranger au morceau qui est actuellement son modèle principal; Priam commence ainsi sa prière à Achille, XXIV, 486 sq. Mvñout rarodc seto, Meoïs Emueixed\’ ’Ayuhed, TnAixov Gçneo ëyw, ce qui équivaut, sauf les différences, à fuit et tibi talis Anchises genitor ; cette mention dernière d’Anchise à la fin del’Enéide est significative, c’est un rappel pour l’unité, le poème tout entier étant dominé soit par la présence, soit par le souvenir d’Anchise. — (3) 948 sq. Pallas te hoc uolnere, Pallas Immolat et poenam scelerato ex sanguine sumit est en rapport direct avec XI, 177 sqq. où Évandre dit : quod uitam moror inuisam Pallante perempto, Dextera causa tua est, Turnum gnatoque patrique Quam debere uides ; c'est un passage de concordance et de rappel ; lorsque Virgile écrivait ces vers du XIe livre, la scène finale de l’Enéide était arrêtée dans son esprit.

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