‹ L'art decoratif dans le vieux ParisChapitre 13 sur 49 · LE J'ASSAGE DU DRAGON', DÉBOUCHANT SUR LA RUE DE REXXES · texte numérisé non relu

LE J'ASSAGE DU DRAGON', DÉBOUCHANT SUR LA RUE DE REXXES

(xvm" siècle).

papier pour former un atelier d'artiste. Vis-à-vis est la devanture, qui semble définitivement close, du café Procope, rendez-vous du monde

littéraire du xvm" siècle, que la faveur publique a abandonné. Sur la façade règne au premier étage un grand balcon élégamment ouvragé. Notons encore dans la rue Guénégaud, n° 16, une jolie porte bâtarde dont le centre présente un médaillon renfermant un cœur percé de deux flèches, qui nous a été signalé par l'architecte M. Rouyer, auquel nous devons de précieuses indications sur les décorations anciennes de Paris, qu'il connaît mieux que personne.

M. Daly a relevé W dans la maison n° 36 de la rue Cassette, les consoles sculptées qui soutiennent un grand balcon de l'époque de Louis XV.

La maison des Carmes déchaussés, située rue de Vaugirard, dans le voisinage du palais du Luxembourg, est l'une des œuvres les plus complètes de l'architecture du règne de Louis XIII, qui existent à Paris. L'église est précédée d'une cour à arcades dont les pilastres montrent la transition entre l'art de la Renaissance et celui que notre École s'efforçait alors d'innover, en préludant aux grandes entreprises de l'époque de Louis XIV. Commencée en 1613, la chapelle ne fut achevée qu'en 1625. La coupole qui s'élève à l'intersection -du transept était la seconde que l'on eût vue à Paris, après celle de la maison des Petits-Augustins, aujourd'hui détruite. Un peintre de Liège établi dans nos murs, Bertollet Flemalle, qui, plus tard, fut employé aux travaux des appartements des Tuileries, y a représenté dans une série de fresques : Le Prophète Élie enlevé au ciel dans un char de feu, et Elisée tendant les bras poîir recevoir le manteau d'Elie. Le maître-autel est adossé à un grand retable construit aux frais du chancelier Séguier, et qui est orné de colonnes en marbre surmontées de chapiteaux corinthiens et de statues de saints placés dans des niches. Le dessin de cette œuvre magistrale a été attribué à Jacques Sarrazin. Dans les bas côtés se trouvent plusieurs chapelles qui constituent le véritable attrait artistique de l'édifice dont elles sont contemporaines. La plus remarquable et la mieux conservée est celle de la famille d'Hinisdal dont l'hôtel était situé près du couvent. Elle est enrichie de panneaux d'arabesques et de plusieurs compositions peintes dans les caissons de la voûte et dans ceux du lambris, dont les sujets retracent les scènes de la vie de la Vierge. Ces compositions sont entourées d'encadrements d'architecture qui, malgré leur lourdeur, offrent d'excellents modèles de l'art décoratif du xvif siècle. Cette chapelle a été reproduite dans la Statistique monumentale de M. A. Lenoir et dans YArt architectural de MM.

(1) C. Daly, Motifs extérieurs, t. II, pl. 13.

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Rouyer et Darcel. Les boiseries de l'hôtel d'Hinisdal qui occupait l'angle de la rue de Vaugirard et celui de la rue Cassette, ont été transportées dans la maison des Carmes, quand M. de Lévy-Mirepoix a vendu cette maison à l'Université catholique avec laquelle elle communiquait par la chapelle d'Hinisdal. Le marchand, M. Suc, possède des panneaux oblongs peints et entourés d'une bordure de grecques provenant de la décoration d'un salon de la fin du règne de Louis XVI, qui ont été enlevés d'une maison de la rue de Vaugirard que nous ne connaissons pas.

Nous revenons maintenant à la Seine qui a été notre point de départ, pour suivre désormais la succession des demeures anciennes qui garnissent les bords de ce fleuve. La façade de l'Institut s'ouvre sur la rue de Seine par une grande porle cochère de beau style Louis XIV. La maison du quai Malaquais, n° 1, est décorée de plusieurs boiseries de salon du xvin0 siècle. Au n° 3 est un salon à boiseries datant de Louis XV. Celle qui vient ensuite, n° 5, mérite de nous arrêter plus longtemps, au point de vue de l'art et en souvenir du maréchal de Saxe qui l'a habitée longtemps. On y remarque sur la façade un grand balcon soutenu par des consoles de fer, mais l'intérieur conserve une rampe d'escalier à panneaux séparés par des balustres, qui est l'un des meilleurs travaux de ferronnerie du début du xvme siècle, existant à Paris. Elle a été gravée par Rury, et le dessin original en existe à la Bibliothèque nationale. Dans l'un des balustres sont entrelacées les lettres D. C. L., et sur le grand panneau sont représentés une flèche, un carquois et les attributs de l'amour. La salle à manger, restée dans son état primitif, est ornée d'un lambris. Le grand salon, primitivement revêtu de curieuses peintures à arabesques de l'époque de Louis XIII, a été soumis vers 1860 à une modernisation qui a modifié tous les panneaux, sauf ceux des volets et du soubassement du lambris. Celte maison, avec ses appuis de fenêtre en fer forgé, est un bon spécimen de l'architecture du règne de Louis XV.

L'hôtel de Rouillon, habité plus tard par la famille de Chimay et servant actuellement d'annexé à l'École des Reaux-Arts, a perdu à l'intérieur presque tout intérêt artistique. Jadis l'appartement occupé par M. Pailleron avant la vente à l'État, comprenait un grand salon peint et doré, et Guillet de Saint-Georges apprend qu'Audran avait peint des arabesques sur fond doré dans la maison de M. delà Rasinière, trésorier de l'Épargne, propriétaire de l'hôtel avant les Rouillon; quelque chose en a-t-il été conservé? Les deux figures de Mars et de Rellone qui occupent les caissons supérieurs de la grande porte située au centre du portique ajouré de la façade extérieure, sont un reste des magnificences

entassées dans celte demeure par la maison souveraine de Bouillon.

Dans la rue des Saints-Pères, on peut citer la maison n° 6, dont le balcon est soutenu par de puissantes consoles à tètes de lion; le portail qui ouvre sur la rue de Lille est décoré dans le même style contemporain de Louis XV. Une seconde maison, n° 50, est précédée d'un portique à colones ioniques, à volutes saillantes, dont les proportions sont plus pittoresques que bien étudiées. Nous ne citerons l'hôpital de la Charité que pour rappeler que l'architecte Robert de Cotte après en avoir fait le dessin, en avait confié l'exécution au sculpteur Nicolas Pineau.

La première maison du quai Voltaire est l'ancien hôtel de Tessé, où M. Chabrière-Arlès dont on a à regretter la mort récente, avait installé sa précieuse collection de meubles et de sculptures du Moyen âge et de la Renaissance. Cet hôtel construit sur les dessins de l'architecte Rousset, a échappé heureusement aux remaniements funestes que la mode a imposés à la plupart des habitations anciennes. Trois pièces ont conservé la décoration sculptée qu'elles avaient reçue à l'époque de Louis XVI, avec leurs cheminées de marbre ciselé et des dessus de porte à panneaux peints. Deux sont particulièrement remarquables (') ; l'une est un grand salon orné d'une cheminée d'un beau style; la seconde est une chambre à coucher dont l'alcôve est encadrée de guirlandes en bois fouillé avec une grâce charmante qui a mérité d'être reproduite par C. Daly dans ses motifs de décoration intérieure. Au n° 9 du môme quai se trouve un hôtel dont le salon principal est orné de belles boiseries dorées. Thiery signale la belle vue sur la Seine dont on y jouissait du balcon.

Sur l'emplacement actuel de l'imprimerie du Moniteur universel, était autrefois le couvent des Théatins, élevé en partie avec les dons du cardinal de Mazarin. La chapelle a été démolie à l'exception de la façade postérieure ouvrant sur la rue de Lille. La clef de ce grand portail monumental est ornée d'une figure d'ange détachée et portant les Livres saints. Le Louvre a hérité d'une statue de marbre, la Douleur, par Broche le Jeune, provenant du tombeau du marquis du Terrail dans l'église des Théalins.

L'hôtel du marquis de Villette, où mourut Voltaire, est situé à l'angle de la rue de Beaune, dans laquelle se trouve sa porte d'entrée décorée .de cippes funéraires et d'ornements imités des monuments romains. 11 est impossible aux curieux de pénétrer dans les appartements intérieurs, dont la décoration est intacte, dit-on; le propriétaire actuel rejetant

(1) V. Darcel et Rouyer, l'Art architectural, t. II, pl. 93; C. Daly, Motifs intérieurs, t. II, Louis XVI, pl. 31, 33, 43.

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impitoyablement les demandes qui lui sont adressées à cet effet.

L'autre angle de la rue de Beaune est occupé par ce qui reste de l'ancien hôtel de Mailly-Nesle. Cette résidence s'étendait primitivement jusque près de la rue du Bac et la façade principale donnait sur un jardin for-

ALCÔVE D'UNE CHAMBRE DE L'iIÔTEL DÉ TESSÉ, QUAI VOLTAIRE, X° 1.

(Époque de Louis XV l).

mant terrasse et dominant le cours de la Seine. Dans ces derniers temps, le jardin a été aliéné et converti en maisons particulières qui ont bouleversé tout l'aspect primitif de l'ancien logis. L'hùtel de Nesle construit au xvnc siècle, avait été remanié au siècle suivant. Sous le règne de Louis XVI, le décorateur Cauvet y avait fait de grands travaux dont il nous reste des dessins, mais qui ont disparu sans laisser de traces. L'hô- Ch. 13

L'ART

tel de Nesle devint pendant la Révolution un dépôt où furent centralisés les nombreux objets d'art enlevés des couvents ou confisqués sur les émigrés, et dont la majeure partie fut vendue par le Domaine. Le Cercle de l'Agriculture y était installé, il y a quelques années. L'intérieur de l'hôtel a conservé un grand salon à six fenêtres orné de boiseries de style Louis XV, en même temps qu'une seconde décoration bien plus importante dont nous ne connaissons pas d'équivalent à Paris (*). C'est un salon carré entièrement peint dont les camaïeux d'or se détachent sur un fond vert très harmonieux. Le plafond est entouré d'un cadre à balustres aux quatre angles duquel sont des trophées à mascarons surmontés de médaillons à figures; entre ces trophées sont d'autres médaillons à personnages accostés par des figures de génie soutenant des guirlandes. Dans plusieurs cartouches on voit les devises de la famille de Mailly. Le lambris et les panneaux des portes offrent les mêmes motifs d'ornementation. Ces peintures datent certainement de l'époque de Louis XIV, mais leur caractère diffère de celles que l'on voit dans la galerie d'Apollon au Louvre et qui sont dues à Bérain. Elles reproduisent presque identiquement un des plafonds qui se trouve gravé dans le Livre de peintures de salles et d'escaliers publié par D. Marot en 1712.

Le première maison du quai d'Orsay, à l'entrée de la rue du Bac, a été construite par Robert de Cotte pour M. de Cossé. C'est un bon modèle de l'architecture du xvne siècle, qui a conservé ses balcons et son portail à trophées sculptés, bien qu'on ait surélevé la façade par un étage moderne qui n'était pas dans le plan primitif. Le Cabinet des estampes possède tous les dessins de Robert de Cotte faits pour la construction et l'ameublement de cette maison. L'appartement occupé actuellement par M. Pailleron, possède encore un petit salon à boiseries contemporaines de la construction de l'hôtel. Tout à côté se trouvait L'hôtel du maréchal de Belle-Isle, édifié en 1721 par Bruand, sur l'emplacement du quartier connu autrefois sous le nom de la Grenouillère. Cette demeure était déjà citée comme l'une des plus somptueuses de Paris, lorsque le duc de Choiseul-Praslin la fit agrandir pour y loger sa belle collection de tableaux. L'hôtel, dont l'entrée est située rue de Lille, mais dont la façade principale regarde la Seine, a été depuis acquis par la Caisse des consignations et brûlé partiellement en mai 1871. Il a subi depuis des travaux de restauration qui ont achevé de le moderniser, et il a perdu un magnifique salon de l'époque Louis XVI avec des peintures en grisaille par Sauvage, que M. Rouyer avait heureusement relevés avant

(1) V. Racinet, V Ornement polychrome, t. III.

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l'incendie. Une seule pièce garde encore une très importante cheminée de marbre portant des appliques de bronze précieusement ciselées.

Il n'est resté aucune décoration complète que l'on puisse attribuer avec certitude à Antoine Watteau. Il est donc intéressant de recueillir les moindres pièces de ce genre, sorties des mains de cet inimitable artiste. Nous n'aurons donc garde d'oublier de citer les deux panneaux de porte : le Faune et {'Enjôleur, retrouvés par M. le comte de la Béraudière dans l'hôtel de Poulpry, situé près du quai d'Orsay dans la rue de Poitiers, ainsi qu'un panneau de fleurs et un plafond d'arabesques ayant la même origine, et appartenant à M. E. Féral.

En suivant le cours de la Seine, on arrive devant les ruines du palais de la Cour des Comptes qui, depuis 1871, forment une sorte de forêt vierge au milieu de la capitale. Là achèvent de s'effacer sous l'action du vent et de la pluie, les grandes fresques qu'y avait peintes Théodore Chasseriau et qu'on avait songé à transporter dans un autre monument. Il est question en ce moment d'établir sur cet emplacement une nouvelle gare pour le chemin de fer d'Orléans. Les flammes du pétrole si néfastes aux édifices de la rue de Lille, ont exercé aussi leurs ravages dans le petit palais commencé en 1782 par Rousseau, pour le prince de Salm- Kirbourg, et affecté depuis le premier Empire à la grande Chancellerie de la Légion d'honneur. L'hôtel s'ouvre sur la rue de Lille par une colonnade d'ordre ionique donnant accès à un péristyle qui aboutit au corps de logis central. Toutefois la façade principale du monument ne donne pas sur la cour, mais il faut la chercher sur la Seine où elle se développe en terrasse. Toute la décoration intérieure (O due à Bocquet, peintre des Menus-Plaisirs, est détruite et elle a été renouvelée lors de la restauration de l'hôtel après 1871. Plus heureuses, les façades extérieures ont conservé deux bas-reliefs de 25 pieds de longueur par Roland, représentant une Marche de sacrificateurs, sur l'attique du porlique de la rue de Lille, et une grande frise de 120 pieds de longueur par Moitte, placée au fond de la cour d'honneur sous la colonnade, ainsi que les statues qui ornent le fronton du palais en regard de la Seine. Malgré le mérite de ces sculptures, nous estimons plus encore les douze bas-reliefs allégoriques encastrés dans la façade latérale de droite. Ces gracieuses compositions (2), qui ont été attribuées sans motif suffisant à Clodion, ne sont peut-être que d'excellentes reproductions de bas-reliefs mis dans le

(1) Voy. Krafft et Ransonnette, Les plus belles maisons construites à Paris vers la fin du xvni0 siècle; Thirion, Le, Palais de la Légion d'honneur.

(2) Il existe des moulages de ces bas-reliefs dans les ateliers de reproduction du Musée des Arts décoratifs.

commerce, et dont les originaux restent à retrouver? Elles sont complétées par le moulage d'un grand bas-relief placé dans le péristyle et par dix-neuf grands bustes occupant les nicbes de la façade regardant la Seine. Quatre panneaux d'arabesques sur fond de stuc décoraient la salle à manger dont les modèles des espagnolettes en cuivre ciselé étaient dus ainsi que les autres détails au modeleur d'Hollande. Tout cela a disparu en 1871 .

L'architecte Germain Boffrand est le premier qui ait entrepris de construire des maisons dans les terrains vagues qui se trouvaient entre les ponts actuels de Solférino et de la Concorde. Il commença en 1714 à y bâtir un vaste hôtel s'étendant de la rue de Lille au quai, qui fut acquis par le marquis de Torcy. Cette demeure devint, sous le premier Empire, la résidence du prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie; il est occupé actuellement par l'ambassade d'Allemagne. A l'exception de l'escalier où l'on retrouve la manière de Boffrand, toute la décoration intérieure a été refaite pour le prince Eugène. Le grand salon entièrement revêtu de peintures allégoriques par Boisfremont, et qui conserve encore son mobilier pseudo-antique, est un des types les plus complets que nous connaissions de l'art dirigé par Percier. Nous signalerons dans cette demeure trois compositions par Hubert Robert, dont une placée dans l'escalier est probablement la plus grande qu'il ait peinte. Boffrand avait réservé pour sa demeure particulière l'hôtel limitrophe qu'il vendit ensuite au marquis de Seignelay. Presque en même temps, l'architecte Robert de Cotte qui fut, avec Boffrand et Lassurance, l'un des créateurs de ce quartier nouveau, élevait un troisième hôtel contigu pour la duchesse douairière de Conti. Il fut acquis par la duchesse du Maine qui y installa un magnifique salon de la Chine (en vernis Martin), qui vint plus tard dans les mains de Mme de Pontalba avant d'être acheté par M. Edmond de Rothschild; on y voyait aussi un petit oratoire garni de portraits de famille en miniature par Detroy, avec des bordures de filigrane W. Cet hôtel fut ensuite donné par Louis XVIII au comte d'Havré, capitaine de ses gardes.

Au n° 88, MM. Calliat et Lance ont relevé un salon avec des glaces encadrées de branches et de coquilles, au milieu desquelles est une jeune femme couronnée par l'Amour. Autour des médaillons sont disposés des ornements imitant le travail du fer.

La duchesse douairière de Bourbon fit entreprendre en 1722 la construction d'une autre vaste habitation qui est devenue le palais de la

(1) Mémorial de Paris, 1749, t. II.

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