QUARTIER SAINT-ANTOINE
Condé, par Simon Guillain , qui est au Louvre, et ceux de Catherine de Clermont, duchesse de Retz, et de Jeanne de Vivonne, faisant partie du Musée de Versailles. A la rencontre des rues Charlemagne et des Nonnains-d'Hyères se trouve une maison oblongue, dont la petite porte centrale à masque de lion et à guirlandes, est surmontée de l'enseigne : A la Raquette; de chaque côté s'ouvrent d'étroites boutiques fermées par des grillages très simples. Tout cet ensemble peut être cité comme l'un des spécimens les mieux conservés des maisons de commerce du xvne siècle. Une seconde enseigne dans la même rue montre un émouleur de couteaux, mais il est bien difficile d'apprécier son authenticité historique sous les couches épaisses de peinture qui la recouvrent. Au n° 20 ('/est une fenêtre dont le fronton, soutenu par une guirlande et deux consoles, présente un charmant motif de l'époque Louis XVI.
L'une des plus belles constructions particulières de Paris était l'hôtel bâti par François Mansard, pour le duc d'Aumont et possédé plus tard par l'abbé Terray, dans la rue de Jouy. La Pharmacie Centrale y a établi ses laboratoires, et toute la décoration intérieure à laquelle Charles Lebrun et Allegrain avaient été employés, a disparu. Plusieurs traités d'architecture (2) du xvne siècle, et de nos jours, M. Daly et le Bulletin de la Société des monuments Parisiens ont relevé les principaux détails de cette grandiose demeure. Presque aussi remarquable est l'hôtel de Chàlons ou de Luxembourg, existant au n° 26 de la rue Geoffroy-Lasnier. Il est précédé d'un portail monumental surmonté d'un grand cartouche sculpté du plus bel aspect. La menuiserie des vantaux est travaillée avec plus de légèreté que la plupart des portes contemporaines du règne de Henri IV; le marteau est décoré des deux têtes de chevaux soutenant un écusson. La cour est entourée de bâtiments en briques encadrées de cordons en pierre blanche et percés de fenêtres à frontons portant des monogrammes (3). Un large perron à double rampe introduit dans l'intérieur qui a été modernisé. Une seconde porte cochère de la même rue est surmontée d'une imposte cintrée dont les tympans sont ornés de deux couronnes de chêne dans le style de Louis XIV.
(1) C. Daly, Motifs extérieurs, t. II, pl. 21.
(2) V. C. Daly, Motifs extérieurs, t. I, 1. XIII, p. 20; Bulletin des monuments Parisiens, 1886, n° 3.
(3) V. C. Daly, Motifs extérieurs, t. I, pl. 13 et 14.
Ch.
LE
MARAIS
On comprend sous la dénomination générale du Marais, le quartier situé entre la rue Saint-Antoine et le boulevard Saint-Antoine, en dehors de l'enceinte de la vieille ville qui, dans les dernières années du moyen âge, remplaça des terrains marécageux servant à la culture. Vers la fin de la Renaissance cet espace se couvrit de vastes hôtels et devint le centre de la société élégante. Plus tard la population se porta vers l'ouest et les hôtels de Louis XIII furent négligés ou transformés en établissements industriels. Par suite de cet abandon, le Marais est de toutes ies grandes divisions de la capitale celle qui a le mieux conservé son aspect primitif et celle où l'on retrouve les spécimens les plus nombreux de l'art de la décoration française aux deux siècles derniers.
Le boulevard Beaumarchais, qui terminait la ville de ce côté, jusqu'à l'époque de Louis XVI, ne possède que des constructions récentes, mais son tracé étant parallèle à la rue des Tournelles placée en contrebas, plusieurs des hôtels de cette dernière rue trouvèrent un second débouché sur ce boulevard. Tel était l'hôtel de l'architecte Jules-Hardouin Mansard de Sagonne (n° 28), dont on apercevait la façade à colonnes et à balcons aux chiffres de l'architecte, s'élevant au fond d'un jardin terminé sur le boulevard par une grille, avant qu'une construction industrielle ne soit venue supprimer ce point de vue. La demeure de Mansard éditiée en 1690 par l'architecte propriétaire, et à laquelle on accède par la rue des Tournelles, conserve une partie de sa disposition primitive. Le vestibule est décoré de cariatides et de mascarons d'un bon style. L'escalier a perdu sa rampe de fer qui est remplacée par des balustres de bois; sur l'un de ses paliers, est un cartouche sculpté avec le médaillon de Louis XIV. Les peintres Lebrun, Mignard et Lafosse, amis de Mansard, s'étaient partagé la décoration des appartements dont il ne reste plus que des vestiges. Une petite salle du rezde-chaussée est surmontée d'un plafond divisé en trois compartiments
LE MARAIS
dont le sujet central est le Triomphe de l'Amour accompagné de deux autres groupes d'Amours. Celte charmante composition d'une parfaite conservation rappelle le pinceau gracieux et facile de Charles Coypel. Les pièces du premier étage ont été entièrement remaniées sous Louis XVI, et barbarement dépouillées de leur ornementation, il y a peu d'années. L'un des salons possède encore un grand plafond représentant : Apollon et les Muses. Celle peinture peut compter parmi les meilleurs ouvrages de Mignard; elle rappelle par ses tons transparents la décoration des salles des grands apparlements de Versailles. Une autre pièce offrait un plafond représentant Ce'rès accompagnée de Bacckus, également attribué à Mignard, et qui se trouve aujourd'hui caché par une fausse cloison. Un troisième sujet par Lebrun et par Allegrain, qui décorait le grand salon, a été complètement détruit. La demeure de Mansard a élé gravée dans Y Architecture de Blondel.
Ninon de Lenclos avait habité pendant quelques années l'hôtel de Mansard, avant de s'établir au n° 56 de la même rue où elle mourut. Cette maison, qui forme le n° 43 du boulevard, avait conservé intactes les boiseries dorées d'un salon dont le fond était occupé par une sorte d'alcôve, destinée à contenir un lit de repos. La sculpture de ces panneaux est d'une excellente exécution. L'encadrement de la glace surmontant la cheminée et celui de l'alcôve, sont dessinés dans le style de Louis XIV, tandis que la frise de la corniche du plafond où se voient des aigles et des personnages chinois, rappelle les compositions de Pineau, l'un des meilleurs ornemanistes de la Régence. Quatre grands paysages bien inférieurs sous le rapport de l'art et peints sur toile dans le goût de Crépin, complètent cet ensemble. Cette belle décoration acquise par M. Montvallat a été, il y a quatre ans, vendue par lui, moyennant la somme de 23.000 francs, au Musée d'art industriel de Berlin, qui possède ainsi une œuvre importante de la décoration intérieure française au xviii0 siècle. La corniche, qui n'a pu être transportée en raison de sa friabilité, a été moulée par l'atelier du Musée des Arls Décoratifs, pour être restituée dans son état primitif. Une seconde pièce du deuxième étage de la même maison offrait un plafond représentant des Enfants jouant avec des guirlandes, et se détachant sur un fond de ciel. Celte composition, dont on faisait honneur à Fragonard, a été récemment recouverte d'une couche de badigeon par les ouvriers chargés de remettre l'appartement en état pour la location.
Sur le boulevard à l'angle de la rue Saint-Claude est la maison anciennement habitée par le fameux Cagliostro. Les meubles de son appartement ne furent vendus qu'en 1810.
LE
L'angle du boulevard Beaumarchais et de la rue du Pas-de-la-Mule devenue rue des Vosges (n° 2), est occupé par la maison de l'ancien café Pillon, où rien ne vient annoncer extérieurement une construction ancienne. Mais dans la cour, une rampe d'escalier et des appuis de fenêtres en fer forgé indiquent une vieille demeure survivant malgré toutes les transformations qui lui ont été imposées. Un des salons du café était revêtu d'une décoration d'arabesques et de figures de singes, citée par Charles Blanc dans la biographie de Walteau, bien qu'elle fût plus vraisemblablement de Christophe Huet. Ces panneaux et le plafond qui les complétait, ont été enlevés par M. Baingo, propriétaire de la maison, et vendus par lui à un amateur dont nous n'avons pu connaître le nom. M. Baingo s'élait réservé une seule de ces peintures que son gendre, M. Hoschedé, avait fait placer dans un hôtel du boulevard Hausmann, possédé actuellement par M. le comte de Beauregard; elle n'y figure plus actuellement.
Sur le côté gauche de la rue Saint-Antoine et en regard de l'hôtel Saint-Paul, s'étendait le palais des Tournelles, dont l'emplacement est occupé par la place Boyale, les rues des Minimes, du Foin et des Tournelles. Le chancelier Pierre d'Orgemont, Louis, duc d'Orléans, Charles VI, le duc de Bedford et les rois de France y avaient successivement habité. Louis XII et Henri II y moururent. Après la fin tragique de ce dernier roi, le palais des Tournelles fut aliéné par le domaine et les terrains en restèrent abandonnés jusqu'à Henri IV, qui y fit bâtir une place dont les façades sont uniformes. Les hôtels de la nouvelle place Boyale furent acquis par les grands seigneurs de l'époque, et elle devint en peu d'années le quartier à la mode. On érigea au centre la statue équestre en bronze du roi Louis XIII, dont le cheval était dû à Daniel de Volterre et la figure à Biard. Elle a été renversée en 1793 et remplacée, sous la Bestauration, par une autre statue équestre en marbre commandée à Carlelier. Si l'on en excepte sa grille ancienne, supprimée sous Louis-Philippe pour y mettre des piques de fonte, la place Boyale, qui porte aujourd'hui le nom de place des Vosges, nous apparaît telle qu'elle a été laissée par Henri IV. Avec ses arcades massives, ses façades de briques encadrées de pierres blanches, ses balcons à supports et ses toits élevés, cette place est le spécimen le plus complet que l'on connaisse de l'architecture française du commencement du xvne siècle, qui semble avoir résolu le problème de trouver un syle approprié aux besoins nouveaux de confortable et d'élégance que réclamait la société, en préparant le magnifique épanouissement de l'art qui devait se développer sous le règne de Louis XIV.
LE MARAIS. 163 Bien peu des hôtels de la place Royale conservent encore leur déco-