LE FAUBOURG
SAINT-GERMAIN
a les proportions d'un château princier, on y trouve une salle de spectacle décorée par Cicéri; n'était-elle pas assez étendue pour offrir une salle montrant dans son ensemble l'un des chefs-d'œuvre de l'art du règne de Louis XVI?
Il est resté dans l'hôtel une antichambre ornée d'un grand poêle demi-circulaire garni de cuivre, de l'époque Louis XVI ; un grand salon à beaux panneaux bien conservés décorés de vases de fleurs et d'une corniche de plafond de style Louis XV, et une délicieuse chambre à coucher, sorte de boudoir étroit garni de quatre panneaux à médaillons ornés de paysanneries dans le style de Boucher, avec encadrement d'alcôve d'une parfaite conservation et d'une composition ravissante. Quatre panneaux de cette même pièce étaient vitrés pour servir de bibliothèque.
La dernière demeure de la rue est l'ancien hôtel du duc du Châtelet, construit par Cherpitel, dans le même style que l'hôtel de Rochechouart. Elle sert actuellement de résidence à l'archevêque de Paris. On y remarque un grand salon de forme circulaire situé au rez-dechaussée et décoré de pilastres, de trophées et de frises dorées sur fond blanc, dans le style néo-grec du temps de Louis XVI.
La rue de Varennes conserve nombre de maisons et d'hôtels où l'on relève des motifs intéressants de décoration extérieure. Nous citerons, au n° 19, une grande porte surmontée d'une imposte cintrée et des consoles soutenant un balcon d'un beau style de l'époque Louis XIV; au n° 13, un portail monumental orné de colonnes ioniques de l'époque de kouis XVI; au n° 58 est un grand balcon avec son appui en fer, et au n° 60, une porte Louis XIV surmontée d'un balcon à consoles. La porte de l'hôtel portant le n° 56, mérite une mention toute particulière à cause de la richesse de sa composition et du goût de ses ornements. Rien de plus délicat que les figures couchées qui remplissent les deux médaillons de ses panneaux en bois. C'est l'une des portes les plus remarquables de Paris, qui en possède encore de très belles malgré toutes les pertes qu'il a subies; elle a été reproduite plusieurs fois et notamment par M. Daly (O, qui a également gravé la porte du n° 69 et celle du n° 72, toutes les deux datant de l'époque Louis XVI. On voyait autrefois, à l'entrée d'une maison disparue de l'ancienne rue de la Planche, une très belle porte du xvne siècle, ornée de trophées et de guirlandes. Nous ignorons sa destination actuelle, mais il en existe une reproduction à l'hôtel de Behague, dans l'avenue Bosquet, qui renferme
(1) V. Daly, Motifs extérieurs, t. II, pl. 25.
de nombreuses et superbes boiseries provenant des anciens hôtels de Paris.
Nous joignons à ces portes, à cause de leur proximité, celles qui suivent : rue Saint-Guillaume (n° 15), très belle porte à deux vantaux avec trophée d'armes et décoration très élégante (Louis XIV); n° 24, porte à deux vantaux ornée de trophées et de casques, époque de Louis XV; rue de la Planche, n° 53, grande et belle porte transportée rue de Babylone dans la maison de M. Cochin; rue de la Chaise, n° 3, porte Louis XVI ornée d'oves en saillie d'un beau profil; n° 9, porte d'un caractère monumental datant de la même époque.
Les somptueux appartements de l'hôtel de la Rochefoucauld-Doudeauville (n° 47), renferment des boiseries dans le beau style du commencement du xviii0 siècle; mais comme elles n'ont pas été sculptées pour l'emplacement qu'elles occupent, nous resterons fidèles au programme que nous nous sommes imposé au début, de ne parler des œuvres d'art qu'à l'occasion des édifices pour lesquels elles étaient primitivement exécutées. Nous les réserverons donc pour la description du château de Bercy où elles figuraient autrefois. L'hôtel de la Rochefoucauld renferme en outre des tapisseries, des meubles et des raretés qui en font une sorte de Musée. Celui de la famille de Rohan (n° 63) morcelé par la spéculation était également décoré de boiseries du temps de Louis XV. La nonciature a quitté récemment un autre des hôtels de la Rochefoucauld appartenant à Mme Calman-Lévy, où l'on voit de grands salons et un escalier Louis XV, mélangés avec des trophées du style de l'Empire qu'y avait fait appliquer le général Rampon. Le grand hôtel de Matignon, légué à l'ambassade d'Autriche-Hongrie par la duchessè de Galliera, ne satisfait pas toutes les espérances que fait naître sa grandiose entrée et la noblesse de sa façade. L'intérieur a été restauré avec trop peu de respect pour le caractère des ornements dessinés par l'architecte Jean Courtonne et continués par G. Boffrand. Un salon du premier étage décoré de boiseries sculptées, de médaillons et de dessus de porte peints dans le style de Boucher, a seul échappé aux enjolivements de la restauration générale de l'hôtel. Ceux du rez-de-chaussée, qui composent l'appartement de réception, ont été moins heureux. La pièce la plus remarquable est un salon ovale, dont les importants panneaux et le plafond ont été surchargés d'une profusion de motifs dorés qui viennent compliquer la pureté des lignes tracées par Boffrand. Les personnifications des principales villes d'Italie peintes par Baudry, y remplacent d'anciens dessus de porte du xvmc siècle. Dans un salon voisin, également orné de peintures par Baudry, le centre des panneàux, admi-
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rablement fouillés, a été enlevé pour faire place à des incrustations de bouquets en mosaïque de Florence, dont les colorations noires font un contraste choquant avec l'or et la couleur blanche des lambris. Les panneaux sculptés et la corniche du plafond de la salle à manger ont été complétés par une succession d'arabesques empruntées aux œuvres de C. Huet, et cette superposition enlève à cette pièce toute son élégance primitive.
L'hôtel du comte Boucher d'Orsay (n° 66), appartenant actuellement à M. le comte Duchàtel, a été en partie démoli pour l'ouverture de la rue Barbet-de-Jouy. 11 y reste cependant un grand portail et plusieurs œuvres intéressantes qui rappellent les goûts artistiques du comte d'Orsay, dont la belle collection de statues antiques, confisquée à la Révolution, est presque entière au Musée du Louvre. Au rez-dechaussée, on voit un remarquable salon de l'époque de Louis XVI, dont la décoration se compose de pilastres cannelés et séparés par des trophées sculptés. Des frontons à consoles et à figures surmontent les portes, dont les panneaux sont enrichis de fleurs peintes, et la cheminée du plus charmant goût, est en marbre incrusté de cuivre doré. Tout le champ du plafond est occupé par une immense peinture de Taraval représentant Y Apothéose de Psyché. La salle à manger est lambrissée de panneaux marqués aux chiffres et aux armes de Louis XIV et de Marie-Thérèse, qui présentent un problème difficile à résoudre. A quelle époque et pour quelle raison cette décoration, qui rappelle celle des appartements du Louvre et de Vincennes, a-t-elle été transportée dans un hôtel de la fin du xviii0 siècle?
L'hôtel d'Orsay fut le berceau des expositions industrielles qui sont devenues si communes de nos jours et dont on considère celle ouverte au Champ-de-Mars en l'an VI (1798), comme ayant été la première à Paris. Nous ne pouvons mieux faire connaître les circonstances qui vinrent traverser partiellement les intentions de ses organisateurs qu'en transcrivant le récit apologétique dû à l'un d'eux, le marquis d'Avèze, personnage oublié aujourd'hui mais qui a joui dans son temps d'une certaine notoriété. Réduit plus tard à solliciter des secours de la Restauration et de Louis-Philippe, il accompagnait ses pétitions de la relation de ce chapitre inédit de notre histoire industrielle.
« Le Directoire était à peine installé que de concert avec MM. Parny de la Chabeaussière et Caillot, célèbre acteur du Théâtre italien, je fus nommé administrateur de l'Académie de musique ayant alors pour titre : Le Théâtre des Arts. Nous reçûmes ce bel établissement des mains des artistes sociétaires clans l'état le plus déplorable et menaçant d'une chute
prochaine. Grâce aux efforts de noire administration qui dura trois années consécutives, nous laissâmes ce beau théâtre à nos successeurs dans la situation la plus satisfaisante et dans le chemin du progrès qu'il a toujours suivi et qu'il suit encore de nos jours.
« En l'an V (1797) je n'avais pas encore quitté l'Opéra que le ministre de l'Intérieur m'avait appelé pour être commissaire des manufactures des Gobelins, de Sèvres et de la Savonnerie. Je n'eus pas besoin de faire un séjour dans ces établissements pour m'apercevoir de la détresse dans laquelle ils étaient plongés : les ateliers étaient fermés; depuis deux ans les ouvriers mouraient de faim; les magasins étaient encombrés de marchandises, aucune affaire commerciale ne venait les dégager.
« L'idée d'une exposition de tous les objets des manufactures nationales s'offrit à mon imagination sous les formes les plus flatteuses. J'écrivis mon projet, je fis le plan de son exécution et j'en formai un rapport au ministre de l'Intérieur qui fut tout entier écrit de ma main, et remis par moi-même à M. Lancel, alors chef de division des Arts et manufactures. Mon rapport eut bientôt l'approbation du ministre de l'Intérieur M. François de Neufchateau; il m'ordonna de mettre à exécution mon projet par tous les moyens utiles et convenables au gouvernement.
« Saint-Cloud me parut le lieu propre à l'exécution. Il consistait d'abord à donner des fêtes publiques pendant lesquelles les marchands de toute espèce, soit de Paris, soit d'ailleurs des contrées environnantes, pourraient s'établir et y vendre sans être soumis à aucun frais, pendant lesquelles aussi auraient lieu dans le parc, des courses à pied, des spectacles et jeux de tous genres qui seraient terminés par celui des grandes eaux à la fin de la journée et par un feu d'artifice tiré à l'entrée de la nuit.
« Ces fêtes furent autorisées par le ministre et eurent lieu conformément à mon projet, elles ne faisaient que la partie accessoire de mon plan qui avait pour but principal l'exposition des produits de nos manufactures nationales.
« Le château de Saint-Cloud était alors inhabité et totalement démeublé ; il me parut le lieu le plus digne et le plus convenable à faire l'exposition que j'avais conçue et à lui donner toute la magnificence et l'éclat nécessaire pour attirer les étrangers et provoquer ainsi la vente des objets qui devaient y être exposés et dont le produit devait adoucir la misère des malheureux ouvriers.
« Le château de Saint-Cloud me fut concédé sans peine, je m'y établis et j'appelai de suite près de moi MM. Guillaumot, Duvivier et Salmon, directeurs des manufactures. Je leur fis part des intentions du gouvernement et je trouvai tous ces messieurs prêts à s'y conformer avec
LE FAUBOURG SAINT-GERMAIN. 127 empressement, zèle et activité. En peu de jours, par leur bienveillante
salon de l'hôtel boucher d'ousay (xvme siècle). (Rue de Varennes).
entremise, tous les murs des appartements du château se trouvaient
revêtus des plus belles tapisseries des Gobelins, tous les parquets des différentes pièces couverts de ces superbes tapis de la Savonnerie qui longtemps ont rivalisé avec les tapis de Turquie et qui depuis peu d'années ont acquis une grande supériorité sur ces derniers. Les grands et beaux vases, les magnifiques groupes, les superbes tableaux de porcelaine de Sèvres vinrent embellir tous ces salons où brillaient déjà les cbefs-d'œuvre des Gobelins et de la Savonnerie.
« Le salon de Mars fut cbangé en un magasin de porcelaines où Ton voyait les plus beaux services, les plus riches cabarets, les vases à fleurs, enfin toutes les bagatelles de bon goût qu'enfante cette incomparable manufacture ; au milieu de ce salon et au sein de toutes ces richesses s'élevait une grande roue de fortune contenant les billets de plusieurs tirages de loterie qui devaient se succéder. Tous les billets gagnaient un petit ou un grand objet; le prix de ces billets était de douze francs.
« Dès avant le jour de l'ouverture, qui devait avoir lieu dans les derniers jours du mois de fructidor, une multitude d'étrangers, de personnes distinguées de la capitale, munis de billets particuliers l'avaient parcourue et en avaient acheté des objets assez remarquables pour produire des fonds suffisants à l'effet de distribuer aux œuvres des différentes manufactures et par ces moyens améliorer un pou et momentanément leur sort.
« Le bruit que faisait cette exposition future donnait un extrême désir à tous les habitants de Paris d'en jouir au plus tôt; ils attendaient avec impatience le 18 fructidor qui avait été fixé pour l'entrée au château de Saint-CIoud (D. La cour était remplie d'équipages élégants, les salons occupés également de la manière la plus brillante lorsqu'au milieu de celle bonne compagnie je reçus l'ordre officiel qui m'enjoignait de me rendre à l'instant au Ministère et m'ordonnait de remettre à un autre moment l'ouverture de l'exposition. Déjà sur tous les murs de la grande cité se trouvait placardé le décret du Directoire portant expulsion de tous les nobles, avec ordre de se retirer pour vingt-quatre heures à trente lieues de Paris, et ce, sous peine de mort. Je me trouvais alors dans la catégorie du décret, par conséquent obligé de m'éloigner sur-le-champ. Cependant, devant compte au gouvernement de toutes les richesses que contenait le château de Saint-CIoud, il me fut aisé de faire comprendre au ministre et au commandant de place que l'on devait m'accorder les forces suffisantes pour la garde du château qui allait être fermé. Le général Augereau me donna une compagnie de dragons; il ordonna qu'il
(1) Le catalogue de cette exposition de Saint-CIoud a été publié. Il porte la date de fructidor, an V (septembre 1797, vieux style).
Décoration du Salon des Maréchaux (École Militaire).
(Époque de Louis XV)
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me fût remis un laissez-passer moyennant lequel je pus sorlir de Paris et revenir à Saint-Cloud. Je fis faire devant moi un inventaire général de tout ce que j'y laissais, je fermai les portes, j'en remis les clefs à M. Maréchaux, concierge, j'établis tout autour les divers postes de dragons qui m'avaient été accordés pour sa sûreté et mes devoirs remplis, je me hâtai d'obéir au décret.
« Mon absence ne fut pas extrêmement longue, je revins à Paris au commencement de l'an VI (1798). A mon retour, le souvenir de mon premier s.uccès et cette idée généreuse d'une Exposition nationale des objets de l'industrie française dont je prévoyais le développement et les suites flatteuses me firent tenter de nouveau de faire une exposition du môme genre, mais bien pins étendue, de toutes sortes d'industries.
« Depuis longtemps je roulais dans ma tête le projet de rétablir parmi nous ces jeux jadis en honneur chez les Grecs et les Romains, dans lesquels se réunissaient tout ce que ces grands peuples avaient d'hommes célèbres par leurs vertus, leur mérite, leurs talents et par tout ce que la nature leur avait départi de force, d'adresse, de grâce et de beauté.
« Le gouvernement applaudit à mes vues, autorisa mon plan et seconda mes efforts autant qu'il était en lui. Les jeux gymniques furent établis avec pompe et majesté dans la magnifique maison d'Orsay qui se prêtait à tous ces jeux et exercices par l'étendue de ses jardins et de ses appartements.
« Je voulus encore généraliser dans cet établissement toutes les idées grandes et utiles dont mon esprit était rempli. Je proposai donc aux collaborateurs que j'avais pris, d'ajouter aux jeux ci-dessus, des réunions littéraires, une exposition des objets les plus précieux des arts et enfin celle des produits de l'industrie nationale. Je n'eus pas de peine à faire admettre mes idées et l'exposition des objets ci-après fut arrêtée et exécutée dans l'ordre suivant :
« Première pièce (Galerie). — Étoffes de toute espèce, quincaillerie, bijouterie de tous genres, librairie distinguée par sa composition, ses éditions, ses reliures. Chose particulière, cette librairie était la plus en vogue au Palais-Royal, elle appartenait à l'auteur trop célèbre du roman de Faublas. membre de la Convention. Elle était tenue par sa femme qui avait été surnommée à cause de sa vertu dont elle se glorifiait, Lodoïska, nom qui fut donné à cette galerie.
« Deuxième pièce. — Armes familières de toutes sortes : fusils, carabines, espingoles, pistolets d'arçon et de poche.
« Troisième pièce. — Ébénisteries anciennes et modernes de toutes
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les formes parmi lesquelles on remarquait plusieurs pièces de Riesener, ébéniste de l'ancienne cour, et de Jacob dont la réputation commençait à devenir célèbre.
« Quatrième pièce. — Horlogerie et mécanique dont plusieurs morceaux de l'Épine et de Leroy, horlogers distingués de l'époque.
<< Cinquième pièce. — Porcelaines des manufactures de Sèvres, de la rue du Temple dite d'Angoulème, et de Nast qui toutes rivalisent déjà avec la Manufacture nationale.
« Sixième pièce. — Meubles magnifiques de la plus grande richesse et du meilleur goût parmi lesquels on admirait des bureaux, des caisses de pendules et des bibliothèques de Boule, enrichis d'ornements et de figures de bronze dorées.
« Septième pièce. — Des cheminées et des colonnes en marbre de différentes carrières décorées de médaillons et incrustées de divers ornements également de bronze dorés.
« Huitième pièce. — Des tableaux d'histoire de nos grands maîtres par Vincent, David, Suvée, paysages par Hue et Valenciennes, des fleurs par van Daël et van Spaendonck.
« Neuvième pièce. — Des gravures et des dessins des premiers maîtres du temps.
« Dixième pièce. — Histoire naturelle, oiseaux, animaux injectés.
« Onzième pièce. — Salle d'exercices; car à cette exposition se trouvent annexés comme nous l'avons dit ci-dessus, les jeux gymniques et c'est dans cette salle" qu'avaient lieu particulièrement la danse, la lutte, l'escrime; c'est aussi dans cette même salle que se tenaient les assemblées littéraires qui avaient lieu deux fois par semaine et où se distribuaient les prix remportés dans les divers jeux.
« A la suite des deux expositions dont je viens de parler fut inauguré quelques mois après, avec pompe et magnificence par le ministre de l'Intérieur et au nom du gouvernement, celle qui eut lieu au Champde-Mars. »
Malgré cette narration, ce n'est pas le marquis d'Avèze qui fut le premier à organiser des expositions à Paris; depuis longtemps les diverses académies en avaient ouvert qui étaient très fréquentées par le public artiste. Ce n'est pas lui non plus qui créa les jeux gymniques dans lesquels on distribuait des objets d'art ou des armes d'honneur aux vainqueurs; encouragements qui furent décernés également pendant l'exposition de l'an VI, au Champ-de-Mars, qui nous le voyons, a précédé toutes les exposilions industrielles de Paris. Au baron d'Avèze revient le mérite d'avoir compris l'intérêt artistique des œuvres datant
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de l'ancien régime et d'avoir été le promoteur de ces expositions rétrospectives qui ont pris de nos jours tant de développement. Il est également très intéressant de voir qu'il s'était adressé pour remplir ses salles à Riesener et aux fabricants de la cour, tandis que presque à la même époque ces fabricants artistes ne figurent pas au Champ- de-Mars où ils sont remplacés par des mécaniciens et des industriels. Voyant la place envahie par la main-d'œuvre banale, les artistes habiles qui avaient porté si loin la grâce de la composition et le fini de l'exécution, s'étaient retirés de la lutte, vieillis et ruinés pour la plupart, pendant que leurs belles productions étaient abandonnées par la mode qui les recherche si avidemment en ce moment.
On a démoli, il y a quelques années, l'hôtel de Mazarin, devenu ensuite la propriété des Rohan-Chabot, pour y établir une cité. La porte cochère, dessinée par Leroux, avait été publiée chez Mariette. Les boiseries sculptées qui y étaient placées dans les salons ont été vendues par l'adjudicataire à plusieurs amateurs dont le nom nous est inconnu.
On ne peut rien signaler dans l'hôtel de Castries qui a été saccagé en 1789, si ce n'est le portail et l'architecture de la cour intérieure. L'hôtel de M110 Desmarres, aujourd'hui le ministère de l'Agriculture, a encore été plus maltraité. Jusqu'à ces dernières années, il avait conservé une belle ordonnance extérieure, qu'il a perdue dans les travaux d'agrandissement de cette administration. La décoration des appartements que l'architecte Leroux avait dessinée pour les Villeroy et que Pineau avait exécutée, à entièrement disparu pour faire place à des moulures modernes. Le seul ouvrage artistique survivant est la rampe en fer de l'escalier aux chiffres enlacés de Louis XIV, dont la composition est proche parente de celle de l'ancien palais de Mazarin. Dans la maison voisine dépendant du ministère, l'un des directeurs a son cabinet dans un salon à boiseries sculptées, avec des dessus de porte peints en grisaille qui datent de l'époque de Louis XVI.
La rue de Varennes se termine par une vaste propriété (n° 77) qui, avec les hôtels de Monaco et de Matignon, est l'un des derniers spécimens de ces demeures ayant bien plus l'aspect de châteaux que d'hôtels, et dont la construction n'était possible que dans un temps où le terrain n'avait pas une valeur appréciable. Cet hôtel, commencé en 1729 par l'architecte Gabriel, avec la collaboration du décorateur Aubert, pour M. Peirenc de Moras, fut augmenté considérablement par la duchesse du Maine en 1738. II appartint ensuite à la famille de Biron, avant d'être acquis par le couvent du Sacré-Cœur. Malgré l'attribution des plans à
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Gabriel et à Aubert, les dispositions extérieures et intérieures de l'édifice présentent de trop étroites affinités avec le style de Boffrand, pour ne pas supposer que la duchesse du Maine se soit adressée à lui, afin de compléter l'œuvre de ses devanciers. Le principal corps de logis regardant le jardin est surmonté d'un fronton où sont sculptées deux figures allégoriques accompagnées d'enfaqts, dont la maison de Lebrun, rue du Cardinal-Lemoine, offre la disposition presque identique. Le grand balcon, en fer forgé, est soutenu par quatre consoles d'un beau dessin, entre lesquelles sont placées des tètes de femmes auxquelles on pourrait reprocher une largeur exagérée. Ce corps de logis était primitivement terminé par un comble qui est remplacé par une terrasse écrasante. Jusqu'à ces dernières années, les appartements de l'hôtel de Biron avaient conservé leur décoration du xviue siècle, l'une des pins importantes qui fût à Paris. Malheureusement, la mode de la modernisation vint pénétrer jusque dans l'intérieur paisible du couvent, et un jour la supérieure crut agir au mieux des intérêts de la communauté, en cédant toutes les boiseries sculptées des salons à un spéculateur qui s'engageait, en retour, à les remplacer par une menuiserie courante, à repeindre et à tendre de papier toutes les pièces. Eclairée sur la valeur de ce qu'elle cédait, la communauté voulut rompre ce marché, mais ce ne fut qu'au moyen d'une indemnité considérable. Les boiseries ne devaient pas profiter longtemps de cette accalmie. Le bruit de cette cession et de l'expertise qui l'avait suivie, avait attiré l'attention des marchands ainsi que celle des amateurs, et la communauté ne résista pas aux propositions dorées qui lui furent faites. Tous les détails de cette vente ne sont pas connus, mais on sait cependant que ces salons ont été partagés entre plusieurs membres de la famille de Rothschild ; six auraient été transportés en Angleterre chez le baron Ferdinand, tandis que le baron Albert, de Vienne, devenait propriétaire -d'un salon ovale, et que son cousin le baron Edmond en acquérait deux autres, dont l'un a été disposé pour décorer son cabinet dans l'hôtel qu'il possède au faubourg Saint-Honoré. Deux de ces décorations sont restées en place. La première, bien complète, est un salon orné de panneaux, de pilastres, de portes à encadrements et d'une corniche à médaillons, composés dans le meilleur style de la première période de Louis XV. La pièce qui lui fait suite est de forme ronde et surmontée d'un plafond à voussure. Tout autour régnent des pilastres corinthiens, dont les intervalles présentent des baies cintrées autrefois occupées par des glaces ou des peintures aujourd'hui disparues. Malgré l'originalité de sa disposition, cette pièce ne présente pas le charme et l'unité du salon précédent.
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M. C. Daly a signalé, dans la rue Saint-Guillaume une petite porte de l'époque de Louis XV, et une grande porte moulurée à trophées d'armes en haut-relief et à rosace de style Louis XIV, qui ont été démolies il y a quelques années pour faire place à des maisons nouvelles, ainsi qu'un œil-de-bœuf Louis XV, avec un cadre à coquille audessus d'un masque d'Hercule, encore en place au n° 22. L'hôtel n° 14 possède l'une des plus belles portes de la capitale, sur les vantaux de laquelle sont sculptés, avec une habileté magistrale, des trophées et des masques du meilleur goût. L'hôtel suivant, n° 16, a appartenu à la famille de Mortemart avant de passer aux comtes de Guébriant. Meissonier en avait dessiné les principaux ornements intérieurs. Dans la rue de la Chaise, la maison n° 3 offre une porte d'un beau profil, ornée d'oves en saillie du style Louis XVI, et celle portant le n° 9, un grand portail de la même époque, dont l'ordonnance est largement dessinée.
Un recueil de plans appartenant à M. de Goncourt et vendu en 1897, contient les plans de la maison de M. de Gassini construite dans la rue de Babylone par l'architecte Bellisard.
La longue rue de Sèvres n'est pas sans montrer de nombreuses façades d'anciens hôtels, bien qu'aucune ne se distingue par un mérite exceptionnel. M. Daly a publié la porte intérieure d'un salon situé au n° 10 (2), qui n'existe plus, et dont les sculptures dataient de la belle époque de Louis XIV. Une tradition que nous n'avons pu vérifier, attribue la dénomination donnée au couvent des Oiseaux qui termine la rue, à la décoration peinte d'une salle à manger de la maison, qui appartenait alors au sculpteur Pigalle, et dans laquelle se voyaient des oiseaux voltigeant dans des bosquets. Il pourrait se faire que cette appellation provînt de la maison d'Issy, ancienne propriété du duc de l'Infantado, où l'on a découvert récemment un plafond orné d'oiseaux. Cette propriété appartenait à la maison des Oiseaux qui l'a vendue récemment à la commune pour y établir sa mairie. C'est là qu'elle s'était établie tout d'abord.
L'hospice Laënnec a remplacé l'ancien Hôpital des Incurables, fondé par le cardinal de La Rochefoucauld, dont le tombeau se voyait dans la chapelle, harmonieuse construction de la première moitié du xvn° siècle. Ce monument a été transporté dans les nouveaux bâtiments de Saint- Frambourg, à Ivry; il est dù à Philippe Buyster. Vis-à-vis des Incu-
(1) C. Daly, Motifs extérieurs, t. II, pl. 13 et 27.
(2) Voy. G. Daly, Motifs intérieurs, t. I"r, pl. 22.