LE PAVILLON DU II O I DONNANT ENTRÉE A LA 1* LACE ROYALE
(Place des Vosges, construite par Henri IV).
ration intérieure. Nous relaterons rapidement les renseignements qu'il
nous a été possible de recueillir sur ces antiques reliques de notre histoire artistique. Malgré nos recherches, il reste probablement à glaner dans certaines maisons où nous n'avons pu pénétrer. Les demeures de la place Royale ayant changé fréquemment de propriétaires, il serait trop long de rappeler le nom de tous les personnages qui les ont successivement habitées. Cette digression historique nous entraînerait trop loin du but que nous poursuivons et nous nous bornerons à suivre les indications qui accompagnent le plan de la place Royale, publié en 1752, dans X Architecture française de Blondel (*).
La bibliothèque de l'Union centrale des Arts décoratifs occupe le grand appartement de l'ancien hôtel d'Estrade, n° 3, dont le salon principal est orné d'une boiserie sculptée du règne de Louis XV, d'une parfaite conservation. Dans l'hôtel de Rotrou (n° 5), il ne reste plus qu'un beau plafond divisé par une poutre décorée d'ornements peints en grisaille et dorés, en deux caissons de forme ovale dans lesquels sont représentés des enfants assis sur des nuages et portant des couronnes de fleurs. Ces compositions, bien conservées, sont peintes clans le goût léger de l'école de Mignard. On y lit la date de 1660. Le vaste hôtel qui des mains du duc de Chaulnes était passé dans celles de la famille des présidents de Nicolay (n° 9), n'a gardé de sa décoration du xvne siècle, qu'une voussure de plafond dont les trophées militaires sont séparés par des consoles, et une salle à manger avec des trumeaux présentant des guirlandes de fleurs. Un autre salon est entièrement revêtu de panneaux à arabesques dans lesquels sont sculptés des figures de l'Amour et des aigles; les quatre portes sont surmontées de médaillons allégoriques soutenus par des figures adossées qui complètent cet ensemble sculptural composé dans le style des dernières années du règne de Louis XVI.
L'une des façades de la place Royale a reçu récemment le nom de rue des Vosges ; elle se trouve clans le prolongement de la rue des Francs-Bourgeois et elle aboutit au boulevard Beaumarchais. L'hôtel de la famille de Richelieu qui porte le n° 18 de cette voie nouvelle, et appartenant à Mme Le Couturier, ne possède plus de traces de son ancienne magnificence, et notamment les plafonds peints par Lafosse (2) que l'on y voyait. Il n'y reste plus qu'une belle rampe d'escalier et des corniches de plafond, dont l'une dorée, est dissimulée sous une cloison destinée à diminuer la hauteur de l'appartement. Le duc de Richelieu y avait
(1) V. C. Daly, Motifs extérieurs, Henri IVr, pl. 9,11.
(2) V. Mémoires inédits sur la vie des membres de l'Académie royale, t. II, p. 5.
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fait placer un cabinet de la Chine en vernis Martin i1), qu'il fit probablement transporter dans son nouvel hôtel de la rue d'Antin, quand il s'y installa (?) Auprès (n° 16), se trouve l'hùtel historique de la famille de Lescalopier, le seul qui soit resté deux siècles dans les mômes mains; il a été entièrement modernisé. M. Desmottes a installé sa belle collection d'objets de curiosité dans le pavillon de la reine (n° 12), situé au centre de la place, où demeurait jadis Moriau, procureur représentant le roi près le bureau de la Ville. Le grand salon de ce pavillon est orné d'un lambris sculpté, revêtu d'une couche blanc et or de l'époque de Louis XVI. Les cinq dessus de portes sont surmontés de peintures cintrées représentant des enfants entourant de guirlandes un vase de fleurs. Ces compositions rappellent le style de Lagrenée le Jeune. Sur la cheminée de marbre blanc à appliques de cuivre finement ciselées, vient s'appuyer une glace dont le cadre est délicatement sculpté. Une seconde pièce, servant autrefois de salle à manger, est ornée de beaux panneaux à trophées d'instruments de musique composés avec la fantaisie inépuisable dans sa variété du règne de Louis XV. Un autre appartement de la même maison a conservé une cheminée de marbre incrustée d'appliques en bronze de style Louis XVI, mais elle est dissimulée sous un revêtement de menuiserie.
Le côté droit de la place des Vosges ne présente plus que des souvenirs artistiques. La plupart des maisons qui y sont construites ayant été affectées à des services publics, leur décoration a été supprimée de fond en comble, suivant les formules rigoureusement observées par les architectes de l'administration. On a adopté, il y a une vingtaine d'années, l'étrange projet d'établir une synagogue et des salles de consistoire dans l'hôtel portant le n° 14, l'un des plus remarquables de la place par son ornementation due aux meilleurs artistes du xvnc siècle. Il avait appartenu successivement à M. de Nouveau, général des postes, au marquis Dangeau et au conseiller Thomé, avant de servir de mairie au IVe arrondissement. Eustache Lesueur y avait peint plusieurs tableaux, tirés de la vie de Moïse et de celle d'Alexandre, et deux plafonds : l'un représentant Diane assise dans un char et accompagnée du Sommeil et de la Mort, et le Triomphe de Flore et de Zéphirefi). Ces ouvrages sont aujourd'hui perdus. Charles Lebrun, le rival de Lesueur, avait décoré un autre salon d'un plafond où l'on voit : Hébé présentée à l'Olympe par Mercure. Tout autour règne une
(1) Mémorial de Paris, 1749, 2° volume.
(2) V. Mémoires inédits sur les membres de l'Académie, t. I, p. 158.
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voussure d'un grand style, dont les angles sont occupés par les figures des Muses assises sur un fond doré, entre lesquelles sont disposés des cadres contenant des sujets mythologiques à personnages dans le costume héroïque du xvnc siècle. Celte pièce avait été transformée en salle à manger sous le règne de Louis XVI, et elle avait alors élé décorée de pilastres et de grandes glaces à frontons cintrés d'une belle sculpture. Lors de l'éLablissement de la synagogue dans l'hôtel Dangeau, la décoration de ce salon fut réservée par l'administration municipale et le plafond a été restitué dans une des nouvelles salles de l'hôtel Carnavalet, après avoir été restauré par M. Charles Maillot, mais les boiseries sculptées qui l'accompagnaient sont restées sans emploi dans les magasins où il serait vraisemblablement difficile de les retrouver au complet. La ville avait réservé en même temps un second salon peint et doré qu'elle a fait transporter à Carnavalet dont le sujet représentant : le Lever de l'Aurore, a été donné successivement à Charles Lebrun et à son élève François Perrier(0. L'état de ruine où cet ouvrage est réduit ne permet plus de se prononcer sur la justesse de ces attributions. On n'y distingue plus que quelques têtes qui sembleraient plus voisines de la mollesse de Perrier que de la vigueur de Lebrun. Il est à désirer que l'administration municipale termine l'œuvre de sauvetage qu'elle a entreprise, en faisant remettre en état cette composition qui donne à l'une des salles de l'hôtel Carnavalet un aspect lamentable de ruine. La voussure de ce plafond, moins maltraitée, a subi cependant de cruelles blessures qu'il serait facile de cicatriser. La sculpture y joue un rùle plus important que dans la décoration du salon précédent. Les angles sont ornés de groupes d'enfants couchés; l'un d'eux, assis sur un aigle et formant terme, soutient des guirlandes qui encadrent l'ensemble. De chaque côté, sont des médaillons sur fond doré où l'on distingue encore les figures du Temps et de Cérès. Au milieu se voyaient de grands cartouches rectangulaires où des bas-reliefs mythologiques étaient peints en camaïeu. Ils avaient été remplacés postérieurement par des vases à guirlandes qui sont eux-mêmes disparus. Les lamhris de cette pièce étaient ornés d'arabesques sur fond doré, dans le style du XVIIe siècle, dont les plinthes et quelques pilastres sont encore intacts. A l'époque où l'hôtel avait été transformé en mairie, on a refait les trumeaux des portes et on a peint sur les vantaux des qualre entrées de ce salon, des vases de fleurs, sur la panse desquels se
(1) V. Rouyer et Darcel, VArt architectural en France, t. II, pl. 31, 32; Thiery, Guide de l'amateur à Paris.
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déroulent des bas-reliefs en camaïeu bleu symbolisant les attributions municipales, dans le style classique de la première moitié de notre siècle.
L'hôtel voisin (n° 6) ne possède plus les camaïeux d'outre-mer sur fond doré représentant des sujets de la Fable que la princesse de Guéménée y avait fait exécuter par Louis Testelin. Victor Hugo qui a habité longtemps cette ancienne demeure et qui y a écrit la pièce de Marion Delorme, y avait recueilli une fontaine de jardin en forme de vase décoré de bouquets de roseaux avec des dauphins repliés pour servir d'anses; sculpture en terre cuite du xvme siècle qu'il avait transportée à Guernesey. L'hôtel Guéménée est transformé en école municipale et une bibliothèque d'art industriel en occupe phisieurs pièces. Les architectes de l'administration urbaine ont accompli leur besogne habituelle de rénovation avec tant de soin, qu'il n'y subsiste aucun vestige de l'ancienne décoration.
Le couvent des Minimes, situé près de la place Royale, et remplacé aujourd'hui par une caserne de la garde républicaine, renfermait les monuments funéraires du duc de la Vieuville et de sa femme Marie Bouhier par Gilles Guérin; les bustes de Guillaume Lesrat et de Charles Le Jay qui sont à Versailles, ainsi que les statues agenouillées de Diane de France, duchesse d'Angoulême, par Thomas Boudin, et de Charles de Valois, duc d'Angoulême, qui sont sortis récemment des magasins de Saint-Denis pour augmenter les séries historiques du Musée de Versailles.
La longue rue de Turenne, — ancienne rue Saint-Louis, — qui divise le quartier du Marais en deux parties presque égales, est bordée d'anciens hôtels dont presque toutes les décorations intérieures ont tenté la spéculation. A son point de départ, cette voie a absorbé l'ancienne rue de l'Égout-Sainte-Catherine où se trouvait l'hôtel de Colbert- Villacerf, plus connu sous la dénomination de petit hôtel d'Ormesson. Cette demeure avait conservé un salon entièrement peint sur bois, qui a été acquis en 1867 par l'administration municipale et qui est aujourd'hui déposé au Musée des Arts Décoratifs. L'époque de ce salon est déterminée par le portrait du cardinal Mazarin inscrit dans le cadre admirablement fouillé qui surmonte la cheminée. Le tableau du plafond représente Le Dieu du jour et l'Aurore, composition banale de l'école de Lesueur, autour de laquelle règne une voussure fleurie d'arabesques et de cartouches à vases. L'ensemble de la décoration comprend une série de panneaux où se voient des médaillons, des chimères et des fleurs se détachant sur un fond blanc i1). Cette décoration est
(1) E. Rouyer et A. Darcel, L'Art architectural, t. I, pl. 93, 95. Ch.
une œuvre de Iransition où l'on voit les molifs un peu lourds du style de Louis XIII tendre la main aux lignes plus souples que Bérain et Marot commençaient à dessiner.
Nous citerons, parmi les curiosités de la rue de Turenne, une porte en bois sculpté de l'époque Louis XV (n° 44); une autre porte du même règne (n° 50), dont les vantaux, ornés de deux médaillons d'homme et de femme, sonl surmontés d'un beau mascaron en pierre sculptée; une porte grandiose de style Louis XVI (au n° GO); et enfin une fontaine en forme d'édicule à niche, datant du xvnc siècle, qui a été malheureusement refaite et complétée sous le règne de Louis-Philippe. Une école municipale occupe un grand hôtel annoncé sur la rue par un balcon à consoles de style Louis XV, qui avait gardé sa décoration intérieure jusqu'à ces dernières années. On y voyait un grand salon décoré de riches boiseries qui a été acquis par un amateur dont nous ne savons pas le nom. M. Montvallat a tiré de la môme maison où étaient établies autrefois des Bénédictines, un oratoire de style Louis XIII, contemporain de la fondation de la communauté, dont le plafond, orné d'une peinture représentant un sujet religieux, est complété par des panneaux à arabesques et par des portes en bois ajouré M. Morizot, bronzier, a installé ses magasins dans l'hôtel (n° 76) qui appartenait au malheureux de Launay, l'une des premières victimes de la Révolution. Il y restait un salon intact qui remonte à l'époque de la Régence, dont la décoration comprend quatre grands panneaux à trophées de fleurs, cinq portes et quatre dessus de porte peints et représentant les Arts. La sculpture de ces panneaux est d'une grâce charmante; ils sont accompagnés de pilastres à médaillons où se voient des figures de bergers. Ces boiseries ont été récemment acquises par M. le comte de Fels pour être placées dans son hôtel du faubourg Saint-Honoré qui auparavant appartenait au marquis de Talhouet. Deux autres pièces de la maison ont conservé leurs boiseries, mais elles n'offrent plus la même valeur artistique.
L'hôtel du grand veneur de France occupait le n° 60 de cette même rue; il est aujourd'hui tranformé en couvent. Une grande porte sur laquelle sont sculptées une hure et deux têtes d'animaux, rappelle la destination de cette demeure, de même que le marteau à têtes de chiens qui est resté en place. Il semble difficile de préciser par qui cet hôtel a été construit. Il date certainement des premières années du xviii0 siècle. Faut-il l'attribuer au duc de La Rochefoucauld ou au comte de
(1) E. Rouyer, La Renaissancp.
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Toulouse qui se sont succédé dans la charge de grand veneur vers la fin du règne de Louis XIV? Nous pencherions pour la dernière de ces deux hypothèses. Cinq ou six salons de cette riche demeure conservaient encore leurs boiseries admirablement sculptées, lorsque la supérieure se décida à accepter les offres séduisantes qui lui étaient faites par les barons Ferdinand et Albert de Rothschild. On voyait sur ces panneaux, transportés maintenant à l'étranger, les chiffres et la devise du grand veneur qui les avait commandés. Il reste dans l'hôtel deux grands salons ornés de boiseries sculptées et servant de dortoirs qui pourraient permettre de trancher cette incertitude historique, si la règle sévère de la maison n'en interdisait pas l'entrée aux amateurs profanes.
La rue de Béranger (autrefois rue de Vendôme), qui prolonge la rue de Turenne, possédait deux hôtels qui ont été dépouillés de leur ornementation intérieure. L'un (n° 3) a été transformé en école municipale et les architectes n'y ont rien laissé d'ancien. La propriétaire, Mmc la comtesse de Marcilly, avant de céder l'immeuble, s'était réservé les boiseries d'un magnifique salon qu'elle a fait remonter dans son hôtel de l'avenue d'Iéna, mais elle en avait aliéné la partie principale qui se composait de grands modèles de tapisserie peints par Boucher pour être reproduits à la manufacture des Gobelins. Ces cartons, acquis alors par M. Johnson, appartiennent aujourd'hui à M. le baron Edmond de Bothschild. Les panneaux restés dans les mains de Mmc de Marcilly qui cherchait à les vendre, il y a quelques années, comprennent des portes et des pilastres étroits à sujets d'arabesques finement peints sur fond doré, deux niches cintrées à bordures sculptées et surmontées de glaces dont les parties centrales abritent une cheminée en marbre avec frise et appliques de bronze doré, et une grande console de bois doré. Ces dernières pièces détachées d'un ensemble dont la dispersion est regrettable, sont exécutées dans le meilleur style de la fin de Louis XV.
L'administration municipale s'est également attaquée à l'ancien hôtel de l'intendance de la généralité de Paris où habitait Berthier de Sauvigny (n° 7) pour y aménager les services de l'ancienne mairie du IIIe arrondissement. M. Montvallat eut alors la bonne fortune d'acquérir les boiseries dorées de l'un des salons, auxquelles nous ne connaissons de rivales que celles qui ornaient le pavillon de Mme Du Barry, à Louveciennes. Ces panneaux très étroits présentent des figures allégoriques placées sur des socles et encadrées de guirlandes et de couronnes. Du milieu se détachent des torchères en bronze ciselé formant corps avec la boiserie. Ce chef-d'œuvre de sculpture décorative fait actuel-
lement partie des collections de M. le baron Albert de Rothschild à Vienne.
Une caserne de pompiers occupe à l'entrée de l'ancienne rue Culture- Sainte-Catherine, actuellement rue de Sévigné, l'hôtel de Bouthillier- Chavigny qui conserve une façade intérieure avec pilastres et mascarons du xvii° siècle. On y voyait un plafond d'alcôve à caissons décorés d'arabesques peintes sur fond doré de l'époque de Louis XIV, qui a été transporté dans l'une des salles de l'hôtel Carnavalet. Cette dernière demeure où revivent les souvenirs de Jean Goujon et de la marquise de Sévigné a été acquise par la ville pour servir de Musée et elle abrite la Bibliothèque et les objets d'antiquité découverts dans les fouilles de l'ancien Paris. La construction de l'hôtel Carnavalet fut entreprise en 1550 pour le président Jacques des Ligneris, par l'architecte du Louvre, Pierre Lescot, qui s'adjoignit Jean Goujon et Paul Ponce pour l'exécution des sculptures. L'édifice ne comprenait alors que le pavillon principal au fond de la cour et trois autres ailes en rez-de-chaussée. Mansard fut chargé en 1660 d'agrandir l'hôtel et d'élever un premier étage sur le pourtour de ce rez-de-chaussée en utilisant les façades du xvie siècle. Il conserva le portail d'entrée dont la clef de voûte porte une figure de Y Abondance sculptée par Jean Goujon qui est placée sur un masque de carnaval, par allusion à la famille bretonne de Kernavanoy dont le nom a été transformé en celui de Carnavalet, qui posséda l'hôtel après le président des Ligneris. Mansard transporta de chaque côté de cette porte deux bas-reliefs par Ponce, dans lesquels deux figures de lions se détachent sur un fond de trophées d'armes. Dans le tympan de la porte sont disposés deux petits génies portant des palmes et soutenant un écusson. Sur la clef de l'arc du portail débouchant dans la cour, Jean Goujon a sculpté une figure de Y Autorité placée entre deux Renommées couchées. Les deux ailes latérales de la cour sont ornées de mascarons d'un grand style par Ponce. Audessus des petites portes percées dans ces façades se voient deux groupes d'enfants de demi-relief dont un seul est ancien ; il était primitivement placé sur l'un des paliers du grand escalier. Quatre grandes figures en bas-relief de l'école de J. Goujon, représentant les Saisons décorent la façade principale sur la cour. Mansard a ajouté sur les faces latérales qu'il surélevait, huit autres figures complémentaires dues à Van Opstàl, et symbolisant : Junon, Hébé, Diane, Flore et les Quatre Éléments. L'architecte a su respecter les lignes principales du plan de Lescot, et conserver à l'hôtel le style du xvi° siècle ; il s'est acquitté de sa lâche bien plus habilement que Van Opstal et les sculpteurs dont on
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regrette de voir les figures lourdes et banales auprès des délicates créations des maîtres du xvf siècle 0).
A l'exception de deux pièces à lambris très simples et de la voussure d'un plafond, l'hôtel Carnavalet était dépouillé de tous ses ornements intérieurs lorsqu'il a été acquis par la ville de Paris. Mme de Sévigné nous a édifié sur le peu de respect avec lequel on avait traité la vieille antiquaille de cheminée de l'hôtel qui la gênait, lorsqu'elle s'y était ins'.allée avec sa famille en 1677. Les architectes chargés de la dernière restauration ont dû tout refaire et tout reprendre à l'exception des façades, et ils ont accompli cette tâche avec une consciencieuse réserve. En même temps on a transporté dans le jardin des constructions anciennes qu'il y avait intérêt à préserver de la destruction et qui y ont trouvé un asile définitif, pendant que les objets découverts dans les fouilles étaient recueillis dans les salles du Musée municipal, qui possède des collections très importantes de livres, de dessins et de gravures relatifs à l'histoire de Paris. Nous avons, d'ailleurs, signalé les monuments qui ont été restitués à l'hôtel Carnavalet, à mesure que nous décrivions les quartiers où ils étaient primitivement placés.
Plusieurs maisons anciennes, moins importantes, existent clans la rue de Sévigné. Le n° 29 est la demeure bâtie par Pierre Bullet, directeur des fortifications, habitée ensuite par Marion de Lorme, et où l'on remarque une belle porte. L'hôtel (n° 52) œuvre de l'architecte de l'isle, qui a appartenu à M. de Flesselles, présente un mur défendu par des pointes enchevêtrées et surmonté de pots à feu. La façade de la cour est ornée de rinceaux, des mascarons et de figures d'amours dans le style du xvmc siècle.
L'administration municipale vient d'acquérir dans cette même rue, le vaste hôtel (n° 29) connu sous le nom d'hôtel Le Pelletier-Saint- Fargeau, pour y placer la bibliothèque de la ville et y installer le service des travaux historiques. 11 restait quelques boiseries., un escalier à rampe monumentale, dans cette maison, mais la seule partie complète est un petit salon à quatre baies orné de grandes glaces à encadrements et de pilastres de style Louis XVI. Il entre dans les projets de l'administration de mettre postérieurement en communication l'hôtel Carnavalet et l'hôtel Le Pelletier-Sain l-Fargeau , au moyen d'un passage longeant la rue Payenne.
Vis-à-vis du jardin de l'hôtel Carnavalet s'étend le grand hôtel de
(1) Voy. sur J. Goujon et l'hôtel Carnavalet, le travail de M. de Montaiglon, Gazette des Beaux- Arts, t. XXX et XXXI, 2e période.
Diane de France, duchesse d'Angoulème qui se trouve reproduit dans les Plus excellents Bâtiments de France, par Androuet du Cerceau, et qui nous est parvenu dans ses dispositions originales. La cour a conservé les grands pilastres corinthiens surmontés de frontons, et les lucarnes à couronnement triangulaire qui lui donnent un majestueux aspect. A la rencontre des rues des Francs-Bourgeois et Pavée, une tourelle à encorbellement supportée par des consoles de pierre, montre le goût particulier des anciens maîtres d'œuvre, pour les difficultés de la construction. Cet hôtel vint ensuite en la possession de la famille de Lamoignon dont le nom est inscrit sur le cartouche du grand portail soutenu, par deux figures d'enfants du style de Louis XIV; il y donna asile pendant une partie du xvmc siècle, à la Bibliothèque léguée par l'avocat Moriau à la Municipalité parisienne.
Il y a peu d'années, l'hôtel d'Albret situé rue des Francs-Bourgeois (n° 31) possédait encore une suite de salons richement décorés. Il n'en reste plus que la longue façade s'étendant sur la rue avec son balcon et ses fenêtres de la fin du xvii° siècle. Mmc Lelong en a enlevé un plafond peint dans le style des singeries de Chantilly, qu'elle a fait remonter dans son appartement de l'Ile-Saint-Louis. Edouard Fournier place cet hôtel clans la rue Barbette et en attribue les peintures à l'école de Watteau ou de Lancret (*). Il se trouvait dans le même hôtel une décoration d'appartement en vernis Martin et des boiseries sculptées qui ont été acquises par un des membres de la famille de Rothschild. La maison (n° 30) montre un grand portail à fronton triangulaire, avec une porte et des vantaux d'un superbe travail; c'est l'un des plus charmants spécimens du style du commencement du xvmc siècle, existant encore à Paris. M. Leroux avait bien voulu nous signaler à l'ancien n° 13 de la même rue, le plafond d'une maison ayant servi de pension, sur lequel était jetée une pluie de roses. On y voit aujourd'hui une construction moderne, ce qui nous fait craindre que cette décoration n'ait pu être conservée. La porte en bois sculpté avec couronnement et surmontée d'un balcon à consoles de pierre de la maison n° 56, datant de Louis XIV, a été relevée par M. Daly (2). Le même auteur a gravé un portail à fronton triangulaire à niche soutenue par deux consoles, dont l'imposte en fer est accosté de deux griffons de la plus belle sculpture du temps de Louis XV. La tradition attribue à Gabrielle d'Estrées la maison portant le n° 26 ayant appartenu aux Voisin et aux Roquelaure,
(1) V. Fournier, Le vieux Paris.
(2) Voy. C. Daly, Motif» extérieurs, t. II, 1. XVI, pl. 1-3.
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dont la façade à grand portail et donnant sur la rue des Francs-Bourgeois, a été construite sous Louis XVI. Elle a appartenu longtemps à Barras et à son fils. La partie la plus intéressante de cette demeure donne sur le jardin ; elle se compose d'une façade en briques, encadrée de pierres saillantes avec des niches rondes contenant des bustes en marbre, qui datent des dernières années du xvi° siècle. Nous avons vu enlever de l'hôtel portant le n° 31, les derniers vestiges des boiseries et des glaces sculptées qui le décoraient, pour céder la place à une rénovation moderne.
La spéculation a dépouillé de son ornementation intérieure un ancien hôtel de la rue Elzévir (des Trois-Pavillons) que l'on dit avoir été habité par MmD de La Vallière. M. Jamarin avait acheté les boiseries sculptées de cinq pièces de cette maison qui sont passées entre les mains d'amateurs différents. Le grand et bel hôtel Canillac, situé dans la rue du Parc-Boyal, est occupé par M. Graux-Mari y, bronzier. Le salon principal à sculptures dorées, de l'époque de Louis XIV, est trop défiguré par des peintures et des ornements modernes en carton-pâte, pour qu'on puisse le citer; mais un petit boudoir Louis XV a heureusement conservé intacte sa boiserie à médaillons sculptés représentant des trophées, et l'entourage d'un renfoncement destiné à un lit de repos, bien qu'il ait également passé par les mains du peintre inhabile qui avait déjà défiguré l'aspect du grand salon.
La transformation d'un hôtel de la rue de la Perle en établissement industriel a entraîné la suppression d'une superbe décoration de style Louis XVI, qu'avait reçue l'un des salons. Elle se composait de sept panneaux principaux à sujets d'arabesques peintes sur fond doré. Ce bel ensemble qui a été relevé par M. E. Rouyer, a été acquis aussitôt après sa dépose, par M. H. Destailleur pour l'hôtel du baron Albert de Rothschild de Vienne, qu'il était chargé de construire. 11 n'est resté en place que le grand plafond au centre duquel est peint un groupe d'enfants jouant avec des fleurs que l'on pourrait attribuer à Lagrenée le jeune. La maison portant le n° 3, possédait des dessus de portes et des boiseries Louis XV qui ont été vendus récemment. On remarque dans la cour de la maison n° 1, un grand fronton dans lequel deux génies assis sur des cornes d'abondance, entourent un œil de bœuf.
Mmc Scarron avait habité avant de devenir marquise de Maintenon, la maison portant le n° 7 bis de la rue du Perche, où l'on a vu pendant longtemps un pensionnat, et qui ensuite fut livrée à l'industrie. La plupart des cheminées ont conservé leurs glaces à bordures sculptées d'après les modèles gravés par Jean Mansard. Deux pièces sont déco-
rées de plafonds peints dont le goût nous paraît aujourd'hui bien sévère. Celui du salon des Saisons est divisé en quatre caissons plats séparés par des poutres à arabesques, dans lesquelles un élève de Lebrun a représenté des sujets allégoriques aux quatre divisions de l'année. Le plafond de la chambre à coucher est de forme oblongue et offre deux compositions. Dans l'une est Minerve entourée des attributs des arts et de la peinture; la seconde, placée dans l'alcôve, représente le Réveil de l'Aurore. La maison possédait deux autres plafonds peints qui ont été vendus pour être transportés dans l'hôtel du baron Hirsch aux Champs-Elysées et restitués par M. Emile Peyre, architecte décorateur employé par ce financier.
L'hôtel de Juigné dans la rue de Thorigny, plus connu sous le nom d'hôtel Salé, et dû à Levau, est un de ceux qui font le plus d'honneur à l'architecture française du xvne siècle ('). Il rivalise avec l'hôtel de Bsauvais pour l'originalité de ses dispositions et pour la perspective de son escalier à double rampe. Après avoir été affecté pendant longtemps à l'École centrale des Arts et Manufactures, il a été récemment loué à M. Vian, bronzier, qui s'est appliqué à faire disparaître la trace des outrages que les occupants successifs de ce logis lui avaient infligés et à le rétablir dans son état primitif (2). La façade principale de l'hôtel est précédée d'une cour rectangulaire dont les terrasses laissent au pavillon central toute son importance. L'avant-corps se compose de deux frontons superposés; dans la voussure supérieure sont des figures allégoriques, des génies et des animaux entourant un cadran à coquille; la face regardant sur le jardin est composée de deux fenêtres avec un fronton à cadran accosté de deux chiens. Le vestibule et l'escalier monumental qui y prend naissance présentent des motifs décoratifs pleins de grâce et de noblesse. Les balustres sont en fer forgé d'un charmant dessin; au-dessus s'ouvrent des arcades soutenues par des Atlantes portant des guirlandes qui sont reliées par des mascarons ou par des bustes inscrits dans des niches arrondies. Une grande corniche avec des figures d'aigles aux angles et des médaillons aux chiffres A et C, et disposée en caissons, sert de cadre à la rosace ovale qui complète cette décoration. L'antichambre qui lui fait suite offre une ornementation du même style. La grande corniche sculptée qui l'entoure est divisée en six médaillon? soutenus par deux figures de génies, et ses
(1) V. Mémoires inédit* sur la vie des membres de l'ancienne Académie, t. II, p. 5.
(2) V. Calliat et Lance, Encyclopédie d'architecture, t. VI; Bulletin de la Société des Amis des monuments Parisiens.
L'tArt "Décoratif dans le Vieux "Paris.
'Petit Salon de l'Hôtel Lepelletîer Saint-Fargeau. (Bibliothèque de la Ville)
(lipoque Je Louis XVI)
LE MARAIS
pilastres forment des arcs sur lesquels reposent des figures allégoriques. Le salon central a conservé la porte et les panneaux de bois sculpté dans lesquels étaient autrefois encastrées des tapisseries, avec une élégante corniche à médaillons et à cartouches entourés de palmes. Plusieurs autres pièces moins complètes ont encore leurs trumeaux de glaces et des dessus de portes à sujets peints au commencement du xvme siècle. Les meilleures de ces peintures ont été enlevées par l'un des propriétaires de l'hôtel, dont la famille les possède encore. Quelques-unes sont dues à Oudry et à Charles Coypel. Nous terminerons la revue des ornements intérieurs de l'hôtel Salé, en mentionnant un petit boudoir de l'époque de Louis XV, resté intact, dont les encadrements de glace et les panneaux sont sculptés avec une grande délicatesse.
Ch.
LE
TEMPLE
Pour ne pas trop multiplier nos divisions nous plaçons sous la rubrique générale de ce quartier un certain nombre de maisons qui en réalité faisaient partie du Marais, mais qui correspondaient aux deux rues du Temple et Vieille-du-Temple.
Le palais que les princes de Soubise avaient fait rééchfier par De La Maire sur l'emplacement de l'ancien hôtel de Guise, et qui termine la rue prolongée des Francs-Bourgeois, est l'une des demeures où l'art décoratif français du commencement du xvme siècle a déployé toutes ses grâces. Bien que son appropriation au service des Archives nationales ait occasionné la suppression ou la modernisation d'une partie de ses appartements, l'hôtel des princes de Soubise est encore l'ensemble le plus complet de la décoration du règne de Louis XV, que nous possédions à Paris. Il est précédé d'une cour entourée d'un portique soutenu par des colonnes composites, dans laquelle on pénètre par un vaste portail à tympan de bois sculpté représentant XHistoire, et aujourd'hui dépouillé des statues qui étaient placées sur les acrotères. Le bâtiment principal situé au fond de cette cour est orné de deux grandes figures, la Prudence et la Renommée, sculptées sur les rampants du fronton, par Robert Le Lorrain auquel on doit quatre autres statues des Saisons, surmontant les colonnes qui complètent l'aspect de la façade. Une fontaine dont le fronton porte une inscription dédicatoire et qui a déjà été décrite dans la Gazette des Beaux- Arts, est encastrée dans la muraille extérieure à l'angle de la rue du Chaume. Plus loin sont les deux tourelles qui protègent l'entrée du vieil hôtel de Clisson, spécimen presque unique à Paris des conslructions civiles du xive siècle.
La décoration intérieure de l'hôtel pour laquelle Germain Boffrand a épuisé toutes les ressources de son talent, a déjà été décrite dans la Gazette par M. .1. Guiffrey, qui s'est surtout attaché à dresser la liste des
LE TEMPLE
tableaux peints au-dessus des portes des divers appartements W. Elle a été gravée par les soins de Boffrand lui-même, et à une époque plus récente par MM. Rouyer el Darcel et par M. C. Daly dans leurs ouvrages sur l'architecture. Nous nous bornerons par suite à ne citer que les pièces qui se recommandent par un intérêt artistique exceptionnel. Ce fut Boffrand qui fut probablement chargé d'effacer les ornements qu'y avait laissés le xvi° siècle et qui étaient en mauvais état ou changés de mode.
On pénètre dans les appartements par un vestibule décoré de colonnes et de deux dessus de porte à médaillons sculptés en pierre. Le majestueux escalier qui lui fait suite a perdu sa perspective peinte par Brunetti, et qui était identique à celle existant dans l'hôtel de Luynes. On chercherait vainement les motifs du remplacement de cet ancien escalier, par un degré sans caractère, et qu'un plafond moderne d'une peinture vulgaire et d'une composition bizarre bien étrangères aux délicatesses des anciennes salles des Soubise, vient encore alourdir. Au rez-de-chaussée était l'habitation du prince. La chambre à coucher aujourd'hui coupée en deux par une muraille provisoire, était revêtue d'une superbe boiserie dont quatre panneaux bien fatigués, mais puissamment modelés, qui représentent des divinités mythologiques, nous sont seuls parvenus. L'alcùve était soutenue par deux grandes colonnes cannelées, tandis que le plafond était entouré d'une riche voussure à enroulements et à cartouches allégoriques. A une époque que nous ne saurions préciser, l'architecte du palais des Archives nationales avait fait déposer dans un magasin ces boiseries et une partie du plafond de cette pièce qu'il se proposait de remonter postérieurement. Le Musée des Arts Décoratifs avait obtenu dernièrement du ministère des Beaux-Arts, que ces quatre panneaux et les colonnes de l'alcôve fussent exposés dans ses galeries, jusqu'à ce que la reconstitution attendue depuis si longtemps soit autorisée. Grâce à cette translation provisoire, le public a pu apprécier le mérite de ces délicates sculptures. Il est, du reste, très facile de retrouver l'aspect de celte pièce en s'aidant de la vue d'ensemble qu'en a donné Boffrand dans son Livre d'architecture (-).
A la suite de la chambre à coucher est situé un grand salon ovale divisé en huit arcatures dans lesquelles s'ouvrent les portes et les
(1) GazeUe des Beaux-Art*, 1869, 2e période, t. I, p. 393.
(2) J. Boffrand, Architecture ; Rouyer et Darcel, L'Art architectural; C. Daly, Encyclopédie d'arch Hectare.
fenêtres. Entre ces larges baies sont des panneaux à encadrements surmontés de groupes en stuc et sculptés en demi-relief dont les ornements se réunissent pour composer le rayonnement de la rosace du plafond. Ce sont la Musique, la Peinture et la Poésie, l'Histoire et la Renommée, par Lambert Sigisbert Adam, dit l'aîné; le Drame, l'Astronomie, la Navigation et la Comédie, par Jean-Baptiste Le Moyne.
L'appartement de la princesse situé au premier étage était précédé d'une immense salle des Gardes qui a perdu sa décoration et dont la restauration est suspendue depuis de nombreuses années. Auprès est située une pièce dont les trumeaux, peints par Boucher et par Carie Vanloo, sont entourés de bordures coquettement dentelées. Les angles et les cartouches du plafond sont ornés de bas-reliefs représentant des Amours et les Qualité parties du monde, par Adam le cadet (Nicolas Sébastien) ; au-dessous de chaque figure sont des trophées d'armes et dans les angles on voit des médaillons ovales représentant : Vénus et Mars, Diane et Endymion, Pallas et Mercure, Bacchus et Ariane, séparés par des glaces. La chambre à coucher a conservé sa décoration qui est toute sculpturale. Seul, le lambris de l'alcôve autour de laquelle règne la balustrade de la ruelle, était garni d'une tenture en soie de Lyon, tissée sur le dessin de Boffrand. Quatre grands panneaux cintrés au milieu desquels sont des médaillons retraçant les aventures galantes de Jupiter, forment la principale sculpture décorative de la pièce que complètent quatre encadrements de glaces à festons et à guirlandes et deux portes à trumeaux peints et à baguettes échancrées qui font penser à celles du château de Rambouillet. Au-dessus s'étend une corniche d'une inimitable richesse d'invention, où des figures mythologiques de demi-relief s'appuient sur des cartouches godronnés et sur une frise à arabesques.
La décoration des diverses pièces de l'hùtel Soubise forme un musée comprenant une nombreuse suite de trumeaux qui comptent parmi les meilleures œuvres de Boucher, de Restout, de Trémollières et de Carie Vanloo. Il y a là tout un Olympe charmant où revit la sensualité mythologique du xvmc siècle. Nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur au travail de M. J. Guiffrey, pour l'étude de ces compositions qui, d'ailleurs, ne figurent plus, pour la plupart, à leur place primitive.
On regarde comme l'œuvre la plus parfaite qui soit due à Boffrand, le salon ovale qui terminait l'appartement de la princesse et qui est situé au-dessus de celui que nous avons rencontré au rez-dechaussce. Boffrand se plaisait à donner la forme ovale aux grands appar-
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temenls qu'il composait, et nous rappellerons le chef-d'œuvre qu'il avait exécuté pour le f î 1 s de Samuel Bernard, dans son hôtel de la rue du Bac, et qui présentait la même disposition. Les deux pièces offraient à peu près les mêmes dimensions et leur ornementation était conçue dans le même style, mais le salon de l'hôtel Soubise est incomparablement supérieur, grâce à la virtuosité des artistes choisis pour remplir les cadres dessinés par Boffrand.
Le salon de la princesse est divisé en huit arcades cintrées et séparées par des panneaux de bois sculptéd'un grand style. Trois de ces baies sont occupées par des fenêtres ouvrant surun balcon, auxquelles correspondent une cheminée ^et deux
portes; deux autres portes servent d'entrée; à l'opposé est une qua-
trième fenêtre. Au-dessus de chacun des panneaux sont disposés huit caissons en forme de trapèze, dans lesquels Natôire a représenté Y Histoire de Psyché. C'est l'œuvre la plus importante qui nous soit restée de ce peintre, et Natoire s'y est montré aussi habile décorateur que son rival François Boucher. Chacun de ces panneaux s'appuie sur des groupes d'amours, qui sont séparés par des mascarons. Huit autres groupes d'amours portant des attributs et modelés de haut-relief en stuc, supportent la corniche du plafond dont les rayons dentelés vont rejoindre la rosace centrale. Rien n'est plus délicat que la finesse d'exécution de tous les détails de cet ensemble, et rien n'est plus harmonieux comme effet polychromique que le contraste savant du fond bleu, sur lequel se détachent les ornements du plafond, avec la blancheur des figures en stuc et les tons variés de l'or des boiseries et des encadrements.
Pendant le second Empire, on avait offert à l'impératrice Eugénie la cheminée dont l'élégance répondait à celle du salon. Elle avaiL été placée dans les appartements particuliers des Tuileries qui furent incendiés en 1871. Celle que l'on voit actuellement aux Archives et qui date du même temps, a été rapportée après l'enlèvement de l'an^cienne.
A la suite du salon ovale sont situées deux autres pièces décorées de boiseries sculptées et revêtues d'une couche uniforme de peinture, qui supportent sans trop faiblir ce voisinage écrasant. Quatre bas-reliefs modelés en plâtre : Vulcain, Ctjbèlc, Neptune et Amphitrite, ornent les angles de la corniche de la première de ces salles. L'entourage du plafond de l'autre pièce est décoré des initiales enlacées de la famille des Rohan-Soubise. Les portes à panneaux encadrés, sont surmontées de trumeaux sculptés d'un bon style.
Auprès des appartements d'apparat, existaient d'autres pièces destinées à l'habitation particulière, dont on trouve la disposition dans les plans gravés par Blondel dans son Livre d'architecture. De son côté, Mariette a publié une suite de onze planches représentant divers appartements de l'hôtel Soubise. Ce sont : un salon d'été au rez-de-chaussée (2 planches); un buffet pour la' salle à manger d'été du premier étage; une décoration de la salle à manger dans le grand appartement; une salle de compagnie (2 planches); un grand cabinet dans le grand appartement (2 planches); un grand cabinet de livres; une décoration d'une chambre à coucher dans les appartements avec lit en niche, un dessin de porte à placard et un panneau de lambris de chambre à coucher. Chacune des planches porte que la décoration de ces appartements est de l'invention du sieur Harpin, sculpteur du roi. Louis Harpin, plus