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LA VIVISECTION

Je résume ici les principaux points de la question des vivisections, avec l’espoir qu’en Belgique comme en France, en Allemagne* et en Angleterre, il se formera des sociétés protectrices des animaux pour mettre un frein, si pas une fin, aux horreurs de cette pratique. Il y va non pas d’une question de sentiment, de pitié, envers nos « frères inférieurs », les animaux domestiques, mais d’une question économique et sociale qui touche à l’éducation, aux moeurs et aux habitudes des nations civilisées, et qui relève par conséquent de Y art de vivre.

1. 11 devrait être défendu de pratiquer la vivisection dans l’enseignement, dans les conférences et dans toutes les démonstrations publiques.

2. L’inoculation des germes septiques ou virulents à l’homme ou aux animaux devrait être rigoureusement interdite.

Telle est la thèse que j’ai soutenue à Paris, en 1885, devant un auditoire en partie sympathique, en partie hostile, mais qui eut le bon esprit de rester calme et attentif jusqu’au bout.

La vivisection rend l’homme cruel, le chirurgien insensible, l’adolescent barbare. Bien loin de concourir à l’avancement des sciences, elle en a le plus souvent retardé les progrès.

D’un autre côté, nous sommes en droit d’affirmer et de prouver que les recherches des vivisectionistes ont fourvoyé les physiologistes, les médecins et les savants de toute classe, en leur faisant prendre, dans une foule de questions scientifiques de la plus haute importance, l’effet pour la cause, la conséquence pour le principe, le phénomène accidentel pour la maladie essentielle.

Il suffit, pour être convaincu de l’exactitude de ce reproche, de refaire l’histoire de certaines maladies parasitaires et autres, telles que le phylloxéra et Y oïdium des vignes, la maladie des pommes de terre, celle des vers à soie, le choléra des poules, le charbon, le farcin et la morve, la clavelée des moutons, le rouget du porc et la pleuropneumonie des bœufs, la variole, la fièvre typhoïde, l’angine diphthéritique, la rage et le choléra dit asiatique.

Dans toutes ces affections, les vivisecteurs, à la suite de leurs chefs, se sont amusés à rechercher « la petite bête », et sont restés à côté des faits, de la clinique et de la science positive.

C’est aux gens d’un âge mûr qu’il appartient généralement do prêter des soins rationnels, intelligents, bien compris et bien dirigés, à tous les malheureux qui se trouvent accidentellement atteints de blessures ou de maladies subites, dans le cours du travail, aux usines, en voyage, en chemin de fer, partout où les hommes de l’art ne peuvent être immédiatement présents.

Il faut, pour donner ces soins avec méthode, beaucoup de calme, de sang-froid, une grande expérience de la vie, quand on n’appartient pas à la profession médicale. Les sujets jeunes, en général, hommes ou femmes, perdent facilement la tête dans ces circonstances, sous le coup de l’émotion qui les travaille à la vue des phénomènes saisissants que présentent les blessures graves et les affections subites qui peuvent entraîner rapidement la mort.

Voilà pourquoi nous avons réservé pour ce chapitre l’importante question que nous allons aborder.

Que doit-on faire, en attendant le médecin ou en son absence, dans les cas de piqûres, de plaies, d'hémorragies, de fractures, de luxations, d'entorses, de hernies, de brûlures, d'asphyxie, de submersion, de strangulation, de pendaison, d'empoisonnement, d'attaques de nerfs, de syncope, d'apoplexie, etc. ?

Piqûres. — Il y a des piqûres de toutes espèces, légères, profondes, simples, venimeuses, etc.

Tout le monde sait qu’en négligeant de soigner les piqûres les plus simples, on peut contracter un panaris avec toutes les conséquences qui en résultent quelquefois. Il n’est donc pas prudent d’abandonner à la nature de semblables accidents.

Voici ce qu’on doit faire dans le cas de piqûre :

Enlever complètement, avec une aiguille ou une épingle propre, les corps étrangers, corpuscules, minéraux, pointes, épines végétales, qui se trouveraient dans ou sous la peau.

b aire saigner un peu la partie blessée, par succion ou par pression à l'aide des doigts, ce qui se fait très facilement dans tous les cas.

^ t4 SOINS A DONNER DANS LES CAS SUBITS D’ACCIDENTS OU DE MALADIES.

Recouvrir le point piqué d’un morceau de taffetas ou de linge, et laisser cette partie en repos pendant quelques heures et même un jour entier.

Si la piqûre a eu lieu sous un ongle et s’il s’est introduit au fond de cette piqûre quelques grains de poussière, il faut aller chercher ceux-ci en coupant, à l’aide de fins ciseaux, la partie correspondante de l’ongle.

Enfin, on cautérisera toute piqûre suspecte, à la lèvre, à la paupière ou ailleurs, au moyen d’un peu d’eau bouillante versée sur le siège même de la blessure, ou d’une solution concentrée d’azotate d’argent.

Plaies. — - Les plaies affectent des formes diverses. Tantôt il y a simplement déchirure des tissus, tantôt il y a perte de substance.

Dans tous les cas de plaies, il est urgent de savoir que le sang qui suinte sur leurs bords est la soudure naturelle qui doit les réunir et les cicatriser. Donc, il ne faut jamais laver les plaies à l’eau, ni froide ni chaude. On en extrait tous les corps étrangers, on rapproche ensuite leurs bords ou lèvres, de manière à recouvrir exactement toutes les parties sous-jacentes comme si la peau n’avait, pas été entamée; et, pour maintenir celle-ci en place jusqu’à la cicatrisation complète ou, au moins, jusqu’à ce qu’un chirurgien puisse renouveler le pansement, on y applique de petites languettes d’emplâtre agglutinatif de la grandeur d’un billet de caramel, en ayant soin de les imbriquer par leurs bords à la façon des ardoises ou des tuiles sur un toit.

Cés petits bandages sont très solides et valent quelquefois mieux que la suture chirurgicale elle-même.

A défaut d’emplâtre agglutinatif, on aurait recours à un peu de poix noire ou blanche, que les cordonniers emploient habituellement, fondue avec une très petite quantité d’huile d’olive ou de colza, et étendue, à chaud, sur un morceau de toile forte. Après refroidissement, on découpe ce linge emplastique, comme je l’ai déjà dit, en petites bandelettes de la grandeur des billets de caramel.

Hémorragies. — Quand l’hémorragie provient des parties extérieures du corps, de la tête, du cou, du tronc ou des membres,

on s’empresse d’appliquer sur le point d’où le sang jaillit des pelotes de ouate, d’étoupe, de charpie, d’amadou, de toile brûlée ou des compresses petites et courtes de linge, empilées les unes sur les autres de manière à former un petit tas sur la surface de la plaie saignante; on roule ensuite sur le tout quelques tours d’une bande de toile, qu’on serre assez fortement pour comprimer la plaie et obstruer les vaisseaux déchirés.

Lorsqu’on ne parvient pas à enrayer l’écoulement sanguin par les bandages directs, dans le cas où cet écoulement rebelle a son siège à l’un des membres supérieurs ou inférieurs, on applique de petites compresses de linge empilées au pli de l’articulation qui se trouve immédiatement au-dessus du point blessé en allant de l’extrémité du membre vers le tronc, c’est-à-dire : au pli du coude, si l’hémorragie a lieu à l’avant-bras; au creux de l’aisselle, si elle a son siège au bras; et l’on comprime fortement ces compresses par une bande roulée autour de l’articulation, pour aplatir momentanément les artères, qui sont généralement très superficielles au pli des articulations.

■ C’est un moyen excellent, qui doit toujours être employé dans les circonstances graves.

Les hémorragies dont le point de départ se trouve à l’intérieur du corps, dans les muqueuses du nez, de la poitrine, de l’estomac ou des organes abdominaux, réclament des soins généraux immédiats, qui consistent dans des boissons froides, acidulées avec du vinaigre, du citron ou du vin de Bordeaux ; le repos absolu du corps dans un fauteuil ou, ce qui est préférable, au lit, et une potion au ratanhia que donnerait le pharmacien, en attendant le médecin, si l’écoulement sanguin se prolongeait.

L’application permanente de compresses d’eau froide sur la poitrine ou sur le ventre, auxquelles beaucoup de personnes ont tout de suite recours dans ces cas, ne doit jamais être conseillée que par un médecin qui en surveillera les effets. Beaucoup de fluxions de poitrine et de péritonites ont été occasionnées par l’emploi intempestif et inconsidéré de l’eau froide sur la poitrine ou sur le ventre.

Ces précautions ne sont pas nécessaires lorsqu’il s’agit d'épistaxis.

Pour combattre, dès le début, cette hémorragie, on doit mettre en usage, outre les boissons froides acidulées et le repos du corps, des compresses froides sur le front et sur la nuque, et même de petites boulettes de charpie enduites de perchlorure de fer liquide qu’on insinue dans la narine d’où le sang jaillit.

Le perchlorure de fer liquide est un hémostatique si sûr et si précieux que son nom ainsi que son usage doivent devenir familiers aux gens du monde et surtout aux gens du peuple.

C’est le moyen par excellence pour arrêter, par exemple, les petites hémorragies cutanées qui suivent parfois, chez les enfants et les femmes débiles, l’application des sangsues. Il suffit de quelques gouttes de ce liquide sur un peu de ouate, de linge ou d’amadou pour atteindre à l’instant ce but.

Blessures diverses. — Les engins puissants dont l’homme fait usage dans les travaux salutaires de la paix, ainsi que dans les attentats criminels de la guerre : les machines, voitures, balles, boulets, obus et mille autres instruments de production et de destruction, déterminent parfois des entorses, des contusions profondes, des luxations, des fractures, des broiements, des écrasements, plus ou moins étendus et compliqués.

Ces accidents se produisent partout : sur les voies publiques, dans les ateliers, sur les champs de bataille; presque toujours loin de hôpitaux.

Que faire, dans tous ces cas, en attendant l’arrivée du chirurgien?

Il faut examiner avec attention les blessures en puisant son courage dans le désir d’être utile à son semblable, dans la conviction que des secours immédiats peuvent sauver la vie du malheureux que le hasard met en notre présence.

C’est au fond de son cœur que le chirurgien trouve l’énergie qu’il déploie dans les grands accidents; c’est dans son cœur, dans son amour pour l’humanité, que toute personne étrangère à l’art de guérir doit trouver le sang-froid et la présence d’esprit qui lui permettront d’appliquer les premiers secours que je vais indiquer, et desquels dépend bien souvent la vie ou la mort des blessés.

On commence par nettoyer soigneusement la blessure en

enlevant les linges qui la recouvrent ou les débris qui s y sont introduits, et les portions d’os ou de peau qui sont complètement détachées ; mais il faut bien se garder de laver les plaies saignantes avec de l’eau ; le sang qui coule d’une plaie, s’il n’y a pas hémorragie par une artère coupée, est une colle, une soudure naturelle qui facilite l’adhérence des portions de peau et de chair qu’on cherche à réunir par première ou seconde intention, c’est-à-dire par cicatrisation immédiate ou consécutive.

On rapproche les chairs et on rajuste tous les lambeaux avec les doigts; puis on les maintient en contact, à l’aide de bandelettes agglutinatives ou de bandes de linge.

On arrête ensuite les hémorragies, s’il y en a, avec des compresses, bandes, etc., comme je l’ai dit tout à l’heure.

Après cela, il faut immobiliser les parties mutilées, afin d’éviter les douleurs excessives que le transport des blessés provoque si fréquemment, douleurs qui épuisent, exténuent et tuent beaucoup de patients.

Pour immobiliser les parties mutilées ou déplacées, il suffit <l’appliquer latéralement, au-dessus du premier pansement de linge, trois ou quatre attelles de bois, plus ou moins grossières, faites à la hâte, garnies de linge et assez longues pour déborder en haut et en bas les points lésés.

On fixe ces attelles, au-dessus et au-dessous de la blessure, avec des bandes roulées qu’il faut bien prendre garde de serrer trop fortement.

Mais cette première immobilisation n’est pas suffisante pour permettre aux blessés d’être transportés, sans secousses pénibles, cruelles, même dans les voitures les plus perfectionnées, si l’on n’y ajoute l’ immobilisation complète de tout le membre qui a été atteint, en fixant solidement ce dernier au tronc, s’il s’agit d’un bras; ou au membre res.té sain, s’il s’agit d’un pied, d’une jambe ou d’une cuisse.

Voici , alors, comment on procède :

Supposons qu’il s’agisse du bras. Le pansement complet de la partie blessée étant terminé, on place le bras à demi fléchi contre le tronc et, avec de longues bandes, on entortille tout, -le tronc sain et le bras blessé, de manière â n’en faire qu’un bloc.

Quand la blessure occupe un membre inférieur, on allonge celui-ci contre son correspondant, et on les entortille tous les deux, en y ajoutant au besoin une planche plus ou moins étroite, mais assez longue, qui est elle-même enveloppée dans les tours de bande et qui donne ainsi prise, comme point d’appui, aux mains des aides chargés d’effectuer le transport.

Les blessures graves de la poitrine et du ventre réclament un mode d immobilisation générale analogue, après le premier pansement direct.

ün se sert, à cet effet, de grands et larges bandages de corps formés avec des draps de lit ou des nappes ; et aussi , quand cela est nécessaire, d’une planche étroite et longue, préalablement garnie de linge, sur laquelle le patient est couché, et qui est maintenue par le bandage de corps.

C’est de cette manière qu’on doit transporter au jour les houilleurs qui ont reçu des blessures graves au fond des fosses à charbon.

Dans les cas où le blessé est simplement atteint d’une entorse ou d’une contusion profonde, il est sage de s'opposer tout de suite à un afflux trop considérable de sang dans les parties lésées, en plaçant celles-ci dans la position le plus relevée possible.

Ainsi, par exemple, au lieu de plonger un pied blessé dans un seau d’eau, comme cela se pratique généralement en dépit des règles de l’art et du sens commun, il faut le mettre sur une chaise, dans une position relevée, et y appliquer, jusqu’à l’arrivée du chirurgien, de légères compresses d’eau froide.

A ce propos, disons un mot du reboutage. — Le reboutage n’a de raison d’être que dans les cas où des chirurgiens malavisés ont tenu trop longtemps immobiles les articulations atteintes d’entorse ou de contusion. Le massage forcé vient alors ranimer la vitalité des tissus engourdis et engorgés.

Traitons mieux les entorses, avec une immobilité relative de quelques jours seulement, suivie d’exercices modérés — et les rebouteurs ignorants, n’ayant plus à réparer nos bévues, resteront en présence de celles qu’ils commettent, à chaque instant, et tomberont bientôt en discrédit dans l’opinion publique.

Je tiens encore à faire une remarque au sujet des malheureux

atteints de blessures graves qui nécessitent les soins les plus prompts des chirurgiens.

Pourquoi, au lieu de faire transporter les patients du théâtre de l’accident jusqu’aux hôpitaux les plus proches, ne fait-on pas transporteries chirurgiens, avec leur petit arsenal thérapeutique, auprès de ces infortunés, chaque fois que cela est possible?

C’est une recommandation que je ne cesse d’adresser à nos administrations publiques, parce que j’ai la conviction d’avoir, pour ma part, sauvé la vie à un grand nombre de patients, qui auraient succombé aux grands délabrements dont ils étaient atteints, si je n’avais pris la peine d’aller, au plus vite, les amputer et les panser sur place, plutôt que de perdre un temps précieux en les faisant transporter, comme on le fait presque toujours, chez eux ou dans les hôpitaux.

N’oublions pas aussi d’insister ici sur l’abus que l’on fait trop souvent du genièvre chez les blessés, peu après l’accident.

Une petite quantité de liqueur alcoolique ne nuit certainement pas, mais une tasse d’excellent café chaud ou un verre de vieux vin valent infiniment mieux.

Une dernière remarque à propos de blessures. Ne vous amusez jamais à rechercher dans les profondeurs des tissus les balles qui ne peuvent être nettement senties sous vos doigts ou sous des pinces de chirurgien. Ces corps étrangers s’enkystent facilement dans la tête, dans la poitrine et dans le ventre, sans causer jamais le moindre inconvénient, par la suite, aux blessés. Je connais des douzaines d’individus qui gardent ces projectiles dans le corps depuis de longues années et qui vivent bien.

Hernies. — Dans les elforts musculaires même les plus légers, un accès de toux ou de rire, par exemple, il peut survenir une hernie, c’est-à-dire une issue subite d’une portion d’intestin à travers les anneaux sous-cutanés du ventre.

Dans un cas semblable, une douleur vive, accompagnée ou suivie du développement d’une tumeur du volume d’un œuf de pigeon, quelquefois d’un œuf de cane, appelle l’attention du blessé.

En attendant le chirurgien, à défaut d’un bandage spécial qu’on a rarement tout de suite à sa disposition, il faut se coucher, les

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