‹ L'art de vivre cent ansChapitre 3 sur 5 · JO · texte numérisé non relu

JO

genoux aux pieds de sa moitié, vous enlevez prestement la bottine de celle-ci et vous vous mettez en devoir d’opérer à la façon des pédicures.

Les soupçons sont immédiatement détournés.

Le seul risque que vous couriez, c’est que le mari vous demande de lui tailler les siens, tandis que vous y êtes.

Mais vous avez la compensation de pouvoir l’estropier pour le restant de ses jours, ce qui procurera à la femme la faculté de vous donner désormais au dehors des rendez-vous sans contrôle.

DANSE. — Je me ferais un scrupule de rien ajouter au commentaire du grand Dictionnaire de la Vie pratique sur ce sujet.

On y lit :

« La danse, considérée au point de vue de l’hygiène, est un exercice salutaire pour l’ado-

Di

lesccnce et la jeunesse... Elle est une cause fréquente d’affections de poitrine chez les jeunes personnes qui se livrent à cet exercice. »

Zuzez un peu si la danse n’était pas hygiénique!...

DATE. — Si vous tenez à passer pour un homme bien élevé, ne prononcez jamais ce motlà devant une femme.

Si vous tenez au contraire, juste au moment où il y a beaucoup de monde dans le salon de la comtesse et où elle vient de se donner vingtneuf ans, criez-lui à pleine voix :

— Comtesse, vous rappelez-vous notre première rencontre en Italie... à Venise... en 1841?

Nota. — Autant il est délicat de ne jamais se rappeler la date de la naissance des femmes, autant il le serait peu de faire la même chose pour la date des billets que l’on souscrit.

DÉCLARATION (d’amour). — La plus périlleuse des opérations humaines, s’il est vrai que le ridicule tue.

On compte deux formes de déclarations :

La déclaration verbale et la déclaration écrite.

La seconde rend le ridicule durable. Préférez la première.

Il y a encore la déclaration mimée dont Balzac a donné la formule.

Vous êtes dans un bal. Une dame que vous n’avez jamais vue vous enflamme :

Vlan ! vous lui déposez un baiser au milieu du dos.

Comme toutes les inventions simples, celle-ci n’a pas encore été adoptée.

C’est dommage.

DÉCLARATION (de décès). — Dérangement bien cruel quand l’amertume n’en est pas tempérée par une perspective d'héritage.

Vous allez à la mairie avec une autre personne de la famille, et là vous trouvez un employé en train d’écrire un scénario de vaudeville pour les Boufïes-du-Nord!

C’est chose avérée que le contact obligatoire des choses funèbres pousse au jovial.

Votre douleur en larmes se heurte contre son sourire à la poursuite d’un calembour.

Le dialogue s’engage:

— Le nom du décédé?

— Rataboul (Agénor).

— Oh! étonnant... Agénor Rataboul... C’est ça qui est un nom de ganache... Vous permettez que je le note? (Il griffonne.)

— Mais...

— L’heure du décès ?

— Minuit...

— L’heure des crimes !

V Art de vivre cent ans.

— L’adresse ?

— Rue...

— Pardon... Il me vient une fin de couplet que je cherche depuis ce matin. Vous permettez ?... (Il regriffonne.)

Et ainsi de suite.

DÉCLARATION (de naissance). — Vous êtes père depuis trente-cinq minutes. Vous allez à la mairie comme ci-dessus. Vous exigez que votre intime ami Bucordet vous accompagne.

On procède à la déclaration, et au moment où l’on exhibe le nouveau-né, l’employé, désirant être gracieux et prenant votre intime ami pour le père, lui dit :

— Celui-là, vous ne le renierez pas, toujours.. Est-ce assez votre portrait!...

Plus prudent, croyez-moi, dans ces cas-là, de ne jamais emmener votre intime ami.

DÉCOLLETAGE. — En agriculture, se ditd’une operation qui sert à séparer les racines charnues.

En toilette, elle sert plutôt à les rapprocher.

Nous engageons les Christophe Colomb de salon à se montrer très circonspects quand ils vont à la découverte des hémisphères.

C’est sujet à tant de déceptions, ce métier-lù.

DÉGUSTATION. — Opération tellement délicate qu'elle en devient absolument inutile.

Les dégustateurs sont au vin ce que les experts sont à la médecine. Le désaccord est pour eux une seconde nature.

Ce qui n’cmpcche pas la pose à la dégustation de produire encore son petit effet dans les milieux bourgeois.

Cette charge s’exécute en quatre mouvements :

Le dégustateur simple se contente, après avoir bu, de faire claquer sa langue en hochant la tête.

On ne conquiert ainsi qu’une considération médiocre.

Pour le second degré, le claquement de langue est accompagné d’une sorte de gargarisme fait en se creusant les joues par aspiration.

On commence ainsi à étonner les badauds.

Troisième degré: les deux actes ci-dessus sont précédés de fortes stations nasales sur le verre pour savourer le bouquet du liquide.

Quatrième degré — nec plus ultra: avant de flairer, on mire la transparence en levant le verre à la hauteur de l’œil.

Alors la vénération de M. Prudhomme est complète.

DÉMÉNAGEMENT. — Les modes changent.

Autrefois s’exécutait volontiers la nuit, à l’aide de cordes et par les fenêtres.

Ce n’est plus bien porté.

Le proverbe dit que trois déménagements équivalent à un incendie.

Il serait juste de renverser les proportions. Un déménagement équivaut à trois incendies, —

L'Art Je vivre cent ans.

et à des incendies contre lesquels il n’y a pas de pompes.

DENTIERS. — L’important en cette matière est que le faux soit vraisemblable.

Un procédé assez ingénieux, lorsqu’on a un râtelier complet, consiste à dire de temps en temps:

— J’ai une dent qui me fait un mal...

Si meme on veut parachever l'illusion , on peut, pour simuler une fluxion, se mettre un mouchoir autour de la joue.

Pour un homme, avoir soin, si son râtelier le gêne et qu’il le retire, de ne pas le mettre dans la poche de sa redingote. En s’asseyant on peut se mordre.

Si l’on n’a que de fausses dents isolées et qu’on vienne à en avaler une, ne pas concevoir la moindre inquiétude. Elle se digérera parfai-

ion

tement et sans détérioration. Simple question de patience.

DENTISTE. — Profession éminemment lucrative, qui a en outre l’avantage d’être à la portée de tout le monde, sans la moindre étude préalable.

Notre suave législation, en effet, autorise le premier savetier venu à lâcher le tire-point pour enlever la moitié de la tête à son semblable — sans ombre de responsabilité.

Adorable logique.

Il y a sur la véracité des dentistes un vieux proverbe.

Les hommes politiques, les candidats et les diplomates réclament et ils ont raison.

Ça devrait leur revenir de droit.

DÉPÔT. — Il y en a de deux sortes:

Le dépôt volontaire qu’on fait entre les mains d’un tiers.

Le dépôt involontaire qui vous vient sur n’importe quelle partie du corps.

Il est très rare qu’il ne reste rien des seconds.

Il est encore plus rare qu’il reste quelque chose des premiers.

Vous voilà prévenus.

DÉPUTATION. — Distinction qui peut aussi s’obtenir par le mérite.

Je ne vous cacherai cependant pas que c’est le moyen qui a le moins de chance de réussir.

DÉSAVEU (de paternité). — L’admirable Code que l’Europe nous envie — ce qui prouve que l’Europe n’est pas dégoûtée — a accumulé sur le chapitre de la paternité une incroyable série de bévues monstrueuses.

Celle-ci, entre toutes, est la plus admirable en son ineptie:

— La séparation de corps ne dissolvant pas le mariage, la présomption de paternité subsiste toujours malgré le jugement qui a prononcé ladite séparation.

Conséquence adorable de cette exquise législation :

Si l’épouse vicieuse contre laquelle vous avez obtenu gain de cause s’en va promener ses frasques à travers le monde, force vous sera de tenir vous-même la comptabilité de ses dérèglements et des poupons qui en peuvent résulter.

Après quoi, à chaque récidive pouponnière, il vous faudra introduire une action pour prouver urbi et orbi que vous avez été encore sganarellisé après la lettre et démontrer que votre nom respecté a été traîné dans la boue.

Ce n’est pas tout.

Il faudra démontrer encore que, soit par absence, soit par accident, vous avez été dans l’impossibilité de revenir folâtrer avec la coquine

que vous expulsâtes ( Revenir à son vomissement , dit la Bible).

Faute de quoi vos enfants légitimes pourront voir, après votre décès, un tas de petits concurrents surgir des quatre coins du globe pour leur prendre une part de leur héritage.

Et il y a des gens qui repoussent le divorce comme immoral!!!

DIFFAMATION. — Les nuances, tout est là.

En matière de diffamation surtout, il importe de bien se pénétrer desdites nuances avant d’être désagréable à son prochain.

La loi dit qu’il y a diffamation quand on allègue ou impute un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne.

Il y a seulement injure quand on se sert d’une expression outrageante, d’un terme de mépris ou d’une invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait.

Vous appelez quelqu’un Sganarelle, ce n’est

qu’une injure. Mais le qualifier de mari trompé r c’est une diffamation.

Dites: Canaille! injure; Voleur! diffamation.

Dans certains cas, la différence devient très délicate à faire.

Une dame qualifie un monsieur de ramolli. Qu’en pensera la loi? Être ramolli, ce n’est pas lîn fait; c’est plutôt l’absence d’un fait.

Aux juges d’apprécier. Il y en a qui ont des raisons spéciales de s’y connaître.

DIVIDENDES. — Si vous tenez à en toucher, placer votre argent sera une opération difficile. Dans le cas contraire, vous n’aurez que l’embarras du choix entre une foule de valeurs dont je n’ai pas à faire ici l’énumération.

L’actionnaire ressemble, en général, à ce bon âne qui mangeait avidement de la paille en la prenant pour du foin, parce qu’on lui avait mis des lunettes vertes.

Le vert, couleur de l’espérance!

Il H*.

Donc, tous les conseils que je pourrais vous donner ne devant pas vous empêcher d’être floués, si tel est votre bon plaisir, je n’insiste pas.

DOMESTIQUES. — Il y aurait un cours complet à faire sur ce chapitre, si l’on avait la prétention d’épuiser la matière.

Quelques indications seulement.

Les qualités qu’on doit rechercher chez un domestique sont... toutes celles qu’on n’est pas sûr de posséder soi-même. Il yen a long, comme vous voyez.

Avant d’admettre à votre service un domestique de n’importe quel sexe, ayez soin d’aller prendre directement des renseignements.

Vous êtes sûr, neuf fois sur dix, d’être mis dedans tout de même, la plupart des maîtres faisant preuve sur ce chapitre d’une lâcheté professionnelle. Mais, du moins, votre conscience ne vous reprochera rien.

Le grand Dictionnaire de la Vie pratique assure que le mot merci , dit à propos à un domestique, le dispose à être encore plus dévoué.

Essayez-en, mais ne vous y fiez pas.

Le même dictionnaire vous invite à témoigner un bienveillant intérêt quand vos gens éprouvent quelque malheur de famille.

Ne poussez pas cet intérêt jusqu'à aider une femme de chambre dans une tentative d’avortement. Ce serait excessif, même si vous êtes le père de l’enfant.

Ne vous faites aucune illusion quant à l’abolition de la danse du panier. Le mieux est d’en prendre votre parti en fixant seulement une hauteur aux bonds de ce folâtre accessoire. Si l’étiage est dépassé, vous commencez à être dans le cas de légitime défense.

Quand vous renvoyez un domestique, si j’ai un avis à vous donner, c’est de le faire filer immédiatement. Le moins qu’il puisse vous arriver, c’est qu’à titre de récréation il s’offre,

•durant scs huit jours, l’innocent plaisir de cracher dans les plats qu’il vous sert.

Vous me direz à cela que tous les hommes dtant frères...

C’est une appréciation !

DROIT DES PAUVRES. — Redevance perçue sur la recette des théâtres et autres lieux de plaisir par l’Assistance publique.

Les directeurs ont l’habitude de protester contre cet impôt, prélevé alors même que cette recette ne couvre pas leurs frais.

Ils ont tort. Si, en effet, après faillite, ils sont réduits à mourir à l’hôpital, ils ont la consolation de se dire que le lit sur lequel ils râlent a peut-être été payé par l’argent que leur a pris l’administration .

DUEL. — On est en train de préparer une nouvelle loi sur cette matière. Ce qui prouve

L'Art de vivre cent aits.

qu’on n'a pas perdu l’habitude d'appliquer des cautères sur des jambes de bois.

La législation me paraît bien candide, quand elle s’imagine qu’elle fera peur avec trois mois de prison à un monsieur qui est décidé à risquer sa vie.

Dans un duel, les conditions sont variables à l’infini. Le' bon sens des témoins en est le seul juge. Ils feront bien, néanmoins, de ne pas accepter sans contrôle certaines prétentions.

Supposez, par exemple, ce dialogue :

— Oui, monsieur, nous nous battrons.

— Soit !

— Au pistolet.

— Soit !

— A quatre-vingts pas.

— Comment?

— Je suis presbyte !

Il y a lieu d’y regarder pour consentir à une pareille clause.

EAU. — J’assistais, un jour, à un cours de physique.

Le professeur, arrivé au chapitre de l’eau, commença en ces termes :

« Messieurs,

« Ce liquide est, comme la lance d’Achille, tour à tour funeste et bienfaisant. »

J’ai gardé un pieux souvenir de ce liquide qui est une lance.

Métaphore à part, le brave homme n’en avait pas moins raison. On pourrait écrire un volume sur les bienfaits de l’eau et un autre volume sur ses forfaits.

Le déluge fut le plus terrible de ces forfaitslà. Ce pauvre Noé dut souffrir d’autant plus cruellement de cette invasion de l’eau que lui, qui avait planté la vigne, avait une préférence plus marquée pour le vin.

De nos jours, les ivrognes ont gardé l'horreur de l’eau. Mais ce qu’ils en boivent tout de même sans s’en douter! Il faut compter moitié pour les vins courants.

On a imaginé, depuis un certain temps, un nouvel emploi de l’eau. Ça s’appelle l’hydrothérapie.

Ceux qui exploitent cette spécialité assurent qu’elle guérit tous les maux. Simple hypothèse.

Ce qui est certain, par contre, c’est qu'une

seule douche suffit parfaitement à vous tuer, si vous faites mal ce qu’on appelle la réaction.

Ce qui est certain aussi, c’est que l’hydrothérapie jouerait de bien mauvais tours à l’amour, si elle opérait en confondant les sexes.

Ce que la pauvre espèce humaine est hideuse, quand elle se tortille verdâtre, claquant des dents, 'déformée, coiffée de toile cirée jaune, sous le robinet impitoyable!

Si le fiancé le plus épris retrouvait ainsi la gracieuse personne pour laquelle il soupirait la veille dans un salon, il n’y aurait pas de train assez express ni assez éclair pour emporter son dégoût éperdu.

Quelques médecins, cependant, paraissent trouver du plaisir à contempler le sexe faible dans les contorsions, et administrent eux-mêmes les douches féminines.

Je ne crois pas que ce soit le cas de mettre sur la porte le vers :

Et sans danger la mère y conduira sa fille.

EAUX MINÉRALES. — Autre mystification médicale, qui a pris, en ces derniers temps, des développements prodigieux.

Règle générale :

Quand une localité est abandonnée de Dieu et des hommes, qu’elle n’a pas de quoi payer ses impôts, que les voyageurs la fuient, il n’y a qu’un moyen d’opérer un changement à vue.

Y découvrir des sources minérales... ou qui le deviendront.

Pour cela, vous prenez n’importe quelle eau. Un conduit d’eau de vaisselle suffirait au besoin.

Vous faites proclamer dans les réclames qu’on vient de trouver des eaux prodigieusement sulfureuses, ou ferrugineuses, ou alcalines. A votre choix.

Vous allez trouver certains spécialistes qui, moyennant finance, se chargent de vous faire une analyse conforme à vos vœux.

Vous publiez le boniment dans les journaux; vous bâtissez un hôtel meublé. . . Et vous n’avez

plus qu’à attendre : infailliblement il arrivera des imbéciles.

Il y en aura même de deiix sortes : ceux qui viendront pour se baigner et ceux qui viendront pour verser de l’argent dans l’entreprise, que vous aurez naturellement émise au capital de plusieurs millions.

Le- succès des eaux minérales s’explique par plusieurs raisons.

Pour les médecins, c’est un moyen précieux de se débarrasser des raseurs de leur clientèle.

Pour les maris, c’est un excellent moyen pour aller passer six semaines avec une maîtresse, loin des bâillements conjugaux.

(On peut intervertir l’ordre des sexes et dire : pour les femmes, avec leur amant.)

Pour les grecs, c’est un terrain d’exploitation beaucoup moins périlleux que les autres, la police n’y brillant guère que par son absence.

Est-ce parce que l’on sait que dans les villes d’eaux on rencontre tant de gens véreux, qu’on

a l’habitude de s’y lier beaucoup plus facilement qu’autre part?

Drôle de déduction.

Ce qui est incontestable, c’est que là, au bout de deux heures, vous qualifiez de « cher ami » un monsieur que vous rougiriez de saluer sur le bitume du boulevard.

Un seul conseil. Tutoyez-le même si ça vous plaît, mais ne lui prêtez jamais vingt francs.

EAUX (de toilette). — Je n’en connais qu’une bonne pour ceux qui l’emploient : celle qu’on prend dans sa fontaine.

Mais il y en a une foule d’autres qui sont excellentes... pour ceux qui les vendent.

EAU-DE-VIE. — Devrait se fabriquer avec le vin. Mais je suppose que personne de vous n’est assez naïf pour rêver encore un pareil idéal.

L’eau-de-vie se confectionne indistinctement avec de la fécule, de la mélasse, de la prune, du blé, des noyaux de cerise, des bâtons de chaise, des os de chiens crevés, etc., etc.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que toutes ces eaux-de-vie, si l’on s’habitue à les prendre en quantité suffisante, tuent également bien leur homme.

EAU BÉNITE. — On s’étonne, quand on voit le catholicisme installer une petite cuvette à l’entrée de toutes ses églises, que, malgré ce mémento, les moines aient pu garder l’habitude d’être aussi sales.

ÉCHAFAUD. — Les conseils que je donnerais à mes lecteurs en vue des rapports qu’ils pourraient avoir avec cet appareil seraient probablement considérés par eux comme blessants.

L'Art Je vivre cent ans.

Je n'insiste donc pas.

H ailleurs, à quoi bon conseiller les gens lorsqu'on sait qu’en pareil cas ils finissent toujours par perdre la tête?

LLHALOTTL. — Un des moyens que peuvent employer les personnes qui aiment à voyager seules en chemin de fer.

Seulement on risque de tomber sur des voisins enrhumés du cerveau qui ne bronchent pas.

Quc voulez-vous? La vie n est qu’une loterie.

ÉCREVISSE. — (.rustacc qui exerce une influence séductrice sur la vertu des dames. . . qui ne sont pas vertueuses.

On attribue à l’écrevisse bordelaise des propriétés amoureuses.

l*n de mes amis en a fait l’expérience dans les conditions que voici :

U Art de vivre cent ans.

Pour doubler l’efficacité, il a doublé la dose.

Conséquence : une formidable indigestion qui dégoûta tellement son amante qu’elle refusa de le revoir jamais.

Donc, c’est vrai. Les écrevisses bordelaises peuvent avoir de l’influence sur l’amour.

EMPLOI. — Facile et lucratif , dit l’invariable formule des annonces.

Partez du principe cjlie, si l’emploi était les deux choses ou simplement la dernière, l’agent de placement besogneux qui vous l’offre commencerait par le garder pour lui.

EMPLOYÉ. — Il y aurait tout un manuel de l’employé à rédiger.

Je n’ai pas le temps.

Un bon avis seulement.

S’il vous arrive d’être forcé de quitter votre

bureau avant l’heure et que vous soyez marié, prenez, pour rentrer chez vous, ou un pistolet ou une résolution.

Un pistolet, si vous êtes d’humeur à tuer les coupables.

La résolution, avant de mettre le pied dans la chambre de votre femme, si vous êtes d’un tempérament résigné, d’annoncer d’abord votre présence dans une pièce voisine en toussant et en vous mouchant pendant cinq minutes pour qu’elle ait le temps de le faire filer.

EMPRUNT. — Opération qui apparaît sous des aspects tout à fait différents, selon qu’on y est actif ou passif.

Vous croyant incapable de la pratiquer sur autrui, je me bornerai à vous indiquer les moyens les plus simples d’échapper à un tapeur.

Un des plus infaillibles est de demander vousmême à tous ceux de vos amis dont vous soup-

çonnez la gêne s’ils ne pourraient pas vous prêter cent sous ou cent francs.

S’il s’agit d’un louis et que vous soyez pris à l’improviste, répondez avec un empressement pétulant :

— Mais comment donc ! Deux si tu veux !

Ce disant, vous fouillez dans votre poche et vous poussez un :

— Ah! mon Dieu !...

En ajoutant à court intervalle :

— On m’a volé mon porte-monnaie... Allons faire tout de suite ma déposition chez le commissaire de police.

Celui à qui vous proposez cette promenade s’esquive presque toujours convaincu.

Règle générale qui ne comporte aucune exception :

Si vous voulez vous débarrasser d’un ami rasant, prêtez-lui de l’argent.

A vous de voir à quelle somme vous évaluez le plaisir de cette délivrance.

ENFANTS. — On trouve les siens charmants quand ils sont horribles et on est incommodé par ceux des autres meme quand ils sont charmants.

Triomphe de l’illusion ! Car ce sont souvent les vôtres qui sont aux autres.

Lorsque vous allez aux Tuileries, méfiez-vous des enfants qui s’ébattent.

Surtout si vous êtes inflammable.

Beaucoup de dames, qui viennent là giboyer, se servent de cet intermédiaire pour leur chasse.

11 y a maintenant l 'enfant d'arrêt comme le chien.

S’il vous convient de jouer le rôle du gibier, c’est votre affaire. Vous voilà prévenu. (Voir pour détails d’autre sorte les articles Paternité , Reconnaissance , etc.)

L’Art de vivre cent ans.

ENGAGEMENT. — Il y en a de plusieurs espèces.

On compte d’abord les engagements d’honneur. Personne n’a à y mettre ni le nez, ni la plume.

Il y a aussi les engagements du Mont-de-Piété.

Si vous en êtes réduit à ceux-ci et que vous teniez à les rendre secrets, choisissez un bureau auxiliaire qui soit situé dans la maison d’un dentiste.

Il y en a deux au moins à ma connaissance dans ce cas.

Vous vous mettez de l’ouate et une mentonnière. Moyennant quoi les passants ne se disent pas :

— En voilà un qui porte sa montre chez ma tante.

Mais bien :

— En voilà un qui a une fameuse fluxion et qui va se faire arracher une molaire.

ÉPIDÉMIE. — Il y a des gaillards cyniques. J’en rencontre un durant le dernier choiera.

Sa première parole est :

— J’ai une peur...

Puis après une pause :

— Que mon oncle n’en meure pas !

On peut penser ces choses-là, mais il n’est pas nécessaire de les dire.

ÉPINARDS. — Surnommés par un appréciateur : le légume de Pulltia.

Malheureusement, comme Arnal l’a proclamé, quand on ne peut pas les souffrir, on n’en mange pas. Ce qui fait que cette pharmacie du pauvre n’est pas à la portée de tout le monde.

En peinture, les épinards ne purgent pas ; ils empoisonnent. Méfiez-vous-en donc sérieusement et fréquentez peu les paysagistes.

ÉPOUSE. — La vôtre étant le modèle de toutes les vertus et de tous les charmes, cher

lecteur, cette constatation me dispense d’une série de conseils dont la longueur aurait pu devenir obstruante.

Je vous avouerai que je n’en suis pas fâché pour une autre raison. En pareil cas, les conseils qu’on donne ne sont jamais suivis et tiennent toujours lieu d’offense.

Et je n’ai aucun goût pour jouer le rôle de ce bon M. Robert.

ÉPOUX. — Le vôtre, madame, étant le modèle, etc., etc. (Voir ci-dessus).

Mais c’est égal, madame et cher lecteur : confessez tout bas que vous voyez avec une joie intime venir le rétablissement du divorce.

ÉPUISEMENT. — On prétend que c’est une maladie très fréquente chez nos gommeux.

On se trompe.

Ils ne peuvent pas être épuisés, puisqu’ils ont toujours été vides.

ERREUR. — Voir Religions.

ESCARGOTS. — Ce mollusque gastéropode ressemble à l’homme en ce qu’il s’imagine être aimé pour lui-mcmc.

C’est une fatuité.

Si vous voulez avoir la preuve du contraire, prenez du mou de veau, de la gomme élastique, du caoutchouc, n’importe quoi. Coupez en petits morceaux, introduisez dans une coquille vide, recouvrez avec la farce qui sert d’assaisonnement ordinaire à l’escargot, faites cuire et servez chaud.

Ceux qui se proclament le plus connaisseurs s’écrieront :

— Quels délicieux escargots ! quel goût fin ! N’y a qu’eux, n’y a qu’eux!

Nouvelle preuve de ce que peut l’illusion en ce monde.

ESTOMAC. — Organe qui joue à tous les autres une foule de mauvais tours.

Il convient de reconnaître, d’ailleurs, que les autres le lui rendent bien.

Si vous tenez à ne pas souffrir de l’estomac, le seul moyen est de ne pas y avoir mal.

Autrement tous les remèdes que la médecine pourra vous suggérer n’aboutiront qu’à des mystifications.

Nota. — La même observation est à peu près applicable à toutes les maladies.

Second Nota. — L’estomac, d’ailleurs, est absolument dans le cas de légitime défense,

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