‹ L'art decoratif dans le vieux ParisChapitre 21 sur 49 · DANS LE · texte numérisé non relu

DANS LE

rables, on voit encore la maison à fronton où habitait le bibliophile Gaignières, bien connu par ses belles collections de dessins et de manuscrits français. Entre la rue de Sèvres et la rue du Cherche-Midi, les Dames auxiliatrices des âmes du Purgatoire sont installés dans un hôtel possédant d'anciennes boiseries à lambris sculptés et peintes couleur vertd'eau que l'on ne peut voir.

La demeure la plus majestueuse de la rue du Cherche-Midi est l'hôtel construit par la comtesse de Verrue, bibliophile et amateur passionné; il fut acquis ensuite par le comte de Toulouse et bouleversé pour servir de conseil de guerre. L'hôtel a conservé son grand portail, une cour à l'aspect majestueux, des clefs de fenêtres et des mascarons de bronze dans le style de Louis XIV. La décoration intérieure a totalement disparu et, pour retrouver un souvenir de celle que l'on appelait « la Dame de Volupté », il faut s'adresser au n° 8 de la rue d'Assas, où il existe un pavillon qui communiquait autrefois avec l'hôtel de Verrue. On y voit un petit boudoir oblong dont le plafond ovale est décoré d'arabesques sur fond blanc. Aux extrémités de la composition sont deux médaillons peints sur toile et marouflés sur le plâtre, qui sont accostés de chaque côté par des singes se tournant le dos et assis sur des lambrequins à piédestaux reliés par de longues guirlandes de fleurs au motif central. Au-dessous sont deux ornements en forme d'écrans; dans le champ gambadent d'autres singes entourant la rosace médiane. L'encadrement à voussure sculptée représente des scènes drolatiques mimées par des singes. Ce plafond peu connu, qui mériterait les honneurs de la gravure, est peut-être le plus délicat spécimen de singeries que nous connaissions. L'exécution en paraît trop délicate pour Gillot et trop serrée pour Christophe Huet; son auteur, dont le nom reste à découvrir, nous semble tenir de plus près que ces deux peintres au grand maître de la fantaisie, à Antoine Watteau.

Nous trouvons, dans les reproductions de M. Daly, le grand balcon et la façade de la maison n° 59 de la rue du Cherche-Midi, ainsi que le dessus de porte et les croisées d'entresol de la maison située au n° 85 (•). L'hôtel de la même rue (n° 11), a conservé les boiseries sculptées d'un salon dont la corniche de plafond offrant aux angles des aigles aux ailes éployées, remonte au règne de Louis XVI. Au n° 18 est un grand portail à cartouches et à consoles de style Louis XV, qui donne accès à un pavillon de la même époque et d'un arrangement original. Vis-à-vis est une enseigne portant la légende « Au Cherche-Midi », où l'on voit un

(1) V. C. Daly, Motifs extérieurs, Louis XV, t. II, pl. 20 et 26.

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génie présentant un cadran solaire à un homme vêtu à l'antique, clans la manière du siècle dernier.

L'hôtel de Verrue est placé à l'angle de la rue du Regard où les maisons portant les nos 1, 3, 5, 7, offrent une série de portes sculptées dans le style de Louis XIV, dont quelques-unes sont remarquables. Ces demeures gardent encore, vraisemblablement, leur décoration primitive, mais toutes ne sont pas également accessibles.

Nous nous bornerons à mentionner l'hôtel (n° 3) où se voient une très belle rampe d'escalier et des boiseries sculptées qui ont été transportées par le propriétaire M. Georges Didot dans une maison de campagne située près de Mantes. L'hôtel voisin (n° 5) a également conservé ses anciens lambris. Dans un troisième (n° 11), on trouve une décoration de salon avec aigles aux angles de la corniche du plafond, datant de Louis XVI. Le couvent des filles de l'Union chrétienne occupe un grand pavillon Louis XV à trois étages, dont le balcon en fer est soutenu par des consoles à coquilles et à mascarons féminins d'une belle allure. L'hôtel de la Guiche a été récemment transformé en succursale de l'administration du Mont-de-Piété et n'a conservé que la façade du bâtiment principal et un grand escalier. II y existait de superbes boiseries qui ont été cédées pour 20.000 francs, à un spéculateur et revendues à l'un des membres de la famille de Rothschild pour un prix bien supérieur. On nous a dit que ces panneaux déposés dans un magasin, en attendant leur remploi, avaient été dévorés par l'incendie. L'hôtel de la Guiche était, croit-on, l'un de ceux où Mme de Maintenon élevait les enfants que Louis XIV avait eus de Mme de Montespan. On attribue la même destination à la maison de la rue de Vaugirard n° 12o, qui porte le nom d'hôtel de Turenne. Les enfants du Roi étaient dispersés dans des demeures différentes et mystérieuses, ce qui peut avoir donné lieu à ces vagues traditions. Nous signalerons dans celte dernière rue, la porte monumentale et la belle ordonnance de la cour de l'hôtel (n° 50) construit dans le style de Louis XVI et occupé par une pension de jeunes filles.

Près de là, dans la rue Saint-Romain, on vient de démolir un bel hôtel du xvii0 siècle, ayant appartenu à la famille de Choiseul, pour y établir la caisse d'épargne postale.

La princesse de Condé, abbesse de Remiremont, dont on a publié récemment la correspondance avec M. de la Gervaisais, s'était fait construire par l'architecte Rrongnard, dans la rue de Monsieur, n° 12, une vaste résidence appartenant aujourd'hui à M. le comte de Chambrun. Les deux côtés longitudinaux de la cour sont ornés de grands bas-reliefs

représentant des rondes d'Amours et des enfants effrayés par un tigre qui sont encastrés dans la muraille. Chacun des deux motifs se répète en formant pendant; au-dessus des portes débouchant dans la cour, sont placées trois voussures dont le centre offre un œil-de-bœuf entouré d'une composition trois fois répétée, de figures de femmes et d'enfants. On y voyait autrefois des niches contenant des statues et placées au-dessous des bas-reliefs. Cette décoration unique à Paris ne saurait être donnée à un autre qu'à Clodion dont elle a la souplesse et la vie. La répétition des mêmes motifs exécutés en une sorte de stuc durci, montre que l'atelier du sculpteur s'était peu à peu converti, pour répondre aux demandes du commerce, en une manufacture de bas-reliefs où l'on tirait de nombreux exemplaires du même modèle. Le rez-de-chaussée de ce grand hôtel montre une longue enfilade de salons dessinés avec un goût parfait et dont les lignes architecturales en bois sculpté encadrent d'autres basreliefs allégoriques gracieusement composés. De l'autre côté du boulevard des Invalides est l'hôtel construit par Brongnard pour le prince de Masserano et habité aujourd'hui par M. le marquis de Clercq. La façade principale, ornée de huit grands pilastres corinthiens, est dessinée dans le même style que l'hôtel de Monaco, autre ouvrage de Brongnard. Ces trois hôtels ont été gravés par Ransonnette (0 dans « les Plans des plus belles maisons construites à Paris ».

Au xvinc siècle la mode était aux petites maisons où les grands seigneurs venaient souper. Il fallait qu'elles fussent assez voisines de la ville pour qu'on pût y aller en peu de temps et qu'elles fussent situées dans des quartiers déserts, pour être discrètes. Les agrandissements progressifs de la capitale ont peu à peu rejoint ces retraites qui se trouvèrent un jour faire partie de l'enceinte habitée. Le faubourg Montparnasse est l'un de ceux qui comptaient le plus grand nombre de ces petites maisons. Il avait été également adopté par les artistes qui y trouvaient des surfaces étendues et à bon marché, pour y construire des demeures.

Les restes d'un pavillon ayant appartenu au duc de Montmorency- Laval se voient au n° 17 de la rue Notre-Dame-des-Champs. La maison était encore intacte il y a quelques années, lorsqu'elle fut acquise par un industriel qui n'a conservé que la façade donnant sur le jardin. Une jolie boiserie de chambre à coucher de style Louis XVI, qui a été démontée à la suite de ces travaux, attendait il y a peu de temps, de

(l) Krafft et Ransonnette, Plans des plus belles maisons de Puris, t. I, pl. 39, Gl et .70.

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trouver un acheteur. Le duc de Laval possédait près de là, sur le boulevard Montparnasse, une superbe maison de chasse bâtie par Cellerier, dont il ne reste pas de traces ('). M. Edouard Fournier (2) signale une petite maison du comte d'Artois située au n° 20 du même boulevard, dont les lambris sculptés et les plafonds peints auraient abrité depuis une pension. Nous n'avons pu retrouver cette demeure' qui est vraisemblablement démolie et dont M. Daly a reproduit des pilastres en bois sculpté séparant les arcades d'un salon décoré d'arabesques et de figures mythologiques du temps de Louis XVI. M. Daly dit que cette maison portait le n° 23 de la rue Montparnasse (3), mais nous pensons qu'il y a là une confusion avec le pavillon construit pour le peintre Calau, au n° 23, de la rue du Montparnasse.

Nous ne pouvons signaler tous les artistes ou les littérateurs qui ont habité la rue du Montparnasse pour y trouver le calme et le repos dont ils avaient besoin. Il faudrait pour cela écrire un chapitre important de l'histoire littéraire du règne de Louis-Philippe.

Deux pavillons d'artistes y existaient encore dernièrement dans la rue du Montparnasse. Le premier (n° 23), avait été construit par l'architecte Poyet pour Calau. Calau, peintre du roi de Prusse, mort à Berlin en 1785, sur lequel nous n'avons trouvé aucun renseignement. Mais la plume allemande de Krafft (*), dénature à chaque instant l'orthographe des noms. Plus loin, ce peintre est appelé Calais, et on serait conduit à soupçonner qu'il s'agit de Callet, si l'on ne savait pas que ce dernier n'était pas au service de la Prusse et qu'il est mort bien plus lard. La porte d'entrée du pavillon était soutenue par deux figures d'Atlantes. Les appartements du rez-de-chaussée, qui se composaient d'un boudoir, d'une chambre à coucher, d'un salon et d'une salle à manger, avaient seuls conservé leur décoration primitive. Le boudoir, qui a pu servir de salle de bain, était surmonté par une coupole, formant lanterne, dont le plafond était divisé en compartiments où se jouaient des enfants peints à fresque, et portant des guirlandes de fleurs. Les pilastres du salon central étaient ornés d'arabesques délicates en stuc, encadrant des panneaux (3), dont la surface était recouverte par des paysages et des tiges de fleurs, dans lesquels étaient percés les vantaux des portes. Mieux comprise au point- de vue esthétique, mais d'un usage aussi incommode

(1) Krafït et Kansonnette, Plan des plus belles maisons de Paris, t. T.

(2) Edouard Fournier, Paris-Guide. Les maisons historiques de Paris.

(3) Daly, Motifs intérieurs, t. II, Louis XVI, pl. 39, 40.

(4) V. Kraffc et Ransonnette, Plan des plus belles maisons de Paris, 1. 1, pl. 19 et 37.

(5) C. Daly, Motifs intérieurs, liv. XVI, t. II, pl. 39, 40.

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que le reste de l'appartement, la salle à manger était entourée d'une colonnade dont les deux côtés longitudinaux se terminaient en exèdres, avec de grands trophées en relief. Cette demeure vient d'être détruite pour être transformée en maison de rapport et les principaux motifs de décoration ont été acquis par la spéculation. Les deux plafonds ont été adjugés à M. Mercier pour 35.000 francs ; l'ensemble avait été acheté par M. Hamel, sculpteur ornemaniste qui en a encore des parties à vendre. Vis-à-vis de ce pavillon, est la maison de l'architecte DorlianO), qui, après avoir eu divers propriétaires, notamment la princesse Belgiojoso, a été réunie au collège Stanislas. La façade a perdu une longue frise sculptée, représentant le cortège de Bacchus et d'Ariane, dont les nudités mythologiques ne convenaient pas à une maison religieuse. Le vestibule à colonnes a également vu un Bacchus, qui occupait l'hémicycle autour duquel monte l'escalier, remplacé par un statue de la Vierge. Les quatre pièces qui composent l'appartement du rez-de-chaussée ont conservé intactes leurs boiseries de l'époque de Louis XVI, bien que deux aient été réunies pour servir de chapelle. Dans l'ancienne zone suburbaine, route de Chàlillon, 17, M. Daly <2) a également relevé une petite porte qui présente de jolis ornements dans le style de Louis XVI.

L'hôtel des Invalides, qui, pendant près d'un siècle, a terminé Paris du côté du sud-ouest, est trop connu pour qu'il soit besoin de signaler tous les motifs qui en font l'une des plus splendides créations de l'architecture française de la fin du xvn° siècle. Nous nous bornerons à mentionner ceux qui présentent un intérêt particulier au point de vue de la décoration. Sur la façade principale on remarque la grille d'eutrée, d'un travail de ferronnerie dont le dessin est malheureusement lourd, et les deux petits pavillons qui l'accompagnent. Le grand portique de la façade offre une statue équestre de Louis XIV, accompagnée de deux Vertus en demi-relief sculptées dans la pierre par Coustou, œuvre remaniée par Cartellier, à laquelle nous préférons le groupe allégorique et les trophées qui surmontent le portail d'entrée. On a exposé le long de celte même façade quatre grands groupes de bronze provenant de la statue de la place des Victoires, qui, faits pour une autre destination, ne s'harmonisent pas avec le style du monument de Bruand et de Mansard. La cour d'honneur est aussi remarquable par ses proportions, qu'imposante par son aspect. Quatre grands réfectoires, ornés de fresques représentant les campagnes de Louis XIV, aujourd'hui presque effacées, et

(1) C. Daly, Motifs intérieurs, t. II, pl. 14.

(2) C. Daly, id.

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peintes par les Martin, occupent la longueur de cette cour. Elle conduit à la chapelle de l'Hôtel, autre œuvre classique due aux mêmes architectes. Le mobilier de cette chapelle a été dispersé, et il a été refait sous le premier Empire, dans un caractère étranger au style du monument. La grande église consacrée à saint Louis, qui lui fait suite, a permis à Jules Hardouin Mansard, qui l'a construite, de déployer à l'aise ses rares qualités de décorateur. Tout l'effet a été réservé à l'immense coupole d'imitation italienne, qui en forme le centre et que les meilleurs artistes des dernières années de Louis XIV et du règne de Louis XV ont été chargés d'embellir. La calotte de la voûte est revêtue d'une peinture à fresque où La Fosse a représenté Y Apothéose de Saint Louis; il a peint aussi les Quatre Évangélisles, entre les arcs doubleaux. Audessous du plafond central est une seconde zone où les Douze Apôtres sont peints par Jouvenet. La voussure du sanctuaire placé sous un baldaquin à colonnes torses, est divisée en deux caissons où Noël Coypel a retracé la Trinité et l'Assomption de la Vierge; de chaque côté sont des groupes d'anges musiciens par Louis et Bon Boullongne. Autour du dôme se développent les transepts et quatre chapelles dont les coupoles sont peintes à fresque. Ce sont : celles de Saint Grégoire, par Michel Corneille, restaurée par Doyen; de Saint Jérôme, par Bon Boullongne; de Saint Augustin par Louis Boullongne; de Saint Ambroise par Bon Boullongne. Dans ces chapelles se voyaient des statues de saints dont la majeure partie a été détruite ou dispersée; il reste au-dessus des portes qui y donnent accès, des bas-reliefs en pierre, sculptés par Coysevox, Van Clève, Flamen, Coustou l'aîné, Le Gros, l'Espingola et par Slodlz, qui égalent les meilleures compositions décoratives de Versailles. Le pavé du dôme et des chapelles est remarquable par ses beaux compartiments de marbre entremêlés de lis, de chiffres et des armes de France, avec le cordon de saint Michel. La partie centrale de ce pavage, modèle exquis de broderie mussive que nous reproduisons, a été supprimée pour faire place au caveau sépulcral disposé par Visconti dans l'axe du dôme en l'honneur de Napoléon Ie''. On a apporté dans une des chapelles le tombeau de Turenne, sculpté originairement pour l'abbaye de Saint-Denis et dû à Tuby, l'un des élèves de Coysevox.

Pour apprécier les grandes proportions et la belle ordonnance de cette église, il faut se placer dans l'axe de l'avenue de Breteuil. De là on aperçoit toute l'élégance du portique à deux étages soutenus par des colonnes d'ordre composite, accompagnées d'un fronton aux armes de France et de trophées militaires du goût le plus noble. Au rez-dechaussée s'ouvrent les deux vantaux d'une porte semée de fleurs de lis

et d'attributs fouillés dans le bois par un ciseau vigoureux. Les statues de plomb qui entouraient la coupole s'élançant en flèche au-dessus de ce massif, ont été fondues et remplacées par des consoles. Une destinée plus favorable nous a conservé les grands caissons concentriques qui recouvrent la partie supérieure de la coupole. Rien n'est plus largement compris que ces bas-reliefs composés d'armes et de trophées, auxquels une dorure récente a rendu leur éclat primitif.

L'intérieur des Invalides a été complètement modernisé. La salle du Conseil, richement décorée autrefois, est devenue plus tard une bibliothèque qui elle-même en a été enlevée. Quelques vases de l'ancienne pharmacie sont maintenant exposés sur les rayons vides de celte pièce où rien ne rappelle la belle ordonnance du xvnc siècle, si ce n'est la corniche du plafond. La grande apothicairerie d'où ces vases ont été enlevés a été soumise à des remaniements qui ont modifié son aspect, lorsqu'on a établi au milieu de la pièce un cabinet de consultation. Fort heureusement cette construction provisoire n'a atteint aucune des sculptures de la boiserie qui conserve encore ses casiers démeublés et les panneaux aux angles arrondis, dans les médaillons desquels sont retracés, avec une délicatesse charmante, des enfants symbolisant la chimie et l'étude des sciences naturelles. Il faut espérer que cet ensemble, dont les éléments sont actuellement dispersés, sera un jour rétabli dans son état primordial. La grande porte de la chapelle regardant l'avenue de Breteuil est également remarquable par la belle exécution et par la largeur de la composition de ses vantaux de bois sculpté.

De même que l'Hôtel des Invalides est un des types les plus complets de l'architecture du règne de Louis XIV, l'École militaire caractérise parfaitement l'esthétique de la dernière période de Louis XV. Ce vaste monument, conservé clans toutes ses parties, est l'un de ceux qui honorent notre école d'architecture dirigée alors par Gabriel, par Louis et par Antoine, et à laquelle nous devons les bâtiments de la place de la Concorde, la Monnaie, le Palais-Royal et le Grand Théâtre de Bordeaux. L'École militaire, commencée en 1752 et terminée en 1773, montre le changement radical qui s'était introduit dans les dispositions architecturales depuis un demi-siècle. Malgré le grandiose de ses proportions, aucune concession n'y est faite au luxe fastueux comme Mansard l'avait pratiqué aux Invalides; tout y porte le caractère à la fois simple et vigoureux de sa destination spéciale. En même temps les aménagements intérieurs y sont traités avec un soin que l'on chercherait vainement dans les galeries dénudées de l'Hôtel des Invalides.

La façade principale de l'École militaire a été reportée en arrière, afin

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de terminer l'aspect du vaste espace qui s'appelait autrefois le Champ-

TAVAGE EN MARBRE DE LA CHAPELLE -SAINT-LOUIS AUX INVALIDES. ÉPOQUE DE LOUIS XIV.

(L'étoile centrale a été remplacée par le sarcophage de Napoléon I'r).

de-Mars. Gabriel avait admirablement réalisé ce programme et il est à

désirer que nos neveux retrouvent cette perspective aujourd'hui interceptée par des constructions industrielles, héritage de la dernière exposition universelle. Le pavillon central formant un avant-corps composé de deux étages, est surmonté par un entablement corinthien ; il est orné de dix grandes colonnes et de balcons en saillie et accompagné de deux ailes moins colossales destinées à faire valoir la masse du bâtiment principal. La môme disposition se retrouve dans la cour intérieure autour de laquelle règne un portique à colonnes et que terminent deux pavillons servant de piédestaux à des génies déployant les plans des batailles de Fontenoy et de Lawfeldt, ainsi qu'une grille d'un beau travail, dont le fronton a perdu son cartouche armorié. Il serait trop long de décrire les nombreux motifs qui se trouvent sculptés sur les frontons et sur le comble du pavillon central, ainsi que sur les pavillons de la cour et dans toutes les parties du monument qui se prêtaient à l'ornementation. Les frises, les cartouches, les trophées et les dessus de portes, que l'on y retrouve à chaque pas, sont dessinés avec la largeur que l'on remarque dans les premières gravures de Delafosse et dans celles de Cauvet et exécutées avec une merveilleuse entente de la décoration.

Les appartements intérieurs du pavillon central ont eu l'heureuse fortune de rester tels qu'ils avaient été disposés par Gabriel. On entre tout d'abord par une grille en fer forgé, dans un vestibule orné de colonnes doriques. A gauche est la chapelle dont la voûte, en berceau, s'appuie sur des colonnes corinthiennes. Onze tableaux placés dans les entrecolonnements et sur le maître-autel représentaient la vie de saint Louis; ils ont été transportés dans la chapelle de l'École de Saint-Cyr. Audessus de l'autel, se trouve un bas-relief colossal clans lequel on voit des Anges en adoration devant la Croix, par Pajou. Un second bas-relief en bois doré, au-dessus de la tribune, représente Y Adoration de l'Agneau; de chaque côté de l'autel, sont d'autres bas-reliefs d'archanges avec des trophées religieux et des portes en bois doré à têtes de séraphins. Par le côté droit du vestibule on entre dans les grands appartements desservis par un escalier à rampe en fer forgé d'un superbe travail. Les quatre niches de cet escalier contenaient les statues des maréchaux de Luxembourg et de Saxe, de. Turenne et de Condé qui ont été brisées en 1793. L'appartement de réception comprend une salle d'attente lambrissée avec une niche ornée d'attributs de guerre sculptés et dorés qui contient un poêle moderne, dont la pauvreté forme disparate avec les ornements qui l'environnent. On passe ensuite dans la salle des Maréchaux qui est sans contredit une des œuvres décoratives les plus importantes de la seconde partie du règne de Louis XV. Les salons de Versailles peuvent

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seuls rivaliser avec la magnificence de cette pièce qui est d'une conservation exceptionnelle. Il faut ajouter qu'elle appartient à une époque de transition qui n'est pas représentée dans nos palais, les petits appartements de Louis XV à Versailles étant dessinés dans le style rocaille que Boucher et Meissonier affectionnaient, tandis que ceux que le roi avait fait établir pour la dauphine Marie-Antoinette, future reine de France, annoncent déjà les délicatesses un peu maniérées de l'école néo-grecque. L'art de Gabriel est empreint d'une originalité pleine de vigueur à laquelle les attributs militaires, les guirlandes et les masques de lion fournissaient des motifs variés avec une largeur incomparable. Jamais il n'a donné plus libre carrière à ses tendances que dans la décoration de la salle des Maréchaux qu'il a composée de panneaux sculptés sur lesquels se détachent en or des couronnes, des guirlandes et des instruments de guerre. La corniche, appuyée sur des consoles à casques, soutient un plafond en voûte; la cheminée, de proportions grandioses, est surmontée d'une glace à cadre sculptée et enrichie d'une profusion de guirlandes et de mascarons de bronze. Quatre larges panneaux sont occupés par des peintures de Lepaon, reproduisant des événements militaires du règne de Louis XV. Auprès de ce salon est un cabinet revêtu de charmantes boiseries du même style et d'une cheminée ornée de carquois de bronze dorés et précieusement ciselés.

Les pièces occupées par le général commandant l'École supérieure de la Guerre se composent d'une salle à manger dont la cheminée est d'une disposition pleine d'harmonie, de plusieurs chambres ornées de boiseries sculptées et dorées et enfin d'un élégant salon à panneaux dorés, tout à la fois sobre d'ornementation et riche d'exécution, pour lequel Gabriel s'est inspiré des meilleurs motifs de Delafosse et de Lalonde.

La longue et large rue qui conduit de la place de la Bastille à la place des Nations perd chaque jour sa physionomie originale. Nous nous rappelons avoir connu le faubourg Saint-Antoine bordé de maisons remontant presque toutes au commencement du siècle dernier, et dont les fenêtres à petits carreaux étaient ornées de balcons ou d'appuis en fer d'un curieux travail. Elles ont disparu une à une pour faire place à des cités, à des établissements industriels et à des voies nouvelles. Celles qui subsistent sont défigurées par des enseignes commerciales et par des adjonctions parasites. Çà et là cependant nous remarquons encore quelques vestiges d'anciennes demeures; trois mascarons de l'époque de Louis XIV (n° 89); de beaux appuis de fenêtre de style Louis XVI (n° 138); d'autres balcons du même style à la maison n° 136. Non loin de cette dernière demeure (n° 210) existait la brasserie de Santerre, avant qu'elle n'eût été transportée rue Notre- Dame-des-Champs, dans le pavillon de Montmorency-Laval dont nous avons parlé. Cet hôtel, où se prépara la journée du 20 juin 1792, et que fréquentaient Philippe Egalité et d'autres personnages politiques de la Révolution, est occupé par un pensionnat dirigé par les Dames de Nevers. Sa longue façade est éclairée par des fenêtres à balcons précieusement travaillés dans le goût de Louis XV. Il y existait à l'intérieur un petit salon revêtu de boiseries sculptées, datant de la même époque, qui a été acquis par M. Montvallat. A l'angle du faubourg Saint-Antoine et de la rue de Charonne on a élevé en 1671 une fontaine publique en forme d'édicule orné d'un grand encadrement accosté de deux pilastres et surmonté par une tête de fleuve couronnée de roseaux, d'un bon aspect décoratif.

Les bâtiments de l'ancienne abbaye de Saint-Antoine avaient été reconstruits au xvin6 siècle, et par suite ils ne présentaient plus qu'un intérêt médiocre, avant d'être affectés par la Révolution aux services

L'\Art

'Décoratif dans

le Vieux 'Paris.

Cheminée d'un Salon du petit Hôtel d'Ormesson, décorée du poi trail du Cardinal Ma~arin.

( Époque de Louis XIV)

de l'hôpital Saint-Antoine. La grande église du couvent a été rasée après avoir été saccagée. Lenoir n'avait pu y retrouver qu'à l'état de fragment-, les statues royales qui décoraient les tombeaux des filles de Charles V. L'hôpital des Enfants-Trouvés construit en 1GG9, a eu la rare fortune de conserver sa destination première, bien qu'il ait changé plusieurs fois de nom et aussi de direction dans les traitements qui y sont donnés. L'hôpital est clos sur le faubourg Saint-Antoine par une grille contemporaine de la fondation, au travers de laquelle on aperçoit la chapelle, spécimen bien caractérisé de l'architecture du xv;ie siècle, dont la reine Marie- Thérèse avait posé la première pierre.

Le faubourg Saint-AnLoine aboutit à La place des Nations où l'on voit les deux colonnes élevées pour perpétuer le souvenir du trône qui y avait été disposé lors de l'entrée de Louis XIV et de Marie-Thérèse à Paris après leur mariage. Ces colonnes, d'ordre ionique commencées sous Louis XIV, ne furent achevées qu'en 1788; ce fut Louis-Philippe qui les couronna des deux statues de saint Louis et de Philippe-Auguste. Elles devaient accompagner, dans le plan primitif de Perrault, un arc de triomphe de dimensions colossales que l'on construisit provisoirement en plâtre et qui fut démoli sous la Régence. Plusieurs gravures nous ont conservé le souvenir de ce monument qui faisait grand honneur au talent décoratif de l'architecte de la colonnade du Louvre. Le groupe colossal de M. Dalou, représentant le Triomphe de. la République, occupe l'emplacement du portique de Perrault.

La manufacture royale de papiers peints et de papiers veloutés pour l'ameublement dirigée par Réveillon occupait la maison bâtie en 1711, dans la rue de Montreuil, par Maximilien Titon, secrétaire du roi, qui y avait réuni une belle collection d'objets d'art et en avait fait décorer les plafonds par Poërson et par Lafosse. Cet établissement, ravagé par la populace en 1789, est resté depuis dans l'abandon. On voyait encore, il y a quelques années, au-dessus de la porte, deux figures de marbre soutenant un médaillon de Louis XIV, qui ont été acquises par M. le baron Gustave de Rothschild, en même temps que plusieurs boiseries sculptées de l'intérieur. La manufacture de tissus de Richard-Lenoir, siluée dans la rue de Charonne (n05 97, 99 et 101) et qui avait remplacé le prieuré de Notre-Dame-de-Ron-Secours, a subi le même sort. Elle sert actuellement d'habitation à une foule de petites industries qui se partagent son immense étendue. Vis-à-vis (n° 98) s'ouvre le grand portail à colonnes de la communauté des Eilles-de-la-Croix (Sœurs des pauvres), dont les ornements sculptés sur le fronton et les vantaux des portes ont été consciencieusement grattés. L'hôtel de Mortagne, qu'habitait le

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célèbre Vaucanson, a été traité avec moins de rigueur. 11 a conservé sa façade de style Louis XIV, percée de quatre fenêtres à entablements et à mascarons, ainsi que son grand balcon central. Après la mort de Vaucanson, Louis XVI avait acquis cette maison pour y conserver la collection que le savant mécanicien avait léguée au roi, dans le dessein d'en faire un musée public. Ce fut dans l'hôtel de Mortagne que les membres de la commission des Arts et Manufactures trouvèrent les premiers éléments qui servirent à constituer le Musée du Conservatoire des Arts et Métiers.

On ne peut plus ensuite signaler, dans la rue de la Roquette, qu'un pavillon construit vers la fin du siècle dernier, pour l'une des fabriques de terre cuite qui étaient déjà localisées dans ce quartier. La voussure qui surmonte la porte est meublée de deux figures de femmes appuyées sur un trépied central et symbolisant la Céramique. Nous ignorons à quelle époque on avait placé à l'entrée de la maison (n° 2) de la rue des Taillandiers, une grande porte en bois sculpté de l'époque de Louis XV, ornée de médaillons et de trophées de fleurs inscrits dans des encadrements à dragons et à coquilles. Ce beau travail de menuiserie, auquel manque son imposte complémentaire, provient évidemment d'un hôtel luxueux et n'a rien de commun avec l'humble maison où il avait été recueilli. Il n'est pas resté longtemps du reste dans la rue des Taillandiers et il a été enlevé il y a quelques années par un amateur dont nous ignorons le nom.

Perdue au milieu des ruelles sordides qui l'enserrent, l'église Sainte- Marguerite réserve quelques surprises à l'amateur assez courageux pour entreprendre ce lointain voyage d'exploration parisienne. Elle possède une curieuse chapelle sépulcrale qui fait comprendre les tentatives malheureuses faites par l'architecture de la fin du xvme siècle, pour approprier à la décoration des édifices religieux, les dispositions et les ornements tirés des temples et des basiliques antiques. Tout dans cette chapelle était machiné comme dans un décor d'opéra, afin de rappeler la mort, et jamais l'effet ne répondit moins au but que se proposait le compositeur. De chaque côté règne une ordonnance de colonnes feintes, séparées par des statues et par des bas-reliefs peints en grisaille. Le vaisseau est éclairé par un plafond carré, dont les caissons sont ornés de rosaces. Au-dessus de l'autel est une grande toile peinte par Briard et représentant les Aines conduites au purgatoire par les anges. Cette machine est éclairée par une fenêtre invisible pratiquée en arrière d'un renfoncement pour augmenter la reculée. La chapelle de Sainte-Marguerite a été dessinée par l'architecte Louis dont le talent était bien plus à

l'aise, quand il construisait le théâtre de Bordeaux et les galeries du Palais-Royal. Toute la perspective était due à Brunelti le fils; elle a été plusieurs fois restaurée par suite de l'humidité de l'église, et il n'en reste guère que des traces à demi effacées. Dans une autre chapelle on conserve une suite de tableaux retraçant des scènes de la vie de saint Vincent de Paul; le frère André, Anne d'Autriche et saint Vincent de Paul; saint Vincent de Paul instruisant les pauvres; Feret (Baptiste), saint Vincent de Paul instruisant les prêtres à prendre soin des soldats ; Galloche, Institution des enfants trouvés; Reslout, saint François de Salles instituant saint Vincent de Paul supérieur de la Visitation; qui proviennent de l'ancienne maison de Saint-Lazare. Ces grandes toiles sont traitées avec un réel souci de l'exactitude historique. Derrière le maître-autel, on a placé ce qui subsiste du monument de marbre consacré par le sculpteur Girardon à la mémoire de sa femme, dans l'église de Saint-Landry, et qui a traversé le Musée des Petits-Augustins avant d'être attribué à l'église Sainte-Marguerite. Ce bas-relief colossal représente le Christ déposé de la croix, scène autour de laquelle voltigent des groupes d'anges appliqués sur la muraille.

L'extrémité de la rue de Charonne conduisait autrefois au château de Bagnolet, charmante résidence appartenant à la famille d'Orléans, qui fut vendue et morcelée sous Louis XVI. Celte propriété s'étendait à la fois sur le territoire de Bagnolet et sur celui de Charonne. Il n'en reste qu'un gracieux pavillon entouré d'une grille de style Louis XV, et formant un salon à quatre grandes fenêtres soutenues par des pilastres à chapiteaux ioniques, qui indique l'entrée du château située dans la rue de Bagnolet. M. J. Doucet possède deux groupes d'enfants en terre cuite du xviii0 siècle, qui proviennent de cette résidence.

Pour rentrer dans la vieille ville, il faut traverser la place de la Bastille, où l'on voit indiqué sur le sol, le périmètre de la forteresse commencée par Charles V et terminée sous Charles VI. Rien ne subsiste de ce remarquable monument dont la façade principale portail les statues de Charles VI, d'Isabeau de Bavière, de leurs deux fils et de saint Antoine, placées sous des dais. Au delà des fossés du château s'ouvrait la porte Saint-Antoine, construite sous Henri II, pour enfermer la Bastille dans l'enceinte de Paris. Les sculptures de cet arc ont été attribuées par diverses traditions à Jean Goujon et à Paul-Ponce Trébalti; le monument avait été restauré et agrandi en 1670 par Blondel; il fut démoli en 1777 pour faciliter la circulation. Les deux figures couchées du xvi° siècle représentant la Seine et la Marne, qui décoraient l'arc de la grande baie de cette porte, furent alors appliquées

sur le mur d'une terrasse qui soutenait le boulevard Saint-Antoine. Elles servirent ensuite d'entrée à l'hôtel que Caron de Beaumarchais fit bâtir en 1790, par l'architecte Lemoine de Couson, dit le Romain W. La demeure de Beaumarchais fut démolie pour l'agrandissement de la place de la Bastille et pour l'établissement du canal Saint-Martin; les deux divinités marines furent alors transportées au Musée de l'hôtel de Cluny où elles figurent dans le jardin. La ville fit en même temps détacher des murailles de cette maison une suite de huit paysages ornés de ruines et peints par Hubert Robert, qui furent disposés dans une galerie spéciale de l'Hôtel de Ville. Ces peintures, sauvées comme par miracle de l'incendie de 1871, ont été restaurées et sont maintenant placées dans les appartements du préfet. Deux statues de François Anguier, Y Espérance et la Sûreté publique, provenant également de la porte Saint-Antoine, avaient été recueillies par Lenoir au Musée des monuments français. On les employa ensuite à décorer la façade de Saint-Roch, avant de leur donner un abri définitif à l'Hôtel Carnavalet. La rue Amelot, qui commençait à la tourelle d'angle de la maison de Beaumarchais, conserve plusieurs habitations qui datent de la lin du siècle dernier; l'une d'elles (n° 138), qui semble avoir été le petit hôtel de Mmo de Waxheim, renfermait des boiseries de l'époque de Louis XVI, dont une partie est passée chez M. Montvallat.

Trois demeures historiques donnent un intérêt lout particulier à la rue Saint-Antoine. La première située à l'angle de la rue du Petit-Musc, a été construite par Jean-Androuet du Cerceau pour le duc de Mayenne, et fut ensuite acquise par la famille d'Ûrmesson. Elle est actuellement occupée par une institution dirigée par les Frères de la Doctrine chrétienne. La façade extérieure offre le caractère des édifices du commencement du xvii0 siècle, qui sont surmontés de toits aux arêtes aiguës, d'une silhouette si hardie, et éclairées par des fenêtres à encadrements de bossages. L'intérieur fut profondément modifié, en 1709, par Germain Boffrand qui avait été chargé de mettre la vieille demeure au goût du jour; il y avait laissé deux traces charmantes de son passage. La première était un salon d'angle de forme demi-circulaire dont les boiseries étaient sculptées avec la plus grande élégance f2). A l'étage inférieur un autre salon moins luxueux répétait la même disposition. Ces décorations ont été vendues par le propriétaire de l'hôtel, il y a quelques années, et elles ont été transportées dans l'hôtel de M. Cahen

(1) V. Kralt't et lt.inso:inette, Les Maisons les plus remarquables de Paris.

(2) V. Paris à travers les âges, Quartier Saint-Antoine.

d'Anvers, rue de Villejust. Il n'est resté à leur place primitive, que des corniches et des poutres de plafonds décorées d'arabesques et d'attributs clans le goût du xvm° siècle, ainsi qu'une voussure cintrée et ornée d'un mascaron formant le motif principal d'un trophée, qui fait partie de la construction originale de du Cerceau.

Le même architecte avait édifié en 1624, pour le contrôleur des finances Gallet, un hùtel qui fut acheté en 1634 par le duc de Sully, ancien ministre de Henri IV. Bien que modifié, suivant les besoins des maisons de commerce qui y sont installées, l'hôtel de Sully a conservé l'ordonnance générale de ses lignes primitives. Les deux pavillons aboutissant à la rue et reliés aujourd'hui par une galerie parasite, sont percés de fenêtres à bandeaux ornés de mascarons soutenant des guirlandes et surmontés de frontons sculptés. La cour noble et majestueuse offre une alternance d'ouvertures et de niches où sont placées quatre statues en pierre représentant les Eléments. Des bas-reliefs symbolisant les Saisons accompagnent ces derniers sujets et complètent la décoration du premier étage L'intérieur a plus souffert que les façades extérieures; tout ce qui n'y a pas été modernisé est livré à l'abandon. On y retrouve cependant quelques débris de son ancienne magnificence : ce sont, dans l'escalier, des cartouches et des panneaux sculptés, avec un plafond rampant à médaillon ovale et à mascaron surmontant des caissons à rosaces et à fleurons; un beau pavé en mosaïque dans une des pièces, et enfin un salon orné de pilastres, de dessus de portes et de corniches dorés dont les lambris délabrés conservent encore le chiffre de Sully.

On vient de mettre en vente à l'hôtel des commissaires-priseurs (juin 189 7)deux panneaux en hauteur décorés d'arabesques et de cariatides peintes sur fond doré, dont le centre est occupé par deux médaillons échancrés représentant des épisodes de la vie d'Henri IV et de Sully. Bien que le catalogue affirmât que ces panneaux provenaient de l'hôtel de la rue Saint-Antoine, on n'y retrouvait pas le style du xvn° siècle et s'ils ont jamais fait partie de la décoration de la demeure de Sully, ils ont dû être exécutés à titre de souvenir historique, vers le commencement du xix° siècle.

L'une des œuvres les plus ingénieuses de notre ancienne école d'architecture, est l'hôtel qui fut construit pour Henriette Bellier, dame de Beauvais, première femme de chambre d'Anne d'Autriche, célèbre

(1) V. C. Daly, Motif* intérieurs , t. I, pl. 21, et Motifs extérieurs, t. I, pl. 1; Rouyer et Darcel, L'Architecture en France, t. I, pl. 51 ; Calliat et Lance, Encuclopédir d'architecture, t. IX-X.

par sa galanterie avec Louis XIV encore jeune t1). L'architecte Lepautre n'ayant à sa disposition qu'un terrain restreint et inégal, a trouvé dans son imagination ingénieuse le moyen de surmonter cette difficulté. Rien de plus original que la grande entrée h colonnes et à vantaux sculptés qui donne accès dans un vestibule orné de colonnes doriques et de trophées, ainsi que la cour ovale formant un portique avec pilastres et mascarons. Mais la grande curiosité de l'hôtel de Beauvàis est son escalier dont le plan et les ornements sont conçus avec l'élégance la plus savante. La rampe à entrelacs ajourés en pierre est soutenue par des colonnes corinthiennes qui forment des arcades à voussures ornées de trophées et des chiffres des propriétaires; au-dessus règne une corniche à consoles reliées par des guirlandes; sur les paliers sont prodigués des figures de sphinx et des aigles qui concourent à la décoration générale. Les appartements du premier étage n'ont conservé de leur décoration primitive et de celle qu'ils avaient reçue lorsque l'hôtel avait été acquis par le président Orry, qu'une belle cheminée de marbre sculpté. Près de là, la façade de la maison n° 42 forme une grande arcade cintrée avec un vigoureux mascaron à la clef et un large balcon de fer forgé du xvnc siècle.

Trois édifices religieux se succèdent dans la rue Saint-Antoine. Le moins important est le Temple protestant qui occupe les bâtiments de l'ancien couvent des Filles de la Visitation Sainte-Marie, à l'angle de la rue Castex. La chapelle construite par François Mansard en 1632, sur le modèle du Panthéon à Rome, est l'un des bons spécimens classiques de l'école contemporaine de Louis XIII. La façade principale s'annonce par une sorte de porche monumental en plein-cintre terminé par une archivolte à la clef de laquelle est un cartouche aux chiffres de la Vierge. Au milieu du porche s'ouvre la porte d'entrée en bois sculpté (2) et à entablement soutenu par des colonnes corinthiennes, à laquelle on accède par un perron élevé. La rotonde formant le temple est recouverte par une coupole hémisphérique s'appuyant sur une corniche saillante. Huit pilastres disposés deux à deux et entre lesquels étaient disposées des chapelles, supporlent la coupole éclairée par quatre baies et par un campanile ajouré.

' L'église Saint-Paul-Saint-Louis est le premier exemple que l'on ait vu en France du style créé par les Jésuites, que l'Italie nous envoyait

(1) V. C. Daly, Motifs extérieurs, t. K, pl. 1 ; Bulletin de la Société des monuments Parisiens, en 1886, nos 3 et 4; Calliat et Lance, Encyclopédie d'architecture, t. II.

(2) V. C. Daly, Motifs extérieurs, t. Ier, pl. 9.

LE FAUBOURG ET LE QUARTIER SAINT-ANTOINE, loi

et qui prit un si grand développement pendant les deux derniers siècles, au détriment de nos monuments religieux. La direction des travaux de la maison professe que les Jésuites avaient établie dans le rue Saint- Antoine, sur l'emplacement de l'hôtel qui leur avait été donné par le cardinal de Bourbon, fut confiée au père Derand. Les largesses de Louis XIII et la toute-puissance du cardinal de Richelieu, protecteur de l'ordre, favorisèrent l'achèvement rapide de cet édifice dont le succès architectural fut immense. On est bien revenu aujourd'hui de cet enthousiasme et on ne comprend plus cette superposition de trois ordres similaires qui semblent un placage étranger au monument qu'ils veulent décorer. Mais les détails rachètent par leur exécution ce que l'ensemble laisse à désirer sous le rapport du goût.

Toute la sculpture des chapiteaux, des corniches et des cartouches de cette façade, abonde en motifs largement traités, bien qu'ils se ressentent de la lourdeur du style de la première moitié du xvne siècle. Nous ne voudrions pas non plus oublier de citer la menuiserie des portes d'entrée W. La décoration intérieure offre la même richesse d'ornementation, mais l'église a été dépouillée de tout ce qui ne formait pas corps avec le monument lui-même, à l'exception du grand buffet d'orgues surmonté de trois anges chantant et appuyé sur des consoles à mascarons, et d'une rangée de stalles du même style. Elle a perdu à l'époque de la Révolution le précieux mobilier et les tombeaux qui y étaient conservés. Des quatre tableaux qui décoraient primitivement les cartouches rectangulaires du transept, un seul représentant Louis XIII offrant à Dieu le modèle de l'église, par Ninet de Leslain, est resté en place; les autres ont été renouvelés après la réouverture du culte. Ces tableaux du transept étaient attribués par les anciennes descriptions de Paris, à Simon Vouet ; mais Lenoir, qui les avait recueillis dans son dépôt, établit formellement qu'ils étaient l'œuvre de Ninet de Lestain, élève de Vouet. Les œuvres de Ninet de Lestain sont très rares à Paris, et il est intéressant de retrouver un de ses principaux ouvrages, si fatigué qu'il soit par des restaurations successives. L'église Saint-Louis a hérité de deux statues de marbre que Germain Pilon avait exécutées pour la chapelle funéraire des Valois à Saint-Denis, et que Lenoir avait fait sortir de la salle des Antiques du Louvre où depuis longtemps elles étaient en dépôt. Dans ces œuvres, Pilon semble avoir voulu se rapprocher du style de Michel-Ange, de même que la rotonde sépulcrale des Valois rappelait la chapelle funéraire des Médicis à San-Lorenzo de Florence. L'un de

(1) C. Daly, Motifs extérieurs, style Louis XIII.

ces marbres représente une Vierge assise et priant, chef-d'œuvre d'expression douloureuse dont la chapelle de Saint-Cyr a récemment rendu au Musée du Louvre le modèle original en terre cuite peinte. Le second est une figure du Christ formant le milieu d'un groupe représentant la Résurrection, dont deux autres figures montrant des soldats terrifiés par l'apparition, sont déjà au Musée du Louvre. Il faut espérer que notre grand Musée national sera un jour à même de reconstituer l'ensemble de l'une des plus importantes créations de Germain Pilon. Deux monuments dus à Sarrazin et à Coustou conservaient les cœurs des rois Louis XIII et Louis XIV. Une partie de ces figures d'anges étant en argent et de grandeur naturelle a été fondue; le Louvre a reçu ce qui restait de l'un de ces monuments en marbre par Sarrazin. On voyait autrefois à Saint-Louis le tombeau érigé en l'honneur de Henri de Condé, père du Grand Condé, par le président Perrault. Il se composait de quatre statues : la Prudence, la Justice, la Vigilance et la Piété, accompagnées de quatorze bas-reliefs allégoriques des sujets de l'Ancien Testament, modelés par Jacques Sarrazin et jetés en bronze par les habiles fondeurs Perlan et Duval. Rendu après 1815 à la maison de Condé, ce mausolée a été soigneusement reconstitué sous la direction savante de M. Daumet, dan? la chapelle du nouveau château de Chantilly. Le transept a conservé deux groupes en stuc de Nicolas-Sébastien Adam et de Joseph Vinache, représentant : la Religion instruisant un Américain , et la Religion foudroyant l'Idolâtrie, composés dans le sentiment païen du xvme siècle. La sacristie est revêtue d'un lambris sculpté dont les deux rangées sont ornées de moulures et de mascarons. Du milieu se détache un buffet à quatre vantaux de même style. Au-dessus est disposée une suite de portraits de Pères jésuites et de pasteurs de l'église. Cette sacristie a hérité d'un groupe en marbre blanc, par Coyzevox, représentant la Vierge et l'Enfant Jésus, précieuse sculpture que l'on croit provenir de l'ancienne église Saint-Paul, rasée lors de la Révolution et dont il ne reste plus que les charniers.

Après la suppression du Prieuré de la Culture Sainte-Catherine pour l'établissement du marché qui subsiste encore, on avait transporté, en 1782, dans l'une des chapelles de l'église Saint-Louis, le tombeau du chancelier de Birague et de sa femme Valentine Balbiani, par Germain Pilon. Les figures principales de ce magnifique monument ont seules été conservées et elles font partie du Musée du Louvre. Il a perdu, par suite de ses translations successives à Saint-Louis et plus tard au Musée des Monuments français, la plupart des ornements qui le complétaient. Quelques-uns sont encore à l'école des Beaux-Arts malgré toutes les

LE FAUBOURG ET LE QUARTIER SAIN T-A N T 0 1 N E. fo3

réclamations des archéologues; d'autres ont été retrouvés au Musée de Versailles. Le Prieuré renfermait aussi deux curieux bas-reliefs commémoratifs de la bataille de Bouvincs, dédiés par les sergents d'armes du Roi, qui sont actuellement à Saint-Denis, et la statue du chancelier Pierre d'Orgemont conservée à Versailles.

L'ancienne maison professe des Jésuites, attenante à l'église, est "devenue le lycée Charlemagne. Une rampe à balustre en fer forgé et des décorations peintes rappellent son ancienne richesse. La cage du grand escalier se termine par un plafond divisé en motifs architectoniques. La partie centrale représente Y Apothéose de saint Louis; dans les voussures angulaires sont les personnifications des Vertus cardinales; au milieu sont des cartouches allégoriques encadrés de palmes. Ce grand ouvrage, peint par Giovanni Ghirardini, très habile dans la perspective, qui fut envoyé en Chine, en 1698, a été récemment restauré par la Direction des Beaux-Arts, de concert avec l'administration municipale. Ghirardini avait également peint à fresque la voûte d'une longue galerie destinée à la bibliothèque, dont les ornements sont aujourd'hui effacés en partie. On y découvre cependant des caissons et des ornements d'architecture qui complétaient les sujets des peintures principales. Au xvnU siècle, après l'expulsion des Jésuites, la bibliothèque léguée à la ville par Moriau vint dans ce vaisseau prendre la place des livres de la maison professe ; c'est de là qu'elle sortit pour être transportée au nouvel Institut de France.

On a démoli récemment ce qui restait d'un vieil hôtel dans le passage Charlemagne. Deux termes supportant un cartouche à médaillon et des cariatides accompagnant des lucarnes en décoraient la façade. L'administration municipale fit à cette occasion l'acquisition d'une tour carrée et d'une cage d'escalier datant du xvie siècle, reste de la demeure attribuée au prévôt IIugues-Aubriot qui devint ensuite l'hôtel de Graville (i).

Quelques balcons ou décorations de façade sollicitent notre attention dans la rue Saint-Antoine. Au n° 80 un balcon soutenu par trois consoles à figures de dragons; une grande porte à deux vantaux encadrés de baguettes à fleurs avec des arabesques, méritent d'être signalés.

L'église Saint-Gervais est une construction du xv" siècle, à laquelle on a accolé une façade du xvnc, sans se préoccuper des disparates de style pouvant résuller de cette adjonction. Malgré l'habileté que Salomon de Brosse a déployée dans les ordres superposés de cette façade,

(1) Bulletin de lu Société des amis des Monuments dr Paris, 1^86.

Ch.

il est resté inférieur aux frères Jacquet, maîtres-tailleurs de pierre qui ont scuipté, en 1517, la merveilleuse couronne évidée à jour et suspendue à la voûte de la chapelle de la Vierge, de même qu'au maître des œuvres qui a dirigé l'exécution des gracieux ornements de la tour enclavée dans Jes maisons voisines de l'église. L'intérieur du monument, dépouillé à diverses reprises de ses tableaux, de ses tapisseries et de ses tombeaux, offre encore un sérieux intérêt artistique. On attribue à Jean Cousin deux des verrières du chœur : Saint Pierre guérissant le Paralytique et le Martyre de saint Laurent qui portent la date de 1551. Dans la nef et dans les bas côtés sont d'autres compositions peintes sur verre au xvic siècle, dont le mérite arListique ne s'élève pas à la môme hauteur. Robert Pinaigrier a raconté dans les vitraux de la chapelle de la Vierge, V Histoire de sainte Anne, de saint Joachim et de la Vierge, mais ces compositions ont été maltraitées par une restauration indiscrète; plus loin, dans la chapelle de Saint-Jean, il a retracé le Jugement de Salomon, qu'il a daté de 1531. Perrin a peint le Martyre de saint Gervais et de saint Protais dans un vitrail de la chapelle de Saint- Pierre ; nous avons peine à y retrouver le style d'Eustache Lesueur auquel on a attribué le carton de cette verrière. La menuiserie de Saint- Gervais est traitée avec un grand soin. Les deux rangées étagées des stalles du chœur portent le chiffre de Henri II avec la date de 1556; elles proviennent de l'abbaye de Port-Royal-des-Champs et elles avaient été placées dans le collège des Bernardins, avant d'être recueillies à Saint- Gervais. La grande porte de la façade et les deux plus petites qui l'accompagnent, offrent des guirlandes et des mascarons dont les modèles se trouvent dans les œuvres de de Brosse et de J. Marot. Le menuisier de Hancy a sculpté sur bois un modèle de la façade qui a longtemps servi de rétable dans la chapelle de la Vierge et qui est relégué maintenant dans celle des Fonts Baptismaux. L'église possède en outre plusieurs rétables qui se maintiennent encore dans les souvenirs classiques du commencement du xvnc siècle, avant l'invasion des colonnes torses et des ornements déchiquetés empruntés à l'Italie. Ceux de forme monumentale qui décorent les Chapelles de Sainte-Anne et de Saint-Laurent sont taillés dans la pierre, en suivant les traditions de la Renaissance. Nous leur préférons cependant deux rétables plus modernes en bois, œuvres bien caractérisées du xvn° siècle, qui meublent les deux chapelles disposées dans le transept. Celui de la chapelle de Sainte-Philomène est accompagné d'un lambris sculpté dans le style de Louis XIII. Le second, placé dans la chapelle de Saint-Denis, possède dans sa partie supérieure, une figure du Père Éternel qui faisait partie de la décoration

exécutée par Lesueur pour la famille Le Camus et dont les autres tableaux sont conservés au Musée du Louvre. Le banc-d'œuvre, formé par deux pilastres surmontés d'un entablement ajouré et d'un dossier à colonnettes, date du même temps. La partie cintrée qui le termine a reçu sous le Premier Empire la lunette de la grande composition du Pérugin, représentant V Ascension du Christ qui figure au Musée de Lyon et dont la predella est au Musée de Rouen. L'église a conservé inlact son buffet d'orgue, supporté par des consoles en bois sculpté d'un beau caractère, au sommet duquel voltigent des groupes d'anges disposés au milieu de roses et de guirlandes. Une charmante barrière ornée de pilastres et de colonnettes, au-dessus desquels se déroule une frise ajourée et soutenue par des consoles, sépare la chapelle de Sainte-Anne d'un petit oratoire particulier connu sous le nom de la chapelle Scarron, et entièrement revêtu de quarante-deux panneaux peints et dorés, qui représentent des sujets tirés de la vie du Christ. Le tableau du maître-autel où l'on voit le Clirist aux oliviers, porte l'écu de la famille Betauld de Chemauld, propriétaire de cette chapelle qu'elle avait fait décorer par un peintre français du xvne siècle, qui y avait reproduit plusieurs des compositions de Rubens. La grande grille d'entrée de la sacristie des mariages, dont les vantaux et le couronnement sont ornés d'enroulements en fer étampé, est un excellent spécimen de Fart de la ferronnerie qui a produit de si belles œuvres sous le règne de Louis XIV.

L'église Saint-Gervais renfermait de nombreux monuments funéraires avant la Révolution ; on n'y voit plus actuellement que le tombeau du chancelier Le Tellier, père du marquis de Louvois, par Mazeline et Hurlrelle, œuvre théâtrale dont le meilleur morceau est le portrait du chancelier. Le maître-autel est orné de six chandeliers et d'une croix en cuivre ciselé et doré qui proviennent de l'ancienne abbaye de Sainte-Geneviève. Nous n'eussions pas cité ces pièces d'ameublement religieux si leur exécution ne les élevait à la hauteur d'œuvres artistiques et si elles ne se rapprochaient des travaux similaires dus à Philippe Caffieri. Aux jours de fêtes solennelles, l'église était tendue de six tapisseries dont les cartons assez médiocres avaient été commandés à Lesueur, à Philippe de Champaigne et à Bourdon. Tout cet ensemble est disparu. Les tableaux ayant servi de modèles ont été transportés au Musée du Louvre ou envoyés dans des Musées de province et les tapisseries elles-mêmes ont été vendues il y a quelques années par la fabrique. A la suite d'une revendication judiciaire engagée par l'administration municipale, les tapisseries sont rentrées dans les magasins de la ville, mais elles y revinrent dépouillées de leurs bordures qui avaient

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été acquises par M. de Camondo. Depuis cette époque l'administration a fait restaurer ce qui restait de la tenture primitive, afin d'en prévenir la'destruction totale.

La Bastille correspondait par une suite de cours intérieures et de magasins, avec l'Arsenal qui, depuis Sully, servait de résidence aux grands maîtres de l'artillerie. Ces bâtiments formaient ce que l'on appelait le petit Arsenal, où était l'administration des poudres et des salpêtres. Ils avaient conservé l'aspect que leur avait légué le xvn° siècle, jusqu'en 1871, où ils furent incendies par le pétrole de la Commune. Plus heureux, le grand Arsenal a échappé aux dangers qui ont menacé pendant quelques jours les richesses artistiques et littéraires qu'il renferme. La façade principale se développe sur le nouveau boulevard Morland, bien que son entrée soit située sur la rue de Sully. Elle a été rebâtie en 1718 par Germain Boffrand, qui l'a décorée d'une balustrade de pierre, de trophées et de canons placés aux deux extrémités du corps avancé du milieu, tandis que l'autre côté de l'édifice rappelle la construction primitive de Henri IV. On considère généralement comme une trace du séjour qu'y fit Sully, un cabinet décoré de peintures que l'architecte Labrouste a fait déplacer et remonter avec peu de respect, lors des derniers travaux d'agrandissement de la Bibliothèque de l'Arsenal. Là encore cet architecte si néfaste par son dédain pour l'art français, à tous les monuments qu'il restaurait, est venu modifier complètement les dispositions du xvne siècle, en. y introduisant un escalier et un vestibule empruntés à la Grèce. Les chiffres que portent les peintures de ce cabinet viennent démentir son attribution à Sully. Ce sont ceux du maréchal de la Meilleraye qui était grand maître de l'artillerie en 1643. De plus, les arabesques des panneaux et les figures mythologiques du plafond ont été certainement exécutées sinon par Vouet luimême, à tout le moins sous sa direction (*). Il n'y a pas de confusion possible entre le style à demi italien de Vouet et celui des maîtres flamands qui étaient employés par Henri IV et sous les mains desquels expirait l'école de Fontainebleau. A la suite du cabinet du maréchal de la Meilleraye, on entre dans une petite pièce ayant servi d'oratoire, qui est ornée de portraits représentant les femmes fortes de la Bible, parmi lesquelles se trouve placée Jeanne d'Arc. Le Musée de Cluny a sauvé de la destruction une curieuse épave de l'ancien mobilier de l'Arsenal. Elle se compose de quatre tapisseries en soie brochée et rehaussées d'or,

(1) Y. C Daly, Motifs intérieurs, t. Ier, Henry IV, pl. 5, 6 et 7 ; Plafond, id., pl. 8 à 14; Ronyer et Darcel, Y Art architectural en France, t. Ier, pl. 56 et 57.

sur lesquelles on a représenté Henri IV en Apollon, Jeanne d'Albret en Vénus, Marie de Médicis en Junon, et Antoine de Bourbon sous les attributs de Saturne. M. Emile Peyre possède quatre grands panneaux de bois sculpté avec des trophées et des butons de maréchal reliés par une couronne ducale de la fin du xvn° siècle, que le maréchal de la Meilleraye avait fait exécuter pour l'Arsenal.

Le duc du Maine avait fait commencer avant son exil l'aménagement d'un grand salon qui ne fut achevé que longtemps après. G. Boffrand qui y travaillait encore en 1743, en a fait l'une des plus gracieuses créations de son talent incomparable d'architecte décorateur. Toute la sculpture de ce salon est exécutée avec une délicatesse raffinée et les nombreux trophées d'instruments de musique que portent les panneaux et les trumeaux des glaces semblent indiquer la destination primitive de cette pièce qui sert aujourd'hui de salle de travail au département des manuscrits. Le Musée des Arts Décoratifs a acquis en 1794, à la vente Dasson, une porte composée de trois panneaux provenant de ce salon et résultant d'un arrangement moderne. De son côté, la duchesse du Maine dont on connaît le goût pour le théâtre avait fait aménager une salle de spectacle qui a été démolie il y a plusieurs années W. Depuis la Révolution, l'ancien logis des grands maîtres de l'artillerie est occupé par les collections de livres rassemblés à grands frais par le marquis de Paulmy, alors gouverneur de cet établissement, et acquises par le comte d'Artois, qui sont devenues le dépôt littéraire le plus important de Paris, après la Bibliothèque Nationale.

Vis-à-vis de l'Arsenal était situé le couvent des Célestins sur l'emplacement duquel a été construite la caserne de la garde républicaine, traversée elle-même en ce moment par le boulevard Henri IV. Le cloître de cette maison religieuse était cité comme l'un des monuments les plus remarquables de l'époque de Henri II, en raison de la pureté de ses lignes classiques; il a été démoli à l'époque de la Révolution, ainsi que l'église où Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI, avait établi la sépulture de sa famille. Devenue une sorte de succursale de l'abbaye royale de Saint-Denis, la chapelle funéraire des princes d'Orléans renfermait une foule d'admirables mausolées qui sont répartis entre le Musée du Louvre et l'abbaye de Saint-Denis. Cette dernière église a reçu : le tombeau du fondateur Louis d'Orléans, de Valentine de Milan et de leurs deux fils, sculpté par Benedetto da Rovezzano et Donato Benti, qui

(1) V. C. Daly, Motifs intérieurs, t. II, pl. 9 ;\ 13; — Paris à travers les âges : La Bastille et l'Arsenal.

avait remplacé, en 1504, un monument antérieur exécuté au xv° siècle par Jean de Toury; le tombeau de Renée d'Orléans Longueville, 1515, autre œuvre de style italien; la colonne funéraire du roi François II, 1560; le tombeau de Léon de Lusignan (xive siècle); celui de Jean de Bourbon et les deux statues de Charles V et de Jeanne de Bourbon qui décoraient la façade de l'église sont également à Saint-Denis. La part du Louvre est encore plus importante. Elle comprend : la statue d'Agnès de Bourgogne, duchesse de Bedford, 1432, sculptée par Guillaume Veluton; le tombeau de Philippe de Chabot, 1543, attribué sans preuve à Jean Cousin ; les Trois Grâces, groupe supportant l'urne qui renfermait le cœur de Henri II, par Germain Pilon ; le monument funéraire du Connétable de Montmorency, par Barthélémy Prieur; la statue de Charles de Magny, par Ponce; le mausolée de Timoléon de Cossé, 1569, par Le Hongre (xvn° siècle); le monument funéraire des ducs de Longueville, par François Anguier. On a envoyé au Musée de Versailles trois statues agenouillées des membres de la famille de Gesvres dont l'une est due à Le Hongre, et celle de Henri Chabot de Rohan par François Anguier. L'église des Célestins formait, on le voit, un véritable musée de la sculpture française. Les bâtiments conventuels ont été inexorablement rasés à l'exception d'une aile reconstruite au xvnc siècle. On y voyait, il y a peu de temps encore, une cage d'escalier à rampe de fer avec les restes d'une fresque de Bon Boullongne : La glorification de Pierre de Mouron, fondateur des Célestins, qui décorait le plafond; mais ces derniers vestiges viennent de s'effondrer.

Un quartier tout entier s'est élevé sur le vaste emplacement de l'ancien hôtel de Saint-Paul, « lieu d'esbaltement » construit par Charles V et qui fut aliéné au xvie siècle. Le souvenir du logis royal est conservé par les rues de Saint-Paul, des Jardins-Saint-Paul, des Lions-Saint-Paul, Bautreillis et Charles V. Plusieurs grands hôtels s'étaient élevés sur cet emplacement; ils sont aujourd'hui disparus ou transformés. A l'angle du quai des Célestins et de la rue du Petit-Musc, on aperçoit les frontons et les combles entassés pittoresquement, dont M. Lavalette avait surmonté les façades de l'hôtel du conseiller Gaspard Fieubet, où Lesueur avait laissé quelques-unes de ses meilleures œuvres et qui avait été dessiné par Jules Hardouin Mansard. Ce qui subsiste de l'hôtel de la Vieuville se rencontre à l'entrée de la rue Saint-Paul. La façade de la cour est en briques avec encadrement de fenêtres en pierre blanche. Les appartements abandonnés sont encore décorés de plafonds à corniches sculptées et soutenues par des consoles. Un passage aujourd'hui muré avait conservé jusqu'à ces dernières années un plafond

formé par des poutres peintes clans le style de Henri IV. Ces solives démontées ont été acquises par un des membres de la famille de Rothschild ; mais il en était resté une partie chez l'entrepreneur de la démolition, M. Picard. M. A. Lenoir (*) a reproduit, avant sa disparition, une charmante maison du temps de François Ier, dont le rez-de-chaussée était disposé en portiques à larges baies divisées en trois lancettes. Les pilastres de la façade étaient ornés d'arabesques d'une délicatesse tout italienne et les appuis de fenêtres étaient décorés de médaillons sculptés. Le boulevard Henri IV a emporté les derniers vestiges de l'hôtel de Sébastien Zamet, situé dans la rue de la Cerisaie, et possédé ensuite par la famille de Lesdiguiéres. Les ambassadeurs étrangers y logeaient en attendant leur réception officielle. A l'exception de vantaux de porte sculptés, qui appartiennent à M. le comte Pozzo di Borgo, rien n'a survécu de la décoration de cette demeure, non plus que de la maison voisine habitée par Philibert de Lorme, également supprimée à la même époque, et dont les lucarnes ont été souvent reproduites.

Plusieurs demeures de la rue Charles V portent le caractère de l'architecture du xvnc siècle. Une grande porte surmontée d'une imposte sculptée de l'époque de Louis XVI, donne entrée dans l'hôtel de Maillé (n° 10) dont la façade en briques remonte à Louis XIII. Il existait à l'intérieur un petit salon dont le plafond peint à la môme époque, a été vendu au marchand d'antiquité Étienne, après avoir subi de graves avaries. II est vraisemblablement conservé maintenant chez un amateur. On y voyait également des dessus de portes peints dans le style de Boucher. Il reste encore clans l'hôtel trois belles portes en bois sculpté dans le goût de Briseux, ornemaniste du temps de Louis XV. La maison suivante (n° 12), jouit de la triste renommée qui s'attache à tout ce qui rappelle la marquise de Brinvilliers, au père de laquelle elle appartenait. L'hôtel bien conservé est occupé aujourd'hui par une maison des sœurs du Bon-Secours. On ne peut plus entrer que dans la grande cour où débouche un escalier monumental à rampe en fer du xvne siècle, sans pénétrer dans les appartements intérieurs, dont deux pièces conservaient des décorations peintes qui ont été recouvertes d'une couche d'enduit.

La porte du grand escalier de la maison portant le n° 13 de la rue des Lions-Saint-Paul, offre une baie à voussure rayonnante en fer forgé, au-dessus de laquelle est un curieux monogramme aux chiffres

(1) V. A. Lenoir, Statistique monumentale de Pari»; Paria à travers les âges : L'Arsenal.

enlacés de ses anciens propriétaires, composé dans le genre de Mavelot (époque de Louis XIV); dans l'intérieur on voit le cadre sculpté d'une alcôve et un boudoir portant encore à son plafond des vestiges de peinture. Dans la cour de la maison (n° 10) est une jolie porte à cartouche en forme de coquille et à deux consoles (U. Plus loin, une clef de porte de style Louis XVI a été gravée par M. Daly(2). Près de là, le môme auteur a reproduit la façade étroite d'une maison du quai des Célestins (n° 42), dont le rez-de-chaussée était occupé par une devanture de boutique aujourd'hui modernisée, mais où il reste encore de belles consoles à cannelures reliées par des guirlandes qui soutiennent le balcon. On rencontrait autrefois à Paris nombre de devantures de marchands de vins protégées par des grillages à enroulements. Presque toutes ont disparu; nous mentionnerons l'une des plus remarquables (de l'époque Louis XV), qui est conservée dans ses parties principales, au n° 34 du quai de l'Hùtel-de-VilIe.

L'hôtel des archevêques de Sens, situé à l'intersection des rues de l'Hôtel-de-Ville et de Figuier, a été trop souvent décrit pour que nous nous y arrêtions longtemps. Tous les curieux connaissent les tourelles en encorbellement, les lucarnes et le porche qui donnent tant de mouvement à sa façade ainsi que le donjon et l'escalier de la cour intérieure. Toute la décoration des salles a d'ailleurs été saccagée et leurs boiseries enlevées, à l'exception des montants de la porte principale qui existent à l'hôtel Carnavalet. Il faut espérer que cette demeure historique finira par être affectée à un service municipal pour en assurer la conservation. Déjà le Conseil municipal, entrant dans la voie protectrice de nos monuments, vient, sur la proposition de M. Duplan, de décider l'acquisition de la tourelle, contenant l'escalier de l'ancien hôtel de Graville, dont nous avons déjà parlé (page iS3). Si intéressant que soit le prétendu logis du prévôt de Paris, Hugues Aubriott3), il ne saurait être comparé à l'hôtel des archevêques de Sens, l'un des derniers édifices élevés à Paris avant l'introduction du style italien, venant remplacer les productions de notre architecture nationale.

La maison des Filles de l'Ave-Maria, située près de là, a été démolie après la Révolution. La chapelle renfermait plusieurs monuments funéraires du xviie siècle : celui de Charlotte de la Trémoille, princesse de

(1) C. Daly, Revue générale de l'architecture, 1866 ; C. Daly, Motifs extérieurs, t. II, Louis XVI, pl. 31.

(2) Id., t. II, Louis XVI, pl. 4 à 6.

(3) V. Bulletin de la Société des monuments Parisiens, 1886, n° 3 ; G. Daly, Revue générale d'architecture, 1866.

L'jlrt "Décoratif dans le Vieux Taris.

Bas-reliefs par Paul Ponce, décorant la façade de l'Hôtel Carnavalet.

(XVI' Siècle)

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