FONTAINE
(Peinture décorative par P. Boucher).
(Peinture décorative par F. Bouclier).
par l'architecte Gondouin. L'École de médecine a été depuis plusieurs années l'objet de travaux d'agrandissement qui ont doublé son étendue, mais les constructions de Gondouin, pour lesquelles celui-ci s'était inspiré des monuments antiques, ont été fidèlement respectées. Le fronton du bâtiment principal renferme un grand bas-relief dù à Berruer et toute la sculpture décorative a été exécutée par Martin, habile ornemaniste chargé de composer de nombreux modèles pour l'industrie du cuivre. La porte d'entrée en fer ajouré, malgré sa belle exécution, est composée dans un style froid et sans goût; à l'intérieur, l'École de médecine conserve avec une riche bibliothèque, des portraits d'anciens doyens, de grandes tapisseries d'après les dessins de Lebrun, qui lui avaient été offertes par le roi, et un beau cartel de bois sculpté provenant de l'ancienne École de chirurgie. Une partie de ses collections scientifiques est installée dans un vaste bâtiment du Moyen âge, qui servait de réfectoire aux Cordeliers.
Le grand établissement des Frères mineurs appelés les Cordeliers, avait été fondé par saint Louis. Leur église abritait les tombeaux de plusieurs princes de la famille royale, qui furent détruits en partie dans un incendie survenu en 1580. Ce qui restait de ces sépultures a été recueilli par Alexandre Lenoir et se trouve actuellement à Saint-Denis. Le même monarque avait également fait construire l'église des Jacobins, située entre les rues Saint-Jacques et de la Harpe. Les derniers travaux d'élargissement de la rue Soufllot ont fait reparaître un arceau du cloître de ce couvent, intéressant débris architectural du xin0 siècle, qui a été transporté à l'hôtel Carnavalet. La chapelle des Jacobins de son côté renfermait vingt-deux tombeaux de la famille des Capétiens. C'était une sorte de succursale de Saint-Denis, qui était presque abandonnée avant la Révolution et dans laquelle Lenoir n'avait pu faire qu'une incomplète récolle historique.
Les gravures du temps nous ont conservé l'aspect du cloître des Gordeliers, du collège des Cholels, du collège d'Harcourt, du collège et de l'hôtel de Cluny et du Collège royal (collège de France, xvf siècle) dont l'histoire était si intimement liée à celle de notre Université et qui n'ont disparu que dans noire siècle.
Plusieurs tourelles récemment disparues par suite de l'agrandissement de l'École de médecine donnaient à la rue Hautefeuille et à lo rue Larrey un aspect particulier. La première de ces voies en conserve trois encore, dont deux font partie d'une curieuse maison de la fin du xv° siècle, dont la corniche saillante et les lucarnes massives semblent menacer les passants d'une chute imminente. La maison portant le n° 16
L'UNIVERSITÉ
de cette même rue, connue sous le nom d'hôtel de Fécamp, était décorée de boiseries sculptées d'arabesques, de carquois, d'arcs et de boucliers datant du xvie siècle qui en ont été enlevés il y a quelques années. Nous ajouterons que les tourelles de la rue Hautefeuille ont été publiées dans la statistique monumentale de Paris par M. Albert Lenoir, et que celles qui ont été supprimées furent relevées soigneusement avant leur démolition.
Le quartier de Saint-André-des-Arts a conservé jusqu'ici son ancienne physionomie. Nous citerons les maisons nos 31, 39 et 58 de la rue Saint- André-des-Arls, dans lesquelles on remarque de grandes portes de l'époque de Louis XIV; au n° 27 est une belle façade de maison avec un balcon de style Louis XV; un second balcon du même temps existe au n° 52. Plus remarquable encore est le balcon de l'hôtel n° 47, qui est soutenu par des consoles d'une allure très originale; les vantaux de la porte sont décorés d'enroulements sculptés dans le genre rococo le plus fantaisiste.
L'église Saint-André-des-Arts a été rasée à l'époque de la Révolution, mais auparavant Lenoir en avait enlevé un certain nombre de morceaux intéressants. Le monument funéraire de Jacques-Auguste de Thou et de ses deux femmes qui figurait dans l'une des chapelles, avait été partagé entre les Musées de Versailles et du Louvre. M. Courajod avait pu avant de mourir, reconstituer dans ce dernier musée, l'ensemble de cette belle œuvre de François Anguier. Il avait également rapproché dans ce musée les fragments du tombeau de Christophe de Thou par B. Prieur. La demeure de la famille de Thou se voit encore dans la rue des Poitevins; elle vient d'être appropriée à l'usage du cercle des sociétés savantes. Quelques restes de la façade, une rampe d'escalier et des fragments isolés viennent seuls y rappeler le séjour de ces savants bibliophiles. M. Daly a relevé W deux fenêtres de maisons de la rue des Vieux-Augustins, l'une de l'époque de Henri II, et l'autre du temps de Louis XIV, ainsi qu'une porte en bois de la rue Pavée-Saint-André-des-Arts, sculptée dans le style du xvuc siècle. Presque toutes les maisons de la rue Séguier ont conservé leur aspect primitif; à toutes les fenêtres sont des balcons qui datent du xvue siècle; au n° 18 un bel hôtel précédé d'une grande cour où conduit un portail important est décoré d'un bel escalier en fer forgé (2) dans lequel on accède par une grande porte à vantaux sculptés; aux nos 16 et 17 ce sont d'autres portes du xvme siècle.
(1) Daly, Motifs extér., t. I, pl. 3.
(2) Daly, liev. gênér. d'arch., 18/5.
La prolongation récente de la rue Monge jusqu'à la Seine, a apporté la lumière clans plusieurs ruelles obscures et étroites de ce quartier. Déjà, des constructions nouvelles se sont élevées sur remplacement de l'ancien hôtel de Goret de Saint-Martin, rue de l'Hôtel Colbert, décoré par Thibault Poissant, de bas-reliefs en plâtre qui n'ont pu être conservés, mais qui ont été reproduits dans Y Ami des monuments parisiens. On a également supprimé, rue du Fouarre, la demeure d'un bibliophile inconnu. Les vantaux de bibliothèque en chêne sculpté qui renfermaient ses collec'.ions, ont été déposés au Musée des Arts décoratifs, mais les employés chargés de dresser la liste des réserves de l'Administration municipale, avaient oublié d'y joindre une cheminée de marbre surmontée d'un encadrement de glace en bois sculpté, charmant motif de l'époque Louis XV, qui est tombé dans les mains d'un marchand d'objets d'art. L'un des bas-fonds du vieux Paris, connu sous le nom de Château-Rouge, occupe le rez-de-chaussée d'une ancienne maison de la rue Galande que la tradition populaire croit avoir été la demeure de Gabrielle d'Estrées. Rien ne semble justifier cette assertion, mais la maison présente encore quelques traces d'une ancienne décoration, et les vagabonds de la Fosse-aux-Lions s'étendent sous des plafonds à peintures enfumées, qui semblent avoir servi à une salle de bains. Non loin de là, dans la rue des Noyers, une maison portant le n° 25, était décorée d'un grand salon sculpté qu'un amateur inconnu a enlevé, il y a quelques années, ne laissant en place que la rampe en fer d'un escalier qui date des premières années du xvme siècle. Perdu au milieu des ruelles étroites qui l'avoisinent, le prieuré de Saint-Julien-le-Pauvre où se réunissaient les assemblées générales de l'Université, vient de recevoir une destination qui le met à l'abri du marteau des démolisseurs. Après avoir servi depuis longtemps de chapelle à l'Hôtel-Dieu de Paris, il est actuellement concédé au culte grec. Bien qu'il ait été privé de sa façade et d'une partie de sa nef, il se recommande par une disposition architecturale d'une rare élégance. Rien n'est plus original que l'assemblage de piliers et de colonnettes savamment disposés dans le style du xmc siècle, qui termine les trois absides, et dont on doit admirer à la fois la force et la légèreté.
II ne reste que le souvenir de la maison des Carmes qui, pendant le Moyen âge, fut l'un des plus grands et des plus riches couvents de Paris. L'emplacement en est occupé par un marché. On a découvert récemment dans des travaux de démolition de la place Maubert, les poutrelles d'une maison en bois sculpté du commencement du xvic siècle, dont l'acquéreur demandait un prix bien supérieur à leur valeur. On ne retrouve
L'iArt ^Décoratif dans le Vieux
'Paris.
Décoration d'un des Salons de l'ancien Hôtel Mole. (î\Cinistèrc des Travaux Publics).
(Epoque de Louis XV)
L'UNIVERSITÉ
plus nulle trace de l'antique abbaye de Saint-Victor dont l'église était l'une des plus importantes de Paris. Seule, une fontaine érigée devant l'une des entrées du Jardin des Plantes a perpétué le nom des Victoriens. Le Musée du Louvre a reçu de Versailles l'effigie mortuaire de Guillaume de Chanac, évêque de Paris (1348), qui s'était fait ensevelir dans l'infirmerie de l'abbaye. C'est avec la s'atue de Matifas de Bucy conservée à Notre-Dame, les deux seuls monuments funéraires de nos évèques du Moyen âge qui subsistent encore.
Les quais de la rive gauche ne présentent qu'un nombre restreint de monuments curieux sous le rapport de l'art décoratif. Sur le quai de la Tournelle, on ne peut citer que la pharmacie centrale des hôpitaux de Paris, installée dans l'ancien hôtel île Nesmond. Les ouvertures de la façade regardant le jardin sont surmontées de clefs de voûte, de mascarons et de guirlandes d'un beau style; dans l'intérieur existe au rez-dechaussée une chapelle dont les boiseries sculptées et les peintures en grisaille datent de la première moitié du xvne siècle. Une vaste pièce du premier étage a été disposée pour recevoir un musée composé des vases de pharmacie et des objets curieux conservés dans les divers hôpitaux de Paris, et qu'il convenait de sauver de la destruction. Cette collection, qui renferme plusieurs pièces importantes, a été décrite dans la Gazelle des Beaux-Arts, par M. Édouard Garnier.
Le quai des Grands-Auguslins a conservé quelques-unes de ses maisons anciennes, mais elles n'ont rien de remarquable, et nous nous bornerons à citer celle occupée par le restaurant Lapérouse, qui, malgré des couches superposées de peintures, est ornée de clefs à mascarons et de gracieux appuis de fenêtres en fer forgé. Le couvent des Grands- Augustins avait pris une extension nouvelle, depuis que le roi Henri III y avait établi le chapitre de l'ordre du Saint-Esprit, créé en 1579. Son église, actuellement disparue, renfermait des objets d'art remarquables dont plusieurs nous sont parvenus. La chaire du prédicateur était ornée de figures d'anges tenant les instruments de la Passion et de trois basreliefs représentant la Prédication de saint Paul, saint Jean dans le désert et Jésus et la Samaritaine, entaillés dans la pierre, par Germain Pilon. Toutes ces sculptures sont aujourd'hui déposées au Musée du Louvre, après bien des vicissitudes qui les ont cruellement maltraitées, à l'exception d'une seule qui est restée à l'état de ruine dans l'Ecole des Oeaux-Arts. Une chapelle particulière communiquant avec l'église, par une porte le plus souvent close, renfermait la sépulture de la famille de Philippe de Comines, dans laquelle cet historien s'était fait représenter avec sa femme, Hélène de Chambes et sa fille, Jeanne de Pen- Gn. 0
Ihièvre. Les effigies des trois personnages sont conservées an Musée du Louvre. On ignore l'artiste auquel on doit les figures de Comines et de sa femme, et l'on attribue la slatue de leur fille à Martin Claustre. Les parois de la chapelle étaient revêtues de délicieux bas-reliefs dont les sujets et les arabesques étaient empreints d'un goût tout italien. Quatre de ces bas-reliefs représentant les Évangélistes sont au Louvre; les autres panneaux, sur lesquels sont sculptées des scènes mythologiques qui semblent empruntées à des plaquettes italiennes, ont été disposés autour de la seconde cour de l'École des Beaux-Arts. Ce qui subsiste encore de ces monuments exposés à la pluie depuis près d'un siècle, a été moulé dernièrement; il est à désirer que ces débris soient enlevés et mis à couvert, avant leur disparition complète. Diane de Vivonne, comtesse de Larchant, veuve de Nicolas de Grimonville, capitaine des gardes du corps, avait voulu y être enterrée auprès de son mari dont elle avait commandé la sculpture à Maugé (1611).
L'intérieur du chœur des Grands-Augustins était entouré de stalles sculptées, au-dessus desquelles étaient placés six grands tableaux représentant les chapitres de l'Ordre du Saint-Esprit, tenus par les rois de France après leur sacre. Le Musée du Louvre possède le chapitre inauguré par Henri III en 1579, qui a été peint par Jean-Baptiste Vanloo, ainsi que la cérémonie présidée par Henri IV qui est due à Jean- François de Troy; ce sont deux belles pages historiques peintes dans un sentiment très décoratif. On voit au Musée de Toulouse la répétition d'un tableau de Philippe de Champaigne où est représenté le chapitre tenu par Louis XIII. Il y a plusieurs années, on a mis en vente, à Paris, la plus récente de ces toiles, où Doyen avait retracé la dernière cérémonie, lors de l'avènement de Louis XVI. Jean-Baptiste Vanloo avait peint, en outre, celles de Louis XIV et de Louis XV qui sont perdues. 11 avait été chargé, en môme temps, de faire des reproductions de ces compositions historiques pour un maître de l'Ordre; ces charmantes petites toiles, acquises par la ville pour le Musée Carnavalet, ont disparu dans l'incendie de 1871.
La spéculation s'est moins portée sur le quartier des Augustins. On y voit toujours les fenêtres du style Henri II et du temps de Louis XIV, ainsi qu'une grande façade de maison à trois étages avec des fenêtres superposées et disposées clans le goût du xvne siècle et qui ont été relevées par MM. Lance et Calliat dans Y Encyclopédie d'architecture, (t. VIII).
L'Hôtel des Monnaies est l'un des meilleurs monuments construits par l'architecture française de la fin du règne de Louis XV. La façade,
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d'un style sévère, se compose d'un avant-corps soutenu par six colonnes d'ordre ionique, que surmontent des statues dues à Lecomte, à Pigalle et à Mouchy. Au rez-de-chaussée de l'avant-corps s'ouvrent cinq portes en bois sculpté et en fer ajouré, dont la principale est surmontée d'un groupe de deux figures assises et soutenant les armoiries royales. Le vestibule d'entrée est divisé en trois galeries et conduit à un grand escalier qui se partage en deux degrés. L'avant-corps est occupé à l'intérieur par une salle d'exposition de vastes dimensions, qui a conservé la décoration primitive due à Antoine, l'architecte du monument. Cette pièce de forme rectangulaire est surmontée, dans sa partie supérieure, par une galerie disposée sur un plan octogone. Toutes les armoires d'exposition de ce cabinet sont ornées de frises d'encadrement et de baguettes en plomb doré d'un travail très délicat; dans les arcs de la cheminée et de la porte d'entrée sont peints des bas-reliefs symbolisant les sciences de la chimie et de la minéralogie; d'autres bas-reliefs allégoriques imitant des carnées décorent les dessus de porte. Une partie de ces ornements est due à Forty. C'est le seul ouvrage connu de l'un des meilleurs dessinateurs de l'époque de Louis XVI, qui a laissé de charmants modèles de serrurerie et de ciselure sur cuivre. Le grand cabinet de l'Hôtel des Monnaies présente un type très complet de l'art décoratif du règne de Louis XVI; il a reçu dernièrement un plafond peint qui devait y figurer, d'après les plans d'Antoine, mais qui n'avait jamais été exécuté jusqu'à nos jours.
L'ancienne librairie Maire-Nyon, fondée depuis plusieurs siècles, se voit encore sur le quai Conti, entre l'Hôtel des Monnaies et l'Institut. Elle a gardé, au rez-de-chaussée, ses boiseries primitives qui sont en partie recouvertes de rayons renfermant des livres. Les belles collections appartenant à M. Foule, avant d'être transportées dans son hôtel de la rue de Magdebourg, sont restées pendant plusieurs années exposées dans un salon sculpté de style Louis XIV, qui décore le premier étage de cette maison. Ces boiseries viennent d'être vendues moyennant le prix de 75,000 francs. Là s'élevait autrefois l'hôtel de Nesle de tragique mémoire qui devint ensuite la propriété des ducs de Gonzague, puis celle de la famille Guénégaud et enfin des princes de Conti. Il y avait le grand et le petit hôtel de Conti. Le petit fut habité par Gourville, le serviteur dévoué du surintendant Fouquet. Cette demeure devint au xvine siècle l'Hôtel du Garde-Meuble, et fut démolie pour l'établissement de l'Hôtel des Monnaies.
En prenant possession du collège des Quatre-Xations, l'Institut a fait table rase de toute la disposition intérieure de l'édifice créé par le
liS
cardinal Mazarin. La façade extérieure a seule été respectée. La chapelle a été convertie en une salle de séances publiques, aussi disgracieuse d'aspect que d'usage incommode, et le tombeau du fondateur, qui y était placé, a été transporté au Musée du Louvre. Coyzevox a sculpté les figures de ce mausolée, mais il s'y est montré inférieur dans certaines figures et il n'a pas rencontré l'heureux mouvement dont Girardon a su animer le tombeau du cardinal de Richelieu. La bibliothèque du Collège a seule trouvé grâce devant les architectes modernisateurs de l'Institut. Elle est restée intacte avec ses rayons séparés par les colonnes corinthiennes, qui avec les livres, sont venues de la bibliothèque du palais Mazarin dans le Collège des Quatre-Nations, en môme temps qu'un assez grand nombre de bustes faisant partie de la collection du cardinal. La bibliothèque a eu l'heureuse fortune de s'enrichir, sous la période révolutionnaire et grâce à son conservateur Leblond qui était en même temps membre de la Commission des arts, d'un choix remarquable de meubles précieux, de lustres et de sculptures, parmi lesquels se trouvent plusieurs pièces d'une grande valeur pour l'histoire de l'art décoratif. Telles qu'elles sont aujourd'hui, les galeries de la Bibliothèque Mazarine forment une retraite pleine de charme pour le curieux et l'érudit qui peuvent s'y isoler, pendant quelques heures, du bruit et du mouvement de notre ville affairée.
LE LUXEMBOURG
Le faubourg qui s'étendait aulourde la muraille de l'ancienne Université, était déjà couvert d'habitations, lorsque la reine Marie de Médicis entreprit de faire construire un palais nouveau sur un emplacement qu'elle acheta en 1612, au duc Piney de Luxembourg, et qu'elle augmenta par de nombreuses acquisitions faites aux Chartreux, à l'Hùtel- Dieu et à divers particuliers. Elle confia la direction des travaux à l'architecte Salomon de Brosse, qui suivant le désir de la reine, s'inspira du style à bossages du palais Pitti, sans que cette imitation très lointaine ait nui à l'originalité de l'œuvre nouvelle, assurément supérieure à son modèle. Ce beau palais auquel est resté le nom de Luxembourg, après plusieurs appellations différentes, est actuellement plus étendu que du temps de Marie de Médicis; les travaux d'agrandissement de la Chambre des pairs, sous le règne de Louis-Philippe, ayant amené la construction d'une nouvelle façade s'avançant sur le jardin et répétant les dispositions de l'ancienne, en même temps que la suppression de la cour d'honneur fermée par une balustrade, dont les marbres provenaient du tombeau projeté pour les Valois, dans l'abbaye de Saint-Denis. Si l'aspect extérieur est resté intact, il n'en est pas de môme de l'intérieur qui a subi de profonds remaniements et où l'on ne retrouve plus la moindre trace rappelant le séjour de Marie de Médicis. L'appartement de la Reine était situé dans l'aile de droite et on y accédait par un escalier qui conduisait dans la salle des gardes; on passait de là clans le Cabinet Doré autour duquel étaient placés dix tableaux représentant des sujets tirés de l'histoire de Marie de Médicis et de sa tante Catherine. Ces peintures, attribuées par les anciens inventaires à Jeanet, sont aujourd'hui perdues. Germain Brice , qui les avait vues, les décrit comme étant l'œuvre de Cosimo Rosselli de Florence, qu'il confond avec Matteo Rosselli (1578 à 1650). Suivant lui, ces panneaux représentaient divers événements de l'histoire de Marie de Médicis. Mais Bailly,
garde des tableaux du roi, qui avait a sa disposition des renseignements certains, les catalogue comme représentant des sujets tirés de la vie de Catherine de Médicis. Les œuvres étant disparues, nous devons rester dans le doute. Il est présumable qu'elles avaient été commandées pour servir de cartons à des tapisseries et qu'elles formaient une sorte de complément à la curieuse tenture conservée à Florence, dans laquelle se déroule l'histoire de Catherine de Médicis. M. le comte de Laborde a cru retrouver l'un des panneaux provenant du Luxembourg, dans la collection de Lord Carliste à Castel-Howard en Angleterre. Le Cabinet Doré contenait quatre tableaux et neuf panneaux en plafonds de Jean Mosnier, représentant des allégories à la gloire de Marie de Médicis. L'un de ces tableaux est au Louvre ; deux autres ont été transportés dans la salle du Livre d'Or.
La chambre de la Reine, garnie d'un mobilier somptueux d'orfèvrerie et dont nous ne connaissons pas les détails de la décoration, était attenante à une vaste galerie percée de neuf fenêtres sur la cour et de neuf fenêtres du côté du jardin. Cette galerie pour l'exécution de laquelle Marie de Médicis s'était adressée au plus grand maître de l'époque, Pierre-Paul Rubens, n'existe plus; elle a été détruite pour faire place à un grand escalier conduisant aux salles du Sénat. L'arliste anversois que la Reine avait choisi sur les conseils du baron de Vicq èt de Claude Maugis, vint à Paris en 1621. Il y fit les esquisses des compositions qu'il acheva ensuite dans son atelier. Quatre années lui suffirent pour terminer cet immense travail, dans lequel la vie de la souveraine est retracée en vingt-quatre grands tableaux. L'histoire de Marie de Médicis est l'œuvre la plus importante de Rubens, et son génie seul était capable de s'acquitter avec ce brio d'une tâche aussi ingrate. Le rôle politique de la Reine était peu intéressant, et le programme allégorique que l'on avait imposé au peintre, venait encore rendre le sujet plus difficile à traiter. Par la vérité des portraits qu'il a introduits dans ces vastes toiles historiques, par l'originalité des ornements d'architecture, par l'éclat des costumes et des accessoires, par la fraîcheur de son coloris, Rubens a su galvaniser la banalité des épisodes et racheter la lourdeur des divinités allégoriques qu'il avait empruntées aux statues antiques, et dont il faisait des personnages flamands. Singulier mélange de profane et de sacré; pleine d'anachronismes choquants pour l'historien, la vie de Marie de Médicis est d'un charme inépuisable pour tous ceux qui aiment la peinture pour elle-même, en même temps qu'elle est un modèle inimitable de composition décorative. Nous ne saurions oublier qu'elle a été le meilleur guide de Watteau, le peintre le plus original que la
LE LUXEMBOURG
France ait possédé, et que toute l'école du xvme siècle est venue y prendre des leçons. Si peu sympathique que soit la personnalité de la Reine , sachons-lui gré d'avoir immortalisé sa mémoire en faisant preuve, une fois au moins dans sa vie, d'un véritable goût artistique, lorsqu'elle a préféré Rubens aux peintres Duchesne, Jean Mosnier, Quentin Varin, Gentileschi, Philippe de Champaigne et même à Poussin alors à ses débuts, qui travaillaient aux ornements du palais du Luxembourg.
On entrait dans la Galerie de Médicis par deux portes communiquant aux grands appartements au milieu desquels était une cheminée où se voyait le grand portrait équestre de la Reine représentée en Rellone; de chaque côté de la cheminée étaient les portraits de François de Médicis et de Jeanne d'Autriche, le père et la mère de Marie de Médicis.
Les autres toiles étaient placées dans un ordre chronologique et à partir de la cheminée, entre les fenêtres de la galerie : c'étaient successivement : la Destinée de la Reine, la Naissance de la Renie, Y Éducation de la Reine, la Présentation du Portrait de la Reine à Henri IV, le Mariage de la Reine, le Débarquement de la Reine, Y Entrevue du Roi et de la Reine, Y Accouchement de la Reine, le Roi partant pour la Guerre, et le Couronnement de la Reine. Un tableau occupant toute la largeur de la galerie et représentant Y Apothéose de Henri IV et la Régence de la Reine, était disposé en regard de la cheminée. Les sujets placés du côté de la cour commençaient par le Gouvernement de la Reine, vaste toile formant pendant au Couronnement, le Voyage de la Reine au pont de Cé, Y Échange des deux Reines, la Félicité de la Régence, la Majorité de Louis XIII, la Reine s'enfugant du Château de Rlois, la Reine prenant le parti de la Paix, la Conclusion de la Paix, la Paix confirmée dans le Ciel et le Temps découvrant la Vérité qui venait rejoindre la cheminée. Les esquisses originales de ces compositions qui ont appartenu à l'aumônier de la Reine, Claude Maugis, sont partagées entre le Pinacothèque de Munich et l'Ermitage de Saint- Pétersbourg; le Musée du Louvre en possède une qu'il a acquise à la vente d'Ary Scheffer. Malgré sa facilité prodigieuse d'exécution, Rubens n'aurait pu terminer à lui seul et en quatre années une entreprise aussi colossale. Il se fit aider par ses élèves, Justus van Egmont, Jacob Jordaens, Cornelis Schut, Théodore van Thulden, Mompers et Wildens. Franz Snlyders avait peint les animaux et Lucas Van Uden avait exécuté les paysages de ces compositions. L'histoire de Marie de Médicis est l'une des principales richesses de la collection de tableaux du Musée du
Louvre. Elle n'y est entrée définitivement qu'après plusieurs déplacements. Elle fit parlie de la collection de peinture ouverte au public, dans le Luxembourg, sous le règne de Louis XV, puis elle en avait été retirée lorsque ce palais avait été concédé au comte de Provence, frère du roi Louis XVI, et déposée dans les magasins du Louvre pour faire partie du Muséum que M. Dangiviller, directeur des Bâtiments, se proposait d'établir et qui fut inauguré en l'an II. Les tableaux de Rubens ne restèrent pas longtemps au Musée et ils revenaient au Luxembourg en l'an X, avec la Vie de Saint-Bruno, par Lesueur, et les Ports de France, par Joseph Vernet, pour constituer la galerie du Sénat conservateur. Après les événements de 1815, X Histoire de Marie de Médicis fut ramenée au Louvre afin de combler les vides causés par les restitutions faites aux pays étrangers, et cette fois, ce fut sans esprit de retour. Pendant leur long séjour dans les salles désertes du Luxembourg, ces toiles avaient souffert de la chaleur et de l'humidité, ainsi que des outrages causés par de mauvaises restaurations au xvnic siècle. Le peintre Cari van Falens avait été chargé de les rétablir dans leur état primitif. La Direction des Musées, sous le second Empire, fit disparaître les couches superposées de vernis et les repeints qui les obscurcissaient, et cet enlèvement a permis de retrouver les tons clairs et transparents de la peinture primitive qui restait intacte sous ce linceul.
Le charme incomparable de l'œuvre de Rubens avait décidé la Reine, malgré de nombreuses compétitions, à confier à ce peintre la décoration d'une nouvelle galerie qu'elle avait fait disposer dans l'aile gauche du Palais et qui devait être consacrée à la gloire de Henri IV. Cette seconde commande, faite en 1629, ne devait pas avoir le sort de celle qui venait d'être achevée. L'exil de la Reine, qui s'en alla mourir à Cologne, ne permit pas d'y donner suite et les sujets commencés restèrent dans l'atelier de Rubens. L'inventaire de ses œuvres, fait après son décès en 1640, comprend six grandes pièces imparfaites, représentant des sièges de villes, des batailles et des triomphes de Henri IV, commencés depuis quelques années pour la galerie du Luxembourg. Deux de ces toiles inachevées : le Triomphe du Roi et la Bataille d'Iory sont à la galerie de Florence. Un tableau de la galerie de Munich attribué à Van Dyck et représentant la Défaite du duc de Mayenne à Saint- M artin-a" Eglise, ainsi qu'un aulre analogue possédé par M. Bockairy ne semble pas avoir fait partie de la même suite, en raison de leurs dimensions et de la façon dont les compositions sont traitées. Quelques pièces destinées à cette galerie s'ajoutent à ces œuvres : en première ligne on doit citer la Figure de la France, sous les traits de Marie de Médicis, tenant les
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balances de la Justice et couronnée par les génies, admirable peinture décorative qui fait partie de la collection Lacaze, léguée au Musée du Louvre; une esquisse du Triomphe de Henri IV, ayant appartenu à Richard Vallace; une autre esquisse provenant delà collection Suermondt et conservée au Musée de Berlin qui représente Y Entrée de Henri IV à Paris, et une troisième esquisse appartenant autrefois au général Huppes en Angleterre, dans laquelle le Roi emmène Marie de Médicis sous les auspices de l'hyménée.
La galerie qui devait contenir l'histoire de Henri IV est restée dans son état primitif, jusqu'à ces dernières années. Elle est voûtée en berceau et dans les douze caissons du plafond, d'une pauvreté décorative trop accentuée, Jacob Jordaens a représenté les signes du Zodiaque, caractérisés par des figures robustes de divinités. La partie centrale, laissée longtemps vide, a été remplie par une peinture due à Antoine- François Callet : le Lever de l'aurore, lorsque le palais du Luxembourg fut affecté au Sénat, en l'an X. Aprèsavoir longtemps servi à l'Exposition des tableaux de notre École moderne, cette galerie a été reprise par le service du Sénat, pour y installer une annexe de sa bibliothèque.
L'appartement de la Reine comptait encore la chambre des Neuf Muses, ornée des figures des neuf sœurs, attribuées à Orazio Lomi Gentileschi. Au milieu était une Minerve, par Philippe de Champaigne, qui remplaçait un Apollon maltraité par le temps. Ces peintures décorant le lambris et dont l'inventaire de Bailly, au commencement du xviif siècle, donne la description, étaient encore déposées, il y a peu d'années dans les magasins du Louvre. Le plafond, par Mosnier, représentait une Renommée tenant des trompettes aux armes et au chiffre de la Reine.
L'extrémité de la grande galerie de droite aboutissait à l'un des deux pavillons situés sur la rue de Vaugirard. Quand on supprima cette galerie, on construisit sur une partie de son emplacement diverses salles où furent exposés diverses toiles avec les Ports de France par Joseph Vernet, qui plus lard furent ensuite réunis au Musée de l'École française moderne. L'une de ces pièces fut alors décorée d'un plafond de Jean Simon Barthélémy, représentant le Génie victorieux de la France, terminé en l'an XII ; il est entouré d'une voussure ornée de quatre bas-reliefs peints par Pierre-François Lesueur et symbolisant l'Agriculture, l'Instruction publique, le Fruit des victoires, le Commerce et l'Industrie. Les deux voussures de l'ancienne galerie de peinture sont occupées par deux grandes peintures en grisaille, de Naigeon l'aîné, consacrées à la gloire de Rubens et à celle d'Eustache Lesueur, dont les tableaux ornaient à ce moment Ch. m
Il L'ART DÉCORATIF DANS LE VIEUX PARIS.
le musée. Les anciens visiteurs de nos collections publiques doivent se rappeler le long bas-relief qui était placé dans la salle d'entrée du Musée du Luxembourg, et qui avait été commandé en 1798 à Jean Guillaume Moilte, pour le vestibule du palais donnant sur le jardin. Malgré des qualités sérieuses d'exécution, le sujet de ce bas-relief : La Fiance entourée des vertus et appelant ses enfants à sa défense, était d'une Interprétation difficile; aussi le livret du musée prévenait-il naïvement le public que l'unifurme français ne se prêtant pas à la sculpture, l'artiste avait été obligé d'emprunter le costume des anciens romains. En l'an VI, on n'admettait que l'art antique et les imitations de la sculpture romaine.
L'architecte Chalgrin avait proposé, à l'époque du Directoire, de rassembler dans une salle spéciale ce qui restait des boiseries et des panneaux qui avaient orné le cabinet doré, le cabinet des muses et l'oratoire de la Reine. Il avait obtenu en même temps l'autorisation de prendre dans les magasins du Louvre d'autres boiseries peintes en arabesques qui devaient compléter celte décoration. Le projet n'eut pas de suite, et il ne fut réalisé qu'en 1817, par son successeur Jean-Louis Provost, qui donna à celte pièce le nom de salle du Livre d'Or. Il avait existé dans l'ancien palais un Cabinet Doré, mais il était sans doute détruit, et les architectes ne se préoccupèrent pas assez du style de la régence de Marie de Médicis, pour sa réfection.
Dans la composition du plafond l'architecte fit entrer des voussures et des caissons peints de provenances diverses et qui ne s'accordent pas entre eux, et pour couvrir les lambris, il se servit des panneaux provenant des magasins du Louvre. Il est résulté du mélange des boiseries de ces deux palais, une juxtaposition de manière et de faire différents, à laquelle vinrent s'ajouter les repeints que l'on a fait subir aux tableaux et aux arabesques. Ayant à compléter certaines parties qui manquaient, le restaurateur s'est attaché à donner aux peintures anciennes le môme aspect qu'aux nouvelles, et à dissimuler les raccords trop brusques sous une tonalité générale. C'est ainsi que les médailles de plusieurs pilastres du style de Louis XIV, offrent des tètes dont les traits rappellent les compositions de Prud'hon. Malgré toutes les mutilations infligées à ces peintures, un examen attentif y fait cependant découvrir des œuvres d'une grande valeur, dont la destination première peut être reconnue. Tout d'abord, le motif central du plafond répond à l'un des tableaux décrits dans l'inventaire des tableaux de la couronne, dressé en 1710, alors que les décorations du Luxembourg étaient encore en place : « Un tableau en plafond du vieux Monier représentant Marie « de Médicis assise sur un nuage, soutenue par un aigle, tenant un
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« sceptre dans sa main, et une femme tenant un cordon qui lie un fais- « ceau de flèches qu'on lui présente. Hauteur, S pieds 1/2 sur 7 pieds « de long, peint sur bois de forme octogone. Celui-ci se trouvait dans le « cabinet doré »,
On reconnaît encore une peinture de Jean Mosnier de Blois, dans le caisson central du plafond de l'alcôve qui correspond au môme inventaire : « Un tableau en plafond du vieux Monier, représentant .Marie de Médicis sur un nuage entre deux figures ailées, dont l'une tient une ancienne couronne et une lance, hauteur cinq pieds sur sept pieds de long à oreilles par les bouts. Celui-ci encore dans le cabinet doré ».
L'architecte a complété ce plafond en y plaçant deux bandes longitudinales composées de huit bustes allégoriques de femmes dont l'aspect moderne fait un contraste frappant avec la spirituelle légèreté d'une frise circulaire d'enfants tenant des guirlandes formant la voussure.
L'élément principal de la décoration de la salle du Livre d'Or se compose de pilastres à arabesques sur fond d'or, qui n'ont aucun rapport avec les peintures du plafond. Bien qu'il n'y ait, entre ces œuvres, qu'un faible intervalle chronologique, il est facile de reconnaître que les premières appartiennent à l'art franco-flamand de la fin du xvie siècle, dont Jean Mosnier fut un des derniers représentants, tandis que les autres sont empreints de la grâce noble et facile qui sont les attributs de notre école dirigée par Vouet, Lesueur et Lebrun. Nous pensons que ce sont là des boiseries peintes qui proviennent du Louvre et que cette translation a rejetées dans un oubli immérité. Les descriptions anciennes du palais du Louvre mentionnent les peintures à grotesques des appartements de la reine Anne d'Autriche, qui occupaient le rez-de-chaussée de la galerie d'Apollon. La chambre à coucher, disposée dans une partie de la salle du Centaure (actuellement salle des Antonins) et la salle de bains aménagée dans la salle du Candélabre (salle de la sculpture grecque primitive), étaient décorées de tableaux et de figures allégoriques dont les sujets se retrouvent dans l'inventaire de Bailly et clans la biographie de Lesueur, par Guillet de Saint-Georges. Les principaux tableaux de ces appartements avaient été exécutés par Lesueur, tandis que, pour certains autres, celui-ci s'était contenté de dessiner une partie des figures accessoires et des ornements, peints ensuite par Poerson le père. Classées parmi les meilleures œuvres de Lesueur, les peintures des chambres d'Anne d'Autriche disparurent à la fin du siècle dernier, lors des grands travaux d'aménagement des galeries du musée des Antiques. C'est vraisemblablement à la môme époque, et dans le désir de les sauvegarder, que Chalgrin les aura obtenues pour
les utiliser au Luxembourg. Il est à présumer que, sans cette nouvelle affectation, elles eussent été complètement perdues. Plusieurs panneaux de la salle du Livre d'Or sont analogues à ceux qui sont cités dans la vie de Lesueur par G. de Saint-Georges, comme existant au Louvre : « Dans les deux dessus de porte de la chambre, il a peint des vases de fleurs et des enfants qui se divertissent à faire des guirlandes ». Avec ces panneaux, l'architecte en avait recueilli d'autres semblables qu'il a placés dans les embrasures et les soubassements des fenêtres, sur les volets et sur toutes les surfaces disponibles du lambris. Ces charmantes compositions, plus ou moins altérées par les restaurations, sont d'une originalité d'invention qui rappellent les grâces charmantes de la décoration de la chambre des Muses à l'hôtel Lambert. C'est une succession de motifs empruntés à l'antique et cependant nouveaux, que Bérain n'a fait qu'imiter sans les surpasser. Cette comparaison est rendue plus facile par la reproduction de quatre compositions de ce dessinateur, qui remplissent autant de grands panneaux restés vides.
En donnant à la salle du Livre d'Or l'aspect d'une chambre à coucher, Provost se conformait vraisemblablement à la disposition des panneaux qu'il avait obtenus; il dut également en faire concorder la hauteur avec celle qu'avaient les pilastres peints à chapiteaux corinthiens, et avec les piliers carrés de l'alcôve de cette chambre à coucher. Une autre partie de ces boiseries doit provenir de la chambre des bains, de même que les panneaux peints et à glaces oblongues qui garnissent le fond de l'alcôve, et qui représentent les Vertus et les attributs de la royauté. Une porte à double face avec un médaillon central dont les ravissantes peintures sont empruntées à l'histoire de l'Amour, donne accès dans la pièce. En dehors de cette porte se trouvent quatre panneaux représentant des figures de Vertus en camaïeu bleu, entourées d'arabesques et de fleurs du meilleur style, qui forment une sorte de vestibule à cette chambre; ce sont les peintures les mieux conservées de tout l'ensemble.
Nous savons par les biographies de Guillet de Saint-Georges qu'un décorateur de premier ordre, Charles Errard, avait exécuté de nombreux travaux au Louvre pour le Roi, pour la Reine-Mère et pour Mazarin. Il nous apprend qu'il fit peindre et enrichir de dorures la chambre du Roi dont Lesueur .avait fait le plafond et qu'il fit peindre, orner et dorer un petit oratoire pour le Roi. Il ajoule que dans l'appartement nouveau de la Reine-Mère, peint à fresque par Romanelli, Errard avait fait dorer et peindre tous les ornements des lambris et des embrasures de croisées et qu'il fit ensuite enrichir, peindre et dorer un petit
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cabinet sur l'eau, dont les ornements étaient d'une richesse extraordinaire. Ce cabinet, situé à l'extrémité de la chambre de la Heine, était éclairé par la fenêtre du balcon dit de Charles IX. Il est présumable que les peintures de la salle du Livre d'Or sont l'œuvre à la fois de Lesueur et d'Errard, et que ce dernier dut s'efforcer de conserver le style de Lesueur en complétant son œuvre. Errard, dont les tableaux sont rares et qui n'était qu'un médiocre peintre d'histoire, retrouvait toute son originalité clans la décoration, et on ne peut rien trouver de supérieur en ce genre à la grande chambre du parlement de Rennes, dont il avait exécuté tous les panneaux à Paris. Les pilastres ornés d'arabesques actuellement au Luxembourg, permettront désormais d'apprécier sûrement sa manière. On les trouve reproduits dans un recueil contemporain intitulé : Montons d'ornemens du cabinet de la Reine au vieux Louvre.
Nous avions cru rencontrer tout d'abord dans la salle du Livre d'Or, une œuvre des Audran, dont le nom est intimement lié à l'histoire du Luxembourg. Claude Audran, le troisième de la famille (1658-1734) avait décoré plusieurs salons de ce palais, et, en récompense, il en avait été nommé concierge, fonctions qui répondent aujourd'hui à celles de conservateur. Il était le premier décorateur de son temps pour les grotesques, et il avait peint pour Meudon, pour Anet, pour la ménagerie de Versailles et pour la Muette, des plafonds qui sont aujourd'hui perdus. Pendant plus de trente années, il produisit sans relâche, dans son atelier du Luxembourg, des paravents, des écrans, des boites de clavecins et des meubles qu'il enrichissait d'arabesques et de fleurs se détachant sur des fonds blancs ou dorés. Il transmit ce goût de décoration spéciale à Claude Gillot et à Antoine Watteau. Son père, Claude Audran deuxième du nom, avait étudié les principes de la décoralion sous la direction d'Errard, avant de devenir l'un des décorateurs habituels de Lebrun, pour lequel il peignit la majeure partie des bas-reliefs bronzés qui accompagnent les plafonds des grands appartements de Versailles. Actuellement, rien ne rappelle plus le séjour de ces habiles ornemanistes dans le Luxembourg, auxquels on devait probablement le Cabinet Doré.
A une époque plus récente, sous le règne de Louis-Philippe, on a remanié et agrandi les appartements du Luxembourg; on y disposa alors une galerie donnant sur le jardin et réunissant les deux nouveaux pavillons pour servir de bibliothèque. On ménagea au centre une coupole où Delacroix fut chargé de peindre les Champs-Elysées dernière demeure des grands poètes; composition qui est l'une des œuvres dans lesquelles il s'est montré le mieux inspiré. Dans l'hémi-
cycle qui l'accompagne se voit : Alexandre plaçant les épopées d'Homère dans une cassette d'or; au-dessous quatre pendentifs en grisaille représentent la Philosophie, l 'Eloquence , les Arts et la Poésie, peintes en camaïeu sur un fond gris d'une élégance très originale.
Le palais n'a pas conservé les œuvres de sculpture que Marie de Médicis y avait fait placer. Les frontons de la façade sur la cour et les statues qui entourent le dôme de l'entrée, sont d'une facture trop banale pour mériter une mention spéciale. Plus favorisé, le beau jardin qui entoure l'édifice possède un morceau d'architecture d'un grand effet décoratif. Ce monument, appelé la Grotte, a été construit par Salomon de Brosse, à l'imitation des nymphées et des fontaines à portique que l'on rencontre dans les palais italiens. Là encore, malgré ces souvenirs, l'architecte a su composer une œuvre originale, pleine de grâce et d'harmonie. L'édifice, d'ordre toscan, est soutenu par quatre colonnes rustiques chargées de congélations. L'entre-colonnement du milieu est occupé par une niche surmontée d'un attique et d'un fronton circulaire. Au centre de l'attique est un grand écusson moderne aux armes accolées de France et de Médicis; de chaque côté s'allongent des figures marines. Les deux autres entre-colonnements sont également disposés pour contenir des niches plus étroites. Cette fontaine a été restaurée lors des changements apportés dans le jardin du Luxembourg par le percement de la rue Médicis; elle a été reportée plus en avant de la longue avenue de platanes qui la précède. On a complété alors sa décoration en posant dans la partie centrale un groupe de Polyphème, et deux autres statues clans les niches adjacentes, pour remplacer celles qui en avaient été enlevées. On a eu en même temps l'heureuse inspiration d'adosser à la grotte Médicis, un bas-relief qui avait été commandé au commencement du xix° siècle, à Achille Valois, pour une fontaine placée à l'angle de la rue du Regard, et que l'on venait de supprimer. Gracieuse imitation de l'art français du xvic siècle, la Léda de la rue du Regard a été souvent prise pour une œuvre de l'école de Jean Goujon, par ceux qui ignoraient son origine.
Une partie du jardin du Luxembourg occupe l'emplacement de l'ancien couvent des chartreux fondé par saint Louis, dans un logis que l'on appelait l'hôtel de Vauvert, et supprimé lors de la Révolution. La maison prenait entrée sur la rue d'Enfer. On a vu pendant longtemps, dans l'ancienne pépinière du jardin, un charmant pavillon qui servait autrefois de manège, au milieu du grand enclos de la chartreuse; puis un jour ce dernier vestige du couvent, ainsi que la pépinière elle-même qui avait remplacé les maisons des reclus, disparurent à leur tour, pour
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faire place aux nouvelles allées du jardin diminué de moilié, sans besoin et sans motif. L'église des chartreux renfermait une suite remar-