FAUBOURG
SAINT-GERMAIN
et construit par Legrand. La façade forme un portique soutenu par des colonnes doriques; dans l'escalier ovale et éclairé par une lanterne, sont placés douze bas-reliefs à sujets mythologiques d'une bonne composition que l'architecte de l'ambassade fait en ce moment restaurer avec un grand respect archéologique.
L'hôtel de Noirmouliers, occupé par l'Etat-major général de la Guerre, avait été acquis par Mlle de Sens, fille de Louis III, duc de Bourbon, qui en confia la décoration intérieure à Lassurance, architecte du roi et de Mmc de Pompadour. Lassurance, qui semble avoir été élève de Robert de Cotte et de Boffrand, a donné les plans d'un nombre considérable de maisons du nouveau quartier du faubourg Saint-Germain. Il avait un goût tout particulier pour la composition décorative et il semble avoir fait un fréquent appel, pour l'exécution de ses dessins, aux ciseaux exercés de Pineau, de Verbreck (*) et de Vassé. Les lambris de l'hôtel de Sens présentent de grands rapports avec ceux de l'hôtel de Soubise, de l'hôtel de Samuel Bernard et du château de Rambouillet qui appartiennent évidemment à l'école de Germain Boffrand. La porte cochère et les deux façades sur la cour et sur le jardin sont dans l'état où M"° de Sens les a laissées en mourant (1765); mais on ne saurait en dire autant des sept salons qui composaient l'appartement de réception au rez-de-chaussée. A une époque que l'on ne pourrait préciser, le service géographique du ministère de la Guerre fit enlever la majeure partie des boiseries qui les décoraient pour les empiler sous un hangar. Pendant de longues années ces panneaux avaient servi à chauffer le poêle du corps de garde, lorsque le Domaine mit en vente, dans l'année 1889, un premier lot de ce qui restait et il fut adjugé à un Auvergnat pour une somme minime. Peu de jours après, ces mêmes boiseries passaient successivement des mains du revendeur dans celles de plusieurs antiquaires et elles trouvaient un asile définitif au prix de 12.000 francs, chez un architecte, M. Emile Peyre, amateur passionné de sculptures sur bois, qui possède une incomparable collection en ce genre, et à l'obligeance duquel nous devons nombre de renseignements curieux sur les richesses artistiques du vieux Paris. On pouvait espérer que le Domaine donnerait satisfaction aux réclamations de tous ceux qui s'intéressent à ces questions, en s'abstenant dorénavant de vendre tout objet ayant un caractère artistique, et une enquête fut même commencée à ce sujet, mais c'eût été
(1) Le nom de cet habile sculpteur très employé dans les travaux de décoration de Versailles, est souvent écrit Verberck, mais la forme Verbreck nous paraît mieux lui convenir ; cet artiste étant originaire de la Flandre.
bien peu connaître une administration que rien n'émeut et qui procède avec l'assurance imperturbable d'une conscience qui remplit son devoir; aussi vers le milieu du mois de décembre suivant, soumettait-elle aux enchères publiques une seconde partie des boiseries de l'hôtel de Sens, au même endroit et dans les mêmes conditions, comme si rien ne se fût passé, mais cette fois l'attention des marchands étant éveillée, le lot fut adjugé au prix de 8.000 francs à un revendeur qui n'a pu s'en défaire que difficilement. Les intérêts de l'État avaient été mieux défendus que dans la première vente; mais dans le cas peu probable du reste, où l'un de nos Musées voudrait racheter ces boiseries pour les reconstituer à titre de modèles artistiques, où serait dans cette "opération le bénéfice réel pour les contribuables.
L'histoire des pertes qu'a fait subir au patrimoine artistique et à la fortune publique l'ignorance de l'administration des domaines est longue et douloureuse. Se plaçant au point de vue de la formule légale et du rendement immédiat, l'administration ne fera jamais entrer en ligne de compte les considérations historiques et la valeur artistique. Bien qu'il soit trop tard pour réparer le tort causé à la fortune publique par les aliénations successives qui ont dépouillé nos châteaux nationaux et nos grandes administrations de tout le mobilier précieux qu'ils possédaient, il est indispensable d'imposer au Domaine l'obligation de ne procéder à aucune vente sans que les objets qui doivent y figurer n'aient été examinés par une commission chargée de désigner ceux qui mériteraient d'être conservés pour nos collections publiques. C'est dans cet esprit qu'a été votée la loi nouvelle pour la sauvegarde des édifices et des œuvres d'art de la France en les plaçant sous la surveillance immédiate de la Commission des monuments historiques. Malheureusement, le fonctionnement de cette loi n'a pas procuré tous les avantages que l'on s'en proposait, et elle a accueilli trop facilement le déclassement de nombreux édifices que la loi ancienne protégeait.
Après ces actes de vandalisme, on ne doit pas espérer retrouver de nombreuses traces de la décoration de Lassurance dans l'intérieur. Il n'y reste que deux pièces qui n'aient pas été saccagées. La première, qui sert maintenant de salle de billard, était jadis un vestibule de médiocre étendue. Les bordures des glaces et les encadrements des panneaux en sont gracieusement ornés de guirlandes et de corbeilles de fleurs. Plus importante est une grande salle à manger dont les quatre angles sont arrondis et décorés de trophées. De chaque côté des glaces qui garnissent les parois, on a disposé des panneaux à médaillons au milieu desquels sont sculptées des figures d'animaux tirées des fables de
LE FAUBOURG S AINT-GEUM AIN. 1i>l
La Fontaine, et qui sont entourés de motifs dessinés dans le goût sobre et exquis de l'école de Boffrand.
SALLE A M A XGER DE 1,'hÔTEL DE SENS (XVIIIe siècle).
(Etat-major général de la Guerre).
Auprès de l'hôtel de Sens, l'abbé de Pompadour s'était fait construire une demeure (n° 142) qui fut plus tard acquise et agrandie par le baron
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