PREMIÈRE PARTIE : HYGIÈNE
Rechercher les conditions nécessaires et les moyens les plus avantageux pour que tout être doué de vie jouisse le plus longtemps possible de la plénitude de ses forces et de l’intégrité de ses fonctions, tel est le but de l’hygiéniste et l’objet de l’hygiène.
Depuis quelques années, par suite d’une réaction scientifique salutaire contre les exagérations des doctrines médicales exclusives, qui ont successivement envahi la science depuis les temps anciens jusqu’à nos jours, l’hygiène occupe une place de plus eu plus large et joue un rôle de plus en plus prépondérant dans la thérapeutique. Aux saignées à outrance des anciens partisans de
APERÇU GÉNÉRAL
Broussais, aux drogues tirées des plus violents poisons de la chimie organique et inorganique, telles que l’arsenic, le mercure, l’aconitine; aux inoculations virulentes dites vaccinations des hommes, des chiens, des moutons et des bœufs, qui semblaient devoir prémunir les races humaines et animales contre les maladies contagieuses : la petite vérole, le choléra, la rage, la clavelée, le typhus, le charbon et la morve, on commence à substituer chaque jour davantage, tant pour traiter les malades que pour éviter les maladies, les ressources et les procédés rationnels que l’hygiène offre au praticien, qui, sans parti pris, sans idées systématiques préconçues, étudie, observe et comprend ce qui se passe dans la nature.
Il y a, pour les plantes aussi bien que pour les animaux, un art de vivre, puisque chez les unes comme chez les autres on rencontre la concurrence vitale, la lutte pour l’existence des faibles contre les forts, des malades contre la maladie, et des sujets sains contre les parasites et les vampires de toutes espèces.
Et, chose remarquable, les progrès accomplis dans l’étude de la Vie universelle, qui constitue aujourd’hui le domaine de la biologie, nous permettent de déclarer que les principes, les règles et les moyens recommandés par les hygiénistes pour entretenir la santé et la vie de l’homme, ainsi que pour améliorer son organisme, sont identiquement semblables à ceux qui conviennent aux races animales et aux espèces végétales pour atteindre le même but.
J’ai tenu, dans le travail que je livre au public, à généraliser les lois de la biologie et à résumer les principes de sociologie, sciences modernes à l’aide desquelles l’hygiène et la médecine peuvent être dorénavant rangées au nombre des sciences exactes, positives et rationnelles.
L’hygiène doit être considérée comme définitivement fixée dans ses éléments essentiels. Les acquisitions et les découvertes futures de la science ne changeront rien aux règles, qui sont aujourd hui établies et appliquées pour apprendre à nos semblables 1 art de conserver leur santé.
On peut en dire autant de la médecine, au moins en ce qui concerne le traitement de la plupart des maladies.
La première partie de ce livre, 1 hygiène, dont diverses éditions
■APERÇU GÉNÉRAL
petites et grandes ont été déjà publiées, a été complétée et refondue d’un bout à l’autre. Plusieurs chapitres sont absolument nouveaux, par exemple : le cinquième, qui traite des ateliers d’apprentis et des écoles ménagères ; d’autres sont complètement transformés, notamment les sixième, septième et neuvième, qui sont devenus les septième, huitième et dixième de ce volume. Enfin, tout le texte a été soigneusement revu et a reçu, pour ainsi dire à chaque paragraphe, de nombreuses additions : citons, entre autres, les articles relatifs aux dépôts de mendicité, aux prisons et à la criminalité, qui n’avaient paru dans aucune des éditions antérieures.
En revanche, j’en ai élagué les considérations exclusivement médicales qui ont trouvé une place plus convenable, avec des détails plus circonstanciés, dans la seconde partie.
Enfin, je me suis attaché à supprimer toutes les considérations incidentes qui n’avaient pas de rapport direct avec les sciences positives.
En réalité, celte première partie forme un traité d’hygiène nouveau, original, inédit jusqu’à ce jour.
SECONDE PARTIE : MÉDECINE
11 est temps, me semble-t-il, de faire connaitre aux gens du monde les ressources dont ils peuvent disposer d’eux-mêmes pour rétablir l’équilibre fonctionnel de leur organisme, dans les cas si divers où cet équilibre est rompu soit par les maladies, soit par les accidents, soit par les infirmités, qui peuvent survenir à toutes les périodes de la vie.
Il est temps aussi qu’ils apprennent à apprécier le médecin auquel ils accordent leur confiance, soit pour la direction de leur santé, soit pour le traitement de leurs maladies ou de celles des personnes qui leur sont chères. Comme le dit très bien M. le Dr Haspail, dans son Annuaire de la santé, « jusqu’à ce jour le médecin, en vertu de son diplôme, a été absolument irresponsable; il avait droit de tout oser sans en rendre raison à personne ; il lui était permis, de par la loi, de ne pas penser, de ne pas
APERÇU GÉNÉRAL
réfléchir, de ne pas savoir même avant de prescrire les remèdes les plus violents. »
Or, ce que je veux, c’est mettre toutes les familles en étal : 1° de se soigner elles-mêmes dans la plupart des maladies ordinaires qui peuvent atteindre l’un ou l’autre de leurs membres; 2° de se rendre compte de ce que pense, dit et fait leur médecin dans toutes les circonstances délicates ou graves, pour lesquelles elles ont recours à ses lumières et à son expérience.
Mais cela ne suffit pas. Le médecin aussi bien que le pharmacien doivent devenir responsables, devant la loi commune, de leurs actes professionnels. Il faut aussi que chaque citoyen ait le droit de se traiter à sa manière et de traiter les membres de sa famille selon ses convenances, sous sa responsabilité personnelle. En un mot, il serait digne de notre temps que les diplômes accordés aux personnes qui veulent excercer une ou plusieurs branches de l’art de guérir, ne fussent plus considérés comme des privilèges exclusifs, mais comme de simples garanties de capacité, qui feront toujours, d’ailleurs, distinguer les praticiens du commun des mortels, dans l’exercice des professions médicochirurgicales.
Nous marchons, d’ailleurs, à grands pas vers ces réformes sociologiques nécessaires.
Mais pour y parvenir, il faut commencer par se persuader de cette vérité, que j’ai déjà émise : la médecine et l’hygiène peuvent définitivement prendre place au nombre des sciences précises et exactes, autrement dit : positives et rationnelles.
Un mot, à ce sujet, avant d’entrer en matière.
M. le Dr Ilaspail, que je citais tout à l’heure avec éloge, me paraît donner dans l’exagération quand il prétend que « la médecine, en tant qu’elle est l’art de soigner les malades, n’est pas une science, mais un tâtonnement . »
Cela fut vrai jusque dans ces derniers temps. L’arbitraire et le caprice des savants fondèrent, en effet, des théories médicales et des systèmes thérapeutiques sur les hypothèses les plus ridicules* aussi longtemps que les lois universelles de la bioloc/ie ne furent pas nettement déterminées. Les médecins qui ne se sont pas tenus au courant des récents progrès de celte science, en sont
APERÇU GÉNÉRAL
encore réduits auprès de leurs malades à ces incertitudes, à ces tâtonnements, que leur reproche avec raison M. Raspail. Mais les biologistes de la bonne école peuvent remonter maintenant avec certitude aux causes de chaque maladie, et indiquer avec précision les moyens les plus convenables pour la combattre, ou pour en atténuer les effets prévus, ou pour en retarder les conséquences inévitables.
La médecine est donc entrée résolument, comme je l’ai dit, dans le domaine des sciences exactes, positives et rationnelles, à la portée de tous les esprits tant soit peu éclairés, et à plus forte raison à la portée de tous les médecins intelligents.
C’est ce qui m’a décidé à résumer, dans ce volume, après les considérations détaillées sur Yliygiène, le résultat de mes études cliniques.
Un fait important que je cherche à mettre partout en relief, et sur lequel je m’efforcerai toujours d’appeler la sérieuse attention des malades, [des familles et des médecins, c’est le rôle immense que les fonctions transpiratoires de la peau jouent dans l’organisme de Yliomme civilisé, et le rôle non moins étendu de la chaleur dans le traitement de la plupart des maladies.
L'homme civilisé, en s’habituant à porter des vêtements, a modifié involontairement les conditions physiologiques de sa peau. Celle-ci s’est dépouillée peu à peu des poils qui la protègent chez les animaux et est devenue moins épaisse, moins dense, moins résistante à tous égards, que celle de l’homme à l’état sauvage.
On conçoit combien ces modifications organiques ont rendu la peau de Yhomme civilisé impressionnable. Toutes les vicissitudes des saisons l’affectent facilement. Tantôt excitée, tantôt enrayée dans ses fonctions émonctoires, elle est une cause fréquente de perturbation dans les autres fonctions de l’économie.
Aussi, à chacune des maladies que les perturbations de cette nature occasionnent, est-il nécessaire, si l’on veut ramener dans le corps l’équilibre fonctionnel qui constitue la santé, de rétablir la transpiration cutanée.
De là, l’importance que j’attache à tous les moyens qui entretiennent la chaleur de la peau dans la plupart des maladies sérieuses.
APERÇU GÉNÉRAL
Un autre fait, que je tiens également à signaler ici, c’est l’importance que j’attache aussi à l’étude et à l’analyse des causes directes des maladies. N’est-ce pas sur la connaissance précise des causes morbides que toute la prophylaxie, ou toute mesure préventive, est fondée? Et n’est-ce pas à l’étiologie même que la thérapeutique, ou l’art de guérir, emprunte ses principales indications curatives?