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LE GOUTER

• Une collation, vers le milieu de l’après-dînée, n’est pas indispensable à tout le monde dans notre climat. Cependant les ouvriers qui dépensent beaucoup de forces musculaires, les jeunes gens et les vieillards s’en trouvent bien, surtout lorsqu’ils dînent sobrement, comme tout individu sensé devrait le faire. Cette collation a reçu le nom de goûter, parce qu’on ne fait guère que goûter un peu aux aliments. En wallon, dans notre langage pittoiesque, nous l’appelons reciner, mot qui vient de recener (taire une seconde cène; petit repas qui rappelle la frugale cène traditionnelle des

chrétiens).

Le goûter doit consister en un verre de bière ou une tasse de bon café et quelques fruits, du pain ou des pommes de terre grillées, avec ou sans beurre ou lard.

LE SOUPER

LE SOUPER

Arrivés à la fin de la journée, les travailleurs, patrons ou ouvriers, fonctionnaires ou cultivateurs, médecins, avocats, ingénieurs ou militaires, ménagères, femmes du monde, filles de magasin, domestiques, tout le monde éprouve ce sentiment indélinissable de lassitude qui réclame le repos du corps, le calme des sens et la somnolence de l’esprit. Quand on a bien rempli sa tâche quotidienne à la satisfaction de tous, y compris la sienne, avec quel plaisir on s’assied en disant : On flf ! sur une chaise solide à dossier cambré, comme il y en a si peu, grâce à la routine des fabricants de meubles, peu soucieux du confortable selon l’hygiène.

C’est l’heure du souper, du repas lent et paisible, où l’on mâchonne les aliments, non pas vivement, avidement comme au dîner, mais avec la méthodique cadence du chameau ou des ruminants, qui savourent ce qu’ils mangent, et qui n’étant pas pressés d’en finir, prennent le temps de se restaurer en regardant voler les alouettes.

Ce dernier repas doit reproduire à peu près, mais avec des aliments plus légers, mieux choisis encore, et en moindre quantité, celui de midi ou d’une heure.

Nous recommandons aux ménagères de ne pas donner, habituellement au souper, des salades de légumes crus, ni des œufs; ni des viandes quelconques, ni des fécules non fermentées, telles que le riz, les crèmes et les lianes. L’estomac, le soir, est fatigué autant que le corps; il faut lui ofirir donc des aliments de facile digestion, des potages, des purées, des étuvées, des légumes cuits, de bons fruits, des marmelades, du pain gris; suffisamment assaisonnés de sel, poivre, moutarde, thym, sariette, etc.

Nous recommandons aussi de boire au dernier repas plus qu’au dîner, de l’eau pure avec ou sans assaisonnement de cidre, de bière ou de jus de fruits. C’est le soir que les aliments divers ont besoin d’être le plus et le mieux délayés dans l’estomac par une assez grande quantité d’eau.

A ce propos, remarquons que l’une des boissons les plus

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fraîches et les plus agréables qu’on puisse imaginer au souper, c’est un verre à vin de cidre ou de bonne bière de ménage dans un petit verre à bière d'eau pure. Cela vaut, h tous égards, le mélange d’eau et de vin.

— Le dernier repas terminé, le rôle hygiénique de la ménagère, de cette admirable cheville ouvrière qui est le pivot et le gardien vigilant de toute la famille, n’est pas fini.

Elle doit veiller à tout, avant de se coucher.

La nuit, les fenêtres ne doivent pas rester ouvertes, au moins largement, même au plus fort de l’été, pour diverses raisons : les moustiques et autres bestioles nocturnes peuvent empêcher les gens de dormir; des ophtalmies, des maux de gorge et des névralgies rhumatismales peuvent se produire.

La ménagère fera le tour des chambres à coucher pour fermer les fenêtres, ou baisser les rideaux, ou laisser telle porte entr’ouverte, selon les temps et les saisons. Elle jettera, en passant, un coup d’œil sur les mioches, qui dans le premier sommeil pourraient s’être trop découverts ou s’être trop enfoncés sous les couvertures. Elle s’assurera que tout est fermé dans la maison et que les foyers et les lampes sont éteints. Après avoir remis tout en place dans le ménage, elle préparera les objets nécessaires pour le lendemain, au lever : bois, charbon, café, etc., et surtout les nippes du mari et des enfants. 11 est requis que tout soit .propre et bien entretenu. S’il faut enlever des taches, recoudre des boutons, c’est à elle de le faire, ou de le faire exécuter par quelqu’un selon ses indications.

Une bonne ménagère ne mettra jamais dans la garde-robe les habits, blouses, jaquettes, pantalons de son homme ou de ses garçons, sans les avoir retournés ou exposés à l’air pendant quelques heures.

C’est par un tas de petites précautions semblables que la ménagère, digne de ce nom, arrivera à maintenir la santé dans sa famille, l’ordre et la propreté dans son ménage, et qu’elle contribuera ainsi, pour une large part, à l’amélioration du sort des classes laborieuses et au développement de notre état social.

Car, il faut bien le dire, le répéter et s’en convaincre : le bonheur est tel qu’on se le fait chacun, par un sage équilibre entre ses besoins naturels et les ressources dont on dispose.

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Le fond de notre nature comme le propre de tout être est l’amour de soi, le désir du bien-être. On veut, on voudrait tout, ceci et cela. Et en possession de ceci et de cela, on n’y penserait plus ; il faudrait autre chose. Voilà le fond de la nature humaine. Si l’on obéit machinalement à cette impulsion instinctive, on devient envieux, jaloux des biens et du bonheur d’autrui, qu’on se figure supérieurs aux siens. Sont-ils heureux, les riches? Ils peuvent se procurer tous les plaisirs, ces millionnaires! Ah, si j’avais 50,000 francs de rentes, ou 20,000, ou 10,000, ou 3,000 seulement, le roi des Belges ne serait pas mon cousin !

Sottises, rêves, utopies, mauvais penchants que tout cela. Le bonheur est chez soi, en soi; pas ailleurs.

Heureusement, la culture de notre esprit, l’instruction, l’éducation, les bons rapports avec nos semblables nous font bientôt réfléchir et raisonner; et peu à peu, à côté de notre égoïsme originel, s’infiltrent le bon sens et la science du bonhomme Richard. Nous commençons alors à aider notre prochain, à voir ses misères, ses infirmités, à y compatir et à chercher à les soulager. De sauvages et barbares que nous étions, nous devenons des hommes civilisés.

Eh bien! l’homme civilisé comprend que la vie est une lutte, et que dans cette lutte les plus privilégiés ne sont pas les plus riches, les millionnaires, les princes de la terre; mais ceux qui jouissent d’une bonne santé.

Or, comment peut-on jouir d’une bonne santé? En travaillant régulièrement pour exercer toutes les fonctions du corps; en se nourrissant sobrement d’aliments simples et naturels pour éviter les maladies; en se vétissant d’habits propres, selon les temps et les saisons; en s’abritant dans des enclos salubres, bien entretenus, et en s’assurant la paix du cœur et l’estime de soi par une conduite digne et honorable.

Ce bien-être personnel et ces satisfactions intimes, nous ne les trouvons que dans la famille, quand l’ordre, la propreté et l’économie de la ménagère nous permettent de jouir dujfruit de notre labeur.

Au dehors, tout n’est que vanité et déboires.

Le luxe de table tue les riches, les voyages les ennuient, les

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plaisirs les énervent, les honneurs les rendent orgueilleux; et ils meurent en déplorant leur existence agitée, si fiévreuse, et en rêvant, trop tard, le bonheur tranquille de l’homme des champs et de l'ouvrier laborieux, qui, levant les yeux, le soir, vers les cieux infinis parsemés d’étoiles, se disent : « Vis-à-vis de tout cela, je ne suis rien, qu’un chétif, je le sais bien ; mais pour ma femme, mes enfants et mes amis, je suis quelqu’un, je suis bon à quelque chose, je le sens parbleu bien ! Donc, allons nous coucher et dormons en paix, comme on ne dort pas souvent sous les lambris dorés. »

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La propreté, c’est le luxe de la ménagère et la santé du ménage.

Si, au moins une fois tous les huit jours, le corps humain doit être lavé de haut en bas et récuré réellement avec un linge rude ou une brosse douce, la vaisselle courante doit l’être tous les jours.

En récurant ainsi, de temps en temps, notre peau au sec, on lui donne de la souplesse, on empêche la formation des taches et croûtes épidermiques, ou des aspérités et petits boutons qui défigurent tant de jolies personnes et qui deviennent, à la tête, sur le tronc et les membres, le germe des verrues, des kystes sébacés et des excroissances cutanées si fréquentes encore de nos jours.

La vaisselle sera lavée à l'eau tiède simplement et essuyée parfaitement avant qu’elle soit refroidie. Au moment de la remettre en place, après refroidissement complet, on l’essuie vivement une seconde fois, avec un linge sec et propre. Certains cuisiniers recommandent de dissoudre un peu de potasse ou de soude dans l’eau à laver la vaisselle. C’est inutile, et cela gâte la peau des mains. D’autres recommandent le lavage à l'eau très chaude, suivi de l’immersion immédiate dans l’eau froide; et veulent qu’on laisse égoutter à l’égouttoir avant d’essuyer à fond. Tout cela est inutile et aussi peu sensé que si l’on disait : buvez très chaud et très froid successivement. Le passage suhit du chaud au froid altère l’émail des dents, comme chacun le sait. Les ustensiles de ménage en terre, porcelaine, fer, etc., s’écaillent aussi, et s’effritent ou se délament si on les fait passer brusquement du

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froid au chaud et du chaud au froid. Tenez-vous en donc au procédé simple et expédilif que nous indiquons.

L’égouttoir est un meuble inutile dans la cuisine.

Mais, au nombre des ustensiles indispensables, il faut placer les petits pilons au sel et au sucre, et les petits moulins au poivre, à la moutarde et au café, parce qu’une bonne ménagère n’achètera jamais le sel fin, le sucre blanc, ni le poivre, ni la moutarde, ni le café en poudre; dans cet état ces condiments et aliments si nécessaires étant généralement falsifiés par les marchands ou altérés par le contact de l’air. D'ailleurs, au XXe siècle, chaque ménage aura, de plus, son petit moulin à grain pour fabriquer à la cuisine la farine, le pain et la bière de la famille.

Il ne servirait à rien d’avoir des ustensiles propres, si les murs, plafonds et planchers ne l’étaient pas.

Comment faut-il récurer les planchers ou les dalles des appartements, cuisines, caves, etc.?

Les ménagères ne doivent pas perdre de .temps à des récurages prolongés et compliqués. Il en est qui s’amusent à récurer leurs cuivreries et fcrrailleries avec du sable, du vinaigre, de l’oseille, des poudres et des produits chimiques quelconques^ pour les faire reluire et les étaler sur des planches. Laissons ce luxe au personnel désœuvré des châteaux, et frottons tous nos ustensiles et ornements métalliques avec des linges propres et secs. C’est seulement dans le cas où des ciseaux, couteaux, clefs, etc., seraient fortement rouillés qu’il faudrait recourir à un récurage exceptionnel. Et dans ce cas, il est bon d’imbiber au préalable les objets rouillés avec un peu de pétrole pendant quelques heures, avant le récurage avec poudres et eaux diverses.

Les planchers et les dalles seront brossés, d’abord, à la grande brosse et lavés, ensuite, à l’eau tiède simple. Le sable, la potasse, les marcs de café ne servent à rien qu’à altérer les dalles et encroûter les planchers. Un bon poignet, de l’eau tiède et une brosse sufliscnt pour avoir les pavements les plus beaux et les plus salubres.

La propreté n’est pas seulement nécessaire pour les gens et leurs maisons, elle l'est aussi pour les animaux et les dépendances qu’ils possèdent. Les poules, les porcs et le bétail, ainsi

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que les lieux qui les abritent, doivent être l’objet de soins de propreté particuliers. Est-il un seul animal malpropre, en liberté? Le sanglier n’est-il pas aussi coquet que le chat et le chien? Mais on entasse poules, canards, cochons, vaches, dans des réduits infects; on leur donne des aliments contraires à leurs instincts; et on s’étonne que ces malheureuses bêtes soient dégoûtantes, puantes, et que leur chair, leurs œufs, leur lait deviennent cause d’une foule de maladies chez les personnes qui s’en nourrissent!

Mais, bien plus, il en est des végétaux comme des animaux. Les plantes d’appartement, les fleurs, les arbustes et les arbres du jardin exigent également des soins de propreté, sans lesquels ils dépérissent. La poussière accumulée asphyxie les feuilles et tue les fleurs; les pucerons se multiplient sur les tiges malades ou malpropres. Il faut se passer de jardin et de plantes en chambre, ou il faut s’attacher à les tenir propres. Sarclez souvent votre jardin, nettoyez les arbustes et les plantes d’appartement de la tête au pied, nourrissez par des arrosages et des engrais intelligemment ordonnés, toutes vos plantes selon leurs goûts et leurs besoins, que le premier jardinier venu vous fera parfaitement connaître.

Enfin, lorsque, malgré l’attention la plus vigilante, on s’aperçoit qu’une pièce de la maison, des dépendances ou des écuries est devenue infecte, par quelque cause que ce soit, on doit aller chez le droguiste et lui demander soit du soufre, soit le désinfectant de Guyton de Morvaux.

Il ne faut jamais employer ni le chlorure de chaux, ni l’acide phénique, ni leurs analogues, que certains chimistes ont mis à la mode sous prétexte que ces composés tuent les microbes. Ges composés infestent tout de leur insupportable odeur et ne tuent pas même les microbes.

Le soufre brûlant dans un ustensile en fer, au milieu d’une chambre close; le sel, l’acide sulfurique et la poudre manganique qui forment le désinfectant-Guy Ion, mélangés ensemble et placés dans un ustensile en faïence, détruisent complètement tous les miasmes, les microbes, les bactéries, les bestioles, les virus et les vibrions qui naissent et se multiplient avec une grande rapidité et une excessive abondance, dans tous les endroits où se

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trouvent des substances en putréfaction, solides, liquides ou gazeuses.

C’est la pourriture qui engendre les microbes et tous les autres germes de maladies, lesquels, à leur tour, se propagent rapidement partout où ils rencontrent des matières organiques mortes ou vivantes, favorables à leur prolifération.

Supprimez la pourriture partout où elle est, vous supprimerez tous les miasmes, les virus, etc. ; c’est-à-dire toutes les causes de maladies épidémiquement contagieuses.

On le voit :

N’avions-nous pas raison de dire que la propreté est le luxe de la ménagère et la santé du ménage?

Et qu’une bonne ménagère est un véritable trésor pour la famille et pour la société ?

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