SALON DE L'HÔTEL MOLE (MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS
(Dessiné par Leroux, xvme siècle).
faisant scrupuleusement reproduire. Leroux fut l'un des créateurs du style chantourné qui caractérise les ornements du règne de Louis XV. Il disposait au-dessus des frontons de glaces, des peintures entourées de bordures en forme de cœur, et il retournait ces mêmes* cadres pour les cartouches de ses plafonds cintrés, dans lesquels il plaçait des figures mythologiques empruntées à Natoire et à Boucher.
Au siècle dernier, toutes ces décorations étaient surpassées par celle de la galerie de l'hôtel de Villars, que le maréchal avait fait élever dans
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la rue de Grenelle-Saint-Germain, et pour lequel G. Boffrand avait dessiné, en 1712, un superbe portail. Leroux avait été chargé de disposer une galerie longue de soixante-douze pieds et haute de vingt-quatre, s'étendant sur le jardin de cet hôtel. C'était son travail le plus important et la galerie passait pour la plus belle de Paris. Elle a été reproduite dans une suite de six gravures, publiées par Blondel, chez Mariette. Malgré nos recherches, nous n'avons pu découvrir si cet ensemble, qui appartint plus tard au duc de Cossé-Brissac, a été détruit dans la première partie du siècle, alors qu'il tomba dans les mains de la famille de Forbin-Janson, ou lorsqu'il fut approprié pour servir de mairie au V 1 1 ^ arrondissement. La demeure du maréchal de Villars ne présente plus maintenant qu'un cube de pierre dont l'intérieur est garni de papier peint ou de menuiserie à moulures. On vient d'y placer récemment des tableaux allégoriques représentant des sujets de la vie civile, par E. Levy. M. le marquis de Vogué a retrouvé dans les papiers de la famille de Villars, qui lui sont venus par héritage, les comptes de construction et d'aménagement intérieur de cet hôtel. Les travaux étaient achevés depuis peu et n'étaient pas encore soldés lors de la mort du maréchal en 1734. Les sculpteurs Bernard et Pineau avaient fouillé les cadres et les attributs des panneaux; Garnier avait ajusté dans les trumeaux douze glaces que surmontaient des peintures mythologiques; Turpin avait doré les reliefs de ces lambris; et Leraistre avait ciselé les figures de bronze de la cheminée. Pineau, architecte-sculpteur, est connu par de nombreux travaux de décoration, dont nous rencontrerons les traces dans d'autres hôtels parisiens. Ce sculpteur, l'un des plus grands ornemanistes du xvme siècle, a été négligé par les biographes français parfois si bien renseignés sur des artistes académiques sans talent. M. Emile Biais a publié récemment sur la famille des Pineau un travail auquel nous empruntons des détails intéressants (l). Pineau (Nicolas, 1684-1754), était fils de Jean-Baptiste Pineau qui, né en 1652 est mort en 1710. Protégé par J. Hardouin Mansard, il fut chargé par lui de travaux de sculpture au château de Versailles et à Clagny. Nicolas fit partie de la troupe d'artistes et d'ouvriers engagés au service du czar et il resta en Russie de 1713 à 1725. Il avait étudié non seulement la sculpture mais également l'architecture dans l'atelier de Mansard et plus tard de Germain Boffrand, ainsi que chez Thomas Germain, orfèvre du Roi. 11 fit un nombre considérable de dessins et d'ornements pour le palais de Saint- Pétersbourg et pour Peterhof, en collaboration avec l'architecte Leblond.
(I) Emile Biais, Les Pineau.
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Revenu à Paris, les œuvres de Pineau obtinrent une vogue immense et il n'est guère d'hôtels construits à cette époque dans lesquels il n'ait placé ses boiseries délicatement ciselées dans lesquelles on trouve parfois des personnages et des sujets gracieux. Il fut chargé de toute la décoration de l'hôtel de la duchesse de Mazarin et il en fit un chefd'œuvre de goût que Cauvet et Gouthière furent appelés à compléter. Le fermier général Bouret, Grimod de la Reynière, le prince d'Isenghien, le maréchal de Villars lui confièrent la sculpture sur bois et sur pierre des hôtels qu'ils faisaient construire, tandis que la surintendance des bâtiments s'adressait à lui pour l'encadrement des portraits du souverain et des princes de la maison royale. Pour ces divers travaux, Pineau avait exécuté un nombre infini de dessins dont la plupart ont été gravés par Mariette. Une quantité considérable de ces beaux dessins a été conservée dans la famille Pineau qui subsiste encore. M. le baron Pichon en avait acquis plusieurs volumes que plus tard il céda à M. Beurdeley qui les a vendus à la Russie avec sa collection de dessins français d'ornement. M. Emile Biais en a également trouvé de nombreuses feuilles dans la famille de Pineau à Angoulème. Le Musée des Arts décoratifs a pu d'un autre côté se faire adjuger à la vente Pichon un carton de grands dessins de Pineau que le baron s'était réservé lors de la cession faite par lui à M. Beurdeley. Plusieurs concernent les travaux que Pineau avait exécutés à Suresnes pour le prince d'Isenghien.
Nicolas eut un fils Dominique (1718-1786), sculpteur sur bois comme son père, dont le talent n'égala pas le sien. D'ailleurs le goût du genre rococo était passé, et Dominique resta toujours fidèle à l'art de Meissonnier et de Boucher qui avait valu tant de succès à son père. Une de ses filles avait épousé Jean-Michel Moreau dit le Jeune.
Aux décorations déjà citées de Pineau, on peut ajouter celle du château d'Asnières appartenant aux d'Argenson ; de M. Dailly (hôtel Pontchartrain); des hôtels d'Esparbès de Lussan; de M. Daugny; de Bonnac, au delà de l'hôtel de Villars, rue de Grenelle-Saint-Germain; du portail de Bon-Secours, rue de Charonne; du cabinet d'assemblée de M. de Boulogne pour sa maison proche Hauteville; de l'hôtel de M. Boutin, rue de Richelieu ; de la bibliothèque de M. de Castanières, marquis de Chateauneuf; .de l'hôtel de Conli à Paris; des dessus de porte de M. Durfort frère de Grimod de la Reynière; de la porte de Mme de Feuquières, rue de Varennes; de M. le duc d'Harcourt, rue de l'Université; du prince d'Isenghien, à Suresnes; du fermier général Thiroux de Lailly; de panneaux et de cadres pour M. de la Marck ; pour l'église Saint-Louis à Versailles; pour la maison du comte de Midelbourg, à
Suresnes; pour les fonts baptismaux de Morangis et de Saint-Paul; pour Meudon; pour le Palais-Royal et pour Mme de Pompadour; un surtout d'orfèvrerie pour le ezar; des dessus de porte pour le maréchal de Roquelaure; pour M. Rouillé, rue des Poulies; pour M. Trudaine; porte de M. Duvaucel; pour l'hôtel de M. de Villeroy. Le nom de Bernard apparaît pour la première fois; nous ne connaissons de lui que le renseignement relatif à sa collaboration avec Pineau. L'hôtel de Villars avait absorbé, à un moment, l'hôtel du maréchal duc de Navailles, mais plus heureux que son superbe voisin, ce dernier a pu retrouver son existence particulière (n° 118); il a conservé une partie de sa décoration et notamment un salon dont les panneaux dorés portent des trophées militaires accompagnés du bâton de maréchal.
L'achèvement du boulevard Saint-Germain fut un désastre pour le vieux faubourg. La voie nouvelle faisait disparaître d'un seul coup une grande partie des hôtels de la rue Saint-Dominique et de la rue de l'Université, en même temps qu'elle faisait de cruelles blessures à ceux de la rue de Lille. Il est regrettable que l'on n'ait pas dressé, à l'époque de ce percement, le tableau exact des maisons atteintes par le niveau inflexible de notre édilité; c'eût été un chapitre intéressant de la topographie artistique de Paris. Quoiqu'il soit bien tard pour compter le nombre des victimes, dont beaucoup resteront à jamais ignorées, nous allons essayer d'énumérer quelques-unes des pertes subies par l'art parisien, en nous aidant de nos souvenirs personnels et de ceux des amateurs avisés et des marchands qui ont suivi attentivement cette opération pour y retrouver des trésors que le marteau des entrepreneurs avait convertis temporairement en bois de démolition, exposés en vente sur la voie publique, avant qu'ils n'entrassent dans les collections de Paris.
La rue Taranne avait peu à redouter de cette trouée radicale, en raison du médiocre intérêt que présentaient ses maisons. Sur le côté qu'elle a conservé, on voit encore les consoles de balcon de l'hôtel Synety W. Les deux premières maisons importantes qui se présentaient dans la rue Saint-Dominique étaient le grand et le petit hôtel de Matignon. Du premier, provient un salon orné de boiseries sculptées de l'époque de Louis XVI, qui a été acquis par le baron Edmond de Rothschild; le second contenait également des boiseries, mais de moindre importance. Les travaux de démolition amenèrent la découverte d'un plafond ovale à voussure et orné de divinités mythologiques par Noël Coypel, que l'administration municipale a fait enlever et transporter dans ses magasins.
(1) C. Daly, Mot!/s extérieurs, t. II, Louis XIV, pl. 21.
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Le bel hôtel de Luynes construit par Le Muet, pour la duchesse de Chevreuse, s'est vu retrancher son large portail et les deux tiers de sa cour qui frappait par son aspect grandiose. On l'entamait en même temps d'un autre côté, en amorçant sur l'emplacement de son jardin, le boulevard Raspail inachevé qui doit rejoindre la barrière d'Enfer. Le bâtiment principal est toutefois demeuré debout, avec plusieurs salons du xvne siècle, sa salle à manger décorée de compositions d'Hubert Robert et son monumental escalier entouré d'une perspective peinte par Rrunetli, dans les entre-colonnemenls de laquelle des figures semblent regarder les arrivants.
Les lambris sculptés, dans le style de Louis XV, d'un salon de l'hôtel n° 65, près de la rue du Rac, étaient assez remarquables pour que le baron Nathaniel de Rothschild les fit transporter à Vienne. Plus importantes encore étaient celles de l'hôtel de Chastillon construit en 1708 par Lassurance dans la rue Saint-Dominique. Les panneaux qui formaient le grand salon ont été employés par le baron Ferdinand de Rothschild, pour la décoration de l'une des galeries de son château de Waddesdon en Angleterre. Mmc la marquise de Croix, à laquelle appartenait cet hôtel, a conservé une autre magnifique décoration de style Louis XVI, qu'elle a fait remonter dans la nouvelle demeure qu'elle occupe sur le boulevard Saint- Germain, dans l'ancien hôtel de Noailles. Ce salon est disposé en arcades à glaces séparées par des pilastres chargés d'arabesques sculptées et dorées d'une charmante délicatesse. Un autre hôtel appartenant à la famille de Gontaut Saint-Rlancard, atteint partiellement par le nouveau boulevard avait conservé un charmant salon terminé en hémicycle à deux fenêtres, dont les sculptures dorées ressortant sur un fond blanc rappelaient la manière de Roffranci. Cet ensemble a été récemment cédé par Mmc Charcot à M. le comte Pillet-Will.
L'hôtel de Roisgelin, appartenant au comte de Reaufort (rue Saint- Dominique, n° 39), était encore décoré de ses boiseries originales, de serrures et de cheminées en bronze ciselé, et de quatre panneaux attribués à Watteau, placés dans la salle à manger, quand il a été dépouillé par un vol (1893) d'une partie de ses ornements. Près de là, l'hôtel Amelot acquis plus tard par les Montmorency, avait été décoré sur les dessins de G. Roffrand., en 1713, qui lui donna son aspect actuel.
Le tracé du boulevard se dirigeant ensuite vers le côté droit de la rue Saint-Dominique, a fait disparaître ce qui restait du grand hôtel de Rroglie, pour arriver à la rue de l'Université. La nouvelle voie entraîna la suppression du Dépôt de la guerre qui occupait l'hôtel construit au xvir siècle par la marquise de Noailles, devenue en 1712 duchesse de Riche-
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lieu. Après sa mort, l'hôtel retourna cà la famille de Noailles et fut possédé jusqu'à la Révolution par la branche de Mouchy. Dans la seconde moitié du xvme siècle, la distribution intérieure de cette demeure fut modifiée par l'architecte Antoine et le sculpteur Pierre-Gilles Cauvet fut chargé d'en décorer les appartements.
La demeure des Noailles-Mouchy se divisait en deux parties distinctes : le grand et le petit hôtel. Ce dernier, situé entre les jardins et la cour des communs, se rattachait au grand hôtel par un palier de l'escalier d'hon- , neur. Lors de la démolition, les boiseries du grand hôtel ont été acquises par un marchand anglais nommé Pratt qui les a fait transporter à Londres. La rampe du grand escalier, beau morceau de serrurerie de l'époque de Louis XIV, a été acquise par M. de Villeneuve pour l'hôtel qu'il a fait construire dans le square de Messine. Le petit hôtel comprenait un appartement composé de quatre pièces : une salle à manger, un salon et deux autres chambres, dont l'ensemble se retrouve chez M. de Villeneuve. Les bas-reliefs représentant des trophées de chasses et des guirlandes de fleurs, sculptés sur les murs de la salle cà manger, ont été encastrés par M. de Villeneuve dans le vestibule de son hôtel, et les boiseries des deux autres pièces ont été disposées au premier étage pour former un salon et une bibliothèque; elles sont ornées de motifs dont les encadrements sont très finement ciselés.
Le salon principal a été remonté dans une salle du rez-de-chaussée avec tout le soin scrupuleux que réclamait une œuvre aussi délicate. Celte pièce est entièrement revêtue d'une décoration peinte sur fond d'or, dont quelques ornements en bois doré ou bronzé rompent l'uniformité. Les panneaux, formant pilastres, sont revêtus d'arabesques à vases ovoïdes, à trépieds et à carquois, qui reproduisent les compositions publiées par Cauvet. Au-dessus de l'encadrement de la glace, se détache une figure d'aigle sculptée en relief, tandis qu'un cartouche rectangulaire surmontant la porte présente deux figures de génies qui soutiennent un médaillon peint. Rien ne surpasse l'élégance et la finesse d'exécution de ce salon que complètent une cheminée à appliques de bronze et une serrurerie de cuivre ciselé. L'art de l'époque de Louis XVI n'a rien produit de plus précieux et nous ne saurions lui comparer que le boudoir de la Reine au palais de Fontainebleau, qui est d'ailleurs d'une dimension plus restreinte. La mise en vente d'un pareil chef-d'œuvre est la preuve irrécusable de l'ignorance et de l'insouciance des administrations publiques. A l'instant même où celte vente était opérée, on exécutait les travaux d'agrandissement du Ministère de la Guerre. Comment n'est-il pas venu à la pensée des architectes, de réemployer dans
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leur construction ce salon absolument intact et qu'on eût pu replacer à peu de frais? Mais les formalités administratives n'eussent pas été suffisamment observées! On doit toutefois se féliciter que cette œuvre ait été appréciée à sa valeur par un amateur d'un goût aussi éclairé que M. de Villeneuve (1), dont l'hôtel renferme d'autres importantes décorations sur lesquelles. nous reviendrons plus tard.
A la suite de cet hôtel était, rue de l'Université, n° 73, une autre maison possédée par la famille de Chabrillan où M. de Villeneuve a encore recueilli une fontaine angulaire de salle à manger ornée de trophées et de roseaux en plomb doré. Nous ne saurions indiquer l'emplacement exact d'une maison de la rue Saint-Dominique, d'où proviennent la suite de bas-reliefs de style Louis XVI et les boiseries d'un salon qui ont été réemployées dans la construction du nouvel hôtel de Mme la comtesse de Dam pierre, sur le boulevard Saint-Germain. Nous signalerons aussi à titre de curiosité historique, la disparition récente de la maison située à l'angle de la rue Saint-ïhomas-d'Aquin, dont la devanture était fermée par une grille à pilastres corinthiens avec un écusson et des guirlandes de fer forgé d'aspect curieux (2). Ce travail de ferronnerie de l'époque de Louis XVI a été transporté à Montargis par le propriétaire de la maison.
Le n° 33 de la rue de Verneuil offre une cour à fenêtres surmontées de frontons et des œils-de-bœuf entourés de médaillons de style Louis XIV; à l'intérieur est un salon à boiseries dorées d'une belle composition.
Dans la partie de la rue Saint-Dominique qui n'a pas été entamée par le boulevard, existent encore d'anciennes demeures conservant un aspect monumental. Le ministre de la Guerre occupe l'hôtel de Brienne dont le principal corps de logis est orné d'une belle façade à pilastres; vis-à-vis sont les btttiments de l'hôtel de Lignerac qui, par ses ornements et les mascarons des clefs de ses fenêtres, remonte aux premières années du xviii0 siècle. Plus loin on rencontre, au n° 53, ce qui reste de la demeure construite pour la princesse de Kinsky où nous trouvons encore les restes d'une décoration faite sur les dessins du sculpteurarchitecte Cauvet. Tous les ornements de cet hôtel avaient été exécutés avec un goût et une délicatesse incomparables (3). Les bronzes les plus précieusement ciselés, les porcelaines les plus rares, les meubles les plus
(1) M. de Villeneuve, en même temps qu'il nous permettait d'admirer ses richesses artistiques, a bien voulu nous communiquer les renseignements historiques qu'il a recueillis sur les anciens hôtels dont il possède des décorations.
(2) L'abbé Valentin Dufour, Bulletin de lu, Société de l'histoire de Paris, 1890.
(3) V. Thiery, Guide du voyageur et de l'amateur à Paris, t. II, p. 581.
riches y avaient été prodigués. Tout fut confisqué et dispersé à l'époque de la Révolution, et les agents du Comité d'échange envoyèrent à l'étranger une des cheminées dont les plaques, sortant de la manufacture de Sèvres, étaient entourées de bronze doré. La façade donnant sur le jardin et ornée de six colonnes ioniques, a perdu son fronton dont les peintures en grisaille avaient été exécutées par Gibelin. Dans chaque entre-colonnement sont restés des bas-reliefs représentant alternativement des sujets allégoriques et des frises très gracieusement traitées. De toute la décoration décrite si soigneusement par Thiery, il ne subsiste que le grand salon central du rez-de-chaussée qui servait autrefois de salle de concert, et qui est décoré d'un ordre ionique avec pilastres cannelés et dorés. Au milieu était une cheminée soutenue par des figures de bronze vert supportant des girandoles dorées, qui a été remplacée sous le premier Empire. On y chercherait vainement les deux statues d'Apollon et d'Orphée qui remplissaient les niches latérales. Au plafond, Julien de Toulon a représenté ^Assemblée des dieux dans l'Olympe. C'est vraisemblablement le seul ouvrage de ce peintre qui ait été conservé à Paris. L'hôtel de Kinsky est, en ce moment, l'objet d'une rénovation complète qui respectera soigneusement les derniers débris d'une des créations les plus raffinées de l'art décoratif parisien.
Auprès de cet hôtel est la vaste résidence que la princesse de Monaco avait fait élever sur les dessins de Brongnard. Bien qu'elle n'ait subi aucune transformation extérieure, cette demeure ne conserve presque rien de son ancienne décoration, qui a été modernisée par M. Hope et par les propriétaires qui s'y sont succédé. Il faut se contenter d'admirer la majestueuse ordonnance de ses façades et les immenses jardins qui l'accompagnent, sans autre espoir de satisfaction artistique. Presque vis-à-vis est situé l'ancien hôtel de Mirepoix dans la façade duquel sont encastrés des bas-reliefs et des frises datant de l'époque de Louis XVI.
La famille de Choiseul avait fait construire sur des terrains dépendant du vaste hôtel de Mailly, aujourd'hui disparu, quatre maisons identiques. L'une d'elles appartenant à M. Chauffard, et située rue de Bellechasse, n° 11 bis, a gardé un grand salon de l'époque des dernières années du règne de Louis XV, qui est décoré de colonnes dorées et de dessus de portes à médaillons ovales en stuc représentant les Arts.
La rue de Grenelle possède l'un des monuments qui font le plus d'honneur à la sculpture décorative du siècle dernier. Le prévôt des marchands, Turgot, père du célèbre ministre, ayant commandé à Bouchardon une fontaine publique, cette entreprise lui permit de se montrer
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aussi habile dans l'architecture que dans la sculpture. Ne disposant que d'une rue étroite, il prit le parti de reculer la façade de l'édifice et d'y dessiner un avant-corps en retraite, accompagné de deux ailes décrivant un demi-cercle. L'avant-corps est orné d'un groupe de trois figures en marbre représentant la Ville de Paris assise entre les deux figures couchées de la Seine et de la Marne. Dans les niches de la colonnade environnante sont des statues en pierre symbolisant les