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VILLES D’AIR

À côté des villes d’eaux, nous plaçons les villes d’air, autrement dit : les sites abrités où l’on respire un air pur, doux, plus ou moins parfumé par les senteurs des plantes aromatiques, et d’une température modérée en hiver et tempérée en été. Hyères, Nice, Cannes et beaucoup de cités de l’Espagne, de l’Algérie et de l’Italie jouissent de ces privilèges.

Ces localités sont recommandées aux sujets sanguins, aux poitrines faibles, aux enfants délicats.

Seulement, il y faut faire d’assez longs séjours.

Si quelques semaines, un mois ou deux au plus, suffisent généralement pour les cures d’eaux minérales, qu’on peut ensuite continuer plus ou moins régulièrement chez soi, dans les villes d’air il est nécessaire de demeurer durant tout l’hiver, ou plusieurs années même.

A celte condition, les sujets valétudinaires des pays froids et humides, tous ceux qui soull'rentde bronchite chronique, d’asthme humide, de catarrhes invétérés, tels que la coqueluche, ou de pleurésies adhésives, d’hémorragies pulmonaires, pourront tirer quelque profit de ce changement prolongé de domicile.

Outre les villes d’air, mentionnons les cures d’air et de lait, qu’on va faire dans les vallées et dans les montagnes.de certaines parties de la Suisse.

C’est là que, pour ma part, j’envoie tous les sujets affaiblis par l’abus des plaisirs de toute espèce, ainsi que les enfants et les adolescents atteints de ramollissement on de courbure vicieuse des os, et spécialement les poitrinaires.

Davos. — Parmi les localités les plus curieuses et les plus renommées pour les cures d’air et de lait, Davos mérite une mention à part.

Am Platz, dit Davos, est un très petit village du canton stérile des Grisons, qui se trouve encaissé entre des montagnes à pic, très élevées, dont les cimes sont couvertes de glaces perpétuelles.

On s’y rend du mois d’octobre au mois de mars.

La terre est revêtue d’une couche de neige, épaisse quelquefois

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dé trente à soixante centimètres, qui tombe presque toutes les nuits. Mais dès que le soleil apparaît, vers 10 heures 1/2 ou H heures du matin, entre les crêtes des montagnes, elle fond rapidement et une chaleur bienfaisante succède tout à coup, jusque vers 3 ou 4 heures, à une température glaciale.

Les malades profitent de ce moment pour sortir des villas et se promener dans les rochers. Après 4 heures, ils ne peuvent plus parcourir les chemins que les jambes garnies de grandes hottes fourrées et une pelisse sur le dos, car, aussitôt que le soleil a disparu de l’horizon étroit, la froidure, la pluie ou la neige reprennent leur empire pour toute la nuit et la matinée du lendemain.

La cure consiste dans une alimentation principalement lactée. Certains malades absorbent de 2 à 4 litres par jour d’un lait crémeux, épais, que dans certains cas on additionne d’un peu d’alcool.

Les autres aliments qu’on tire de Coire et de Zurich consistent en viande de bœuf, huîtres et légumes divers. Les vins blancs et rouges de France et d’Italie constituent la principale boisson.

On ne fait jamais de feu dans les appartements, même durant les froids les plus rigoureux. Les fenêtres latérales sont parfaitement fermées, mais il existe au sommet des plafonds des vasistas qu’on laisse en partie ouverts, toute la nuit, pour donner issue aux émanations cutanées et respiratoires des malades.

Chaque sujet est pesé, dès son arrivée îi Davos, et reçoit un petit thermomètre de bouche, à l’aide duquel il peut constater l’état de la température extérieure et surtout le degré de calorique vital, qu’il exhale durant ses promenades et ses ascensions dans la montagne. D’après le plus ou moins de chaleur de la bouche, il dirige sa marche, pour la ralentir ou l’accélérer de manière à ne pas provoquer ces mouvements fébriles si communs chez les phtisiques et les sujets délicats, qui se livrent à des exercices musculaires.

On comprend difficilement comment, avec des variations de température aussi brusques et aussi extrêmes, contre lesquelles on ne prend d’autres précautions que celle de se vêtir convenablement, Davos soit un séjour favorable aux malades les plus

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débilités. Cela ne s’explique pas mieux au premier abord, que l’origine de ces goitres endémiques dont sont si fières les populations fanatiques et crétinisées de certaines parties du Tyrol, en apparence les plus favorisées de la nature sous le rapport de la richesse du sol et de la végétation.

Cependant, il faut remarquer que les courants d’air, les vents et les poussières plus ou moins ténues, si pénibles dans nos climats, même à Nice, à Menton, à San-Remo et sur tout le littoral de la Méditerranée, sont inconnus à Davos. L’atmosphère, chaude ou froide, y est constamment d’un calme absolu. Le froid existe, vif, glacial, pendant la nuit; mais l’air n’étant pas ébranlé par des courants latéraux, on le supporte aisément, lorsqu’on est bien couvert ou bien vêtu.

Ajoutons que l’air vif des montagnes et la nécessité où se trouve tout malade, qui se promène, d’escalader leurs sentiers tortueux pour échapper à la chaleur directe que le soleil de midi projette au fond de la cuve qui constitue le village, oblige les poumons à se dilater, à s’épanouir, à se livrer, par conséquent, à ce mécanisme fonctionnel dont j’ai déjà parlé, qui est si favorable au développement physiologique des organes respiratoires.

Ajoutons encore que le régime lacté n’y est jamais exclusif, si ce n’est pendant les premiers jours de la cure. Le vin, l’alcool, les viandes, le poisson et quelques légumes sont ordonnés au repas principal. •

Davos ne convient pas seulement aux poitrinaires; les personnes débilitées par diverses maladies chroniques, par des névroses invétérées, par des excès prolongés, s’en trouvent également bien.

De toutes les villes d’eaux et d’air que j’ai visitées, c’est Davos qui m’a le plus surpris et le plus donné à réfléchir.

Davos et Catane, qui peut lui être comparée mais qui lui est encore inférieure, sont les deux localités les plus recommandables aux personnes aisées, dont !a poitrine malade éprouve quelques diflicultés à se rétablir, malgré les soins et les conseils qui leur sont prodigués par leurs médecins.

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