F0XTAIXE DU JARDIN DU LUXEMBOURG
(Revers de la grotte sculpté par Valois;.
Cit.
de l'hôtel qu'il habita jusqu'à la construction du Palais-Cardinal, et qu'il légua à sa famille. Les plans en avaient été donnés par Jean Lemoine, architecte et décorateur, peintre de perspectives que le cardinal employa plus tard au château de Rueil et auquel son séjour à Rome dans l'atelier de Poussin avait valu le surnom de Lemoine-Poussin. Le Petit-Luxembourg passa ensuite au prince Henri-Jules de Bourbon Condé, et sa veuve, la princesse palatine, Anne de Bavière, en fit son séjour ordinaire. Elle y fit exécuter, en 1711, sous la direction de l'architecte Germain Boffrand, des travaux de décoration qui transformèrent celte habitation en une des plus luxueuses demeures de Paris. Les appartements de réception du Petit-Luxembourg occupent le premier étage du corps de logis de gauche, donnant sur la rue de Vaugirard. On y entre par un bel et large escalier surmonté d'un plafond à écoinçons sculptés, d'un grand style. Autour de ce degré régnent des arcades à baies autrefois peintes par Brunetti, et maintenant occupées par de grossiers paysages. Les portes sont surmontées de figures de génies soutenant des cartouches. Malgré toutes les restaurations et les remaniements subis par les pièces qui suivent, on y retrouve encore la noblesse et l'élégance de tout ce qui est sorti du crayon de Boffrand. Le salon principal communique par une baie cintrée avec une pièce tendue de magnifiques tapisseries. Quatre fenêtres auxquelles répondent des ouvertures feintes de glace, éclairent ce salon; dans les trumeaux se trouvent des panneaux oblongs à encadrements, qui sont surmontés par d'autres motifs rectangulaires où sont des figures d'enfants entourant des cartouches, et se détachant d'arabesques délicatement sculptées. Quatre bordures demi-circulaires entourant les dessus de porte représentent des sujets mythologiques. Un plafond orné d'une longue frise à personnages et à arabesques, ainsi que de rosaces en stuc doré, vient donner à celte pièce un cachet de bon goût et de fantaisie discrète qui fait souvenir du grand salon de l'hôtel de Samuel Bernard, autre œuvre de Boffrand. La pièce qui vient à la suite a moins gardé son caractère original. On y remarque cependant les beaux encadrements de la glace placée au-dessus de la cheminée, et de celle lui faisant vis-à-vis, et plus encore quatre beaux dessus de porte en bois doré, décorés de trophées d'armes. Celte pièce servait probablement autrefois de chambre à coucher ; elle est en partie défigurée par les pilastres d'une alcôve datant de l'époque du premier Empire. La décoration du dernier salon placé à l'angle du bâtiment, est une gracieuse imitation des motifs gravés par l'ornemaniste Pinaud, au xvm6 siècle. Quelques pièces du rez-de-chaussée ont conservé leur décoration ; la plus remarquable est une chambre à alcôve
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dont les boiseries sont d'une exécution très délicate. Des travaux récents opérés dans cette partie du palais, par l'architecte, M. Scellier de Gisors, ont fait retrouver les fragments d'un plafond peint sur plâtre, et contemporain de la construction primitive.
L'aile de droite du Luxembourg est aujourd'hui réunie à l'ancien couvent des Dames du Calvaire, construit par Marie de Médicis. L'église située en bordure sur la rue de Vaugirard, a été démolie; la partie qui en restait a été récemment l'objet d'une restauration où l'ancien et le moderne sont habilement unis. Le cloître intérieur a été recouvert d'un dôme de verre et transformé en jardin d'hiver communiquant avec les appartements particuliers du Président du Sénat. Les arcades de ce portique, encadrées de larges feuillages tropicaux, produisent un effet charmant lors des réceptions officielles. La reine Marie de Médicis s'était fait disposer m un oratoire particulier qui communiquait avec l'église du couvent. Cette chapelle, actuellement sans destination (*), a perdu tout son caractère, par suite des restaurations qu'elle a subies. Les pilastres qui séparent les fenêtres ont été repeints grossièrement dans le style des arabesques du xvne siècle, sans que l'on puisse retrouver les parties originales sous la réfection moderne; déjà môme, ces restaurations sont dégradées par l'humidité. La voûte en berceau est décorée de caissons dorés dont la disposition semble empruntée aux modèles gravés de Charmeton. Au centre, est une peinture ronde de l'école de Vouet, où l'on voit deux anges ailés et tenant des attributs sacrés. Là encore, la restitution a été trop radicale et elle a introduit, dans la décoration, des caissons, des médaillons allégoriques et des encadrements surchargés qui n'ont aucun rapport avec l'art du xvn° siècle.
L'extrémité de la grande allée qui part de la façade du palais du Luxembourg donnant sur le jardin, aboutit à l'Observatoire, construction de Louis XIV, dont la masse carrée est surmontée d'un fronton dans lequel deux génies soutiennent l'écusson royal, accompagné de globes, d'astrolabes et d'instruments de marine.
La rue d'Enfer avait vu s'établir dans une maison du xin° siècle, le couvent des Carmélites, mais il a été détruit en grande partie sous la Révolution et les religieuses qui y sont revenues ont dû faire construire des bâtiments nouveaux sans style. Elles conservent dans leur chapelle la statue du cardinal de Bérulle agenouillé, par Sarrazin.
Dans la rue de Vaugirard, devant le Palais du Luxembourg, s'ouvre la rue Férou, où l'on trouve une maison (n° 6, appartenant à M. de Les-
(1) Elle est concédée temporairement à un culte oriental.
calopier), dont les allèges des fenêtres sont ornées de bas-reliefs d'enfants jouant ensemble et rappelant le faire de Clodion. A l'intérieur, on remarque un grand salon à cadres et à frontons de glace avec une cheminée de marbre sculpté et des appliques de bronze ciselé en forme de palmes, du style de l'époque de Louis XVI.
L'hôtel de Sourdeac (rue Garancière, n° 8), œuvre de Daniel Guittard reproduite par Marot, est construit dans les proportions colossales et majestueuses du xvnc siècle. La façade extérieure est ornée de puissants pilastres terminés par des chapiteaux à tètes de bélier aux cornes enroulées qui rappellent les volutes de l'ordre ionique et qu'on employait sous Louis XIII. L'effet général de cette façade est malheureusement gâté par un allique moderne que rien ne justifie. L'hôtel n'a conservé de sa décoration intérieure qu'une rampe d'escalier et des boiseries sculptées dans le beau goût des ornements de la fin du règne de Louis XIV ornant un salon du premier étage, dont les dessus de portes sont ornés de peintures. Auprès de cette demeure est une fontaine encastrée dans le mur des communs du Petit-Luxembourg, construils par G. Boffrand, dont le jet est alimenté par un joli mascaron de bronze. Une vaste maison à porte cochère monumentale, habitée autrefois par la marquise de Lafayelte, sert aujourd'hui de presbytère à l'église Saint-Sulpice. Malheureusement ses grandes pièces ont été remaniées à la fin du xvmc siècle et elles n'offrent plus aucun intérêt artistique.
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La voie qui conduit de la Seine an Palais du Luxembourg peut être regardée comme une limite idéale entre l'Université dont elle avoisinait les anciennes murailles et la partie plus moderne qu'on appelle habituellement le faubourg Saint-Germain. Le noyau primitif de ce quartier avait été l'ancienne abbaye, autour de laquelle s'étaient développés d'abord un bourg et plus tard un faubourg qui remplacèrent des terrains vagues et le Pré-aux-Clercs appartenant au monastère.
La rue de Seine, première section de cette voie, quoique étant la plus ancienne, ne présente que des maisons de rapport dépourvues d'intérêt artistique. Les beaux hôtels qui y étaient bâtis ont disparu sans laisser de traces, à l'exception de celui de la reine Marguerite de Valois (maison n° 6), plus tard propriété des Mirabeau, dont la cour conserve encore une partie de la façade surmontée de lucarnes dans le style du xvic siècle. La muraille opposée formait une rotonde précédée d'un vaste perron, s'étendant sur d'immenses jardins qui se couvrirent plus tard de maisons, et dont les Petits-Augustins constituaient une annexe. Au n° 56 de la même rue, M. Daly a relevé 0) les fenêtres et les balcons d'une maison construite sous le règne de Louis XV. En nous détournant un instant de notre route, nous rencontrerons clans la rue Visconti, n° H (autrefois rue des Marais), l'hôtel de Rannes où ont habité successivement Racine, Adrienne Lecouvreur et Mllc Clairon. La maison conserve encore la rampe en fer de son escalier (2), et les dispositions du xvnc siècle.
Une des plus belles portes cochères en bois sculpté existant encore à Paris, donne accès à la maison n° 4 de la rue Monsieur-le- Prince. Ses vantaux précieusement ciselés annoncent un logis plus somptueux que
(1) Daly, Motifs extérieurs, t. II, Louis XV, pl. 21.
(2) Bulletin de la Société des Monuments Parisiens, 1888, n° 8, p. 119.
la maison actuelle, mais au xvinc siècle, l'art était devenu l'apanage de la bourgeoisie elle-même. La ville de Paris avait acquis une maison de la même rue pour l'agrandissement de l'École de médecine. Elle contenait des boiseries sculptées que nous n'avons pas vues.
La rue de Tournon ouverte postérieurement et mise en communication directe avec la rue de Seine, est plus riche en hôtels historiques. Le premier, situé au n° 6, et connu sous le nom de l'hôtel de Venladour, a été reconstruit en 1713 par le financier Chartrain de Saint-Aignan, dans les mains duquel il était passé. Il s'élève au fond d'une vaste cour s'annonçant sur la rue par un portail à colonnes qui soutiennent un fronton où sont couchées deux figures allégoriques. Les appartements intérieurs avaient été enrichis par Chavanne, peintre du Roi, de peintures dont il ne reste plus de traces, les fresques qui décorent le grand escalier ayant été trop souvent retouchées pour qu'on puisse y reconnaître une main particulière. Un des salons occupé par M. Ribot, possède encore intacte une boiserie sculptée d'une bonne exécution. L'hôtel de Nivernais, n° 10, qui lui fait suite, avait appartenu au favori de Marie de Médicis, Concini maréchal d'Ancre; il fut restauré et décoré à la fin du xvme siècle sur les dessins de Peyre, qui appela, pour le seconder dans son travail, les meilleurs artistes de son époque. Toute la sculpture d'ornement fut confiée à Gilles-Pierre Cauvet d'Aix, architecte de Monsieur le comte de Provence, le plus délicat compositeur du règne de Louis XVI. L'exécution des plafonds et des peintures était due à Durameau, à Hubert Robert et à Julien de Parme. Depuis la transformation de cet hôtel en caserne, toute la décoration intérieure que Thiery(U décrit avec tant de complaisance, a été enlevée; il ne reste plus de traces du passage de Cauvet que dans quelques ferrures de portes et de fenêtres qui ont conservé leurs délicates ciselures en cuivre, dans plusieurs cheminées de marbre et dans deux pièces dont l'une est ornée de fines boiseries formant une alcôve, ainsi que dans la belle porte à vantaux sculptés, avec un marteau du temps, qui occupe le centre du portique à colonnes et à trophées militaires.
(1) Thiery, Guide du voyageur et de l'amateur à Paris, t. II. Elle comprenait un salon orné de pilastres corinthiens formant huit arcades dont deux sur chaque côté ; daus les quatre angles étaient des faisceaux portés par des génies et dans le fond un manteau ducal. Au dessus de la voussure ajourée s'étendait un plafond par Durameau, représentant des Amours. Toute la sculpture d'ornement était de Cauvet et les bas-reliefs de Berruer. Dans la salle à manger huit colonnes ioniques formant aux deux extrémités un entre-colonnement à balustrades avec fonds de paysage et de fabriques dus à Hubert Robert. Ce dernier artiste avait peint aussi trois tableaux de ruines dans la salle de billard, où se voyaient également deux grandes toiles de Julien de Parme.
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L'hùtel d'Entraigues, n° 12, est un bon spécimen de l'architecture de l'époque de Louis XVI, dont on trouve de nombreux modèles dans les ouvrages de Deneufforge. La façade de la maison, sa large porte à profils rectilignes, ses fenêtres et ses appuis de balcons (0, sont conçus dans un style froid, qui n'est cependant pas exempt de grandeur.
Dans la rue de Condé et postérieurement dans la rue de Tournon, s'ouvrait jadis la résidence appartenant à cette famille princière, sur l'emplacement de laquelle on a créé le quartier et le théâtre de l'Odéon. La restitution de cette vaste demeure dont il existe des plans et des gravures serait très intéressante pour ceux qui s'occupent de l'histoire de Paris. Ce serait un travail méritant de tenter un dessinateur archéologue. Il avait été construit en 1610 et acheté en 1612 par les Condé qui le quittèrent pour habiter le palais Bourbon. Les gravures de Marot et un dessin de l'ancienne collection Bérard montrent que l'habitation principale comportait un pavillon avec un portique au milieu et quatre pavillons octogones aux deux ailes. Le jardin était disposé en parterres brodés avec un grand berceau formant allée rectiligne. Notre ami, M. Eugène Mûntz, nous signale un salon de la maison n° 14, qu'il habite dans la rue de Condé, pour lequel Ignace-François Parrocel a peint en grisaille les Quatre Saisons. Ces sujets sont personnifiés par des enfants qui portent la signature : I.-F. Parrocel, 1776.
L'intérieur de l'une des pièces de la maison de la rue Saint-Sulpice, n° 34, était décoré de deux portes à vantaux de l'époque de Louis XV, dont les médaillons sculptés représentaient des sujets tirés des Fables de la Fontaine. Ces beaux spécimens de l'art du bois ont été récemment vendus par le propriétaire au sculpteur ornemaniste M. Cruchet qui sait s'inspirer des modèles de l'ancien art français dans la composition de ses importants travaux de décoration. Une autre maison située en face, n° 27, offre un grand portail surmonté de cartouches entourés d'attributs et de guirlandes dont la surabondante décoration accuse l'art composite de la période de Louis XIII.
L'église Saint-Sulpice renferme plusieurs monuments importants de l'art décoratif français des deux derniers siècles. Elle fut commencée en 1646 par Leveau, continuée par divers artistes, notamment par Oppenordt, par Servandoni et par Chalgrin, et malgré tant d'architectes, elle est restée avec une façade incomplète et avec deux tours dissemblables dont l'une à peine dégrossie. A l'extérieur, diverses niches renferment des statues de Pères de l'Église par F. Dumont, dont les plis
(1) Daly, Motifs extérieurs, t. II, Louis XVI, pl. 17-18-19-20.
agités tumultueusement comme par le vent appartiennent à l'école emphatique des frères Slodtz. Sous le portique extérieur et au-dessus des portes sont placés sept bas-reliefs rectangulaires représentant les Vertus chrétiennes, où le style de ces sculpteurs s'est senti mieux à l'aise. L'ordonnance intérieure est plus sage et dès l'entrée on est séduit par la gracieuse disposition de la colonnade corinthienne qui supporte le buffet d'orgues. Le projet primitif que Servandoni avait dessiné pour la tribune, était disposé en forme de décor théâtral, avec des groupes d'anges appuyés sur la balustrade et des séraphins entourant la Trinité qui dominait le -tout. Cette grande machine n'a pas été exécutée et elle a été remplacée par un buffet plus simple dessiné par Chalgrin, dont la sculpture fait honneur au talent de Duret, le père de l'auteur du Pêcheur Napolitain. Quelques auteurs ont avancé sans preuves que Clodion avait fait plusieurs figures de ce buffet. Sous les tours sont disposées les deux chapelles des fonts baptismaux et du Saint-Sacrement, dont la décoration est un peu mondaine. Chacune d'elles possède quatre statues allégoriques occupant des niches ainsi que des bas-reliefs et des ornements exécutés par Mouchy et Boizot.
Le maître-autel de l'église avait été composé par Oppenordt, dont le dessin original a fait partie de la collection Bérard. Le sculpteur Bouchardon avait modelé les anges de cet autel, ainsi que les statues en pierre de six des Apôtres qui garnissent le chœur. Ces dernières figures seules ont été épargnées et l'autel a été refait sans souci des indications anciennes. On voit dans la nef une grande chaire en marbre * offerte parle duc de Richelieu, dont la cuve et l'abat-voix restent suspendus entre deux escaliers de marbre, à grand renfort de supports en métal doré, qui semblent devoir céder sous le poids de cette lourde construction.
Le tombeau du curé bienfaiteur de l'église, Languet de Gergy, est l'œuvre la plus importante de René-Michel Slodtz. Aussi obscur d'interprétation allégorique que désagréable d'aspect, il présente les mêmes fautes de goût que les mausolées des papes élevés à Rome par le Bernin et l'Algarde, sans avoir leurs qualités d'exécution. C'est également de Saint-Sulpice que le Musée du Louvre a recueilli le tombeau de la duchesse de Lauraguais par Bouchardon, qui figure dans les salles de la sculpture française.
Le rond-point de l'église est terminé par la chapelle de la Vierge construite sur les dessins de Servandoni, mais qui ne nous est pas parvenue telle que cet habile décorateur l'avait créée. A la suite d'un incendie de la foire Saint-Germain, en 1763, la fabrique chargea l'ar-
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chilecte De Wailly, de réparer cetle chapelle, el il en modifia plusieurs dispositions. Elle est de forme circulaire et ornée de pilastres de marbre qui soutiennent une coupole dont le plafond, peint par François Lemoyne (>), représente Y Assomption de la Vierge. Lors de la restauration de De Wailly, cette belle composition fut complétée par une seconde voûte, peinte par Callet, et s'appuyant sur une corniche destinée à dissimuler les jours qui éclairent la coupole. En même temps, on ouvrait la paroi située derrière le maître-autel, de manière à diriger un jour artificiel sur la statue de la Vierge due à Pigalle. Quatre panneaux oblongs, peints par Carie Vanloo, occupent l'espace laissé vide entre les pilastres de marbre. Toute la sculpture décorative avait été exécutée par Métivier et La Chenais; la ciselure était de Dervieux et la dorure de Vallée. La chapelle a pu conserver la majeure partie des ornements de bronze doré qui entourent les peintures de Carie Vanloo et la baie du grand autel. Ce sont des œuvres remarquables de ces ornemanistes comptés parmi les plus habiles ciseleurs de la fin du xvme siècle et que l'on sait avoir pris part à l'exécution du bureau du roi Louis XV, déposé au Musée du Louvre depuis plusieurs années. On peut apprécier plus complètement encore le talent de La Chenais et de Métivier, dans les deux chapelles des fonts baptismaux et du Saint-Sacrement, dont ils ont sculpté en pierre tous les ornements avec un goût exquis.
Auprès de la chapelle de la Vierge s'ouvre une chapelle extérieure consacrée autrefois à l'Enfance de Jésus et, plus tard, au service des mariages. La décoration, dirigée par l'architecte Laurent, comprend un lambris de bois sculpté, formant corps avec une chaire monumentale de style rocaille, ainsi qu'un plafond de Hallé et cinq panneaux peints par Carie Vanloo, Pierre, Frontier et Hallé. La grande sacristie, datant de la môme époque, est ornée d'une boiserie dont la valeur esthétique est bien supérieure, tant parla grâce de sa composition, que par la finesse de son exécution. Sous l'effet du teaips, le chêne s'est revêtu d'une patine brune qui réchauffe cette pièce à laquelle un balcon à rampe de fer, surmontant la porte d'entrée, donne un aspect inattendu. La sacristie de Saint-Sulpice, plus remarquable au point de vue de l'art que comme monument religieux, était garnie d'un riche mobilier qu'elle a perdu. C'étaient des urnes antiques servant de piscine et des vases de marbres rares qui font maintenant partie des collections du Louvre.
(1) L'esquisse peinte par Lemoyne pour cette chapelle est conservée au presbytère de l'église de Saint-Sulpice, qui occupe un hôtel de la rue de Vaugirard, a la rencontre de la rue Garanoière, et s'annonce par un grand portail du style Louis XVI.
Cit. 1 >
La place de l'église était occupée, avant la Révolution, par un grand séminaire, dont la chapelle avait été peinte à fresque par Charles Lebrun. Dès le xvme siècle, on projetait de dégager le portail de Saint- Sulpice, en l'entourant d'une enceinte de bâtiments uniformes. Une seule de ces maisons de proportions colossales, a été construite dans l'angle qui avoisine la rue Saint-Sulpice. A l'extrémilé de celte même place et à l'intersection de la rue du Vieux-Colombier, on aperçoit une autre maison de l'époque de Louis XVI, dont les allèges des fenêtres portent des frises à médaillons et à arabesques sculptées dans le goût des ornements de J.-B. Huet.
En entrant dans la rue Bonaparte, on trouve au n° 88, l'hôtel qui a été habité autrefois par le cardinal de Polignac, ambassadeur de France à Rome, que Pannini s'est plu si souvent à représenter dans ses tableaux. Le cardinal de Polignac avait recueilli, en Italie, une superbe collection de statues antiques qui fut ensuite acquise par le roi de Prusse et qui a servi de premier fonds au Musée de Berlin. Son hôtel, qui fut plus tard occupé par Roger-Ducos, conserve encore plusieurs pièces décorées de boiseries. La plus importante est un salon revêtu de panneaux à encadrements dont les angles arrondis et ornés de trophées se raccordent aux écoinçons de la corniche du plafond représentant des ligures allégoriques. D'autres pièces ne possèdent plus que des plafonds à moulures de l'époque de Louis XV; leurs lambris ayant été vendus il y a peu d'années. On accède à cet appartement par un escalier dont la rampe de fer est complétée par un départ d'un charmant dessin.
L'École des Beaux-Arts, construite sur l'emplacement du couvent des Petits-Augustins, dont la chapelle existe encore, nous retiendrait bien longtemps si nous voulions étudier toutes les richesses décoratives que possèdent ses collections, mais restant fidèle au plan que nous nous sommes tracé, nous laissons systématiquement de côté tout ce qui est étranger à l'ancien Paris. Nous pensons également qu'il est préférable, pour éviter les répétitions, de réserver pour la description de chaque quartier, les monuments, alors même qu'ils en ont disparus, dont les débris sont conservés dans ce Musée. Nous aurons trop souvent, hélas ! l'occasion de revenir à ce grand dépôt artistique, où sont accumulés tant de ruines causées par le vandalisme.
Nous signalerons, avant de quitter la rue Bonaparte, la maison portant le n° S, qui est précédée d'une belle porte avec serpents de bronze formant le marteau, encastrée dans un grand portail de l'époque de Louis XVI.
Tombée aujourd'hui au rang de simple église paroissiale, la basilique
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de Saint-Germain-des-Prés est bien déchue de l'importance dont elle jouissait dans les premiers siècles du Moyen âge, et que lui avaient continuée les Bénédictins par leurs savants travaux. La Révolution la rendit au culte, dégradée et dépouillée de tous ses ornements, et les restaurations entreprises successivement pour lui redonner son ancien aspect n'ont pas été heureuses. Tout ce que l'église actuelle présente d'intérêt, elle le doit aux dispositions de son architecture primitive, à son abside de l'époque de transition, à son porche orné de statues, à ses chapiteaux romans, ainsi qu'à la décoration moderne dont Hippolyte Flandrin a revêtu ses murailles. Après la fermeture du Musée des Petits-Augustins, on a rapporté, à Saint-Germain-des-Prés, les tombeaux du roi Casimir de Pologne, abbé de Saint-Germain, par les frères Gaspard et Balthasar de Marsy, et de la famille de Castellan, attribué à François Girardon; ceux des anciens rois de France qui y figuraient ont été envoyés à Saint- Denis. Plusieurs tombeaux rétrospectifs commandés au xvn° siècle en l'honneur de souverains de l'ancienne race ont été retrouvés dans les travaux du boulevard Saint-Germain et leurs fragments sont déposés dans l'hôtel Carnavalet. La fabrique a aussi obtenu, en 180!j, une cuve baptismale du xvne siècle, en marbre, ornée de bronzes, qui provenait de l'église supprimée de Saint-Landry dans la Cité. Une épave plus précieuse lui est parvenue, vers la même époque du Musée de Lenoir. C'est la Vierge en marbre blanc, donnée, en 1340, à l'abbaye de Saint- Denis, par la reine Jeanne d'Evreux, qui est l'une des plus remarquables œuvres de notre ancienne école de sculpture. La porte latérale (') est surmontée par une galerie d'une construction postérieure à l'église, mais très originale dans sa disposition.
Rien ne subsiste plus des anciens bâtiments conventuels dont les descriptions du vieux Paris nous racontent les merveilles. Tout a été rasé impitoyablement. Le portail de la chapelle intérieure de l'abbaye, dédiée à la Vierge, œuvre de Pierre de Montereau, dans l'enceinte de laquelle il avait voulu être enseveli, a été remonté, il y a quelques années, dans le jardin de l'hôtel de Chmy, après avoir été transporté aux Petits-Augustins et abandonné pendant plus de cinquante années, dans les chantiers de l'abbaye de Saint-Denis. On peut aisément se figurer ce qu'il, restait du monument primitif à la suite de ces vicissitudes.
Le grand réfectoire, autre construction de Pierre de Montereau, a été démoli malgré ses grandioses dispositions. Le Musée du Louvre
(1) V. César Daly, Motifs extérieurs, t. I, pl. 11 et 12, et Lenoir, Statistique monumentale de Paris.
a recueilli la statue en pierre peinte du roi Childebert, sculpture du xmc siècle qui décorait la porte d'entrée de ce réfectoire.
Le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, avait fait construire, vers 1586, un grand logis abbatial qui est aujourd'hui occupé par divers particuliers et par des sociétés savantes. Ce bâtiment en briques, décoré de refends, de pilastres et de frontons en pierre, rappelle les édifices de l'époque de Henri IV, dont les arcades de la place Royale sont le type le plus complet. Au fronton de l'un des pavillons est assise une femme tenant un écusson aux armes du fondateur. Il est très regrettable que l'Administration. municipale n'ait pas acquis cet intéressant monument pour lui donner une destination qui le mette désormais à l'abri de la destruction, et n'en ait pas fait le motif principal de la décoration du square ridiculement exigu qui longe l'église sur le boulevard Saint-Germain.
Lorsque celte voie a été percée, il ne restait plus rien de l'enceinte crénelée et à tourelles de l'abbaye, qui s'était effondrée sous l'effort incessant de l'accroissement de la population du quartier. Plusieurs monuments conservaient cependant le souvenir de l'étendue primitive de l'enclos. L'un des plus intéressants était la double fontaine construite dans la rue Childebert en 1714, pour servir de nouvelle entrée à la cour de l'abbaye. De ces deux édicules dus à l'architecte Théodore d'Ailly, un seul fournissait de l'eau; l'autre n'était destiné qu'à former pendant. Le motif se composait d'une niche à coquille demi-circulaire surmontée d'un fronton accosté de deux consoles. Une seule de ces constructions a pu être conservée; elle a été encastrée dans le mur de soutènement du square Monge où elle produit le plus charmant effet.
Pour mettre en valeur le vaste terrain d'un manège qui lui appartenait, l'abbaye entreprit, au xvme siècle, l'établissement d'une série de maisons uniformément disposées en forme de cour pour servir de passage entre les rues Sainte-Marguerite et du Sépulcre, devenues la rue du Dragon et la rue de Rennes. Un portail de proportions monumentales donne accès dans ce passage. La clef de voûte est décorée d'une figure de dragon d'un caractère très pittoresque qui est destinée à rappeler un des épisodes de la vie de sainte Marguerite.
Nous reviendrons pendant quelques instants sur nos pas pour chercher dans la rue de l'Ancienne-Comédie la maison portant le n° 14, où était autrefois le Théâtre-Français, avant qu'il ne fût transporté dans la salle actuelle de l'Odéon construite par De Wailly et Peyre, sur l'emplacement de l'hôtel de Condé. La salle abandonnée et aujourd'hui occupée par un magasin de papiers, était décorée d'un plafond peint par l'un des
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Boullongne, dont les vestiges ont été revêtus de plusieurs couches de