AGONIE ET MORT
La mort frappe tous les âges, tantôt soudainement, tantôt après une maladie plus ou moins longue.
On nomme agonie le moment extrême de la vie où la mort paraît imminente, inévitablement prochaine. C’est une période cruelle autant pour les assistants que pour les patients. Elle dure de quelques heures à quelques jours. Quelquefois, malgré les plus sinistres symptômes, après une agonie réelle, le moribond revient à la vie, pour un temps plus ou moins long. Tous les médecins ont constaté des faits semblables. Il ne faut donc pas abandonner à eux-mêmes les agonisants; au contraire, c’est l'instant où l’on doit redoubler, autour de ceux qu’on a aimés, de soins et d’attentions.
Et cela pour deux raisons décisives.
Comme je viens de le dire, l’agonie n’est pas toujours nécessairement suivie de mort. C’est ainsi que, pour ma part, j’ai publié un travail intitulé : Traitement de L'agonie , où j’ai résumé les principaux soins à donner dans cette période si critique des maladies et des accidents graves.
D’un autre côté, le patient, durant l’agonie, n’a pas toujours complètement perdu l'usage de ses sens ni de ses facultés. La voix peut être éteinte, mais l’ouïe persiste souvent jusqu’à la dernière seconde, et reste quelquefois très fine. Les sensations semblent abolies, mais le cerveau palpite et pense.
En présence de cet état, quels sont les devoirs des familles? Quelle conduite ont à tenir les assistants? Ne leur est il pas impérieusement prescrit d’adoucir, de toutes façons, les souffrances corporelles du moribond, et d’occuper, de distraire, de réconforter son esprit par d’affectueuses et agréables paroles, par tous les témoignages d’une sollicitude tendre et ferme, qui jettent des lueurs d’espérance et des rayonnements de souvenirs jusque dans les affres finales de la mort? Au lieu de laisser geindre les agonisants sur leur couche, sans mot dire, au lieu de se tenir à l’écart, loin d’eux, pour pleurer, il faut les entourer, leur parler, leur sourire, leur dire des choses qu’ils aimaient à entendre, leur passer un linge doux, aromatisé, sur la figure, leur faire comprendre et sentir enfin que des mains amies sont là pour les
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soutenir, pour les protéger, pour les aider à vivre encore!... Pas un mot de tristesse, pas une larme de désespérance.
Que celui dont le cœur se gonfle et la voix sanglote se retire un instant pour céder la place à d’autres assistants, momentanément moins émus, et pour revenir après avoir recouvré un peu de calme et de sang-froid.
Voilà comment on doit aider à mourir ses parents, ses proches, ses amis, toute l’humanité.
Qu’on évite donc avec grand soin de déployer devant des moribonds les appareils lugubres, les entretiens funèbres, tout le sinistre cérémonial de certains rites religieux.
♦ On ne pourrait concevoir tout ce que l’administration inintelligente de ce qu’on appelle les derniers sacrements, chez les chrétiens, a causé de tortures, d’angoisses et de désespoir aux malheureux agonisants. Que de fois après avoir quitté, le soir, un moribond, jeune ou vieux, qui semblait attendre en souriant, épanoui, calme, heureux, le lever de son dernier soleil, je l’ai revu, le lendemain, la figure consternée, inquiète, le corps agité, fiévreux, refusant tout secours et toute consolation !
Nous avons évité, dans cette revue hygiénique de la vie humaine, tout ce qui a rapport à l’influence sur la santé et les mœurs, tant privées que publiques, de nos dissensions politiques et de nos pratiques religieuses. Nous nous dispenserons donc de parler ici plus longuement de l’effet déplorable des cérémonies religieuses sur l’esprit des moribonds.
Bornons-nous à insister sur l’importante question des derniers soins, dont ils doivent être l’objet.
L'agonie, on le sait, est. la dernière phase de la plupart des maladies qui ont une terminaison funeste. On la considère généralement, et non sans raison, comme le dernier spasme de l’organisme aux abois, la dernière étincelle de vie, l’avant-coureur certain de la mort.
Quand ce sinistre signe d’une fin prochaine vient à se manifester, il semble que toute lutte soit devenue inutile, que tout secours soit impuissant, que tout effort de conservation soit complètement inefficace. Alors, le moribond attend l’heure suprême, tantôt avec une angoisse poignante, indicible, tantôt dans un état de somnolence précurseur de l’éternel sommeil. Alors, la famille